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Full text of "Romania"

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ROMANIA 


ROMANIA 


RECUEIL    TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ    A    L'ÉTUDE 

DES    LANGUES    ET     DES     LITTÉRATURES     ROMANES 

PUBLIÉ     PAR 

Paul   MEYER   et    Gaston    PARIS 

Pur  remenbrer  des  ancessurs 
Les  diz  et  les  faiz  et  les  murs. 
Wace. 


i  r  ANNÉE  —    1884 


PARIS 

F.  VIEWEG,    LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67,    RUE    DE    RICHELIEU 


LA 


CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL 

FRAGMENTS    INÉDITS. 


Le  président  Fauchet  s'exprime  ainsi  dans  le  chapitre  intitulé  «  de 
Huon  de  Villeneuve  »  de  son  Recueil  de  l'origine  de  la  langue  et  poésie 
française  '  : 

Je  croy  que  les  Romans  de  Regnaut  de  Montauban,  Doon  deNantueil,  et  Aie 
d'Avignon,  Guiot  de  Nantueil  et  Garnier  son  fils2  sont  tous  d'un  mesme  poëte. 
Premièrement,  parce  que  c'est  une  suite  de  contes,  et  que  je  les  ai  veus  cousus 
l'un  après  l'autre.  Car  il  faut  confesser  que  le  livre  ne  vint  jamais  entier  en  mes 
mains  :  et  encores  le  fueillet  des  commencemens  de  chacun  livre  (pour  ce  que 
les  lettres  estoyent  dorées  et  enluminées)  avoyent  esté  deschirez.  Toutefois,  en 
l'un  qui  estoit  demi  rompu,  je  trouvay  le  nom  du  Trouverre. 

Suivent  dix-huit  vers,  qui  ont  dû  former  le  début  d'un  roman  en 
alexandrins  monorimes,  et  dans  lesquels  un  certain  «  Huon  de  Ville 
noeve  »  est  mentionné,  sinon  comme  l'auteur,  du  moins  comme  le 
renouveleur  du  poème. 'Nous  aurons  à  revenir  plus  tard  sur  ce  morceau. 
Bornons-nous  à  dire  présentement  que  Fauchet  ne  spécifie  pas  autrement 
le  poème  d'où  sont  tirés  les  vers  qu'il  cite.  Il  poursuit  en  transcrivant  des 
morceaux  de  Doon  de  Nantueil,  d'Aie  d'Avignon,  de  Guiot  de  Nantueil. 

Le  manuscrit  dans  lequel  Fauchet  pouvait  lire,  dans  la  seconde  moitié 
du  xvie  siècle,  ces  divers  poèmes,  ne  s'est  pas  conservé  jusqu'à  nous. 
C'est  une  perte,  car,  si  nous  possédons  encore  des  copies  de  Renaut  de 
Montauban,  d'Aie  d'Avignon  et  de  Gui  de  Nanteuil,  nous  n'en  avons 
aucune  de  Doon  de  Nanteuil,  aucune  du  poème,  quel  qu'il  fût,  où  figuraient 

i.  Livre  II,  §  xin,  Œuvres,  1610,  fol.  $62. 

2.  Sic  Fauchet  ;  mais  cette  énumération  n'est  pas  correctement  présentée.  II 
faudrait  «  ...  Doon  de  Nantueil,  Garnier  et  Aie  d'Avignon,  Guiot  de  Nantueil 
son  fils.  » 

Romania,  XIII  I 


2  P.    MEYER 

les  vers  dans  lesquels  Huon  de  Villeneuve  se  nomme.  La  perte  serait 
encore  plus  regrettable,  si,  comme  il  y  a  quelque  apparence,  le  ms.  mis 
à  profit  par  Fauchet  avait  fait  partie  de  la  bibliothèque  formée  par 
Charles  V.  On  lit,  en  effet,  dans  l'édition  que  M.  Delisle  a  récemment 
publiée  de  l'inventaire  de  la  librairie  du  Louvre,  un  article  ainsi  conçu  : 

Buesves  d'Esgremont,  la  Vie  saint  Charlemainne,  les  Quatre  fils  Aimon, 
Dame  Aie  d'Avignon,  les  Croniques  de  Jérusalem,  Doon  de  Nantueil,  Maugis 
le  larron,  Vivien  et  Raoul  de  Cambrai  L 

Il  y  a  une  coïncidence  partielle  entre  cette  description  et  celle  que 
Fauchet  nous  donne  de  son  manuscrit.  On  trouve  de  part  et  d'autre  les 
romans  de  Renaut  de  Montauban  (ou,  ce  qui  est  la  même  chose,  des 
Quatre  fils  Aimon),  de  Doon  de  Nanteuil,  d'Aie  d'Avignon.  Si  Gui  de 
Nanteuil  ne  figure  pas  dans  la  notice  du  ms.  de  Charles  V,  on  ne  peut 
en  conclure  avec  certitude  que  ce  roman  ne  se  soit  pas  trouvé  dans  le 
ms.  en  question,  car  Gui  de  Nanteuil  est  la  continuation  d'Aie  d'Avi- 
gnon et,  si  le  copiste  n'a  pas  pris  soin  de  séparer  nettement  les  deux 
ouvrages  par  une  rubrique  ou  de  quelque  autre  manière,  le  rédacteur  de 
l'inventaire  du  Louvre,  médiocre  bibliographe,  a  pu  ne  voir  qu'un 
roman  là  où  il  y  en  avait  deux.  Je  n'oserais  pourtant  affirmer  l'identité 
des  deux  mss.  Je  pose  la  question  sans  la  résoudre.  S'il  y  a  des  ressem- 
blances entre  les  deux  notices,  il  y  a  aussi  des  différences.  Le  ms.  de 
Charles  V  contenait  Maugis  et  Vivien,  probablement  Vivien  l'amacor  de 
Monibrant,  qui  se  trouve  joint  à  Maugis  dans  un  ms.  bien  connu  de 
Montpellier.  Or  Fauchet,  autant  que  j'ai  pu  le  vérifier,  ne  fait  nulle  part 
mention  de  ces  deux  romans.  Il  y  avait  aussi  dans  le  même  ms.  un 
Raoul  de  Cambrai.  Nous  savons  bien  que  Fauchet  possédait  un  texte  de 
ce  poème,  mais  rien  ne  prouve  qu'il  fût,  comme  dans  le  ms.  de  Charles  V, 
joint  à  Renaut  de  Montauban,  à  Doon  de  Nanteuil,  et  autres  poèmes  qui 
ont  formé  ce  qu'on  a  appelé  la  Geste  de  Doon  de  Mayence.  La  question 
reste  donc  obscure. 

Quoi  qu'il  en  soit,  que  le  ms.  de  Charles  V  et  celui  de  Fauchet  aient 
été  distincts,  ou  qu'ils  se  réduisent  à  un  seul,  le  fait  est  que  l'on  n'a  pos- 
sédé jusqu'ici  de  l'un  des  poèmes  contenus  dans  ces  deux  mss.,  Doon  de 
Nanteuil,  que  les  vers  cités  par  Fauchet.  Il  y  en  a  16  en  tout,  si  j'ai 
bien  compté  :  10  à  l'endroit  indiqué  plus  haut,  2  à  la  page  suivante 
(fol.  563  V0  des  Œuvres,  1610),  4  enfin  dans  les  Origines  des  dignitez  et 
magistrats  de  France  [Œuvres,  fol.  486  v°).  Ce  nombre  va  être  sensible- 
ment accru.  Je  publie  dans  les  pages  qui  suivent  220  vers  du  poème  de 
Doon  de  Nanteuil.  C'est  encore  à  Fauchet  que  nous  les  devons. 

1.  Delisle,  Cabinet  des  manuscrits,  III,   164. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  } 

Il  y  a  à  la  Bibliothèque  nationale,  sous  le  n°  24726  du  fonds  français, 
un  ms.  provenant  de  l'abbaye  de  Saint-Victor,  qui  est  entièrement  com- 
posé de  cahiers  écrits  par  Fauchet  à  des  époques  très  diverses  et  sur 
des  sujets  très  variés.  Dans  le  commencement  on  trouve  de  courtes  dis- 
sertations écrites  d'une  main  posée,  qui  ont  l'apparence  d'une  mise  au 
net.  Puis  viennent  des  notes  rapidement  tracées  sur  divers  sujets  d'his- 
toire, des  extraits  de  chroniques,  de  poèmes,  des  tableaux  généalo- 
giques. Dans  cette  seconde  partie  du  volume  se  trouvent  des  extraits 
ainsi  intitulés  : 

«  D'ung  Romant  appelle  Guion  de  NantueiH  (fol.  66). 

«  Du  Romans  Renaut  de  Montauban  (ibid.). 

«  D'un  autre  Roman  que  je  pense  estre  de  Doon  de  Nantoil  (fol.  68). 

«  Du  Romans  Aien  d'Avignon  et  Garnier  de  Nantoil  (fol.  69  v°). 

«  Romans  de  Guiot  fils  d'Aie  d'Avignon  et  de  Garnier  (fol.  70  V). 

«  Romans  de  Raol  de  Cambrai  »  (fol.  71). 

J 'ai  fait  usage  des  extraits  de  Raoul  de  Cambrai  pour  l'édition  de  ce  poème 
que  vient  de  publier  la  Société  des  anciens  textes  français  ;  j'étudierai 
les  extraits  de  Gui  de  Nanteuil  et  à' Aie  d'Avignon  dans  un  mémoire  par- 
ticulier où  je  ferai  en  outre  connaître  d'importants  fragments  manuscrits 
à' Aie  qui  m'ont  été  récemment  communiqués.  Je  décrirai,  avec  des  détails 
qui  ici  ne  seraient  pas  à  leur  place,  les  notes  de  Fauchet  dans  un 
mémoire  sur  les  mss.  possédés  ou  utilisés  par  le  savant  président.  Actuel- 
lement je  m'attache  à  Doon  de  Nanteuil. 

Que  sait-on  de  Doon  de  Nanteuil  indépendamment  des  extraits  de 
Fauchet  ?  Telle  est  la  question  à  laquelle  nous  allons  d'abord  tâcher  de 
répondre. 

Le  poème  qu'on  pourrait  intituler  La  Mort  Beuve  d'Aigremont,  qui, 
dans  son  état  actuel.,  forme  la  première  branche  de  Renaut  de  Montau- 
ban, nous  présente  Doon  de  Nanteuil  comme  le  frère  de  Girart  de  Rous- 
sillon,  d'Aimon  de  Dordone  et  de  Beuve  d'Aigremont.  L'introduction  de 
Girart  de  Roussillon  dans  cette  parenté  montre  que  nous  n'avons  pas 
affaire  ici  à  une  conception  bien  ancienne.  Pourtant,  la  constitution  de 
cette  famille  épique  ne  peut  pas  être  postérieure  au  xne  siècle  :  je  la 
placerais,  pour  éviter  de  préciser  plus  qu'il  n'est  à  propos  de  faire,  entre 
1 1 50  et  1 180.  La  Mort  Beuve  d'Aigremont  nous  apprend  que  Doon  de 
Nanteuil  et  son  frère  Girart  ont  été  en  guerre  avec  Charlemagne.  Cette 
guerre  n'a  pas  eu  pour  eux  une  issue  favorable.  Doon  y  a  perdu  son 
château.  L'empereur  sait  bien  pourquoi  Beuve  refuse  de  venir  à  sa 
cour  : 


1 .  Sous  ce  titre  Fauchet  donne  uniquement  les  vers  signalés  ci-dessus,  p.  1 , 
ceux  dans  lesquels  est  nommé  Huon  de  Villeneuve. 


4  P.    MEYER 

1  II  {Beuve)  me  het  por  son  frère,  que  je  bien  sai  et  voi, 
Cui  je  toli  Nantueil,  s'abati  le  bofoi1. 
Girars  de  Rossillon  en  guerroia  vers  moi, 
Chaitif  l'en  fis  fuir  parmi  le  sablonoiz. 

(Ed.  Michelant,  p.  $.) 

Plus  loin,  dans  le  même  poème,  la  femme  de  Beuve  engage  son  époux 
à  ne  pas  s'exposer  de  nouveau  à  la  colère  de  l'empereur  : 

2  Membre  vos  de  Doon  vo  frère,  le  guerrier. 
Entre  lui  et  Girart,  ki  molt  s'avoient  chier, 
Assés  le  (le  roi)  guerroierent  au  fer  et  a  l'acier  ; 
Mais  a  la  pardefin  ne  porent  avancier  : 

Fuïr  les  en  covint  et  le  païs  vuidier... 
Or  revolés  le  roi  de  novel  guerroier  ! 

(Ibid.,  p.  13.) 

G.  Paris  a  déjà  cité  ces  passages,  pour  en  induire  l'existence  «  d'un 
«  poème  français  de  Girart  de  Roussillon  assez  différent  et  d'une  date 
«  reculée,  bien  que  moins  ancien  que  le  provençal 2.  »  Je  crois  qu'il  en 
faut  conclure  bien  plutôt  l'existence  d'un  ancien  poème  de  Doon  de 
Nanteuil.  Rien  n'empêche  que  dans  ce  poème  Girart  de  Roussillon  se 
soit  allié  à  son  frère  Doon  pour  faire  la  guerre  à  Charlemagne. 

La  Mort  Beuve  d'Aigremont  fournit  encore  d'autres  témoignages  que 
G.  Paris  a  réunis  5  et  qu'il  applique  cette  fois,  avec  toute  raison,  à  un 
poème  perdu  de  Doon  de  Nanteuil.  Deux  d'entre  eux  font  allusion,  comme 
l'un  de  ceux  qui  ont  été  cités  plus  haut,  à  la  prise  de  Nanteuil  par 
Charlemagne  ;  voici  le  plus  explicite  des  deux  : 

3  Quant  (Charles)  prist  guerre  a  Doon  par  son  entiscement, 
Il  le  vint  aseoir  sens  nul  detriement  ; 

A  lui  se  combati  sous  Nantueil  voirement. 
La  le  vainqui  li  rois,  jel  sai  a  escient, 
Mais  ce  fu  par  l'esfors  d'une  paiene  gent 
Qui  tornerent  en  fuie  com  traïtor  pullent. 

(Ibid.,  p.  15.) 

Les  deux  derniers  vers  fournissent  un  détail  intéressant  :  Doon  aurait 
appelé  à  son  aide  des  païens  qui  l'auraient  abandonné  au  moment  du 
danger.  Qu'advint-il  de  Doon  après  sa  défaite  ?  Le  même  poème  va  nous 
l'apprendre  :  il  se  réfugia  en  Pouille,  où  l'empereur  le  poursuivit  vaine- 
ment. Charlemagne  se  plaint  de  Beuve  : 

4  Qui,  por  l'amor  Doon  m'a  si  coilli  en  hé 
Ne  me  daigne  servir,  çou  est  la  vérité, 

1.  Bojoi  peut  aller,  mais  j'aimerais  mieux  bejroi. 

2.  Hist.  poét.  de  Charlemagne,  p.  298. 

3.  Ouvr.  cité,  pp.  299,  300. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  $ 

Pour  çou  que  le  (Doon)  chaçai  en  Puille  le  régné. 
La  l'alai  jou  requerre  :  n'i  pot  estre  trové. 

(Ibid.,  p.  2.) 

Et  ailleurs  il  est  dit  de  Charlemagne  : 

5  Ja  le  (Doon)  chaça  il  fors  de  la  siue  contrée, 
En  la  terre  de  Puille  fui  a  recelée. 

(Ibid.,  p.  i$.) 

La  chanson  d'Aie  d'Avignon,  qui,  dans  sa  partie  ancienne,  est  nota- 
blement antérieure  au  xme  siècle,  nous  fournit  des  témoignages  qui 
conduisent  aux  mêmes  conclusions.  Dans  ce  poème,  le  héros  principal, 
Garnier  de  Nanteuil,  fils  de  Doon  de  Nanteuil,  est  en  possession  de  la 
faveur  de  Charlemagne,  mais  des  envieux  tâchent  d'exploiter  contre  lui 
le  souvenir  de  son  père.  «  Par  ma  foi,  dit  un  de  ces  malveillants  per- 
«  sonnages, 

6  «  Se  au  roi  remembrast  de  vo  père  Doon, 

«  De  l'asaut  qui  fu  fait  a  Nentuel  sa  maison, 
«  De  l'orgueill  vos  cousins  les  .iiij.  fiz  Aimmon, 
«  Ja  n'eussiez  sa  nièce  ne  l'enor  d'Avignon.  » 

(Ed.  Guessard  et  Meyer,  p.  ii.) 

Un  autre  passage  fait  allusion  à  la  fuite  de  Doon  en  Pouille  : 

7  «  Sire,  »  dist  Alerans,  li  quens  de  Traysin, 

«  Membre  toi  de  Nentuel  quant  il  fu  l'autre  an  pris  ; 
«  En  la  terre  de  Puille  s'en  foi  Do  chaitis.   » 

(Ibid.,  p.  8i.) 

Un  peu  plus  loin  nous  trouvons  la  mention  d'une  particularité  qui 
semble  avoir  été  tirée  du  poème  de  Doon.  Certains  personnages,  enne- 
mis de  Garnier  de  Nanteuil,  sont  faits  prisonniers  et  mis  dans  une  prison 
où  jadis  Doon  avait  enfermé  le  sarrazin  Magan.  Ce  Magan  aurait  donné 
à  Doon,  probablement  à  titre  de  rançon,  «  le  char  balancien  d'or  fin.  » 
Je  ne  suis  pas  plus  maintenant  qu'il  y  a  vingt-cinq  ans,  alors  que  je 
préparais  l'édition  d'Aie,  en  état  d'expliquer  ce  que  pouvait  être  un 
char  balancien,  mais  je  me  figure  que  c'était  un  objet  très  désirable. 
Le  fait  est  que  Charlemagne,  non  moins  cupide  que  le  fut  plus  tard 
Richard  Coeur  de  Lion,  paraît  en  avoir  eu  envie,  d'où  la  guerre  entre 
Doon  et  l'empereur.  Voici  les  vers  : 

8  Puis  les  mist  en  la  chartre  au  fondement  marbrin 
Ou  Do  ot  en  prison  Magan,  .j.  Sarrazin, 

Qui  li  donna  le  char  balancien  d'or  fin, 

Dont  puis  li  vint  la  guerre  Karlon  le  fiz  Pépin. 

{Ibid.,  p.  88.) 

Gaufrei,  poème  assez  tardif,  nous  fournit  une  sorte  de  généalogie  très 


6  P.    MEYER 

précise  d'après  laquelle  Doon  de  Mayence  aurait  eu  douze  fils,  parmi 
lesquels  Gaufrei,  le  héros  du  poème,  Doon  de  Nanteuil,  Grifon  d'Haute- 
feuille,  Aime  de  Dordonne,  Beuve  d'Aigremont,  Girart  de  Roussillon  '. 
C'est  le  développement  de  la  tendance  à  grouper  les  héros  épiques  que 
nous  avons  déjà  constatée  dans  la  Mort  Bueve  d'Aigremont.  Ce  qui  nous 
intéresse  davantage,  c'est  un  passage  où  l'auteur  de  Gaufrei  nous  dit  que 
Doon  de  Nanteuil,  ayant  épousé  la  belle  Clarisse,  fille  d'un  seigneur 
nommé  Henri,  qui  était  cousin  du  duc  Naime,  engendra  un  fils  qui  reçut 
à  sa  naissance  le  nom  de  Berart,  ajoutant  que  ce  Berart  fut  tué  par 
Bertran  lorsqu'il  alla  en  message  auprès  de  Doon  de  la  part  de  Charle- 
magne  : 

9  Chele  nuit  engendra  .j.  valet  avenable  ; 

Puis  ot  a  nom  Berart,  moût  fu  courtois  et  sage  ; 
Mez  Bertran  l'ochist  puis  quant  ala  u  mesage 
A  Doon  de  Nantueil  de  par  le  bon  roi  Kalles2. 

(Ed.  Guessard  et  Chabaille,  p.  142.) 

Il  ne  nous  manque  plus  que  de  savoir  qui  était  ce  Bertran.  Philippe 
Mousket,  qui,  il  faut  le  dire,  traite  Doon  d'une  façon  assez  sommaire  J, 
va  nous  l'apprendre  :  il  nous  dit  en  effet  que  Charles  envoya  à  Doon, 
comme  messager,  Bertran,  le  fils  du  duc  Naime  de  Bavière  : 

10  Car  losengier  et  traïtour 

Li  fisent  grant  anui  maint  jour 

Ki  dévoient  iestre  si  home. 

L'estore  Doon  premiers  nome 
8430  Quant  il  fist  Bertran  mesagier, 

Pour  aler  Nantuel  assegier. 

Et  cil  Bertrans  fu  fius  Namlon 

De  Baiwiere,  le  preu  baron, 

Ki  sages  iert  sor  toute  rien, 
8435  Et  maintes  fois  le  siervi  bien. 


1.  Voy.  l'édition  Guessard  et  Chabaille,  dans  le  recueil  des  Anciens  polies  de 
la  France,  p.  4.  —  Une  liste  assez  différente  des  douze  fils  de  Doon  de  Mayence 
est  donnée  dans  le  Myrcur  des  Histors  de  Jean  des  Preis  dit  d'Outremeuse.  On 
y  lit  :  «  Ly  viijc  fut  Doon  :  chis  conquist  sour  les  Sarasins  la  terre  de  Nantuel 
«  et  de  Brandeborch.  Chis  oit  grant  guerre  a  roy  Charle  ;  si  en  perdit  sa  terre, 
a  mais  il  prist  depuis  a  femme  Sibilhe,  lefilhe  le  conte  de  Lovay;  chis  oit  .j.  fis 
«  qui  oit  nom  Garin.  Chis  portât  l'escut  de  geule  a  une  crois  d'argent.  » 

2.  Les  vers  qui  précèdent  les  quatre  ici  rapportés  sont  obscurs,  et,  s'il  n'y  a 
pas  quelque  faute,  on  pourrait  croire  que  la  tirade  est  hors  de  sa  place.  Les 
éditeurs  ont  fait  justement  remarquer  dans  une  note  que  le  mariage  de  Doon 
est  raconté  un  peu  plus  loin,  p.  144;  les  vers  que  nous  citons  d'après  la  p.  142 
semblent  donc  venir  un  peu  trop  tôt.  On  ne  peut  cependant  admettre  la  suppo- 
sition des  éditeurs,  que  ces  mêmes  vers  se  rapporteraient  au  mariage  de  Girart, 
frère  de  Doon  ;  Berart  est  en  effet  le  fils  de  Doon  et  non  de  Girart. 

3.  Chronique  rimée,  v.  8429  et  suiv. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  7 

Tels  sont  les  témoignages  que  j'ai  pu  recueillir  sur  la  chanson  de 
Doon  de  Nanteuil.  Ils  suffisent  à  nous  donner  une  idée  générale  du  récit. 
Nous  pouvons  supposer  que  la  guerre  éclata  entre  Doon  et  l'empereur  à 
cause  de  ce  précieux  «  char  balancien  d'or  fin  »  qui  a  été  mentionné  plus 
haut  (texte  8).  Selon  l'usage,  Charles  commença  par  envoyer  à  Doon  un 
messager,  Bertran,  le  fils  du  duc  Naime,  qui  paraît  avoir  été  d'un  tempé- 
rament un  peu  vif,  comme  l'étaient  souvent  les  messagers  au  moyen 
âge,  puisqu'on  nous  apprend  qu'il  tua,  au  cours  de  son  ambassade, 
Berart,  le  fils  de  Doon  (textes  9  et  10).  La  guerre  ayant  éclaté,  nous 
savons  que  Doon,  malgré  le  secours  que  lui  apporta  son  frère  Girart  de 
Roussillon,  fut  battu  et  chassé  de  son  château  de  Nanteuil  (textes  1,  2, 
6).  S'il  eut  le  dessous,  ce  fut  à  cause  de  la  lâcheté,  de  la  trahison, 
comme  on  disait  au  moyen  âge,  et,  comme  on  a  dit  en  des  temps  beau- 
coup plus  récents,  des  païens  sur  lesquels  il  avait  cru  pouvoir  compter 
(texte  3).  J'imagine  que  Magan,  le  donateur  du  fameux  «  balancien  », 
devait  être  à  la  tête  de  ces  païens.  Battu,  Doon  se  réfugia  en  Pouille 
^texte  4,  5 ,  7) ,  se  conformant  ainsi  à  divers  précédents  que  nous  offre 
notre  vieille  littérature  épique.  L'empereur  l'y  suivit,  mais  sans  pouvoir 
l'atteindre  (texte  4).  Nous  ignorons  dans  quelles  conditions  la  paix  fut 
rétablie. 

Les  divers  témoignages  que  j'ai  cités  sont,  à  ma  connaissance,  les 
seuls  à  l'aide  desquels  on  puisse  reconstituer  les  données  générales  du 
roman  perdu.  On  pourrait  toutefois  trouver  dans  nos  anciens  poèmes 
d'autres  témoignages  sur  Doon  de  Nanteuil,  personnage  épique,  mais 
n'étant  pas  nécessairement  le  héros  d'une  chanson  de  geste.  Ainsi  dans 
Ogier  le  danois  il  est  représenté  comme  un  chevalier  de  haut  rang.  Lors- 
qu'il se  présente  à  Brehier,  contre  lequel  il  tente  la  lutte,  avec  peu  de 
succès  du  reste,  il  se  nomme  ainsi,  non  sans  fierté  : 

Do  de  Nantuel  m'apelent  Alemant, 
Flament,  Englois,  Angevin  et  Normant, 
Et  en  la  cort  Kallon  le  roi  poissant. 
Quatre  cités  ai  je  en  mon  tenement, 
Et  vint  castiel  sont  a  moi  apendant. 

(Ed.  Barrois,  vv.  9983-7.) 

Des  témoignages  de  ce  genre  prouvent  simplement  que  Doon  était 
connu,  en  dehors  même  du  poème  qui  lui  a  été  consacré  et  probable- 
ment avant  la  composition  de  ce  poème. 

A  quelle  époque  convient-il  de  placer  la  composition  du  poème?  Incon- 
testablement dans  la  seconde  moitié  du  xne  siècle,  puisque  l'une  de  nos 
sources  d'informations,  Aie  d'Avignon,  est  certainement  antérieure  à  la 
fin  de  ce  siècle.  Mais  il  ne  résulte  pas  de  là  que  le  poème  dont  Fauchet 


8  P.    MEYER 

nous  a  conservé  des  fragments  soit  de  cette  époque.  G.  Paris  le  jugeait 
du  xiv"  siècle  ',  d'après  les  quelques  vers  cités  dans  les  Œuvres  de  Fau- 
chet.  Je  le  crois  plutôt  du  commencement  du  xme.  Ce  serait  donc  un 
rajeunissement  de  la  chanson  à  laquelle  se  rapportent  les  divers  témoi- 
gnages cités  plus  haut.  Il  y  a,  parmi  les  fragments  publiés  ci-dessous,  un 
morceau  qui  ne  laisse  aucun  doute  à  cet  égard  ;  ce  sont  les  vers  26  a 
29,  où  l'auteur  nous  dit  que  tous  ceux  qui  ont  chanté  de  Bertran  le  mes- 
sager de  Charles  et  du  duc  ne  savent  rien  du  sujet. 

Voyons  maintenant  quelles  notions  peuvent  se  déduire  des  fragments 
que  nous  a  conservés  Fauchet.  Et  d'abord,  parlons  de  la  forme. 

Le  poème  était  en  alexandrins  rimes  :  chaque  tirade  est  terminée  par 
un  vers  indépendant  de  six  syllabes.  De  ces  petits  vers  cinq  nous  ont 
été  conservés  :  ci-après,  vv.  61,  81,  159,  175,  196.  On  n'ignore 
pas  que  cette  forme  a  été  employée  dans  des  poèmes  en  décasyllabes 
assez  peu  anciens,  notamment  dans  le  Girart  de  Vienne  de  Bertran  de  Bar- 
sur-Aube  et  dans  Aimeri  de  Narbonne  qui,  selon  toute  apparence,  est 
du  même  auteur.  Notons  dès  maintenant  cette  coïncidence  sur  laquelle 
nous  aurons  à  revenir  plus  loin. 

Quant  au  fonds,  il  est  d'un  vif  intérêt,  à  ce  point  que  nous  n'avons 
pas  à  regretter  que  nos  fragments  appartiennent  au  poème  rajeuni  plutôt 
qu'à  l'ancien  poème.  Des  extraits  de  ce  dernier  n'auraient  probablement 
pas,  pour  l'histoire  de  notre  littérature  épique,  la  valeur  des  morceaux 
conservés  par  F'auchet.  Mais,  avant  d'aller  plus  loin,  il  importe  de  bien 
se  rendre  compte  des  motifs  qui  ont  déterminé  le  choix  fait  par  le  savant 
président.  Fauchet  s'intéressait  peu  à  la  matière  des  chansons  de  geste. 
C'était  avant  tout  un  antiquaire,  en  quête  de  notions  sur  l'histoire  et  la 
géographie  de  la  France  ancienne,  sur  ses  institutions,  sur  les  mœurs, 
sur  le  costume  de  nos  ancêtres.  Tout  ce  qui,  dans  les  œuvres  de  nos 
vieux  poètes,  touchait  à  ces  divers  sujets  attirait  son  attention  et  était 
transcrit  par  lui  au  fur  et  à  mesure  de  ses  lectures.  Il  notait  aussi  les 
mots  qu'il  n'entendait  pas,  de  même  encore  que  certaines  expressions, 
qui,  pour  un  motif  quelconque,  l'avaient  frappé,  et  dont  il  se  plaisait  à 
recueillir  des  exemples.  Ainsi  il  ne  laissait  pas  passer  des  traits  descrip- 
tifs tels  que  a  la  barbe  florie,  ou  qui  le  poil  ot  ferrant,  sans  en  prendre 
note.  Il  résulte  de  cela  que  ses  extraits  ne  sont  nullement  conçus  de 
façon  à  donner  une  idée  du  contenu  d'un  poème.  Si  nombreux  qu'ils 
soient,  ils  sont  toujours  insuffisants,  dès  qu'on  veut  s'en  servir  pour  faire 
l'analyse  de  l'ouvrage  dont  ils  sont  tirés.  Dans  le  cas  présent,  ce  n'est 
pas  sans  peine  que  nous  pouvons  distinguer  çà  et  là  quelques  vers  qui 


1.  Hist.  poct.  de  Charlcmagnt,  p.  298,  note. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  9 

soient  en  rapport  avec  les  données  principales  du  poème  telles  que  nous 
avons  pu  les  rétablir  à  l'aide  des  témoignages  rapportés  plus  haut.  Ainsi 
le  v.  26  annonce  le  message  que  Bertran  doit  remplir  auprès  de  Doon. 
Le  v.  25,  qui,  nous  dit  Fauchet,  se  rapporte  à  un  mort  que  l'on  doit 
porter  en  terre,  peut  fort  bien  être  extrait  du  récit  des  obsèques  faites  à 
Berart,  fils  de  Doon  ;  voy.  ci-dessus,  texte  9.  Les  vers  2}  et  24  sont 
probablement  tirés  de  la  sommation  suivie  du  défi  que  Bertran  a  dû 
adresser  à  Doon.  Aux  vers  128-42  nous  assistons  à  l'arrivée  des  barons 
mandés  par  l'empereur  prêt  à  marcher  contre  Doon.  Les  vers  161-5 
nous  montrent  ce  dernier  se  préparant  à  soutenir  la  guerre.  Il  semble 
qu'aux  vers  168-71,  Doon,  pour  encourager  les  siens  à  bien  faire,  mette 
à  la  discrétion  des  plus  vaillants  les  belles  dames  de  Nanteuil.  Les  der- 
niers vers  transcrits  paraissent  se  rapporter  à  diverses  circonstances  du 
siège.  On  remarquera  que  le  v.  202  annonce  la  retraite  de  païens,  sans 
doute  ceux  sur  lesquels  Doon  croyait  pouvoir  compter;  voy.  texte  3. 

Il  est  bien  probable  que  le  renouveleur  a  modifié  sur  certains  points 
la  marche  de  l'ancien  récit,  qu'il  a  ajouté  quelques  épisodes  de  sa  façon, 
mais  nous  devons  nous  en  tenir  ici  à  de  simples  présomptions,  les  élé- 
ments de  comparaison  faisant  défaut  de  part  et  d'autre.  On  peut  toutefois, 
ce  me  semble,  sans  faire  à  la  conjecture  la  part  trop  grande,  compter  au 
nombre  des  additions  ou  des  modifications  apportées  par  le  renouveleur 
au  récit  primitif  tous  les  passages  où  se  manifeste  la  tendance  à  ratta- 
cher la  chanson  de  Doon  à  d'autres  chansons  de  geste,  qui  ne  sont  pas, 
en  général,  d'une  date  bien  reculée.  Un  personnage  du  nom  de  Rogon, 
dont  le  rôle  ne  se  dessine  pas  clairement  dans  nos  fragments  (vv.  45, 
5  $  et  suiv.),  est  présenté  comme  oncle  de  Beuve  [d'Aigremont  ?]  et  père 
de  Pinabel,  le  défenseur  de  Ganelon  dans  Rolant.  Grifon  d'Autefeuille 
(v.  58)  est,  selon  Gaufrei,  l'un  des  fils  de  Doon  de  Mayence,  et  père  de 
Beuve  d'Aigremont  et  de  Doon  de  Nanteuil.  Il  a,  dans  Gaufrei  et  ailleurs, 
fort  mauvaise  réputation.  Hardré  et  Haguenon  (v.  59)  sont  connus 
d'ailleurs  comme  traîtres  ;  le  premier  par  Amis  et  Amiles,  le  second  par 
Aie  d'Avignon. 

Doon  de  Nanteuil  se  rattachait  donc,  au  moins  sous  la  forme  qu'a 
connue  Fauchet,  à  la  geste  de  Doon  de  Mayence.  D'autre  part,  il  paraît 
se  relier,  dans  une  certaine  mesure,  à  une  autre  des  trois  célèbres  gestes 
que  définit  l'auteur  de  Doon  de  Mayence  dans  un  passage  souvent  cité  :  à 
la  geste  d'Aimeri  de  Narbonne.  Aux  vers  69-73  un  certain  Beuve,  qui 
n'est  pas  Beuve  d'Aigremont,  mais  son  petit-fils,  se  présente  comme  fils 
du  comte  Girart  de  Vienne  et  de  Guibourt,  fille  du  duc  Beuve  [d'Aigre- 
mont], comme  neveu  d'Hernaut  de  Beaulande  et  cousin  d'Aimeri  «  qui 
occit  le  dragon.  »  On  verra  dans  la  note  du  v.  73  ce  qu'il  faut  entendre 
par  ces  derniers  mots.    Il   y  a   un   vers,   le  v.  62,  Et  Alemant  et 


10  P.    MEYER 

Sesne  qui  jurent  «  Godeherre  »,  qui  se  retrouve  à  peu  près  dans  Aimeri. 
Nous  verrons  tout  à  l'heure  que  l'auteur  de  Doon  connaissait  et  appré- 
ciait Bertran  de  Bar-sur-Aube ,  l'auteur  à' Aimeri  de  Narbonne  et  de 
Girart  de  Vienne. 

L'auteur,  ou  plutôt  le  renouveleur,  de  Doon  de  Nanteuil  connaissait 
aussi  Doon  de  la  Roche,  chanson  de  geste  qui  sera  bientôt  publiée  par  la 
Société  des  anciens  textes  français,  d'après  le  ms.  unique  de  Londres. 
Mais  il  la  connaissait  d'après  une  rédaction  dont  nous  ne  soupçonnions 
pas  l'existence.  Après  le  v.  171  il  y  a  une  observation  de  Fauchet  ainsi 
conçue  :  «  Olive,  seur  de  Charlemagne,  fut  mariée  à  Doon  de  la  Roche, 
«  seigneur  de  Frize  (?),  et  fut  séparée  de  lui;  puisespousée  par  Bertran, 
«  fils  du  duc  Naismes.  »  Cette  notion,  que  Fauchet  empruntait  à  une 
partie  de  Doon  de  Nanteuil  qu'il  ne  nous  a  pas  fait  connaître  autrement, 
est  pour  nous  toute  nouvelle.  Dans  le  Doon  de  la  Roche  du  ms.  de  Londres 
Olive  est  sœur  de  Pépin,  et  non  de  Charlemagne  :  dans  la  Karlamagnus- 
Saga,  elle  est,  comme  ici,  sœur  de  Charlemagne1,  mais  dans  aucune 
de  ces  deux  rédactions,  qui  diffèrent  beaucoup  l'une  de  l'autre,  nous 
ne  voyons  qu'Olive,  séparée  de  Doon,  ait  épousé  le  fils  du  duc  Naime. 
Ailleurs,  entre  les  vers  155  et  154,  Fauchet  dit  que  Bertran  eut  d'Olive 
un  fils  appelé  Gautier  «  qui  espousa  Nevelon,  fille  dudit  Charles,  et  tua 
«  Justamont.  »  Cela  encore  est  nouveau. 

Entre  les  morceaux  conservés  par  Fauchet,  il  en  est  un,  le  plus  long 
de  tous,  qui  sera  cité  désormais  au  nombre  des  témoignages  les  plus 
intéressants  sur  l'histoire  de  notre  ancienne  poésie,  et  surtout  de  nos 
anciens  poètes.  C'est  le  morceau  qui  se  compose  des  vers  83  et  1 19,  et 
qui  en  réalité  se  divise  en  deux  fragments,  tirés  d'une  même  tirade.  Le 
renouveleur  de  Doon  de  Nanteuil,  donnant  subitement  carrière  à  des 
sentiments  longtemps  comprimés,  se  lamente  bruyamment  de  la  déca- 
dence du  métier  de  jongleur.  «  Autrefois,  dit-il,  nous  étions  recherchés 
«  et  aimés  ;  on  nous  honorait  dans  les  cours  des  seigneurs  ;  on  nous 
«  donnait  manteaux  et  bliauts  fourrés.  Maintenant  notre  métier  est  bien 
«  tombé.  Il  n'y  a  garçon2,  pour  peu  qu'il  sache  un  morceau  rimé,  qu'il 
«  ait  la  voix  clairette  et  sache  bien  faire  le  fou  >,  dont  chacun  ne  dise  : 
«  Ha!  Dieu,  comme  il  en  sait  !  Il  en  a  plus  appris  en  un  an  que  Bertran 
«  de  Bar  n'en  a  jamais  su  en  toute  sa  vie,  ni  le  vieux  Maloiseau  ...  ni 
«  Hue  del  Teil.  Alors  on  lui  fait  mille  amitiés  et  lui  donne  du  bon  argent 
«  monnayé.  Mais,  par  la  foi  que  je  dois  à  la  Trinité,  il  n'y  a  pas  dans  le 


1.  Voy.    l'analyse  de  G.    Paris,  Bibl.  de  l'Ec.  des  chartes,   $c  série,  V,  105 
et  suiv. 

2.  Au  sens  méprisant  que  ce  mot  a  souvent  au  moyen  âge. 

3.  Je  traduis  par  à  peu  près  le  et  est  bien  desrd  du  texte  (v.  94).  La  leçon, 
et  par  suite  le  sens,  ne  sont  pas  assurés. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  1  I 

«  royaume  de  France,  pris  en  long  et  en  large,  il  n'y  a  pas  cinq  jon- 
«  gleurs  qui  en  sachent  assez  pour  n'avoir  pas  à  apprendre  encore.  » 
Puis,  énumérant  les  jongleurs  connus  qui  sont  morts  depuis  peu,  il 
affirme  qu'Aubert  d'Iveline  f?)  s'est  noyé  en  tombant,  en  état  d'ivresse, 
du  haut  d'un  pont,  depuis  la  mort  de  Guarin  de  Chevreuse,  de  Guillaume 
Dent  de  Fer,  de  Seguin  (?)  de  Troie,  de  Mahé  de  Remecourt,  les  bons 
jongleurs  sont  très  clairsemés. 

Ce  passage,  bien  que  placé  par  Fauchet  vers  le  milieu  de  ses  extraits, 
appartenait  visiblement  au  prologue  du  poème  ;  d'ailleurs  l'auteur  le  dit 
en  propres  termes  au  v.  1 18.  On  peut  hardiment  affirmer  qu'il  n'y  a  pas 
dans  toute  notre  ancienne  poésie  de  morceau  qui,  en  aussi  peu  de  vers, 
contienne  autant  de  notions  importantes  pour  notre  histoire  littéraire. 
Nous  avons  là  une  nouvelle  liste  de  noms  de  jongleurs  à  ajouter  à  ceux 
que  nous  fournissent  le  débat  des  deus  îroveors  ribaus  et  le  dit  des  Hiraus 
de  Baudouin  de  Condé  '.  Ces  noms  sont  d'une  incontestable  authenticité, 
ce  qu'on  ne  saurait  assurer  avec  la  même  certitude  de  la  liste  des  deus 
troveors.  Il  est  superflu  d'insister  sur  la  valeur  du  témoignage  que  nous 
fournit  le  même  passage  sur  Bertran  de  Bar-sur-Aube.  Enfin,  les  allu- 
sions aux  romans  d'Alexandre,  d'Apolloine,  du  beau  Tenebré  (?),  d'Au- 
digier  ont  bien  aussi  leur  intérêt. 

Nous  avons  traité  jusqu'à  présent  Doon  de  Nanteuil  comme  un  ouvrage 
anonyme.  Le  moment  est  venu  de  dire  que  selon  toutes  les  probabilités 
l'auteur  ou  le  renouveleur  de  Doon  s'est  nommé,  ou  a  été  nommé,  au 
début  de  son  poème,  que  ce  début  nous  a  été  conservé  par  Fauchet  et 
n'est  point  autre  que  le  morceau  de  dix-huit  vers  dont  il  a  été  dit  un 
mot  au  commencement  de  ce  mémoire.  L'auteur  ou  le  renouveleur  de 
Doon  de  Nanteuil  serait  donc  ce  Huon  de  Villeneuve,  presque  célèbre 
grâce  aux  compilations  littéraires  qui,  sans  vérification,  le  font  auteur  de 
divers  poèmes  auxquels  il  est  bien  étranger,  mais  à  qui  jusqu'à  ce  jour  il 
a  été  impossible  d'attribuer  avec  certitude  aucune  composition.  Voici 
par  quelle  voie  j'arrive  à  le  reconnaître  pour  l'auteur,  ou  plutôt  pour  le 
renouveleur  de  Doon.  Fauchet,  dans  le  passage  rapporté  tout  au  début 
de  ces  recherches,  suppose  que  Renaut  de  Montauban,  Doon  de  Nanteuil, 
Aie  d'Avignon,  Gui  de  Nanteuil,  sont  d'un  même  poète,  et  le  motif  très 
faible  de  cette  hypothèse,  c'est  qu'il  avait  vu  ces  divers  romans  «  cousus 
l'un  après  l'autre  »  dans  un  même  volume.  Et  ce  poète  unique  devait 
être  le  Huon  de  Villeneuve  dont  il  trouvait  le  nom  en  un  feuillet  «  demi- 
rompu.  » 

Comme  il  n'est  aucunement  possible  que  les  quatre  poèmes  indiqués 
soient  d'une  même  main,  nous  admettrons  que  les  vers  cités  par  Fau- 

i.  Edit.  Scheler,  p.  163. 


12  P.    MEYER 

chet,  qui  sont  réellement  un  prologue  de  jongleur,  s'appliquent  à  l'un  de 
ces  poèmes,  et  non  à  tous  les  quatre.  Mais  auquel  ?  Il  semble  que  Fau- 
chet  ait  fait  à  cette  question  une  réponse  décisive  dans  son  recueil  de 
notes  où  il  transcrit  les  mêmes  vers  (moins  le  dernier  qui  n'a  pas  d'impor- 
tance) sous  cette  rubrique  :  «  D'un  Romans  appelé  Guion  de  Nanteuil.  » 
Mais  cette  assertion  est  évidemment  le  résultat  d'une  fausse  conjecture 
ou  d'une  erreur  de  plume.  Ce  qui  est  sûr,  c'est  que  les  vers  en  question 
n'appartiennent  pas  à  Gui  de  Nanteuil,  dont  nous  possédons  deux  mss. 
Fauriel  lui-même  nous  a  donné  le  moyen  de  constater  sa  propre  erreur, 
car  à  la  suite  de  ce  morceau  viennent,  comme  on  l'a  vu  plus  haut,  p.  3, 
des  extraits  de  Renaut  de  Montauban,  de  Doon  de  Nanteuil,  d'Aie  d'Avi- 
gnon, et  enfin  de  Gui  de  Nanteuil.  C'eût  été  là  le  lieu  de  citer  les  vers  sur 
Huon  de  Villeneuve.  Evidemment  le  feuillet  «  demi-rompu  »  qui  conte- 
nait le  nom  de  Huon  de  Villeneuve  se  trouvait  dans  de  telles  conditions 
(peut-être  était-il  détaché)  qu'on  ne  pouvait  hésiter  sur  sa  place  véri- 
table '.  Fauchet  l'a  d'abord  rattaché  à  Gui  de  Nanteuil,  puis  dans  son 
ouvrage  imprimé,  il  s'est  tenu  dans  des  termes  plus  vagues.  J'affirme, 
sans  crainte  d'être  contredit,  que  le  début  conservé  par  Fauchet  est 
étranger  non  seulement  à  Gui  de  Nanteuil,  mais  aussi  à  Renaut  de  Mon- 
tauban et  à  Aie  d'Avignon.  Il  ne  reste  donc  que  Doon  à  qui  on  puisse  les 
rattacher.  Et  je  puis  ajouter  qu'ils  s'y  adaptent  parfaitement,  comme  le 
prouve  une  coïncidence  d'idée  et  d'expression  qui  sera  signalée  plus 
loin,  dans  la  note  du  v.  83.  Présentement,  je  vais  les  transcrire,  en 
combinant  le  texte  imprimé  par  Fauchet  avec  celui,  peu  différent,  de  ses 
notes  manuscrites  : 

Seignor  soiez  en  pès,  tuit  aiez..., 

Que  la  vertu  del  ciel  soit  en  vos  demorée  ! 

Gardez  qu'il  n'i  ait  noise  ne  tabort  ne  criée. 

II  est  einsint  coustume  en  la  vostre  contrée, 
$  Quant  uns  chanterres  vient  entre  gent  henorée 

Et  il  a  endroit  soi  sa  vielle  atrempée, 

Ja  tant  n'avra  mantel  ne  cote  desramée 

Que  sa  première  laisse  ne  soit  bien  escontée, 

Puis  font  chanter  avant,  se  de  riens  Ior  agrée, 
10  Ou  tost,  sans  villenie,  puet  recoillir  s'estrée. 

1 .  Ajoutons  que  le  premier  feuillet  de  Doon  de  Nanteuil  paraît  avoir  fait  défaut, 
ou  du  moins  s'être  trouvé  déplacé.  Fauchet,  en  effet,  intitule  les  fragments  qu'il 
transcrit  de  ce  poème  de  la  façon  suivante  :  «  D'un  autre  roman  que  je  pense 
être  de  Doon  de  Nantoil.  »  Il  n'y  avait  donc  pas  de  début  avec  rubrique  initiale. 
Mon  hypothèse  est  que  ce  début  était  constitué  par  le  feuillet  «  demi  rompu  » 
où  figurait  Huon  de  Villeneuve. 

V.    i,  aiez  est  fourni  par  les  notes  manuscrites,   l'imprimé  porte  seulement  a — 

2  Impr.  vertus.  —  3  Impr.  tabor  ;  ne  faudrait-il  pas  tabust  ?  —  4  Impr.  ensinc.  — 
5  Notes  mss.  ung  chanterre.  —  7  Impr.  cotte.  —  10  Notes  mss.  peust  recueillir. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  I  3 

Je  vous  en  dirai  d'une  qui  molt  est  henorée  : 
El  riaume  de  France  n'a  nule  si  loée. 
Huon  de  Villenoeve  l'a  molt  estroit  gardée; 
N'en  volt  prendre  cheval  ne  la  mule  afeltrée, 
1 $  Peliçon  vair  ni  gris,  mantel,  chape  forrée, 
Ne  de  buens  paresis  une  grant  henepée. 
Or  en  ait  il  mausgrez  qu'ele  li  est  emblée  ! 
Une  molt  riche  pièce  vos  en  ai  aportée. 

Ce  morceau  est  à  noter  pour  les  origines  de  la  propriété  littéraire.  Il 
nous  montre  combien  les  auteurs  ou  renouveleurs  de  chansons  de  geste 
tenaient  à  se  réserver  le  droit  d'exploiter  leurs  œuvres  à  leur  guise.  Il  y 
a  quelque  chose  de  semblable  dans  la  première  tirade,  du  reste  fort 
obscure,  de  Girart  de  Roussillon.  De  même  encore,  au  début  de  la  Des- 
Iruction  de  Rome  (Romania,  II,  6)  : 

Cil  ki  la  canchon  fist  l'a  longuement  gardée, 
Ainz  n'en  vout  prendre  avoir,  voire  nule  darrée, 
Ne  mul  ne  palefroi,  mantel,  chape  fourrée1. 

Ici  nous  voyons  que  Huon  de  Villeneuve  n'avait  pas  réussi  à  s'assurer 
la  possession  exclusive  de  sa  chanson,  puisque  le  jongleur,  auteur  de  la 
tirade,  se  vante  de  la  lui  avoir  «  emblée  ».  Après  tout,  il  faut  peut-être 
ne  voir  là  qu'un  simple  artifice  littéraire,  et  Huon  de  Villeneuve  peut 
fort  bien  avoir  rédigé  lui-même  le  prologue  où  il  est  représenté  comme 
dépouillé  par  un  jongleur  peu  scrupuleux. 

En  outre  du  ms.  de  Charles  V  mentionné  plus  haut,  je  n'ai  trouvé 
dans  les  anciens  inventaires  de  bibliothèques  du  moyen  âge  qu'une  indi- 
cation relative  à  un  ms.  de  Doon  de  Nanteuil.  Elle  se  trouve  dans  la 
donation,  plus  d'une  fois  publiée2,  faite  en  1 306  par  Gui  de  Beauchamp, 
comte  de  Warren,  à  l'abbaye  de  Bordesley.  Il  y  a  dans  cet  acte  deux 
articles  consécutifs  ainsi  conçus  : 

Un  volume  qe  parle  des  quatre  principals  gestes  de  Charles  e  de  Dooun  (e) 
de  Mayance  e  de  Girard  de  Vienne  e  de  Emmery  de  Nerbonne.  —  Item,  un 


1.  Je  restitue  le  texte,  qui  est  corrompu  dans  le  ms.  et  mal  corrigé  dans  l'édi- 
tion de  M.  Grœber. 

2.  H.  J.  Todd,  Illustrations  of  the  Vives  and  mitings  of  Gower  and  Chauccr. 
London,  1810,  pp.  161-2  ;  Fr.  Michel,  Tristan,  I,  cxx,  cxxn;  J.  Merrywea- 
ther,  Bibliomania  in  the  Middle  Ages,  London,  1849,  193-4;  E.  Edwards, 
Memoirs  of  Libraries,  I,  375.  Le  ms.  se  trouve  en  copie  du  XVIIe  siècle  à  la 
bibliothèque  de  Lambeth,  n°  577. 

12  Impr.  royaume,  nulle.  —  15  Notes  mss.  Ville  neufve.  —  14  Impr.  vol.  —  15  Notes 
mss.  Pliçon.  —  16  Notes  mss.  grand.  —  17  Notes  mss.  mau  grez.  —  18  Manque  dans 
les  notes  manuscrites. 


14  P.    MEYER 

volume  del  romaunce  Edmond,  de  Ageland  (corr.  Agoland)  e  deu  roy  Charles, 
Dooun  de  Nauntoile  et  le  roumaunce  de  Gwyoun  de  Nantoyl. 

Aucun  des  nombreux  manuscrits  (il  n'y  a  pas  moins  de  vingt-sept  articles) 
mentionnés  dans  cette  donation  ne  paraît  être  parvenu  jusqu'à  nous. 

D'un  autre  Roman  que  je  pense  estre  de  Doon  de  Nantoil  ' . 

Mantel  ot  d'escarlate  traînant  contreval, 
Et  vest  buen  peliçon  et  bliaut  de  cendal. 

Seignor,  Do  de  Nantoil  dont  je  ci  vos  acont, 
Sa  citez  ne  siet  mie  dedans  un  val  parfont, 
5  Eins  siet  en  une  roche  chevée  contremont. 
D'une  part  est  Norgance,  la  forestde  Marfont, 
D'autre  part  par  la  faloise  chevée  en  abis  mont, 
De  l'autre  part  la  roche  la  ou  l'estorce  pont, 
De  la  quarte  cort  Moese,  si  la  passent  au  pont. 


i .  Fauchet  avait  d'abord  écrit  Nantueil,  qu'il  a  corrigé  en  Nantoil. 

4  La  description  qui  suit  du  château  ou  de  la  cité  de  Nanteuil  ne  répond  à 
rien  de  réel,  bien  qu'elle  ait  toutes  les  apparences  de  la  précision.  Ce  lieu  aurait 
été  situé  sur  une  hauteur  entre  la  Meuse  et  le  Rhin  et  à  peu  de  distance  de  ces 
deux  cours  d'eau  (vv.  9  et  i$).  Ce  sont  là  des  données  imaginaires.  Il  est 
possible  que  l'auteur  ou  le  renouveleur  de  Doon  ait  connu  les  passages  ci-après 
A'1  Aie  d'Avignon,  qui  donnent  des  indications  peut-être  plus  réelles  : 

Le  chastel  de  Nentuel  est  en  tel  marche  assis 

A  la  porte  roial  devise  .iij.  païs  : 

Alemaigne  et  Loheraigne  et  France,  ce  m'est  vis. 

(Aie  d'Avignon,  p.  81.) 
Ce  dernier  vers  est  sûrement  fautif,  il  est  trop  long  d'une  syllabe,  et  d'ailleurs 
il  donne  une  indication  grossièrement  erronée  en  supposant  un  point  où  l'Alle- 
magne, la  Lorraine  et  la  France  se  toucheraient.  J'incline  a  croire  qu'il  faut 
corriger  Allemaigne  en  Champaigne.  On  lit  encore  dans  Aie  d'Avignon,  à  propos 
de  Nanteuil  : 

La  tor  est  grans  et  haute  et  blanche  comme  nois  : 

D'une  part  est  d'Argonne  qui  le  dot  en  deffois, 

Que  ja  ne  mengera  sanz  venoison  au  dois  ; 

De  l'autre  part  cort  Muese  ou  li  poisson  sont  froit.  (P.  81-2.) 
Ces  données,  combinées  avec  celles  des  vers  cités  précédemment,  conduiraient  à 
chercher  Nanteuil  sur  la  rive  gauche  de  la  Meuse,  dans  le  pays  de  Rethel. 

En  dehors  d'Aye  d'Avignon  et  de  Doon  de  Nanteuil  je  ne  connais  pas  de  texte 
qui  fournisse  des  notions  de  quelque  valeur  sur  la  situation  de  Nanteuil.  Ainsi 
Gaufrei  place  ce  lieu  sur  la  mer  (v.  2170),  et,  dans  Tristan  de  Nanteuil,  il  est 
dit  que  «  la  cité  de  Nanteul  a  ore  a  non  Utret  »  (Jahrb.  /.  rom.  liter.,  IX,  35  $). 
Ce  sont  là  des  fantaisies. 

6  Je  ne  saurais  donner  aucun  éclaircissement  sur  la  forêt  de  Marfont;  quant 
à  Nargance,  c'est  très  probablement  une  mauvaise  leçon  pour  Argonne;  voiries 
vers  d'Aye  d'Avignon  cités  à  la  note  précédente. 
8  Estorche ;  est-ce  l'ail,  storcli,  cigogne? 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  I $ 

10  Li  paile  d'Orient  qui  en  sa  chambre  sunt 
Valent  miez  que  Biauvez  ne  Senlis  ne  Loon. 

Et  mètre  en  el  moustier  del  cors  saint  Henoré, 
Ce  est  la  meire  église  de  Nantoil  la  cité. 

Quel  cité  est  Nantoil,  plenté  y  a  de  vin  ; 
1 5  D'une  part  li  coert  Moese  et  d'autre  part  le  Rin, 
De  Coloigne  a  Garmaise  et  huitent  li  chemin. 
Li  borjois  de  la  ville  ne  semble[nt]  pas  f[r]arin  : 
Manteaux  ont  d'escarlate  et  peliçon  ermin. 

Escu  ot  de  Coloigne  et  lance  de  Pavie. 

Parlant  d'un  chevalier. 

20  «  Que  fet  Do  de  Nantueil  a  la  barbe  ferrande  ?  » 

Parlant  de  Do  qui  estoit  servi  a  table  par  ses  chevaliers  : 

Chascun  porte  toaille  ou  orçoel  et  bocler, 
Ou  cisnes  ou  paons  ou  teste  de  sangler. 

Parlant  d'une  semonce  de  guerre  que  Charles  fit  a  ses  hommes  pour  venger  la  perte 
qu'il  avoit  receue  retournant  d'Espagne  : 

«  Par  ses  briefs  vous  manda,  n'i  deignastes  aler. 

Les  grenons  de  ta  barbe  demande  en  treùage. 

11  a  dit  devant  poilz. 

25  Chausses  ot  de  brun  paille,  souliers  ot  peinturé[z]. 
D'un  mort  habillé  pour  porter  en  terre. 

Tuit  cil  qui  ont  chanté  de  Bertran  le  message, 
De  Challon  et  del  duc  et  del  riche  bernage 
N'en  savent  pas  l'affaire  a  la  disime  page. 
A  Saint  Denis  la  fit  ung  clers  qui  moût  fut  sage. 

30  N'i  a  celui  qui  veste  ne  braie  ne  chemise, 
Ains  sont  cousu  es  cuirs  a  la  bogresche  guise. 

Marchandises  venans  a  ung  port  : 

Au  port  est  li  rivages  qui  la  navie  ameine 
Qui  vienent  d'Alixandre  et  de  terre  lointaine  : 


16  Je  ne  puis  lire  autre  chose  que  et  huitent,  leçon  qui  n'offre  aucun  sens. 
P.-ê.  et  Hui  tent  (ou  t[i]ent?),  mais  quelle  bizarre  géographie  ! 


l6  P.    MEYER 

Li  dromont  et  les  busses,  maint  poisson  et  balaine, 
j  5  Vair  et  gris  et  hermine,  le  coton  et  la  laine 

Et  piaux  et  cuirs  de  vacre(?),  le  bresil  et  la  greine, 
Fer  et  pion  et  acier,  draperie  et  fustaine, 
Le  poivre  et  le  comin,  l'encens,  la  tubiane, 
Musqueslias  et  basme,  estoant  et  viaine, 
40  Li  liepart  et  li  singe,  chamoil,  maint  dromadaire, 
Et  les  bues  et  les  vaches  et  murs  de  Buriaine  ; 
Chacun  jor  rent  mil  solz  a  Rogon  en  demaine 
Et  ung  girfaut  tôt  blanc  de  mue  primeraine. 

Et  chausses  et  soliers  de  fin  or  peinturez. 

45  Rogues  sist  a  sa  table,  sa  moiller  en  costé, 
De  l'autre  part  Bertran  el  faudestoel  doré, 
Et  beurent  par  la  sale  et  piment  et  claré. 

Tosjors  l'ai  oï  dire,  sovent  est  reprové  : 
Cil  venge  mal  son  duel  qui  par  mi  l'a  doblé. 

50  Onques  par  Aristote  qui  sot  d'enchantement, 
Qui  fit  l'omme  d'airain  parler  si  hautement 
De  nonante  langaige[s]  par  ung  tuel  d'argent, 
N'ot  si  buen  Alexandre  es  desertz  d'Abilant 
Quant  hipopotamus  le  firent  le  torment. 
Je  croi  que  ce  romant  est  fait  depuis  celui  d'Alexandre. 


^4  Au  lieu  de  busses,  Fauchet  a  lu  buffcs  ;  sur  les  busses,  sorte  de  navire, 
voir  Du  Cange,  bussa. 

3$  et  suiv.  La  plupart  des  articles  ci-après  énumérés  figurent  dans  les 
anciens  tarifs  de  péage  et  en  général  dans  les  documents  du  moyen  âge  relatifs 
au  commerce.  Voy.  notamment  Bourquelot,  Études  sur  les  foires  de  Champagne 
(Mémoires  présentés  à  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  t.  Vl, 
ire  partie,  p.  243  pour  la  futaine  (v.  37),  p.  287  pour  le  citoual  iv.  39,  voy. 
la  note),  p.  288  pour  la  graine  (v.  36).  Mais  je  ne  trouve  rien  sur  la  viaine 
(v.  39),  mot  peut-être  corrompu,  ni  sur  la  tubiane  (v.  38)  dont  j'ai  cependant 
rencontré  déjà  des  exemples. 

39  Estoant,  leçon  de  Fauchet,  n'a  aucun  sens.  Il  y  avait  probablement  dans 
le  ms.  perdu  citoaus. 

41  Buriaine,  Fauchet  a  lu  Burtaine.  —  Il  y  a  Buriennc  dans  le  Dit  de  l'Erberie 
de  Rutebeuf  :  «  Buriennc,  dans  le  Siennois,  en  Italie,  avec  un  lac  qui  porte  ce 
nom  »  (Jubinal,  2''  éd.,  II,  53).  Bu.ria.xgnt  est  dans  Aliscans  un  pays  habité  par 
les  payens  (éd.  Guessard  et  Montaiglon,  vv.  573  et  1397). 

48-9  Vers  cités  par  Fauchet,  Œuvres,  f.  562  v°.  Le  Roux  de  Lincy  (Livre  des 
prov.  II,  274)  cite  le  v.  49  comme  tiré  de  Doon  de  Mayence,  ce  qui  est  erroné. 
Après  les  vers  48  et  49  Fauchet  rapporte,  dans  l'imprimé,  le  vers  suivant  que  je  ne 
retrouve  pas  dans  ses  notes  manuscrites  :  Ainçois  en  i  morront  dix  mille  ferarmê. 

$3-4  Allusion  au  Roman  d'Alexandre,  édit.  Michelant,  p.  280.  Au  v.  54  le 
doit  être  corrigé  li. 


LA    CHANSON    DE    DOON    DE    NANTEUIL  I7 

Lignée  de  Ganelon  :  Rogues  estoit  seigneur  de  Montorgueil  : 
$  $  II  fu  oncles  fel  Bueves  et  pères  Pinabel, 

Ne  doterons  mon  père  ne  lui  ne  son  revel, 
Mandonel  de  la  Roche  Brigonde  ...  n'egrefuel, 
«  Ne  Grifons  d'Autefueille  ne  li  fiers  Garsiel, 
«  Hardrés  ne  Haguenons,  Hodoïns  ne  Pinel. 
60  «  Chacuns  tient  de  mon  père,  fermeté  o  chatel, 
«  Et  sont  de  lignage  mal.  » 

Et  Alemant  et  Sesne  qui  jurent  Godeherre. 

De  mors  et  de  navrez  et  jonchier  et  couvrir. 

Ne  treuvent  borg  ne  ville  ne  villain  ne  voisin 
6$   Qui  lor  die  nouvelle  n'en  romant  n'en  latin. 
Parlant  de  chevaliers  qui  passoient  païs. 

Par  tel  air  s'i  est  li  vassaux  afichiez 
Que  li  fers  en  croissi,  li  cuirs  est  along[i"jés, 
Et  del  cheval  d'Espagne  est  li  dos  archoiez. 
C'est  cambré  comme  un  arc.  —  Beuves  dit  : 

«  Filz  sui  Girard  le  conte,  ung  nobile  baron 
70  «  Qui  tient  quite  Viane  et  Lion  et  Mascon, 
«  Guibort  a  nom  ma  mère,  fille  [le]  duc  Bueson, 
«  Niez  Hernaut  de  Biaulande  qu'a  flori  le  grenon, 
«  Et  cosins  Aimeri  qui  occit  le  dragon.  » 

Qui  ne  venist  as  noces  o  moiller  acesmée. 
75  Le  jor  y  ot  richesse  moult  noble  présentée  : 
Qui  grant  henap  d'argent,  qui  cope  coverclée, 
Qui  vaisel,  qui  orçoel,  qui  riche  nef  dorée, 
Qui  buen  cheval  d'Espagne,  qui  mule  sejornée. 

Et  passe  puis  et  tertres  et  mainte  lande  ermie. 
Puis,  je  croi  podium. 

61  Corr.  Et  sont  de  mal  lignage. 

62  Godeherre  est,  dans  Aimeri,  le  cri  des  Allemands  : 

Et  Alement  ont  lor  gent  establie, 
Chascuns  en  hait  Godeherre  s'escrie. 

(Bibl.  nat.  fr.  1448,  fol.  51  b.) 
73  L'auteur  a  probablement  fait  ici  une  confusion.  Il  n'est  dit  nulle  part,  à 
ma  connaissance,  qu'Aimeri  ait  tué  un  dragon,  mais  il  est  vrai  que  dans  la 
Mort  Aimeri  (dont  une  édition  est  sous  presse  pour  la  Société  des  anciens  textes 
français)  les  fils  d'Aimeri  tuent  un  dragon. 

79  La  lecture  du  second  hémistiche  est  douteuse.  Fauchet  s'est  repris,  ajoutant 
et  en  interligne  et  passa  au-dessus  de  lande  ;  il  y  a  trois  lettres  au-dessus  d'ermie. 

Romania,  XIII  2 


P.    MEYER 

80  Assez  ot  a  mangier,  n'en  orent  mie  pou, 
Buens  salmons  et  grans  luz. 

Et  Taure  estoit  série  si  comme  el  tems  de  mai. 

Quant  ung  juglerres  vient  entre  peuple  henoré, 
Ja  tant  nel  verrois  pauvre,  de  robe  desramé, 
8>  Se  il  dit  son  prologue,  ne  soit  bien  escouté. 

Par  Deu  !  ja  fu  tés  jors  nous  estiens  amé, 

En  meintes  riches  cors  servi  et  henoré, 

Que  l'en  donnoit  mantiaux  et  meint  bliaut  forré  ; 

Or  sunt  nostre  mestier  moût  forment  décliné. 
90  Et  chantent  d'Apoloine  et  del  biel  Tenebré 

Del  viel  Antiocus,  de  Porus  et  d'Otré, 

Et  del  roi  Alexandre  et  del  preu  Tholomé  ; 

Or  n'i  a  mes  garçon,  s'il  set  ung  vers  rimé, 

Quant  a  clerete  voix  et  est  bien  desreé, 
95   D'Audegier  qui  fu  cuens  ou  de  Minier  l'ainsné, 

Ou  de  Morgain  la  fée,  d'Artur  et  de  Forré  : 

«  Ha  Diex  !  »  ce  dist  chascuns,  «  corn  ci[s]t  est  escolé  ! 

«  Certes,  plus  a  apris  en  ung  sol  an  passé 


8 3  —  $  Ces  vers  sont  la  répétition,  sur  une  autre  rime,  des  vers  $-8  du  pro- 
logue donné  par  Fauchet  comme  tiré  de  Gui  de  Nanteuil  (ci-dessus,  p.  12).  Je 
laisse  un  blanc  après  le  v.  85  parce  que  ce  vers  est,  dans  la  copie  de  Fauchet, 
séparé  du  suivant  par  un  trait  vertical  qui  indique  une  omission. 

86  nous,  je  corrige  Fauchet,  qui  a  écrit  nostre. 

90  Sur  Apollonius  de  Tyr,  dont  la  fabuleuse  histoire  est  déjà  rappelée,  au 
(  commencement  du  xne  siècle,  par  le  chroniqueur  Fouchier  de  Chartres  (Hist. 
\     occid.  des  crois.,  III,  3  5  3  e),  voy.  une  note  de  mon  édition  de  Flamenca,  p.  282, 

et  Jahrb.  f.  rom.  liter.  VII,  196. 

91  Le  viel  Antiocus  peut  être  Antiochus  Epiphane  ;  ce  serait  une  allusion  au 
poème  de  Judas  Macchabée;  voy.  Flamenca,  p.  283,  note  2.  Mais  ce  peut  être 
aussi  Antiochus  d'Antioche,  qui  aima  sa  fille  d'un  amour  incestueux,  comme  il 
est  raconté  dans  l'Historia  Apollonii  régis  Tyri.  En  ce  cas  nous  aurions  ici  la 
suite  de  l'allusion  relevée  au  vers  précédent. 

95-6  Ces  deux  vers  semblent  hors  de  leur  place.  Ils  devraient  faire  suite  au 
v.  92.  Du  reste  Fauchet  a  hésité.  Après  le  v.  94  il  avait  écrit  les  premiers  mots 
du  v.  97,  et  les  a  rayés.  Ii  est  cependant  évident  que  le  v.  97  continue  l'idée 
exprimée  au  v.  94.  —  Bien  aa'Audigicr,  parodie  grossière,  mais  amusante,  des 
chansons  de  geste,  ne  se  soit  conservé  que  dans  un  seul  ms.,  il  est  peu  de 
poèmes  qui  aient  joui,  au  XIIIe  siècle,  d'une  plus  grande  popularité.  Voir  les 
témoignages  que  j'ai  rassemblés  à  ce  sujet  dans  la  Remania,  VII,  450.  —  Minier, 
que  je  ne  saurais  expliquer,  est  douteux  ;  p.-ê.  faut-il  lire  d'Erminicr,  Fauchet 
a  rayé  et  récrit  minier. 

96  Sur  Fouré,  voy.  /I/o/,  éd.  de  la  Société  des  anciens  textes  français,  à  la 
table  des  noms. 


LA  CHANSON  DE  DÛON  DE  NANTEUIL  19 

«  Qu'onques  Bertran  de  Bar  ne  sceut  en  son  aé, 
100  «  Ne  li  vielz  Maloisiaux  et  ses  filz  reùsé, 

«  Ne  dans  Hues  del  Teil  qui  des  ars  fu  paré.  » 

Lors  li  coillent  entre  els  buen  argent  moneé. 

Mes,  par  la  foi  que  doi  a  la  grant  Trinité, 

El  reaume  de  France,  si  comme  est  grant  et  lé, 
105   N'a  pas  cinq  jugleors,  si  corn  je  l'ai  cuidé, 

Qui  soient  pas  de  sens  si  bien  enluminé 

Ou  il  n'ait  qu'amender,  par  seinte  charité  ! 

Puisqu'AuBERS  d'Iveline  (?)  fu  en  l'eve  afondez 

Del  pont  dont  il  chai  quant  il  fu  enivrez, 
1 10  Et  Guarins  de  Chevreuse  qui  son  tens  a  fine, 

Guillaume  dent  de  fer  qui  l'ueil  avoit  crevé, 

Et  Segars,  cil  de  Troie,  de  Reinecort  Mahé,  (f.  69) 

Remestrent  li  parfet  moult  tenvement  planté, 

Je  n'en  blasmerai  nul  :  chacuns  valt  a  planté 
1 1 5  Quant  il  vit  par  ses  armes  tant  qu'il  est  enoré. 

Mais  li  uns  est  sor  l'autre  autresi  emeré 

Comme  l'or  sor  l'argent  quant  on  l'a  bien  pesé. 

Or  vos  ai  le  prologue  de  moy  bien  distinté  ; 

Hui  mais  orrez  chançon  de  grant  nobilité. 

120  Challes  vint  a  Paris  el  monstier  saint  Magloire. 

Et  font  mètre  les  tables  sor  maint  tretel  d'ivoire. 
Et  firent  corner  l'eve  a  quatre  cors  d'ivoire. 
Les  napes  fit  estendre  li  chamberlans  Grigoire. 
Moût  fu  bien  servi  Challes  et  sa  gent,  par  mémoire, 
12$  Meint  enstrument  y  sonne  :  ce  signifie  gloire, 


99  Bertran  de  Bar-sur-Aube,  l'auteur  de  Girart  dt  Vienne  et,  selon  toute 
apparence,  à'Amcri  de  Narbonne ;  voy.  Romania,  IX,  512. 

100  Reùsé,  qui  n'a  guère  de  sens  ici,  cache  p.-ê.  un  nom  propre. 
108  La  lecture  Iveline  est  douteuse. 

1 10  Peut-être  le  Garin  de  qui  nous  possédons  des  fabliaux  assez  grossiers. 

111  Un  «  Dent  de  fer  »  figure  dans  l'énumération  de  bons  sergents,  cham- 
pions et  ménestrels  qui  occupe  une  partie  du  débat  des  deux  troveors  nbaus  ; 
voy.  Robert,  Fabliaux  inédits  (1854),  p.  24;  Jubinal,  Rutebeuf,  2e  éd.,  III,  10, 
v.  79;  de  Montaiglon,  Rec.  gén.  des  Fabliaux,  I,  10,  v.  255.' 

1 12  Segars  (Fauchet  écrit  se  gars)  n'est  pas  une  lecture  vraisemblable  ; 
faut-il  corriger  Seguins?  —  Fauchet  a  sûrement  lu  Reinecort.  Ne  trouvant  pas 
de  lieu  de  ce  nom,  je  présume  qu'il  faut  lire  Remecourt  (Oise,  arr.  de  Clermont). 
Il  y  a  aussi  Remicourt  dans  la  Marne. 

123  Vers  cité  par  Fauchet,  Œuvres,  fol.  486  v°. 


20  P.    MEYER 

Et  chantent  et  vielent  et  content  d'Apoloine, 
D'Alexandre  et  de  Daire,  del  chevalier  santoire. 

Chanus,  roi  d'Angleterre,  Gillemer  d'Escoce  arrivent  : 

Très  desoubs  la  Tor  d'Ordre  les  covint  arriver 
Que  Julius  fit  faire  por  son  poeple  garder. 

1 30  Icil  les  conduira  les  puis  et  les  valées. 

Parlant  d'ung  camp  de  Charles  fait  par  ban  : 

Assez  i  a  de  telz  qui  femmes  ont  menées  : 

Ja  n'ierent  bien  compaignés  sans  moiller  conreé[e]s, 

Lors  robes  belles  nettes  ne  lor  testes  lavées. 

Li  rois  [a]  fait  crier  par  totes  ses  contrées 

1 3  5  Que  les  viandes  soient  totes  abandonées  ; 
Et  celui  qui  prendra  vaillant  quatre  denrées, 
Que  il  li  fera  rendre  por  celle  dis  livrées. 
Cil  doit  bien  avoir  gent  qu'il  conduit  dix  journées, 
Qu'onques  n'i  ot  un  buef  ne  deux  vaches  tuées 

140  Ne  soient  a  argent  0  a  or  acheptées. 

Pour  ung  ban  : 

Et  font  les  briefz  escrire  et  puis  les  seelerent, 
De  si  qu'en  Viennois  les  mesagers  errèrent. 

Et  une  franche  femme,  eins  tel  ne  fut  veùe. 
Pour  gentil  femme. 

De  vostre  suer  Olive  qui  fu  fille  a  Pépin. 

145  Escus  d'or  et  d'azur,  lances  et  entresaigne; 

Nus  chevaux  ne  hennit  ne  nus  murs  ne  rechaigne. 


127  Saintoire,  corr.  saint  Joire  (saint  Georges)? 

128-9  La  Tour  d'Ordre,  phare  très  élevé  construit  par  Caligula  sur  la  falaise 
près  de  l'embouchure  de  la  Liane,  entre  Boulogne  et  la  mer,  a  subsisté,  comme 
on  sait,  jusqu'en  1644  (voir  Egger,  Revue  archéologique,  20  série,  VIII  (1863), 
410-21,  et  cf.  le  plan  de  1 548  reproduit  dans  la  Géographie  de  la  Gaule  romaine 
de  M.  E.  Desjardins,  I,  pi.  xvil.  Peu  de  monuments  antiques  ont  joui,  au 
moyen  âge.  d'une  aussi  grande  célébrité.  Les  Annales  d'Einhart  en  attribuent, 
comme  notre  poète,  la  construction  à  Jules  César  (ad  an.  811).  Il  est  question 
de  la  Tour  d'Ordre  dans  Garin  le  Lorrain,  éd.  P.  Paris,  I,  164,  dans  Baudouin  de 
Sebourc,  I,  16,  v.  26$,  etc. 

143  Fauchet,  telle. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  2  1 

Einsi  comme  a  celée  s'abaisse  li  faucon, 
Quant  li  feins  le  justise,  en  la  froide  saison, 
Brochent  François  ensemble  contreval  le  sablon, 
1 50  Le  fil  de  Lop  encontre  a  coite  d'éperon. 

De  sang  et  de  cervele  la  place  colorir. 

A  une  feste  : 

Le  jor  y  ot  tant  rotes  et  vielle  atrempée, 
Et  chançons  poitevines  y  ot  moût  distintées. 

Bertran,  fils  de  Naismes,  espouse  Olive,  fille  de  Pépin,  seur  de  Charles,  et  d'elle  eut 
Gautier,  qui  espousa  Nevelon,  fille  dudit  Charles  et  tua  Justamont.  Après  avoir  dit  que 
Richart  de  Normandie  portoit  l'oriflambe  et  menoit  l'avant-garde,  il  dit  : 

Richart  de  Normendie  est  son  gonfanonier. 
C'est  de  Charles. 

155   «  Et  ferons  nos  perieres  et  mangoneaux  dress[i]er.  » 

En  son  ung  pui  en  monte  por  sa  terre  esgarder. 
Pui  est  «  montagne  ». 

Le  caregnon  li  baille,  ne  s'i  vout  atargier  ; 
Li  rois  bruise  la  cire,  si  le  fet  desploier  ; 
Voiant  toz  le  fet  lire. 
Carreignon  pour  letres  clauses  '. 

160  Nuls  hom  qui  dedans  dorme  n'i  porra  engroter. 
C'est  egrotare.  —  Parlant  des  paveillons  : 

Et  Doon  de  Nantueil  fet  sa  cité  fermer, 


147-50  Vers  cités  par  Fauchet,  Œuvres,  fol.  562  v°. 

1 51  Vers  cité  par  Fauchet,  Œuvres,  fol.  562  v°. 

153  Voilà  un  témoignage  de  plus  sur  la  célébrité  des  sons  poitevins  dont  il 
est  souvent  question  dans  notre  ancienne  poésie,  par  ex.  dans  le  Tournoiement 
Antecris  de  Huon  de  Meri  (éd.  Tarbé,  p.  1$)  et  dans  le  roman  de  la  Violette 
(Fr.  Michel,  p.  19).  Il  est  certain  toutefois  qu'on  appelait  poitevines  des  chan- 
sons dont  les  auteurs  appartenaient  à  une  région  plus  méridionale  que  le  Poitou. 
Ainsi  dans  la  Violette  c'est  une  pièce  de  Bernart  de  Ventadour  qui  est  qualifiée 
de  son  poitevin.  De  même  dans  le  chansonnier  de  Berne  une  pièce  de  Folquet  de 
Marseille  a  pour  rubrique  sor  (corr.  son)  poitevin  (Wackernagel,  Alt/r.  Lieder, 
p.  32,  cf.  p.  167). 

1 57  Au  lieu  de  ne  s'i  vout,  Fauchet  paraît  avoir  écrit  ne  suiont. 

1.  Un  peu  plus  loin,  Fauchet  écrit  :  «  Je  croi  que  de  carregnon  vient  son- 
«  ncr  carillon.  »  Et  en  effet,  carillon  et  carregnon  sont  le  même  mot. 


22  P.    MEYER 

Et  fet  lices  et  barres  et  les  fossez  parer, 
Et  moetes  et  bretesches  et  les  pons  atorner, 
Et  garnir  de  vitaille  et  les  murs  seeller, 
165  Les  barons  de  sa  terre  et  sodoiers  mander. 

Et  sor  saintes  reliques  a  ung  monstier  jurer 
Que  ja  nulz  ne  se  feigne  de  l'ost  Kalles  grever. 

Qui  mielz  pourra  ferir  les  Frans  jusqu'as  boelles, 
Cil  choisiront  des  dames  et  prandront  des  plus  belles. 
170  Li  hardi  s'en  sont  ris,  si  lievent  les  maisselles, 
Et  as  coars  en  tremblent  li  cuer  sos  les  mamelles. 
Olive,  seur  de  Charles,  fut  mariée  a  Doon  de  la  Roche,  seigneur  de  Frize  (?),  et  fut 
séparée  de  lui,  puis  espousée  par  Bertran,  fils  de  Naismes. 

Entre  lui  et  Bertran  chevauchèrent  l'estrée. 

Tour  strata. 

Desi  en  Normendie  le  droit  chemin  frestelle. 
Au  port  sor  Barbefloe,  sor  mer,  en  la  gravele, 
1 7  $  Le  conte  Richar  troeve. 

Parlant  de  chevaliers  allans  a  la  guerre  :  (f.  69  v°) 

Onques  n'i  ot  celui  ne  eûst  targe  nouvelle 
Ou  gonfanon  de  soie  ou  manche  a  damoiselle. 

Set  mille  dragons  portent  qui  ont  gole  b^a]ée. 
Parlant  de  l'host  de  Charles  qui  marchoit. 

Car  il  ot  assez  conte  de  molt  fiere  puissance  : 
180  Chascun  ot  dix  mil  homme[s],  n'a  cil  ne  porte  lance, 
Escu  ou  bien  fort  targe  qui  est  vermeil'  ou  blanche. 
Je  croi  blance  comme  prononcent  les  Picards. 

Oriflambe  ou  dragon  ou  penoncel  ou  manche. 

168-9  On  voit  de  même,  dans  Girbert  de  Metz,  l'impératrice  promettre  à  ses 
chevaliers  les  demoiselles  de  sa  cour  pour  les  encourager  à  combattre  vaillam- 
ment : 

Tous  mes  trésors  vos  soit  a  bandon  mis  ; 
Puis  ferai  ce  c'onques  dame  ne  fist  : 
Pucelles  ai  en  mes  chanbres  gentis, 
Filles  a  princes  et  a  contes  marchis  : 
Je  vos  en  doing  le  baisier  a  delis 
Et  l'acoleir  et  l'autre  chose  ausi. 

(Romanische  Studien,  I,  521-2.) 
174  Barfleur,  Manche,  arr.  Valogne,   autrefois  important  port  d'embarque- 
ment pour  l'Angleterre. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL  2} 

Quant  Charles  mest  son  camp  devant  Nantuieil,  il  dit  : 

Kalles  fait  s'oriflambe  sor  ung  tertre  dressier, 

Fermer  fet  l'aigle  d'or  qui  moult  fait  a  prisier, 

185  Vers  Nantueil  le  tornerent  qu'il  voelent  chalengier. 

«  Por  l'amour  de  Rolant  me  dona  a  mengier, 
«  Cent  solz  de  parisis  et  un  mulet  corsier.  » 

Antoine  vet  avant,  sel  (?)  porte  le  dragon. 

Il  a  dit  devant  que  Charles  lui  avoit  donné  l'oriflambe. 

Et  li  jaiant  grondisent  autresi  comme  porcz. 

190  Et  Antoine  lor  porte  l'oriflambe  roial. 

Au  tref  le  roi  remporte  il  et  Gui  de  Laval. 
Parlant  d'Oger. 

De  par  Do  de  Nantoil  qui  le  poil  a  flori. 
Et  devant  il  a  dit  «  la  barbe  ferrant.  » 

Le  latin  a  leir,  en  romans  l'a  gehi. 

Doon  parle  : 

«  Puis  m'en  iroie  en  France  le  droiturier  chemin, 
195  «  Por  conquerre  le  reine,  car  s'est  le  sebelin 
«  De  trestotes  les  terres.  » 

Ens  0  fons  de  la  sale,  lés  un  marbrin  piller, 
Ot  une  tor  plus  haute  qu'uns  ars  ne  pot  geter  : 
C'est  la  mirmande  au  duc  o  se  va  déporter. 

200  «  Voire,  »  dit  Charllemaine,  «  par  foi  le  vos  plevis 
«  Qu'il  sera  connestable  d'Orliens  et  de  Paris.  » 

Parlant  des  païens  : 

Lors  se  traient  arriérent  et  sonnent  lor  tabor. 

«  Se  es  tu  Charllemaigne  a  la  barbe  ferrande  ?  » 

197  Au  lieu  de  piller  (mieux  piler),  Fauchet,  entraîné  par  l'usage  de  son 
temps,  a  écrit  pillicr  ;  mais  il  a  mis  piller  dans  les  Œuvres,  où  ce  vers  est  cité 
fol.  562  v°. 


24  P-    MEYER 

Parlant  d'un  pavillon  : 

Trestos  est  establis  a  bestes  et  a  chiens  ; 
20$   Se  est  la  mapemonde,  a  dire  n'en  fu  riens. 

«  Défendrons  nos  de  Challe  a  la  barbe  florie.  » 

Qui  li  donast  tôt  l'or  et  trestot  l'argent  cler 
Que  ot  prestre  Joans  et  li  rois  Codroer. 

La  oïssiez  «  Montjoie  !  »  fièrement  escrier, 
2  10  Et  Sarrazin  aride  et  leur  tabors  sonner. 

Desus  en  la  ventaille  qui  fermoit  au  chapel 
Avoit  ch[i]eres  reliques  et  do  corps  saint  Marcel. 
Parlant  de  Do[o]n  : 

Tôt  en  mueille  la  barbe  dont  li  poil  sont  ferrant. 

Si  que  Charle  l'oï  et  Naime  au  poil  ferrant. 

2 1 5  Par  la  foi  que  je  doi  la  coronne  et  le  clou 
Que  dans  Charles  li  Chauf  aporta  a  Charrou. 
Il  semble  que  ceci  est  fait  après  saint  Louis. 

Justice  et  seigneurie  fet  mainte  chose  faire. 

Dux  Naiines  de  Bavieres  a  la  barbe  meslée. 

Il  a  pris  son  gant  destre,  en  quatre  plis  le  plie  : 
220  «  Sire,  tenez  mon  gage,  ja  iert  la  foi  plevie.  » 

20$  Cf.  la  description  du  pavillon  d'Alexandre  : 
En  l'autre  pan  après,  sel  volés  ascouter, 
Veïsciés  mapemonde  en  après  demostrer, 
Ensi  com  toute  tiere  est  enclose  de  mer, 
Si  com  li  filosophe  le  sorent  deviser. 

(Roman  d'Alexandre,  éd.  Michelant,  p.  $$.) 
Dans  le  poème  de  la  croisade  imité  de  Baudri,  il  y  a  une  description  de  la  tente 
de  Godeiroi  de  Bouillon  où  on  lit  (ms.  d'Oxford,  p.  98)  : 
La  mapamunde  i  fu  as  règnes  demostrer. 
207  tôt,  Fauchet  tost. 

210  aride  n'a  pas  de  sens  ;  je  ne  puis  lire  autrement.  Il  s'agit  probablement 
d'un  cri  de  guerre  que  Fauchet  aura  mal  lu. 

21 5-6  Vers  cités  par  Fauchet,  Œuvres,  fol.  $63  v°.  Voir  sur  ce  passage  une 
note  de  ma  traduction  de  Girart  de  Roussillon,  p.  196. 

219-20  Sur  l'usage  de  présenter  le  gant  plié,  comme  gage,  voy.  ma  traduc- 
tion de  Girart  de  Roussillon,  p.  64,  note  3,  et  les  additions  et  corrections,  à  la 
fin  du  volume. 


LA  CHANSON  DE  DOON  DE  NANTEUIL 


2$ 


TABLE  DES  NOMS. 


Âbilant  $  5. 

Aimeri  73. 

Alexandre  (le  Grand)  $3.  Roman 

d'  —  92,  127. 
Alexandrie  33. 
Allemands  62. 

Antiocus,  chanson  du  viel  — ,  9 1 . 
Antoine  188,  190. 
Apoloine.  chanson  d'  — ,  90,  126. 
Argonne  (?)  6. 
Aristote  50. 
Artur  96. 

Aubert  d'Iveline  (?)  108. 
Audegier  95. 

Bar,  Bertran  de  — . 

Bar  fleur  174. 

Bavière,  Naime  de  — . 

Beauvais  1  1 . 

Bertran,  fils  du  duc  Naime,  26,  46, 

172. 
Bertran  de  Bar  99. 
Bueves  $5. 
Buriaine,  mulets  de  —  41. 

Charlemagne  27,  120,    167,  183, 

200,  203,  206,  214. 
Charles  le  Chauve  216. 
Charron  216. 
Chevreuse,  Guarin  de  — . 
Codroer,  roi  —  208. 
Cologne  16;  écus  de  —  19. 

Daire  127,  Darius. 

Del  Teil,  Hue  — . 

Dent  de  Fer,  Guillaume  — . 

Doon  de  Nanteuil  3,  20,  161,  192. 

Espagne,  cheval  d' —  68,  78. 

Forré  96. 
France  104,  194. 
Français  149,  468. 


Garmaisc  16,  Worms. 

Garsiel  58. 

Girart  de  Vienne  69. 

Grégoire  123. 

Griffon  d'Autefeuille  58. 

Guarin  de  Chevreuse  1 10. 

Gui  de  Laval  191. 

Guibort  71. 

Guillaume  Dent  de  Fer  1 1 1 . 

Haguenon  59. 

Hardré  59. 

Hernaut  de  Beaulande  72. 

Hodaïn  59. 

Hue  del  Teil  101 . 

Iveline,  Aubert  d'  — . 

Joire,  saint  (?)  —  127. 
Julius  (César)  129. 

Laon  1 1 . 
Lop  1 50. 
Lyon  70. 

Màcon  70. 

Mahé  de  Remecourt  1 1  2  (voyez  la 

note) . 
Maloisiaux  ioo. 
Mandonel  de  la  Roche-Bregonde 

(0  57- 
Marfont,  forêt  de  —  6. 
Meuse  9. 

Minier  (?)  l'ainsné  95. 
Morgue  la  fée  96. 

Naime  de  Bavière  214,  218. 
Nanteuil  13,  14,  185. 
Normandie  173  ;  Richart  de  — . 

Olive  144. 

Orient,  pailes  d'  —  10. 

Orléans  201 . 

Otré  9 1 . 


26  p. 

Paris  120,  201. 

Pavie,  lance  de  —  19. 

Pépin  144. 

Pinabel  56. 

Pinel  59. 

Porus  91. 

Prêtre  Jean  208. 

Remecourt,  Mahé  de  — . 
Richart  de  Normandie  154,  175, 
Rogon  42,  45. 
Rolant  186. 

Sarrazins  210. 


MEYER 

Seguin  (?)  de  Troies  112. 

Sentis  1 1 . 

Sesne  62,  Saxons. 

Saint-Honoré,  église  principale  de 

Nanteuil,  12. 
Saint-Magtoire,  église  à  Paris,  1  20. 

Tenebré,  chanson  du  Bel  —  90. 
Tholomé  92. 

Troies,  Seguin  (?)  de  — . 
Tour  d'Ordre,  la  —  128. 

Vienne  70. 
Viennois  142. 


TABLE  DES  RIMES. 


ai  82. 

al  1,  2,  190-91. 

ant  21 3-4. 

ant,  ent  50-4. 

é  12-3,  45-9,  83-119. 

et  55-60,  21 1-2. 

er  21-3,  128-9,  156, 160-7,  I97-9ï 

207-10. 
et  25,  44,  66-8. 
i  192-3. 
/e/zs  204-5. 

iVr  154-5,  157-8,  183-7. 
in  14-8,  65,  144,  194-5. 
ir  63,  1 50. 
is  200-1. 

on  69-73,  147-5 1,  188. 
ont  3-1 1,  141-2. 
or  202. 


orcz  (ouvert)  189. 
ou  80,  21 5-6. 

âge  24,  26-9. 

aigne  145-6. 

ajVze  32-43. 

d/re  217. 

ance  179-82. 

We  20,  203. 

ée  74-9,  152-3,  172,  178,  218. 

ées  1 30-40. 

elle  173-4,  176-7- 

e//«  168-71. 

ie  19,  206,  219-20. 

/se  30-1. 

oire  120-7. 

ue  143. 

Paul  Meyer. 


RECUEIL   D'EXEMPLES 


EN    ANCIEN    ITALIEN. 


Le  ms.  Add.  22^7  du  Musée  britannique  est  un  joli  volume  in-8° 
orné  de  vignettes.  Il  est  de  la  première  moitié  du  xivc  siècle  et  contient 
les  pièces  suivantes  : 

1  a.  Qu.est'  e  lo  començamento  de  la  scritura  che  parla  su  lo  vicio  de  la 
superbia.  E  seguente  parla  de  mulii  boni  exempli  e  moraliîade  a  nostro  amai- 
stramento. 

Fradeli  karissimi,  lo  nostro  signor  Iesu  Cristo  dise  in  lo  uangelo 

2  a.  Questo  si  e  lo  peccado  de  la  cupiditade  ch'e  tnolîo  reo  uicio. 

3  a.  Questo  si  e  lo  peccado  de  la  uana  gloria  molto  reo  peccado. 

3  b.  Questo  si  e  lo  peccado  de  la  invidia  perfida. 

4  a.  Questo  si  e  lo  peccado  de  la  ira  che  inpedimentisse  l'anemo. 
$  b.  Qui  se  comença  lo  pcccato  de  l'auaricia  ardente. 

7  b.  Questo  si  e  lo  peccado  de  la  bosia  la  quale  e  diabolica. 

8  a.  Questo  si  e  lo  peccado  de  la  detracione  de  quilli  che  çudegano  de  li 
coraçi  altrui  secreti. 

9  b.  Questo  si  e  la  peccado  de  la  fornicatione  maluasia. 

1 1  a.  Questo  si  e  exemplo  de  multi  peccadi  e  de  la  gloria  de  paradiso  e  de 
li  angnoli.  Strata  de  li  dexe  peccadi  maluasii. 

12  a.  Questa  e  la  citade  la  quale  uite  sancto  Çoane  euangelista. 
15  a.  Questa  e  la  cxposicione  de  lo  pa{l)trenostro  del  celo. 

1 5  b.  Quesf  e  la  exposicione  de  lo  credo  indeo  che  je  li  apostoli. 

16  a.  Qui  trata  perche  Caym  ancise  Abel.  Quest'  e  li  sete  sacramenti  delà 
glesia  e  d'Abel  e  de  Caym. 

1 7  a.  Qui  se  leçe  uno  precioso  miraculo  de  misère  Iesu  Christo  N.  S. 

18  a.  Quest'  e  de  le  pêne  de  lo  inferno  e  de  le  glorii  .  VIL  de  lo  corpo  .  VIL 
de  .a. 


28  J.    ULRICH 

2  i  b.  Questo  si  parla  de  la  gloria  de  lo  celo.  Deo  gracia. 

23  a.  Queste  scripture  si  eno  exempli  per  le  recordacione  de  li  quali  nui 
dibiemo  ingérer e  li  vicii,  e  seguere  le  vertute  e  far  lo  bene,  e  uardarse  da  lo 
maie  et  da  lo  peccato. 

41b.  Inicium  sancti  evangelii  secundum  Iohannem. 

44  b.  Sermone  de  sancto  Çohanne  molto  bono  per  le  anime. 

47  a.  Sequencia  sancti  evangelii  secundum  Matheum. 

Nous  publions  ci-dessous  les  «  exemples  »  qui  occupent  les  feuillets 
23-41  a.  —  M.  Kcehler  a  bien  voulu  nous  communiquer  pour  quelques- 
uns  de  ces  exemples  des  références  que  nous  imprimons  en  note.  Le 
savant  bibliothécaire  de  Weimar  nous  a  d'ailleurs  prévenu  que  le  temps 
lui  manquait  actuellement  pour  faire  des  recherches,  et  qu'il  donnait 
simplement  les  rapprochements  qui  s'offraient  à  lui  à  première  vue. 

(  1  )  Exemplo  d'uno  povero  ortolano  ' . 

[23  a|  Uno  ortolano  fo  lo  quale  tuto  quello  che  li  sovravançava  de  le 
frue  del  orto  so,  oltra  quello  de  quello  condusia  soa  vita,  elo  lo  dava  a  li 
poveri  de  Christo.  A  lo  quale  lo  demunio  abiando  invidia,  si  lo  instiga  ch'  elo 
dovesse  congregare  e  salvare  alcuna  cosa,  aço  che  se  ello  se  enfermasse, 
ello  avesse  che  spendere  e  questo  sovignisse.  Lo  quale  abiando  comen-  5 
çado  congregare  e  salvare,  et  abiando  ça  pleno  uno  orço  de  dineri, 
enfirmitade  de  morte  li  vene  en  uno  de  li  pei.  Et  ello  per  conseio  clama 
a  si  uno  medego,  lo  quale  li  disse  ch'  el  no  possea  fir  curado  ne  uarido, 
se  lo  pe  no  li  vignisse  taiado  via.  E  quando  questo  ortolano  aldi  cusi, 
elo  començo  a  sparçere  lagreme  cum  grandissima  abundancia  pregando  10 
dio  che  lo  curasse  e  che  lo  uarisse.  E  lo  angnolo  de  dio  sil  aparve  e  si  li 
disse  :  0  tu  mato,  dice,  la  pecunia  en  laquale  tu  as  metudo  la  toa  fedu- 
cia  or  te  curi,  or  te  guarisca  la  toa  pecunia,  s'ela  po.  E  quando  l'orto- 
lano  aldi  cosi,  elo  començo  forte  a  plançere  e  dire  soa  colpa  e  deman- 
dare  misericordia.  E  lo  angelo  de  dio  si  lo  cura  e  lo  guari.  E  questo  si  1  ^ 
e  exemplo  che  li  miseri  avari  no  atendando  a  ço  e  considerandose  de  la 
soa  peccunia,  si  con'prese  dise  lo  evangelio  :  cum  le  soe  peccunie  cer- 
cando  vivere,  illi  descende  a  lo  inferno  profundo. 

(2)  Exemplo  de  lo  falcone. 

Lo  falcone  si  receve  lo  polio  piçollo  fiiolo  de  l'altro  falcone,  e  si  lo 
nodriga  e  si  lo  ciba.  si  corn'  elo  fosse  so  proprio  fiiolo.   Et  ancora  e    20 


1.  C'est  la  huitième  des  légendes  insérées  dans  la  Vu  des  Pires;  voy.  Weber, 
Handschriftliche  Sluctun,  p.  8,  etc. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  29 

maiore  cosa  de  questa,  che  la  lova  ch'  e  cusi  crudele  bestia,  s'ela  trova 
uno  parvolo  lovatino  che  sia  abandonato  da  la  soa  propria  madré,  ella  lo 
passe  e  da  li  la  soa  propria  mamella,  e  si  lo  nodriga.  Mai  no  cusi  fa 
Porno  ;  aço  e  plu  crudele  e  sença  pietade  la  natura  de  l'omo  cha  quella 
de  lo  lovo.  25 

(?)  Exemplo  de  uno  homo  lo  quale  se  confidava  de  un  altro  creçando  ello 
essere  fedele  e  de  grande  lieltade  ' . 

Uno  homo  fo  voiando  andare  in  le  parti  de  d'oltra  mare,  si  recomanda 
e  de  in  salvamento  et  in  deposito  una  grande  massa  d'oro  ad  uno  lo  quale 
elo  lo  credea  bono  e  fedele  e  liale,  si  che  a  la  soa  tornada  ello  li  resti- 
tuisse  lo  so  deposito.  Et  ande  e  fe  so  viaço  e  si  retorna  e  quiri  e  demanda 
lo  so  deposito.  Ma  no  lo  posse  aver,  perche  l'anemo  e  lo  core  de  quello  50 
che  lo  aveva  in  salvamento  si  s'era  mudato  per  la  cupiditade  de  la  pec- 
cunia.  Et  a  questo  deposito  non  era  stado  alcuno  testimunio.  E  no 
sapiando  lo  bono  homo  ço  ch'  elo  dovesse  fare,  elo  ande  aconseio  d'uno 
filosofo,  ço  e  ad  uno  somo  savio  e  si  li  (di)  dise  corn'  era  stada  la 
visenda.  Lo  filosofo  si  li  disse  :  Eo  te'n  aidarai  bene.  Or  faras  cusi  che  55 
quando  tu  me  vederas  favelando  con  questo  a  cui  tu  desti  en  salvamento 
lo  to  oro,  vigniras  la  e  demanda  la  toa  peccunia.  E  dito  questo  lo  filosofo 
fe  implire  pluxor  cofani  de  pre[de]  enfina  lo  somo,  e  fe  dare  intendemento 
ch'  elo  fosse  uno  [24  a]  grande  thesauro.  E  si  li  fe  portare  a  casa  de 
questo  che  aveva  recevuto  l'oro  de  lo  bono  homo  en  deposito.  Et  ensteso  40 
lo  filosofo  vene  a  casa  de  questo  per  comendarli  quisti  cofani  de  tesauro 
sicome  da  tute  persone  fi  tenuto  liale  e  seguro.  E  rasonando  questo,  lo 
bon  omo  che  in  prima  aveva  depunudo  lo  so  oro  sovravene  deman- 
dando  lo  so  deposito.  E  quello  chello  aveva  recivudo  temando  che  s'e- 
lo  vignisse,  ello  no  indusisse  l'altro  in  sospicione,  e  che  per  ço  ello  non  4$ 
perdesse  l'altro  grande  tresoro,  si  receve  lo  bono  homo  cun  alegro  viso 
e  si  li  restitui  a  plen  lo  so  deposito. 

(4)  Exempli  de  li  amisi  che  deno  essere  fedeli  Vuno  cum  l'altro. 

Uno  povero  homo  fo  lo  quale  parlando  cun  uno  filosofo,  ço  e  cum  uno 
somo  savio,  si  li  disse  ch'  elo  aveva  uno  amigo  richo  d'avere.  E  lo  filo- 
sofo voiando  li  dare  ad  intendere  ch'  elo  no  era  bene  prefecto  amico,  si  50 
li  disse  :  Com'  e  questo  to  amigo  rico  e  tu  e  povero  ?  Ço  e  a  dire,  s'elo 
fosse  bene  to  amigo,  ello  no  te  lasarave  essere  povero  ti  siando  ello  rico. 
Unde  ello  se  leçe  entro  l'Eglesiastico...  un  cosi  fato  notabele,  che  al  amigo 
fedele  non  e  nesuna  comparacione.   Et  ancora  dise  lo  Ecclesiastico  et 


1.  Cf.  Oesterley,  sur  les  Gesta  Romanorum,  n°  1 18  ;  A.  d'Ancona,  Romania, 
III,  188,  et  Studj  de  critica  e  storia  ktteraria,  347. 


30  J.    ULRICH 

inçonçe  a  lo  dito  notabelle,  che  se  tu  sauras  (?),  el  te  permagnira  amigo    5  5 
fixo,  ço  e  bene  fermo  ;  ello  sera  to  enguale,  ço  e  ello  sera  si  como  ti.  Et 
in  le  toe  cose  se  portara  e  fara  fedelemente,  ço  e  ch'  elo  fara  de  le  toe  cose 
corne  de  le  soe  proprie,  ch'  elo  reputera  le  soe  cose  toe  e  le  toe  soe. 

(5)  Miraculo  de  misère  sancto  Bernardo  confessore1. 

Ensesse  che  misère  sancto  Bernardo  siando  una  fiada  a  Pavia,  et  una 
indemuniada  li  fo  conduta  dananci,  e  lo  [246]  demonio  comença  a  cri-   60 
dare  et  a  dire  :  Questo  Bernardo  no  me  trara  fora  de  questa  pegorsela. 
E  misère  sancto  Bernardo  respose  :  Eo  no  te  trarai,  mai  trara  te  ne 
misère  Iesu  Christo.  Et  orando  misère  sancto  Bernardo  secretamente  e 
sença  voxe,  lo  demunio  no  posse  sustingnire  lo  pondo,  ço  e  lo  incarego, 
de  la  oracione  de  lo  sancto.  Mai  aço  ch'  elo  no  se  partisse,  ch'  elo   65 
dovesse  ensire  sicomo  constrito  e  convençudo  per  lo  sancto,  si  disse  cusi 
a  lo  sancto  :  0,  cun  voluntera  eo  insiravi  de  questa  pegorsela!  Ma  lo 
grande  sengnore  no  vole,  che  n'  esa  fora.  E  san  Bernardo  dise  :  Chi  e 
questo  grande  sengnor  di  che  tu  favelis  ?  E  lo  demunio  respose  :  Elo  e 
Iesu  Christo  Naçareno.  E  san  Bernardo  disse  :  En  quale  logo  vedis  tu    70 
questo  sengnore  ?  E  lo  demunio  responde  :  Vidillo  in  gloria.  E  san  Ber- 
nardo disse  :  Fus  tu  mai  la?  Elo  demunio  responde  :  Si  fui.  E  san  Ber- 
nardo domanda  :  Vorisi  tu  i  retornare  a  quella  gloria!"  E  lo  demunio 
fortiss[im]amentre  rigando  disse  :  Elo  e  tardi,  quasi  fo  a  dire  :  Eo  non  de 
posso  çamai  retornare.  E  tute  queste  cose  parla  lo  demunio  in  conspecto   75 
et  in  audiencia  de  moite  çenti.  Et  in  quella  fiada  misère  sancto  Bernardo 
si  comanda  a  lo  demunio  elo  nome  de  Iesu  Christo  ch'  elo  ensise  fora,  e 
lo  demunio  encontinenti  ensi  fora,  comença  a  cridar  et  a  lamentare  :  0 
terribele  nome,  perche  me  constriti2  tu  ensi[re]  fora?  Et  con  queste  voxe  ensi 
de  quello  corpo.  E  verasiamente  che  lo  nome  de  Iesu  Christo  e  teribele    80 
e  sancto,  si  con  dise  lo  profeta  :  Sanctum  et  terribile  nomen  est  tuum.  Et 
in  lo  vangelo  li  demunij  clama  :  Que  a  mi  et  a  ti,  Iesu  fiiol  de  dio?  Per 
que  venis  tu  avanti  tempo  a  tormentarne  ? 

(6)  Exemplo  e  miracolo  de  la  vergene  madona  Maria  e  dei  lo  so  fiiolo 
misère  Iesu  Christo  4. 

En  lo  saluto  che  fe  l'angnolo  Gabriele  a  la  vergene  madona  sancta 
Maria,  la  principale  parola  si  fo  :  Dominus  tecum.    E  perço  comença    8$ 
questo  precioso  miraculo  e  dise  :  [25  <a]  Dominus  tecum  etc.  E  dise  a  la 


1.  Jacobi  a  Voragine,  Lcgcnda  Aurca,  cap.  CXX,  p.  $3$,  éd.  Graesse. 

2.  contristi. 

3.  do. 

4.  Lcgcnda  Aurca,   cap.   CXXXI,  p.   591,  éd.  Graesse;  cf.  Revue  celtique, 
I,  487. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  }1 

vergene  Maria  :  lo  sengnore  (lo  sengnore)  pare  sia  cum  [ti]  lo  quale  ençe- 
nera  quello  lo  quai  tu  as  concedu,  lo  sengnore  spirto  sancto  de  lo  quale  tu 
as  concedu,  lo  sengnor  sie  con  ti  lo  quale  tu  as  envistido  de  la  toa  carne, 
adonqua  lo  sengnor  conplidamente  in  pâtre  e  filio  e  spirto  sancto  sia  cun   90 
ti.  Mo  consideremo  se  Christo  glorioso  e  sempre  cum  la  soa  dolçe  mare. 
Elo  fo  bagnato  da  ella,  elo  fo  vestido  da  ella,  elo  fo  nudrido  da  ella,  elo 
fo  latado  da  ella,  elo  fo  in  lo  so  gremio  et  in  lo  so  seno  baiulado  et  in  le 
soe  brace,  da  ella  ello  fo  presentado  in  lo  templo  et  offerto  e  redimido. 
Da  la  soa  dolçe  mare  ello  fo  aconpagnado  da  la  soa  passione  aprovo  la   95 
croxe,  da  ella  elo  fo  benedeto  in  lo  sepolcro.  Et  in  sengno  et  in  certeça 
che  lo  sengnor  Iesu  Christo  sia  sempre  cun  la  vergene  gloriosa  la  soa 
dolçe  mare,  en  tuti  logi  che  fi  depinto  la  vergene  Maria,  sempre  ela  fi 
depinta  cum  lo  so  fiiolo  in  braço,  aço  che  per  questo  se  cognosca  e  se 
demostri  che  sempre  lo  fiiolo  e  con  la  mare  présente.  Unde  se  leçe  qui    100 
loga  uno  pricioso  miraculo,  che  una  dona  creçando  tuto  corn'  e  dito  deso- 
vra  con  plenissima  fe  e  cum  fedele  mente,  et  abiando  uno  so  fiiolo  lo  quale 
era  piiado  da  soi  inimisi  e  tegnandolo  en  carcere,  sovente  fiade  pregando 
la  vergene  Maria  che  lo  li  rendesse,  e  digando  ella  li  soi  pregi  enver  la 
figura  de  la  mare  de  dio,  ch'  ela  se  devesse  recordar  quanto  '  e  l' amor  de    105 
li  fiioli,  et  ch'  ela  se  recordasse  de  lo  so  fiiolo  lo  quale  ella  l'aveva  in 
braço.  E  veçando  questa  dona  che  longamente  façando  lo  so  prego  niente 
li  aveva  valuto  ne  çoato,  uno  çorno  questa  donna  si  se  n'  anda  ad  una 
glesia  la  0  era  la  immage  de  la  vergene  Maria  cum  lo  so  fiiolo  en  braço, 
e  devotamente  disse  enver  de  quella  preciosa  ymagine  :  Madona  mia,  tu    1 10 
no  me  rendis  lo  mio  fiiolo,  eo  te  torai  lo  to.  E  dito  questo  ela  se  apro- 
xema  a  la  ymagene  de  madona  sancta  Maria  e  tolselli  de[n][2$  b]lro 
le  soe  braçe  lo  so  fiiolo  e  si  se  lo  aduse  a  casa  sua,  e  si  lo  envolse  in 
uno  drapo  mondissimo  e  reponello  en  lo  so  scringno.  E  la  dentro  lo  sera 
molto  bene  cun  clave,  creçando  per  questo  aver  bono  ostaço  e  bono  con-    1 1 5 
tracambio  en  logo  de  lo  so  fiiolo.  Et  in  quella  fiada  la  mare  de  miseri- 
cordia  considerando  e  vegando  la  purita  de  questa  donna  si  ande  en  le 
carcere  en  lo  quale  era  lo  fiiolo  de  questa  donna  e  libéra  e  solve  lo  fiiolo 
de  questa  donna  de  quelle  carcere.  E  dissili  cusi  :  vate(te)ne  e  di  a  la  mare 
toa  ch'  ela  me  renda  lo  mio  fiiolo  dapoy  ch'  eo  li  a  restituido  lo  so.  E    \2o 
quando  la  bona  donna  vite  lo  so  fiiolo  et  aldi  ço  ch'  illi  mandava  digando 
la  mare  de  dio,  alegra  fata  e,  e  cun  grande  devocione  si  li  ristitui  lo  so 
fiiol  a  la  madona  unde  l'avea  tolto. 

1 .  quando. 


}2  J.    ULRICH 

(7)  Exemplo  de  uno  liotno  richo  che  nienie  volea  dare  per  dio1. 

Abel  e  Caym  fo  fradelli  et  intrambi  feno  offerta  a  dio.  Ma  la  offerta 
d'Abel  dio  l'ave  acetabele  e  graciosa  per  la  concordia  de  la  soa  mente    1 2  $ 
ch'  elo  la  fasea  de  bon  core.  Ma  la  offerta  da  Caym  deo  la  refuda  per  la 
invidia  la  quale  elo  l'aveva  a  lo  so  fradello.  E  perço  se  dise  in  lo  vangelio  : 
Se  tu  oferis  lo  to  dono  al  altare  e  ive  logo  tu  te  recorderas  etc.  Et  perço  * 
quello  dono  non  e  dengno  d'  esere  agradido  lo  quale  l'omo  da  et  offerisse 
cun  odio  et  cum  mala  voluntade,  quamvisdeo  che  la  divina  bontade  a  la    130 
fia  abia  recevudo  acetabelemente  alguno  benfato  per  algun  homo,  etiam- 
deo  no  fato  cum  bona  voluntade.  E  de  ço  mete  uno  cotale  exemplo  uno 
sancto  patriarcha  che  ave  nome  Alexandrino,  e  soleva  lo  narare  in  la  soa 
predecacione.  E  che  uno  homo  fo  en  Constantinopoli  che  avea  nome 
PerOj  richo  e  çentile  e  molto  caro  delecto  de  lo  imperadore  [26  a],  lo  quale    1 3  $ 
Pero  era  si  crudele  e  sança  caritade  ch'  elo  no  volea  vedere  alcun  povero, 
aço  crudelemente  li  discaçava  da  casa  soa  e  niente  li  sporçeva  mai  altro 
che  parole.  E  stagando  quantitade  de  poveri  unadi  a  lo  sole  et  tignando 
tençone  e  rasonando  de  la  inpietade  de  questo  Piero,  disse  l'uno  de  quilli 
poveri  enver  li  altri  :  Che  me  voli  vo  dare  s'eo  faro  si  ch'  eo  avère  lemo-    140 
sena  ?  E  tuti  respose  :  Tu  no  lo  poristi  fare.  E  questu  s'en  vene  a  la  porta 
de  questo  Piero  [e]  comanço  li  a  domandare  elemosena.  E  quelui  no  abiando 
altro  que  çetarli,  per  ira  no  per  elemosena  si  brancha  uno  pane  e  soper- 
biamente  li  lo  gita.  E  lo  povero  lo  tose  su  e  fugi  via.  E  per  pochi  di 
dredo  misère  Piero  vene  a  morte  e  fo  conduto  davanti  lo  çudese.  E    145 
vegando  apesando  a  le  balunçe  li  soi  béni  e  li  soi  mali,  li  mali  soperclava 
li  béni.  Et  alhora  uno  de  li  angnoli  ch'  era  la  disse  a  quello  Piero  :  Vatene 
et  açunçi  ancora  quelo?  pane  che  tu  getasti  per  meço  a  lo  povero.  Et  en 
quella  fiada  lo  dito  misère  Piero  si  retorna  a  so  intellecto  e  libéra 
de  quella  infirmitade,  et  enfra  de  si  tacitamento  comença  pensare  et  in  lo    1 50 
so  core  cun  grande  conpu[n]cione  dire  :  Se  cotanto  m'a  valudo  uno  pane 
lo  quale  eo  deo  non  con  bona  voluntade  eo  dei  a  lo  povero,  aço  lo  cita  cun 
ira  e  no  per  caritade,  quanto  me  de  plu  valere  se  per  mia  bona  spontania 
voluntade  eo  dare  e  distribuira  a  li  poveri  quanto  eo  ai  a  questo  mondo! 
E  fato  questo  pensamento  quanto  ello  aveva  en  questo  mondo  tuto  lo  de    155 
per  amor  de  Christo  a  li  poveri.  E  no  solamente  de  a  li  poveri  quanto 
l'aveva,  ma  eciamdio  vende  si  medesemo  e  quelo  presio  de  a  li  poveri.  E 


1.  Legenda  Aurca,  c.  XXVII,  p.  127,  éd.  Graesse  ;  Libro  de  los  exemplos, 
LXIV;  W.  de  Wadington,  n"  27  [Histoire  littéraire  de  la  France,  XXVIII, 
199);  A.  d'Ancona,  Romania,  I,  169,  et  Studj,  309;  Miracles  de  Nostrc-Dame 
par  personnages,  p.  p.  G.  Paris  et  U.  Robert,  t.  VI,  n°  XXXVI. 

2.  perco. 

3.  qualo. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  J3 

per  questo  dredo  la  soa  morte  no  solamente  enpetra  perdonança  da  dio, 
ma  oltra  ço  fo  claro  e  resplendente  per  molti  miraculi. 

(8)  Exemplo  de  uno  munego  Icquale  jese  uno  homo  spirçurare,  per  la  quale 
cosa  nui  dovemo  notare  [26  b]  che  alguno  no  de  lasar  fare  altrui  falso 
sacramento  per  alguna  soa  cosa. 

Misère  sancto  Augustino  dise  che  uno  religioso  siando  expuliado  de    160 
una  soa  tonega  si  fe  clamare  avanti  lo  çudese  quello  che  li  Paveva  expu- 
liada.  E  no  abiando  alguno  testirnunio  de  l'acusa,  ço  eno  possando  lo  pro- 
vare  per  testimunii,  lo  çudese  si  l'inpose  lo  sagramento  a  quello  ch'  aveva 
tolto  la  tonega.  E  vegando  lo  religioso  ço,  ço  e  cognoscando  bene  che 
quello  volea  negare  la  tonega  e  fare  de  ço  falso  sacramento,  lo  religioso    165 
sofri  che  lo  sacramento  fosse  falso  e  ch'  elo  se  spriçurase.  E  fato  ço 
pochi  di  poi  dedredo  questo  religioso  in  visione  li  parse  ch'  elo  fosse 
clamado  avanti  lo  çudese.  E  questo  çudese  lo  domanda  perch'  elo  l'avea 
fato  curare  quello  falso  sagramento.  E  cun  elo  respondesse  che  fato  lo 
avesse  per  avère  la  cosa  soa,  comandato  fo  per  lo  çudese  :  No  solamente    170 
per  recrovare  la  toa  tonega,  ma  s'  elo  te'n  dovesse  essere  aprestado  tuta 
laroba  de  lo  mondo,  et  ogna  sustancia,  tu  no  devravis  avère  sostignudo 
che  lo  to  fradello  avesse  çurado  falso  e  cusi  no  averave  perduto  l'anema, 
la  quale  tu  dovravis  amare,  e  tu  l'a  lasada  perdere  per  una  tonega.  Or 
dise  qui  questa  scriptura  che  multi  e  qui  de  quilli  homini  lijquali  pec-    175 
cano  en  simele  modo,  altri  spirçurandosse  et  altri  dagando  ad  altri  lo 
sacramento. 

(9)  Exemplo  de  lo  inganamento  de  lo  mondo. 

Questo  mondo  e  simiiante  a  la  calamita  la  quale  trace  a  si  lo  ferro  e 
no  lo  lassa  partire  dassi,  si  plu  forte  vertu  e  plu  forte  cosa  no  ge  sovra- 
vignire,  si  como  la  vertu  de  lo  [27  a)  diamante  en  la  presencia  de  la  quale  [  80 
la  calamita  non  po  tignir  lo  ferro  ch'  el'  a  atracto  a  si,  anço  lo  conven 
lasare  per  la  vertude  de  lo  diamante.  Et  e  in  uno  mare  monti  de  cala- 
mita la  quai  trace  a  si  le  nave  si  ch'  ele  no  se  pono  partire  de  la.  E  si 
como  la  calamita  trace  a  si  lo  ferro,  cusi  questo  mondo  con  soe  blan- 
dicie  et  cum  le  soe  novitade  trage  a  si  lo  core  humano  et  dapoi  che  lo  core  1 8  5 
humano  e  dado  ele  vanitade  de  lo  mundo,  elo  no  se  po  partire  se  no  pel- 
le vertude  de  Christo.  E  per  lo  diamante  ch'  e  fortissimo  e  vençe  la  cala- 
mita si  s'entende  de  Christo  virtuoso  ch'  e  plu  possente  che  lo  mondo. 
Elo  e  in  li  apostoli  :  Confida  vo  ',  ço  e  [siete]  firmi  e  siguri  ch'  eo  ai 
ve[n]çudo  lo  mondo.  190 

1.  va. 

Romania,  xm  3 


34 


J.    ULRICH 


(10)  Exemplo  de  dui  çugulari,  l'uno  era  molto  invidioso  et  l'altro  ava.ro,  per 
U  quali  no  dovemo  scriver  qu'il  malvasii  vicij  per  salvamento  nostro  '. 

Elo  se  leçe  che  dui  çugulari  andasse  ad  una  corte  de  uno  gran  re, 
l'uno  di  li  quali  era  invidioso  e  l'altro  era  avaro,  e  l'uno  era  molto  dolente 
de  la  vignuda  de  l'altro,  che  lo  avaro  era  de  questa  natura  en'  elo  se  temeva 
che  alcuna  cosa  no  li  fosse  sotrato  ne  toleto  per  l'altro,  ço  e  per  l'invi- 
dioso,  e  a  modo  del  cane  che  no  vorave  mai  vedere  vignire  alguno  altro  ,qc 
cane  a  casa  soa,  temandose  che  no  li  sotraça  ne  no  li  toia  alguna  cosa 
desoa  (de  soa)prependa  o  de  quello  che  specta  ad  aver  ne  de  ço  ch'  elo 
abia.  E  stete  quist  dui  lo  invidioso  e  lo  avaro  defino  che  la  corte  fo  finida. 
Et  a  la  finida  de  la  corte  entranbi  fono  conduti  davanti  lo  re 2  sicomo  a  rece- 
vere  dono  et  essere  remuneradi.  E  lo  re  cognoscando  li  vicii  de  çasca-  2oo 
duno  de  quilli,  si  disse  ad  illi  :  Domande  tuto  ço  che  vui  voleté,  et  ello 
ne  sera  fato  doplo  de  quello  che  demandara  imprima  3  [27  b~].  E  quando 
lo  re  ave  cosi  dito,  çascun  de  quisti  dui  voleva  esser  dedram  demanda- 
dor  :  lo  avaro  volea  demandar  dedreo  per  no  perdere  lo  guadangno  e  lo 
invidioso  volea  stare  dedreo  per  dolor  ch'  elo  aveva  se  l'altro  avesse  doa  20  j 
tanta  cha  ello.  Estando  cusi  per  longa  ora  e  niente  diga[n]do,  finalmente 
lo  invidioso  per  gran  dolor  de  lo  benchelo  so  proximo...,  si  se  fe  enanço 
e  domanda  per  dono  ch'elo  li  dovese  esere  trato  uno  oglo,  voiando 
perque  sto  n'  avesse  doa  tanto,  çoe  ch'  elo  li  fosse  trato  intranbi  li  ocli 
segondo  lo  mandato  de  lo  re.  Or  consideremo  como  açega  la  invidia  si  e  210 
dolentra  del  altrui  bene  e  si  s'  alegra  del  altrui  maie  ch'  elo  vole  aver 
maie  che  lo  so  prossimo  abia  peço  e  mortale. 

(11)  Miraculo  d'um  nostro  fedele  cristian. 

Segondo  che  se  dise  en  Usebio  un  homo  fo  che  nome  avea  Serbolo 
0  Servolo,  lo  quale  siando  piiado  da  li  pagani,  illi  lo  domandava  chi  ello 
fosse  et  onde  ello  fosse  e  quale  fosse  lo  so  nome.  Et  ello  respondando  2 1 5 
altro  no  ma  :  Eo  sonto  christiano,  e  tormentando  lo  illi  per  tormenti  gri- 
vissimi  e  de  tute  guise  e  digandoli  :  Dia  nui  solamente  como  tu  as  nome 
e  se  tu  vos  essere  laxado,  elo  niente  li  respondea  se  no  ma  :  Eo  sonto 
christiano,  questo  e  mio  nome,  cognosco  esere  (cha)  christiano,  questo  e 
mio  nome,  questa  e  mia  patria,  questo  e  tuto  ço  ch'  io  sonto  e  questo  e  220 
tuto  ço  ch'  io  posso.  Et  in  quella  fiada  quilli  iradi  si  mete  quello  suso 
uno  fogo,  su  lo  quale  fogo  ello  stete  tanto  e  tanto  li  case  et  arse  tanto 
clr  elo  perse  la  humana  figura,  si  ch'  elo  no  se  podea  cognoscere  ch'  elo 


1 .  Voy.  Oesterley  sur  Pauli,  Schimpf  und  Ernst,  647,  et  ma  note  dans  VAnzei- 
ger  fur  Deutsches  Alterthums,  IX,  404. 

2.  Lo  ro.  —  3.  11  manque  ici  quelque  chose. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  3$ 

no  fosse  mai  stato  homo.  E  cusi  torme[n~|tado  lo  meteno  en  carcere  e 
poi  pochi  di  dredo  illi  li  retornono  a  li  martirii,  et  [28  a]  niente  altro  225 
disiva  se  no  ma  ch'  ello  era  christiano.  Miracolo  grande  de  quello  sancto 
homo  che  abiando  li  fati  tuti  martirii  et  marturiando  daredecavo  per 
quisti  segondi  martirii  se  repariava  per  la  vertude  da  dio  e  se  resanava 
tuto  ço  ch'  era  discipado  e  guasto  per  li  primi  martirii,  e  fo  restituido  a 
plena  sanitade,  conçofossecosa  che  ça  per  li  martirii  era  desfata  la  soa  230 
figura  e  no  pare  che  homo  fosse  e  non  era  romaso  vivo  in  questa  vita. 

(12)  Exemplo  che  l'omo  se  de  vergonçare  da  U  discunci  peccadi  e  no  far  como 

li  porci  che  no  se  vergonça. 

Elo  se  dise  de  Josef  en  lo  vero  testamento  chella  donna  la  muier  de  lo 
so  sengnore  si  lo  piia  vuiando  ch'  elo  dormisse  con  ella  en  modo  car- 
nale.  Et  ello  nu  vuiando  consentire  a  la  vergongia  de  lo  adulterio,  si  li 
fugi  de  le  mane  e  lasalli  lo  pallio  en  man,  ço  e  la  soa  vistimenta.  Certo  235 
molto  e  bruta  cosa  e  contraria  a  la  rason  che  l'omo  la  dignitate  del(a) 
quale  tuca  da  la  parte  de  l'anema,  perch'  en  l'anima  e  tante  le  vertute, 
intenda  a  la  luxuria  et  a  la  gola  la  quale  e  overa  de  la  carne  e  de  la  massa 
de  lo  corpo  solo.  E  per  certo  quelle  cose  ch'  en  overa  de  la  carne  corne 
la  gola  e  luxuriare,  quamvisdeo  che  de  natura  ço  se  fato  e  da  natura  240 
vengna,  ampo  e  farli  gran  vergonça.  E  quando  alguna  bestia  ch'esença 
discricione  se  vergonça  tanto  de  la  soa  conpagnella,  ben  se  dovria  (bene) 
vergonçare  1'  omo  che  a  anima  e  rason.  Unde  se  dise  de  l'orso  che  da  po 
ch'  el  a  tochada  la  muiere  per  quello  modo,  per  gran  vergonça  ch'  elo  a 
quando  '1  a  fato  questa  cosa,  el  se  parte  e  sta  ascunduto  per  .xl.  di  ne  no  245 
quere  ne  no  demanda  cibo.  E  di  quilli  .xl.  di  li  primi  [28  b]  quatuordese 
elo  dorme  si  forte  e  si  fero  che  etiamdeo  che  li  firisse,  elo  no  lo  senti. 
Como  po  1'  omo,  no  digo  mo  la  muiere  propria,  ma  una  soa  meltrise 
tochare  '  e  no  vergonçarse  ?  Anço  maçormente  gloria  s'  ende,  quasi  a  dire. 
No  se  devria  gloriar,  ma  grandemente  vergognare.  Ma  molti  homini  eno  250 
somianti  a  li  porci  (altri)  per  lo  peccado  de  la  carne,  che  li  porci  golosamente 
demanda  lo  so  cibo  e  receve  lo  quasi  famusti  avidissimamente  e  saciassen 
entro  lo  pantano  et  in  lo  fango,  et  in  quella  se  colega  e  se  mete  a  çare  e 
la  puça  toi  per  odore.  E  perço  illi  fi  fati  grassi. 

(13)  Exemplo  da  vardarse  da  le  carnale  delectacione  e  de  no  s'  esaltare  in 

superbia. 

Ensesse  en  le  vite  di  li  sancti  pari  ch'  elo  fo  uno  munego  lo  quale  era   2 , , 
resplendente  en  tutte  vertude.  Elo  se  leva  en  superbia  atribuandoa  lisoi 
meriti  e  no  a  dio  aço  ch'  elo  era  cusi  conplido  de  tute  vertute.  E  lo 

1 .  cochera. 


36  J.    ULRICH 

demunio  lo  senti   incontinenti  ch'  ello  era  exaltado  in  superbia.  E  per 
tentacione  encontinenti  elo  li  de  1'  asalto  en  questo  modo.  Questo  demunio 
una  sira  se  transfigura  en  modo  d'  una  bella  femena  che  pareva  che  avesse   260 
aradegado  la  via  en  quello  deserto  0  bosco,  e  vene  a  la  porta  de  questo 
munego  e  comença  a  simulare  corn'  ella  fosse  forte  afadigada.  E  çetasse 
a  li  pei  de  questo  munego  pregando  lo  cum  molto  grande  devocione 
ch'  elo  dovesse  aver  misericordia  d'  ela  digando  :  Oi  me  lassa,  oi  me 
misera,  che  la  note  m'  a  açunta  e  conduta  en  questo  deserto!  Pregote,    265 
miser,  che  tu  me  lassi  repossar  en  uno  cantone  de  questo  logo  e  de  questa 
toa  cella,  aço  che  mala  bestia  no  me  prenda  [29  a]  et  ch'  io  no  sia  soa 
prenda  ne  soa  escha.  Et  incontinenti  per  titulo  de  misericordia  al  primo 
prego  lo  munego  la  receve.  E  rasonando  insenbre,  ela  entro  lo  so  par- 
lare  comensa  entro  si  ridere  a  çonçer  de  lo  veneno  de  le  carnal  dellectacione   270 
e  parole  de  vageça  de  li  soi  sermoni,  ela  enclina  e  move  1'  anemo  de  lo 
munego,  converti  lo  a  lo  so  amore  si  ch'  ili  comença  entro  si  tocare  de  plu 
dolce  parole  et  a  le  parole  çunçer  çogo  e  riso  e  plaser,  atanto  ch'  ela  li 
començo  de  tocare  la  barba  et  elo  li  tocava  lo  mentone.  Et  ancora  ella  li 
començo  meter  la  soa  man  plu  molemente  ço  [e]  plu  dolcemente  a  la  cima   275 
de  lo  cavo  e  tocando  e  palpando  si  li  citava  braço  a  collo.  Che  coa  a  dire 
moite  cose?  Ela  piia  si  lo  cavalero  de  Christo  e  si  lo  move  ch'  elo  comença 
tuto  ad  inflamarse  et  angosarse  en  le  unde  de  lo  carnale  desiderio.  E 
dementegando  de  tute  le  bone  overe  ch'  elo  aveva  fato  si  consenti  a  la 
deletacione  de  la  carne.   E  voiando  abraçar  questa  femena,  ello  trasse   280 
uno  terribile  crido  e  sicomo  una  unbra  si  se  desparse  en  vento.  Et  in 
quell'  ora  grande  moltitudine  de  dimonii  ch'  era  asembladi  en  le  aire 
propriamente  per  vedere  questo  fato  cum  grande  clamore  et  cum  molto 
riso  comença  a  cridare  e  dire  :  0  vano  munego  e  soperbio,  lo  quale 
exaltavi  enfina  lo  celo,  écho  en  questo  modo  tu  e  ruinado  e  se  poçado   285 
enfino  a  lo  inferno.  Ado[n]qua  inpara  e  nota  che  chi  se  exalta  se  humi- 
liara,  e  chi  si  humilia  si  sera  exaltado. 

(14)  Exemplo  de  uno  usurario  ch'  aveva  doi  fiioli  '. 

Elo  fo  uno  usurario  lo  quale  aveva  doi  fiioli  1'  uno  de  li  quali  si  ave  e 
posede  li  béni  e  la  heredita  de  lo  pare  e  1'  altro  no  de  volse  avère  alguna 
cosa,  anci  se  de  tuto  a  servire  a  dio.  E  siando  morto  lo  pare  e  lo  fradello  290 
de  questu  ch'  era  dado  [29  b]  a  dio,  elo  prego  dio  che  li  demostrasse 
como  stesse  1'  anima  de  lo  pare  e  de  lo  fradello.  Et  ello  vite  en  visione 
ch'  eli  erano  entranbi  entro  un  poço  profundissimo  blastemandosse  1'  uno 
1'  altro,  e  squarçandosse  a  denti  1'  uno  1'  altro.  Lo  pare  disiva  :  Maledeto 
sis  tu  fiiolo,  che  per  ti  offendi  a  deo.  E  lo  fiiolo  respondea  :  Anço  sis  tu   295 

1 .  Libro  de  los  Enxemplos,  CCCLXXXIV. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  3  7 

maledeto,  pare,  che  tu  me  lasasti  la  peccunia,  und'  eo  ai  perdu  1'  anima. 
E  perço  se  dise  e  se  leçe  en  lo  libro  de  Sapiencia  de  li  iniqui  pari  :  tuti  li 
fiioli  che  de  illi  nasce  si  eno  testimunii  de  la  soa  iniquitade  contra  li  soi 
paroni. 

(i  $)  Exemplo  de  misère  sancto  Bernardo  de  la  soa  visione. 

[D]e  misère  sancto  Bernardo  se  leçe  che  siando  una  fîada  molto  grève-    300 
mente  enfermo  elo  fo  conduto  a  lo  divino  judicio.  E  lo  demunio  fo  encon- 
tinenti  la  acusando  lo  grevemente.  A  lo  quale  misère  sancto  Bernardo  res- 
ponde  cusi  digando  :  Eo  confesso  ch'  eo  per  mi  no  sono  dengno  possedere 
lo  rengno  celistiale.  Mai  lo  mio  singnore  Iesu  Christo  si  se  lo  possède  e 
aquista  per  dopla  rasone,  ço  e  per  ch'  elo  e  herede  de  lo  so  pare  ch'  elo    30$ 
se  fiiolo  de  dio  e  se  herede,  e  1'  altra  rasone  si  e  per  lo  merito  de  la  soa 
passione.  Uno  modo  de  queste  doe  rasone  si  basta  a  lo  mio  sengnore  e 
1'  altro  ello  me  dona.  Et  inperço  s'  eo  me  lo  conquisto,  eo  no  pecco.  Et 
a  questa  parola  lo  demunio  sicomo  confundudo E  misère  sancto  Ber- 
nardo si  libéra  e  torna  a  soa  sanitade.  E  per  grande  paura  ch'  elo  ave    3  io 
de  questa  meraveia,  ello  dapoi  avanti  sempre  enfina  ch'  ello  vive  e!lo 
affligi  la  carne  soa.  Adonqua  se  lo  demunio  acusa  consta[n]temente  li  justi, 
che  possemo  nui  pensare  ch'  elo  farera  contra  li  peccatori,  li  peccadi  de  li 
quali  elo  scrive  tuti  [30  a]  aço  ch'  ello  li  possa  acusare  e  vincere  ? 

(16)  Exemplo  de  uno  cavalero  che  anda  en  bataila  cum  uno  re,  e  lasa  ad 
uno  so  cugnado  uno  so  destrero  che,  s'  elo  avignisse  ch'  ello  mûrisse  ch'  elo 
lo  desse  per  anima  soa  ' . 

Elo  fo  uno  cavalero  en  lo  tempo  de  lo  grande  re  Karlo  lo  quale  andando    3 1  c 
ensenbra  cum  lo  re  in  bataia  contra  Lonbardi,  elo  lasa  uno  so  cavallo  in 
salvo  ad  uno  so  cugnado.,  et  ordenali  cosi,  se  cosa  avignisse  k'  elo  mûrisse 
a  la  bataia,  che  questo  so  cugnado  li  dovesse  dare  lo  cavallo  per  anema 
soa.  Et  adevene  che  lo  cavalero  fo  morto  en  la  bataia.  E  lo  cugnado 
enganado  délia  belleça  de  lo  cavallo  instigando  lo  peccado  si  se  retene  lo    ,20 
cavallo,  ne  no  lo  de  per  1'  anema  de  lo  cavalero.  E  pochi  di  dredo  lo 
cavalero  si  li  apare  et  disse  ad  ello  :  Cugnado,  tu  m'  ai  fato  sostingnire 
moite  pêne  perche  tu  no  desti  lo  cavallo  segondo  ch'  eo  avea  dito  et 
ordenado.  Ma  per  la  gracia  de  dio  eo  sonto  liberato  de  pêne  e  do  te  a 
savere  che  tu  mûriras  incontinenti  e  seras  cruciado  perpetualemente  in 
inferno.  E  dito  questo  elo  li  desparse.  E  quello  misero  mûri  e  descende    ' 
a  lo  enferno  profundo.  Donqua  e  gran  peccado  a  no  aidare  li  morti  e 
maximamente  a  no  complire  e  no  solvere  li  soi  testamenti. 


î.  Turpini,  Historia  Karoli  Magni,  éd.  Castets,  c.  VII. 


38  J.    ULRICH 

(17)  Exemplo  de  lo  lione  et  de  sancto  Jerolimo. 

In  la  legenda  de  misère  sancto  Jeronimo  se  leçe  ch'  elo  aveva  uno 
lione  a  lo  so  monestero  et  aveva  uno  aseno.  E  per  lo  comandamento  de  330 
misère  sancto  Ieronimo  lo  lione  se  menava  e  si  s'  acompagnava  lo  aseno 
a  lo  pascolo  e  si  lo  gardava  e  si  lo  custodia  et  a  tempo  et  a  ora  si  lo 
[30  b]  condusea  et  tornava  lo  a  lo  munestero.  E  quando  elo  retornava 
de  sira  a  lo  monestero  cum  lo  asenello,  elo  quasi  era  alegro  ch'  ello  avesse 
bene  oservado.  Elo  entrava  dentro  da  lo  enclostro  et  andava  a  çascaduno  3  3  $ 
de  li  munisi  e  çascadun  de  li  munisi  quanto  lo  podea  façando  ensegna 
enver  de  lor  con  lo  cavo  salutava.  Et  una  fiada  abiando  conduto  1'  ase- 
nello a  lo  campo,  elo  li  vene  sonno  et  indormençasse  questo  lione  un 
pocheto.  Et  in  questo  ch'  elo  se  indormença,  merchadanti  che  trapassa- 
van  deinde  si  tôle  questo  asenello.  E  quando  lo  lione  fo  revegnado  e  no  340 
vite  lo  asenello,  ello  comença  a  corere  mo  in  ça  mo  en  la  e  per  tute 
quelle  parte,  aço  che  podesse  savere  ço  che  fosse  fato  de  1'  asenello.  E  no 
possando  atrovare  alcun  vistigio,  ço  e  0  ch'  ello  fosse  ne  [0]  ch'  elo  fosse 
andato,  ello  fo  si  tristo  e  si  dolente  ch'  elo  no  saveva  ço  ch'  elo  se  fesse, 
si  che  finalemente  ello  s'en  retorna  a  lo  munistero.  E  no  entra  per  la  345 
porta  ne  per  quello  modo  ch'  ello  era  usato,  ma  stando  defora,  li 
munisi  reprehendando  lo  sicomo  elo  1'  avesse  mançado  1'  asenello,  ne  lo 
lione  no  levava  li  ogli.  E  lo  sancto  li  comanda  da  poi  ch'  elo  avea  per- 
duto  1'  aseno  ch'  elo  dove(ve)sse  adure  adosso  le  lengne.  Ello  enstesso 
ande  a  la  selva  et  ello  no  se  récusa  e  fe  lo  pacientemente.  E  fe  lo  infina  350 
tanto  k'  elo  trova  1'  asenello.  Adonqua  se  cusi  se  vergongna  una  bestia 
quando  la  offende  ad  uno  so  sengnore  temporal  dal  quale  elo  receveva 
uno  pocheto  d'  escha  e  de  cibo,  quanto  plu  se  de  vergognare  1'  omo 
ch'  a  descricione,  quando  ello  offende  a  deo,  da  lo  quale  ello  receve  tuto 
quello  ch'  el'a  !  355 

(18)  Exemplo  corne  se  alcide  l'  omo  per  iracondia  et  /'  orso. 

Li  iracundi,  ço  e  li  irosi  sieno  simiienti  a  1'  orso,  lo  quale  per  casone 
de  la  soa  ira  si  s'  alcide  instesso  [3 1  a]  en  cotale  modo,  che  conçosiacosa- 
che  1'  orso  mança  molto  voluntera  lo  mêle,  elo  cerca  li  albori  ch'  eno 
concavi,  e  cosi  0  ch'  elo  atrova  lo  mêle  per  mançar  lo.  E  quando  quello 
elo  a  trovado,  elo  va  la  moite  spesse  fiate.  Mo  quando  lo  caçadore  a  360 
sentito  questo,  lo  sospende  cun  una1  fon  uno  gran  maio  ananti  lo  forame 
de  lo  mêle  con  la  fone  ligado  ad  alta,  e  la  testa  de  lo  maio  pende  e  res- 
ponde  dentro  per  meço  lo  forame.  E  veçuto  1'  orso  e  no  possando  caçar 
lo  cavo  entro  lo  forame  per  lo  maio  ch'  e  denanço,  elo  remove  lo  maio 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  39 

cun  lo  pe.  E  quando  lo  maio  fi  tolto  e  trato  endreto  da  lo  naturale  logo    36$ 
so,  per  lo  naturale  muvimiento  ello  puro  retorna  a  lo  so  proprio  logo  e 
si  fere  alquanto  1'  orso  per  lo  cavo.  E  1'  orso  s' ira  perch'  el'  e  de  natura 
molto  iroso  e  per  ira  move  lo  maio  plu  forte  cha  da  prima.  E  quando  lo 
maio  retorna,  ello  ferre  plu  forte  lo  cavo  de  1'  orso.  E  cotanto  quanto 
ello  lo  plu  (elo  lo  plu)  para  e  pinçello  da  longi,  cotanto  plu  li  da  maçore    370 
colpo  a  lo  retornare.  E  darecavo  molto  plu  fortissimamente  l' orso  preme 
e  spinçe  lo  maio  plu  longi  da  si,  no  cognoscando  lo  misero  che  quanto 
plu  se  delonga  lo  maio  da  lo  buso,  cotanto  plu  a  la  retornada  elo  ferire 
plu  forte.  E  domente  che  lo  maio  e  cusi  spinto  e  longi,  retornando  fere 
per  la  testa  de  1'  orso  si  forte  e  spese  lo  ferre  che  per  lo  scontro  de  lo    375 
grande  peso  e  de  lo  so  carego  e  tan  che  1'  orso  a  debelle  testa  che  l' orso 
convene  caçer  ço  de  I'  albore.  E  cosi  sovente  fiada  finise  soa  vita.  E  cusi 
li  iracundi  ço  e  li  irosi  perço  ch'  illi  si  desecca  en  la  medolaspessefiade, 
spesse  dalli  altrui  culp(i)e  fino  emplagadi. 

(19)  Exemplo  de  misère  sancto  Arseniocom'  ello  sparse  moite  lagreme. 

El  se  sa  '  de  misère  sancto  Arsenio  che  quando  ello  venne  a  morte  ello  380 
ave  si  gran  timoré  e  si  gran  paura  ch'  ello  sparse  moite  [31  b]  lagreme. 
E  li  soi  discipuli  lo  demanda  digando  :  O  pâtre  nostro,  mo  as  tu  timoré  ? 
Elo  responde  e  disse  :  Eo  ai  sempre  temudo  questa  ora.  Adonqua  si  li 
sancti  homini  e  li  justi  terne  la  morte.,  que  farai  li  peccatori  e  li  malvasii 
a  la  morte,  de  li  quali  li  dimunii  si  e  présente  aço  ch'  eli  lo  porta  a  lo  385 
inferno  profundo  ? 

(20)  Exemplo  de  le  divicie  injuste. 

Alexandro  quello  grande  re  tuto  lo  mondo  abraçava  cun  le  soe  divicie 
e  tuto  posedea.  E  dredo  inumerabile  e  crudele  bataie  e  una  bataia 2  la 
quale  fo  la  perdedrana  la  quale  ello  se  credea  avère  vinto,  en  quieto  reposo 
et  en  la  maçore  sengnoria  ch'  elo  era,  li  fo  dato  veneno  e  tosego  und'  elo  390 
mûri.  E  no  rengna  no  ma  per  anni  .xn.  Adonqua  que  li  çoa  aquistare 
richeçe  cun  iniquitade  e  perdere  la  vita  eterna  et  incorrere  et  andare  in 
morte,  no  solamente  temporale,  ma  etiamdeo  eternale  ?  Unde  se  dise  in 
lo  Lucidario  :  Morto  e  lo  rico  e  sepolto  en  lo  inferno. 

(21)  Exemplo  dy  uno  fdosofo  lo  quale  aveva  molto  oro. 

Elo  fo  uno  filosofo  lo  quale  avea  molto  oro,  lo  quale  pensando  che  lo  oro    395 
no  podesse  aidare  lui  al  punto  de  la  morte,  anci  conduse  1'  omo  dredo  la 
morte  a  le  pêne  eternale,  elo  cita  tuto  1'  oro  in  mare  e  [dise]  :  Parti  ve 
da  mi,  0  vane  richeçe  e  plene  de  planto,  ch'  eo  ve  voio  afondare  e  (se) 
poçar,  aço  ch'  eo  no  sia  afondato  da  vui.  Unde  elo  se  dise  en  lo 

1 .  so.  —  2.  bataia  e  bataie. 


40  J.    ULRICH 

Eclesiastico  :  O  homo,  no  sis  anioso  en  le  no  juste  richeçe,  en'  ele  '  no  te  400 
valerano  niente  in  lo  di  de  la  toa  morte  ne  in  lo  di  de  lo  çudisio. 

(22)  Exemplo  de  li  avari  e  corne  li  lioni  vardano  li  monti. 

[$2  a],  Tuti  li  avari  eno  sommiianti  a  li  lioni  li  quali  guardano  cun 
grande  desiderio  li  monti  de  1'  oro  li  quale  e  in  le  parte  de  India  e 
guarda  li  en  tal  modo  ch'  elli  no  lasa  aprosemare  li  homini  si  li  no  s'apro- 
semasse  cun  so  grande  pericolo.  Et  anpo  quilli  lioni  non  ano  ne  no  405 
receveno  alguno  fructo  de  quello  oro  ch'  elli  no  lo  mança  ni  no  lo  mete 
in  alguno  so  uso.  E  cusi  e  multi  avari  li  quali  no  fa  altro  de  le  richeçe  e 
de  la  roba  seno  chi  la  salva  e  guarda  e  no  usando  de  le  richeçe  novelle 
che  altri  n'  abia  utilitade  n'ende  usi.  Unde  li  miseri  cativi  no  atende  lo 
divino  comandamento  en  lo  ultemo 2  exemplo,  lo  quale  dise  :  No  disidirare  4 1 0 
la  cosa  de  lo  to  proximo. 

(23)  Exemplo  de  [lo]  liopardo. 

Naturalemente  lo  liopardo  quando  lo  vene  lasado  andare  ad  alguna 
bestia,  se  a  tri  salti  0  a  quatro  el  no  lo  prende,  ello  quasi  corn'  ello  abia 
maie  overado  se,  si  se  induse  tuto  in  vergonça,  ne  fa  plu  salto  ne  (ne) 
areten  se  ne  plu  oltra  no  core,  ma  vergonçosamente  va  cun  la  faça  415 
inclinada. 

(24)  Miraculo  de  uno  padre  sancto  per  revelacione  de  lo  angelo. 

Elo  fo  uno  padre  sancto  che  nome  avea  Mucio,  lo  quale  desmontando 
de  lo  rimitaço  açonse  dui  Iran  e  folli  revellado  che  uno  d'  elli  aproximava 
a  la  morte.  Et  in  la  ora  de  lo  vespro  e  declinando  lo  sole  ad  andare  çoso 
e  lo  logo  0  era  lo  munistero  fosse  ancora  bene  dalonçi,  e  no  voiando  420 
questo  sancto  entrare  in  via  de  note  recordandosse  de  la  parola  de  lo  sal- 
vatore  digando  :  Chi  no  va  de  note  no  offende  [32  fr],  si  se  volse  contra 
lo  sole  e  disse  :  In  lo  nome  de  Jesu  Christo,  sta  uno  pocho  e  susteni  la 
via  toa,  et  aspetame  defina  tanto  ch'  eo  pervengna  a  la  mia  mason.  Mira- 
colo  grande,  abiando  ça  lo  sole  començado  andare  soto,  elo  stete  fermo  42  $ 
e  no  se  move,  difina  tanto  ch'  elo  vene  a  lo  so  viaço,  meraveiandose  tuti 
perche  ço  fosse.  E  quando  lo  çunse  la  [cella]  da  lo  frare,  perche  elo?  cosi  se 
freçava,  elo  trova4  ch'  elo  era  morto.  E  lo  sancto  aveva  fata  la  oracione, 
elo  s'  aproximava  a  lo  leto  e  basalo  :  Che  te  plase,  fiiolo  ?  Te  plase 
andare  et  essere  cun  Iesu  Christo  0  te  plase  ancora  permagnire  en  carne,  4^0 
ço  e  vivere  ancora  ?  Et  incontinenti  quello  s  ch'  era  morto  si  leva  en  sedente 
e  disse  :  Sancto  padre,  perque  me  revigni  tu?  Meio  m'  e  ad  essere  con 
Christo  cha  in  carne,  e  vivere  no  mi  besongna.  E  lo  sancto  padre  disse  : 

1.  elo.  —  2.  uinteno.  —  3.  elli.  —  4.  trava.  —  5.  quclla. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  41 

Or  dormi  en  paxe,  fiiolo  meo,  et  ora  per  mi.  Et  ello  encontinenti  enclina 

lo  cavo  e  dormi.  Mo  non  e  be  li  soperbi  plu  sordi  cha  li  morti,  li  quali   45$ 

soperbi  en  lo  so  tempo  [no]  aide  le  voxe  de  li  predicadori  ? 

(2  5)  Exemplo  de  la  crudelitaie  de  li  homini  e  de  lo  biado  misère  sancto 

Martino. 

Rio  fo  uno  sancto  heremita  a  la  cella  del  quai  vene  .vi.  laroni  e  tolli  li 
lo  pane  e  porta  lo  via  le  soe  cose.  Et  ello  una  di  ande  a  lo  deserto  e 
trova  dui  dragoni  a  li  quali  elo  comanda  ch'  elli  devesse  seguere  et  andare 
dreo  ello.  Et  illi  lo  fe.  E  lo  heremita  li  mete  per  costodii  e  per  guardiani  440 
avanti  la  porta  de  la  cella.  E  vignando  li  laroni  a  quello  logo  sicomo  li 
era  usadi,  e  vegando  questi  guardiani  avanti  1'  uso  de  la  cela,  illi  cadeno 
in  terra  quasi  morti.  A  li  quali  lo  sancto  heremita  escando  defora  disse  : 
Vediti  che  vui  siti  plu  crudeli  de  li  serpenti  ?  Or  sti  serpenti[no]  ne  aide 
per  deo.  E  nu  no  devo  li  aldire.  Unde  se  '  disse  de  misero  sancto  Martino  445 
che  corn'  elo  comandasse  una  tiada  a  dui  serpenti  ch'  eli  tornasse  a  la  soa 
ca[3  3  rtjmera,  lo  serpente  li  retorna  encontinenti.  E  lo  sancto  sospira  e 
disse  :  Oime!  chelli  serpenti  n'  aide  e  li  homini  no  ne  vole  aldire.  Unde 
non  e  maçor  sengno  de  perdicione  en  1'  omo  como  no  aldire  voluntera 
la  parola  de  deo?  450 

(26)  Exemplo  de  una  ver  gène  polcella  la  quale  volea  seguire  la  vita  de  soa 

mare2. 

Lèse  se  en  le  vite  di  li  sancti  pari  ch'  elo  fo  una  sancta  vergene  quasi 
perfecta  en  ongna  bontade  la  quale  fo  demandada  da  uno  sancto  homo 
en  che  modo  ella  era  vegnuda  a  cotanta  perficione.  Et  ella  disse  :  Siando 
eo  donçella  en  casa  de  mio  pare,  meo  padre  fo  homo  molto  mansueto, 
conplido  e  pleno  de  tute  vertude,  mai  sempre  (en in)  enfermo de  lo corpo  455 
so.  E  mia  madré  era  tuta  per  lo  contrario,  ch'  ela  era  tuta  vana,  enbriaga, 
luxuriosa  e  plena  de  tuti  vicii  e  senpre  era  sana  del  so  corpo,  e  no  fo 
mai  agrevada  d' alcuna  enfirmitade  ne  greveça  ne  molesta.  E  tempo  vene 
che  mio  pare  mûri.  Et  en  quello  di  fo  tanta  ploba  e  si  grandi  troni  che 
per  tri  di  ello  no  pote  essere  portado  a  la  sepultura,  si  che  tuti  li  homini  460 
se  conturbava  e  pisia  :  E  mo  stade  tante  malicie  oculte  de  questo  homo  ? 
El  pare  ch'  ello  era  si  inimigo  de  dio  che  la  terra  no  lo  vole  recevere  lo 
so  corpo.  Et  adevene  si  che  a  grande  pena  elo  fo  portado  e  metuto  en 
sepoltura.  E  poy  dredo  mia  madré  ch'  era  pessima,  anch'  ella  mûri.  E 
fo  lo  tempo  si  sereno  e  1'  aire  bello  e  claro  che  tuti  li  osequii  e  li  servisii  a6$ 
che  se  fa  a  li  corpi  morti  pare  (te)  che  li  fosseno  favorivili.  Et  eo  dredo 


1.  lo. 

2.  Voy.  mon  article  dans  la  Zcitschrift  fur  ronumischc  Philologie,  I,  371  ss. 


42  J.    ULRICH 

queste  cose  si  vigni  en  etade  da  maridare.  E  comença  a  pensare  quale 
de  le  vite  eo  volesse  seguere  per  conversacione,  ço  e  quai  vita  eo  volesse 
usare  o  quella  de  meo  pare  o  quella  de  mia  mare.  E  pensava  enfra  mi  e 
recordavame  como  mio  padre  era  stato  enfermo  e  quello  che  li  adevene  470 
a  la  morte  [33  b]  ed  al'  altra  parte  como  mia  mare  no  se  sostene  mai 
alguna  molesta  enfina  la  morte  e  como  la  soa  vita  fosse  sempre  deputada 
en  delicie,  e  como  a  la  morte  ela  '  fosse  da  tuti  homini  honorada  e  sepelida 
cum  grande  honor.  Pesando  e  sul'  uno  partito  e  sul'  altro  finalementre 
eo  me  délibérai  de  seguire  la  vita  de  mia  madré.  Et  una  fiada  siandomi   475 
endorme[n]çada,  en  visione  m'  aparse  uno  grandissimo  homo  de  persona 
e  disse  :  Di  me,  misera,  que  as  tu  pesa(n)do  enfra  ti  de  fare?  Et  eo  tre- 
mava  e  no  V  ausava  guardare.   Et  ello  cun  maçor  vose  me  comanda 
ch'  io  li  disisse  ço  ch'  io  aveva  pensado  (e)  de  fare.  Et  eo  promovesta  e 
gran  paura  che  m'  avea  desmentegado  de  tuti  li  mei  pensamenti  si  li  480 
negava  tuto.  Et  in  quella  fiada  ello  me  reduse  a  memoria  tuto  quello 
ch'  io  aveva  enpensado,  unde  eo  convençuda  si  me  gitai2  a  li  soi  pei  e  si 
li  comença  a  quirire  perdonança.  Et  ello  me  disse  :  Veni  cun  mi,  e 
vederas  to  padre  e  toa  madré,  aço  che  tu  alegi  la  vita  de  quale  tu  vora 
seguire.  Et  en  quella  ello  me  mena  ad  uno  logo  bellissimo  e  deleteve[le]   485 
pleno  d'  ongna  soavitade  e  resplendente  de  tanta  belleça  che  no  se 
poria  cun  bocha  dire.  Et  a  questo  logo  me  vene  lo  meo  padre  encontra 
et  abraçando  mi  si  me  di  :  Fiiola  mia,  se  tu  siguiras  la  mia  vita,  tu  vigni- 
ras  qua  da  mi  poco  tempo  passarai.  E  dredo  questo  quello  che  m'  avea 
menado  si  me  piia  e  meno  me  a  lo  enferno  e  meteme  in  una  casa  molto  450 
tenebrosa  e  molto  scura  e  mostra  me  mia  madré,  la  quale  era  in  una 
fornase  in  fogo  ardente.  E  quando  mia  madré  me  vête,  ela  començo  a 
clamare  e  dire  :  Oime,  fiiola,  che  per  le  mie  dilicie  eo  porto  e  sostengno 
questo.  E  cosi  eo  la  per  pochi  temporali  béni  ch'  eo  galdi  al  mondo, 
quanti  tormenti  eo  sostengno!  Recorda  te,  dolce  fiiola,  de  li  nudrigamanti  495 
e  de  le  fadige  le  quai  eo  spendi  en  ti.  [34  a].  Sporçi  me  la  toa  mane  e 
da  me  aiturio,  abii  misericordia  de  mi,  fiiola,  ch'  eo  sono  cruciada  en 
questa  flama.  Et  eo  scusando  me  ch'  eo  no  lo  podesse  fare  per  li  dimunii 
li  quai  era  la,  ela  cun  lagreme  cridava  :  Fiiola  mia,  aida  la  toa  madré  eno 
disprisiare  le  mie  lagreme.  Recorda  te  de  lo  meo  dolore  quando  eo  te  par-   coo 
turi  e  no  m'  abandonare  in  questo  fogo  che  me  dévora.  Et  eo  me  movi 
a  lo  so  planto  et  in  lo  sono  eo  començai  plançere  cun  tanto  crido  ch'  eo 
desmeseda  tuti  quilli  de  la  casa.  E  tuti  corse  da  mi  e  domandava  me  quello 
che  eo  avea.  Et  eo  li  disse  tuto  quello  che  m'  era  aparso.  E  per  questo 
eo  deleberai  de  seguere  la  vita  de  lo  mio  padre  e  si  me  serai  in  questa    50$ 
cela.  Adonqua  no  si  a  alguno  dubio  ch'  el  no  e  alguno  si  peccador  ni  si 

1.  elo.  —  2.  girai. 


RECUEIL    D'EXEMPLES   ITALIENS  43 

reo  ch'  elo  no  possa  vignire  bono  se  spesse  fiade  ello  se  reduse  a  memo- 
ria  quanti  e  li  béni  e  la  gloria  ch'  e  aprestata  a  li  santi  e  quanti  e  le  pêne 
e  lo  maie  ch*  e  aprestade  a  li  peccatori. 

(27)  Exemplo  de  una  bestia  che  a  nome  yena  '. 

El  se  leçe  ch'  el'  e  una  crudilissima  bestia  ch'  a  nome  yena,  la  quale    5 10 
quando  la  va  a  li  pascoli  de  le  pegore,  ela  forma  e  fa  voxe  d'  omo  e  pro- 
move  li  cani  a  baiare.  E  creçando  li  cani  che  questa  bestia  sia  homo,  e 
no  pensando  a  questa  bestia,  ela  seguramente  asaie  la  grança  oarmento. 
Questa  bestia  a  lo  tempo  deçà  indredo  avisino  de  misère  sancto  Machario 
la  quale  abiando  soy  fiioli  ch'  erano  cegi;  ella  li  adusse  a  misère  sancto    $ 1 5 
Machario  e  si  li  mete  avanti  li  soi  pei  supplicando  lo 2  en  quello  modo 
ch'  ella  possea,  ch'  ello  li  si  li  t(e)rasse3  da  quella  cecitade.  E  lo  sancto 
sengna  e  restituelli  la  luxe.  E  fato  questo  ella  ensenbre  cun  li  fiioli  torna 
en  la  soa  speluncha  molto  alegra.  E  de  questo  grande  benificio  no  se 
[34  b]  dementega.  Ma  tute  le  pelle  de  le  pegore  che  defino  d'  antigo    J20 
tempo  ella  avea  predado,  ela  le  tose  adoso  e  mise  li  adosso  li  fiioli  et 
adusselle  a  misère  sancto  Machario  e  si  li  lasa. 

(28)  Exemplo  de  una  [bestia  ch'  a  nome  de  una)  povera  vergene. 

Elo  fo  uno  fiiolo  d'  uno  re,  lo  quale  trapassando  una  fiada  per  uno 
logo  vête  una  polcella  molto  povera  la  quale  laudava  lo  nome  de  dio.  Et 
ello  li  disse  :  Conçiosia  che  tu  da  deo  es  povera,  che  e  la  cason  che  tu  $2$ 
li  rendi  cotante  gracie,  abiando  recevudo  da  ello  cosi  pocheto  bene  ?  Et 
ella  li  respose  cusi  :  si  como  picola  medesina  moite  fiade  libéra  1'  omo 
de  grande  enfirmitade,  cosi  refferir  gratia  a  deo  per  picola  cosa  e  poche 
cose  si  ne  despone  a  recevere  grandi  et  ampli  doni,  e  quisti  béni  defora 
ço  e  le  richeçe  de  questo  mondo  non  eno  nostri  béni,  ma  molti  stranii  e  5  30 
lontani  da  nui.  Ma  li  béni  dentro,  ço  e  la  vertude  de  1'  anema,  quelli  si 
eno  nostri  béni,  e  grandi  doni  eo  ai  recevudi  da  deo  lo  quale  m'  a  fato  a 
la  soa  ymagine  et  a  me  formada  e  fata  bella  delà  soa  gracia.  Adonqua 
per  cotanto  bene  elo  convene  a  laudar  lo. 

(29)  Exemplo  de  domino  nostro  Jesu  Christo. 

Lo  pillicano  si  e  uno  osello  lo  quale  quando  lo4  trova  li  fiioli  morti  da  lo    n> 
serpente,  ^ello  spande  lo  so  proprio  sangue  sovra  li  fiioli  cun  grande 
abundança  e  cusi  ello  li  retorna  in  vita.   Mai  per  la  multitudene  de  la 
sangue  ch'  elo  se  fa  ensire  de  lo  corpo  ello  roman  si  flevelle  ch'  ello  no 
po  andare  a  percaçarsse  lo  cibo  ne  a  si  ne  a  li  fiioli,  si  che  lis  fiioli  convene 


1.  Lïbro  de  los  Enxemplos,  première  partie,  n°  50  (Romania,  VII,  512) 

2.  li.  —  3.  Peut-être  libérasse.  —  4.  la.  —  5.  le. 


44  I.    ULRICH 

insire  de  lo  nido  et  andare  a  cercare  et  a  quirire  lo  cibo.  E  quisti  fiioli    540 
de  lo  pillicano  (de)  che  agra(n)disse  li  beneficii  elo  servisiode  la  mare,  (0)  si 
la  passe  silicitamente  et  diligentemente,  et  altri  g'  e'  nde,  che  in  nisuna  cosa 
no  sovene  a  la  mare.  Et  ella  diligentemente  guarda  1'  uno  e  1'  altro  e 
quando  elli  ano  preso  força,  li  fiioli  li  quali  agradisse  lo  servisio  e  che  la 
visitada  et  cibada  ella  receve  en  lo  nido,  diliçentemente  li  custodisse  e  li    545 
nudriga.  Mai  li  altri  che  no  agradi  lo  beneficio  e  che  no  la  ciba,  ella  li 
discaça  da  si  e  da  po  avanti  no  cura  plu  de  illi.  E  questa  oxella  e  per  la 
rasone  de  lo  sangue  ch'  ela  spande  de  lo  so  corpo  sovra1  li  fiioli  e  per  la  rason 
(ch'  ela  rasone)  ch'  ela  resusita  li  fiioli  si  singnifica  Jesu  Christo.  Et  a 
nesuno  sia  dubio  ke  da  lui  li  fiioli  che  aura  agradito  li  beneficii  soi  si    $$0 
seranno  recevudi  en  la  soa  gracia.  E  li  altri  che  no  ano  agradidi  si 
serano  sença  dubio  descomiadi  da  ello. 

(30)  Exemplo  de  uno  che  sovertia  lo  povolo. 

Elo  fo  uno  sancto  lo  quale  avea  nome  Copres,  lo  quale  vene  ad  una 
citade  a  la  quale  elo  trova  uno  romito  che  aveva  nome  Manicheto  dotore, 
lo  quale  sovertiva  lo  povolo.  Et  ello  desputa  cun  esso  e  no  lo  podeva  con-    5  5  5 
vincere  cun  parole,  k'  ello  era  heretico  et  era  molto  savio.  E  tenando  lo 
sancto  homo  che  s' ello  [lo  |  lasase  cusi  partire,  ch'  elo  poria  essere  grande 
perdicione  a  la  fe  catholica,  elo  dissi  cusi  davanti  tuto  lo  povolo  :  Laxemo 
stare  le  parole  e  vignamo  a  li  fati.  E  sia  piado  uno  grande  fogo  enme  la 
plaça  et  entranbi  nudi  entramo  entro  la  flama.  E  quello  che  no  se  bruxera,    560 
la  soa  fe  sia  tenuda  e  creçuda  da  tuti  che  vera  sia.  E2  plaquando  a  tuti 
questi  lo  fogo  fo  fato  grandissimo  e  abrasado  en  plaça  e  lo  sancto  pare 
piia  lo  heretico  per  la  mane  e  vosello  trare  a  lo  fogo.  E  lo  heretico  disse  : 
Ello  no  sera  cusi,  ma  tu  che  as  proponudo  et  ordenado  questo,  si  entra- 
ras enprima  entro  lo  fogo.   Et  in  quell'  ora  lo  sancto  pare  si  se  varni  e    565 
fesse  lo  sengno  de  la  sancta  croce  e  cusi  segura  e  sença  paura  entra 
entro  lo  fogo  e  no  li  fe  [3  5  b]  alguna  lisione  ni  alguno  maie,  aço  che  (che) 
la  flama  de  ça  e  de  la  si  li  partiva  e  si  li  toleva  d'  atorno.  E  fuçiva  la 
flama  da  lo  sancto  sicomo  ela  temese  de  tocar  lo.  Et  evi  stete  lo  sancto 
pare  quasi  per  meça  ora  ne  perço  no  ave  alguno  maie.  Et  en  quella    570 
fiada  lo  povolo  comença  a  cridare  e  constrengere  Manichello  heretico 
ch'  elo  entrasse  en  lo  fogo.  Et  respugnandolo?  et  al  pestuto  no  voiando, 
lo  povolo  per  força  lo  buta  ive  çoso  de  lo  fogo.  Et  incontinente  la  flama 
lo  brancha  et  arselo  si  ch'elo  roman  meço  vivo.  Et  incontinente  ello  fugi 
da  1'  altra  parte  del  fogo  [e  |  no  stete  niente  quasi  en  la  flama.  E  lo  povolo    5 7  $ 
lo  descaça  fora  de  la  citade  e  receve  la  doctrina  de  lo  sancto  padre  e  toise 
le  arme  de  la  sancta  fe. 

1 .  de.  —  2.  A.  — •  3.  elli. 


RECUEIL    D  EXEMPLES    ITALIENS  45 

(31)  Exemplo  de  uno  horno  façando  penitencia. 

Uno  santissimo  homo  disse  ch'  el  fo  uno  homo  lo  quale  menava  si  bru- 
tissima  vita  per  tute  suççure  ch'  ello  era  nomenado  per  somo  malvasio 
homo  in  tuti  mali.  Mai  tempo  venne  per  vuiia  de  dio  ch'  elo  con  grande  580 
conpuncione  de  core  si  retorna  a  penitencia  e  si  sera  entro  una  sepul- 
tura  d'  uno  morto  e  stando  la  dentro  di  e  note  desteso  cun  la  faça  a 
terra  si  plançeva  e  deslavava  li  soi  peccadi  cun  lagreme.  E  non  era  ardito 
levari  li  ocli  soi  a  lo  celo  ne  demandare  alguna  voxe  ne  mençonare 
domenedio.  Mai  quasi  corn'  elo  fose  sepellido  si  andava  li  çemiti  encelo.  585 
Et  abiandosse  afflicto  e  agrevado  tuta  una  setemana  soto  lo  encarego  de 
cusi  grande  penitencia,  li  dimunii  una  note  si  vene  ad  esso  e  si  li  comença 
a  dire  :  0  inmundissimo  e  plu  brutissimo  de  tuti  li  homini,  che  e  questo 
che  tu  fas  ?  Ma  se  tu  fussi  sanado  d'  ongna  inmundicia  [36  a]  voi  tu 
parère  casto  che  tu  e  vegnudo  ueglio  en  li  peccadi  et  in  le  félonie?  E  ça  590 
no  t'  e  romaso  vertude  ne  força  che  per  penitencia  tu  posis  lavare  ne 
deslavare  li  toi  peccadi,  e  tu  vos  parère  homo  de  penitentia?  E  no  po 
avère  altro  logo  se  no  quello  che  t'  e  deputado  in  inferno  aprovo  de  nui. 
E  tu  e  ça  fato  uno  de  nui,  ne  altro  no  de  po  esse.  Adonqua  retorna  a 
nui.  E  quello  tempo  de  '  la  vita  che  t'e  romasa  fina  la  e  spendi  la  en  le  595 
deletacione  usade.  E  per  que  te  consuma  tu  en  vani  cruciamenti  ?  Perche 
te  da  tu  avanti  tempo  a  suplicii  et  a  pêne  ?  Che  te  poresenu  fare  peço  in 
inferno  cha  quello  che  tu  sosteni  mo  ?  S'  ello  puro  te  deleta  a  sustinere 
pena,  aspecta  puro  uno  pocho  e  seras  metuto  entro  li  supplicii  et  intro 
li  tromenti  li  quali  t'  eno  aprestadi.  Et  infino  a  tanto  dibis  galdere  et  600 
usare  de  le  nostre  dilicie  le  quale  si  t'eno  stade  dulcissime.  Et  ello  no  res- 
pondando  li  niente  et  al  pestuto  no  movandosse  da  lo  bono  proponemento 
e  no  cessando  da  lo  planto  e  da  lagreme,  li  dimunii  fortissimamente  lo 
bâte  et  afligillo  et  tormenta  lo  de  moite  pêne,  e  intanto  lo  bâte  ch'  elo  fo 
apresso  de  morte.  Et  anpo  lo  stete  fermo  con  la  mente  a  contrastare  a  li  605 
diminuii.  Questo  illi  començo  a  cridare  ad  alta  voxe  :  Tu  n'as  vi[n]çudi,  tu 
n'as  vi[n]çudi.  E  cusi  per  la  vertude  divina  li  dimunii  fono  infugadi  e  des- 
caçadi.  No  mai  dapoy  no  fono  plu  lasadi  tornare  da  ello.  E  questo  homo 
vene  a  tanta  perficione  ch'  ello  fo  claro  e  resplendente  per  molti  mira- 
culi  ch'  elo  fe.  E  si  lasa  dredo  da  si  grande  conforto  e  grande  feducia  a  610 
tornare  a  penitencia  li  disperadi.  Dio,  como  e  biadi  quilli  ch'  ano2  mo  en 
questa  vita  lo  incarego  de  la  penitencia,  aço  ch'  eli  no  sostengna  [36  b]  [l]e 
pêne  enfernale  dredo  la  soa  morte  e  lo  encarego  de  lo  enferno  lo  quale 
quamvisdeo  ch'  eli  siano  grivissimi,  per  amore  de  ço  illi  no  li  serano 
mai  depunudi  adosso  !  615 

1.  uete.  —  2.  eno. 


46  J.    ULRICH 

($2)  Exemplo  de  uno  scolaro  che  dredo  la  morte  elo  torna  da  lo  so  maistro*. 

Elo  fo  uno  scolero  en  Parise  lo  quale  vignando  a  morte  fo  pregado 
da  lo  so  maistro  che  dredo  la  morte  ello  dovesse  tornare  da  ello,  e  cusi  fo 
fato.  E  quando  questo  scolero  retorno  da  lo  maistro,  ello  aveva  en  dosso 
una  capa  de  carta  la  quale  defora  era  tuta  plena  de  sosfimati  ;  sosfimati 
si  [e]  argumenti  e  proposicione  che  fa  li  dialetici.  E  lo  maistro  lo  demanda  620 
quello  che  significava  e  ço  che  voleva  dire  quella  cappa.  Et  ello  disse  : 
Questa  capa  si  m'  e  data  en  penitencia  per  la  vana  gloria  ch'  eo 
aveva  en  mi  per  li  mei  sosfismi.  Questa  capa  pesa  plu  sovra  mi  che 
s'  eo  avesse  adosso  una  torre.  Adonqua  bona  cosa  2  e  retenere  e 
tore  mo  lo  encarego  temporale  de  la  penitencia,  aço  che  dredo  la  morte  62$ 
nui  no  siami  constriti  a  portare  alcuno  encarego  eternale. 

(33)  Exemplo  de  uno  emperador  che  fo  fidilissimo  cristiano  a  deo. 

Elo  se  leçe  in  la  ystoria  per  prima  che  como  Theodosio  imperadore 
homo  fidilissimo  cristiano  andasse  a  bataia  contra  uno  tyranno  che  nome 
uea  Eugenio,  elo  ne  se  confidava  en  le  arme  ne  in  la  multitudine  de  li 
soi  cavaleri,  mai  confidava  se  solamente  en  deo.  Unde  per  tuta  la  via  elo   630 
andava  orando,  e  sparçando  moite  lagreme  deo  omnipotente  en  so  aitu- 
rio  invocava.  E  siando  venude  le  parte  a  lo  logo  de  la  bataia,  e  siando 
la  bataia  grandissima  si  che  multi  caçeva  abatudi  chi  da  questa  parte 
[37  a]  chi  da  quella,  Theodosio  imperador  al  pestudo  no  confidando  se 
de  la  sperança,  çetta  via  tute  le  arme  e  mitisse  en  oracione  vegando  tuti.    635 
Et  incontinenti  uno  vento  se  leva  lo  quale  era  de  tanta  posança  e  di  tanta 
força  che  tuti  gladii  e  lançoni  et  altre  arme  che  se  mandava  fora  de  man 
de  li  inimisi  se  devolçeva  e  se  convertiva  puro  en  elli  cun  violencia.  E  li 
gladii  de  li  nostri  si  portava  per  si  grande  força  en  eli  inimisi  che  no  li 
valea  nesuna  arma.  E  vegando  lo  tiranno  questa  cosa,  elo  si  gitta  a  li   640 
pey  de  Theodosio  e  demanda  li  misericordia. 

(34)  Exemplo  de  Asalone  fiiolo  de  David. 

Elo  se  leçe  de  Asalon  che  fo  fiiolo  de  lo  re  David  ch'  elo  ave  descha- 
çado  lo  pare  de  lo  rengno,  ello  demandava  en  tute  soe  visende  lo  conseio 
d'  uno  che  nome  avea  Achitofel,  e  molto  credea  a  lo  so  conseio.  Et  in 
quello  tempo  era  cosi  creçuto  lo  so  conseio  corne  se  damenedio  l' avesse  645 
conseiado,  sicomo  se  leçe  en  lo  segondo  de  Re.  Mai  quando  [e]  le  cose 


1.  Legenda  Aurea,  c.  CLXIII,  p.  731,  éd.  Graesse  ;  Libro  de  los  Enxcmplos, 
CCCLXVI  ;  Hauréau,  Récits  d'apparitions  dans  les  sermons  (Mém.  de  l'Académie 
des  inscriptions,  XXVIII,  2e  p.,  p.  242)  ;  Etienne  de  Bourbon,  éd.  Lecoy  de  La 
Marche,  n"  9,  p.  18. 

2.  çosa. 


RECUEIL   D'EXEMPLES    ITALIENS  47 

dubiose  e  periculose  e  da  retornarse  a  lo  conseio  d'  uno  savio  homo, 
molto  maioremente  e  da  recevere  e  da  retornar  se  a  dio,  lo  qual'e  comen- 
çamento  de  sapiencia  e  pleno  e  complido  de  tuta  discricione  e  lo  quale 
sa  tuto  ço  che  de  avignire.  Unde  dise  lo  salmo  de  lo  profeta  :  Bona  cosa  6jo 
e  a  confidare  en  lo  sengnore  dio,  maçoremente  cha  in  li  homini.  E  per 
quello  che  ogna  sapiencia  terrena  falla  et  inganna,  mai  la  sapiencia  de  dio 
no  falla  mai.  Unde  ello  se  leçe  de  Theodosio  lo  plu  conve|ne]velle  empe- 
rador,  che  corn'  ello  movesse  arme  et  ste  contra  lo  maximo  tyranno,  le 
vie  e  le  strade  dond'  ello  dovea  vinire  e  condure  V  oste  era  si  enpaçada  655 
ch'  elli  no  podeva  atrovare  la  via  per  la  quale  illi  podese  aproximare  a 
questo  tiranno  et  inperço  che  tute  [39  b]  le  citade  revelava  a  lo  imperio. 
E  quando  Theodosio  vête  che  la  sapiencia  humana,  ço  e  de  li  homini,  no  li 
valeva  et  era  li  manchada,  elo  se  retorna  a  la  divina  sapiencia,  ço  e  a  dio 
omnipotente  lo  quale  elo  envoca  en  so  aiturio.  Et  encontinenti  lo  agnolo  660 
de  dio  si  fo  in  lo  oste  e  conduse  tuta  la  çente  sana  e  salva  per  meço  li 
paludi  de  Ravena,  per  taie  logo  che  nesuno  homo  no  pote  mai  pensare.  E 
cusi  lo  hoste  e  la  çente  vene  a  Ravena  (l)o  era  lo  tyrano,  e  trova  la  citade 
et  intra  dentro  et  ancise  lo  tyrano  con  tuti  li  soi  seguaci.  Et  in  cotale 
maniera  se  reduce  lo  imperio  a  le  mane  de  Theodosio  imperadore.  665 

(35)  Exemplo  de  uno  sancto  padre  ch'  era  molto  in  la  graiia  de  deo. 

Elo  se  leçe  d'  uno  sancto  padre  lo  quale  resplendeva  per  tanta  gracia 
aprovo  de  dio  che  tuto  ço  ch'  elo  domandava  da  dio  encontinenti  ello  lo 
aveva  a  conplimento.  E  quasi  ello  aveva  noticia  de  tuto  quello  che 
doveva  adivignire,  e  siando  domandado  e  requirido  per  che  elo.  era  venuto 
a  tanta  gracia,  elo  responde  e  disse  :  E  no  sai  che  abia  fato  cosi  grande.  670 
Ma  questo  eo  ai  observado  dapoi  ch'  eo  fu  confesso  e  contento  de  siguire 
Jesu  Christo  che  mai  de  la  mia  bocha  no  ensi  alguna  rea  parola  ne 
alguna  bosia. 

(36)  Exemplo  de  la  cornacla  corn'  ela  se  visti'. 

Elo  se  leçe  che  aprestando  se  tuti  li  oseli  de  fare  so  concilio  e  conseio 
la  cornacla  si  mete  çoso  tute  le  soe  proprie  penne  e  revestisse  et  ornasse  67  5 
de  moite  relucente  penne  de  li  altri  oxelli.  E  tuti  li  oxelli  la  comença  a 
guardare  e  meraveiavasse  molto  de  questa  soa  cosi  gran  [38  a]  belleça, 
mai  a  le  fine  tuti  li  oselli  li  fo  sovra  et  çascaduno  li  toise  una  penna,  et 
ella  romase  nuda.  Et  siando  cosi  romasa,  alora  aparse  corn'  ella  era 
negra.  E  cusiaperera  li  homini  vanagloriosi  en  la  fine  quando  elo  sera  680 
spuiado  de  li  béni  per  li  quali  lo  homo  quere  gloria. 

1.  Cf.  Oesterley  sur  Kirchhof,  Wendunmuth,  VII,  $2  ;  Romania,  III,  292. 


48  J.    ULRICH 

(37)  Exemplo  de  li  pisci  grandi  e  di  li  piçoli  con  lo  cocodolo. 

Elo  se  leçe  che  li  pisi  minuri  quando  illi  fi  asalidi  da  lo  cocodullo,  e 
ch'  ello  li  vole  mançare,  eli  si  fuge  e  retorna  a  la  ballena  si  con  a  so 
fermissimo  defendedore,  si  se  comète  en  lo  so  aiturio.  E  la  balena  si  le 
receve   e  si  li  défende  da  ello   da  lo  cocodolo.  Adonqua  se  lo  pesé   68$ 
a  tanto  cognoscemento  ch'  elo  se  sa  atrovare  seguro  aitorio  contra  questa 
bestia  venenosa,  tu,  homo,  che  a  rasone  e  discricione,  como  dis  tu  con- 
fugire  e  tornare  a  dio  fortissimo  a  li  toi  periculi  !  Ancora  si  dise  che  la 
balena  no  défende  solamente  per  força  li  pisi  da  lo  cocodollo,  ma  etiam- 
deo  per  sapiencia  che  lo  cocodollo  sa  bene  e  vegando  che  ello  cun  la   690 
balena  persona  perpersona  no  poria  nosere  a  lo  pesé,  elo  se  retorna  ad 
inçengno.  Et  aço  ch'  elo  possa  alcidere  lo  pesé,  elo  çeta  tanta  bruteria 
e  tanta  puça  fora  de  si,  ch'  elo  ensoça  tuta  l'  aqua,  per  che  lo  pesse  ama 
solamente  cose  odorifere  e  inodia  le  podiose  e  le  fétide.  E  la  balena 
contra  li  engeni  de  lo  cocodollo  si  usa  de  molta  prudencia,  ço  e  de  scal-  695 
trimento. 

(38)  Exemplo  de  lo  lione  '. 

Elo  se  dise  in  le  flabe  che  lo  lione  una  fiada  abiando  grande  famé  soto 
colore  de  fare  uno  convivio  si  invida  tute  le  bestie  a  casa  soa,  ço  e  a  la  soa 
speluncha,  si  como  re  e  singnore.  E  siando  ge  andade  [38  b]  tute  le  bestie, 
sola  la  volpe  tarda  a  vignire  en  pensando  la  dislealtade  e  la  malicia  de  700 
lo  so  re.  E  finalemente  ela  vene  defina  la  porta  e  stava  defora  e  no 
passava  miga  la  porta  e  no  pensava  miga  d'  entrare  dentro.  E  lo  lione 
disse  :  Che  e  ço  che  tu  sta  defora  ?  Et  ella  responde  e  disse  :  Le  pecche 
de  tute  le  bestie  ch'  eno  vignude  qua  da  ti  me  fano  paura,  perch'  eo  li 
vego  tuti  esser  entradi  dentro  da  ti,  e  de  quante  n'e  entrade  eo  no  ne  vego  705 
nesuna  che  ne  sia  ensuda  ne  tornada  endredo.  Quanti  e  ancoi  queli 
homini  che  s'  eno  someianti  a  lo  lione  li  quali  clama  et  envida  li  altri  a  li 
soi  convivii  et  a  li  soi  desenari,  li  quali  andando  li  cun  segurtade  e  cun 
baldeça,  illi  li2  spolia  et  ancide  li.  Mai  lo  nostro  sengnore  Iesu  Christo  non 
e  cotale,  anço  e  fedele  en  (laquale)  tute  cose,  e  perço  elo  vene  descrito  e  710 
significado  e  figurado  balena  la  quai  e  fidelissima  defensarise  a  li  soi  fiioli, 
che  quando  la  sente  la  turbacione  de  la  mare  e  la  tempesta  e  lo  grande 
fortunale,  ella  se  mete  sempre  per  li  fiioli  a  lo  inscontro  de  lo  mare  e 
mete  se  de  meço  entro  le  ondacione  e  li  fiioli.  E  se  per  questo  modo  ela  no 
si  po  defensare,  ella  avre  la  gola  e  si  li  receve  dentro  dal  ventro  so,  e  715 
po  quando  e  part(ur)ido  lo  fortunale  e  lo  mal  tempo,  ella  li  vome  fora 
sença  alguna  lisione  e  sença  alguna  magangna.  Adonqua  se  quello  pesé 

1.  Cf.  Oesterley  sur  Kirchhof,  VII,  2$. 

2.  le. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  49 

a  cotanta  fe  e  cotanto  amore  a  li  fiioli,  quanto  (donquanto)  donqua  sera 
la  fidelitade  e  lo  amore  de  quello  benignissimo  padre  omnipotente  lo  quai 
per  liberare  li  soi  fiioli  da  le  ondacione  de  lo  peccado  si  mete  si  medesemo   720 
en  le  onde  de  le  pêne  a  sostinire  passione  e  morte  ! 

(39)  Exemplo  de  lo  lovo  e  de  lo  agnelo  corn'  illi  s'  atrova  ensenbre*. 

Elo  se  dise  en  le  flabe  che  lo  lovo  e  lo  agnello  se  açunse  una  fiada 
ensembre  ad  uno  flume  e  lo  lovo  si  beveva  a  la  parte  desovra  da  lo  flume 
e  lo  agnelo  beveva  da  la  parte  desoto.  E  lo  lovo  començo  a  guardare 
e  dise  :  [39  a].  Que  e  ço  che  tu  me  turbidis  V  aqua?  E  lo  agnelo  cun  725 
volto  mansueto  e  con  tremita  voxe  si  respose  :  Miser,  eo  no  te  entorbedo 
1'  aqua,  che  s'  eo  la  torbedasse,  conçosiach'  eo  bevo  da  1'  altra  parte 
desoto  la  torbedacion  e  incuria  en  su  da  ti,  ananci  andarave  la  enço  a  la 
segonda  de  1'  aqua,  ch'  el  non  e  propria  cosa  ne  propria  natura  de 
l' aqua  che  torni  ensu  lo  contrario  de  lo  so  fundo.  E  [lo]  lovo  disse  :  Don-  730 
qua  favelis  tu  ?  Cosi  ne  fe  to  pare,  ça  e  passadi  vi.  mesi  per  che  tu  someie 
bene  a  to  pare  e  be  lo  segui.  Elo  e  besongno  che  tu  moris  per  lo  pec- 
cado de  to  pare.  E  cosi  li  fo  sovra  e  devoralo.  E  dise  lo  savio  che  molti 
cotali  lovi  si  rengnano  çascaduna  citade. 

(40)  Exemplo  de  lo  homo  e  de  lo  lione  e  de  V  agoia  2. 

La  panthera  e  una  bestia  molto  crudele,  ma  [ajrendere  bene  per  bene,   735 
ço  e  a  rendere  lo  bene  de  li  servisii  che  li  veno  fati,  ela  e  molto  solicita. 
Und'  elo  dise  uno  savio  che  nome  vea  Plinio,  che  una  fiada  li  fiioli  de  la 
pantera  erano  caçuti  entro  una  fossa  de  la  quale  illi  no  podeva  ensire  ne  la 
mare  soa  no  li  poseva  andare.  Et  adevene  caso  che  uno  homo  trapassava 
perinde  e  si  li  ?  aida  e  si  li  trasse  fora  de  la  fossa.  E  la  pantera  era  la.  Et  740 
a  questo  homo  e  cum  aspecto  de  la  faça  e  con  la  coda  li  fasea  careçe 
quanto  e  como  ella  podea,  refirando  li  gracia  de  lo  servisio,  et  aconpa- 
gna  lo  per  tuto  lo  deserto  e  mostra  li  la  via.  E  certo  e  virtade  che  nesuna 
bestia  e  in  tanta  [injgratitudene  como  e  l' omo,  ço  e  che  1'  omo  no  agradisse 
cosi  li  servisii  e  li  benificii  che  li  fi  fati  como  çascaduna  bestia.  Undi  ade-  -745 
vene  caso  che  lo  homo  e  lo  lion  e  1'  aquila  si  cade  in  uno  logo  si  forte 
os(e)curo  e  si  coverto  ch'  eli  no  podea  vedere  via  per  la  quale  elli  podesse 
ensire  de  la.  E  lo  homo  comença  a  clamare  ad  alta  voxe  si  ch'  elo  fo 
aldito  da  un  altro  homo  lo  quale  vene  a  quelo  logo  e  demanda  que  e 
como  questo  fosse,  e  quello  li  narra  [39  b]  e  li  disse  corne  era  lo  caso  e   750 
la  sve[n]tura  soa  et  indicalli  corne  elo  cun  lo  lione  ensembre  e  con 


1.  Fable  ésopique  bien  connue. 

2.  Libro  de  los  Enxemplos,  CXXXVI. 
3.I0. 

Romania,  XIII 


$0  J.    ULRICH 

1'  aquilla  fosseno  caçudi  e  pervegnudi  a  quelle»  logo.  E  pregava  questo 
bono  homo  cun  moite  lagreme  ch'  elo  1'  aidasse,  prometando  li  che  con 
ello  fosse  molto  richo,  ch'  elo  li  daria  la  mitade  de  quanti  béni  elo  aveva 
al  mondo.  E  questo  bono  homo  ch'  era  poverato  (et)  aldando  questo  si  fe  755 
edificii  cun  li  quali  ello  lo  trasse  fora,  e  si  conduse  altrosi  fora  lo  lione  e 
1'  aquilla.  Mai  le  aquile  voiando  rendere  ben  per  ben,  canbio  de  lo  ser- 
visio  a  lo  bono  homo,  sciando  elo  una  di  entro  en  lo  bosco,  questa 
aquila  trova  una  preda  preciosa  de  molto  gran  valor  e  vene  a  questo 
homo  e  solicitava  e  mostrava  li  ch'  elo  tollese  questa  preda  preciosa.  E  760 
questo  homo  la  toise  e  de  quella  si  ave  e  de  receve  molta  pecconia.  E  lo 
lione  si  prendeva  moite  bestie,  si  le  portava  a  questo  vilano.  E  cusi  li 
rendea  visenda  de  lo  servisio  quanto  ello  podea.  Solo  1'  omo  lo  quale  li 
enpromete  grande  cosa  de  tuto  quello  ch'  elo  1'  inpromete  no  atende  e 
no  de  aserva  alcuna  cosa.  765 

(41)  Exemplo  de  li  cavaleri  e  de  lo  enperadore. 

Lo  biado  misère  sancto  Grigoro  si  disse  in  lo  quarto  de  lo  Dialogo  :  Fo 
uno  homo  molto  rico,  ma  fo  uno  homo  de  mala  vita  molto,  lo  quale  siando 
venuto  al  punto  de  la  morte  ello  viti  vegnire  a  si  li  demunii.  Et  ello 
temandosse  fortissimamente  comença  a  cridare  :  Socorime,  socurime. 
E  corando  tuta  la  soa  fameia  core  la  e  atrovo  ch'  ello  tremava  tuto  e  770 
revolçeva  se  mo  de  qua,  mo  de  la,  perch'  ello  no  volea  vedere  li  dimonii. 
Ma  no  li  valea  niente,  che  da  qualunque  parte  ch'  elo  se  volgea  li  demu- 
nii erano  pur  la.  E  quando  ello  vête  ch'  elo  no  posseva  scanpare,  elo 
comença  a  cri[8oa]dar  ad  alta  voxe  :  Endusia,  miser,  endusia,  enfina 
domane  !  E  lo  misero  clamava  endusia,  may  elo  no  l' ave,  aço  descend'  elo  77  $ 
cum  lo  diavolo  a  lo  enferno.  E  perque  e  queste  cose...  che  sicomo  dise 
miser  sancto  Augustino,  en  questa  partisse  l' anemo  da  lo  corpo.  D' inquesto 
pensamento  ven  firrido  e  percosso  lo  peccador  che  murando  quello  se 
dementega  de  si  medesemo  lo  quale  vivando  se  dementega  de  domenedio. 
Mai  aço  che  queste  cose  no  ne  faça  desperare,  la  pietade  de  la  divina  780 
misericordia  si  'n  de  custodia. 

(42)  Exemplo  de  misère  sancto  Grigoro  papa. 

Elo  disse  misère  sancto  Grigoro  che  una  fiada  uno  çovene  entra  in  uno 
monestero  per  amor  de  uno  so  fradello,  lo  quale  entrando  en  quello  munis- 
tero  ello  no  li  entra  per  amor  de  dio,  ançi  per  amore  de  lo  fradello. 
Conço  fossecosa  '  ch'  ello  era  tuto  malvasio,  ch'  elo  desplaseva  a  tuti  ne  no  7g, 
voleva  aldire  alguna  cosa  de  so  castigamento  ni  de  soa  salvacione.  Et 
ampo  li  fratri  li  conportava  ogna  cosa  per  amore  de  lo  fradello  e  per  la 

1 .  concosa  fosse. 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  $  I 

misericordia  de  dio.  Questo  çovene  se  inferma  e  fo  conduto  enfina  a  la 
morte,  e  stando  convegnudo  la  ensenbre  tuti  per  comendar  li  l'anima  a  dio, 
elo  comença  a  cridare  ad  alta  voxe  :  Tolli  ve  via,  ch'  eo  (eo)  sonto  dato  790 
a  lo  dragon  per  devorare  lo  quale  m'  a  ça  sorbido  e  deglotido  per  grande 
parte  en  la  gola  soa  et  a  me  ligado  cun  ligami.  Et  adonqua  per  vui  faç'  eo 
tanta  demorança  eno  vengo  tosto  sorbido  e  deglutido.  E  li  frari  li  disse  : 
Che  e  questo  che  tu  di  ?  0  frare,  fate  lo  sengno  de  la  croxe.  Et  ello  res- 
pose  :  Eo  me  voio  bene  sengnare,  ma  eo  no  posso.  Et  in  quella  fiada  795 
tuti  li  frari  si  se  mete  in  oracione.  Et  orando  li  frari  lo  infermo  comença 
a  cridare  [40  b]  e  dire  :  0  singnori  frari,  refferri  gracia  a  dio  che  lo  dra- 
gone  no  po  sostignire  la  vostra  oracione  et  a  me  lasado  libero.  Et  écho 
eo  sonto  aprestado  convirtirme  a  dio.  E  cusi  ello  guari  de  la  enfirmitade. 
E  sempre  dapoi  elo  servi  devotamente.  Ma  li  fiioli  de  lo  Belial  ço  e  de  lo  800 
(delo)  demunio  no  vole  credere  queste  cose  avanti  ch'  elli  vegnano  la,  ço  e 
a  quel  ponto  ch'  eli  covegnano  per  far  provare  e  sentire  quelli  ch'  eli  no 
voleno  credere,  che  in  quello  ponto,  sicomo  dise  Iesu  Christo,  lo  dolor  li 
fara  entendere  ço  ch'  eli  aldeno  e  la  greveça  dara  entelecto  a  l'audita. 

(43)  Exemple»  de  uno  abado. 

Elo  fo  uno  abado  lo  quale  voiando  uno  in  soa  religione  [entrare]  ello  li  805 
comanda  ch'  ellodovesseblastemareemalidire  osse  etaltrisibenedireosse 
de  morti,  lequaleranoadunadein  uno  logo,  e  questo  si  lofe.  Et  a  la  fine  de 
lo  di  ello  venne  da  lo  abado  e  disse  :  Pastore  meo,  eo  ai  fato  si  con  tu 
me  comandasti.  E  lo  abado  disse  :  Ke  te  responde  le  osse  ?  Et  ello  disse  : 
Niente.  E  lo  abado  disse  :  Se  tu  vos  entro  nui  pacificamente  vivere,  elte  810 
besongna  essere  someiante  a  queste  osse,  aço  che  cusi  laudo  como  veti- 
perio  tu  te  trapassis  oltra  cum  sorda  orecla,  ço  e  como  tu  fussi  sordo  che 
tu  no  lo  aldisse.  Et  in  questa  croxe  penderas,  ço  e  a  questa  penetencia 
stara  defina  tanto  che  tu  receveras  lo  dulcissimo  fructo  de  vita  eterna. 

(44)  Exemplo  de  uno  romito  che  no  vite  mai  femina  ' . 

Dise  misère  sancto  Augustino  :  Se  li  nostri  ocli  gira  ad  alguna  femena,  81 $ 
no  se  dibia  aficare  fixo  en  ella.  Unde  se  dise  che  sedendo  una  fiada  dui 
romiti  defora  da  la  soa  fenestrela  e  uardando  illi,  una  femena  molto 
nobelemente  ornada  si  trapassa  davanti  da  illi  [41  a].  Et  uno  de  illi, 
lo  quale  no  aveva  mai  veçuto  alguna  femena,  si  domanda  Paltro  ço  che 
fosse  quella.  E  quello  altro  respose  ch'ela  era  una  cavra.  E  quello  chelli  820 
fe  la  demanda  se  ne  si  fo  abrasado  de  lo  so  amore,  et  inl'ora  de  la  cena  no 
posse  recevere  de  lo  cibo  con  lo  so  compangno.  Et  ello  fo  domandado 
per  que  ello  no  mançava.  Et  ello  respose  ch'  elo  era  induto  a  tanta  pie- 

1.  Cf.  A.  d'Ancona,  Romania,  III,  168,  et  Studj,  307. 


$2  J.    ULRICH 

tate  a  cercare  la  cavra  ch'  elo  no  podeva  mançare.  E  per  questo  se  da  ad 
intendere  che  se  el  no  avese  luxe,  le  fenestrelle  de  li  ocli,  si  e  la  morte   825 
no  '  serave  entrato  soto  lo  so  teto. 

(45)  Exemplo  de  domino  nostro  Jesu  Christo  de  dui  fiioli. 

Dio  fa  cusi  como  fa  uno  richo  homo  lo  quale  a  dui  fiioli,  uno  spurio  ço  e 
nado  de  adulterio,  e  l'altro  ligittimo  ço  e  nado  de  matrimunio.  Et  a  lo 
spurio  ello  da  la  roba  mobele,  cento  0  dosento  libre.  Et  a  lo  ligittimo  ello 
réserva  tuta  la  hereditade.  E  cusi  fa  dio  a  l'omo  richo  como  a  so  spurio.  830 
Ello  li  da  lo  mobele,  ço  e  la  abundancia  de  li  béni  temporali.  E  (lo  mobele) 
a  lo  povero  (çoe  li  béni  de  vita  eterna),  sicomo  a  so  fiiolo  karissimo  e 
ligitimo,  elo  li  réserva  la  heridita  de  vita  eterna  ço  e  la  gloria  de  paradiso. 
Sicomo  ello  enstesso  dise  en  lo  Vangelio  :  Biati  li  poveri  de  spirto,  che 
de  quilli  si  e  lo  rengno  de  li  celi.  -835 

(46)  Exemplo  de  lob  et  de  Tobia  et  de  beato  Antonio. 

Se  l'omo  avesse  uno  vasello  lo  quale  no  se  ronpesse  per  caçere  ne  per 
fendura  ch'  elo  se  ferisse  entro  ne  per  alguna  casone,  nui  lo  tigniraveno 
molto  caro.  Certo  si  tignirave.  Cusi  lo  nostro  sengnore  dio  se  ello  ferrisse 
alguno  homo  0  elle  lasase  caçere  da  alto,  et  ello  lo  trovasse  forte  et  cons- 
tante et  in  le  aversitadi  et  entro  le  tribulacione,  mol[4i  b]to  elo  l'ama.  840 
Unde  lo  savio  de  lo  profeta  dise  :  Quando  lo  justo  caçera,  elo  no  seron- 
pera,  per  ch'  el'  e  de  lo  sengnore.  Exemplo  nui  avemo  de  lob  e  de  Tobia 
e  de  lo  biado  miser  sancto  Antonio. 

(47)  Exemplo  de  la  symia  che  a  dui  fiioli 1. 

La  simia  la  quale  a  dui  fiioli  si  ama  l'uno  plu  de  lo  altro.  E  quando 
ella  sente  le  insidie  de  lo  caçadore,  ella  fuge  scaltritamente  e  se  mete  845 
su  le  spale  lo  so  fiiolo  quello  lo  quale  ella  ama  meno,  aço  che  s'ella 
vedesse  lo  caçadore,  ella  se  lassa  caçere  questo  so  fiiolo  d'adosso 
[Et  quello  lo  quale  ella  ama  plu]  ela  se  lo  mete  denanci  da  si,  aço 
ch'  ela  sempre  lo  vega  e  lo  custodia.  Ma  quando  lo  caçadore  la 
pressa,  la  convene  lasare  quello  ch'  el'  a  sulo  colo.  Ma  ello  cun  850 
le  ungle  s'aferra  e  se  tene  si  forte  a  la  mare,  che  in  nesuno  modo 
ello  ne  se  po3  spartire  da  ella.  E  vegandosse  la  simia  prendere  e  fir  tinuda 
entro  li  laçi  s'  ella  no  lassa  caçere  l'altro  fiiolo  conçosiacosa  ch'  ela  no 
po  lasare  quello  chi  li  e  sulo  collo,  ello  e  pur  besongno  lasare  e  gitare 


1 .  ne. 

2.  Cf.  Jahrbuch  fiir  rom.  und  engl.  Literatur,  XII,  149,  n°  49. 

3.  fo. 


RECUEIL    D  EXEMPLES    ITALIENS  $} 

quello  ch'  ella  ama  plu.  E  cusi  e  de  lo  usurario,  lo  quale  '  tene  la  bursa  da-  855 
[nan  da]  si  per  no  perder  la  e  li  peccadi  si  li  pende  de  dredo  sulo  collo. 
E  quando  alguna  enfirmitade  0  fevre  terçana  0  aguda  li  vene  adosso,  en 
quella  fiada  ello  vole  lasare  li  peccadi,  maillo  no  po,  aço  e  bisongno 
ch'  ello  lasi  la  bursa,  e  li  peccadi  si  li  romane  e  questo  lo  conduse  a  lo 
fogo  eternale.  Ello  deveravesse  metere  li  peccadi  davanti  e  dire,  si  como  860 
dise  lo  profeta  :  E  per  quello  ch'  eo  cognosco  la  mia  iniquitade  e  lo  meo 
peccado,  sempre  me  e  decontra,  ço  e  dananço,  e  no  la  borsa. 

(48)  Exemplo  de  II  homini  che  no  se  confessa  ma  se  no  como  lo  laro  clic 
no  se  confessa  se  no  apresso  de  le  forche. 

[42  a]  Quilli  homini  ço  e  quilli  miseri  peccatori  li  quali  se  aspeta  acon- 
fessare,  ço  e  vignire  a  penitencia  puro  a  la  fine,  si  eno  someia[n]ti  a  li 
laroni,  li  qualli  quando  illi  veno  menadi  a  le  forche  et  a  murire,  et  quilli   865 
aprovo  de  le  forche  si  se  confessano,  ma  no  avanti,  de  lo  quale  dise  lo 
Ecclesiastico  :  Dibis  te  confessare  domente  che  tu  se  vivo  e  sano. 

(49)  De  la  gloria  de  vita  eîerna  superna2. 

Elo  fo  alquanti  homini  li  quali  stando  en  oste  e  abiando  grande  famé, 
illi  si  vene  una  note  elli  començono  a  mastegare  de  le  noxe  cun  toto  lo 
scorço.  Ma  incontinenti  ch'  elli  sentino  1'  amaretudene  de  li  scorci  illi  se  870 
parti  e  noveneno  a  ladolçeçadelo  noxeio.  Quisti  si  eno  (quilli)  someianti 
a  quilli  li  quali  comença  far  penitencia,  a  li  quali  pare  lo  çovo  de  lo  sengnore 
molto  pesante,  ço  e  par  li  la  penitencia  molto  grève.  E  perche  illi  no  vole 
a  la  fiada  vignire  a  la  dolçeça  de  lo  noxeio,  illi  sicomo  lasi  e  molto  fadigadi 
da  ço  ch'  elli  aveva  començado  si  s'en  départe  e  si  s'en  tôle.  Mo  como  875 
poremo  nui  aquistare  con  nui  lo  rengno  celistiale  sença  penitencia  (e 
sença  penitencia)  e  sença  durare  pena  e  afflicione  conçosia  che  nui  no 
possemo  avère  li  boni  temporali  li  quali  eno  transitorii  e  corutibili  sença 
grande  fidança  ?  Und'ello  dise  misère  sancto  Grigoro  :  0  fradelli  mei,  si 
nui  consideremo  como  gran  cosa  e  comente  e  quante  e  quelle  ched  e  880 
inpromitude  en  celo,  tute  le  cose  de  terra  pareno  esser  vile  e  cative  a  la 
terrena  substancia,  ça  la  roba  e  lo  bene  temporale  adoperata  et  asimiiata 
a  la  superna  béatitude  si  e  carego  e  peso  e  no  a  aliviamento  ne  aiturio. 
Mo  quale  lengua  serave  [42  b]  sufficiente  a  dire,  e  quale  intelecto  serave 
sufficiente  a  comprendere,  quanta  sia  l'alegreza  de  la  citade  superna  et  885 
essere  insenbre  entro  le  conpagnie  de  li  angnoli  e  stara  ensenbre  cun  le 
biatissimi  spirti  de  la  gloria  de  lo  nostro  conditore  e  fatore,  e  vedere  pré- 
sente lo  volto  de  dio,  e  vardare  e  decernere  e  cercare  lo  lume  e  lo  splen- 

1 .  laquale. 

2.  Cf.  Oesterley  sur  Kirchhof,  I,  129. 


54  J-    ULRICH 

dor,  e  no  essere  mai  aflito  de  alguno  timoré,  da  alguna  paura  de  la 
morte,  et  alegiar  se  sempre  de  lo  dono  chemai  elli  no  serano  coruptibili?  890 
Ma  lo  animo  ad  aldire  queste  cose  si  se  aflama  e  si  désira  per  grande 
voluntade  essere  la  0  ch'  elo  se  spera  galdere  sença  fine.  Mai  el  no  se  po 
pervignire  ad  avère  grandi  guiderdoni,  s'  el  no  ne  po  sostignire  grande 
fadige.  E  dequesto  ne  fa  testimuniança  sancto  Paulo.  lo  quale  dise  :  Elo 
no  sera  coronado  alguno,  se  no  ma  quello  che  ligittimamento  conbatera.    895 

(50)  Exemplo  de  incredulitade  '  de  li  homini. 

Dise  misère  sancto  Augustino  che  cusi  e  de  nui  como  d'uno  fantinelo, 
d'  um  puto,  lo  quale  fosse  nasudo  e  nudrigado  en  uno  carcere  a  lo  quale  se 
alguno  cridasse  0  desisse  de  la  belleça  0  de  la  luxe  de  le  cose  de  lo  mondo, 
ello  no  darave  fe  a  le  soe  parole,  e  perço  ch'  elo  sia  sempre  nudrido  en 
ténèbre  et  in  oscuritade.  E  cusi  nui  no  creçemo  quando  el  ne  fi  dito  000 
alguna  cosa  de  le  cose  eternale,  perche  nui  sempre  [siemo]  acegadi  da  lo 
amore  de  li  temporale  cose  e  siemo  nudrigadi  en  le  ténèbre  de  questo 
mondo. 

(51)  Exemplo  de  dm  homini  che  andava  per  una  selva. 

Si  dui  homini  andasse  per  una  selva  e 2  l'uno  fosse  bene  vistido  et  en 
bello  habito,  e  1'  altro  fosse  povero  e  nudo,  no  se  farave  plu  tosto  iguaito   905 
a  quello  che  fosse  bene  vestido  per  robar  lo  che  a  lo  povero  ?  Certo  si. 
Questo  mondo  si  e  la  selva,  en  lo  quale  si  e  li  laroni.  Adonqua  [43  a] 
molto  tema  plu  la  anima  ben  vestida  cha  la  nuda  perche  lo  demunio  non 
a  cura  de  lo  povero.  Unde  dise  lo  salmo  :  A  dio  si  e  romagnudo  lo  povero. 
Et  ancora  fa  lo  demunio  sicomo  fa  lo  pescadore,  lo  quale  quando  lo  piia    910 
uno  pesé  picolo,  elo  non  cura,  ma  s'  elo  'nde  piia  uno  grande,  ello  lo 
tene.  E  cusi  lo  demunio  prendi  li  grandi  e  li  richi  >,  mai  lo  povero  si 
prende  dio  perche  lo  povero  si  li  e  rumagnudo.  Ancora  se  un  homo  avesse 
una  archa  de  lengno  plena  d'oro,  e  lo  amasse  plu  l'archa  cha  1'  oro,  elo 
séria  ben  reputado  mato.  E  cusi  e  quello  che  ama  plu  lo  corpo  cha   915 
l'anema. 

(52)  Exemplo  de  uno  çudeo  picinino  lo  quale  ande  lo  di  de  pasqua  a  la  glesia 
cun  uno  christ iano  4. 

Elo  se  leçe  ch'  elo  fo  uno  çudeo  picolo  fantino  lo  quale  enpara  litere 
cun  uno  christiano.  Et  uno  di  de  pasqua  elo  ande  cun  questo  christiano 
ad  uno  munestero  et  ande  davanti  la  vergene  gloriosa  e  guarda  la  e  tene  la 


1.  incrudelitate.  —  2.  a.  —  3.  riche. 

4.  Cf.   Wolter,  Dcr  Judcnknabt  (Halle,   1879,  2e  fascicule  de  la  Bibliothcca 
Normannica  publiée  par  H.  Suchier). 


RECUEIL    D'EXEMPLES    ITALIENS  $$ 

diligentementc  e  con  lo  so  conpangno  e  si  se  mete  in  çonucloni,  et  in-   920 
fino  se  si  comunga  ensenbre  cum  lo  conpangno.   E  vignando  a  casa  lo 
pare  so  si  lo  domanda  o  elo  era  stado.  Et  ello  li  confessa  tuta  la  virtade. 
E  quando  lo  pare  lo  quale  era  çudeo  aldi  ch'  elo  aveva  adorata  la  vergene 
Maria,  e  ch'  elo  aveva  comunicado,  elo  lo  mete  in  uno  clibano  abrasado, 
ço  e  in  una  fornace,  e  sera  1'  uso  e  seralo  la  dentro.  E  siando  romaso  lo   925 
puto  per  dui  di  la  dentro,  la  mare  soa  lo  queriva  0  qu'  ello  fosse,  lo  quale 
enfin  fo  trovado  entro  questo  clibano,  ço  e  en  quella  fornace,  çugando  cum 
lo  fogo.  E  lo  pâtre  so  '  corse  la  e  demanda  lo  puto  ki  1'  aveva  servado  e 
defeso  da  lo  fogo  e  lo  puto  respose  e  disse  :  Quella  bella  donna  la  quale 
eo  adorai,  quella2  si  me  tignia  lo  fogo  da  la  ira  de  dio,  de  lo  quale  dise   930 
lo  salmo  quanto  $  in  brève  de  ora  ardera  la  soa  ira. 

($  3)  [43  ^]  Exemplo  de  multl  homini  li  quali  moreno  per  bono  odor  4. 

Multi  homini  e  ancoi  che  more  per  boni  odori  sentire  per  li  quali  altri 
homini  vivificarave  e  si  se  sanerave,  sicomo  fe  lo  vilano  lo  quale  era 
nudrido  en  lo  fango  et  in  lo  fetore  de  le  stalle.  Lo  quale  trapassando  una 
fiada  per  una  ruga  0  che  se  tignia  specie  preciosissime  e  de  déverse  935 
mainere,  sentando  odor  quasi  per  lo  odore  fo  adeso  morto,  e  stransi  e 
cade  e  vangosa  e  no  se  podea  restituire  a  la  soa  principale  sanitade  ne 
per  alguno  artificio  ne  per  alguna  maistria  d'alguno  medigo.  Et  uno  era 
lo  quale  enfina  da  longo  tempo  aveva  abudo  soa  conversacione  e  soa  bri- 
gada,  e  quello  scaltrido  et  ocultamente  cerca  et  atrova  de  la  noxa  de  lobo  940 
e  metella  a  lo  naso  de  questui  et  incontinenti  lo  spirto  si  li  vivifica  et  elos 
revene.  Simelemente  li  fiioli  de  Israël  aveva  in  fastidio  e  li  ensoriva  la 
mana  la  quale  contignia  en  si  omne  sapore  quand'  illi  andava  per  lo  deserto, 
esidisiderava  a  mançare...enEgypto,et  anpoqueste  eno  coseecibi  grossi 
aserbi  et  amari  et  ingenera  enflacion  e  promove  e  produse  lagreme.  E  945 
cosi  le  temporale  divicie  da  certi  homini  fi  molto  plu  desiderade  cha  la 
parola  de  dio,  li  quai  quamvisdeo  ch'  ele  se  aquera  e  ch'  ele  se  aquisti  et 
amaritudene  delo  dolore,  elle  enfla  et  ingenera  la  soperbia  e  la  vana  glo- 
ria  e  promove  e  produse  lagreme  eternale. 

(54)  De  uno  sengnore  et  uno  vilan. 

Multi  eno  semiianti  a  lo  vilano  lo  quale  fo  invidado  da  so  sengnore  ad   950 
uno  nobelle  convivio.  Ello  vignando  si  trova  in  la  via  fige  et  altre  cose 
de  so  plaser,  et  ello  se  conple  et  inpli  lo  ventre  de  queste  [44  a]  fige  e 
cusi  se  empli  lo  ventre  famostamente,  quamvisdeo  lo  so  conpagno  pur  li 


1.  lo.  —  2.  quello.  —  3.  quando. 

4.  Ci.  Hist.  Utt.  de  la  France,  XXIII,  206. 

5.  ele. 


$6  J.    ULRICH 

disia  en  la  via  :  0  frare(r),  0  conpagnon,  elo  t'e  apareclato  lo  desenare  e 
lo  bon  vin  da  lo  to  sengnor  ;  asten  te  de  questa  suçura.  E  quando  questo   9$  5 
vilano  (e  questo)  fo  açunto  a  lodisinare  de  lebonevivande  de  li  boni  cibi, 
ello  no  de  pote  mançar  ne  recever  mente,  mai  davanti  da  li  homini  e 
davanti  da  tuti  ello  vome  fora  le  fige  e  V  aqua  marça  ch'  ello  aveva  man- 
çato  su  la  mensa.  Et  in  questo  modo  si  usa  li  miseri  peccatori  de  le  fitide 
e  spucente  dilicie  de  questo  mondo,  e  quando  illi  vignirano  a  la  cena  de  lo   960 
nostro  sengnore,  illi  no  de  pora  gustare;  mai  la  turbidene  e  la  suçura 
quali  illi  brutamente  e  sporchamente  (illi)  avéra  mançada  e  be(n)v(en)uda, 
illi  la  vomeraela1  cetera  fora  brutissimamente  davanti,  se  illi  no  serano 
purgadi  in  questa  présente  vita  per  la  medisina  de  la  confessione,  unde 
dise  miser  sancto  Ieronimo  :  Que  vos  tu  en  la  mane  de  Egypto  aço  che   965 
tu  bibis  V  aqua  turbida,  0  en  la  via  de  li  asini,  aço  bivis  le  aque  de  li  flumi  ? 
Ço  e  :  Homo,  que  credis  tu  ?  que  vos  tu  aquistare  en  la  via  de  lo  mondo  e 
de  li  dimunii  entro2  li  vicii  et  entro  le  deletacione  le  quale  eno  simile  a  le 
aque  putrede  e  fétide  ?  Mo  dibiemo  ce  astignire  de  le  cose  che  non  eno 
licite,  aço  che  nui  possamo  perpetualemente  usare  et  gaudere  de  lo  cibo   970 
di  li  angnoli  lo  quale  e  condito  de  tute  le  dilicie. 

($5)  Exemplo  de  lo  lovo. 

Dise  se  che  lo  lovo  aço  ch'  elo  se  possa  saciare  de  carne  d' agnello,  si  se 
[fese]tundereefesese  (agneloe)  munego.  E  quando  lifomanchada  la  carne, 
elo  lasa  stare  la  cogolla,  ço  e  la  vesta,  munigale  e  si  retorna  a  la  selva. 
Ma  quilli  che  entra  en  religione  [44b]  cusi  fatamente,  illi  se  rende  a  dio  97$ 
en  le  soe  angustie  e  no  en  le  delicie.  Simelemente  multi  eno  li  quali  receve 
la  circumcisione  de  l'ordene  sagrado,  aço  ch'  ello  multiplichino  li  soi  vicii 
e  le  soe  devicie.  E  molti  s'en  fa  fare  previdi  no  per  servire  castamente  a 
li  altri,  ma  per  vignire  plu  richi  e  plu  dilicadi.  Di  li  quale  dise  misère 
sancto  Ieronimo  :  Eo  ve  condusi  en  la  terra  de  Garmello,  perche  vui  980 
dovissi  mançare  li  fructi  de  quella  e  le  soe  bone  cose,  e  vui  siando 
engradi  e  quella  sala  avi  contaminada.  Quelo  e  menomança  de  la 
glesia  la  quale  fi  fato  da  li  sacramenti  de  la  glesia  en  questa  présente 
vita.  Ele  eno  bone  e  perfecte  cose,  de  quelle  5  recevera  quello  lo 
quale  usera  de  le  dilicie  de  la  vita  che  de  vignire,  ço  e  la  vita  eterna  98$ 
che  de  vignire.  E  Carmello  fi  entrepetrado  cognoscemento  de  la  cir- 
concisione,  la  quale  bene  significa  la  glesia  e  lo  ministradore  de  lo 
altaro  lo  quale  ministerio  de  lo  altaro,  ço  e  aministrare  le  cose  sacrade  e 
sancte  :  quilli  che  ce  fi  induti  e  mitudi  de  avère  cognicione  e  cognose- 
mento  de  circoncisione,  aço  ch'  elli  entenda  e  cun  core  e  cun  overe(re)    990 


i.  en  vomia  ello  la.  —  2.  erano.  —  3.  quella. 


RECUEIL    D-EXEMPLES    ITALIENS  $7 

per  que  illi  receve  la  comutatione  de  1'  ordene  de  la  circuncisione  si  ch'  illi 
eno  separadi  e  solti  de  le  cose  temporale,  a  solo  dio  serva  sicomo  e  dito. 

(56)  (47  à)  Questa  scritura  parla  de  uno  sancto  abadho, 

Elo  fo  uno  sancto  pare  lo  quale  era  abado  de  uno  monestero  en  la  terra 
de  Roma.  Et  aveva  una  soa  sorore  la  quale  passa  de  questa  vita.  Et  una 
note  l'aparse  per  visione  a  questo  sancto  pare  cun  grandissime  pêne.  99$ 
Queste  era  le  pêne  ch'  el'  aveva.  Quatro  dragoni  la  trome[n]tava,  l'uno  a 
la  bocha,  et  uno  a  le  mane  et  uno  a  lo  core  et  uno  a  li'  ladi.  E  quando  questo 
sancto  padre  vête  queste  tribulacione,  ello  la  domanda  cum  grande  timoré 
e  cun  [paura  chi]  la  fosse.  Ela  disse  :  Eo  sonto  toa'sore  et  ai  queste(ste)  [tri- 
bulacione] per  casone  de  mia  madré  perch'  ell'  ave  uno  grand  tempo  una  1000 
grande  enfirmita  et  eo  la  servi  voluntera  uno  tempo  e  finalemente  ella  me 
insuri  si  che  no  la  possea  plu  vedere  e  no  la  volea  plu  servire  per  alguna 
mainera.  Et  en  tute  parte  ch'  eo  podea  dire  maie  d'  ela,  e  lo  diseva.  E  perço 
questo  dragone  me  mança  la  bocha  e  l'altro  me  mança  lo  core  enperço  ch'  eo 
enpensa  sempre  maie  e  grandi  homicidii  cun  grande  bosie.  47  b.  E  lo  terço  1 005 
me  mança  le  mane  enperço  che  1'  alemosena  che  mia  madré  fasea  volun- 
tera, eo  no  la  volea  portare  a  lo  povero.  E  lo  sancto  pare  la  domanda  e 
disse  :  Te  poravi  eo  aidare  de  queste  pêne  ?  Et  ella  respose  :  Dolce  frare, 
si  pos.  E  perço  sonto  eo  vegnuta  qua  da  ti.  Fa  celebrare  queste  preciose 
messe  per  1'  anema  mia.  Et  alo  quando  ele  serano  conplide,  cun  lo  aitu-  10 10 
rio  de  dio  eo  ensire  de  queste  pêne  et  andere  a  la  gloria  de  vita  eterna. 
Et  en  quella  ora  lo  sancto  pare  ensi  de  lo  sonpno  e  clama  tuti  li  frari  en 
cha  e  disse  tuta  questa  visione,  e  cun  elo  1'  aveva  veçuda  visibelemente. 
E  comanda  a  li  frari  en  vertude  de  obediencia  che  enfra  .vin.  di  queste 
messe  fosseno  tute  cantade  per  illi.  E  cusi  fo  fato.  Et  in  cavo  de  li  .vin.  di  101 5 
el'  aparse  a  questo  sancto  cosi  bella  cun  una  rosa.  Et  ello  domafmajnda 
chi  la  fosse,  enperço  ch'  elo  pensava  k'ela  fosse  madona  sancta  Maria 
tanto  er'ela  bella.  Et  ella  respose  :  Eo  sono  tua  sore,  la  quale  tu  as  trato 
de  grande  pena,  per  la  quale  cosa  eo  pregarai  deo  per  ti.  Scrive  quello  che 
tu  as  veçudo  perch'  el'  e  cusi  la  virtade.  E  lo  sancto  padre  scrise  questo  1020 
per  bono  exemplo.  E  queste  si  e  le  messe.  Et  eno  .LX.  La  prima  messa  de 
madona  sancta  Maria.  Le  III  messe2  a  1'  onore  de  la  sancta  trinitade,  le 
V  messe*  a  l' onore  de  la  sancta  croxe,  le  VII  messe4  a  1'  onor  de  le  VII  ale- 
greçe  de  madonna  sancta  Maria,  le  VIIII  messe  a  1'  onore  de  li  VII II  ordini 
d'angnoli  deparadiso,  1 1 1 1  messe  ad  l' onore  de  li  1 1 1 1  vangelista,  XI  messe  1025 
a  lo  honore  de  XI  milia  vergene,  XII  messe  a  Y  onore  de  li  XII  apostoli, 
I  messa  de  madonna  sancta  Maria,  VII  messe  a  l' onore  de  spirito  sancto. 
In  secula  seculorum. 

Qui  se  finisse  lo  libro  de  multi  belli  miraculi  e  de  li  vicii. 

1.  lo.  —  2.  La  III  messa.  —  3.  La  V  messa.  —  4.  La  VII  messa. 


$8  J.    ULRICH 

La  langue  de  notre  texte  est  assez  flottante.  Ainsi  la  troisième  pers. 
du  pluriel  a  le  plus  souvent  la  même  forme  que  la  troisième  du  singu- 
lier, mais  à  côté  des  formes  en  -a,  -e  nous  trouvons  -an,  -en  et  -ano, 
cno;  -avit  aboutit  à  -à,  mais  nous  trouvons  plusieurs  formes  en  -à;  ce-, 
ge-,  ci-,  gi-  italiens  sont  représentés  très  souvent  par  ç,  mais  les  formes 
ce-,  ge-,  ci-,  gi-  ne  sont  pas  du  tout  rares.  Il  me  semble  que  nous 
avons  affaire  à  un  texte  de  l'Italie  du  nord  qui  a  fortement  subi  l'influence 
du  toscan. 


GLOSSAIRE. 


Anpo  405,  pourtant  (ci.  Mussafia, 

Beitr.  s.  v.). 
aradegare   (*  er  r  ati  care)    261 

s'égarer;  ici  transitif.  —  la  via. 
Çonucloni,  in  —  920,  à  genouil- 

lons. 
De  =  in  de  594,  761,  765. 
desmesedare  fdismiscitare), 

$03  éveiller. 
discuncio  =  sconcio. 
ensorir  942   insurir  1002,  causer 

du  dégoût. 
Freçarse   ff  r  ictia  r  e)  428,  se 

hâter. 
Grança  (g  r  a  n  e  a)  $13,  troupeau, 

bétail. 
Iguaito  (ail.  wacht)  90$,  aguet. 
indormençarse     (*indormen- 

tiare)  339,  s'endormir. 


instesso  357  =  enstesso  834  = 
stesso. 

Loga  101  qui  loga,  128  ive  logo, 
ioioalodoca,   locum),  ici. 

Meltrise  =  m  er  e  tri  ce  248. 

Noxa  =  noce  940. 

Peccha  703,  vestige. 

pegorsella  61  =  pegorella. 

ploba  459  (p  1  u  v  i  à),  pluie. 

puça  254,  puanteur. 

Recrovare  171  (recuperare), 
recouvrer. 

Revegnare  (revigilare)  340, 
réveiller. 

spucente  960,  puant. 

suççura  $79suçura9$  5  =  sozzura. 

stransir  936  (extransire),  s'éva- 
nouir (cf.  Diez  I,  transito). 

vangosa  937  =  angoscia. 


NOTES. 


24  aço  =  anço  295  =  "antius  =  it.  anzi.  Je  n'ai  pas  suppléé  Vn, 
parce  que  la  forme  est  trop  fréquente. 

4$  vignisse  ne  donne  pas  de  sens;  peut-être  s'elo  lo  negasse. 

69  favelis.  La  deuxième  pers.  du  sg.  en  is  se  trouve  dans  toutes  les  conjugai- 
sons à  côté  de  i  et  e  :  111  rendis,  128  oferis. 

87  concedu  =  "conciputus.  Peut-être  faut-il  simplement  lire  conccudo. 

106  lo  quale  ella  l'aveva  cf.  122  £  si  li  rcstitui  lo  so  fuol  a  la  madonna. 

1  14  reponcllo  =  reponc  lo.  J'ai  uni  le  pronom  avec  le  verbe  quand  la  con- 
sonne du  premier  est  redoublée;  cf.  lesessc. 

120  habeo  donne  ai,  0  et  a  :  140  s'co  farc  si  ch  'co  avcrc,  154  co  dare  c 
distribuera. 

183  Le  navt,  cf.  632  le  parte,  66<,  le  mane. 


RECUEIL    d'EXEMTLES   ITALIENS  59 

2 $ 2  saciassen  =  s  a  t  i  a  n  t  se  inde. 

268  prcnda  ou  preda  ?  On  pourrait  voir  dans  la  forme  prcnda  une  tentative 
de  rattacher  le  mot  à  prendere. 

276  che  coa  a  dire  moite  cose  :  à  quoi  sert  de  parler  longuement  ?  çoar  = 
j  u  v  ar  e. 

28$  Tu  e  rutnado  e  se  poçado.  De  la  même  manière  nous  avons  deux  formes 
de  e  s  t  :  305  elo  e  herede  de  lo  so  pare  ch'  elo  se  fiiolo  de  Dio  e  se  herede. 

3 13  farera  =  far  a. 

363  E  veçuto.  Peut-être  E  venuto. 

374  spinto  e  longi  me  semble  être  :  poussé  loin  ;  e  =  en. 

377  sovente  fiada.  Fiada  est  traité  comme  indéclinable  ;  cf.  Mussafia,  Beitr.  s. 
v.  Kathar.  p.  236. 

379  dalli  altrui  cul  pi  e.  Le  copiste  n'a  pas  l'habitude  d'effacer  les  mots  erro- 
nés ;  il  a  donc  laissé  culpi  e  pour  culpe  et  a  oublié  de  corriger  dalli  en  dalle. 

408  chi  la  salva  =  ch'il  la  salva. 

462  pare.  J'ai  changé  partie  en  pare,  parce  que  je  ne  trouve  pas  d'autres 
traces  de  la  formation  en  -eti. 

478  promovesta  c  gran  paura.  Je  vois  dans  e  en  comme  374  :  émue  en  grand 
peur. 

680  H  homini  vanagloriosi  quando  elo  sera  spuiado.  Changement  de  nombre. 

727  La  construction  n'est  pas  claire.  Je  ne  comprends  pas  in  curia. 

781  si  nde  =.  sic  nos  inde. 

J.  Ulrich. 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES 


VIE  DE  SAINTE  GENEVIÈVE.  —  VIE  DE  SAINT  ULRICH. 


Les  deux  légendes  ci-après  appartiennent  à  une  classe  de  récits  reli- 
gieux où  nous  reconnaissons  la  christianisation  d'anciennes  réminiscences 
mythologiques,  et  qui  étaient  très  répandus,  au  moyen  âge,  chez  tous 
les  peuples  de  l'Occident.  Selon  toute  probabilité,  c'est  de  l'Allemagne 
que  les  Réto-Romans  les  ont  reçues. 

On  sait,  en  effet,  que  la  légende  de  saint  Ulrich,  évêque  d'Augsbourg, 
était  un  récit  très  populaire  dans  l'Allemagne  du  Sud.  D'autre  part  la  vie 
de  sainte  Geneviève  formait  pour  les  populations  d'outre-Rhin  le  Volks- 
buch  le  plus  connu,  le  plus  attrayant  et  le  plus  goûté. 

C'est  certainement  vers  la  fin  du  xvne  siècle  que  nos  deux  légendes 
ont  trouvé  un  traducteur  dans  la  Rétie  catholique.  Pendant  le  siècle 
dernier,  et  encore  au  commencement  du  xixe  siècle,  elles  étaient  répan- 
dues chez  nos  ancêtres  en  un  nombre  considérable  de  copies.  Le  manus- 
crit auquel  nous  empruntons  le  texte  des  deux  légendes  a  été  retrouvé, 
il  y  a  quelque  temps,  à  Andiast,  et  est  depuis  entré  dans  notre  collec- 
tion de  manuscrits  ladins.  C'est  un  volume  en  papier  de  22  centimètres 
et  de  1  $3  feuillets  paginés. 

La  pagination  est  du  reste  plus  d'une  fois  erronée,  le  scribe  ayant 
sauté  de  87  à  89  et  de  1 09  à  1 30.  Les  feuillets  84  et  134  ont  été  déplacés 
par  le  relieur;  ils  devraient  se  trouver  l'un  entre  les  fol.  81  et  82,  l'autre 
entre  les  fol.  131  et  1 3 2  ;  il  manque  un  feuillet  entre  les  fol.  1 2  5  et  1 26, 
un  autre  entre  les  fol.  146  et  147,  un  troisième  entre  les  fol.  148  et  149; 
d'autres  sont  fort  endommagés,  comme  les  feuillets  6,  9,  85  et  surtout 
146,  148  et  149,  dont  plus  de  la  moitié  a  été  arrachée. 

Le  manuscrit  a  été  exécuté  par  Durisch  Capaul  d'Andiast  entre  les 
années  1748  et  1760,  comme  l'indiquent  les  remarques  à  la  fin  de 
quelques  pièces  du  volume.  Il  parait  que  Capaul  ne  s'est  pas  contenté 


DEUX    LÉGENDES   SURSELVANES  6l 

de  copier,  car  il  dit  à  la  fin  de  la  vie  de  sainte  Geletta  (fol.  129  r°)  qu'il 
a  traduit  cette  légende  d'un  texte  allemand,  qui  lui-même  était  fait 
d'après  un  livre  du  Père  Jean  Croi(e)set.  Notre  manuscrit  ne  contient  que 
des  légendes  ou  des  récits  religieux  en  dialecte  de  la  Surselva,  tel  qu'il 
a  été  écrit  sur  la  côte  méridionale  de  la  «  Foppa  »  au  xvnr-  siècle. 

Voici  le  contenu  : 

Miracle  de  saint  Ulrich  (fol.  2  v°-io  r°);  —  Vie  de  sainte  Geneviève 
(fol.  1  o  v°~44  r°);  —  Vie  des  saints  Josaphat  et  Barlaam  (fol.  44  v°-8o  v°)  ; 
ce  texte  diffère  sensiblement  de  celui  de  notre  édition,  publiée  dans 
YArchivio  glottologico,  t.  VII,  p.  256-96;  il  est  en  général  plus  long  que 
celui-ci  ;  —  Vie  de  sainte  Eufrosine  (fol.  94  v°-9$  r°);  —  Voyage  à  Jérusalem 
(fol.  9$  r°-i2$  v°);  c'est,  à  quelques  légères  nuances  de  dialecte  près, 
le  même  texte  que  celui  que  nous  avons  imprimé  au  même  endroit,  sauf 
que  la  fin  (depuis  p.  195,  ligne  14  d'en  bas)  y  manque;  —  Vie  de 
sainte  Geletta  et  de  saint  Curicus  (fol.  126  v°-i29  v°)  ;  —  Vie  de  sainte 
Marie  Magdalene  (fol.  1 50  v°-i  37  v°)  ;  —  Vie  de  sainte  Pétronelle 
(fol.  1 37  r°-i  38  v°)  ;  —  Vie  de  sainte  Rosine  (fol.  1 38  v°-i  5 1  r°). 

Gaspard  Decurtins. 


INA    HISTORIA 

DE  INA  INOZENTA  E  PERSEQU1TADA  GROVA  LA  QUALA  ENTRAS  SOING  ULRICH 
El  DE  SIA  PERSECUTIUN  VIGNIDA  LIBERADA. 

[F.  2  v0.]  Sper  igl  Reimstrom  fuva  ei  in  zert  Groff  igl  quai  el  cun  sia 
duna  muert  igls  vegls  che  avon  temps  shrivevan  las  historias  bucca  mes 
igls  nums  ancalura  ei  quella  historia  verdeivla  :  bucca  mo  enten  la  vitta 
de  S.  Ulrich,  sunder  era  ent  igl  brevier  de  Augspurg  igl  quai  igl  Papa 
a  schau  ira  ora  igl  on  1 570  sco  lgei  lau  de  anflar. 

Quei  Groff  ei  la  enciatta  vivius  cun  sia  Grova  enten  tutta  pasch  :  mo 
auncalura  era  el  in  um  suspetus  et  perquei  pudeva  quella  pasch  bucca 
cuzar  dig  denter  el  â  la  Grova  bein  che  la  Grova  era  tuttavia  da  bein  : 
mo  auncalura  deva  igl  Groff  adaig  enten  tuttas  causas  cha  la  buna  Grova 
fieva  et  quellas  metteva  tut  ora  enten  mal. 

Da  gliez  temps  era  ei  in  niebel  Ritter  igl  quai  era  da  buna  vitta  igl 
quai  veva  ina  isonza  de  savens  vignir  e  plidar  cun  quella  Grova,  mo 
cun  tutta  anur  la  Grova  veva  era  quei  bugien,  muert  quei  che  igl  Ritter 
era  zunt  niebels  a  manava  ina  buna  vitta,  et  aschia  plidaven  ei  savens 
ensemel  cun  tutta  frindlichadat  e  confidonza,  in  dais  serviturs  (f.  3  r°) 
digl  Groff  a  quei  dau  adaig,  et  a  mes  ora  tutt  enten  mal  et  perquei  che 
el  seigi  ton  pli  bein  vignius  a  siu  signur,  sche  ha  el  dig  agli  Groff  che 
quei  Ritter  seigi  memia  savens  tier  sia  Grova,  et  senza  dubi  seigi  ei 


62  G.    DECURTINS 

nueta  bien  avont  maun,  igl  Groff  ei  tras  quei  vignius  perturbaus,  senza 
quei  che  el  era  vidavon  fig  suspetus,  et  a  judicau  che  quels  dus  agien 
denter  els  ina  carezia  malschubra.  Sinaquei  che  el  possi  vignir  sisura  co 
ei  seigi  a  el  dau  adaig  enten  tuttas  che  la  Grova  figieva,  et  per  quella 
fin  a  el  ina  gada  envidau  a  gast  quei  Ritter  mo  ei  Igei  stau  in  mal  tuki- 
gieivel  gientar  el  a  dau  gron  adaig  sin  igls  plaids  che  el  plidava  cun  la 
Grova,  et  co  el  sedeporti  cun  ella.  igl  bien  Ritter  saveva  bucca  igl 
suspet  che  igl  Groff  portava  encunter  el  a  duvrau  la  sia  frindlichadat  sco 
autras  gadas  cun  la  Grova,  et  saveva  da  nigin  mal,  suenter  quei  cha 
ei  eran  lavai  si  délia  meisa,  scha  igl  bien  Ritter  plidau  cun  la  Grova 
de  persei  sco  ei  eran  lau  restai  igls  pli  suenter  cun  tutta  frindlichadat 
suenter  lur  isonza. 

Igl  Groff  aber  quel  era  ordadora  et  tetlava  tgei  ei  discurissen  ensemel, 
et  audiu  lur  discuerz  mo  a  mes  ora  tut  enten  mal  et  a  comendau  a  ses 
surviturs  chei  deigien  sepinar  cun  lur  armas  et  ei  enten  gritta  ius  enten 
la  stiva  nua  che  igl  Ritter  a  la  Grova  eran  ensemel,  et  a  dig  algi  Ritter 
ti  schelm  tgei  as  ti  de  plidar  da  persei  cun  mia  Duna,  iou  ai  tes  terdi- 
mens  dig  vurdau  tier  usa  sun  iou  vignius  sisura  la  tia  malizia  la  quala  ti 
as  schon  in  gron  temps  duvrau.  igl  Junker  a  la  Grova  an  pigliau  gronda 
tema  de  quei,  et  an  dig  agli  Groff,  mo  pertgiei  fa  vosa  signoria  ina  talla 
suspectiun  [f.  3  v°]  sin  mei  che  iou  ai  igls  dis  da  mia  vitta  mai  giu  in 
mal  patertgiamen  tier  vossa  Grova  igl  Groff  ei  restaus  enten  sia  gritta, 
et  a  comendau  ladinameing  als  ses  surviturs  che  ei  deien  pigliar  igl 
Ritter  et  sera  en  el  enten  ina  tuer  igl  Ritter  aber  quel  a  protestau  et  a 
dig  che  el  seigi  senza  cuelpa,  mo  el  a  pudiu  urbir  ora  nuet,  sunder  el  a 
stuviu  ira  enten  la  perschun,  la  Grova  aber,  ei  semessa  enschanuglias,  et 
a  rugau  igl  Groff  chel  vegli  schar  ira  quei  suspet,  pertgiei  che  ella  agi 
mai  ni  viu,  ni  udiu  nagin  plaid  ner  actiun  malhonesta  vida  quei  Ritter. 
igl  Groff  vilaus  adig  encunter  la  Grova  enten  tutta  gritta,  ti  rumpada 
délia  leig  :  manegias  ti  ca  iou  vegli  chrer  a  tias  menzegnias  :  che  iou  ai 
viu  cun  mes  egls  viu  tgei  actiuns  ti  as  faig  a  musau  encunter  el.  et  per- 
quei  vi  iou  tei  far  in  exempel,  che  tuttas  Dunauns  luxuriusas  vegnien  giu 
da  tei  a  sastamentar,  schi  gleiti  el  a  giu  dig  quei,  scha  el  ladinamein  dig 
a  ses  surviturs  chels  deigien  manar  la  Grova  dadina  vart  et  metter  enten 
ina  perschun  da  lunsch  da  igl  Ritter.  et  aschia  ei  la  Grova  cun  bargir, 
et  suspirar  vignida  manada  enten  la  perschun  sco  igl  Ritter,  et  en  aschia 
vigni  messi  enten  fermonza.  enten  quei  chel  Groff  veva  la  Grova  a  igl 
Ritter  enten  perschun,  scha  el  examinau  tutta  la  sia  survitut  co  ei  agien 
viu  quels  seconverson  ensemel,  sinaquei  che  el  possi  adels  prender  la 
vitta,  quels  an  igls  biars  dau  lur  perdetgia  che  ei  agien  viu  nagin  mal 
denter  els,  aber  enzacons  digls  serviturs  igls  quais  eran  buca  fig  enper- 
nevli  agli  Grova,  et  per  eser  ton  pli  bein  vigni  algi  Groff,  et  sche  an  ei 


DEUX    LÉGENDES   SURSELVANES  6} 

sapatertgiau  ora  biaras  menzegnias,  et  an  dig  algi  Groff,  per  esser  ton 
pli  ault  teni  digl  Groff  et  per  muentar  algi  Groff  ton  pli  gronda  vendegt- 
gia  encunter  la  buna  Grova,  et  tras  quei  a  el  faig  in  cuert  procès  cun  igl 
Ritter,  et  a  termes  in  de  ses  serviturs  tier  igl  Ritter;  et  faig  dir  che  el 

deigi  [f.  4  r°] 

vitta  entras  la  spada,  cura  ca  igl  bien  Ritter  a  udiu  questa  trista  nova 
scha  el  dau  in  gron  suspir,  et  a  clamau  tier  Diu,  et  ha  dig  cun  bargir  o 
ti  Diaus  délia  giustia  che  sas  che  iou  sun  enten  quei  feller  inozens,  et 
lais  ina  ton  gronda  malagiustia  vignir  sur  mei,  et  sco  in  rumpader  délia 
leig  sto  mûrir  entras  ina  ton  turpigiusa  mort,  aber  perquei  che  tia  giustia 
ei  noncapeivla  che  ti  as  aschia  ordinau,  scha  vi  iou  buca  mi  sedustar, 
sunder  per  tia  amur  vi  iou  bein  bugien  mûrir  et  cura  chel  a  giu  dig 
quei,  scha  el  rugau  quei  survitur  che  el  deigi  precurar  in  confesari  che 
el  posi  confesar  ses  pucaus  et  era  sapinar  tier  ina  buna  mort  suenter 
quei  che  igl  confesari  ei  staus  vignius  tier  el  scha  el  confesau  agli  tuts 
ses  pucaus  cun  gronda  riglalaid,  et  pi  a  dig  adel  per  igl  salit  de  sia 
olma  che  de  quei  suspet  che  igl  Groff  agi  sin  el  seigi  el  senza  cuelpa,  igl 
confesari  ei  da  quei  fig  seschmervilgiaus  et  a  sapatertgiau  co  Diaus  laschi 
vignir  ina  tala  schventira  sur  quei  Ritter  che  era  inocens.  sueinter  quei 
che  el  a  giu  teclau  la  confesiun,  scha  entras  domandar  digl  Ritter  eis  el 
ius  tier  igl  Groff,  et  a  dig,  che  quei  Ritter  tucont  tier  igl  rumper  la  leig 
seigi  el  senza  cuelpa,  et  aschia  deigi  el  urdar  bein  tgei  el  fetschi,  sina- 
quei  che  igl  stroff  de  Diu  vegni  buca  sur  el,  igl  Giavel  aber  a  giu  mes 
enten  igl  tgiau  digl  Groff  tondanavon,  che  nagin  pudeva  prender  quei  or 
da  igl  tgiau  u  surplidar  che  el  schas  larg  igl  Ritter,  et  aschia  a  igl  con- 
fesari purtau  anavos  agli  Ritter  questa  resposta  che  ei  seigi  nagina  spe- 
ronza  de  metter  enten  igl  tgiau  algi  Groff  la  raschun,  el  deigi  sapinar  de 
bein  mûrir,  et  sutameter  tut  enten  la  voluntat  de  Diu,  igl  auter  di  a  igl 
Groff  comendau  a  ses  surviturs  che  ei  deigien  serar  si  igl  casti  sin  tuts 

maun  [f.  4  v°]  sinaquei  che  nagin 

.  .  .  .  cha  nagin  possi  vignir  en,  et  prender  igl  Ritter  dascus  or  da 
ses  maus,  pertgei  igl  Ritter  era  zun  da  niebla  casa,  aschia  ei  igl  bien 
Ritter  igl  era  senza  cuelpa,  vignius  da  tut  la  schuldada  digl  casti  manaus 
orda  la  prischun,  enten  in  gron  plaz,  et  suenter  ver  manau  igl  Ritter, 
scha  an  ei  era  manau  nautier  la  Grova,  leu  ei  tut  tgi  cha  era  enten  igl 
casti  vigniu  ensemel,  et  tut  veva  ina  gronda  conpasiun  cun  quellas  dues 
inocentes  persunas,  et  tut  rugava  per  grazia,  mo  igl  Groff  era  ton  sur- 
daus  algi  giavel  che  tut  a  neziau  nuet,  suenter  a  el  enten  tutta  gritta 
dau  la  sentenzia  senza  nagina  misericordia  sur  igl  bien  Ritter,  et  a  dig 
muert  quei  che  ti  as  rut  la  leig  surdunel  iou  tei  enten  igls  mauns  digl 
heintgier,  igl  quai  deigi  per  miu  camond  et  sententia  sco  ti  as  bein  meri- 
tau,  tei  scavazar  0  crudel  truamen  suenter  quei  che  igl  groff  a  giu  dau 


64  G.    DECURTINS 

la  sententia  scha  igl  pauper  Ritter  sabis  enschanuglias  avont  igl  Groff  et 
a  dig  îier  els  quests  plaids  ;  Gratius  signur,  iou  vus  protesta  avont  Diu 
avont  lut  la  cuort  Celestiala,  et  avont  era  vossa  gratia  et  avont  tuts 
quels  che  en  eau  enten  preschienscha  che  iou  ai  mai  giu  nagin  schliet 
patertgiament  encunter  vossa  signura  Grova  la  qualla  ei  eau  enten  pres- 
chienscha, et  ai  ella  mai  tucau  mo  cun  in  det,  che  fus  encunter  la 
honur,  et  aschia  vus  protesta  iau  aune  ina  gada  encunter  vies  malgiest 
truament  che  vus  veis  dau  encunter  mei  et  iou  pren  Diaus  per  perdigtia 
de  mia  inocentia.  Quei  stinau  Groff  aber  a  respondiu  cun  tutta  gritta  et 
a  dig  :  vul  ti  mei  tschukentar,  che  ei  seigi  bucca  sco  iou  ai  tei  truau, 
che  iou  ai  tontas  gadas  viu  cun  mes  agien  elgs,  cho  ti  as  henliau  cun 
quella  rumpada  délia  leig,  et  as  faig  causas  cun  ella  [f.  $  r°]  che  eran 
bucca  lubidas,  ner  dischentas,  ei  lgei  eau  usa  bucca  pli  temps  de  dispitar 
et  iou  vi  buca  calar  de  persequitar  tei  entoken  che  iou  ai  bucca  lavau 
igls  mes  mauns  enten  tiu  saung,  eau  a  igl  Ritter  dig  adel  :  schinavon  che 
iou  sin  quest  mund  pos  bucca  survignir,  ni  gratia  ni  misericordia  scha  vi 
iou  savolver  tier  igl  Nmnipotent  Diu,  et  vi  daquel  dumandar  Gratia  et 
misericordia,  schinavont  che  iou  sto  usa  mûrir  sco  in  rumpader  délia 
leig  sche  ai  iou  auncalura  buna  speronza  che  igl  miu  inocent  saung  vegni 
bucca  a  schar  suenter  de  clamar  avont  Diu  vendetgia,  entocan  che  la 
mia  inocentia,  e  la  vosa  malla  giustia  vegni  buca  palasada  avont  tut  igl 
mund.  Suenter  quei  a  igl  Ritter  sepinau  de  mûrir,  et  bargieva  petramein 
et  orava  tier  Diu  a  tuts  igls  soings,  et  recomendava  la  sia  olma  a  Diu,  et 
ei  voluntariameing  surdaus  enten  la  mort  per  la  amur  da  Christi  enten 
quei  steva  la  conbrigiada  Grova  enschanuiglias  et  muert  la  gronda  tema 
che  ella  veva  era  ella  pli  morta  che  viva,  et  manegiava  che  suenter  la 
mort  digl  Ritter,  stues  ella  era  dar  la  vitta  entras  la  spada.  Schi  baul  sco 
eilgiei  stau  tilgiau  giu  igl  tgiau  agli  Ritter,  sche  ei  quei  mal  misericodei- 
vel  Groff  ius  vitier  la  Grova  et  a  dig,  vardi  ti  rumpada  délia  leig  sin  igl 
quai  ti  as  teniu  pli  car  che  mei  et  as  cun  el  sedeportau  enten  tutta  mal- 
zichtiadat,  sche  as  ti  era  meritau  in  tal  stroff  sco  tiu  muronz  mal- 
zichtig ,  mo  auncalura  ei  in  tal  stroff  buca  avunda  da  tei  strofigiar 
per  la  tia  gronda  luxuria,  sunder  sinaquei  che  tuttas  dunauns  agien  da 
tei  in  exempel,  las  quallas  en  malfideivlas  a  lur  marius,  vi  iou  tei  metter 
entuern  entras  ina  liunga  schnueivia  mort,  che  auncusa  ei  mai  vigniu  udiu, 
et  aschia  troff  iou  tei  che  ti  deigies  igls  dis  de  tia  vitta  purtar  igl  tgiau 
de  quei  Ritter,  igl  quai  ti  muert  tia  luxuria  as  teniu  ton  char,  purtar 
enten  culiez  et  sin  aruoilo  perquei  che  ti  eis  stada  encunter  mei  ton  mal- 
fideivla  [f.  )  v°]  et  deigies  era  sco  in  tgiaun  vignir  salvada  enten  la  stalla 
denter  igls  tgiauns,  et  bucca  auter  che  sco  quels  vignir  spisgientada  et 
salvada.  Cura  che  la  Grova  a  udiu  quei  schnueivel  truament  sche  eis  ella 
crudada  giu  sin  la  tiara  et  steva  lau  sco  morta.  Suenter  quei  eis  ella 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  6$ 

entras  las  sias  fumitgiases  vignida  alzada  si  enpau,  las  qualas  vevan  ella 
strihau  tun  balsam,  eis  ella  samesa  enschanuiglias  cun  mauns  a  Diu,  et  a 
dig  aschia  :  0  Gratius  Groff  e  Signiur,  iou  rog  vus  entras  igl  plisuenter 
Judici  che  vus  de  quest  stroff  leigias  po  mi  liberar,  pertgiei  che  iou 
enten  quella  causa  ai  nuot  faliu,  et  iou  clom  per  perdetgia  Deus  igl  quai 
vezza  et  sa  tut,  che  igls  dis  de  mia  vitta  hai  mai  faig  nagina  causa,  la 
quala  fus  stada  encunter  la  carezia  délia  leig,  et  sun  era  adina  stada 
obedeivla  encunter  vus  miu  Signur  ;  schei  po  eser  avunda  cun  la  mort, 
cun  la  qualla  vus  veis  faig  mûrir  ques  inocent  Signur,  et  garvigieit  bucca 
pli  la  vosa  olma  cun  tais  nonpuseivels  strofs,  sco  vus  mi  veits  smanat- 
schau  enten  ina  gritta,  sunder  figiei  cun  mei  po  grazia,  ach  miu  Gratius 
Signur,  schei  po  ira  de  sevilar  sin  mei  pli,  et  ami  perdunei  po  per  amur 
de  Christo  igl  quai  a  vit  igl  len  délia  S.  Chrusch  rugau  et  perdunau  a 
ses  inimigs,  ach  mi  perduneit  po,  sche  iou  ai  vus  enzitgiei  stridau  :  da 
quels  et  auters  semiglionts  plaids  a  la  miserabla  Grova  plidau  cun  tutta 
ditschiartadat  tondanovon  che  tut  tgi  ca  udeva,  stueva  cun  ella  bargir,  et 
era  tuts  che  eran  dentuern  sebatevan  enschanuglias  e  rugaven  igl  groff 
che  el  dues  po  perdunar  algi  Grova;  igl  Groff  aber  igl  quai  era  tut  sur- 
daus  agli  Giavel  a  quei  tut  nueta  voliu  tatlar,  sunder  a  comendau  agli 
heintgier  che  el  deigi  prender  la  Grova  et  deigi  trer  ora  tutta  la  sia 
vestgiadira  et  deigi  trer  en  ina  schuba  nauscha  de  dina  fumitgiasa  et  pi 
deigi  prender  igl  tgiau  de  quei  Ritter,  che  era  tigliaus  giu  et  deigi 
metter  enten  culietz  et  quel  fermar  cun  ina  cadeina  de  fier  et  manar  ella 
enten  la  stalla  digls  tgiauns.  Cau  eis  ella  bucca  mo  vignida  ligiada  sco 
in  auter  tier  sunder  sco  in  sbitau  tgaun  en  la  tschufa  stalla  :  ella  veva 
nagina  spisa  auter  che  in  a  supa  sco  ei  daten  als  tgiauns,  la  qualla  supa 
ella  stueva  migliar  orda  ina  malschubra  scadialla  cun  igls  tgiauus,  sina- 
quei  aber  che  quei  vilau  Groff  [f.  6  r°]  posi  ton  pli  fig  mortificar  el  tor- 
mentar  la  buna  Grova,  scha  el  comendau  a  ses  surviturs  che  cura  che  ei 
vegni  tier  el  enqual  Signur  iefter  scha  deigien  ei  manar  la  Grova  enten 
siu  miser  stand,  sco  era  enten  la  stiva  de  gasts  entochen  che  ei  eran  a 
meisa  a  gastaria,  et  deigien  ella  manar  cun  in  suget  et  era  cun  igl  tgiau 
de  quei  miert  enten  culietz,  enten  conpagnia  digls  auters  tgiauns  et 
metter  ella  enten  igl  pli  davos  encarden  délia  stiva,  et  lau  nueta  dar 
auter  de  migliar  che  ossa  a  paun  dumieg,  et  cun  lur  bastuns  savens 
stuscha  encunter  ella,  et  cun  plaids  ella  schomigiar  ora  val  sco  ella  fus 
la  pli  turpigiusa  Pitauna  digl  mund  tuts  quels  che  maven  a  vignieven 
enten  igl  casti  che  ei  veseven  quella  schnueivla  causa  rugaven  igl  Groff 
per  grazia,  aber  ei  fuva  nagin  che  ves  pudiu  muentar  misericordia  de 
quei  stinau  cor  de  crap.  usa  lein  nus  enpau  sepetertgiar  tgiei  schgri 
schur  quella  paupra  Grova  agi  giu  de  quei  tgiau  che  ella  portava  di  a 
noig  enten  culietz,  in  vei  bein  tgei  tema  in  a  cura  che  in  sto  star  mo 

Romania,  Xlll  c 


66  G.    DECURT1NS 

ina  noig  enten  ina  stiva  nua  che  ei  gliei  in  tgierp  miert,  tgei  ven  ei  ad 
eser  stau  a  quella  buna  Grova  de  biars  tschient  dis  a  noigs  stuer  star 
adina  persula  enten  ina  stalla  cun  quei  tgiau  miert  enten  culietz,  adina 
ver  quel  sin  siu  petz,  quei  tgiau  a  entschiet  ladinameing  a  tuffar  et 
schmarschir  et  cular  martscha,  et  quei  ei  stau  ina  mortificatiun  algi 
fleivla  Grova  che  igl  ei  stau  miracla  che  ella  ei  bucca  morta  igl  tschurvi 
flesigiava  per  igl  frun  giu  et  la  liunga  era  tutta  pleina  de  viarms,  las 
gaultas  a  la  buca  eran  enten  ina  martscha,  et  quei  ton  culietz  que 
era  restan  vid  il  tzau  era  tut  de  saun  martsch,  insuma  ei  era  ina  talla 
schgrischur,  che  nagin  pudeva  urdar  sin  ina  talla  schnueivla  causa,  mo 
auncalure  stueva  quella  paupra  Crova  adina  ver  avont  ses  egls,  e  ferdar 
cun  siu  nas  a  purtar  sin  siu  petz  ella  stgiava  mai  ira  enten  Baselgia  et 
stgiava  mai  plidar  cun  nagina  persuna  ella  pudeva  era  mai  retscheiver 
nagin  S.  Sacrament  et  era  aschia  de  tutta  trost  et  consolatiun  privada, 
et  scha  Deus  ves  ella  bucca  specialmeing  cun  la  sia  S.  Gratia  menteniu, 
sche  fus  ei  stau  nunpuseivel  che  ella  fus  buca  [f.  6  v°]  se  desperada  et 
aschia  era  ei  ad  ella  la  sia  trost,  che  ella  pudeva  la  noig  selementar  tier 
Diu  de  sia  miseria  et  rugava  per  stateivladat  e  pazientia.  Co  la  Grova  ei 
vignida  liberada  de  sia  misera  entras  soing  Ulrich.  Entocan  usa  vein  nus 
cun  la  paupra  et  cunbriada  Grova  seconbriau  et  grondameing  seschmer- 
vigliau  digls  giudicis  de  Diu,  usa  pia  lein  nus  cun  ella  selegrar  délia 
Gronda  gratia  che  Diaus  a  faig  cun  ella.  quella  paupra  Grova  ei  stada 
in  entir  on  enten  quella  vivont  nomnada  miseria,  et  muert  la  sia  gronda 
tristezia  e  fom  che  ella  veva  endirau  samigliava  ella  pli  morta  che  viva 
ella  a  mai  pudiu  ver  urbida  enten  quei  entir  on  che  algi  vegni  dau  nagin 
resti  alf  de  semidar,  sunder  a  adina  stuviu  star  enten  quella  schuba 
nauscha  che  igl  Groff  veva  faig  trer  en  la  emprima  gada,  la  quala  era 
tut  scarpada  e  tartada  ella  a  era  igls  ses  ses  cavels  mai  pudiu  pignar  ora 
et  era  mai  pudiu  lavar  la  sia  vista  ner  igls  mauns,  ella  era  tenida  de 
quei  tiran  bucca  sco  in  christgiaun  sunder  sco  in  tgiaun,  et  tras  quei  era 
ella  ton  misirabla  e  ton  schnueivla  che  tut  tgi  ca  urdava  sin  ella  pigliava 
ina  gronda  tema.  quei  aber  era  algi  Groff  in  grond  legerment  tondana- 
von  che  pli  misirabla  el  veseva  la  Grova,  ton  pli  gron  legerment  el  veva, 
gie  el  era  bucca  contens  de  quei  sunder  segloriava  avont  igls  auters  et 
quitava  che  el  ves  faig  ina  generusa  ovra  de  tractar  la  sia  Grova  enten 
tala  fuorma. 

Las  larmas  de  questa  inocenta  Grova,  et  igl  saun  digl  Ritter  an  ton 
dig  clamau  vendegtia,  et  misericordia,  che  Deus  a  bucca  pudiu  udir  pli, 
sunder  a  tertgiau  de  far  de  saver  algi  mund  la  inozentia  délia  Grova  a 
digl  Ritter  et  era  latiranania  digl  Groff  e  quei  ei  daventau  miraculusamein 
sco  ei  ven  eau  suenter.  da  quei  temps  viveva  soing  Ulrich  uvesch  de 
augspurg  igl  [f.  7  r°]  quai  era  in  um  de  gronda  soingtiadat  et  fieva 


DEUX   LÉGENDES    SURSELVANES  67 

grondas  miraclas  quel  ei  ina  gada  muert  grondas  zertas  fitschentas  ius 
cun  enzacons  de  ses  capalons  encunter  igl  Reinstrom,  et  muert  la  sia 
soingia  vitta  che  el  manava,  vigneva  el  per  tuttanavont  retschiarts  cun 
gronda  honur  e  curtasia.  Cura  che  igl  Groff  a  enderschiu  che  soing 
Ulrich  vegni  encunter  siu  GrofFschaft  scha  el  tertgiau  che  el  vegli  envi- 
dar  enten  siu  casti,  et  a  schazigiau  per  ina  gron  honur  sche  el  posi  ver 
la  urbida  che  el  vegni  enten  casa  sia,  sco  igl  Groff  setz  taneva  per  in 
um  de  gronda  stima  a  sointgiadat  et  aschia  a  el  priu  enzacons  de  ses 
serviturs  et  ei  ius  encunter  et  a  retschiert  cun  gron  legermen  et  era  fami- 
liarmeing  envidau  enten  siu  casti  a  vegli  dar  sin  quel  sia  sointgia  bene- 
dictiun. 

Soing  Ulrich  aber  ei  vignius  en  veglia  et  ei  cun  tutta  sia  gliaut  che  el 
veva  cun  el  ius  enten  igl  casti  lau  eis  el  de  tutta  la  cuert  retschiarts  et 
era  tuttavia  custeivlarneing  tractaus.  igl  Groft  aber  veva  entocen  lura 
mai  giu  scrupel  délia  tirania  che  el  veva  faig  cun  sia  Grova,  et  cun  igl 
Ritter,,  sunder  teneva  per  ina  gronda  honur  che  el  fus  ton  brafs  de  tener 
si  la  giustia,  et  aschia  sinaquei  che  el  vignis  de  quei  soing  um  ludaus  a 
el  comendau  als  surviturs  che  cura  che  ei  seigi  entuern  miez  igl  gentar, 
sche  deigien  ei  manar  en  la  Grova  sco  ella  seigi  leu  enten  la  stalla,  et 
deigien  ella  tractar  aung  biar  pli  crudeivlameing  che  autras  gadas  cun 
plaids  e  fridas  et  aschia  ei  questa  magra  et  famada  et  misirabla  Grova 
vignida  manada  en,  grad  che  ei  eran  amiez  igl  gentar,  la  quala  veva 
enten  culiez  in  tgiau  de  in  miert,  et  sco  mesa  morta  ei  vignida  stuschada 
enten  in  encarden  denter  igls  tgiauns,  ei  mo  cun  enpau  paun  schig  et 
enpau  auva  freida  vignida  spisgientada,  igl  soing  Ulrich  vesent  quei 
schnueivel  spectaculei  staus  fig  starmentaus,  et  ei  staus  in  bienton  senza 
ni  beiver  ni  migliar  a  senza  plidar.  cura  ca  el  a  dig  mirau  tier  quella 
misirabla  Grova  stend  cun  tutta  modestia  lau  denter  igls  tgiauns,  scha 
soing  Ulrich  emperau  igl  Groff,  tgiei  [f.  7  v°]  quella  seig,  et  pertgiei  ella 
vegni  ton  crudeivlameing  tormentada  igl  Groff  a  dig  Ault  de  Honur  e 
bein  vengonz  uveschg  quella  femna  ei  da  gronda  schlateina,  et  ei  stada 
vidavon  mia  masera,  et  perquei  che  ella  ei  stada  ami  malfideiula  et  a 
rut  la  leig,  eis  ella  da  mei  vignida  sbitada,  et  ei  in  entir  on  vignida  spis- 
gientada cun  igls  tgiauns,  et  a  stoviu  star  di  a  noig  enten  quei  stand  sco 
ei  eau  vesen  denter  quels  tgiauns. 

Sinaquei  che  autras  Dunauns  sepertratgien  co  ellas  deigien  eser  fidei- 
velas  enten  igl  stand  délia  leig,  quel  cun  igl  quai  ella  a  rut  la  leig  ei  stau 
in  principal  Ritter,  et  igl  tgiau  digl  quai  ella  sto  usa  purtar  enten  culietz 
muert  quei  che  ella  a  rut  la  leig  cun  el,  et  desiderau  de  purtar  quel 
enten  siu  ruvoigl.  quei  a  soing  Ulrich  udiu  cun  grond  seschmervigliar, 
et  saveva  bucca  tgei  el  dues  dir  ner  patertgiar,  finalmeing  entras  la 
revelatiun  de  Diu,  a  el  enconoschiu  che  questa  duna  seigi  senza  cuelpa, 


68  G.    DECURTINS 

et  che  igl  Groff  mo  tras  in  mal  suspet  agi  aschia  schliatameng  tractau.  et 
aschia  a  igl  soing  dig,  iou  sto  confesar  che  igl  rumper  la  leig  ei  in  gref 
puceau,  et  che  quel  deigi  raschuneivlameing  vignir  strufigiaus,  aOcalura 
sto  iou  confesar,  che  la  suspectiun  denter  ina  leig  ei  zun  perigulusamein, 
mo  auncalura  sche  questa  paupra  duna  fus  gie  culpeivla,  sche  deigien 
ins  bucca  aschi  crudeivlameing  strufigiar,  nus  lein  adina  ca  nos  puccaus 
vegnien  misericordeivlameing  perdunai,  et  nus  in  puccont  cun  lauter 
aschia  strufigiar.  Soing  Ulrich  a  dig  algi  Groff  di  ti  pia  nunder  ei  tia 
suspectiun  derivada  che  ella  a  meritau  in  ton  gron  stroff,  as  ti  forza 
enflau  enten  igl  faig.  igl  Groff  a  dau  per  resposta  che  el  agi  els  enflau, 
chei  plidaven  ensemen.  Soing  Ulrich  a  dig  sas  ti  bucca  pia,  che  ei  gliei 
in  puceau,  cur  ca  in  dubitescha  sche  in  auter  seigi  gists  ner  bue,  cura 
che  in  a  nagin  fundament  a  caschun  da  tener  per  mal  con  pli  cura  che 
in  a  [f.  8  r°]  de  truar  enten  ina  tala  peina  eis  ei  pia  a  Groff  suficienta 
raschun,  da  quellas  dues  persunas  iudicar  per  rumpaders  délia  leig  igls 
quais  en  vegni  engratai  che  ei  plidaven  ensemel.  et  deigi  tia  Duha  vignida 
tenida  per  ina  rumpada  délia  leig,  et  deigi  de  tei  vignir  sbitada.  Sche  in 
Christiaun  deigi  per  in  ton  ping  fêler  sco  eilgei  bucca  vit  sasez,  sunder 
mo  tras  in  suspet,  vignir  strufigiada  scha  veses  ti  meritau  melli  morts  ; 
in  che  vul  aschia  condemnar  ina  persuiïa  enten  tais  strofs,  sto  vidavont 
enpruar  cun  perdegtgias,  et  schinavont  che  ti  as  quei  bucca  faig,  scha  as 
ti  tia  duna  malgiestameing  truau,  ella  ei  bucca  ina  rumpada  délia  leig 
sonder  ti  eis  in  morder  'et  aschia  libereschi  la  tia  duna  inozenta  de  quei 
siu  gref  strof  et  fai  penetientgia  de  tiu  gref  pucau  entras  quei  tener 
avont  ei  igl  Groff  vignius  tut  tribulaus,  et  vilaus  et  leva  bucca  che  el  ves 
igl  entiert.  sunder  a  dig  agli  soing  Ulrich  uvesg  che  el  deigi  eser  sagirs 
che  sia  duna  seigi  ina  rumpada  délia  leig  et  perquei  deigi  ella  igl  gis  de 
sia  vitta  bucca  meter  daven  da  délia  quei  tgiau  digl  quai  ella  teneva  ton 
char,  lau  encunter  a  soing  Ulrich  semés  encunter  cun  tutta  detschiarta- 
dat  et  a  agli  Groff  musau  si  che  el  agi  duvrau  ina  mala  giustia  encunter 
sia  duna.  cura  che  soing  Ulrich  a  viu  chei  era  buca  de  surplidar  quei 
stinau  Groff,  scha  el  clamau  nautier  ses  capalons  e  spirituals,  et  a  gig 
adels,  che  era  40  enten  questa  visa,  vus  mes  chars  fras,  schinavont  che 
iou  enconosch  che  questa  paupra  duna  ei  senza  cuelpa,  et  igl  Groff  tras 
sia  stinadadat  vul  bucca  schar  larg  ella,  sche  lein  nus  pia  enschanuiglias 
et  lein  rugar  igl  Altisim  Deus  che  el  vegli  entras  sia  infinita  pusonza  e 
buntad  velgi  entras  ina  miracla  far  ver  la  inocenzia  de  questa  duna  sin 
quella  damonda  en  ei  tuts  sames  enschanuglias  et  an  rugau  de  bien  cor 
tier  Diu,  che  el  vegli  po  revelar  et  far  vignir  neunavont  la  verdat  de 
quella  fatschienla  [f.  8  v°]  bucca  gig  a  Diaus  enterdau  de  udir  la  oratiun 
de  ses  surviens  et  de  spindrar  quella  misirabla  Grova  de  sia  miseria, 
sunder  ladinameing  entocan  che  ei  eran  aung  tuts  enschanuglias,  a  quei 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  69 

tgiau  miert  entschiel  a  muenta  la  sia  liunga  tutta  martscha,  et  a  dig  cun 
ina  schnueivla  vusch  gig  quests  plaids  :  iou  ai  verameing  cun  questa 
duna  bucca  faig  pucau  et  cun  quests  paucs  plaids  en  ei  tondanavon 
starmentai,  che  ei  pareva  adels  che  ei  fus  dau  giu  igl  tun  denter  els,  et 
savevan  bucca  tgei  petertgiar  ner  gir,  et  specialmeing  igl  Groff  a  pigliau 
ina  talla  tema  che  el  ei  daus  per  tiara  via  et  ei  lau  staus  sco  per  morts, 
suenter  quei  che  glei  stau  calau  enpau  la  tema  agli  Groff  sche  a  soing 
Ulrich  gig  tier  el  as  ti  udiu  che  igl  bien  Ritter  et  tia  misirabla  duna  en 
zenza  cuelpa  vol  ti  aung  bucca  encanuscher  igl  tiu  gron  fêler  a  pucau  et 
schar  larg  questa  inocenta  duna.  Igl  Groff  era  tondanavont  starmentaus 
che  el  saveva  bucca  responder  in  plaid  sunder  steva  leu  enschanuglias 
tut  enten  in  mun  avont  soing  Ulrich,  et  cun  pitrameing  bargir  serenco- 
scheva  igl  siu  fêler  soing  Ulrich  a  dig  agli  Groff  nua  as  ti  mes  igl 
tgierp  digl  Ritter.  igl  Groff  a  gig  iou  ai  faig  saterar  sut  la  fuertgia 
soing  Ulrich  a  comendau  als  surviturs  che  ei  deien  ira  a  cavar  si  et  pur- 
tar  il  tgierp  avont  el,  igls  surviturs  en  ladina  meing  ir  a  cavau  si  igl 
tgierp  igl  quai  era  schon  schmartschius  et  an  portau  la  ossa  et  an  mes 
avont  soing  Ulrich  cun  gronda  tema,  igl  soing  aber  a  priu  quella  osa  et 
a  mes  enten  uerden  sco  ei  udeva  mintgin  enten  siu  liuc,  alura  a  el  era 
priu  igl  tgiau  orda  culiez  algi  Grova  et  a  mes  vit  igls  peis  de  quei  tgierp 
miert  alura  a  igl  soing  puspei  turnau  a  rugar  la  divina  pusonza  de  Diu, 
che  el  vegli  po  far  [f.  9  r°]  vignir  quei  tgierp  enten  vitta.  Pren  mira  0 
gronda  miracla,  ladinameing  a  quei  tgiau  entschiet  a  savolver  a  samuen- 
tar  de  sasez,  et  ei  seruclaus  si  vit  igl  culietz  et  ei  leu  serentaus  a  car- 
schius  vid  igl  culietz  sco  ei  seudeva,  et  vit  la  ossa  a  entschiet  a  crescher 
carn  e  gnarfs  sco  in  auter  christgiaun,  et  finalmeing  eis  el  sederschius  setz 
sin  peis,  et  ei  seviults  encunter  igl  Groff  a  dig  tier  el  quests  plaids  tut 
vilaus  :  Signur  Croff  ti  as  tia  inozenta  Duna  malgiestameing  truau  et 
cun  in  non  meriteivel  stroff  ella  tormentau  la  quala  atgi  mai  fai  nagin 
dalaid  sunder  ti  as  ad  ella  faig  biar  digl  mal,  tgei  stermentusa  tema 
quels  che  eran  leu  enten  preschienscha  an  giu  lasch  iou  mintgin  patert- 
giar,  ei  eran  tuts  tondanavon  sestementai  et  seschmervigliauen  tondana- 
von che  ei  savevan  bucca  tgei  plidar  igl  Groff  steva  leu  cun  igls  eigls 
sin  la  tiara,  et  stgiava  buca  alzar  quels  per  urdar  sin  igl  Ritter  che  era 
turnaus  enten  vitta.  igl  Groff  bargieva  ton  pitrameing  et  suspirava  che 
igls  eigls  eran  schuflai  si  che  in  veseva  bunameing  nuet,  et  saveva  gir 
bue  in  plaid,  cura  che  soin  Ulrich  a  viu  quei  che  el  seconbriava  tonda- 
navon scha  el  priu  da  del  et  a  priu  davenda  dadel  la  sia  gronda  tristezia, 
et  tras  quei  eis  el  staus  enpau  consolaus  et  ei  semés  cun  gronda  humili- 
tonza  avont  igls  peis  de  sia  Grova,  et  a  mes  mauns  a  Diu  et  a  gig  cun 
pitras  larmas,  0  ventireivla  a  beada  Duna,  iou  sun  bucca  vengonz  che 
iou  aulzi  igls  mes  eigls  sin  vus,  et  aung  biar  meins  che  iou  vus  numni 


70  G.    DECURTINS 

mia  Duna,  pertgei  che  iou  ai  encunter  Diaus  et  encunter  vus,  et  era 
encunter  quest  inocent  Ritter  faig  in  grond  pucau,  digl  quai  iou  pos  igls 
gis  de  mia  vitta  mai  far  avunda,  ove  ami  schmaladiu  pucont  ove  ami 
schmaladiu  pucont  a  tiran,  igl  miu  pucau  ei  ton  grons  che  iou  tem  mint- 
gia  augenblick  che  la  teara  se  arvi  si  e  mi  lagueti  enten  funs  igl  ufiern, 
iou  aschg  buca  ni  avon  Diu,  ni  avus  dumandar  Graztgia.  pertgiei  che 
igl  miu  malgist  truament  ei  ton  grons  che  el  mereta  bucca  graztgia.  da 
quels  [f.  9  v°]  et  auters  simiglions  plaids  plidava  igl  Groff  cun  in  cor  rut, 
enten  quei  bargieva  el  ton  pitrameing  che  tut  tgi  ca  udeva  et  era  den- 
tuern  el  stueva  era  bargir,  et  prender  dadel  erbarm.  la  sia  Duna  steva 
leu  senza  samuentar  et  a  gig  ti  as  bein  caschun  de  bargir  pertgei  che 
ti  as  ton  grevameing  stridau  Diu,  et  as  faig  pucau  encunter  quest  Ritter, 
et  encunter  mei  che  igls  gis  da  tia  vitta  pos  bucca  bargir  avunda,  et 
quei  che  ti  as  faig  encunter  mei  et  encunter  quest  Ritter  cloma  avont 
Diu  vendetgia,  et  eis  meriteivels  muert  igl  tiu  grond  mal  che  Diaus  stro- 
fegia  cun  ina  stermentusa  penetienztgia.  da  quels  et  auters  simiglions 
plaids  plidava  la  Grova  davart  la  sia  gronda  tirania  tondanavont  che  igl 
Groff  ei  ius  enten  sasetz,  et  quitava  che  quels  plaid  punscheschen  tras 
siu  corr  et  muert  la  gron  ricla  a  laid  et  tema  saveva  buca  respunder  in 
plaid  sunder  steva  lau  sco  in  pauper  pucont  cun  la  vista  sin  la  tiara,  et 
bugniava  quellas  cun  larmas.  finalmeing  a  el  sespruau  cun  tutta  sia 
pusonza  et  ei  sederschius  si  et  a  dig  cun  ina  vusch  mesa  morta.  Gra- 
tiusa  Signura  Grova  iou  gareg  nagina  gratia  sunder  la  Giustia  pertgiei 
che  iou  sai  entras  nagina  causa  far  avunda  ni  avont  Diu  ni  avont  vus, 
auter  che  schei  daventas  sco  ei  gliei  daventau  cun  vus,  et  cun  igl  inocent 
Ritter.  et  aschia  stun  iou  eau  avont  vos  peis,  et  speg  sin  la  penetienz- 
tgia, che  igl  soing  Ulrich  et  vus  ami  vignis  a  dar,  et  vi  quella  perfegtia- 
meing  conplanir  soing  Ulrich  a  giu  gronda  conpasiun  de  quei  grond  et 
gref  conbrigiau  pucont,  et  a  dig  tier  la  Grova  cunplaids  carins  enten 
questa  visa  mia  cara  Signura  Grova  schibein  che  vus  veits  buna  raschun 
et  pudeses  duvrar  ina  pli  gronda  vendegtia  encunter  vies  Groff,  mo  aun- 
calura  schinavont  che  lgei  oz  daventau  igl  salit  enten  questa  casa  schi- 
bein avus  sco  algi  Ritter  che  vus  eses  omadus  vigni  spindrai  délia  mort, 
sche  lein  nus  buca  perturbar  quei  legermen  sche  per  la  amur  de  Christo, 
rog  iou  che  vus  leigias  adel  perdunar  tut  quei  che  el  a  faig  encunter  vus 
sina  quei  a  la  buna  Grova  dig  [f.  10  r°]  Muert  la  careztgia  ca  iou  portel 
encunter  Diu  et  vosa  amur,  vi  iou  tut  quei  che  el  a  faig  encunter  mei 
vi  iou  tut  ver  perdunau  et  rog  era  igl  Altissim  Diaus  che  el  vegli  era 
perdunar,  et  sinaquei  a  la  Grova  purschiu  igl  maun  algi  Groff  et  a  gig 
sco  iou  rog  che  Deus  mi  deigi  perdunar  igls  mes  puccaus,  scha  perdun 
iou  era  avus  tut  quei  che  vus  veis  faig  encunter  mei  igl  Groff  steva  aung 
enschanuiglias  et  a  bitschau  igl  siu  maun,  et  a  per  ina  talla  gronda  Graztgia 


DEUX    LÉGENDES   SURSELVANES  71 

fig  engraztgiau,  samigliontameing  a  era  faig  igl  Ritter  e  schau  suenter  tutta 
quei  che  el  ves  pudiu  far  cun  igl  Groff  et  aschia  tras  urbida  da  soing 
Ulrich  eisei  daventau  ina  perfegtia  Pasch  et  la  Grova  a  de  nief  ensi 
turnau  a  far  nozas  cun  igl  Groff,  enten  tgei  gronda  honur  la  Grova  seigi 
vignida  digl  siu  Groff,  et  co  el  hagi  surviu  si  ad  ella  enten  tutta  humili- 
tonza,  vi  iou  schar  mintgin  sepatertgiar  igl  Groff  aber  a  voliu  taner  igl 
Ritter  sia  vitta  enten  igl  casti  sco  per  siu  Bab  igl  Ritter  aber  a  da  quei 
engraztgiau  pertgei  che  de  viver  enten  in  casti  era  ad  el  tut  terladiu, 
soing  Ulrich  aber  a  priu  igl  Ritter  cun  el  ad  Augspurg  et  a  mes  ententina 
Baselgia  da  nosa  Duna  sco  per  in  caluster  suenter  la  mort  de  soing 
Ulrich  eis  el  staus  adina  gi  a  noig  sper  la  fosa  de  soing  Ulrich  eis  el 
staus  adina  gi  a  noig  sper  la  fosa  de  soing  Ulrich  et  a  engraztgiau  adel, 
muert  quei  che  el  veva  laventau  délia  mort  enten  vitta  et  ei  aung  vivius 
27  ons  cun  manar  ina  buna  vitta,  e  suenter  quei  eis  el  morts  soingtia- 
meing  amen. 

0  nuncapeivel  Diaus,  con  Grondas  En  las  tias  Miraclas  et  gronda 
ei  la  tia  Buntat  iou  engratz  per  quella  miracla  che  ti  as  faig  entras  igl 
merit  de  soing  Ulrich  che  ti  as  termes  enten  quella  casa  de  quei  Groff 
igl  salit  0  soing  Ulrich  iou  engratz  tei  muert  tia  gronda  perfectiun  e 
graztgias  che  ti  as  avont  Diu.  Amen. 


[F.  10  v°]  DESCRIPTIUN 

DELLA  VITTA  A  GRONDA   PERSECUTIUN    DE   SOINTGIA  GENOVEVA   GROVA   DE 
PFALZ  A  PATRUNA  DA  TUTTA  LA  FRONTSCHA. 

Per  in  Spiegel  a  trost  a  tuts  conbrigiaus  che  inocentameing  vegnien 
presequitai  ha  iou  enflau  zun  per  bien  de  schriver  a  cuertameing  déclara 
las  grondas  persecutiuns  a  travaiglias  cha  ha  patiu  la  Gloriusa  Sointgia 
Genoveva  la  qualla  legenta  ven  a  parer  ad  in  a  scadin  zun  enperneivla 
a  legreivla  de  léger  u  udir  ligient  schinavon  che  ella  cun  tais  afects  ei 
schritta  chella  a  scadin  cor  digl  Christgiaun  ven  a  muentar  la 
Conpasiun  a  Devotiun. 

Soingtia  Genoveva 
Sidfrius  Dolorus. 

[F.  11  r0.]  Enten  igl  on  délia  Incarnatiun  150  secatava  enten  igl 
landschaft  tier  in  zun  niebel  Groff  cun  igl  num  Sitfridus  igl  quai  era 
spusaus  cun  ina  zun  niebla  Dunschialla  cun  igl  num  Genoveva  figlia  digl 
Duca  de  Braband  questa  leig  giufna  viveva  ensemen  enten  gronda 
careztgia  a  frindlichadat  a  survevan  a  Diu  cun  tut  adaig  e  devotium  da 
quei  temps  ei  Abderodam  in  Reig  digls  Mors  cun  ina  gronda  armada 


72  G.    DECURT1NS 

rutz  en  Spaignia  a  suenter  quei  che  el  questa  tiara  havet  ruinau  a  faig  a 
frusta  ha  el  priu  avont  sasetz  de  rumper  enten  frontscha  a  far  igl  simi- 
gliont  cun  questa  tiara  inteltgient  quei  Carolus  Martellus  igl  Reig  de 
quest  Reginavel  e  vesent  igl  grond  prigel  enten  igl  quai  stes  sia  tiara  ha 
comendau  a  tuts  igls  undertoners  a  Ducats,  firts  a  Groffs  chei  deigien 
agli  sucuerer  a  vignir  en  agit  cun  taffradat  urigiar  enconter  quei  nomnau 
tiran  a  Reig  digls  mors  cun  quels  ha  era  stoviu  trer  eigl  felt  enconter 
igl  inimig  igl  Groff  Sidfridus  tras  quei  de  glietz  temps  udeva  igl  marcau 
a  Iandschaft  de  trien  agli  Reig  de  frontscha  sueinter  quei  pia  che  el 
haveva  tut  pinau  per  trer  enten  igl  felt  cun  sia  schuldada  et  pernet  el 
cufniau  délia  chara  Genoveva  po  ei  bucca  vignir  explicau  cun  tgei  acts 
de  charschadegna  ella  hagi  semusau  enconter  siu  car  mariu  et  cun  con- 
tas a  pitras  larmas  a  bargiu  ella  hagi  muentau  tuts  leu  présent  tier  la 
conpasiun  gie  curca  igl  Groff  purscheva  agli  igl  maun  per  agli  dar  la  pli 
suentra  bunna  noig  et  siu  cor  surcargaus  cun  tonta  dolur  a  charschade- 
gna, chella  sco  morta  tras  igl  vignir  mauls  ei  dada-  via  igl  Groff  vesent 
ella  talmeing  conbrigiada,  ei  el  setz  zun  fig  cunbriaus  che  el  sia  schi 
cara  Genoveva  pudeva  [f.  1 1  v°]  buca  consolar  nuetta  ton  meins  ha  el 
sia  cara  spusa  cun  quels  plaids  suenter  siu  saver  a  puder  carinnameing 
consolau  et  dau  bien  cor  schent  buca  vus  seconbriei  tondanavont  o 
carisima  Genoveva  pertgiei  iou  ai  speronza  enten  Diu  chel  nus  cun  leger- 
ment  a  gronda  consalatiun  laschi  puspei  in  lauter  tornar  a  casa  e  cun 
pli  gronda  leteztgia  ensemel  conversar,  perneit  mira  iou  vus  recamonda 
a  Diu  et  sia  Benedida  dulscha  Muma  Maria  la  quala  vus  enten  mia 
absenzia  ven  a  vus  pertgirar  avont  tut  mal  vus  dulschamein  trostiar 
avont  tut  mal  et  vus  dulschameing  consolar  iou  avus  lasch  era  davos 
miu  aschi  fideivel  servitur  gollo,  igl  quai  avuse  carissima  ven  flisiameing 
a  survir  si  et  haver  quitau  per  vus,  Genoveva  aber  era  ton  pleina  de 
carschadegna  chella  tras  dolurs  bargir  a  sponder  larmas  podeva  buca 
plidar  in  plaid  sunder  da  nieffensi  curcha  igl  Groff  algi  puspei  purscheva 
igl  maun  per  dar  igl  pli  suenter  pietigot,  ei  ella  dada  via  per  mauls  mesa 
morta  igl  Groff  quei  vesent  ha  el  sentiu  zun  gronda  conpasiun  enconter 
sia  carisima  Genoveva,  et  per  buca  ver  pli  quei  dolorus  suspirar  de  sia 
carisima  consorta  eis  el  ladinameing  cun  gronda  dolur  de  siu  cor  et  piter 
bargir  seviults  entuern,  ett  senza  nagin  abschidt  u  auter  pietigot  semés 
sin  cavaigl  spartius  de  sia  carisima  Genoveva  cun  las  larmas  giu  per  la 
vista.  Suenter  quei  aber  che  igl  Groff  ei  arivaus  tier  la  armada  digl  Reig 
Martellus  et  tuts  ses  oberts  a  firts  eran  rimnai  ensemel  ei  Martellus  cun 
ina  armada  [f.  12  r°]  de  sisonta  melli  a  pei  a  dudisch  melli  a  cavaigl 
traigs  encunter  igls  mors  u  seraceners  schibein  cha  quels  eran  per  biar 
pli  ferms  che  el  nueta  ton  meins  ha  Diaus  agli  dau  talla  ventira  a  Bene- 
dictiun  chel  tras  la  gronda  taffradat  da  ses  oberts  a  schuldaus  ha  mazau 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  73 

treis  gadas  tschien  e  sisonta  tschung  gadas  melli  pagauns  u  seraceners, 
et  quei  faig  restar  sigl  plaz,  schi  bein  che  digls  Christgiauns  en  vigni 
entuern  mo  quindisch  tschien,  igl  Reig  aber  digls  mors  cun  pagauns, 
schuldaus  ei  seretraigs  a  fugius  enten  igl  marcau  de  Avignion  enten  igl 
quai  el  ton  tafframeing  seduvrau  che  igls  franzos  han  stoviu  duvrar  in 
gron  temps  per  survignir  quei  Marcau  et  tras  quei  ei  igl  Groff  Sittfridus 
restaus  pli  dig  eigl  felt  chel  ni  agi  manegiau  schinavont  aber  che  igl 
Groff  ton  dig  se  enterdava  de  turnar  a  casa  vigneva  la  Grova  Genoveva 
fig  conbrigiada  et  pudeva  mai  ver  nagin  ruaus  eau  sigl  mund  auter  che 
enten  Diu  et  enten  igl  far  oratiun  ella  manava  ina  vitta  zun  buna  a  vir- 
tuosa  cun  leu  speras  era  trer  a  musar  tutta  sia  servitut  enten  la  vera 
devotiun,  igl  drag  infernal  aber  igl  démuni  schuent  agli  tut  bien  et  nie- 
blas  vertits  ha  duvrau  tutta  sia  furia  a  pusonza  per  enpidir  igl  bien  et 
quella  virtuosa  sointgia  metter  enten  schant  avon  tut  igl  mund,  tras 
quei  a  el  tras  ses  ministers  duvrau  quei  list  che  veng  a  vignir  eau  suen- 
ter,  Tras  quei  che  igl  Groff  haveva  sia  carisima  consorta  recomendau 
agli  Hoffmeister  Gollo  sche  ei  quel  igl  pli  biar  gie  mintgia  gi  staus  den- 
tuern  ella  cun  agli  survir  si  u  consolar  sche  perneit  mira  cun  quella 
caschun  ha  igl  démuni  dau  en  agli  hofmeister  Gollo  [f.  12  v"]  malschu- 
bers  patertgiamens  a  gargiamens  gie  el  ha  igl  cor  de  quei  misirabel 
christgiaun  tondanavon  envidau  con  careztgia  a  concupisenztgia  encunter 
quella  aschi  casta  columba  Genoveva,  chel  quei  non  podent  seretener  ha 
palasau  algi  Grova  cun  garigiar  chella  vegni  agli  en  veglia,  schi  bault 
aber  che  nossa  schubra  tuba  Genoveva  haveva  queiudiu,  plaida  ella  cun 
dirs  a  vilaus  plaids  tier  igl  Gollo  en  questa  visa.  Seturpegias  ti  bucca  0 
zun  lischau  survitur  ina  talla  damonda  da  mei,  et  la  spusa  da  tiu  signur 
aschi  schandliameing  macular,  ei  quei  la  fideivladat  che  ti  as  enpermes 
des  salvar  ami  a  tiu  signur,  ei  quei  pia  igl  engraztgiament  igl  quai  ti  deis 
ver  muert  la  gronda  chareztgia  che  atgi  ha  musau  tiu  Signur,  seigias  mo 
bucca  aschi  gigliarts  da  pli  domandar  da  mei  simigliontas  causas,  schi- 
gliog  vi  iou  far  cha  tia  leschenzadat  vegni  ad  encrescher  avunda.  igl 
maliztgius  Gollo  fig  stamentaus  tras  quella  resposta  ei  fig  seturpigiaus 
ha  da  quella  causa  bucca  stgiau  far  pli  mentiun  u  dir  in  plaid  per  quella 
gada  nueta  ton  meins  ei  sia  gronda  concupizentzia  bucca  stizada  sun- 
der  tras  igl  savens  conversar  cun  la  Grova  charscheva  quei  fiug  malschu- 
ber  pli  a  pli  encunter  ella  tondanavon  chel  puspei  cun  suficiens  endicis 
ha  quei  declarau  agli  Gratiusa  Signura  la  quala  udint  quei  ha  ella  semu- 
sau  zun  vilada  a  rigurusa  et  ha  gli  Gollo  dau  in  tal  filz  chel  cun  gronda 
tuerp  ha  stoviu  trer  giu,  questa  corectiun  aber  ei  bucca  stada  ferma 
avunda  per  muentar  [f.  1 3  r°]  igl  cor  digl  gollo  u  stizar  quei  fiug  diabolic 
délia  luzzuria  sunder  quel  vigneva  digl  spirt  délia  malschubradat  talmeing 
envidaus  a  tentaus  a  surmanaus  chel  ha  pri  avont  sasetz  de  dovrar  tutta 


74  G.    DECURTINS 

forza  per  vignir  a  siu  affect.  tras  quei  ha  el  ina  gada  vesent  che  la 
Grova  mas  a  spaz  enten  lur  curtin  ha  el  sa  faig  vitier  e  cun  carins  plaids 
ella  empruau  de  surmanar  gie  sigl  davos  ha  el  clarameing  dau  da  enta- 
lir  che  la  careztgia  encônter  sia  Gratiusa  Signura  seigi  ton  gronda  chel 
stopi  per  amur  u  pia  chel  possi  conplanir  siu  gargiament,  questa  matrona 
Genoveva  ha  eau  pli  che  mai  sevilau  talmeing  che  ella  ha  faig  serament, 
chel  mo  ina  solletta  gada  pli  encuris  enzatgiei  dad  ella,  scha  lesi  ella 
quis  quella  causa  notificar  u  far  a  saver  a  siu  signur  ordella  qualla  ris- 
posta  gollo  clar  ha  enteleig  che  ei  seigi  nagina  speronza  de  vignir  tier 
siu  intent,  tras  quei  ei  quella  chareztgia  semidada  enten  has  schinavont 
chel  gi  a  noig  figieva  calenders  co  el  agli  sia  gratiusa  e  carisima  signura 
podes  far  vendetgia  a  metter  enten  schand,  tras  quei  deva  el  gron  adaig 
sigl  demanar  a  viver  de  sia  Gratiusa  Signura  et  aschia  ha  senza  frau 
observau  cha  Genoveva  portassi  ina  particulara  inclinatiun  encunter  in 
Koch  chaveva  num  dragono  Koch  da  siu  hof  bein  ca  el  era  zun  ein- 
feltigs  aucalura  fuva  el  era  in  devotius  um,  et  schinavont  cha  Genoveva 
portava  [f.  1 3  v°]  cun  tuts  buns  ina  particulara  benavolenzia  tras  quei 
fuva  ei  ina  periculusa  inclinatiun  a  benevolenza  glei  gig  zun  virtuosa 
persuna,  schi  savens  che  ella  el  veseva  plidava  ella  frindlichameing  cun 
el.  et  el  consolava  enten  sias  travaiglias  cun  gronda  chareztgia,  igl  mali- 
tius  gollo  aber  suspetont,  a  faulzameing  giudicont  cha  questa  sointgia 
careztgia  fus  ina  careztgia  carnala  malhonesta  cun  la  quala  sia  Gratiusa 
Signura  fus  inclinada  encunter  igl  siu  Koch,  ha  el  enflau  in  mied  u  can- 
tun  per  tgisar  sia  gratiusa  signura,  el  scheva  tier  ses  amigs  chel  vesi 
zun  grond  suspet  che  la  gronda  careztgia  délia  Grova  encunter  igl  Koch 
muntas  pauc  bien  et  podesi  pigliar  ina  zun  mala  fin,  el  rogava  era  cha 
igls  auters  duessen  far  persen  e  dar  adaig  la  gronda  benevolenza  che  la 
Grova  musassi  algi  siu  Koch  enten  igl  passar  anavon  anavos,  sche 
vignessen  ei  gleiti  a  vignir  sisu  a  intalir  tgei  quella  benevolenzia  munti 
u  vegli  gir,  cun  quests  simiglionts  plaids  ha  el  ina  part  de  ses  surviturs 
surmanau  u  traig  sin  siu  maun,  et  a  dau  chaschun  adels  che  els  an  giu 
sumilgionta  suspectiun  encunter  lur  Gratiusa  Grova  a  signura,  ina  gada 
curca  la  Grova  fuva  persula  enten  sia  combra,  va  igl  malizius  gollo  tier 
igl  Koch  a  gi  va  tier  la  signura  pertgiei  chella  ha  tei  val  dumandau 
per  far  in  survetsch,  igl  einfeltig  Koch,  quei  cartent  cuera  bein  prest 
enten  la  combra  délia  signura,  ei  igl  malitius  gollo  vignius  prest  suenter, 
et  anflont  el  aumadus  lau  ensemel  enten  [f.  14  r°]  la  combra,  ei  igl 
Koch  senza  gir  in  plaid  ius  ora,  igl  quai  intelgient  cha  la  signura  vessi 
el  buca  clamau,  era  igl  gollo  ha  suenter  ladinameing  sinaquei  clamau 
ensemel  ses  amigs  et  cun  gronda  rabia  palesau  adels  chel  hagi  puspei 
anflau  igl  Koch  persuls  enten  la  combra  cun  la  Grova  et  mes  vitier  chei 
perguis  hagien  faig  pucau  ensemel,  u  sigl  meins  seigien  ei  stai  intentionai 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  7$ 

de  far  et  val  sco  el  fus  tut  conbrigiaus  gi  el  tier  ses  amigs  tgei  duein 
nus  mes  chars  amigs  far.  per  vignir  avont  quest  mal,  sinaquei  che  orda 
quei  schliet  daventi  bucca  ina  causa  pli  schliata,  tras  la  qualla  nus  sin 
vignida  de  nies  signur  stuessen  forza  nus  enzatgi  engaldir  iou  sai  per- 
guis  che  igl  Koch  duvras  strieng  et  dessi  enzatgei  enten  la  spisa  délia 
signura,  cun  la  qualla  el  ha  survigniu  la  benevolenza  a  charnala  carezt- 
gia  délia  signura  et  tras  quei  possi  ella  bucca  el  laschiar  orda  délia, 
schegie  agli  custas  la  vitta  bein  ad  honur,  cun  tut  ei  igl  miu  meini  a 
conseigl  che  in  dues  igl  Koch  bitter  enten  ina  stgira  perschun,  la  signura 
aber  talmeing  serar  en  chella  mai  pli  podes  vignir  tier  igl  Kcch,  co  vus 
plai  quei  miu  meini  o  chars  amigs  tgei  ei  vies  meini  u  conseigl  Quels  aber 
tuts  an  faig  resposta  a  gig  schinavont  che  igl  Groff  hagi  ella  recomendau 
algi  sche  deigi  el  far  cun  ella  tut  quei  che  el  manegi  che  ei  seigi  bien  a 
nizeivel.  Suenter  quei  cloma  igl  hoffmeister  gollo  igl  Koch  tier  el  et  el 
cun  ruchs  plaids  semusont  fig  vilaus  el  turzigiau  schent  chel  hagi  duvrau 
strieng  et  mes  enten  la  spisa  délia  Grova,  u  ina  certa  pulvra  cun  la 
qualla  el  hagi  endrizau  la  signura  tier  ina  malhonesta  careztgia  encunter 
el  e  tras  quei  seigi  el  meriteivels  che  in  el  betti  enten  ina  stgira  per- 
schun, et  el  leu  fermameing  el  ligiar  et  encadanar,  igl  bien  [f.  14  v°] 
Koch  giu  da  quei  fig  stamentaus  ha  gig  engirau  chel  sapi  bucca  da  quella 
causa  u  hagi  mai  cornes  quei  pucau  gie  el  clamava  per  perdegtia  tschiel 
a  tiara,  che  agli  seigi  mai  vigniu  el  sen  de  far  enzatgei  de  schliet  cun  la 
signura  el  aber  podeva  gir  tgei  chel  leva  et  se  schgisar  sco  el  saveva 
nazigiava  ei  tut  nuet,  sunder  el  ei  crudeivlameng  encadanaus,  a  senza 
misericordia  frigs  enten  ina  aulta  a  scharschentus  a  perschun,  enten  la 
qualla  el  ha  stoviu  ir  tier  igl  termin  de  sia  vitta  a  mai  podiu  vignir  ora 
da  quella  entochan  el  ei  portaus  ora  morts,  cun  questa  gronda  tirania 
aigl  malizius  hoffmeister  gollo  buca  staus  contens  sunder  savent  ses 
auters  conpoings  eis  el  ruts  enten  la  combra  da  Genoveva  et  ella  fig 
turzigiau,  schent  che  agi  urdau  tras  la  detta  a  dissimulau  la  gronda 
careztgia  a  malla  inclinatiun  chella  agi  giu  enconter  igl  Koch,  de  cau- 
denvia  aber  posi  el  buca  vertir  pli,  sinaquei  cha  el  vegni  buca  enten  dis- 
gratia  cun  siu  signur,  tras  quei  deigi  ella  sco  ina  che  hagi  rut  la  leig 
vignir  messa  enten  ina  perschun  entocan  chei  vegni  autra  camonda  digl 
signur  Groff.  Cau  fuva  ei  caschun  de  haver  conpasiun  curca  in  vaseva 
qualmeing  ina  aschi  niebla  a  delicata  Grova  la  qualla  schon  oig  meins 
era  purtenza,  vegneva  da  siu  agien  survitur  ton  senza  nagina  raschun, 
gie  inocentameing  a  per  la  deffensiun  délia  soingtia  castiadat,  pigliada  a 
sarada  enten  perschun.  Co  questa  gropa  ingiuria  seigi  ida  per  cor  agli 
inocentissima  Genoveva  et  con  dolorusameing  ella  hagi  sia  inocenzia 
avon  igl  Justisim  Diaus  declarau,  quei  han  ei  faig  zun  bein  per  sen. 
Plinavont  fuva  ei  era  comendau  digl  malizius  hoffmeister  [f.   1 5   r°] 


76  G.    DECURTINS 

gollo  che  nagin  doves  haver  la  presumptiun  de  ira  tier  la  Grova  auter 
che  ina  fantschialla  de  gollo,  la  qualla  mintgia  gi  agli  portava  enqual 
causa  pauc  spisa  e  buvronda  et  era  igl  hoffmeister  mava  setz  savens 
tier  ella  per  ella  visitar  et  cun  quella  caschun  ella  surmanar  a  trer  tier 
ses  malschubers  gargiamens,  et  tentava  ella  cun  biaras  enpermischuns  a 
schmanastschias  sche  ella  vignis  agli  buca  en  veglia,  el  carezava  era  ella 
cun  tut  siu  saver  a  puder  e  cun  dulschs  plaids  sco  in  tuttavia  pratic  piti- 
nader,  aber  tutta  quei  figieva  el  per  surmanar  mo  pli  stateivel  a  salidau 
oder  safidau  enten  Diu  igl  castissim  cor  de  quella  aschi  schubra  a  sointgia 
columba  Genoveva,  ina  gada  churca  quei  malizius  gollo  ei  vignius  tier 
elia  a  duvrau  tutta  forza  cun  plaids  enpermischuns  a  schmanatschas,  ha 
ella  cun  ses  mauns  catschau  navenda  dadella  cun  gronda  ditschiartadat 
schent  tier  el  o  malschuber  a  maliztgius  survient  eis  ei  atgi  buca  avonda 
che  ti  mei  senza  nagina  raschun  has  eau  mes  mei  enten  fermonza  sun- 
der  vol  mei  privar  da  mia  honur  et  de  mia  perpetna  felicitad  ti  deies 
saver  che  ti  vegnies  de  mei  saver  che  ti  vegnies  de  mei  surmanaus  et 
tutta  tia  industrias  flis  a  listiadats  vegnien  adira  enten  nuota,  pertgei  che 
iou  sun  parigiada  de  onn  milli  gadas  morir,  che  cometter  la  mendra 
causa  enconter  la  honur  a  soingtia  schubradat.  Questa  generusa  resolu- 
tiun  ves  meriteivlameing  stuviu  stamentar  a  far  star  giu  de  siu  gargia- 
ment  quei  miserabel  survient  digl  démuni,  igl  gollo  aber  schegie  chel 
quei  hâves  doviu  far  a  sia  Gratiusa  signura  mai  pli  tentar,  ha  nuota  ton 
meins  faig  tut  igl  contrari,  gie  per  dar  suetienscha  a  ses  gargiamens,  et 
per  poder  surplidar  questa  aschi  castia  Susana  ha  el  mes  astrada  agli 
sisura  numnada  fantschialla  che  portava  la  spisa  [f.  15  v°]  a  buvronda 
agli  Grova,  che  quella  deigi  duvrar  tutta  sia  forza  per  ella  surmanar,  la 
qualla  malla  femna  ha  suendau  quei  aschi  schliet  conseigl  digl  malizius 
gollo  cun  in  a  mintgia  gy  esser  enten  las  oreiglias  agli  Grova  che  ella 
deigi  vignir  en  veglia  cun  siu  hoffmeister  per  ton  pli  glei  ti  vignir  libe- 
rada  da  quella  persecutiun  u  perschun  ner  siglmeins  dei  ella  dar  agli 
gollo  buns  plaids  sinaquei  cha  ella  silgmeins  vegni  dadel  pli  bein  salvada 
enten  la  spisa  a  buvronda,  aber  la  zun  generusa  uragiera  da  Christo 
Genoveva,  haveva  schô  faig  propiest  de  melli  gadas  morir  fom  et 
schmartschir  enten  fermonza  che  stridar  siu  Diu  e  macular  sia  schubra 
consienztgia,  0  verameing  beada  Genoveva,  con  stateivla  ei  po  mai  tia 
vertit  0  con  gronda  a  virtuosa  ei  tia  stateivladat,  tras  la  qualla  ti  cun 
nagins  lifts  et  enganamens  digl  mund  pos  vignir  surmanada,  ach  gloriusa 
patruna  conporti  a  urbeschi  ami  po  era  tia  soingtia  schubradat  et  la 
gratzgia  digl  omnipotent  Diu  de  tei  suendar  et  on  melli  gadas  morir  che 
la  sointgia  castiadat  en  enqualche  visa  macular  a  patichiar.  esent  pia 
vigniu  neutier  igl  temps  da  parturir  agli  Gloriusa  Genoveva  ha  ella 
humiliteivlameing  domandau  da  quella  cha  agli  surveva  si,  chella  deigi 


DEUX    LÉGENDES   SURSELVANES  77 

po  schar  vignir  enten  la  fermonza  u  perschun  dues  Dunauns  u  Hebannas, 
che  agli  stesen  tier  enten  igl  parturir  aber  quella  maliziusa  survienta  ha 
bucca  mo  quei  schnagau  sunder  hâves  era  buca  tonta  misericordia  de 
dar  en  agli  Genoveva  ina  fascha  u  pietz  per  fischar  siu  char  [f.  16  r°] 
affon  quella  veva  parturiu. 

Questa  crudeltat  ha  cuschanau  agli  nossa  zun  bandunada  Genoveva 
ina  zun  gronda  tristezia  et  zun  biaras  e  dolorusas  larmas  talmeing  chella 
saveva  nuetta  far  auter  che  continuameing  bargir  a  suspirar  a  plirar 
avon  Diu  sias  grondas  tristeztgias  a  travaiglias  a  munglamens,  aber 
schibein  che  ella  enten  igl  parturir  era  da  tutts  bandunada  scha  ella 
nuetatonmeins  parturiu  in  niebel  figl  igl  quai  ella  non  havent  piatz  de 
fischar  ha  ella  igl  affon  enten  in  straigsch  ella  rogava  era  cauldameing, 
chei  duessen  portar  igl  affon  tier  igl  soing  Batten  la  quala  gratia  ei  da 
ses  adversaris  era  vignida  schnegada,  talmeing  che  ella  setza  a  stuiu  bati- 
giar  enten  la  perschun  etras  gronda  dolur  che  ella  veva  scha  ella  mes 
num  a  siu  char  affon  Dolorus,  suenter  quei  perneva  Genoveva  siu  char  a 
dulsch  affon  sin  ses  mauns  a  strenschevo  tier  siu  pètz  el  carameing 
enbratschava  a  bitschava  et  cun  sias  dolorusas  larmas  bugniava  et  cun 
zun  gronda  compasiun  plidava  ella  tier  siu  car  affon  :  0  pauper  affon  o 
ti  dulsch  schazi  da  miu  cor,  cun  raschun  numm  iou  tei  Dolorus  tras 
quei  ca  cun  dolurs  tei  hai  portau  enten  miu  bist  enten  dolurs  hai  iou  tei 
parturiu  et  cun  gronda  dolur  veng  iou  trer  si,  et  aung  cun  biar  pli 
gronda  dolur  veng  iou  tei  ver  morir,  pertgei  che  iou  tras  grons  mungla- 
mens de  spisa  a  buvronda  tei  veng  buca  a  puder  trer  si,  schinavont  che 
iou  metza  tras  gronda  paupradat  ves  ves  pos  vivintar  e  mi  trer  via  o  ti 
verameing  Dolorus  affon  o  pauper  o  bundanau  o  malventireivel  affon 
quests  a  simiglionts  plaids  eran  quels  cun  igls  quais  Genoveva  setza  a 
siu  char  affon  consolava. 

[F.  16  v°]  La  survienta  vesent  ca  sia  signura  hâves  parturiu  ha  bein 
prest  portau  las  novas  agli  Hoffmeister  gollo  che  ella  hagi  ussa  dus 
purschaniers  et  era  che  la  Genoveva  tras  gronda  dolur  et  gronds  mun- 
glamens stessi  per  sekar  via.  et  aschia  deigi  igl  gollo  duvrar  enpau 
migieivladat  sinaquei  che  ella  cun  siu  affon  buca  tuttavia  enten  la  per- 
schun stoessen  pitir  et  aschi  miserablameing  mûrir,  igl  gron  tiran  aber 
duvrava  zun  nagina  migieivladat  sunder  encureva  cun  tut  flis  co  el  tras 
quella  zun  gronda  miseria  a  mortificatiun  pudes  trer  la  generusa  Geno- 
veva tier  ses  gargiaments,  nuetonmeins  ha  el  lubiu  da  dar  aung 
enpau  pli  pauc  cha  vidavont,  auter  aber  nuet  che  paun  e  aua,  stueva 
aschi  questa  paupra  a  bandunada  piglialaunca  secontentar  cun  paun  et 
aua,  schibein  che  ella  era  zun  schuacha  a  fleivla  secontentava  enten 
staigl  de  haver  enqualche  trost  vignieva  ella  mintgia  gij  digl  crudel  tiran 
gollo  spisgientada  cun  sprichs  et  unviarts  de  quella  causa  che  pasava 


7©  G.    DECURTINS 

eau  cun  sia  chara  Genoveva  saveva  igl  Groff  Sidfridus  zun  nuetta  lun- 
drora,  pertgei  cha  tras  temma  digl  Hoffmeister  Gollo  haveva  nagin 
astgiau  schriver  agli  Groff  in  plaid,  sia  absentia  ha  seperlongoniu  pli  gig 
che  in  ne  hagi  manigiau  tras  quei  che  el  avont  igl  marcau  de  Avinion 
fuva  plagaus  cun  ina  balla  la  qualla  plaga  a  cuzau  bein  gig  enten  sia 
persune  et  aschia  impidena  la  vignida  tier  sia  chara  Genoveva,  a 
sinaquei  aber  cha  igl  malizius  gollo  podes  sia  fatschenta  malgiesta 
far  valeivla  avon  siu  signur,  ha  el  termes  siu  pot  aposta  tier  el,  dus 
meins  suenter  quei  cha  Genoveva  veva  parturiu  igl  quai  dues  dar 
part  a  notificar  aigl  Groff  da  tutta  quei  cha  passas  cun  la  Grova,  el 
ha  aung  tier  quei  schrit  ina  breff  algi  Groff  la  qualla  [f.  17  r°]  ei  schritta 
enten  quella  visa  :  Gratius  signur,  sche  iou  ves  buca  tema  da  conbri- 
giar  miu  signur,  scha  podes  iou  portar  avont  ina  zun  malla  causa  a 
vossa  graztgia  schinavont  aber  che  tuts  de  casa  nossa  particularmeing 
igl  pott  che  avus  porta  questa  breff  veng  era  avus  clar  avunda  declarar 
tgei  breigia  a  flis  a  stenta  iou  hagi  giu  a  duvrau  per  vignir  avont  a  quest 
mal  a  gronda  schventira,  nuetatonmeins  han  igls  lists  cun  tut  miu  flis  et 
far  persen  sin  questos  causas,  et  da  quei  maungla  iou  naginas  perdeg- 
tgias  auter  che  quels  chen  enten  igl  Casti.  tras  quei  hai  iou  speronza 
cha  mia  fideivladat  seigi  avunda  natificada  a  miu  Gratius  Signur,  et  cha 
mes  flisis  survetschs  chei  vegnien  a  vignir  cartidi  sia  graztgia  digneschi 
de  entalir  de  quei  miu  pott,  igl  esser  a  circunstanzias  de  questa  fitschenta 
et  bucca  dubitar  che  quei  chet  vegni  a  gir  seigi  faulz,  igl  quai  aber  seigi 
igl  camond  a  cuseigl  de  vossa  graztgia  davart  questa  causa  rog  iou  chei 
veglien  ami  cun  lur  servitur  natificar  sinaquei  cha  iou  sapi  tgei  iou  hagi 
da  pigliar  a  mauns  enten  ina  aschi  greva  fitschenta.  Questa  breff  a  sur- 
vigniu  igl  Groff  val  churca  el  fuva  enten  igl  marcau  de  langedosch  per 
eau  far  medegar  sia  plaga,  tras  quella  causa  a  el  talmeing  seconbriau  e 
giu  in  tanien  mal  cha  sia  plaga  ei  vignida  pli  dolorusa  et  la  dolur  zun 
fig  surcargada,  igl  survituti  u  pott  a  discuriu  a  la  liunga  cun  igl 
Groff  qualmeing  la  Grova  tut  igl  temps  de  sia  absenzia  havessi 
giu  tonta  corespondenzia  e  familiaritat  cun  igl  Koch  digl  siu  hoff, 
et  igl  Hoffmeister  gollo  ves  enflau  els  enzemel  enten  la  combra. 
Schinavont  aber  che  els  pudeven  et  leven  buca  star  in  orda  lauter, 
seigi  igl  Hoffmeister  gollo  zungigiaus  de  seperar  cun  forza,  et  serar 
enten  dues  fermonzas  u  perschuns  enten  la  perschun  hagi  la  Grova 
parturiu  in  figl  quei  figl  [f.  17  v°]  aber  vigni  da  tuts  leu,  digl  hoff- 
meister tenius  et  stimaus  per  in  figl  digl  Koch,  igl  Groff  a  enperau, 
con  gig  ella  hagi  oder  seigi  vignida  piglialaunca  agli  ha  faig  resposta 
igl  survitur  schent  che  ei  fus  mo  in  meins,  schi  bein  cha  ella  fuva  vigni- 
da piglialaunca  avont  dus  meins  tras  quei  pia  ei  igl  Groff  vignius  zungi- 
giaus da  crer  a  quei  manzaser  schinavont  chei  schon  diesch  meins  fuva 


DEUX    LÉGENDES   SURSELVANES  79 

staus  navenda  da  casa  sia,  et  stueva  aschia  concluder  che  igl  affon  fus 
concepius  in  meins  suenter  quei  che  el  fus  navenda  da  sia  carisima 
Genoveva,   entalgient  a  cartent  quei  igl   Groff  ha  el  entschiet  a  savi- 
lar  scho  in  ordasen  cun  blastemar  encunter  igl  Koch  et  sia  Genoveva, 
val  sco   ei   fussen   igls    pli    gronds    pitinaders,    ti   schmaladida   fema 
scheva  el  deigies  ti  ton  schandlichameing  surmanar,   ei  quei  la  fei  a 
verdat  cha  ti  ami  salvas,  salvas  ti  tia  empermessa  afideivladat  quella 
visa,   tgi  ves  quei  chau  manegiau    o  fema  maliziusa  particularmeing 
schinavont  che  ti  avont  semusavas  zun  sointgia  a  castia.  Cun  quels  a 
simmiglionts  plaids  blastamava  a  schmaladeva  igl  Groff  Genoveva,   e 
semusava  ton  vilaus  a  pleins  de  rabia  che  in  manigiava  bucca  auter 
chel  vignis  ordasen.  Suenter  quei  che  el  hig  avunda  haveva  blastemau 
sia  Genoveva,  et  haveva  gig  patertgiau  suenter,  cho  el  les  strofigiar  quei 
puceau  délia  malzichtiadat  de  sia  consorta  ha  el  termes  anavos  igl  sur- 
vitur  cun  schaffiment  che  igl  gollo  deigi  ella  serar  enten  ina  stretgia 
perschun,  che  nagin  Christgiaun  possi  vignir  tier  u  cun  ella  plidar,  igl 
Koch  aber  dues  gollo  el  mazar,  cun  in  tal  marteri  scho  el  manigias  che 
siu  puceau  hagi  meritau.  igl  survitur  tuorna  cun  quest  condament  de  siu 
signur  bein  prest  a  casa  et  a  survigniu  gronda  pagalgia  da  siu  Hoffmei- 
ster,  cha  el  sia  fatschienta  ves  ton  bein  saviu  conderscher,  sinaquei  aber 
che  quella  executiun  u  mort  digl  Koch  chaschunas  nagina  [f.   18  r°] 
canera  ha  el  tusagau  quei  ton  spisa  che  vigneva  portau  agli  Koch  a 
cun  quella  moda  mazau  igl  pauper  Koch,  a  suenter  quei  zupadameing 
cun  sias  cadeinas  frig  giu  enten  ina  gronda  cisterna,  la  Grova  aber  ha 
el  bucca  munglau  serar  pli  bein  enten  fermonza  aschinavont  che  ella 
vivon  fuva  de  tutts  bundanada,  talmeing  che  sco  lgei  gig  che  nagin 
pudeva  ira  tier  ella  auter  che  igl  malizius  gollo  e  sia  survienta,  cun  tutta 
questa  tirania  a  crudeltad  ei  gollo  bucca  staus  contens,  schinavont  chel 
tumeva  che  sia  faulzadat  a  schmaladius  lifts  vigniessen  palasai  pertgei 
chei  fuva  biars  enten  siu  hoff  igls  quais  murmigniaven  et  semusaven  tut- 
tavia  malcontens  giud  la  mort  malgiesta  digl  Koch  e  zun  dira  fermonza 
da  lur  virtuosa  signura  cun  tut  pia  tumeva  el  bucca  senza  chaschun 
che  sche  igl  Groff  vignis  u  turnont  a  casa  enfas  sia  Grova  a  chera 
Genoveva  enten  vitta  vignis  el  senza  dubi  enten  Diaus  a  sia  schnueivla 
maletzia   declarada   et  cun   ina  teribla   mort    strofigiada   et  fuva   era 
natificaus  che  siu  signur   Sidfridus  ves  priu  cumiau  digl  Reig  et  fusi 
schon  sin  viadi  per  tornar   a   casa.    Cau   chaschunava  agli  golla  las 
savurs   et  non  savent  tgei   pigliar  a   mauns   enten  ina   aschi  greva 
fitschenta,  ha  semés  a  cavaigl  et  ei  ius   encunter  a  siu  signur,  et  ei 
vignius  tier  el  enten  Strosburg  ensemel,  enten  quei  marcau  fuva  ei  ina 
stria  veglia  la  qualla  sedeva  ora  per  ina  sointgia  persuna,  quella  fuva 
sora  délia  survienta  digl  Gollo  che  surveva  si  a  Genoveva  et  tras  quei 


80  G.    DECURTINS 

fuva  ella  agli  conoschenta  avont  biars  ons,  tier  quella  ei  gollo  ius  aunca 
ira  tier  siu  Signur  Groff,  et  a  agli  discuriu  a  la  liunga  co  ei  seigi  passau 
cun  igl  Koch,  et  era  la  sia  Signura  Genoveva,  el  ha  era  gig  chel  encon- 
ter  sera  vegli  manar  tier  ella  igl  Groff  Sidfridus  sinaquei  deigi  [f.  18  v°] 
ella  fa  vignir  u  representar  in  spenscht  u  figura  che  igl  Koch  hagi  val 
cornes  igl  pucau  cun  la  signura  Genoveva,  suenter  quei  ha  el  purschiu 
enpau  daners  a  questa  schmaladida  stria  epij  ei  ladinamein  ius  per  con- 
plimentar  siu  Signur  et  far  agli  bein  vignient.  Suenter  chel  havent  mes 
giu  ses  conpliments  ha  igl  Groff  clamau  el  dadin  maun,  per  tavagnir 
dadel  co  ei  passas  cun  quella  gronda  schventira  che  era  enten  sia  casa, 
aber  perneit  mira,  eau  semusava  igl  malizius  gollo  ton  trists  a  cunbri- 
giaus  ch'ei  pareva  chel  pudes  bucca  plidar  in  plaid,  et  las  fauzzas  larmas 
che  curevan  ora  de  ses  eigls  figievan  parer  cha  sias  falzadats  a  manze- 
gnias  fussen  spirameing  la  vardat,  et  raquintava  ala  liunga,  bucca  quei 
che  la  devotiusa  Grova  veva  cornes,  sunder  quei  che  la  maliztgia  tras 
dictar  digl  démuni,  che  haveva  patertgiau  ora.  et  quei  cha  el  ton  listia- 
meing  a  cun  tontas  faulzas  probatiuns  et  argumens  che  igl  bien  Groff 
saveva  nuotta  far  auter  cha  ver  nagin  dubi  da  tutta  quei  che  el  lau  pli— 
dava,  e  carteva  fermameing  che  Genoveva  vessi  rut  igl  ligiom  délia 
fideivladat  cun  rumper  la  leig,  igl  turpigius  gollo  ha  era  mes  vitier  che 
el  hagi  dischusmeing  mes  entuern  igl  Koch,  sinaquei  che  tras  quei  miet, 
vignis  igl  schant  délia  Grova  buca  palesada  sunder  avon  tutts  vignis 
zupada  via  schibein  che  quei  carteva  igl  Groff  ha  el  per  vignir  sisura 
la  verdat,  enperau  plinavont  tuttas  circunstanzias  de  quella  fitschenta  et 
co  ei  fus  passau.  igl  malizius  gollo  aber  tement  de  vignir  conpigliaus 
enten  igl  plaid  ha  gig  tier  igl  signur,  sche  vossa  graztgia  ha  forza  dubi 
da  mes  plaids  sche  perneit  mira  ei  secatta  eau  enten  quest  marcau  ina 
sointgia  enten  declarar  causas  zupadas  zun  numnada  matrona,  quella 
vegli  miu  [f.  19  r°]  signur  era  mirar,  et  tuttas  circunstanzias  vegni  el 
perquis  a  survignir  perfetgia  notizia  de  tutta  la  fitschenta  che  ei  passada 
agli  Groff  ha  plaschiu  quei  conseigl  pertgei  che  el  enconter  sera  ei 
ensemblameing  cun  siu  hoffmeister  ius  tier  la  nomnada  matrona,  iou 
dues  gir  nomnada  stria,  tier  quella  ha  igl  Groff  gig  che  el  hagi  ina  sus- 
pectiun  enconter  sia  consorta,  che  ella  hagi  buca  sedeportau  bein,  et 
aschia  seigi  el  vignius  tier  ella  sco  tier  ina  soingtia  Professa  la  qualla 
deigi  tras  sia  sointgiadat  algi  far  da  saver  schei  seigi  daventau  enzitgei 
da  schliet  denter  igl  Koch  a  sia  chara  Genoveva,  quella  stria  tras  loscha 
humilitonza  ha  gig  tier  igl  Groff  chella  seigi  zvor  buca  ina  sointgia, 
nuettonmeins  ton  sco  Deus  agli  fetschi  da  saver  vegli  ella  agli  bugien 
declarar,  suenter  ha  ella  manau  giu  ommadus  signurs  enten  in  stgir  et  ault 
cumach  u  tschaler  enten  igl  quai  ardeva  ina  lgisch  blaua,  la  coschonava 
a  betteva  orda  délia  ina  clareztgia  blaua  eau  ha  ella  faig  cun  in  fist  dus 


DEUX    LÉGENDES   SURSELVANES  8l 

treis  turnigels  sin  igl  taratsch,  enten  igls  quais  ella  figieva  star  enten  in 
igl  Groff  et  enten  lauter  igl  gollo,  suenter  a  ella  bis  in  spiegel  enten  in 
vaschi  cun  auva  e  sburbilgiava  sin  quei  ton  matgiert  de  gi  plaids  cun 
talla  ramur  che  algi  Groff  ei  vigniu  blea  u  mal,  et  igls  cavels  stevan 
adreg  sy,  suenter  quei  a  ella  manau  treis  gadas  entuern  igl  vaschi  cun 
auva,  et  treis  gadas  suflau  enten  l'auva  eturschava  quellacun  sesmauns, 
e  figieva  zun  fasierlias  enzennas  de  stria  sisura  nomnada,  igl  Groff  suenter 
quei,  ha  suenter  igl  camond  délia  stria  vardau  enten  igl  spiegel  che  era 
enten  la  auva  e  observava  che  enten  quei  spiegel  era  igl  Koch  de  siu 
hoff  a  finalmeing  plidas  a  conversas  cun  la  Grova  Genoveva,  et  qualmeing 
ella,  el  cun  bucca  rienta  frindlichameing  carezas,  sin  quei  gi  igl  signur 
quei  cha  iou  vetz  ei  nuetta  malraschoneivel,  la  stria  aber  ha  mes  vitier 
ad  ha  gig,  sche  lein  nus  pia  vardar,  sche  ei  plai  a  Diu  de  revalar 
[f.  19  v°]  enzitgiei  plianavont,  fa  sin  quei  puspei  la  ceremonia  da  vivont 
épia  ha  comendau  che  igl  Groff  deigi  puspei  urdar  enten  igl  spiegel 
sche  perneit  mira  vesa  igl  Signur  che  la  Grova  frindliameing  strihas  las 
gaultas  et  savens  bitschas  igl  Koch,  sin  quei  ha  igl  Groff  fig  seturpigiau, 
et  spitgiava  cun  gron  desideri  tgei  ei  vignes  a  vignir  la  tiarza  gada, 
curca  el  pia  suenter  che  la  schmaladida  stria  tras  agit  digl  giavel  haveva 
faig  sias  ceremonias  sco  vidavont,  varda  igl  Groff  puspei  tras  scafiment 
délia  stria  enten  igl  vidavont  nomnau  spiegel,  enten  igl  quai  el  cun 
gronda  truriadat  veseva  che  la  Grova  cornâtes  igl  puceau  cun  igl  Koch 
setza,  la  qualla  causa  vesent  igl  Groff  ei  talmeing  sevilaus  sin  sia  Geno- 
veva  cha  ei  pareva  chel  les  spidar  fiug,  et  ha  suenter  quei  dau  camond, 
chel  deigi  ira  avont  a  mazar,  u  far  ort  peis  la  muma  cun  igl  affon  ensem- 
lameing,  cun  ina  schandlia  mort,  ves  fuva  el  arivaus  a  casa,  scha  perneit 
mira,  discuera  el  cun  sia  survienta  che  surveva  sy  agli  Grova,  con  ven- 
tireivlameinh  el  hagi  complaniu  la  sia  fitschenta,  et  qualmeing  hagi  la 
camonda  de  siu  signur  de  prender  la  vitta  a  crudelmeing  mazar  sia 
signura  cun  igl  affon  ensemel,  gie  nagin  fuva  pli  lets  che  grad  quei 
schventirau  gollo,  igl  quai  saveva  bucca  far  autter  che  selegrar  e  patert- 
giar  ora  cun  tgei  mort  el  les  meîter  entuern  la  Gratiusa  signura  e  da 
tuts  bandunada  Genoveva  quest  dischuers  cun  la  survienta  da  gollo  ha 
tatlau  tier  ina  pitschna  matatscha  figlia  da  quella  la  qualla  fuva  pli  bein 
enclinada  encunter  Genoveva,  che  sia  schventirada  muma  schinavont 
pia  che  la  muma  da  quella  figlia  tras  comendar  [f.  20  r°]  digl  gollo 
stgiava  a  nagin  gir  lundrora  da  quei  enten  igl  hoff,  scha  perneit  mira 
cura  quella  matella  va  vitier  la  perschun,  et  stent  avont  quella  faniastra 
entras  la  qualla  ei  purschuven  en  agli  quei  ton  paun  et  auva,  bargieva 
ton  pitrameing,  che  la  Grova  Genoveva  ei  tras  quei  fig  sestementada, 
ella  enpiara  quella  mattella  tgei  quei  munti  chella  bragi  aschi  dolorusa- 
meing,  la  qualla  agli  ha  faig  risposta  schent  ach  gratiusa  signura,  vossa 
Romania,  XI!  1  6 


02  G.    DECURT1NS 

gronda  miseria  ei  caschun  da  mias  larmas  a  bargir,  pertgei  gliei  ora  cun 
vus,  vus  stoveits  mûrir,  pertgei  che  igl  hoffmeister  gollo  ha  survigniu 
la  camonda  da  siu  signur,  chel  avus  deigi  prender  la  vitta  sin  quei  tutta 
conbrigiada  la  Grova,  enpiara  questa  matella,  tgei  ven  ei  aber  a  daven- 
tar  cun  miu  pauper  affon,  la  qualla  ha  respondiu  a  gig,  cun  vies  car 
affon  veng  ei  nuetta  ira  pli  bein  cha   cun  vus,  pertgei  cha  igl  Groff  a 
comendau  de  crudelmeing   prender  la  vitta  avus  agli  afon  ensemla- 
meing,  eau  po  mintgin  far  persen  a  patertgiar  a  considerar  co  quei 
seigi  agli  iu  per  cor,  a  nossa  chara  a  bandonada  Genoveva,  gie  talmeing 
eis  elaa  giu  da  questas  aschi  tristas  novas  sestementada  chella  per  mal 
ei  dada  via  suenter  quei  aber  che  ella  ei  puspei  vignida  tier  sasetza,  ha 
ella  ton  dolorusameing  bargiu  a  spondiu  larmas,  che  la  crapa  vessen 
dover  conpassiun  ella  ha  suspirau  tier  Diu,  cun  quests  a  simiglionts 
plaids  et  acts  de  dolur,  Ach  miu  Diu  a  miu  signur,  co  hai  iou  meritau  in 
aschi  schnueivel  stroff,  ach  nua  nua  hai  iou  po  ton  grevameing  tei  stri- 
dau  che  iou  da  tutt  igl  mund  sund  bandunada  cun  miu  char  a  dulsch 
affon  aschi  crudelmeing  stuein  vignir  mazai  o  mei  schveintirada  fema, 
ei  pia  mia  vitta  vignida  tocan  eau,  nua  che  iou  sto  vignir  mazada,  sco 
ina  rumpada  délia  leig,  schi  bein  cha  iou  per  salvar  la  fideivladat  ton 
ton  biar  hai  stoviu  star  ora  a  pitir  e  pitrameing  surfrir  entocan  questa 
[f.  20  v°]  ura,  o  miu  Diu  a  miu  signur  ami  veng  po  ennagit  e  spindri 
po   mei  da  dinna  aschi  crudella  mort.  Quests  a  simiglionts  plaids  fuven 
quels  cun  igls  quais  Genoveva  lamentava  a  sedoleva  giu  da  sias  aschi 
grondas  miserias  e  suenter  quei  che  ella  ha  gig  avunda  giu  bargiu  a 
suspirau  a  spondiu  larmas  zun  dolorusas,  ha  ella  gig  tier  questa  matella, 
miu  char  affon  va  tier  mia  combra  u  enten  mia  combra  e  porti  ami  ina 
plima  e  enpau  pupir  a  tenta,  a  per  tia  breigia  preing  a  salva  ti  tutta  mia 
bialla  vestgiadira  ton  sco  atgi  plai,  et  con  gir  quei  a  ella  porschiu  agli 
matella  la  claff  délia  combra,  la  qualla   ha  portau  bein  prest  quei  cha 
ella  veva  comendau,  ha  Genoveva  schrit  ina  breff  a  siu  signur  a  mariu 
Sitfridus  en  questa  visa.  Gratius  Signur  a  Carissim  mariu.  Suenter  quei 
che  iou  sun   vignida  perscharta  et  cun  gronda  dolur  entaleig  che  iou 
tras  vies  camond,  damaun  stopi  morir,  sche  hai  iou  pri  avont  mameza  da 
avus  cun  quest  zedel  dar  la  buna  noig  et  igl  pli  suenter  pietigot  :  iou  vi 
zvor  bugient  mûrir,  schinavont  cha  vus  quei  comondeits  ami,  nueton- 
meins  para  ei  ami  zun  pitter  che  vus  ton  inocentameing  mei  condem- 
neits  a  la  mort,  la  soletta  raschun  muert  la  quala  iou  sto  mûrir  ei  quella, 
perquei  che  iou  hai  bucca  voliu  rumper  la  leig  u  la  fideivladat  la  quala 
iou  avus  hai  enpermes,  et  hai  bucca  voliu  consentir  avies  luxzurius 
hoffmeister  gollo,  igl  quai  mei  biaras  gadas  ha  voliu  zungiar,  che  iou 
agli  vegni  en  veglia  e  rumpi  igl  ligiom  délia  fideivladat  e  maculeschi  la 
flur  délia  bialla  schubradat,  nagina  cuelpa  met  iou  sin  vus  de  mia  dolo- 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  8} 

rusa  mort,  auter  che  vus  ton  gleiti  veitz  cartiu  a  mes  tgisaders,  ami 
aber  veits  bucca  laschau  tems  ne  ura  de  sigl  meins  mo  far  risposta  a  gir 
mia  raschun,  tra  quei  pia  gig  iou  et  engir  avont  Diu  et  avont  igl  trua- 
ment  cha  avont  igl  quai  iou  damaun  sto  conparer,  che  iou  tuts  igls  gis 
da  mia  vitta  iou  per  vus  hagi  mai  enconoschiu  in  auter  um,  u  consentiu 
enten  simiglionts  patertgiamens,  nuetaton  meins  mom  iou  inocentameing 
tier  la  mort,  schinavont  cha  Deus  a  ordanau  aschia,  sun  aber  bein  sigirada 
[f.  21  r°]  chei  vegni  a  vignir  in  gi  enten  igl  quai  la  mia  inocentia,  et  la 
maleztgia  de  mes  inimigs  a  tgisaders  veng  a  vegnir  palasada  buna  noig 
0  Gratius  Signur  e  carissim  scazi,  iou  vus  pardun  dacormeing  et  suenter 
mia  mort  vi  iou  rugar  Diu  che  miu  saung  inocent  clomi  nagina  schven- 
tira  ni  sur  vus  ni  sur  igls  mes  tgisaders  et  inimigs,  quest  schriff  iou  cun 
igl  maun  zun  figt  tremblont  et  cun  igls  eigls  pleins  de  larmas,  pertgei  ca 
la  mort  la  qualla  ami  ei  zun  neutier  a  enplaniu  miu  cor  cun  tema  a 
schnavur,  rest  aschia  entocan  la  mort  zun  fideivla  et  muert  la  fideivla- 
dat  mont  tier  la  mort  truada.  Questa  ei  stada  la  breff  che  Genoveva  ha 
schrit  asiu  signur  a  char  mariu.  la  qualla  breff  ella  ha  suenter  quei  dau 
amauns  a  quella  matella,  che  ella  deigi  portar  enten  sia  combra  et  a 
nagin  gir  ora  u  far  da  saver,  tutta  quella  noig  aber  ha  Genoveva  faig 
oraziun  e  recomendau  a  Diu  sia  dolorusa  mort,  la  qualla  la  damaun  ha 
igl  gollo  clamau  dus  de  ses  surviturs  che  agli  eran  igls  pli  fideivels,  et 
adels  faig  da  saver  che  el  hagi  scafiment  de  siu  signur  de  metter  entuern 
et  prender  la  vitta  a  sia  signura  Grova,  et  camonda  aschia  a  quels  sur- 
viturs chei  deigien  manar  la  Grova  Genoveva  ora  enten  in  stgir  vaul  et 
leu  crudelmeing  la  Grova  cun  igl  affon  mazar  a  prender  adels  la  vitta, 
et  per  ina  enzenna  che  ei  vessen  ella  mazau  e  conpleniu  siu  camond, 
deigien  ei  portar  anavos  cun  els  igl  eigls  a  las  liungas  de  quels  che  ei  veven 
mazau  sche  ei  quei  vignessen  a  far  sche  enpermeteva  gollo  de  pagar  a 
render  copiosameing  quei  lur  survetsch,  sche  ei  aber  vigniessen  agli 
bucca  obedir  e  conplenir  quei  siu  condament  sche  lessi  el  els  cun  lur 
dunauns  et  affons  crudelmeing  mazar  u  prender  la  vitta,  igls  surviturs 
[f.  21  v°]  an  bein  bugient  priu  quest  condament  sursasezi  et  ladinameing 
en  i  enten  la  perschun  délia  Grova,  et  han  adella  traig  en  in  zun  schliet 
vistgiu,  et  era  curclau  la  sia  fatscha  sinaquei  che  nagin  dues  ella  encono- 
scher  enten  igl  manar  ora,  et  pia  han  agli  comendau  che  ella  deigi  zun 
tgiaumeing  cun  els  ira  ort  la  perschun  e  ort  igl  casty,  perneit  mira  eau 
mava  quella  paupra  a  da  tutts  bundanada  Grova  sco  ina  inocenta  nuerza 
tier  la  mezea  et  arveva  buca  si  sia  bucca  per  plidar  in  plaid,  ella  portava 
siu  char  e  dulsch  affon  sin  sia  bratscha,  strinscheva  quel  tier  siu  petz 
senza  tarfinar  et  el  dulschameing  carazava,  et  haveva  biar  pli  conpasiun 
a  dolur  giud  la  mort  da  siu  char  affon  che  giud  la  sia  aigna  mort,  och  ti 
miu  pauper  figl,  scheva  ella,  ach  ti  miu  carissim  aungel.  ach  podes  iou 


84  G.    DECURT1NS 

tei  po  portar  schi  gig  sin  mia  bratscha,  schi  gig  sco  iou  tei  hai  portau 
enten  miu  bist,  ussa  aber  stos  ti  mûrir  aunca  saver  tgei  mûrir  seigi,  et 
stos  ussa  mûrir  culpeivels,  schegie  ti  has  mai  cornes  nagina  cuelpa,  con 
quests  a  simiglionts  plaids  ha  ella  muentau  igl  cors  digls  surviturs  tier 
ina  vera  conpasiun  talmeing  chei  pareva  adels  zun  gref  de  conplenir  igl 
camondament  de  lur  signur,  essent  aber  els  arivai  tier  igl  liug  che 
adels  era  determinau,  han  ei  gig  tier  la  Grova  Genoveva,  che  lur  signur 
agi  adels  comendau  de  prender  agli  la  vitta  muert  igl  pucau  délia  malfi- 
deivladat,  chella  vessi  cornes,  et  che  igl  hoffmeister  agi  adels  comendau 
da  conplenir  quella  fitschenta  et  agli  prender  la  vitta,  et  tras  quei  deigi 
ella  buca  ver  per  mal  enconter  els,  sunder  sapinar  tier  ina  buna  mort, 
sinaquei  ei  la  Grova  sco  ina  obedeivla  survienta  de  siu  signur  semessa 
enschanuglias,  et  sapinau  tier  cun  tut  siu  cor  tier  ina  beada  fin,  ena- 
quella  prenden  igls  surviturs  igl  affon  et  targient  els  ora  lur  cuntials 
leven  ei  val  tsuncanar  la  gula  [f.  22  r°]  algi  affon,  vesent  quei  la  sta- 
mentada  muma  seglia  ella  adels  enten  la  bratscha,  clamont  a  schent  scheit 
star  scheit  star  0  chars  amigs  et  schermigieit  po  quest  saung  zun  inozent, 
et  sche  vus  gie  leits  igl  affon  mazar,  sche  perneit  ami  la  vitta  avont, 
sinaquei  che  iou  vegni  buca  zungiada  de  morir  dues  gadas  igls  survi- 
turs ven  udiu  quella  sia  damonda  et  pia  comendau  che  ella  deigi  scuvie- 
rer  siu  culietz,  et  quel  metter  sut  la  spada,  la  paupra  Genoveva  ei  giu 
da  quei  talmeing  sestementau  chella  fig  tremblont  pareva  pli  morta  che 
viva,  nuetonmeins  a  ella  cun  pitras  larmas  plidau  tier  els  surviturs  en 
quella  vissa,  0  cars  amigs  iou  sun  zvor  parigiada  de  morir,  aver  carteit 
ami,  vus  vegnits  gropameing  a  far  puceau  sche  vus  mei  vignits  a  metter 
entuern,  pertgei  iou  engir  avont  Diu  che  iou  seigi  inocenta,  et  faulza- 
meing  tgisada  digl  hoffmeister,  agli  quai  iou  hai  buca  voliu  consentir 
enten  ses  schliats  gargiaments,  iou  vi  esser  avus  sigronza,  che  sche  vus 
vignits  mei  a  schermiar,  ven  Deus  avus  avos  affons  milli  dubels  render 
a  pagar,  sch'  vus  mei  aber  vignits  a  mazar,  vi  iou  sigirar  che  miu  soung 
inocent  vegni  a  clamar  vendegtia  sur  vus  a  sur  vos  affons.  igls  cors  digls 
surviturs  entras  quels  plaids  talmeing  toccai  muentai,  chei  pareva  non 
poseivel  chei  podessen  far  dalaid  enzitgei  a  quella  devotiusa  Grova,  et 
tras  quei  han  ei  plidau  tier  ella  cun  carins  plaids  en  questa  visa  :  Gra- 
tiusa  signura  nus  lessen  bugien  schengigiar  avus  la  vitta,  sche  nus  fussen 
bucca  condemnai  oder  comendau  sut  peina  délia  vitta,  che  nus  duessen 
vus  mazar,  nuetta  tonmeins  sche  vus  enpermateiz  de  mai  pli  vignir  neu- 
navont  u  turnar  a  casa,  sunder  adina  restar  cou  enten  quest  u  auter 
disiert  et  a  nagin  dar  de  enconoscher,  sche  lein  nus  vus  laschar  ira  et 
schengigiar  la  vitta  sinaquei  che  vus  dueigies  ver  memoria  de  nus  enten 
vossas  oratiuns,  quei  udint  la  paupra  Grova,  ei  siu  cor  selegraus  et 
enplenius  cun  legria  et  tras  quei  ha  ella  [f.  22  v°]  els  fig  engraztgiau 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  85 

decormeing  igl  surviturs  muert  la  misericordia  chei  vevan  agli  musau 
cun  schingiar  agli  la  vitta,  ella  ha  enpermes  fermameing  de  salvar  lur 
conditiun  a  camond  chei  veven  teniu  ora,  suenter  quei  han  igls  surviturs 
priu  a  catschau  ora  igls  eigls  a  tagliau  ora  las  liungas  da  dus  tiers  salva- 
dis  han  portau  a  lur  signur  gollo  per  ina  enzenna  de  lur  morderia  chei 
vessen  faig.  igl  gollo  aber  aven  nagin  dubi  chei  vessen  bucca  conpleniu 
siu  comondament,  ha  buca  voliu  urdar  sin  quellas  liungas  a  eigls,  sunder 
comendau  chei  deigien  quellas  sco  ina  liunga  dadina  pitauna  fierer  avon 
igl  tgiauns.  Genoveva  aber  quella  paupra  a  da  tutts  bandunada  columba 
mava  per  igl  vault  entuern  et  cun  grond  flis  encureva  nua  ella  podes  sur- 
vignir  in  liug  suesst  chella  fus  schermigiada  délias  mallas  auras  ella  aber 
a  quei  gi  nagliu  saviu  enflar  in  liug  de  ruaus  u  suest,  sunder  ei  leza  noig 
zungiada  de  maner  sut  in  pumer  sut  tschiel  aviert,  con  mal  quella  zarta 
Grova  hagi  giu  ruasau  a  tgei  temas  a  savurs  hagi  giu  gi  a  noig  star 
enten  in  aschi  scharschentus  u  matgiert  vault  u  desiert  po  in  a  scadin 
maneivel  patertgiar  pertgei  in  um  schi  bien  cha  el  a  bien  cor  tonaton 
seschnuescha  e  ha  tema  de  star  enten  in  desiert  aschi  persuls,  ella  vol- 
veva  ses  eigls  pleins  de  larmas  a  maun  tremblons  encunter  tschiel 
clamont  sura  cun  tutt  siu  cor  igl  agit  de  Diu  igl  quai  solet  pudeva  ella 
gidar  enten  questa  gronda  miseria,  la  emprima  noig  ei  ella  stada  ton 
pleina  de  angueschas,  ca  ella  zun  nuetta  a  saviu  dormir,  et  gliauter  gi 
ha  ella  sco  vidavon  encureig  ina  tauna  u  in  pumer  cavierg  enten  igl 
quai  ella  pudessi  star  a  suest,  igl  gi  avont  haveva  ella  zun  nuetta  migliau 
ne  buviu  et  igl  auter  gi  fuva  la  fom  ton  gronda  chella  ei  vignida  zun- 
gigiada  de  trer  ruchas  ragischs  a  iarvas  salvatgias  per  semantaner  e 
sustiner,  igl  tierz  gi  eis  ella  puspei  ida  [f.  23  r°]  aune  biar  pli  anavont 
enten  igl  desiert  et  a  sigl  suenter  enflau  ina  ruesna  u  tauna  enten 
in  gripet  speras  in  fantauna  quest  liug  ha  ella  cun  engraztgiament 
retschiert,  val  sco  Deus  agli  ves  dau  quei  et  ha  priu  avont  sasetza  de 
conplenir  igls  gis  de  sia  vitta  eau  enten  questa  tauna,  enten  quella  a  ella 
pinau  tier  in  leget  cun  dascha  u  roma  da  ping,  auter  aber  haveva  ella 
nuetta  cun  ella,  las  iarvas  cha  leu  charschevan  e  las  ragischs  che  leu 
secatavan  per  sustentar  a  trer  via,  tras  quei  pia  che  ella  manava  ina 
vitta  streingnia  ton  pleina  de  cumber  a  munglamens  sespardeva  igl  laig 
de  siu  sein  talmeing  che  ella  ha  buca  pli  saviu  tezar  siu  char  affon,  igl 
affon  aber  quei  inocent  tschut  pleins  de  fom  tschitschava  ton  gig  igl  sein 
de  sia  chara  e  da  tutt  igl  mund  bandunada  muma,  che  igl  saung  enstaigl 
digl  laig  ei  curius  ora  et  schinavont  che  quei  carin  aungel  haveva  zun 
nuetta  per  sustentar  entschaveva  el  a  pigierar  e  sekar  via  délia  fom,  igl 
Dolorus  bargir  de  quest  misirabel  vierm,  et  penetrava  igl  cor  de  sia 
chara  muina  a  talvisa  che  ella  steva  per  mûrir,  zun  nuetta  pudeva  ella 
far  pervignir  agli  en  agit,  et  tras  quei  stueva  ella  ver^uei  pauper  orfa- 


86  G.    DECURTINS 

net  misirablameing  pirir  via  a  mûrir  délia  fom,  schinavont  aber  chella 
quei  dolorus  spectakel  stues  buca  pli  mirar  tier,  ha  ella  mes  igl  affon 
sut  in  pumer  et  ei  ida  ton  lunsch  dedel  chella  pudessi  buca  ver  quellas 
pitras  larmettas  a  zun  dolorus  bargir  e  dar  ijs  da  siu  aschi  char  a  bandu- 
nau  affon,  leu  ha  ella  sames  enschanuglias  et  clamau  sura  igl  agit  digl 
Buntadeivel  Diu,  chel  ha  stuviu  ella  udir,  0  miu  Diu,  scheva  ella,  ei  sei 
puseivel  che  tia  Divina  Maiestat,  o  dulsch  spindrader,  posses  urdar  tier 
senza  conpasiun,  qualmeing  quei  inocent  [f.  23  v°]  a  char  affon  sto 
aschia  inocentameing  pirir  a  sakar  via  muert  igls  munglamens  de  spisa 
a  buvronda.,  varda  po  0  misericordeivel  Diu,  vardi  po  quei  pauper  vier- 
met,  co  el  aschi  misirablameing  stat  avont  tes  eigls,  et  cun  siu  fleivel 
bargir  a  dolorus  suspirar  tei  clamar  en  agit,  cha  ti  veglias  po  tribuir 
enqualche  spisa  u  buvronda,  ach  preing  po  erbarm  da  quest  affon,  0 
buntadeivel  Bab,  veng  po  en  agit  a  quest  pauper  a  bundanau  ierfanet 
agli  quai  siu  bab  semuesa  ton  ruchs,  et  sia  muma  ha  bue,  et  po  buca 
gidar,  iou  hai  gie  nagina  trost  eau  sin  quest  mund  auter  che  quei  char 
affon,  sche  ti  pia  quel  ami  prendas  sche  sto  iou  era  misirablameing  eau 
enten  quest  desiert  mûrir  per  charschadegna  a  dolur  cun  tut  pia  dai 
quel  ami  per  ina  trost  scha  vi  iou  quel  trer  sij  tier  tiu  survetsch,  ves  a 
la  Dolorusa  Grova  conplaniu  sia  oratiun,  sche  perneit  mira,  veng  ei  ina 
tschiarva,  la  qualla  semusava  tutt  dumiastia  et  sestrihava  entuern  ella, 
val  sco  ella  les  dar  dentelir  che  Diaus  ella  havessi  eau  termes,  sinaquei 
chella  cun  quei  mittel  pudesi  sustentar  igl  affon,  Genoveva  ha  ladina- 
meing  encoschiu  che  quei  seigi  ina  providenza  e  particulara  favur  de 
Diu,  et  tras  quei  ha  ella  purtau  neutier  igl  affon  et  mes  vit  las  tettas 
délia  tschiarva,  igl  quai  affon  a  lau  ton  gig  tettau  chel  ha  survigniu 
enpau  kraft  a  vitta  muert  questa  gronda  graztgia  a  particulara  favur  de 
Diu  ei  Genoveva  talmeing  selegrada  che  ella  cun  dulschas  larmas  de 
legerment  engraztgiava  Diu  cun  tut  igl  siu  cor,  et  rogava  era  Diu  che  el 
dues  continuar  continuameing  questa  sia  niebla  providentia,  sco  ei  quei 
era  daventau,  pertgei  che  schi  gig  che  Genoveva  ei  stada  enten  igl 
desiert  ei  quella  tschiarva  mintgia  gi  vignida  dues  gadas  per  spisgientar 
cun  igl  laig.  Questa  fuva  la  soletta  trost  [f.  24  r"]  a  confiert  che  gudeva 
quei  inocent  affon,  eau  sigl  mund  siat  ons,  sia  chara  muma  ei  quels  siat 
ons  vivida  mo  cun  iarvas  a  ragischs  et  auva,  tgi  cha  pertratgia  che 
Genoveva  seigi  stada  ina  niebla  Grova  et  traigtia  si  enten  cuertzs  da 
Princis  aschi  delicatamein,  usa  aber  stopi  sesustentar  cun  enpau  paschig 
u  iarvas  a  ragischs,  in  tal  veng  gleiti  a  capir,  con  bein  quei  hagi  faig  a 
siu  /.art  magun,  ach  fuva  ei  buca  de  haver  conpasiun  che  ina  Grova  de 
tonta  nobleztgia  stues  patir  munglamens  da  quellas  causas  las  quallas 
perfin  igls  bettlers  an  buca  da  basengs  u  garegian,  sia  niebla  habitaziun 
ha  samidau  enten  ina  macorta  tauna,  sias  survientas  enten  tiers  salvadis, 


DEUX  LÉGENDES  SURSELVANES  87 

sias  delicatas  spisas  enten  ruchas  iarvas  a  ragischs,  siu  bi  a  deletgieivel 
loschoment  u  ruaus  enten  ina  pluna  de  roma  ping,  sias  pedras  custei- 
vlas  enten  dolorusas  larmas  et  cun  in  plaid  tuttas  las  sias  leteztgias  a 
consolatiuns  ein  midadas  enten  ina  continua  tristezia  cumber  a  tribula- 
tiun.  Perquis  Genoveva  a  stoviu  ver  in  cor  de  fier,  sche  ella  hâves 
bucca  zun  fig  sentiu  cumber  et  sedoliu  giu  da  questa  gronda  miseria 
gie  schi  bein  cha  ella  era  zun  bein  preticada  enten  las  vertits  délia 
patienztgia  ei  ella  tontanavont  savens  zungigiada  de  petrameing  bargir 
a  sponder  larmas  giud  sia  zun  gronda  miseria.  igl  tems  délia  stat  fuva 
sia  miseria  zvor  enpau  pli  maneivel  de  surfrir,  igl  tems  de  unviern  aber 
sai  iou  buca  co  ella  a  siu  char  affon  hagien  podiu  surfrir  a  sustaner  la 
schnueivla  ferdaiglia  che  leu  era,  et-co  ella  hagi  igl  tems  de  grondas 
navadas  survigniu  iarvas  a  ragischs  per  setrer  via,  curca  ella  igl  unviern 
leva  beiver  auva  sche  stueva  ella  prender  la  freida  glatscha  enten  sia 
buca  a  tener  ton  gig  chei  luassi,  chuca  ella  leva  encurir  sias  ragischs 
stueva  ella  far  navent  la  neif  et  cun  gronda  breigia  cavar  si  la  tiara  tutta 
schalada  cun  in  len,  churca  ella  ulscheva,  stueva  ella  dar  cun  igls 
[f.  24  v°]  mauns  enzemel  ton  gig  chei  vigniessen  enpau  scaldai,  ach  pia 
con  liung  manigieitz  che  agli  eau  hagien  samigliau  las  noigs  digl  unviern, 
et  con  dolorus  ei  ha  pariu  a  questa  paupra  a  bundanada  Grova,  questa 
gronda  travaglia  avont  che  ella  fus  enpau  distadada,  aber  tuttas  quellas 
dolurs  eran  algi  levas  enten  conparatiun  de  quellas  che  ella  veva  enten 
igl  ver  siu  char  Dolorus,  igl  quai  fus  ton  inocentameing  gravigiaus  cun 
tontas  miserias  a  munglamens,  particularmeing  chuca  el  entschaveva  a 
chrescher  si  et  setz  enconoscher  sia  miseria,  ach  con  savens  strenscheva 
sia  chara  muma  quei  siu  solet  scazy  a  dulsch  affon  tier  igl  siu  cor  a  petz, 
per  mitigar  quella  gronda  ferdaiglia  cun  la  qualla  igl  affon  fuva  schalen- 
taus  a  surcargaus,  churca  ella  veseva  che  tut  la  persuna  de  quei  char 
affon  muert  teribla  ferdaiglia  tutt  tremblava,  sche  mava  quei  a  sia  muma 
talmeing  per  cor,  che  ella  tras  quei  veva  gronda  dolur  e  conpassiun., 
che  ella  veva  pudeva  buca  calar  de  bargir  a  sponder  larmas,  ach  miu 
char  affon,  ach  miu  pauper  affon,  scheva  ella  tontas  miserias  stos  ti 
inocentameing  surfrir  a  star  ora,  et  cun  la  tia  malventireivla  muma  stos 
ti  viver  ton  malventireivlameing,  tgi  vul  ussa  stgiar  gir,  che  quei  char 
affon  securschent  che  sia  cara  muma  ton  pitrameing  bargieva,  hagi  buca 
era  cun  pitras  larmas  bargiu  a  suspirau,  nuettatonmeins  ha  ella  ladina- 
meing  adina  seconsolau  enten  Diu,  cun  unfrir  si  tuttas  las  chruschs, 
miserias  et  grondas  tribulatiuns,  enten  las  quallas  plagas  da  Christo  Jesu, 
suenter  aber  engraztgiava  ella  era  Diu,  che  Diaus  hâves  ella  manau 
ort  igl  mund  chei  pleins  de  enganamens,  et  ella  eau  [f.  2  5  r°]  manau 
enten  quei  Desiert,  ella  duvrava  igl  pli  biar  tems  enten  igl  far  oratiun  a 
carscheva  pli  a  pli  in  gi  a  mintgia  gi  enten  la  devotiun  a  careztgia  tier 


88  G.    DECURTINS 

Diu.  ella  ina  gada  curca  ella  era  avont  sia  spelunca  u  tauna  enten  la 
qualla  ella  steva  cauldameing  culs  eigls  encunter  tschiel  orava,  sche  per- 
neit  mira  veza  ella  in  Aungel  vignient  giu  da  tschiel  igl  quai  purtava 
enten  ses  mauns  in  zun  by  crucifix,  enten  igl  quai  fuva  la  persuna  da 
Christi  de  spir  bi  helfenbein,  la  qualla  fuva  tigliada  ton  bi  kunstlich  a 
merviglius  che  ei  fuva  clarameing  de  comprender  che  quei  fus  faig  u 
tigliau  ora  de  maun  de  Aungels,  pertgei  che  la  fatscha  da  Christi  era 
fatgia  ton  anmietig  a  plein  da  conpassiun  cha  nagin  pudeva  vardar  senza 
cordiala  dolur  a  côpasiun  quest  crucifix  aigl  aungel  dau  agli  cun  gir 
tier  ella  prendi  questa  chrusch  0  Genoveva,  la  qualla  tiu  dulsch  salva- 
der  a  spindrader  Christus  setz  atgi  per  ina  trot  termetta  giu  da  tschiel, 
enten  quel  deigies  ti  mirar,  et  quel  deigies  ti  atgi  metter  avont  per  in 
spiegel  et  avon  quel  deigies  ti  far  tias  oratiuns,  churca  ti  eis  combriada 
sche  seconforta  enten  quella  chrusch,  chur  che  ti  vens  tentada  sche 
cueri  tier  quest  chrucifix,  et  chur  che  tgi  surcarga  la  mala  patienzia  sche 
partratgia  la  patienzia  de  quel  igl  quai  penda  vit  quella  chrusch.  Quest 
crucifix  ven  atgi  ad  esser  in  schilt  enconter  tutts  paliets  de  tes  inimigs, 
et  ina  claf  la  qualla  atgi  ven  ad  arver  igl  soing  Parvis,  churca  igl  Aungel 
ha  giu  gig  quels  plaids  tier  Genoveva,  ha  el  laschau  igl  crucifix  leu  et  ei 
stoligs,  Genoveva  aber  cun  gronda  trost  a  reverenza  ha  priu  quei  cru- 
cifix et  ha  mes  sin  siu  altar  enten  sia  tauna,  igl  quai  altar  la  natira 
haveva  [f.  25  v°]  fabricau  enten  igl  grip  délia  spelunca  de  Genoveva, 
suenter  quei  eis  ella  humiliteivlameing  seprosternida  avon  quella  chrusch 
u  crucifix  et  ha  engraztgtiau  Diu,  et  chur  che  ella  fitgiadameing  urdava 
sin  quella  fatscha  de  Christi,  vigneva  siu  cor  surcargaus  cun  tonta  dolur 
a  conpassiun  che  ella  manigiava  che  siu  cor  schlupas  ora,  aung  pli 
gronda  careztgia  a  dolur  ensemlameing  ei  siu  cor  surprius  a  surcargaus, 
churca  igl  crucifigau  Christus,  ina  gada  ha  stendiu  ora  siu  bratsch  dreig 
et  ella  charameing  pigliau  entuern  a  strenschiu  tier  siu  petz,  enten  quest 
crucifix  fuva  ei  ussa  tutta  trost  a  consolatiun  de  Genoveva,  avont  quel 
steva  ella  bunameing  adina  patertgiont  la  petra  passiun  de  nies  char 
spindrader,  igl  tems  de  stad  ornava  ella  quel  cun  biallas  flursetas  a 
maigs,  igl  unviern  aber  cun  dascha  u  roma  de  auters  pumers  che  leu 
senflava,  ina  gada  churca  ella  sapatertgiava  a  manava  per  cor  sia  gronda 
miseria,  eis  ella  sesida  oder  sebissa  giu  avont  igl  crucifix  et  plirau  a  siu 
dulsch  salvader  schent  miu  dulsch  a  per  mei  crucifigau  Jésus,  tgei  u 
nua  hai  iou  faig  tons  grons  puccaus,  che  ti  mei  ton  dirameing  enquieras 
a  casa,  et  semuesses  ton  dirs,  ach  tgei  hai  iou  po  mai  cornes  che  ti  mei 
sco  ina  cha  rutt  la  leig  lias  laschau  bandischar  da  casa,  mei  lias  stuschau 
eau  enten  quei  aschi  ruch  desiert,  sin  questa  lamentaschun  a  igl  crucifix 
plidau  tier  ella  cun  viva  vusch  quests  plaids  tgei  hai  iou  pia  faliu  che 
miu  Bab  celestial  aschi  [f.  26  r°]  dirameing  ha  mei  visitau,  tgei  hai  iou 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  89 

pia  faig  puceau  chel  mei  val  sco  iou  fus  in  morder  privau  mei  da  tutta 
mia  honur,  et  laschau  engutar  vid  igl  len  délia  chrusch,  eis  ti  pia  pli 
inocenta  che  iou,  oder  hai  iou  forza  faig  pli  bia  puceau  che  ti,  sche 
seconforti  pia  cun  mei,  et  partratgia  qualmeing  iou  inocentamein  aung 
zun  biaras  pli  grondas  dolurs  miserias  et  travaglias  che  ti  hagi  sentiu  et 
patientameing  surfriu,  giu  da  questa  buna  corectiun  de  Jesu  Christo  ha 
Genoveva  seturpigiau,  et  de  caudenvia  ha  ella  mai  pli  plirau  schi  bein 
che  cun  ella  mava  zun  mal,  sunder  ella  se  exercitava  talmeing  enten  la 
patienztgia,  che  ella  engraztgiava  a  Diu  per  ina  a  scadina  dolur  miseria 
u  travaglia  val  sco  quei  fus  ina  particulara  favur  a  dun  da  Diu.  schina- 
vont  che  ella  ton  gig  ei  stada  en  quei  desiert,  enna  quella  ei  carschius 
sy  enpau  siu  carin  affon  cul  num  dolorus  sco  sisura  ei  gig,  igl  quai 
Genoveva  ha  entschiet  a  musar  de  plidar  a  da  ira  setz,  quel  instrueva 
ella  era  enten  la  devotiun,  et  cun  quel  haveva  ella  savens  siu  solatz  a 
dulscha  trost,  Diaus  ha  dau  a  quei  affon  in  tal  dun  a  farstand  chel  zun 
maneivel  capeva  et  enperneva  tut  quei  cha  sia  cara  muma  agli  musava, 
ei  fuva  aber  da  ver  gronda  conpassiun,  vesent  che  quei  char  affon  stoeva 
ira  nius  et  senza  kalzers  enten  tuttas  auras  et  fardaglias  pertgei  cha 
quels  pons  u  piatz  cun  igls  quais  ella  haveva  el  fischau  enten  sia  giuven- 
tegna,  et  quellas  schrottas  pon  las  quallas  ella  haveva  scarpau  giu  da 
sia  vestgiadira  per  curclar  igl  affon  fuven  schon  tutt  ruttas  a  schmar- 
tschidas  talmeing  che  la  muma  a  igl  figl  eran  zungigiai  de  securclar  lur 
niuadat  cun  frastgias  digls  pumers,  giuda  questa  gronda  miseria  [f.  26  v°] 
a  niuadat  de  quest  zart  affon  et  ha  Deus  priu  puceau  et  tras  quei  ha  el 
termes  in  luff  igl  quai  a  portau  ina  pial  nuerza  enten  buca,  ha  quella 
frig  avont  igls  peis  digl  affon,  la  muma  ha  quei  retschiert  quella  cun 
grond  legermen  et  engratiament,  et  cun  quella  vistgiu  siu  car  Dolorus 
sco  ella  ha  saviu.  de  caudenvia  han  igls  tiers  salvadis  entschiet  a  vignir 
pli  familiars  a  dumtestis  cun  els  tras  quei  vignevan  ei  mintgia  gi  a  figie- 
van  tarmaigl  cun  igl  affon,  savens  saseva  el  sin  igl  luff  che  lgi  veva 
purtau  igl  fol  délia  nuerza,  et  figieva  solatz  cun  las  liurs  a  auters  tiers  a 
glimaris  che  senflaven  lau  entuern,  igls  utschials  digl  luft  schgulaven 
savens  sin  siu  tgiau  et  sin  ses  manuts  et  cun  lur  enperneivel  cantar  figie- 
van  ei  igl  affon  cun  sia  chara  muma  fig  selegrar,  curca  igl  affon  mava 
per  encurir  iarvas  a  ragischs  agli  sia  muma,  curevan  ei  cun  el  biars 
divers  tiers,  igls  quais  agli  musaven  cun  lur  brauncas  quallas  fussen  las 
pli  bunas  iarvas  a  ragischs,  sia  bufia  muma  veva  era  zun  grond  legerment 
giud  sia  frindlicha  conversatiun,  et  seschmervigliava  era  zun  fig  giud 
sias  zun  sabias  respostas  a  damondas,  ella  musava  agli  igl  paternies  et 
autras  oratiuns  e  entruidava  el  cun  gron  flis,  qualmeing  el  dues  tener 
char  Diu.  tumer  et  venerar  el  tutta  sia  vitta,  aber  mai  ha  ella  gig  agli 
da  tgei  schlateina  el  seigi  naschius,  biar  meins  aber  pertgei  raschun  el 


90  G.    DECURTINS 

seigi  ussa  enten  quest  desiert  a  malventireivel  stand,  sinaquei  che  ella 
figies  bucca  pli  gronda  sia  chrusch  et  forza  afigies  algi  in  lust  a  gargia- 
ment  de  turnar  enten  igl  mund  enganus,  ina  gada  churcha  ella  zun 
familliarmeing  discureva  [f.  27  r°]  cun  siu  char  Dolorus  ha  el  gig  tier 
ella  quests  plaids,  vus  comondeits  ton  savens  che  iou  deigi  gir  Bab 
nos  quai  che  eis  enten  tschiel.  ei  schei  po  ami  tgi  ei  miu  Bab,  Char 
affon  ha  la  muma  gig  u  faig  resposta,  Deus  ei  tiu  Bab,  igl  ei  si  sur  igl 
soleigl  a  la  glina  cha  ti  vaezas,  igl  affon  damonda  encanuscha  el  pia 
mei  miu  Bab,  gie  fa  la  muma  resposta,  el  enconoscha  tei  et  ten  tei 
zun  char,  co  ei  quei  pia  gi  igl  affon  chel  ami  fa  ton  pauc  dig  bein,  et 
lai  nus  eau  star  enten  tons  munglamens  a  miserias,  Genoveva  fa  res- 
posta agi  nus  essen  eau  enten  ina  val  da  larmas  et  stuein  surfrir  a  pitir, 
curca  el  ven  nus  a  clamar  enten  tschiel,  lou  vengnin  nus  haver  tutta 
dulschezia  a  legerment.  igl  Dolorus  gi  pli  anavont,  ha  miu  Bab  aune 
pli  figls  tier  mei  0  chara  muma,  la  qualla  ha  faig  risposta,  schent  gie 
el  ha  aung  pli,  igl  gi  nu  en  ei  pia,  iou  hai  manigiau  che  nus  seigien 
persuls  eau  sigl  mund,  la  muma  ha  respondiu  schegie  che  ti  eis  mai 
passaus  or  quest  vault,  sche  deis  ti  nuetta  ton  meins  saver  che  orda 
quel,  secatten  aung  biar  tiaras  a  marcaus,  enten  igl  quai  en  biars  chris- 
tgiauns  che  viven,  biars  da  quels  viven  bein,  et  fan  bien  igls  quais 
vegnien  adira  en  tschiel,  biars  aber  viven  mal  e  fan  schliet,  igls  quais 
ston  ira  enten  igl  ufiern,  et  leu  perpetnameing  barschar  a  arder,  igl  figl 
gi  sigl  pli  suenter  pertgei  mein  nus  pia  buca  tier  autra  gliaut  tgei  stein 
nus  eau  enten  quest  desiert  schi  persuls,  igl  quai  ha  faig  resposta  Geno- 
veva schent,  quei  figiein  nus  sinaquei  che  nus  podeigien  pli  being  survir 
a  nies  Bab  Celestial  et  tras  quei  vignigien  pli  ault  enten  igl  soing  Parvis, 
quests  et  auters  sabis  discuers  manava  quei  sabi  affon  cun  sia  chara 
muma  zun  savens,  et  enparava  ella  tutt  manitlameing  dad  ella,  tgei  che 
agli  deva  enten  igl  sen,  esent  [f.  27  v°]  Genoveva  stada  siath  ons  enten 
quest  desiert,  ei  ella  vignida  talmeing  malsauna  che  ella  per  quis  a 
manigiau  de  morir  schinavont  che  ella  veva  igl  grond  munglament  de 
tuttas  causas,  havaeva  ella  talmeing  pirentau  a  faig  pigerar  chella  sami- 
gliava  buca  pli  setza,  gie  fuva  pli  samiglionta  adina  unbriva  et  figura 
délia  mort,  ella  ei  cun  ina  talla  faebra  caulda  surcargada,  la  qualla  quei 
ton  saung  che  era  enten  ella  era  talmeing  envidau,  che  ella  ei  vignida 
zun  schvacha  a  fleivla  et  surprida  cun  zun  grondas  dolurs,  churca  igl  siu 
car  Dolorus  a  viu  cha  sia  aschi  cara  muma  les  mûrir,  ei  el  sco  in  bun- 
danau  ierfanet,  sefrigs  sur  igl  tgierp  délia  mesa  morta  Genoveva  en  et 
talmeing  bargieva  e  plirava  e  sedoleva,  che  sia  chara  et  bunameing  pli 
morta  ca  viva  muma,  zun  grondameing  a  priu  erbarm  et  a  giu  ina  dolo- 
rusa  conpassiun  cun  siu  dulsch  Dolorus,  tgei  dei  iou  pigliar  a  mauns  0 
chara  muma   plidava   igl  affon,   nua  dei  iou  po  mai   savolver  chara 


DEUX  LÉGENDES  SURSELVANES  91 

muma  sche  vus  moritz,  nua  dei  iou  po  mai  ira,  che  iou  sun  eau  enten 
quest  aschi  ruch  a  stgir  grond  desiert,  et  encanusch  nagin  christgiaun 
eau  sigl  mund,  rogei  po  Diu  o  chara  muma,  che  Diaus  a  vus  detti  la 
vitta  a  turnenti  puspei  la  sanadat,  pertgei  sche  vus  duesses  mûrir,  sche 
stues  iou  era  eau  en  quest  desiert  ussa  sacar  via,  sia  cara  muma  udent 
queî  cun  zun  gronda  dolur,  a  consolau  igl  affon  sco  ella  a  saviu,  et  a  gig 
tier  igl  affon  quei  che  ella  ha  mai  voliu  vivont  agli  declarar,  ussa  aber 
explikescha  iou  atgi  en  questa  vissa,  miu  char  figl  bucca  bragi  a  sacon- 
brigieschi  aschi  fig  giud  mia  mort,  pertgei  ti  deis  saver  che  orda  quest 
vault  bucca  de  lunsch  de  Trier  ei  tiu  Bab  enten  in  casty,  tier  igl  quai  ti 
deis  ira  suenter  mia  mort,  e  gir  agli  cha  ti  seigies  siu  figl,  et  el  ven  tei 
zun  maneivel  a  enconoscher  et  prender  si  per  siu  affon,  pertgei  che  ti  eis 
grad  samiglionts  agli  sin  fatscha  [f.  28  r°]  et  tgi  cha  vesa  ven  a  crer  che 
ti  seigles  siu  figl,  sinaquei  ha  ella  rischdau  ala  liunga  co  ella  seigi  vignida 
en  quei  desiert,  et  tgei  schmochs  igl  malizius  gollo  hagi  faig  agli,  nuetta 
ton  meins  ha  ella  rugau  siu  car  figl  chel  deigi  bucca  far  u  garigiar  ven- 
detgia  encunter  quel,  sunder  agli  per  amur  da  Diu  decormeing  perdunar, 
enten  quei  cha  Genoveva  manigiava  che  mintgia  augenblick  de  dar  si 
igl  spirt  perneit  mira  sche  vignevan  dus  Aungels  enconter  sia  tauna 
cun  gronda  clareztgia,  igls  quais  mont  vitier  siu  leg,  et  tucont  ella  cun 
lur  mauns,  schâ  ei  gig  quests  plaids,  ti  deigies  viver  0  Genoveva  a 
bucca  morir  pertgei  aschia  ei  la  veglia  da  Diu.  Sin  queis  plaids  en  ei 
stoleigs,  a  la  Grova  restada  u  tornada  sauna  cun  gronda  leteztgia  a 
consolatiun  da  siu  char  affon,  suenter  quei  pia  che  ton  gig  havent  seteniu  sy 
enten  igl  desiert,  cun  discuerar  de  Genoveva,  ei  sei  reschuneivel  che  nus 
vignigient  tior  igl  casty,  a  considereigien  tgei  nies  Groff  Sitfridus  fetschi. 
Quest  suenter  quei  chel  ei  arivaus  da  viarra  enten  siu  casty,  ha  igl  mali- 
tius  gollo  resdau  ala  liunga  co  el  hagi  faig  manar  ora  quella  pitauna  cun 
siu  affon  enten  igl  vault,  et  eau  adels  faig  prender  la  vitta,  giud  la 
qualla  causa  igl  Groff  era  bein  contens,  et  ludava  la  gronda  prudentia  e 
schi  biar  de  siu  hoffmeister,  paucs  gis  eran  passai  via,  sche  perneit 
mira  ha  ei  entschiet  agli  morder  la  cunsienztgia,  et  la  memoria  de  sia 
chara  Genoveva  agli  cuschanava  gronda  âgueschs  a  dolur,  et  agli  deva 
enten  igl  sen  chel  forza  vessi  faig  entiert  agli  Grova,  et  el  vessi  forza 
faig  grond  puceau  cun  bucca  giustar  quella  causa  cun  dretgia  raschun, 
et  encurir  suenter  suficientameing  [f.  28  v°]  la  noig  suenter  a  el  giu  in 
zun  greff  siemi,  igl  quai  a  multiplicau  fig  la  malla  enconia  digl  Groff, 
pertgei  che  agli  pareva  en  sien  che  el  veses  in  drag  igl  quai  agli  pernes 
navent  sia  chara  Genoveva,  et  ei  fus  nagin  igl  quai  vignis  agli  enagit 
enten  questa  tribulatiun  e  anguescha  quest  siemi  a  el  la  damaum  risdau 
a  siu  hoffmeister  gollo,  igl  quai  tras  listiadat  ha  el  mes  ora  faulzameing 
cun  gir,  che  igl  drag  munty  igl  Koch,  igl  quai  veva  num  Dragon,  et 


92  G.    DECURT1NS 

tras  quei  che  el  agi  bucca  salvau  fey  a  verdat,  hagi  el  surmanau  sia 
Grova  Genoveva  tier  igl  pucau  cun  privar  igl  Groff  de  sia  consorta,  et 
confortava  era  igl  Groff,  chel  de  caudenvia  dues  buca  crer  e  far  stefni 
sin  igls  siemis  et  bitter  navenda  la  malla  enconia,  pertgei  chel  possi  a 
deigi  crer  fermameing  che  la  Grova  et  igl  Koch,  agien  meritau  ina  mort 
biar  pli  crudela,  sinaquei  aber  che  igl  Groff  laschasira  quels  malenconigs 
patertgiamens  a  remiers  délia  consienztgia  ha  igl  gollo  pigliau  a  mauns 
tutts  solats,  nomnadameing  gastarias  a  comedias  a  saltars  ira  ala  catscha 
far  igl  fecht  et  autras  fatschentas  per  far  star  légers  igl  Groff  et  enblidar 
via  sia  chara  Genoveva  questas  causas  figievan  zvar  legrar  igl  cor  digl 
Groff  dadora  via  aber  la  plaga  de  siu  schrupel  podeva  mai  vignir  cuvrig- 
tgia  via  sunder  quella  vigneva  de  gi  engi  pli  gronda  a  pli  dolorusa  ina 
gada  ei  igl  Groff  ius  enten  la  conbra  de  sia  chara  Genoveva  nua  che  el 
denter  autras  schartiras  ha  anflau  quella  sisura  numnada  breff,  la  qualla 
Genoveva  haveva  schrit  enten  sia  fermonza  avont  chella  vignis  manada 
navenda  igl  Groff  legia  questa  breff  cun  zun  gronda  atentiun  et  encono- 
scheva  enten  quella  la  perfetgia  inocenzia  de  sia  [f.  29  r°]  cara  Geno- 
veva havent  quella  legiu  a  el  sentiu  tonta  conpasiun  cun  sia  cara  Geno- 
veva che  lgei  bunameing  vigniu  mauls,  et  ei  vignius  malsauns  per 
charschadegna  el  ei  encunter  igl  hoffmeister  gollo  talmeing  savilaus  che 
schel  fus  staus  presens  sche  ves  el  igl  mazau  leu  sigl  platz  el  nomnava 
quel  in  faulz  terditur  et  zun  malizius  morder  et  schmaladeva  el  giu  funs 
igl  ufiern  a  vesent  quei  igl  malizius  gollo  ha  el  sefaig  ot  peis  per  zecons 
gis  entocen  chel  ha  enteleig  che  la  gritta  de  siu  signur  seigi  stizada  via 
suenter  quei  ha  el  ton  listiameing  saviu  surplidar  igl  Groff,  che  el  ha 
cartiu  pli  als  plaids  u  manzegnias  digl  gollo  che  als  plaids  u  schartira  de 
genoveva,  denter  auter  gi  igl  gollo,  che  la  genoveva  gigy  enten  sia 
breff  che  ella  seigi  senza  cuelpa,  et  hagi  mai  faig  samigliontas  causas,  ei 
bein  ina  bialla  resposta,  sche  metti  ei  avunda,  schent  tuts  laders  a  mor- 
ders  en  senza  cuelpa,  cun  quels  a  simiglionts  plaids  ha  el  talmeing  sur- 
plidau  igl  Groff,  che  el  ei  puspei  vignius  en  Graztgia  cun  el  sco  vidavont 
aber  buca  gig  ha  quei  cuzau,  pertgei  che  bein  prest  suenter  en  igls 
scrupels  a  remiers  délia  consieztgia  tornai  pir  cha  vidavon,  pertgei  el 
manigiava  et  haveva  quella  apresentiun,  che  enzatgi  agli  adina  sches 
enten  ina  ureglia,  ti  has  laschau  mazar  la  tia  inocenta  Genoveva,  ti  has 
priu  la  vitta  a  quei  bundanau  affon,  ti  has  crudelmeing  faig  mazar  quei 
inocent  Koch  senza  raschun,  et  quest  vierm  délia  consienztgia  fuva  agli 
ton  greffs  a  molests,  che  el  podeva  mai  haver  nagin  legerment  eau  sigl 
mund  enten  caussas  terenas,  sunder  val  sco  el  les  sedesperar  mava  el 
entuern  pleins  de  carschadegna  a  mallaenconia,  el  clamava  savens  cun 
lamenteivla  vusch  quests  plaids,  ach  Genoveva,  nua  eis  ti  pomai  tratgia 
via  [f.  29  v"|  0  ti  niebel  scazy  digl  miu  cor,  ti  eis  senza  cuelpa  vignida 


DEUX  LÉGENDES  SURSELVANES  9? 

per  tia  vitta,  et  de  tia  mort  sun  iou  solettameing  la  caschun,  igl  malizius 
gollo  quei  advertend  qualmeing  igl  GrofT  pli  a  pli  vignies  surcargaus  cun 
ses  scrupels,  et  tras  quei  pudes  far  vendegtgia  agli,  eis  el  sesplimaus 
navent  digl  casty  a  da  sitfridus,  gie  sinaquei  che  igl  Groff  el  buca  survi- 
gnies  eis  el  ius  ort  sia  tiara,  suenter  quei  churca  igl  Groff  ina  gada  fuva 
persuls  enten  siu  ruaus  enten  sia  combra  entuern  mesa  noig,  sche  per- 
neit  mira,  auda  el  in  spengst  igl  quai  cun  gronda  canera  arves  si  siu 
esch  délia  combra,  et  ladinameing  cun  ramur  aschruschei,  schi  bein  aber 
che  igl  Groff  veseva  nuet,  ha  nuetta  tonmeins  el  surcargau  schnueivla 
temma  et  anguescha,  talmeing  chel  zun  fig  tremblava,  et  sezupava  zvor 
sut  igls  pons  sco  el  saveva,  igl  spirt  aber  ei  vignius  ent  igl  leeg  tier  el,  et 
ei  semés  vitier  el,  igl  quai  spirt  era  sco  ina  neif  oder  glatscha,  gie  el 
pigliava  entuern  la  persuna  digl  Groff  cun  sia  freida  bratscha  ton  staing, 
chel  manigiava  de  stenscher,  igl  zun  entoken  la  mort  cunbrigiau  Groff 
cloma  en  agit  ses  surviturs  cun  stermentusa  vusch,  igls  quais  bein  prest 
vignient  han  stuschau  u  faig  ira  davent  igl  spirt  tras  lur  esser  presens, 
suenter  quei  che  igls  surviturs  en  stai  navenda,  et  igl  Groff  steva  enten 
siu  ruaus  pleins  schnavurs,  veng  igl  spirt  la  secunda  gada,  et  rumpa  en 
igl  esch,  igl  quai  mon  per  stiva  sidengiu  runava  enten  ses  peis  a  ses 
mauns  grondas  cadeinas,  igl  Groff  ha  enna  quella  viu  igl  spirt  schi  bein 
ca  ei  era  noig  qualmeing  el  fus  tut  blaichs  magers  et  samiglionts  a  la 
mort,  igl  quai  spirt  stent  eri  enten  in  encarden  u  cantun  délia  combra, 
mussava  [f.  30  r°]  cun  in  det  u  cun  in  maun  che  igl  Groff  dues  vignir 
tier  el,  igl  Groff  era  ton  pleins  de  tema  chel  vigniva  sco  in  miet,  et 
pleins  de  savurs  a  larmas,  saveva  el  bucca  tgei  far  u  pigliar  a  mauns, 
igl  spirt  a  mussau  la  secunda  gada  chel  deigi  vignir,  schinavont  aber  ca 
igl  Groff  stgiava  ves  vignir,  ladinameing  ha  igl  spirt  agli  cun  teribla 
vusch  a  fatscha  schmanitschau  cun  in  det,  aschia  ei  igl  Groff  staus  zun- 
gigiaus  de  star  si  de  siu  ruaus  et  cun  schnueivla  tema  a  tremblar  ira  tier 
igl  spirt,  igl  spirt  mava  avont  et  mussava  agli  co  el  dues  vignir  suenter, 
et  ha  el  manau  giu  enten  in  zunt  ault  comach  stgir  a  bass,  leu  a  igl  spirt 
mussau  cun  in  det  sin  la  tiara,  e  pi  ei  stoligs  senza  gir  in  plaid  :  igl 
Groff  a  suenter  quei  puspei  clamau  igls  ses  surviturs,  chei  deigien  el 
prender  ora  da  quella  stgiradegna,  igl  quai  cun  grond  disgust,  et  el  cun 
gronda  breigia  traig  lundrora  el  ha  risdau  adels  la  sia  visiun  cun  gronda 
tema,  et  adels  comendau  chels  deigien  cavar  la  damaun  leu  enten  quei 
liug,  suenter  quei  che  ei  ves  in  peij  ault  vevan  cavau,  aflen  ei  in  tgierp 
miert,  igl  quai  veva  grondas  cadeinas  enten  ses  mauns  a  peis,  et  han 
enconoschiu,  che  quei  seigi  igl  tgierp  digl  Koch,  igl  quai  gollo  veva 
mazau  enten  la  perschun,  igl  Groff  a  laschau  prender  ora  la  ossa  et  a 
faig  saterar  enten  in  liug  Benediu,  et  per  la  olma  a  el  faig  far  biar  mes- 
sas  e  autras  bunas  ovras,  sinaquei  ei  igl  Koch  u  igl  spirt  mai  vignus  pli 


94  G.    DECURTINS 

e  el  mulestau,  sunder  el  ei  staus  enten  siu  ruaus  ;  [f.  30  v°]  Questa  fuva 
puspei  ina  clara  enzena  délia  inocenztgia  digl  Koch  et  caschun  da  pli 
gron  scrupel  agi  Groff  Sitfrid,  aber  la  pli  clara  enzena  délia  inocentia  de 
Genoveva  ei  stada  questa  la  qualla  iou  hai  priu  avont  memetz  de  risdar. 
Quella  stria  la  qualla  veva  faig  conparer  igl  Giavel  tras  ses  schmaladius 
Kunsts  algi  Groff  sitfrid,  cun  representar  agli  Genoveva  che  figieva  puc- 
eau cun  igl  Koch  enten  igl  marcau  de  strosburg,  ei  suenter  zacons  ons 
pigliada  et  sco  ina  stria  suenter  ses  merits  condemnada  u  truada  tier  igl 
fiug,  chella  dues  vignir  berschada  viva,  churca  questa  ei  vignida  manada 
ora,  et  schon  messa  sin  igl  caset  de  lena,  sin  igl  quai  ella  dues  vignir 
brischada,  ha  ella  rugau  igl  Derschader,  chel  deigi  far  la  Grazia,  et  dar 
agli  la  lubienscha  de  plidar  dus  plaids  aunca  mûrir,  suenter  quei  che  ei 
gliei  algi  vigniu  lubiu,  ha  ella  plidau  en  questa  visa,  schibein  cha  ieu 
tuts  igls  gis  de  mia  vitta  hai  faig  zun  biars  pucaus  et  biar  schliet,  nuetta 
tonmeins  encrescha  ei  ami  nagin  ton  sco  quel  che  ieu  hai  ina  gada 
schandliameing  surmanau,  et  dau  da  crer,  et  faig  parer  agli  Groff  sitfrit, 
che  sia  consorta  Genoveva  hagi  rut  la  leig,  et  rut  igl  ligiom  délia  fidei- 
vladat,  la  qualla  ensemblameing  con  siu  inocent  Koch  ei  vignida  per  sia 
vitta,  et  stuviu  mûrir  ensemblameing  cun  siu  affon,  sco  ina  cha  ves  rut  la 
leig,  q'uest  miu  pucau  ha  mei  savens  conbriau  entochen  la  mort,  iou 
reclom  aber  miu  plaid  e  gig  a  confes  che  la  Grova  sco  era  igl  Koch  sei- 
gien  senza  cuelpa,  iou  rog  era  che  quei  deigi  vignir  fatg  da  saver  agli 
Groff,  che  iou  hagi  faig  quei  tras  dar  en  a  domendar  de  siu  hoffmeister 
gollo,  churca  quei  ei  vigniu  ad  ureiglias  agi  Groff,  ha  el  semusau  buca 
auter  che  sco  in  che  les  sedesperar  [f.  3 1  r°]  usa  enconoscheva  el  zun 
claramein  qualmeing  igl  malizus  gollo  hâves  el  manau  per  igl  nas  a  tur- 
pigiusameing  enganau,  et  sia  chara  Genoveva  cun  siu  char  figl  aschi 
crudelmeing  mazau  et  curca  quei  agli  vigneva  endamen,  sche  figieva  ei 
agli  ton  mal  che  el  steva  per  vignir  ordasen,  ord  sia  buca  udevan  ei 
nuet  auter  che  quels  plaids  Ach  ach  Genoveva,  Ach  ach  miu  char  a 
niebel  scazi,  ussa  encanusch  iou,  che  iou  hagi  faigentiert  atgi,  et  tei  cun 
miu  zun  char  affon  crudelmeing  hai  schau  mazar  a  prender  la  vitta  Ach 
Diaus  tgei  hai  iou  po  mai  faig,  Ach  Segnier  Diu  co  dei  iou  atgi  respon- 
der  a  far  avunda  :  iou  rog  tei  cha  ti  veglias  mei  buca  tgisar  avont  igl 
streing  truament  da  Diu,  sunder  ami  tras  misericordia  perdunar  miu  grob 
fêler  a  pucau,  ti  aber  0  zun  faulz  a  malizius  gollo  eis  solettameing  la 
caschun  de  tutt  quest  mal,  ti  eis  igl  zun  crudeivel  morder  de  mia  chara 
Genoveva  et  da  miu  char  figlet.  co  dei  iou  suficientameing  far  vendetgia, 
et  cun  tgei  mort  dei  iou  tei  metter  ord  peis,  quests  a  simiglionts  plaids 
de  conpassiun  scheva  el  encunter  sia  chara  Genoveva  a  siu  char  figl,  et 
tut  da  gretta  scheva  el  encunter  igl  malizius  gollo,  cun  igl  quais  el 
enpruava  da  satisfar  a  sasetz  sin  quei  chel  podes  dar  luft  enpau  a  sia 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  9$ 

gritta  a  furiusa  rabia  enconter  igl  gollo,  igl  gollo  fuva  schon  dus  ons 
navenda  digl  casty  muert  tema  de  siu  signiur,  igl  quai  saveva  buca  tgei 
cantun  pigliar  per  puspei  pigliar  questa  listia  uvolp,  el  schriva  agli  gollo 
ina  frindlia  breff,  enten  la  qualla  el  trai  en  pertgei  el  che  seigi  igl  siu 
confident  survient  et  bien  amig,  hagi  dau  si  igl  casty  u  igl  hoff,  et  seigi 
traigs  enten  tiarras  iastras,  schi  bein  chel  hagi  adina  mussau  agli  gronda 
careztgia  a  confidonza,  igl  gollo  aber  ha  sestgisau,  cun  scriver  chel  tras 
grondas  fitschentas  chel  hagi  de  conderscher  possi  bucca  conparer,  schi 
bein  ca  quei  fus  miu  gargiament,  igl  Groff  aber  bucca  contens  cun  quei, 
schriva  agli  puspei  enzacontas  breffs  rugont  el  cun  zun  gronda  frindlia- 
dat  chel  deigi  dar  si  sias  fitschentas  [f.  3 1  v°]  et  vignir  tier  el  pertgei 
el  garegi  zun  fig  sia  frindlia  conversatiun  quest  schriver  a  termetter 
breffs  dadin  a  dalauters  ha  cuzau  in  grond  temps,  et  tras  quei  ha  gollo 
manigiau  a  cartiu  chel  seigi  puspei  enten  graztgia  cun  igl  Groff  siu 
Signiur,  sinaquei  a  igl  Groff  faig  pinar  enten  siu  casty  ina  zun  niebla 
gastaria,  tier  la  qualla  el  ha  envidau  tuts  ses  niebels  parens  a  buns  amigs, 
quei  ei  daventau  sin  igl  temps  de  buania  u  fiasta  digls  treis  soings  Reigs, 
cun  questa  caschun  ha  igl  Groff  era  envidau  igl  siu  hoffmeister  gollo, 
chel  sin  quella  fiasta  deigi  era  conparer  et  star  légers  con  igls  ses  amigs 
e  gasts  che  eran  envidai,  quest  bein  che  lestia  uvolp  chel  era_,  ha  quella 
gada  seschau  surplidar  et  ei  curius  enten  la  reit  délia  mort  che  era  agli 
pinada.  igl  Groff  fa  agli  era  bein  vignientcun  gronda  frindliadat  et  a  zun 
fig  selegrau  e  semussau  letz  giud  sia  vignida,  ei  han  zacons  gis  conver- 
sau  ensemel  cun  gronda  confidonza,  et  spitgiava  igl  gi  sin  la  fiasta  de 
Buania,  sin  igl  quai  gi  tuts  igls  gasts  havessen  de  conparer  a  vignir 
enzemel.  Siath  ons  fuven  vargai,  enten  igls  quais  Genoveva  era  enten 
igl  Desiert,  et  de  tut  igl  mund  tenida  per  morta,  et  la  fiasta  digls  treis 
Soings  Reigs  era  neutier  et  igl  gasts  en  conpari,  sinaquei  aber  che  igl 
Groff  pudes  salvar  pli  bein  ses  parens  et  amigs  che  eran  envidau  tier  sia 
Gastaria,  ei  el  cun  biars  surviturs  setz  et  a  era  priu  igl  gollo  cun  el  et  ei 
ius  enten  in  vault  a  catscha  per  survignir  enqualche  salvaschina.  Perneit 
mira  suenter  quei  chei  gig  a  Hun  en  stai  y  per  quest  desiert  entuern, 
vesa  igl  Groff  ina  zun  gronda  a  bialla  tschiarva  la  qualla  el  a  fugientau 
et  ei  ius  suenter  quella  a  tras  biaras  caiglias  a  crapas,  entochen  la  vivont 
numnada  tschiarva  ei  vignida  tier  la  tauna  nua  che  era  Genoveva,  et 
leu  priu  siu  refugi  per  fugir  a  mitschar  digl  paliet,  igl  Groff  veng  vitier 
quella  [f.  32  r°]  tauna  et  varda  en  quella  tauna,  vesa  el  sper  la  tschiarva 
ina  femna  niua  magra  sco  la  mort,  el  ei  giu  da  quei  fig  sestamentaus,  et 
manigiont  che  ei  seigi  in  spenscht  ha  el  senzinau  cun  la  enzena  délia 
soingtgia  chrusch  ê  pia  pleins  de  tema  a  schnavurs,  sche  ti  eis  da  Diu 
scha  neu  ora  et  gi  ami  tgi  ti  seigies,  Genoveva  ha  ladinameing  enco- 
noschiu  igl  Groff,  dadel  aber  vignieva  buca  enconoschida,  ha  faig  res- 


96  G.    DECURTINS 

posta  cun  quests  plaids,  iou  sun  da  Diu,  aber  ina  paupra  puconta  et 
fema  niua  schvus  leits  che  iou  vegni  ora  tier  vus  sche  frei  en  a  mi 
enzitgei  de  vistgiadira,  sinaquei  che  iou  possi  curcla  mia  niuadat  sina- 
quei  ha  igl  Groff  traig  ora  et  frig  enten  la  tauna  sia  kasaka  che  el  veva 
en,  cun  la  qualla  Genoveva  ha  securclau  et  pia  ei  vignida,  et  cun  ella  ei 
era  vignida  ora  senza  tefna  la  tschiarva,  igl  Dolorus  fuva  buca  lura  pre- 
sens,  sunder  era  ius  per  igl  vault  entuern  per  encurir  ragischs  et  iarvas 
a  sia  chara  muma  de  gientar,  igl  Groff  aber  schi  bein  che  el  encono- 
scheva  buca  Genoveva,  seschmervegliava  et  perneva  zun  grond  erbarm 
giud  sia  paupra  persuna  et  zun  magra  a  blaicha  fatscha,  ella  enpiara  era 
chella  deigi  po  gir  tgi  ella  seigi  et  co  ella  seigi  vignida  enten  quest 
desiert  aschi  ruch  e  mitgiert,  ella  aber  ha  faig  resposta  a  gig  miu 
Signur  :  ieu  sun  ina  paupra  fema  naschida  de  stramont  e  sun  vignida 
eau  tras  grond  munglament,  pertgei  chei  han  encureig,  de  per  mei  senza 
cuelpa  cun  miu  car  affon  mazar  et  anus  prender  la  vitta,  igl  Groff  gi 
puspei  co  ei  quei  iu  tien,  et  con  gig  eisei  che  vus  esses  eau,  Genoveva 
aber  gi,  iou  sun  stada  maridada  cun  in  cert  Signur  igl  quai  ha  giu  encon- 
ter  mei  ina  susspectiun  che  iou  hagi  rut  la  leig  et  buca  salvau  agli  fidei- 
vladat  et  tras  quei  ha  el  comendau  a  siu  hoffmeister  chel  deigi  mei  cun 
igl  miu  affon,  igl  quai  iou  haveva  retschiert  digl  miu  signur  a  mariu, 
crudelameing  metter  ord  peis  a  mazar,  igls  surviturs  aber  che  eran  desti- 
nai per  mei  mazar,  han  tras  gronda  [f.  32  v°]  conpasiun  schengigiau  la 
vitta  ami  a  miu  affon,  iou  hai  aber  stoviu  enpermetter  da  mai  seschar 
ver  pli  miu  signur,  et  sun  ussa  siat  ons  cheu  enten  quest  desiert,  sin 
quei  ha  igl  Groff  giu  melli  patertgiamens  sche  quella  fus  forza  sia  chara 
Genoveva  et  tras  cha  el  gig  a  fitgiadameing  urdava  enten  fatscha,  aber 
tras  che  ella  era  ton  magra  a  pigierada  sche  pudeva  el  buca  ella  encono- 
scher,  tras  quei  gi  el  pli  anavont,  mia  chara  amigtia  schei  pia  co  ei  igl 
vies  num,  et  igl  num  da  vies  Signur  mariu,  sin  quei  fa  resposta  Geno- 
veva cun  in  grond  suspir,  miu  Signur  mariu  senomnava  Sitfrit  iou  aber 
misirabla  hai  num  Genoveva,  quests  paucs  plaids  han  stementau  pli  fig 
igl  Groff  che  sche  igl  tun  el  ves  tucau,  tras  quei  ei  el  daus  giu  da 
cavaigl  sin  la  tiarra  val  sco  el  fus  privaus  da  sias  sens,  ei  ina  gronda 
urialla  staus  sin  la  tiarra  avont  igls  peis  da  Genoveva  :  gleiti  suenter  ha 
el  alzau  siu  tgiau  et  semés  enschanuglias  schet  Genoveva  ach  Geno- 
veva esses  vus  ella  risponda,  miu  char  Signur  Sitfrit  iou  sun  quella  mal- 
ventireivla  Genoveva,  tras  gronda  conpasium  che  haveva  era  encunter  sia 
chara  Genoveva,  pudeva  el  buca  seretener  de  pitrameing  bargir  a  spon- 
der  larmas,  et  tras  gronda  leteztgia  a  tristeztgia  ensemblameing  chel 
veva,  pudeva  el  buca  plidar  in  plaid,  suenter  gig  avunda  haver  bargiu 
gi  el  tier  sia  chara  Genoveva  quests  plaids  cun  gronda  humilitonza,  ach 
mia  carissima  Genoveva  en  tgei  stand  affla  ieu  po  mai  vus,  ach  Diaus 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  97 

prendi  po  erbarm  che  iou  affla  vus  enten  talla  miseria,  o  mei  malizius 
de  nuet.  ieu  sun  buca  vengonz  che  la  tiara  mei  porti,  iou  ves  meritau 
che  la  tiara  mei  porti,  iou  ves  meritau  che  la  tiara  se  arves  sy  a  lugates 
mei  giu  funs  igl  uffiern,  pertgei  iou  solettameing  sun  la  caschun  da  tutta 
la  vossa  miseria  a  schventira  et  iou  sun  quei  malizius  mariu  îgl  quai  hai 
vus  mia  inocentissima  consorta,  tras  faulza  suspectiun  comendau  de 
[f.  35  r°]  mazar,  ove  ami,  ove  ami  a  mes  grons  pucaus,  ove  a  mia 
paupra  olma,  co  dei  iou  satisfar  avunda  a  Diu,  et  avon  vus,  schinavont 
che  iou  hai  avus  coschonau  tonta  dolur  a  travaiglias,  co  vi  ieu  po  mai 
responder  a  far  avunda  per  igl  grond  schmoch  et  ingiuria  che  iou  hai  faig 
cun  vus,  perdunei  ami  o  chara  Genoveva,  ach  perdunei  po  ami,  ach 
perdunei  po  per  amur  digl  nies  char  Segnier  Jésus  Christus,  igl  quai  vit 
la  soingtgia  chrusch  a  era  rogau  per  ses  inamigs,  per  satisfatiun  de  quei 
sun  iou  parigiaus  de  far  tut  quei  che  vus  vignits  dumendar  de  mei,  sun  ieu 
era  parigiaus  de  mussar  a  vus  milli  gadas  pli  honur  a  careztgia  che  ne  hagi 
faig  schmochs  et  ingiurias,  iou  vi  buca  star  si  délia  tiarra  entochen  che  vus 
haveits  buca  ami  perdunau  et  entochen  ca  vus  mei  buca  consoleits  cun 
frindlis  plaids,  veng  ieu  u  pos  mai  esser  consolaus,  la  buna  Grova  Genoveva 
fuva  tras  igl  bargir  a  sahumiliar  digl  sitfrit  talmeing  muentada,  che  ella  tras 
gronda  conpasiun  a  dolurs  a  bargir  a  sponder  larmas  pudeva  bucca  gir  in 
plaid,  entochen  che  ella  era  enpau  quietada  ha  cun  fleivla  vusch  gig  tier 
igl  sitfrit  buca  seconbrieit  buca  seconbrieit  ton  fig  o  char  signur,  quei 
ei  buca  daventau  tras  vossa  cuelpa,  sunder  tras  la  providenza  da  Diu  ei 
quei  daventau,  che  ieu  sun  vignida  enten  quest  desiert,  iou  perdun  avus 
decormeing  et  hai  schon  la  entschialta  da  mias  miserias  avus  perdunau, 
igl  omnipotent  Diu  vegli  anus  tuts  perdunar  igls  nos  pucaus,  et  far  par- 
ticipeivels  a  vengonz  da  sia  sointgia  Graztgia,  sin  quei  a  ella  agli  Groff 
purschiu  igl  siu  maun,  et  a  faig  star  si  délia  tiara,  cheu  steva  igl  Groff 
beingïg  cun  urdar  sin  la  aschi  paupra  a  blaicha  fatscha,  et  cun  tuttavia 
magra  persuna  de  sia  aschi  chara  Genoveva  manigiava  buca  auter  che 
siu  cor  stues  schlupar  ora  per  gronda  conpassiun  chel  sentiva,  et  mus- 
sava  encunter  Genovexa  ina  talla  reverenzia  et  undrienscha  val  sco  el 
fus  avont  ina  zun  gronda  sointgia  [f.  3  3  vn]  digl  tschiel,  et  schi  bein  che 
Genoveva  mussava  agli  tutta  carezia  a  frindliadat,  stgiava  el  tonaton,  ves 
cun  ella  plidar,  suenter  gig  haver  suspurau  a  bargiu,  gi  igl  Groff  tier  sia 
chara  Genoveva,  nua  ei  pia  quei  pauper  affon  igl  quai  vus  veitz  parturiu 
enten  la  perschun,  vignius  via,  eis  el  forza  buca  pli  enten  vitta,  la 
Genoveva  fa  risposta,  a  gigs  che  ei  seigi  ina  zun  gronda  miracla  che  el 
seigi  aung  enten  vetta,  pertgei  tras  quei  che  ella  tras  gronds  munglamens 
hagi  ella  piartz  igl  laig  digl  siu  sein  ladinameing  suenter  quei  che  ella 
seigi  stada  enten  quei  Desiert,  agi  Diaus  priu  erbarm  dad  ella  a  da  siu 
affon,  et  termes  anus  quella  tschiarva  chei  ussa  cun  mei,  la  qualla  igl 
Romania,  Xlll  7 


98  G.    DECURT1NS 

affon  a  tettau  mintgia  gi  dues  gadas,  et  tras  quei  mantaniu  a  vivintau 
igl  affon,  enten  quei  che  ei  quei  discureven,  preing  mira  veng  igl  Dolo- 
rus  tier  la  tauna  cun  gronda  prescha,  igl  quai  fuva  tschinclaus  enten  ina 
pial  de  nuerza,  et  haveva  buca  caltschauls  ni  calzers,  el  haveva  era  ses 
manuts  pleins  de  ragischs  chel  haveva  cavau  per  spisgientar  sia  chara 
muma,  curca  quei  pauper  affon  a  viu  che  ei  seigi  in  um,  numnadameing 
igl  Groff  cun  sia  chara  muma,  eis  el  sestementaus,  et  a  gig  tier  la  muma, 
muma  :  muma,  tgei  um  salvadi  ei  quei  po  mai  igl  quai  ei  leu  cun  vus, 
iou  tem  iou  tem  el,  la  muma  fa  risposta  agi,  buca  tema  miu  char 
figlet,  veng  mo  neutier  gagliardameing,  quei  um  fa  nuet  atgi,  sin  quei  gi 
igl  Groff  tier  Genoveva  ei  quei  nies  char  figl,  ella  aber  gi,  ach  das  gott 
erbarm,  quel  ei  quest  nies  pauper  affon,  ves  igl  cor  digl  Groff  buca 
doviu  schlupar  et  rumper  enten  milli  togs,  curca  el  siu  char  affon,  et 
niebel  figl  veseva  enten  tonta  miseria,  vignies  tier  el,  leteztgia  a  tris- 
teztgia  fuva  leu  ton  gronda  enten  el,  cha  el  saveva  buca  quai  hâves  sur 
maun,  churca  igl  carin  affon  era  neutier,  gi  sia  chara  muma  tier  el, 
vardi  miu  char  affon  et  prein  mira,  quest  ei  tiu  Bab,  va  vitier  el  a  bitscha 
agli  igl  maun,  quest  [f.  34  r°]  ha  faig  igl  sabi  affon,  igl  quai  siu  Herr 
Vater  ha  suenter  quei  priu  sin  ses  mauns  et  cun  gronda  contentienscha 
strenscheva  el  tier  siu  petz,  et  bitschava  quel  senza  tarfinar,  et  muert 
gronda  tristezia  a  letezia  chel  veva  podeva  el  buca  plidar  in  plaid,  auter 
che  quest  0  miu  char  affon  ach  miu  dulsch  affon,  ach  miu  tuttavia  zun 
charin  figlet,  suenter  quei  che  el  cun  dulschameing  enbritschar  bitschar 
a  carezar  siu  niebel  scazy  a  zun  charin  affon,  a  giu  gig  avunda  saziau  a 
o  carezau,  ha  el  sunau  zun  fig  igl  tgiern  digls  catschadurs  a  clamau 
enzemel  tutts  ses  surviturs  a  conpoings  che  eran  vigni  cun  el,  igls  quais 
en  sin  quei  ladinameing  serimnau  ensemel  e  seschmervigliauen  zun  fig. 
curca  ei  veseven  ina  duna  salvadia  et  in  affon  sin  bratsch  de  lur  signur, 
igl  quai  Groff  plaida  tier  els  en  questa  visa,  tgei  scheits  vus  da  questa 
duna,  doesses  vus  forza  ella  enconuscher,  churca  els  tutts  suenter  quei 
gig  havent  patertgiau  an  ei  gig  agli  che  ei  sapien  buca,  gi  igl  Groff  tier 
els.  enconoscheits  vus  pia  buca  pli  mia  chara  Genoveva,  sin  quei  plidar, 
a  giu  da  quels  plaids  an  ei  talmeing  seschmervigliau  chei  savevan  buca 
tgei  gir  u  tertgiar,  ei  en  in  suenter  gliauter  y  vitier  ella,  et  an  agli  cun 
gronda  Reverenza  purschiu  lur  mauns  encunter  ella  a  faig  beinvigniët, 
et  selegraven  decormeing  de  ver  enflau  quella,  suenter  la  qualla  tutt  igl 
Hoff  schon  siath  ons  havevan  suspirau  et  lementau  per  ella,  dus  digls 
surviturs  en  ladinameing  curi  tier  igl  hoff  per  ina  carotscha  et  era  per 
vistgiadira  sinaquei  che  la  paupra  et  magra  Genoveva  [f.  34  V]  podes 
vignir  manada  a  casa  et  era  dischentameing  secuvris,  denter  tuts  igls 
surviturs  che  eran  vigni  tier  igl  Groff,  ei  staus  igl  gollo  igl  pli  davos,  et 
tras  quei  lai  igl  Groff  clamar  el,  et  bein  prest  gi  che  el  hagi  pigliau  u 


DEUX  LÉGENDES  SURSELVANES  99 

survigniu  in  zun  merviglius  tier.  Chur  che  el  ei  vignius  vitier,  gi  igl 
Groff  encanoschas  ti  questa  fefna,  el  ei  tras  quei  fig  stamentaus  api  gi 
iou  enconosch  quella  buca,  igl  Groff  gi  puspei  tier  el,  ti  o  gollo  che  eis 
pli  grond  schelm  che  ei  sut  igl  soleigl  a  malizius  da  nuet,  encanusches  ti 
pia  buca  pli  mia  chara  Genoveva,  la  qualla  ti  faulzameing  a  zun  inocen- 
tameing  lias  tgisau  avont  mei,  et  ussa  trovau  a  la  mort,  o  ti  grond  mor- 
der,  co  dei  iou  tei  suficientameing  strufigiar  u  castigiar,  schinavont  che 
ti  mi  has  mes  enten  talla  tristezia  a  truriadat,  mia  chara  Genoveva  aber 
cun  miu  char  affon  mes  enten  ton  gronda  schnueivla  miseria,  sche  gie 
iou  atgi  coschonas  tutts  tormens  digl  mund  peinas  a  dolurs  che  savessen 
vignir  patertgiai  ora,  fus  quei  aung  memia  pauc  per  tei,  gie  sche  iou  tei 
metes  entuern  cun  melli  morts,  sche  vesses  ti  meritau  aung  biar  pli, 
enten  quei  fuva  gollo  prosternius  sin  la  tiara  avont  lur  peis,  et  rugava 
per  misericordia  cun  larmas  giu  per  la  vista,  igl  zun  vilau  Groff  aber  ha 
comendau  che  ses  surviturs  deigien  el  ligiar  et  sco  in  pli  grond  morder 
a  danuet  metter  en  fermonza,  suenter  quei  ha  igl  Groff  rogau  Genoveva 
chella  vegli  u  deigi  po  ira  cun  el  enten  siu  Hoff  u  casa  sia,  ella  aber,  ei 
ida  avont  enten  sia  tauna,  et  ensemblameing  tuts  leu  presenti  [f.  3$  r°] 
cun  ella  en  semessi  giu  enschanuiglias  avont  quei  cruzifix  igl  quai  era 
termes  agli  Genoveva  tras  in  Aungel  giu  da  tschiel,  et  ella  ha  leu  cun 
gronda  leteztgia  engraztgiau  a  siu  dulsch  spindrader  vit  la  chrusch,  per 
tutts  igls  grons  beneficis  chella  veva  leu  retschiert  enten  glietz  liug,  et 
pia  ha  cun  biaras  larmas  bitschs  a  suspirs  a  priu  cumiau  de  siu  aschi 
char  crucifix,  suenter  quei  ha  igl  Groff  pigliau  per  in  maun  ad  ella,  in 
auter  niebel  cavalier  aber  portava  quei  char  affon,  et  aschia  en  ei  plaun  lur 
y  entochan  che  ei  an  entupau  la  carotscha,  et  igls  surviturs  che  eran 
termes  avont,  et  igls  utschials  digl  luft  schgulaven  sur  els  videneu,  et 
cun  lur  alas  aschgular,  et  era  cun  lur  enperneivla  ramureta  devan  ei  cla- 
rameing  de  entellir  con  nuidas  ei  schassen  ira  davenda  da  dels  la  Geno- 
veva cun  siu  char  figlet,  la  tschiarva  aber  cha  veva  traig  sy  igl  dolorus 
vigneva  suenter  Genoveva  val  sco  in  tschut,  et  leva  buca  ira  dus  pas 
davent  da  délia,  schon  bein  lunsch  eran  ei  y  ord  igl  vault  u  desiert,  cura 
ei  han  entupau  la  carotscha  a  serviturs  cun  igls  quais  fuven  bîars  digl 
hoff  igls  quais  vignient  adels  encunter  gariaven  de  ver  art  a  part  de 
quest  gênerai  a  grond  legerment  et  lur  siginura  a  Grova  cun  gronda 
honur  compigniar  a  casa  tgei  legerment  cheu  seigi  stau  chusca  tut 
veseva  lur  aschi  chara  Signiura  et  siu  niebel  figlet  po  in  a  scadin  inma- 
ginar  a  manar  per  cor,  cura  ei  en  stai  bucca  da  lunsch  digl  casty  entau- 
pen  ei  dus  piscadurs  igl  quais  han  presentau  agli  Groff  in  zun  gron  a 
bi  pesch,  igl  quai  churca  ei  han  aviert  si  sche  han  ei  enflau  in  custeivel 
any  che  Genoveva  igl  [f.  3  5  v°]  quai  ella  tras  malla  enconia  haveva  frig 
enten  laua  churca  ella  digls  surviturs  ei  manada  ora  per  vignir  mazada 


100  G.    DECURT1NS 

enten  igl  Desiert,  questa  nova  miracla  ha  coschonau  biar  de  schmerve- 
gliar  a  leteztgia,  principalmeing  aber  enten  igl  cor  digl  Groff  igl  quai 
leutras  a  encoschiu  et  ei  muentaus  de  puspei  aschi  de  gi  renova  la 
careztgia  a  fideivladat  meriîeivla  giud  la  quala  causa  el  podeva  buca  ludar 
et  engraztgiar  Diu  avunda,  ves  ei  Genoveva  stada  enten  igl  casty,  sche 
eis  ei  ladinameing  pertutt  leu  dentuern  stau  palesau,  et  tras  quei  per  ver 
quella  nova  soingia  eis  ei  cun  gronda  legria  tut  curiu  leutier  particular- 
meing  aber  en  compari  tuts  igls  gasts  a  ses  niebels  parens  a  buns  amigs 
igls  quais  eis  haveva  envidau  sin  la  fiasta  de  Buania  sco  sisura  ei  gig 
igls  quais  cun  quei  han  giu  enflau  lur  signura  pli  caschun  de  selegrar  u 
star  légers  che  ne  hagien  manigiau  schinavont  u  tras  quei  che  ei  han  leu 
enflau  lur  signura  a  Gratiusa  Grova  val  sco  ella  fus  lavada  de  mort  en 
vitta,  ella  mervigliusa  maniera  tras  la  qualla  Deus  hagi  ella  cun  siu  char 
affon  conservau  et  faig  de  saver  agli  mund  sia  sointgia  inocentia  enten 
questa  legria  a  far  gastaria  en  ei  stai  ina  iamna  ora  et  nueta  fuva  ei  cheu 
auter  che  hâves  podiu  impidir  lur  legerment,  auter  che  curca  ei  vesevan 
cha  ella  pudeva  nuetta  vertir  ne  vin  ni  pier  ni  carn  ni  peschs  ni  autras 
causas  auter  che  iarvas  u  ragischs  paun  a  sal  a  viventavan  Genoveva 
cun  quei  las  qualas  spisas  vignevan  cungidas  pli  bein  che  enten  igl 
desiert  enten  quei  che  tut  steva  léger  ha  igl  Groff  comendau  in  gi  che  ei 
deigien  [f.  36  r°]  prender  u  manar  ort  la  fermonza  cheu  avont  tuts  ses 
amigs  igl  morder  gollo  churca  quei  ei  bein  prest  stau  daventau,  et  igl 
gollo  manaus  et  presentaus  avont  tuts  igls  gasts  ha  igl  Groff  gig,  quest 
ei  quei  ton  desperau  a  malizius  de  nuet  igl  quai  ha  faig  a  coschonau  ton 
biar  mal  che  iou  pos  buca  dumbrar  sy,  quel  ha  mia  chara  Genoveva  a 
consorta  voliu  far  rumper  la  leig  a  ligiom  délia  fideivladat,  el  ha  ella 
senza  mei  avisar  a  far  de  saver  sco  ina  pitauna  mes  enten  fermonza  et 
ella  mortificau  et  castigiau  enten  paun  et  auva,  enten  la  sia  pigliola  u 
parturir  agli  voliu  schar  tier  nagina  trost  e  agit  et  igl  pauper  affon  bucca 
voliu  schar  batigiar,  el  ha  ella  avon  mei  zun  biaras  gadas  tgisau  zun 
faulzameing  et  mei  tras  ina  stria  surmanau  et  faig  sevilar  encunter  ella, 
igl  bien  Koch  dracon  al  mes  entuern,  mia  chara  Genoveva  cun  miu  char 
figlet  comendau  de  crudelmeing  mazar  et  agli  caschonau  siath  ons  ina 
talla  miseria  et  ton  grons  munglamens  et  mei  privau  délia  niebla  pre- 
schienscha  et  habitatiun  de  Genoveva  nossa  niebla  casa  de  Groffs  a  el 
privau  de  artavels  et  finalmeing  faig  in  schnueivel  schmoch  a  tutta  nossa 
niebla  schlateina  u  famillia,  et  quella  mes  enten  schand,  ussa  0  niebels 
parens  a  cars  amigs  judikeit  vus  tgei  quei  schnueivel  morder  hagi  meri- 
tau,  sin  quei  han  tuts  leu  presens  clamau  vendegtia  vendegtia  cun  quei 
malizius  terditur  a  schnueivel  morder  et  han  el  giudicau  tier  ina  la  pli 
schnueivla  mort  vesent  quei  igl  misirabel  gollo  sabitta  el  giu  enschanu- 
glias  avont  igls  peis  de  Genoveva  et  rogava  chela  deigi  agli  po  perdu- 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  101 

nar  et  urbir  agli  digl  Groff  a  tuts  leu  ensemblamein  misericordia.  la 
migieivla  a  zun  misericordeivla  matrona  ei  talmeing  muentada  [f.  56  v°] 
giud  la  humilitonza  da  quest  misirabel  pucont  chella  ha  rugau  igl  Groff 
et  tuts  leu  présents  che  ei  per  sia  amur  veglien  po  perdunar  a  schengi- 
giar  algi  la  vitta,  sin  quei  gi  igl  Groff.  vos  merits  a  nieblas  vertits 
domandassen  pli  cha  quei  da  mei,  ieu  les  per  vossa  amur  bugient  schen- 
gigiar  la  vitta  agli,  schinavont  aber  che  ses  fellers  tuchen  tutta  la  nossa 
niebla  schlateina  a  parentella  a  tras  quei  surdun  iou  et  lasch  judicar  igls 
parens  et  amigs  che  en  eau  presens,  tgei  ei  afflen  per  bien,  igls  parens 
aber  han  tuttavia  bucca  pudiu  u  voliu  far  gratia  cun  el,  sinaquei  che  ei 
vignies  bucca  ina  gada  manigiau  a  cartiu,  che  igl  gollo  fus  senza  cuelpa, 
tras  quei  chei  vessen  buca  agli  priu  la  vitta  tras  quei  han  ei  giudicau  el 
che  enten  lur  preschienscha  de  quatter  boss  deigi  vignir  traigs  permietz 
u  en  togs  scarpaus,  sinaquei  han  ei  ligiau  enten  igls  mauns  a  peis  digl 
gollo  quater  sugets  et  pi  quels  sugets  fermau  vit  quatter  boss  in  per  in 
a  pi  faig  ira  quels  boss  sin  quater  mauns  et  talmeing  che  igl  misirabel 
gollo  ei  gleiti  stas  scarpaus  enten  quater  parts,  ladinameing  suenter 
quei  en  quels  igls  quais  havevan  gidau  igl  gollo  u  favoriu  agli  cun  entar- 
dir  Genoveva  messi  entuern  cun  la  spada  tras  igl  Heintgier,  et  lur  affons 
en  vigni  bendischai,  quels  aber  igls  quais  che  en  stai  fideivels  agli  Geno- 
veva et  agli  an  faig  enqualche  survetsch  anei  vigni  richameing  pagai, 
denter  igls  quais  ei  stada  [f.  37  r°]  quella  matella  la  qualla  veva  portau 
pupir  a  tenta  per  schriver  enten  la  perschun  agli  Genoveva,  et  era  a 
igls  serviturs  che  han  giu  schengigiau  la  vitta  agli  Genoveva  enten  igl 
desiert,  schinavont  aber  che  in  de  quels  era  schon  morts  han  ses  affons 
gudiu  igls  gronds  beneficis  dig  Groff  a  délia  Grova.  suenter  quei  viveva 
Genoveva  cun  siu  Signiur  enten  gronda  sointgiadat  a  niebla  careztgia, 
el  surveva  agli  si  en  tutta  careztgia,  et  saveva  buca  co  agli  sufïcienta- 
meing  ministrar  u  survir  sy,  et  teneva  ella  char  sco  sia  cara  consorta,  et 
honorava  ella  sco  ina  gronda  sointgia,  el  surveva  agli  sy  sco  ad  ina  zun 
zun  niebla  firstin,  aber  Genoveva  haveva  en  tutta  quei  nagina  consola- 
tiun  u  legerment,  pertgei  che  tut  siu  cor  a  gargiament  fuva  endrizaus 
tier  igl  tschiel,  et  tras  quei  che  siu  magun  pudeva  nueta  vertir,  seter- 
gieva  ella  via  cun  pumas  a  salattas  u  autras  iarvas  sco  sisura  ei  gig,  ella 
ei  talmeing  stada  pigierada,  che  ella  hagi  mai  pudiu  vignir  tier  la  possa 
da  vivont,  tras  quei  a  ella  buca  pudiu  viver  pli  che  la  quarta  part  ded 
in  onn,  cun  siu  signiur  mariu,  in  gi  curca  Genoveva  fuva  enten  la  ora- 
tiun  conpara  agli  in  grond  diember  de  sointgias  purschallas,  las  quallas 
tuttas  agli  devan  ina  zun  bialla  flur  denter  quellas  fuva  era  la  pli  niebla 
a  fitada  la  muma  de  Diu,  la  quala  haveva  enten  ses  mauns  ina  zun 
bialla  cun  pedras  custeivlas  a  zun  bi  urnada  cruna,  et  plidava  tier  Geno- 
veva en  questa  visa,  vardi  0  figlia  zun  chara,  questa  atgi  pinada  cruna 


102  G.    DECURT1NS 

la  qualla  ti  has  meritau  tras  la  cruiïa  de  spinas  la  qualla  ti  lias  portau 
enten  igl  desiert,  preing  pia  ussa  da  mes  mauns,  pertgei  che  gliei  ussa 
igl  temps  che  tier  tei  u  cun  tei  entscheiva  la  beada  perpetna  félicitât  de 
tiu  [f.  37  v°]  legerment,  cun  quels  plaids  ha  nossa  Benedida  a  dulscha 
Muma  mes  la  cruna  sin  igl  tgiau  de  Genoveva,  et  ei  cun  sia  sointgia 
conpagnia  ida  a  tschiel.  giud  questa  visiun  ei  Genoveva  fig  consolada, 
particolarmeing  chuca  ella  ha  viu  et  a  enteleig  che  sias  miserias  vegnien 
gleiti  a  pigliar  fin,  per  buca  disgustar  aber  siu  Signiur  ha  ella  agli  buca 
voliu  memia  gleiti  agli  far  de  saver  igl  faig  a  bein  gleiti  suenter  ei  ella 
vignida  surcargada  cun  ina  zun  rucha  febra  ad  ina  malzoignia  talmeing., 
giud  da  quei  ei  igl  Groff  sitfrit  zun  cunbrigiaus  et  duvrava  tuts  mittels  a 
mietz  per  turnentar  agli  la  vitta  a  sanadat,  aber  tutt  quei  a  naziau  zun 
nuet  pertgei  siu  fleivel  magun  pudeva  tener  nagina  causa,  et  tras  quei 
che  igl  Groff  a  siu  char  figlet  veseven  che  la  malsoignia  vignis  pli  a  pli 
greva,  e  che  la  Grova  fus  enten  prigel  de  mûrir,  han  quels  dus  talmeing 
entschiet  a  bargir  a  suspirar  a  sponder  larmas  che  tutt  enten  igl  hoff 
stueven  cun  els  bargir  a  suspirar,  ach  mei  mei  miserabel  um  scheva 
igl  Groff,  sun  ieu  pia  ton  malventireivels  che  ieu  tutts  igls  gis  de  mia 
vitta  sto  consumar  cun  plonschs  a  suspirar  a  seconbriar,  hai  ieu  pia  tal- 
meing faig  puceau  che  Deus  pren  davenda  da  mei  tutta  quei  che  pudes 
mei  consolar,  ves  hai  ieu  giu  mia  chara  consorta  dus  meins  perneit  mira, 
sche  preing  ella  mei  puspei  navent,  ves  hai  ieu  entschiet  a  consolar  a 
selegrar  perneit  mira  sche  mettel  mei  puspei  enten  tonta  truriadat  gie 
pli  bien  fus  ei  stau  che  ieu  ella  hâves  mai  enflau,  che  ieu  ella  sto  ton 
gleiti  budanar  a  piarder  pertgei  che  ieu  ves  buca  saviu  secunbriar  giud 
sia  mort,  sche  ieu  hâves  bucca  saviu  da  délia,  Ach  mia  zun  chara  Geno- 
veva, scheva  igl  Groff  leitz  vus  ton  gleiti  saparar  da  mei  et  mei  ton 
dolorusameing  cunbriar,  veits  po  conpassiun  cun  mia  ton  gronda  dolur, 
et  truriadat  et  rogei  [f.  38  r°]  igl  Altissim  Deus  chel  vus  mei  laschi 
guder  aung  in  tems  et  dulschameing  cun  vus  conversar  Genoveva  a 
gig  tier  el  miu  zun  niebel  scazy  a  carissim  mariu  bucca  seconbrieit  ton 
fig  giu  da  mia  mort  pertgei  che  cun  quei  figiets  vus  bucca  auter  cha 
vus  gargieits  mei  cun  pli  gronda  tristezia,  vus  veseits  gie  bein  chei  sa 
buccu  esser  autra  visa  et  cun  tut  pia  resignei  ala  buna  voluntat  de 
Diu,  quei  che  mei  pli  fig  fa  conbrigiar  enten  mia  mort  ei  che  ieu  sto  vus 
et  miu  char  dulsch  Dolorus  enten  tonta  tristezia  a  truriadat,  sche  vus 
fusses  consolai  sche  les  iou  morir  cun  letezia,  et  comgniar  mia  misirabla 
vitta  cun  la  vitta  perpetna,  tras  quei  rog  iou  puspei  bucca  plireit  0  char 
scazy  a  dulsch  mariu,  et  ti  0  miu  carin  affonet  caleit  de  bargir  pertgei 
iou  mom  tier  Diu  enten  tschiel  nua  che  iou  veng  a  rogar  Diu  per  vus, 
tras  quei  pia  che  ella  veseva  che  la  malsoignia  pli  a  pli  surcargas  ha  ella 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  10} 

retschiert  igls  soings  sacraments  et  dovrava  tut  siu  tems  enten  spira 
devotiun  ella  ha  era  clamau  tier  ella  tuts  quels  che  eran  enten  igl  hoff  u 
casty,  et  ha  adels  dau  biars   a  biais  musamens  a  doctrinas  et  era  sia 
soingtia  Benedictiun  particular  aber  consolava  a  benedeva  ella  siu  char  a 
dulsch  Dolorus  et  igl  bandunar  quel  mava  agli  igl  pli  fig  percor,  final- 
meing  a  ella  dau  si  siu  spirt  a  siu  scafider  igl  dus  gis  de  Avril  igl  on  750 
et  aschia  zun  ventireivlameing  comgniau  sla  misirabla  vitta  cun  la  vitta 
perpetna  Celestiala,  schi  bault  che  ella  ei  stada  spartgida  ei  igl  Groff 
cun  siu  dolorus  oder  figlet  se  frig  sur  igl  tgierp  de  Genoveva  en,  et  han 
talmeing  bargiu  a  plirau  et  seconbrigiau  che  in  manigiava  che  ei  stessen 
per  mûrir  muert  grond  cumber  a  tristezia  cun  els  bargieven  era  tutts  leu 
digl  hoff  tgi  ca  udeva  quella  dolorusa  musica  fuva  zungigiaus  de  pitra- 
meing  cun  els  bargir  a  sponder  larmas,  ei  seconbrigiaven  per  quei  ton 
pli  fig  per  quei  chei  vevan  piars  ina  aschi  soingtia  [f.  38  vn]  matrona,  et 
che  ei  fussen  privai  et  vessen  bucca  pli  gig  pudiu  guder  dulscha  et  aschi 
enperneivla  conversatiun,  igl  Groff  aber  igl  quai  sper  igl  gollo  fuva  staus 
la  caschun  délias  miserias  de  Genoveva  carteva  fermameing  che  Diaus 
hâves  ella  stroffigiau  cun  la  mort  de  quella  sia  cara  Genoveva  et  el  bucca 
voliu  far  vengonz  de  salvar  tier  el  ina  tala  aschia  sointgia  matrona,  et 
tras  quei  plirava  a  bargieva  el  ton  dolorusameing,  che  nagin  ni  spirituals 
ni  temporals  podevan  el  consolar  u  trostigiar  el  leva  era  buca  ira  in  pas 
navent  digl  tgierp  miert,  sunder  steva  continuameing  avon  quel  enscha- 
nuiglias,  ton  fig  cunbriaus  et  bargieva  ton  pitrameing  che  in  manigiava 
chel  cun  u  tras  sias  larmas  a  dolurs  a  suspirs  vignis  a  laventar  ella  de 
mort  en  vitta,  curca  ei  aber  an  voliu  vistgir  ella,  sunder  la  isonza  cun 
la  vistgiadira  de  morts,  han  ei  enflau  entuern  igl  siu  soing  tgierp  in  zun 
ruch  selizy  giud  la  qualla  causa  tutts  leu  presenti  vesent  han  ei  fig 
schmarvigliau  et  giu  conpasiun,  et  tras  quei  pli  clarameing  encoschiu  sia 
gronda  sointgiadat,  la  paupra  tschiarva  che  era  vignida  cun  ella  ort  igl 
desiert,  et  tenida  leu  enten  igl  hoff.  de  tuts  particularmeing  tenida  char, 
et  abuntontameing  spisgientada,  schi  bault  che  Genoveva  ei  stada  morta, 
ha  ella  semussau  ton  trista  e  condrigiada  chei  fuva  misirabel  de  vurdar 
tier.    cura  igl  soing  tgierp  ei  vignius  purtaus  ora  per  saterar,   ei   la 
tschiarva  ida  suenter  bara  ton  trista  a  conbrigiada  et  gareva  ton  misira- 
blameing  a  plirava,  che  tuts  stueven  prender  erbarm  da  délia,  et  quest 
grir  a  plirar  de  quest  pauper  glimari  a-cuzau  entochen  che  igl  tgierp  de 
Genoveva,  et  ha  ton  gig  pli  a  pli  gariu  a  lamentau  e  mai  calau  entochen 
chel  ei  entras  gronda  dolur  a  truriadat  morta  sin  la  fossa,  la  qualla 
caussa  tuts  quels  che  veseven  principalmeing  aber  igl  Groff  ha  [f.  39  r°] 
muentautiertonta  conpassiun,  chei  han  clarameing  enconoschiuqualmeing 
ei  deigien  plirar  giud  la  mort  da  quella  la  qualla  era  igls  tiers  salvadis 


104  G-  DECURT1NS 

ton  pitrameing  lamentaven,  et  per  ina  memoria  da  quei  ha  igl  Groff  faig 
tigliar  ora  ina  tschiarva  sin  igl  crap  délia  fossa  de  Genoveva  sinaquei 
che  tutt  igl  mund  veses  quei  et  enblidassen  quei  mai  via  :  cun  la  soint- 
gia  Genoveva  fuva  era  saterau  u  mes  en  tiara  tutta  consolatiun,  trost  a 
confiert  digl  bien  Groff  pertgei  che  el  enten  nagina  causa  da  quest  mund 
pudeva  vignir  consolaus  u  enflar  enqualche  legerment  u  consolatiun,  el 
mava  entuern  bucca  auter  che  sco  in  che  les  sechar  via  per  tristezia, 
et  figieva  nuetta  auter  che  continuameing  plirar  de  sia  chara  Geno- 
veva, et  enten  Baselgia  steva  el  adina  avont  la  fossa  de  Genoveva,  et 
curca  el  era  enten  igl  siu  casty  seserava  el  adiiïa  enten  la  conbra  de 
Genoveva,  eau  inmaginava  el,  chel  vessi  ella  aung  avont  ses  eigls,  et 
sinplicava  el  ton  dolorusameing  che  ses  survients  digl  Hoff  tumevan  chel 
perdes  igl  ferstand.  sia  pli  gronda  dolur  fuva  chel  hâves  ella  enten  vitta 
ton  dolorusameing  persequitau,  et  suenterquei  stuviu  enconoscher  con 
castia  a  con  sointgia  Genoveva  seigi  stada,  el  manigiava  sche  el  aung 
in  tems  hâves  pudiu  survir  sy  agli,  et  mussar  carezia  per  satisfar  als 
schiroschs  chel  agli  veva  faig,  pudes  el  aung  enpau  esser  cosolaus,  schi- 
navont  aber  che  ella  ei  morta  ton  gleiti,  et  la  caschun  de  agli  survir  sy 
ei  tras  quei  prida  davenda  pudeva  el  buca  seconbriar  a  bargir  avunda, 
quest  misirabel  bargir  a  plirar  ha  muentau  Diaus  setz  tier  la  conpassiun 
et  tras  quei  ha  el  duvrau  quest  mittel  cun  termetter  giu  da  tschiel  in 
Aungel,  per  el  consolar,  quest  Aungel  ei  vignius  tier  [f.  39  v°]  igl  Groff 
enten  fuerma  da  din  pelegrin,  et  ha  domandau  da  del  igl  albiert,  igl 
quai  igl  Groff  ha  dau,  et  el  ha  retschiert  cun  gronda  frindliadal  a  caret- 
zia,  enten  la  tscheina  manigont  igl  Groff  che  ei  seigi  in  ver  pelegrin  ha 
manau  cun  el  in  tal  frindli  discuers  et  el  consolau,  che  igl  Groff  de  cau- 
denvia  ei  staus  pli  consolaus  u  resigniaus,  la  damaun  curca  igl  Groff  ha 
puspei  voliu  plidar  cun  el  a  el  quel  nagliu  saviu  enflar,  et  per  in  engraz- 
tgiament  haveva  el  laschau  sia  vistgiadira  de  pelegrin  enten  la  conbra  da 
siu  luschamen.  ina  gada  ei  igl  Groff  ius  ora  enten  la  tauna  da  Genoveva 
enten  igl  desiert,  et  ha  leu  enflau  in  tschierf  che  steva  leu  grad  eri  schi 
bein  che  igls  tgiauns  fig  urlaven  enconter  el,  igl  Groff  teneva  quei  per 
ina  miracla,  et  ha  faig  ira  davent  igls  tgiauns,  sinaquei  chei  daventas 
nuetta  daschliet  cun  igl  tier,  sin  quei  ei  igl  Groff  ius  enten  la  tauna,  et 
ha  quella  bugniau  cun  larmas,  et  bargient  a  el  gig  tier  sasetzu  encunter 
sasetz  quests  plaids,  ach  quest  ei  quei  liug  enten  igl  quai  mia  chara  Geno- 
veva ha  faig  penetienzia  per  in  pucau  igl  quai  ella  veva  mai  cornes, 
quest  ei  quella  tauna  la  qualla  ei  enplenida  cun  biars  a  dolorus  suspirs  a 
larmas  de  dina  zun  de  tutts  bundanada  inocentia.  Sche  pia  Genoveva  a 
bargiu  a  faig  eau  enten  quest  liug  penetienztgia  per  iasters  pucaus,  u  de 
pucaus  igls  quais  ella  veva  mai  cornes,  pertgei  deis  ti  0  Sitfridus  buca 


DEUX  LÉGENDES  SURSELVANES  10$ 

far  penetienzia  muert  igls  tes  pucaus  eau  enten  questbenediu  liug,  quest 
ha  el  plidau  encunter  sasetz  [f.  40  r"]  et  pia  tras  inspiratiun  Divina  ha  el 
faig  propiest  de  manar  eau  enten  questa  tauna  ina  vitta  de  eremit  tuts 
igls  gis  de  sia  vitta,  havent  el  faig  quest  propiest,  et  ladinameing  faig 
caulda  oratiun  avont  igl  crucifix  che  era  portaus  giu  da  tschiel,  ha  el  viu 
qualmeing  tras  gronda  miracla,  quei  crucifix  haschlargau  siu  soing  maun 
délia  guetta,  et  pi  ha  dau  agli  sia  sointgia  Benedictiun  tras  la  qualla 
causa  siu  cor  ei  enplenius  cun  tonta  dulschtschezia  che  el  manigiava  cha 
el  fus  enten  igl  soing  parvis,  sinaquei  eis  el  bein  prest  ius  enconter  igl 
marcau  de  Trier,  et  ha  domendau  digl  soing  Hidulph  uveschg  che  era 
leu  da  glietz  temps  la  lubienscha  de  bagigiar  ina  capella  leu  en  quei 
liug  nua  cha  sointgia  Genoveva  veva  manau  songtgia  vitta,  et  pia  a  era 
revelau  agli  secrettameing  siu  propiest  chel  vessi  faig,  igl  uvechg  ha 
agli  quest  lubiu  zun  bugient  enten  sia  sointgia  damonda,  et  eau  suenter 
ha  igl  Groff  bagigiau  leu  enten  quei  Desiert  ina  zun  bialla  Baselgia  et  era 
dues  ne  treis  casettas  de  eremit  per  quels  che  lessen  far  penetientzia 
enten  quest  liug  suenter  ver  giu  bagigiau  sy  quei  bi  tempel,  ha  igl 
uveschg  consecrau  quel  a  benediu  enten  laud  et  honur  da  nossa  chara 
Duîïa,  et  quella  nomnau  bucca  auter  che  cominameing  la  Baselgia  da 
nossa  duîïa  igl  quai  num  quest  tempel  ha  aung  otz  igl  gy,  questa  Basel- 
gia statt  enten  igl  landschafft  de  trier  enten  in  liug  che  veng  nomnaus 
maifelt  bucca  da  lunsch  da  din  marcauet  maisen,  et  veng  auncusa  mint- 
gia  on  de  biaras  processiuns  et  zun  gronda  devoziun,  suenter  quei  che 
questa  Baselgia  ei  stada  Benedida  u  consecrada  [f.  40  v°]  ei  igl  tgierp 
de  sointgia  Genoveva  transferius  enten  questa  Baselgia,  sinaquei  che  ella 
pudes  ruasar  enten  quei  liug  suenter  sia  mort,  enten  igl  quai  ella  veva 
manau  ina  ton  streingnia  vitta.  Quest  soing  tgierp  ruasava  enten  ina  zun 
greva  sarcha  de  marmelstein,  la  qualla  sarcha  sis  pera  boss  ves  pudeva 
ruchigiar,  nuetta  tonmeins  eis  ei  daventau  bucca  senza  miracla,  che  dus 
cavals  han  quella  pudiu  trer  bein  maneivel  val  sco  ei  fus  nagina  gra- 
vetzgia,  ceu  fuva  ei  era  cun  gronda  merveglia  de  urdartier,  u  ver  qual- 
meing era  las  creatiras  insentivas  agli  quest  soing  tgierp  figieva  honur, 
et  deven  in  exempel  anus  de  quel  venerar,  pertgei  pertutt  anavont  nua 
chei  maven  atras  cun  questa  niebla  sointgiadat  mussavan  agli  bucca  mo 
las  caiglias  a  plontas  pitsnas  a  grondas  reverenzias,  sunder  igls  aults  a 
grons  pumers  senclinaven  et  bassaven  zun  fig  lur  romas  encunter  quella, 
aschia  ei  quei  Benediu  a  soing  tgierp  vignius  mes  cun  gronda  reverenza 
enten  siu  liug,  et  igl  crucifix  celestial  ei  vignius  mes  sin  igl  Altar  gron, 
sinaquei  cha  in  a  scadin  podes  el  pli  bein  ver  et  venerar.  Suenter  quei 
ei  igl  Groff  ius  enten  siu  Casty  et  ha  leu  ordinau  sias  caussas  val  sco  el 
ves  de  mûrir,  suenter  quei   ha  el  clamau  siu  signiur  Frar  tier  el.  et 


106  G.    DECURT1NS 

enten  preschieuscha  de  siu  char  figl  Dolorus  a  el  gig  tier  quel  quests 
plaids,  Charissim  Frar  vus  veits  schon  faig  [f.  41  r°]  faig  persen  et 
observau  qualmeing  ieu  schon  in  grond  temps  hagi  mai  enflau  ruaus, 
auter  che  enten  sedoler  â  plirar  giud  la  mort  de  mia  chara  a  sointgia 
consorta  Genoveva,  sinaquei  pia  che  iou  possi  caudenvia  dar  satisfactiun 
a  questa  inclinatiun  digl  miu  cor,  sche  hai  ieu  priu  avon  memetz  de  tal- 
meing  bundanar  a  dar  sy  igl  mund,  et  faig  propiest  de  viver  a  morir 
enten  quei  liug,  enten  igl  quai  mia  sointgia  consorta  ei  vivida,  cun  tut 
pia  sche  met  ieu  vus  ussa  per  in  vugau  de  miu  char  figl  dolorus,  igl 
quai  ei  eau  presens,  et  rog  che  vus  leigias  far  cun  el  val  sco  el  fus  vies 
ver  figl,  el  ven  avus  era  mussar  reverrenzia  et  obedienscha,  sco  in  bien 
affon  ei  culpons  de  semussar  encunter  siu  bab,  suenter  quei  ha  igl  Groff 
plidau  tier  igl  figl  en  questa  visa.  Audas  ti  0  zun  carin  afô,  che  ieu 
gareig  de  bundanar  igl  mund,  et  lasch  atgi  davos  tutt  igl  miu  groff- 
schaft  u  signiradi,  cun  tuttas  richeztgias  a  possesiuns,  a  tiu  Signur  Aug 
dei  esser  tiu  Bab.  de  eau  denvia  deis  ti  agli  mussar  tutta  honur  et  obe- 
dienscha, sco  ti  has  ami  mussau  entochen  ussa,  sin  quei  fa  igl  sabi  affon 
dolorus  risposta,  0  charissim  Signiur  Bab  manigieits  vus  pia  cha  quei 
seigi  dreig,  che  vus  per  vossa  part  leigies  prender  igl  tschiel,  ami  aber 
per  mia  part  schar  la  tiarra,  na,  na,  Signiur  Bab  quest  fetsch  ieu  buca, 
sunder  ieu  vi  schi  bein  sco  adaver  igl  tschiel,  nua  che  vus  leitz  viver  vi 
ieu  era  viver,  et  nua  che  vus  leits  mûrir  vi  ieu  era  mûrir,  giu  da  questa 
sabia  resposta  ha  igl  Bab  fig  seschmervigliau  [f.  41  v°]  et  ha  gig  tier  el 
cun  las  larmas  giu  per  vista,  miu  charin  a  dulsch  figl,  questa  streingnia 
vitta  de  Eremit  ven  atgi  parer  memia  greva,  ati  che  eis  in  aschi  zart 
affonet,  vigniesses  quella  a  bucca  puder  sustiner,  aber  igl  carin  Dolorus 
a  dau  a  siu  char  Bab  questa  generusa  risposta  ach  aung  biar  pli  tgiunsch 
che  vus  0  char  Bab  vi  ieu  quella  surfrir  e  star  ora,  pertgei  iou  sun  schon 
staus  ora  siat  ons,  igl  noviziat  u  on  délia  enprova  de  quella  vitta  de 
Eremit,  e  tras  quei  salf  ieu  mia  ferma  resolutiun  de  viver  a  mûrir  enten 
quei  liug  enten  igl  quai  mia  chara  sointgia  muma  ha  mei  traig  sy,  avus 
aber  0  char  Bab  surdun  a  lasch  ieu  tutt  igl  miu  Signiradi  a  Richezias 
che  vus  dueigies  quellas  guvernar  et  partgir  ora  als  paupers  suenter 
vies  bein  plascher,  giud  questa  gronda  taffradat  de  quei  carin  affon  ha 
faig  seschmervigliar  siu  char  Bab  a  siu  signur  Aug  igls  quais  cun  larmas 
a  dulscha  caretzia  han  quei  charin  affon  pigliau  entuern  el  bitschau  a 
carezau,  igl  Bab  ha  sin  quei  asesetz  traig  en  quella  vistgiadira  de  pele- 
grin,  la  qualla  quei  pelegrin  chel  veva  priu  sy  veva  schau  davos,  et  agli 
siu  dulsch  figlet  Dolorus  ha  el  era  hein  prest  faig  far  in  simigliont  vist- 
giu,  et  suenter  quei  han  ei  priu  cumgniau  de  tutsdigl  hoff.  a  cun  gronda 
truriadat  a  piter  bargir  de  tutta  la  parentella,  et  de  tuts  suvetschets  digl 


DEUX   LÉGENDES    SURSELVANES  I 07 

hoff  et  autra  gliaut  chels  enconoscheven,  ei  ein  pia  [f.  42  r"]  y  enten 
quest  aschi  ruch  desiert.  per  leu  survir  a  Diu  entochen  la  fin,  schi  bault 
che  igl  Dolorus  ei  staus  arivaus  enten  igl  desiert,  sche  han  enconoschiu 
ses  amigs  de  vividavont  igl  utschials  a  tiers  salvadis,  igl  quais  enten 
grond  diember  vigniven  tier  el  et  selegraven  a  devan  enzenas  de  letez- 
tgia  cun  lur  enperneivel  cantar,  et  era  cun  far  solatz  cun  lur  enperneivel 
cantar,  et  era  cun  far  solatz  cun  quei  charin  affon,  sco  sisura  ei  gig  co 
la  qualla  causa  ha  faig  selegrar  igl  cor  de  siu  Bab  po  in  a  scadiu  imagi- 
nar  cheu  enten  quest  liug  han  Bab  a  figl  manau  ina  vitta  zun  sointgia  et 
virtuosa  et  era  cheu  sointgiameing  morty  et  termes  lur  olmas  enten  glo- 
ria  celestialla  ussa  pia  0  gloriusa  sointgia  patrûna  genoveva  hai  ieu  ligiu 
ora  tia  sointgia  a  zun  virtuosa  vitta  ieu  hai  era  cun  gronda  conpassiun 
cunsiderau  legiu  a  manau  per  cor  tias  grevas  persecutiuns  et  schnueivlas 
miserias  a  travaiglias  ieu  engratz  fig  agli  omnipotent  Diu  cun  tut  igl  miu 
cor  chel  tei  0  gloriusa  sointgia  Genoveva  mia  patrûna  ha  manau  tei  ton 
mervigliusameing  ord  igls  prigels  de  quest  mund  enganus  et  tei  faig  ton 
richa  de  vertits  et  tei  ornau  a  favoriu  cun  tontas  grazias  duns  a  niebels 
previlegis  ussa  pia  0  gloriusa  sointgia  Patrûna  hai  ieu  tiu  zun  malven- 
gonz  a  schliet  survient  cuertameing  schrit  et  interpretau  tia  mervigliusa 
vitta  enten  laud  honur  et  amur  de  Diu  et  era  de  sia  Benedida  sointgia 
Muma  Maria  sco  era  per  [f.  42  v°]  vossa  amur  et  era  per  vies  laud  et 
honur.  0  gloriusa  Patrûna  Genoveva  verameing  Patrûna  gig  iou  et  num 
ieu  tei  pertgei  che  sin  que  gy  che  ieu  pauper  a  misirabel  pucont  sun 
naschius  sin  quest  mund  grad  sin  glietz  gi  eis  ti  0  gloriusa  Patruha 
naschida  enten  tschiel  et  has  tras  tia  sointgia  a  mervigliusa  mort  termes 
tia  Benedida  olma  tier  ina  aschi  ventireivla  sort,  ieu  congratulesch  atgi 
0  gloriusa  Patrûna  et  ur  ventira  de  cormeing  muert  las  nozas  celestiallas 
tier  las  quallas  ti  sin  igl  gi  de  mia  nischienscha  eis  clamada  ieu  mei  atgi 
unfresch  si  ussa  pia  per  tiu  affon  a  survient  et  rog  che  ti  mei  tutts  igls 
gis  de  mia  vitta  veglias  tras  tiu  pusent  riug  et  grons  merits  et  nieblas 
vertits  urbeschi  ami  remischun  de  tutts  igls  mes  puccaus  patienzia  enten 
tuttas  tribulatiuns  humilitonza  careztgia  a  perfegtgia  castiadat  et  cun  in 
plaid  ensemblameing  tuttas  vertits  a  duns  che  fussen  ami  necesaris  per 
far  la  voluntat  de  Diu  ludar  a  benedir  Diu  et  far  salva  la  mia  olma  sina- 
quei  che  ieu  tei  ina  gada  0  benedida  a  gloriusa  Patrûna  cun  tei  et  tras 
tei  et  per  tei  possi  Dieus  ludar  et  benedir  enten  perpeten  per  amur  de 
Jesu  Christi  rog  ieu  tei  0  gloriusa  Genoveva  mia  dulscha  a  chara  Patrûna 
banduni  mei  po  mai  ussa  a  sin  lura  de  mia  mort  urbeschi  ami  po  la  per- 
severonza  finala  et  la  graztgia  celestiala  urbeschi  era  ami  graztgia  de 
perdunar  decormeing  et  far  digl  [f.  43  r°]  bein  als  mes  inimigs  u  aquels 
igls  quais  ami  fan  da  laid,  unfreschi  po  si  per  mei  agli  zun  buntadeivel 


108  G.    DECURTINS 

Diu,  tutts  igls  tes  merits  per  in  steiver  de  mia  paupradat  enten  igls 
merits  et  grons  munglamens  de  tuttas  vertits,  et  tras  quella  sointgia 
unfrenda  urbeschi  ami  po  cunplein  perdun  a  remischun  de  tutta  cuelpas 
maclas  a  puccaus,  et  era  la  buldonza  de  tuttas  sointgias  qualitats  a  ver- 
tets,  esent  pia  ieu  tiu  malvengonz  affon,  sun  ussa  recomendaus  enten  tia 
aulta  protectiun  schuz  a  schierm,  sch  droff  ieu  era  la  confidonza  da  figl 
encunter  mia  chara  muma  a  Patruna  a  recamond  et  unfresch  ieu  si  atgi 
oravont  tuts  mes  confrars  a  consoras  cun  tuts  auters  parens  et  amigs  â 
benefacturs,  et  era  tutts  quels  per  igls  quais  ieu  fus  obligaus  de  orar  et 
ves  enpermes  de  orar  per  els  u  che  ei  ami  forza  vessen  serecomendau, 
tutts  quels  gig  ieu,  unfresch  ieu  si  atgi  per  tes  survients  a  survientas, 
et  rog  che  ti  veglias  a  quels  tutts  o  chara  Patruna  po  urbir  perdun  a 
remischun  de  lur  puccaus,  a  la  Gratia  de  Diu,  perseveronza  a  stateivla- 
dat  enten  tuttas  tribulatiuns,  la  vera  careztgia  a  concordia,  et  era  la 
sointgia  humilitonza  cun  tuttas  autras  vertits,  particularmeing  ina  bunna 
ventireivla  mort,  sinaquei  che  nus  tutts  ensemblameing  enten  la  Gloria 
Celestiala  et  enten  preschienscha  de  tiu  Sitfrit  a  dulsch  Dolorus  podei- 
gien  Dieus  ludar  et  Benedir  enten  perpeten.  [f.  43  v"]  vus  tuts  aber  che 
legits  u  dits  ligien  questa  vitta  pigllgeit  bein  acor  serecomendeit  agli  mia 
Patruna  Genoveva  sco  sisura  ei  schrit,  et  figieit  in  examen  con  da  lunsch 
vus  esses  de  ses  pas  de  perfectiun  enten  la  buna  vitta,  et  figieit  in  ferm 
propiest  dad  ella  suendarcun  igl  vies  saver  a  puder,  enperneit  dad 
ella  la  vera  castiadat,  et  era  gronda  patienzia  a  resignatiun  enten  la 
voluntat  de  Diu,  enten  tuttas  nossas  travaiglias,  carteit  fermameing 
che  vus  vignigias  bucca  ira  enten  igl  soing  Parvis  senza  chruschs  u 
tribulatiuns,  et  aschia  safideit  on  cun  genoveva  perneit  tutt  cun  leger- 
men  digi  maun  de  Diu,  pertgei  che  quei  cueza  bucca  gig  et  nus  vein 
gleiti  de  mûrir  la  pagaiglia  aber  quella  ei  gronda  la  gloria  ei  perpetna  a 
la  cruna  ei  zun  preciusa  urdeit  entuern  tuerna  iou  a  gir,  mireit  enten 
quei  bi  a  clar  spiegel  che  ei  genoveva,  maneit  era  per  cor  igl  plaids  che 
Christus  ha  plidau  tier  Genoveva  tras  igl  crucifix  celestial,  et  tertgei  che 
nagina  enzena  seigi  pli  clara  délia  vossa  predestinatiun  che  quella  che 
vus  veits  enqualche  tribulatiun,  et  surfris  quella  cun  bien  cor,  plianavont 
sche  enzatgi  garigias  de  far  enqualche  buna  ovra  enten  laud  et  honur 
de  questa  Gloriusa  Sointgia  po  el  quei  far  sin  sia  fiasta  che  croda  igls 
dus  gis  de  Avrill,  sin  igl  quai  gy  ella  sco  sisura  ei  gig,  ei  naschida  enten 
tschiel  enten  Gloria  [f.  44  r°]  Celestialla,  tier  la  qualla  nus  tutts  meini 
igl  omnipotent  Diu,  tras  sia  infinita  buntad  a  misericordia  per  igls  infi- 
nits  merits,  a  precius  soing  saung  a  dolorusa  passiun  a  pitra  mort  de 
nies  char  segnier  Jesu  Christ,  per  la  intercessiun  délia  dulscha  Benedida 
Munia  Maria,  et  grond  a  pusent  riug  de  tutts  igls  Soings,  Aungels  a 
Beaus  :  particularmeing  de  Genoveva  mia  Gloriusa  Patruna  Amen. 


DEUX    LÉGENDES    SURSELVANES  I 09 

Nus  audi  Segnler  Diu.  nies  Salvader,  sin  quei  che  sco  nus  selegrein 
délia  Fiasta  de  Sointgia  Genoveva  era  aschi  vignigien  entroidai  cun  in 
efect  dedina  vera  devotiun  e  conportonza  a  patienzia  tras  Iesum  Christum 
nies  Signiur  Amen. 

Quest  Cudisch  ei  schrits  giu  igl  onn  1749.  igls  17  de  Giener  entras 
mei  Durisch  de  Capaul  adaschia  tuts  quels  che  legien  questa  vitta  u 
auden  legient,  deigien  considerar  la  breigia  a  stenta  che  cha  ei  agi  dau 
de  quella  schriver  a  deigiê  po  rugar  Diu  per  mei,  seigi  viffs  u  morts  et 
intercéder  de  quella  Sointgia  ami  che  hai  schrit  et  a  tuts  ina. 
Beada  fin  Amen. 


MÉLANGES. 


BRAVO. 

Les  proverbes  espagnols  et  portugais  que  voici  donnent  le  sens  de 
bravo  avec  toute  la  clarté  désirable  : 

El  buey  bravo  en  tierra  agena  se  haze  manso. 

O  boy  bravo  na  terra  alheia  se  faz  manso. 

De  boy  manso  me  guarde  a  mim  Deos,  do  bravo  eu  me  guardarei. 

No  ay  tierra  tan  brava  que  résista  al  arado,  ni  hombre  tan  manso  que  quiera 
ser  mandado. 

Nào  ha  terra  tâo  brava  que  résista  ao  arado,  nem  homem  tâo  manso  que 
queira  ser  mandado. 

Mis  dineros  mansos  ^quien  me  los  hizo  bravos  ? 

O  meu  dinheiro  que  he  manso  nâo  o  quero  fazer  bravo. 

Dans  Juan  Roiz  il  y  a  des  vers  qui  ne  sont  pas  moins  décisifs  : 
A  toda  cosa  brava  grand  uso  la  amansa, 
La  duenna  mucho  brava  usando  se  faz  mansa,  498. 
<;Qual  es  la  duenna  tan  brava  e  tan  dura 
Que  al  su  servidor  non  le  faga  mesura?  580. 
La  muger  bien  sannuda,  quel  omen  bien  guerrea, 
Los  donneos  la  vençen,  por  muy  brava  que  sea,  607. 
Se  muy  bien  tornear  vacas,  e  domar  bravo  novillo,  974. 

En  catalan  brau,  brava,  signifie  «  ferôs  »  et,  comme  substantif,  bran 
désigne  un  jeune  taureau. 

En  provençal  le  sens  et  la  forme  sont  les  mêmes  qu'en  catalan.  En 
provençal  moderne  brau  signifie  taureau,  et  bravo  génisse.  Comme 
adjectif  au  sens  de  «  dur,  sauvage,  féroce,  »  il  est  vieilli,  dit  Mistral,  qui 
cite  sause  brau,  «  saule  qui  n'est  pas  flexible  et  qui  porte  des  chatons.  » 

L'italien  a  deux  formes,  brado  et  bravo,  toutes  deux  avec  le  sens 
d'  «  indompté,  farouche.  »  Les  dictionnaires  donnent  brado  toro,  bue 


Bravo  1 1 1 

brado,  bravo  toro,  bestie  brave,  fera   brava  ;  dans  une   traduction   des 
fables  d'Esope,  on  lit  :  Due  buoi,  uno  brado,  e  l'altro  domato. 

Quant  au  fr.  brave,  ce  n'est  pas  un  mot  de  l'ancienne  langue,  mais  un 
emprunt  de  l'espagnol  ou  de  l'italien  '.  Bravo,  qui  est  tout  moderne, 
nous  est  venu  de  l'Italie  par  le  théâtre. 


i.  Du  français  il  a  passé  à  l'allemand.  — Cette  fortune  si  singulière  de  bravo, 
qui  a  une  nombreuse  descendance  en  esp.  et  en  port.,  excusera  la  longue  note 
que  voici,  où  l'on  pourra  poursuivre  son  histoire  dans  les  textes  en  vers 
<iu  XIIIe  et  du  XIV0  siècle.  On  reconnaît  dans  tous  les  passages  cités  le  sens 
primitif,  «  sauvage,  indompté,  indomptable  »  : 

Quando  e!  rey  de  gloria  viniere  a  judicar, 

Bravo  commo  leon  que  se  quiere  çebar,  Signos  61. 

Fue  [el]  muy  buen  obispo  e  pastor  derechero 

Leon  pora  los  bravos,  a  los  mansos  cordero,  Milagros  314. 

Tornôse  al  conviento  bravo  e  muy  fellon,  Milagros  561. 

Mas  yrado  quel  rayo,  mas  bravo  que  leon 

Fue  ferir  do  estava  el  rey  de  Babilon,  Alex.  958. 

El  conde  don  Fernando  mas  brravo  que  serpyente,  Fern.  Gonz.  517. 

Bravo  est  une  épithète  des  bêtes  farouches  et  féroces  : 
Andava  tan  ravioso  cuemo  una  tygra  brava,  Alex.  $24. 
Andava  mas  ravioso  que  una  orsa  brava,  Alex.  985. 
Que  non  so  yo  oso  brabo  para  vivyr  en  las  montannas,  Fern.  Gonz.  182. 
Ai  andaba  el  atun  como  un  bravo  leon.  Juan  Roiz  1080. 
Doma  aves  e  bestias  bravas  por  su  natura,  Alex.  1685. 

Souvent  leon  bravo  se  dit  de  courageux  combattants,  voir  S.  Dom.  160, 
Fern.  Gonz.  414. 

Dans  les  exemples  qui  suivent,  il  semble  synonyme  de  pavoroso  et  pcrigloso, 
et  on  peut  le  traduire  par  «  terrible,  effrayant  »  : 

El  mont  era  espeso,  el  logar  pavoroso, 

Era  por  muchas  guisas  bravo  e  perigloso,  S.  Millan  42.  Voir  aussi  S.  Millan  28  et 
S.  Dom.  229. 

Moviôse  la  tempésta,  una  oriella  brava,  Milagros  $91. 

Ca  nos  iaçe  en  medio  mucho  bravo  sendero  (en  mer),  Milagros  668.  Cf.  blava  onda, 
Juan  Roiz  624. 

Aven  (las  dues  campaniellas)  una  vertut  grant  e  maravillosa, 

Quando  de  venir  ave  alguna  brava  cosa, 

O  muerte  de  grant  omne  0  muerte  periglosa, 

Tannense  por  si  mismas  por  suerte  miraclosa,  S.  Millan  486. 

El  del  onçeno  dia,  si  saber  lo  queredes. 

Sera  tant  bravo  signo  que  vos  espantaredes,  Signos  18. 

Si  cataren  a  suso,  verân  a  Dios  irado, 

De  yuso  el  infierno,  ardiente  et  avivado, 

Derredor  [de]  diablos  sobragrant  enfonsado  : 

<Con  vision  tan  brava  quien  non  sera  coytado  ?  Signos  73. 

Avec  fue  go,  lid,  sermon,  il  signifie  «  violent  »  : 

El  fuego  porque  bravo  fue  de  grant  cosiment, 

Non  li  nuçiô  nin  punto,  Milagros  365. 

Diô  con  el  en  el  fuego  bravament  ençendido,  Milagros  363. 

(La  lid)  non  podrya  mas  fuerte  nin  mas  brava  se(e)r,  Fern.  Gonz.  j$6. 

Dixoli  fuertes  dichos,  un  brabiello  sermon,  Milagros  228. 

Dis  :  el  pecado  barruntas  en  fablar  verbos  tan  blavos,  Juan  Roiz  934. 

Mucho  temiô  la  vieja  deste  bravo  désir,  Juan  Roiz  1398.  Voir  aussi  1197. 

Remarquons  encore  que  le  Poème  du  Cid  ne  connaît  pas  bravo.  Dans  les  cas  où 
ce  mot  serait  à  sa  place,  il  y  a  fiero.  Il  ne  se  trouve  pas  non  plus  dans  YApo- 
lonio. 

Les  dérivés  ne  sont  pas  nombreux  dans  les  textes  du  XIIIe  et  du  XIVe  siècle. 


1 12  MÉLANGES 

Je  ne  m'arrêterai  à  discuter  ni  le  bel  article  de  Diez  dans  le  Dict. 
étymologique  ni  les  étymologies  de  Storm  (Romania,  V,  p.  170),  de 
Brinkmann  (Metaphern,  p.  442-456),  et  de  Baist  (Zeilschrift  fur  rom.  Phi- 
lologie, V,  p.  557).  Quelque  science  qu'ils  aient  mise  à  les  établir,  aucune 
des  bases  par  eux  proposées  ne  soutient  l'analyse  phonétique.  Depuis 
longtemps  —  la  date  précise  ne  fait  rien  à  l'affaire  —  je  soupçonnais  que 
bravo  devait  venir  de  barbarus.  Car  si  l'it.  bue  brado  et  l'esp.  buey 
bravo,  avec  le  même  sens,  ont  une  origine  commune,  il  est  évident  que 
la  base  de  brado  et  de  bravo  a  dû  être  *brabrus  ou  *  b  r  a  v  r  u  s. 
Brado  ne  pouvant  venir  de  bravo,  quoi  qu'en  dise  Diez,  Gramm.  I, 
p.  189,  nous  devons  nécessairement  admettre  qu'il  a  subi  la  même  modi- 
fication que  rado,  chiedere,  fedire,  où  le  d  a  pris  la  place  de  IV  par  dissi- 
mulation. Nous  arrivons  donc  à  une  forme  intermédiaire  *braro,  où 
vr  s'est  réduit  à  r  comme  dans  lira  et  virare.  Quant  à  l'autre  forme, 
bravo  au  lieu  de  "bravro,  elle  est  claire  d'elle-même. 

L'article  trop  bref  de  VElucidario  de  Santa  Rosa  de  Viterbo  :  «  BAR- 
BARA. Terra  barbara  :  0  mesmo  que  inculta,  bravia  :  Dono  vobis  illas 
haereditates  tam  fructiferas  quam  barbaras  »  m'a  montré  que  j'étais  sur 
la  bonne  voie.  Le  savant  Franciscain,  qui  avait  sûrement  rencontré  ce 
mot  dans  une  foule  de  testaments  et  donations  du  moyen  âge,  trouvait 
sans  doute  inutile  d'en  dire  davantage.  Des  très  nombreux  exemples 
du  même  emploi  de  barbara  que  j'ai  recueillis  dans  les  Portuga- 
liae  monumenta,  diplomata  et  cartae,  vol.  I,  qu'il  me  suffise  d'en  citer 
quelques-uns  :  terras  ruptas  vel  barbaras  Era  DCCCCVIII  (a.  870)  p.  4, 
Era  DCCCCXXa  (a.  8821  p.  6,  terras  cultas  vel  barbaras  Era  DCCCCXXI3 
(a.  883)  p.  7,  terras  ruptas  atque  bar v aras  Era  Ma  IIa  (a.  964)  p.  55, 
terras  ruptas  vel  barbalas  Era  XXIII  super  millesima  (a.  985)  p.  93,  Era 
millesima  LXXXIa  (a.  1043)  p.  198. 

Au  lieu  de  barbaras  on  trouve  souvent  inruptas  ou  incultas  et  une  fois 
barveitos,  «  guérets  »  (Era  M.  C.  XXX.  IIIa,  a.  1096).  Inbarbaras  dans  plu- 
sieurs chartes  a  le  même  sens  et  vient  sans  doute  de  in  barbaro  (en  friche) 
pris  comme  un  seul  mot. 

Après  ces  données,  l'identité  de  brava  dans  terra  brava*  etdebarbara 

Outre  brabiello,  nous  n'avons  rencontré  que  brama,  bravura,  et  un  verbe, 
c m b ravir  : 

El  infant(e)  magar  ninno,  avie  grant  coraçon, 

Azie  en  corpo  chico  braveza  de  leon,  Alex.  14. 

Creet  que  sera  manso,  quando  lo  yo  oviere  : 

Perd  ejrâ  toda  bravez3,  quando  yo  en  él  soviere,  Alex.   102. 

Vino  el  cabron  montés  con  corzos  e  torcasas, 

Desiendo  sus  braburas  e  muchas  amenasas,  Juan  Roiz  i 065 . 

Furon  de  fierra  guisa  las  bestias  embravidas, 

Fazian  las  enbravir  las  amargas  feridas,  Alex.  2009. 

1 .  Nous  trouvons  bravo  avec  le  même  sens  dans  la  Cronica  rimada  :  Bravo 
era  el  val  de  Patenta,  ca  non  avia  y  poblado,  90;  dejjesa  brava,  140. 


Bravo  1 1 3 

ne  peut  être  douteuse.  En  latin  classique  barbarus  et  férus  étaient 
synonymes.  Pour  Divitiacus,  selon  César  [De  Bello  gallico,  l,  51),  les 
Germains  sont  des  homines  feri  ac  barbari,  et  il  appelle  Arioviste  hominetn 
barbarum,  iracundum,  temerarium.  Ailleurs,  dans  une  description  bien 
connue  (De  Bello  gallico,  IV,  10),  le  grand  capitaine  s'exprime  de  la 
manière  suivante  :  Rlienus...  in  plurcs  defluit  parles  multis  ingentibusque 
insulis  effectis,  quarutn  pars  magna  a  feris  barbarisque  nationibus  incolitur, 
ex  quibus  sunt  qui  piscibus  atque  ovis  avium  vivere  existimantur. 

Voyons  maintenant  la  genèse  de  la  forme  bravo.  La  difficulté  n'est 
point  dans  la  métathèse,  dont  il  est  inutile  de  citer  des  exemples. 
Quoique  nous  ne  la  trouvions  pas  dans  les  chartes  portugaises  que  nous 
avons  eues  sous  les  yeux,  ce  n'est  pas  une  raison  pour  ne  pas  l'admettre. 
Il  est  plus  malaisé  d'expliquer  en  portugais  la  chute  de  Va  atone,  cette 
langue  ayant  conservé  un  assez  grand  nombre  de  proparoxytons  qui  ne 
sont  pas  presque  tous  d'origine  savante,  comme  le  dit  Gonçalves  Vianna, 
Romania,  1885,  p.  89.  Mais  je  crois  que  les  formes  citées  suffisent 
amplement  à  expliquer  bravo-a.  Barbaru-a  a  passé  par  "barvaro 
-a  barvalo-a  bravalo-a  bravolo  bravoo  bravala 
brava  a,  d'où  bravo  brava.  Mais  l'espagnol,  mais  l'italien  ne  pouvaient 
ou  ne  devaient-ils  pas  garder  l'avant-dernière  voyelle  ?  La  forme  b  a  r- 
b  a  r  du  «  Probi  Appendix  »  lève  ici  toutes  les  difficultés.  Elle  devenait 
naturellement  'barbra  ou  *brabra  dans  le  langage  du  peuple.  Mais  la 
terminaison  était  celle  des  adjectifs  féminins.  C'est  ce  féminin,  résultat 
d'un  accident  phonétique,  qui  a  fait  naître  le  masculin  "bravfo.  Or  c'est 
justement  la  base  dont  nous  avions  besoin  et  au  moyen  de  laquelle  il 
est  aisé  d'expliquer  toutes  les  formes  romanes. 

Barbarus  est  mieux  reconnaissable  dans  l'it.  rebdrbaro  ou  rabdrbaro, 
dans  l'anc.  cat.  riubdrbara  ouriubdrber,  cat.  mod.  riubdrbaro,  dans  l'esp. 
et  le  port,  ruibarbo,  dans  l'anc.  prov.  reubarba,  dans  l'anc.  fr.  reobarbe, 
fr.  mod.  rhubarbe,  mots  à  demi  savants,  qui  viennent  tous  de  rheubar- 
barum. 

J.  Cornu. 

IL 

L'INFINITIF  PAROLER. 

Dans  un  article  publié  dans  la  Romania,  t.  IV,  p.  457,  M.  Cornu 
démontre  qu'on  a  eu  tort  d'admettre  en  ancien  français  un  infinitif  paro- 
ler,  et  que  le  thème  paroi-  ne  se  rencontre  que  là  où  la  flexion  verbale 
est  atone,  c'est-à-dire  aux  ire,  2e,  3e  personnes  du  singulier,  et  à  la 
3e  personne  pluriel  du  présent  de  l'indicatif  et  du  subjonctif,  ainsi  qu'à 
Romania,  XIII  g 


1 14  MÉLANGES 

la  i re  personne  de  l'impératif,  tandis  que  les  autres  personnes  du  verbe 
et  l'infinitif  ont  le  thème  pari-.  Plus  tard,  le  thème  des  formes  accentuées 
sur  la  terminaison  s'étendit  aux  autres,  et  on  dit  je  parle,  etc.  Il  n'est 
pas  inutile  de  remarquer  que  l'assimilation  s'est  faite  aussi  en  sens 
inverse,  et  qu'on  a  dit  paroler,  etc.,  par  analogie  à  il  parole.  En  voici  un 
exemple  du  commencement  du  xv°  siècle  '  : 

Et  leur  abandonna  à  manger  de  tous  les  fruys  qui  là  estoient,  exceté  d'un, 
lequel  il  leur  deffendit  expressément.  Mais  tantost  après,  par  l'annortement  du 
diable,  qui  se  mist  en  guise  d'un  serpent,  et  parola  à  la  femme  et  lui  fit  manger 

du  fruct,  lequel  Dieu  avoit  deffendu,  laquelle  en  fit  menger  à  son  mari 

(Jean  de  Béthencourt,  Le  Canarien,  p.  7$,  édit.  Gravier,  1874.) 

A.  Delboulle. 

III. 
LE   PATOIS   NORMAND. 

L'avant-dernier  numéro  de  la  Romania  contient  un  article  très  long 
et  très  étudié  de  M.  Gilliéron  sur  les  Caractères  et  l'extension  du  patois 
normand,  étude  que  j'ai  publiée  au  commencement  de  1883.  Comme  cet 
article  renferme,  à  côté  de  vues  ingénieuses  qui  n'ont,  il  est  vrai,  qu'un 
rapport  bien  éloigné  avec  mon  livre,  beaucoup  d'assertions  inexactes  ou 
peu  fondées,  il  m'a  paru  impossible,  dans  l'intérêt  même  de  la  science, 
de  le  laisser  passer  sans  réponse.  Absolument  étranger  à  la  connaissance 
du  patois  normand,  partant  d'un  point  de  vue  exclusif  et  tout  différent 
de  celui  auquel  je  me  suis  placé,  raisonnant  sur  des  hypothèses  plutôt 
que  sur  des  faits  et  m'attribuant  des  opinions  que  je  n'ai  pas  ou  des  choses 
que  je  n'ai  pas  dites,  M.  Gilliéron  devait  nécessairement  commettre  bien 
des  erreurs  ;  en  voici  quelques-unes  : 

Le  principal  reproche  que  m'adresse  M.  Gilliéron,  c'est  de  «  paraître 
persister  à  croire  à  l'existence  d'un  patois  normand,  »  «  alors  que  toutes 
mes  observations  démontrent  que  ce  qu'on  a  appelé  jusqu'à  présent  patois 
normand  n'a  pas  d'existence  réelle  »  (p.  394)  ;  erreur  qui  le  choque  d'au- 
tant plus  «  qu'un  patois  normand,  ayant  un  ou  plusieurs  caractères  spé- 
cifiques coïncidant  géographiquement  avec  les  limites  de  la  Normandie, 
lui  paraîtrait  une  des  choses  les  plus  étranges  de  ce  monde  »  (p.  396). 
J'avoue  ne  guère  comprendre  la  remarque  ni  la  critique  qui  précèdent, 
et  je  crois  que  M.  Gilliéron  aurait  pu  s'épargner  au  moins  la  première  : 
«  une  observation  même  superficielle,  ai-je  dit  p.  3,  montre  que  l'idiome 
parlé  dans  notre  province  offre  des  différences  considérables,  suivant 

1.  Je  ne  cite  pas  parola  dans  la  rédaction  francisée  de  Girart  de  Roussillon 
léd.  Michel,  p.  3^0),  ce  texte  n'ayant  d'autorité  à  aucun  égard. 


LE    PATOIS    NORMAND  I  1  $ 

qu'on  l'étudié  au  sud  ou  au  nord,  à  l'est  ou  à  l'ouest,  »  et  p.  177  :  «  il 
n'y  a  point  de  patois  actuel ,  et  il  n'y  a  pas  eu  probablement  davantage 
d'ancien  dialecte  normand,  commun  à  tous  les  pays  de  notre  province  ' .  » 

Ces  deux  affirmations  étaient  nouvelles  ;  était-il  utile  d'en  prouver  la 
vérité  ?  Je  l'ai  cru,  et  tel  a  été  un  des  objets  de  mon  livre.  Mais  j'ai  voulu 
faire  plus.  On  ne  parle  pas  dans  toute  la  Normandie  le  même  patois,  mais 
pourtant  on  y  parle  patois  ;  quels  caractères  ou  quels  faits  phonétiques 
présentent  ces  variétés  d'idiome  usitées  dans  notre  province  et  quelles  en 
sont  les  limites  ?  Cette  recherche  m'a  paru  digne  d'être  entreprise,  et  je 
l'ai  poursuivie  avec  toute  la  rigueur  possible.  Était-elle  légitime  ?  Non, 
répond  M.  Gilliéron,  parce  que  «  les  recherches  qui  ont  pour  but  d'éta- 
blir les  principaux  caractères  phonétiques  d'un  parler  doivent  nécessaire- 
ment être  restreintes  à  un  territoire  peu  étendu  »  (p.  39$)  ;  cela  peut 
être  vrai  et  l'est  dans  une  certaine  mesure  pour  le  linguiste  qui  veut  étu- 
dier un  idiome  populaire  qui  lui  est  étranger  ;  mais  cela  cesse  d'être  vrai 
pour  celui,  et  c'était  le  cas  pour  moi,  qui  se  propose  d'étudier  le  patois 
de  son  propre  pays2.  Mais  il  y  a  une  autre  objection.  «  Il  existe,  dit 
M.  Gilliéron  p.  396,  des  îlots  phonétiques,  c'est-à-dire  des  affleurements 
sporadiques  ne  présentant  pas  le  caractère  de  la  surface  au  milieu  de 
laquelle  ils  se  trouvent.  0  Voilà  sans  doute  ce  qui  doit  empêcher  d'établir 
des  individualités  linguistiques  même  basées  sur  un  seul  caractère  pho- 
nétique. Ici  M.  Gilliéron  me  paraît  un  peu  ressembler  à  ces  savants  qu'il 
critique  p.  596,  a  savants  qui  n'ont  pas  contrôlé  leur  théorie  par  l'obser- 
vation des  faits  ;  »  les  îlots  phonétiques  dont  il  parle  et  auxquels  je  ne 
me  suis  pas  «  achoppé  »  n'existent,  en  effet,  pour  la  Normandie,  qu'il 
soit  rassuré,  que  dans  son  imagination?. 

Mes  recherches  étaient  donc  légitimes  ;  j'ajouterai  qu'elles  étaient  nou- 
velles :  on  n'avait  jamais  songé  à  déterminer  la  limite  méridionale  de 
k  =  ca,  ou  de  cli  =  ce,  ci,  pas  plus  qu'on  ne  croyait,  il  y  a  dix  ans,  à 
leur  existence  générale  au  nord  de  la  Normandie  ;  de  plus,  il  n'était  pas 
sans  intérêt  de  montrer  que  la  division  du  dialecte  normand  en  septen- 
trional et  méridional  proposée  il  y  a  quelque  temps,  d'après  les  modifi- 

1.  L'affirmation  est  assez  catégorique;  M.  Gilliéron  n'en  dit  pas  moins  à  la 
fin  de  son  article  que  «  j'ai  paru,  une  fois  mon  travail  fini  (on  a  vu  ce  que  je  dis 
p.  3),  me  rendre  à  peu  près  compte  »  qu'il  n'y  a  pas  de  patois  normand. 

2.  D'ailleurs,  quand  il  s'agit  de  caractères  aussi  généraux  que  quelques-uns 
de  ceux  que  j'ai  étudiés,  on  peut  faire  porter  les  recherches  sur  de  grandes 
étendues  de  territoire,  sans  crainte  d'erreur. 

3.  Il  y  a  sans  doute  en  Normandie  des  îlots  phonétiques,  par  exemple  celui 
d'o  =  â,  mais  les  caractères  qu'ils  présentent  ne  sont  pas  en  contradiction  avec 
ceux  de  la  région  environnante,  dont  ils  ont  tous  les  traits  distinctifs.  Il  n'y 
aurait  lieu  de  faire  exception  que  pour  ellus  =  l  ou  yo,  et  seulement  dans 
une  petite  mesure  ;  ce  caractère,  d'ailleurs,  ne  figure  pas  sur  ma  carte,  et  les 
cas  particuliers  qu'il  peut  présenter  n'infirment  en  rien  mes  conclusions  générales. 


I  l6  MÉLANGES 

cations  de  o  +  c(i)  et  e  4-  c(i),  était  inexacte,  j'ai  cherché  à  résoudre  ces 
diverses  questions,  et  c'est  le  désir  de  le  faire  qui  m'a  guidé  dans  le  choix 
de  quelques-uns  des  caractères  que  j'ai  étudiés.  Il  paraît  que  j'aurais  dû 
en  choisir  d'autres,  parce  que  «  les  patois  normands,  dans  leur  ensemble, 
présentent  des  caractères  dont  plusieurs  sont  bien  plus  importants  que 
certains  des  sept  choisis  par  moi  »  (p.  398).  Lesquels  ?  M.  Gilliéron  eût 
sans  doute  été  embarrassé  de  les  donner  ;  en  tout  cas  il  est  bien  regret- 
table qu'il  n'ait  pas  indiqué  quelques-uns  de  ces  caractères  ;  peut-être 
cela  m'eût-il  donné  la  tentation  d'en  étudier  à  l'avenir  l'extension  ;  mal- 
heureusement il  se  borne  ici,  comme  presque  partout  d'ailleurs,  à  une 
hypothèse  ou  à  une  affirmation  qu'aucun  fait  ne  vient  appuyer.  Voici 
encore  un  exemple  de  cette  critique  singulière  :   «  Je  suis  sûr,  dit-il 
même  page,  que  si  M.  Joret  a  ...  des  continuateurs  dans  l'étude  phoné- 
tique du  territoire  normand,  ses  divisions  dialectales  seront  autant  de  fois 
remaniées  qu'il  y  aura  de  ces  continuateurs1.  »  Sur  quoi  M.   Gilliéron 
base-t-il  cette  assurance  ?  Sans  doute  sur  ce  qui  suit.  «  Quoique  mes 
itinéraires  ne  m'aient  jamais  conduit  au  delà  de  la  Bresle,  dit-il  (ibid.),  — 
comment  M.  Gilliéron  n'a-t-il  pas  eu  la  tentation,  ayant  à  rendre  compte 
de  mon  étude,  de  pousser  jusqu'en  Normandie  ?  — ■  j'ai  eu  l'occasion  de 
recueillir  quelques  mots  d'un  village  (quel  village  ?)  du  pays  de  Caux.  Je 
constate  dans  ces  quelques  mots ...  la  présence  de  é=  ellum.  caractère 
que  M.  Joret  signale  comme  particulier  au  nord-ouest  de  la  Normandie. 
Il  n'en  est  pas  question  dans  le  livre  de  M.  Joret.  »  M.  Gilliéron  aurait 
pu,  sans  se  déranger,  recueillir  des  mots  de  plus  d'un  village,  même  du 
pays  de  Bray2,  où  è  =  ellum  ;  il  n'avait  pour  cela  qu'à  ouvrir  mon 
livre  à  la  page  149,  il  y  aurait  trouvé  l'énumération  de  nombreuses  loca- 
lités du  nord-est  de  la  Normandie  où  ce  fait  se  présente.  On  a  là  une 
preuve  du  bien  fondé  de  ses  critiques,  et  l'on  voit  quel  degré  de  confiance 
elles  méritent  parfois. 

Mais  il  y  a  plus  :  animé  du  désir  de  trouver  une  justification  à  ses 
hypothèses,  M.  Gilliéron  n'hésite  pas  à  prendre  mes  expressions  dans  un 
sens  qu'elles  n'ont  pas  et  ne  sauraient  avoir  :  «  Certains  patois,  dit-il  par 
exemple  p.  398,  sont,  d'après  M.  J.,  caractérisés  par  des  transformations 
qui  se  sont  presque  toujours  opérées  ;  »  M.  Gilliéron  prend  plus  que  pro- 


1.  Moi  qui  ne  me  prononce  que  d'après  l'observation  des  faits,  je  suis  sûr  du 
contraire  ;  cet  été,  j'ai  repris  pour  la  Basse-Normandie,  par  un  procédé  diffé- 
rent, I  étude  de  trois  des  caractères  étudiés  dans  mon  livre,  et  je  suis  arrivé 
absolument  aux  mêmes  résultats,  excepté  pour  la  limite  méridionale  de  tch  = 
ko,  kâ  que  je  n'avais  donné  qu'hypothétiquement,  et  qui  ne  se  trouve  pas  d'ail- 
leurs sur  ma  carte. 

2.  Je  crains  bien  que  M.  Gilliéron  n'ait  confondu  le   pays  de   Bray  ou  le 


Talou  avec  le  pays  de  Caux. 


LE    PATOIS    NORMAND  I  17 

bablement  ici  toujours  dans  le  sens  de  partout,  signification  qu'il  lui 
attribue  certainement  p.  402.  J'avais  dit  que  ar  se  change  presque  tou- 
jours en  er  '  dans  la  Basse-Normandie  :  «  donc  pas  toujours!  dit-il  en  me 
citant,  donc  il  y  a  dans  le  groupe  de  patois  ar  =  er  des  patois  qui  ont 
conservé  Va,  et  cela  ne  m'étonne  nullement.  »  Ce  qui  m'étonne,  moi, 
c'est  que  M.  Gilliéron  enfourche  si  légèrement  son  dada  philologique  et 
que.  tout  heureux  d'avoir  cru  trouver  quelques-uns  de  ces  ilôts  phoné- 
tiques qui  lui  sont  chers,  il  ne  s'aperçoive  pas  qu'il  me  fait  dire  tout  autre 
chose  que  ce  que  j'ai  dit  en  réalité.  Il  va  plus  loin  et,  jouant  en  quelque 
sorte  sur  les  mots,  il  n'hésite  pas  à  m'attribuer  des  opinions  absolument 
contraires  à  celles  que  j'ai  avancées.  J'ai  dit  que  le  patois  parlé  en  Nor- 
mandie, —  je  l'ai  déjà  rappelé  plus  haut,  —  offrait  les  plus  grandes  dif- 
férences quand  on  allait  de  l'est  à  l'ouest  ou  du  nord  au  sud.  M.  Gilliéron 
conclut  néanmoins,  p.  399,  qu'il  existe  pour  moi  «  un  patois  normand,  » 
encore  que  j'aie  affirmé  qu'il  n'y  a  pas  de  «  patois  commun  à  toute  la 
Normandie  ;  »  c'est  «  dans  ces  conditions  »  que  j'aurais  le  droit  de  dire 
qu'  «  il  est  impossible  d'entrer  en  discussion  sur  sa  théorie.  »  N'est-il 
pas  singulier  de  le  voir  après  cela  me  faire  un  reproche  de  n'avoir  pas 
«  dit  ce  qu'est  le  normand,  (ni)  quels  sont  ses  caractères  spécifiques,  » 
et  venir  parler  d'une  «  théorie  surannée,  »  qui  n'est  pas  la  mienne,  et 
que  mon  livre  aura  contribué,  je  l'espère,  à  détruire  en  Normandie2  ? 
Mais  je  continue. 

«  D'un  trait  de  plume,  dit  M.  Gilliéron,  M.  J.  attribue  au  territoire 
ni  =  0  4-  y  de  vastes  contrées. ..  alors  que  dans  d'autres  cantons  il  cons- 
tate dans  un  seul  et  même  endroit  divers  résultats  de  ce  même  son 
latin  5.  Les  faits  ne  se  présentent  certainement  pas  sous  ce  jour.  »  De  cette 
affirmation  si  tranchée  pas  l'ombre  d'une  preuve.  Puis  citant  ce  que  je 
dis  du  mélange,  dans  l'est,  de  la  forme  normande  ei,  é  avec  les  formes 
picardes  ou  françaises  en  oi  :  «  pas  un  exemple  cité!  s'écrie— t— il.  De 
quelle  nature  est  ce  mélange  ?  etc.  »  M.  Gilliéron  n'avait  qu'à  se  donner 
la  peine  d'ouvrir  mon  livre  à  la  page  149,  il  y  aurait  trouvé  les  exemples 


1.  Par  exemple  dans  le  Bessin,  où  ce  changement  est  régulier,  surtout  quand 
le  mot  commence  par  une  gutturale.  —  ce  que  j'aurais  dû  ajouter,  —  les  déri- 
vés de  cardone  font  exception  et  ont  toujours  a  :  cardron,  cardronète. 

2.  Au  moment  où  j'achevais  de  réunir  les  matériaux  de  mon  étude,  la  propo- 
sition était  faite  à  la  Société  des  Antiquaires  par  un  de  ses  membres  les  plus 
éminents  de  nommer  une  commission  chargée  de  composer  un  dictionnaire  du 
patois  normand.  J'ai  insisté,  sans  avoir  eu  connaissance  de  cette  proposition, 
sur  l'impossibilité  d'une  pareille  entreprise. 

3.  De  ce  que  dans  certaines  régions  une  modification  phonétique  affiche  des 
formes  différentes,  il  n'en  résulte  pas  qu'il  en  soit  ainsi  dans  les  autres  ;  le 
groupe  6  +  c\i)  a  donné  naissance  à  deux  séries  de  formes,  l'une  en  f,  l'autre 
en  m,  dans  les  patois  du  Cotentin,  tandis  que  dans  ceux  du  Bessin,  du  Bocage 
de  la  plaine  de  Caen,  elle  est  toujours  et  sans  exception  ieu. 


1 i8  MÉLANGES 

qu'il  réclame1.  Mais  pour  lui  il  s'agit,  à  ce  qu'il  semble,  non  de  relever 
des  erreurs  réelles,  mais  de  blâmer  ;  voilà  pourquoi  sans  doute  il  m'ac- 
cuse d'omettre  «  de  dire  les  localités  d'où  proviennent  mes  matériaux,  » 
encore  que  j'aie  cité  plus  de  quatre  cents  noms  de  communes,  et  discuté 
souvent  très  longuement,  par  exemple  de  159  à  160,  les  résultats  en 
apparence  opposés  ou  contradictoires  auxquels  je  suis  arrivé.  Serait-ce 
là  par  hasard  ce  que  M.  Gilliéron  appelle,  p.  401,  d'une  expression  un 
peu  singulière,  «  ne  point  exposer  mes  matériaux  ?  » 

Avant  d'aborder  l'examen  des  sept  caractères  que  j'ai  successivement 
étudiés,  M.  Gilliéron  me  fait  encore  une  dernière  objection  générale  au 
sujet  du  choix  de  ces  caractères.  «  Pour  ne  pas  courir  risque,  dit-il  p.  400, 
d'établir  des  signes  spécifiques  qui  se  retrouvent  dans  d'autres  provinces 
que  la  Normandie,  il  faudrait  connaître,  avant  de  les  établir,  la  phoné- 
tique de  tous  les  patois  gallo-romans.  »  Ici  se  découvre  la  pensée  de 
M.  Gilliéron,  et  on  entrevoit  enfin  le  fond  de  sa  théorie  avec  ce  qu'elle  a 
de  spécieux  :  suivant  lui  le  signe  spécifique  employé  pour  caractériser  un 
patois  ne  devrait  se  retrouver  dans  aucun  autre  2  ;  et  c'est  en  partant  de 
là  sans  doute  qu'il  nie  l'existence  des  patois  ;  mais  le  même  raisonnement 
pourrait  s'appliquer  aux  langues  d'une  même  famille,  et  quelle  est  celle 
qui  possède  en  propre  un  caractère  qui  ne  se  retrouve  dans  aucune 
autre?  ?  Donc  on  serait  amené  à  nier  l'existence  de  ces  langues,  comme 
celle  de  leurs  patois,  ce  qui  est  absurde.  Mais  il  n'est  point  nécessaire 
qu'un  son  phonétique  ne  se  rencontre  que  dans  un  seul  idiome  pour 
servir  à  le  caractériser,  il  suffit  qu'il  ne  se  trouve  pas  dans  la  région 
voisine;  ainsi  la  persistance  du  son  k  =  ca  latin  distingue  la  région 
normanno-picarde  de  la  région  française,  la  forme  différente  de  ë,  ï 
modifié  et  de  l'article  féminin  sépare  la  région  normande  de  la  picarde, 
etc.  «  On  voit  donc  qu'on  peut  arriver  ainsi,  en  choisissant  convenable- 
ment certains  caractères,  à  former  des  groupes  linguistiques  de  plus  en 


1.  M.  Gilliéron  me  reproche  de  n'avoir  pas  indiqué  la  vraie  valeur  de  oi, 
comme  celle  de  é,  è  provenant  de  s,  f  latins  ;  cela  importait  peu  à  la  question 
que  je  voulais  résoudre,  celle  de  savoir  où  s'arrête  la  forme  normande  et  où 
commence  la  forme  française  ou  picarde,  c'est-à-dire,  et  cela  suffit  ici,  non 
normande.  Il  est  d'ailleurs  évident  que  oi  ne  peut  avoir  la  valeur  b><7,  mais  seule- 
ment wi.  Quant  à  ê,  c,  —  je  ne  parle  pas  de  ci  qui  est  archaïque,  —  j'ai 
indiqué  leur  vraie  valeur  toutes  les  fois  que  j'ai  cité  une  localité  déterminée. 

2.  C'est  sans  doute  en  partant  du  même  point  de  vue  que  M.  Gilliéron  dit, 
p.  594  :  «  Je  ne  sache  pas  qu'il  y  ait  ni  faune  ni  flore  exclusivement  nor- 
mandes. «  Cela  est  vrai,  mais  cela  aussi  n'a  pas  empêché  de  faire  avec  raison 
une  tlore  et  une  faune  de  la  Normandie  ;  et  puis,  quelle  région,  excepté  peut- 
être  quelque  coin  retiré  des  déserts  de  l'Afrique  ou  quelque  île  de  l'Océanie  — 
et  encore  —  a  une  flore  ou  une  faune  qui  lui  appartienne  en  propre? 

3.  Le  provençal  possède  bien,  il  est  vrai,  la  diphtongue  latine  au  qui  paraît 
bien  lui  appartenir  en  propre  ;  mais  la  rencontre-t-on  dans  ses  dialectes  septen- 
trionaux ? 


LE    PATOIS    NORMAND  II9 

plus  petits  qui  se  distinguent  du  groupe  voisin  au  moins  par  l'un  d'eux  ; 
c'est  ce  que  j'ai  fait  ',  et  voilà  pourquoi  ma  carte  est  si  simple,  je  puis 
ajouter,  je  crois,  et  si  claire,  ce  dont,  il  est  vrai,  M.  Gilliéron  me  fait 
un  reproche. 

Je  passerai  rapidement  sur  les  objections  particulières  qui  me  sont 
faites  au  sujet  des  sept  caractères  dont  je  me  suis  servi.  A  propos  du 
second,  è  =  ellum 2,  M.  Gilliéron  fait  une  remarque  qui  prouve  combien 
il  a  encore  peu  étudié  nos  idiomes  populaires  :  «  je  ne  connais  aucun 
patois  français,  dit-il,  qui  traite  le  suffixe  ellum,  ellos  de  la  même  manière 
dans  tous  les  mots  qui  le  présentent  ;  »  je  suis  heureux  de  lui  apprendre 
qu'il  y  en  a  beaucoup  :  le  patois  du  Bessin,  par  exemple,  change  ellum 
en  é  et  ellos  en  yâdans  tous  les  mots,  bellus  excepté;  il  en  est  de  même 
du  patois  du  Bocage;  le  patois  du  Cotentin  ne  connaît  même  pas,  au 
moins  au  nord,  l'exception  de  bellus,  seulement  il  change  ellos,  non 
en  yâ,  mais  en  yaô,  ce  que  je  n'ai  pas  dit. 

Le  premier  alinéa  de  la  page  401  commence  par  une  phrase  dont  il 
m'a  été  impossible  de  comprendre  les  deux  dernières  propositions  5  et 
dont  la  première  n'est  guère  claire  et  n'est  point  exacte.  Au  reste,  dans 
cet  alinéa,  M.  Gilliéron  a  vraiment  joué  de  malheur  et  a  accumulé  erreur 
sur  erreur  :  il  dit,  par  exemple,  que  «  le  caractère  è,  yâ  disparaît, 
(d'après  moi)  au  nord-ouest,  »  —  lisez  au  nord-est,  M.  G.  s'embrouille 
souvent  dans  la  géographie  de  la  Normandie,  qu'il  ne  connaît  pas  plus, 
il  est  bien  excusable,  que  ses  patois  ;  —  or  j'ai  montré  que,  si  la  forme yo 
se  substitue  souvent  à  è  dans  la  partie  orientale  de  la  Normandie,  on  y 
retrouve  aussi,  même  dans  la  région  que  j'ai  appelée  normanno-picarde, 
la  forme  è,  et  que  celle-ci  a  probablement,  avec  yâ}  été  seule  usitée 
autrefois.  On  voit  que  l'objection  de  M.  Gilliéron  ne  porte  pas  et  qu'il 
s'est  trop  pressé  de  triompher  d'une  antinomie  que  seul  il  a  créée.  L'hy- 
pothèse qui  termine  la  note  de  la  même  p.  401  n'a  également  aucune 
espèce  de  fondement,  pas  plus  que  le  reproche  d'avoir  adressé  à  mes 
correspondants  des  mots  qui  ne  sont  pas  populaires  ;  bâté  l'est  tout  autant 
que  coûté. 

Je  ne  puis  attribuer  qu'au  désir  de  me  morigéner  un  peu  à  tort  et  à 


1.  Le  plus  souvent  même  je  me  suis  borné  à  délimiter  les  caractères,  indépen- 
damment de  toute  idée  de  groupe  qu'ils  pourraient  former  ou  caractériser. 

2.  Je  ne  sais  comment  M.  Gilliéron  a  pu  dire,  p.  398,  que  j'expose  «  les  faits 
relatifs  à  ellum  d'une  façon  plus  détaillée  que  je  n'ai  coutume  de  le  faire;  »  une 
page  et  demie  en  tout  est  consacrée  à  ce  suffixe  ;  il  y  en  a  dix-sept  rien  que 
pour  la  discussion  de  l'enquête  sur  les  formes  dérivées  de  ca  et  ce ( i ). 

3.  M.  Gilliéron  y  parle  entre  autres  dégroupes  5  et  6  que  je  ne  connais  pas; 
s'il  s'agit  des  numéros  du  questionnaire,  je  dois  dire  que  le  n°  6  ne  répond  nul- 
lement à  un  groupe  linguistique;  bri,  par  exemple,  se  rencontre  dans  toute  la 
Normandie;  cela  est  parfaitement  expliqué  en  son  lieu. 


120  MÉLANGES 

travers,  —  on  a  vu  avec  quelle  autorité,  —  l'observation  (p.  402)  qui 
concerne  les  vocables  que  j'aurais  dû  choisir  pour  avoir  les  vraies  formes 
des  patois  pour  ce,  ci  transformé  ;  étant  normand,  ce  que  M.  Gilliéron 
paraît  trop  oublier,  je  sais  très  bien  quels  mots  affectent  de  préférence 
les  formes  patoises,  je  les  ai  pris  naturellement  ;  j'ajouterai  que  je  n'ai 
pas  toujours  employé  les  mêmes  et  que  souvent  aussi  j'ai  reçu  trois  ou 
quatre  cents  vocables  pour  une  seule  localité  ;  j'ai  donc  pu  presque  tou- 
jours me  prononcer  avec  une  entière  certitude.  J'ai  peu  de  choses  à 
remarquer  au  sujet  de  er  =  ar ;  je  ne  sais  pourquoi  M.  Gilliéron  veut 
remplacertardicare  par  tardiare  ;  l'une  et  l'autre  forme  est  supposée, 
et  l'on  ne  trouve  dans  Du  Cange  que  tarditare;  mais  il  est  évident 
qu'au  lieu  de  marca  il  faudrait  marcare;  seulement  je  ne  vois  pas 
pourquoi  ce  mot,  ou  plutôt  son  dérivé,  ne  serait  pas  populaire  ;  rien  de 
plus  usité  ni  de  formé  plus  régulièrement  que  marquer  '  ;  quant  à  «  l'ac- 
cident inverse  »  ar  =  er,  je  remercie  M.  Gilliéron  de  m'apprendre 
«  qu'il  se  trouve  également  en  Normandie,  »  mais  j'avoue  humblement 
que  je  ne  le  connais  pas,  du  moins  tel  qu'il  le  suppose2,  et  probablement 
tous  mes  compatriotes  sont  dans  le  même  cas  que  moi.  Je  ne  sais  au 
juste  ce  que  M.  Gilliéron  entend,  p.  403,  par  faits  (non)  concordants  ; 
s'il  veut  dire  que  les  modifications  dont  je  parle  n'appartiennent  pas  en 
propre  à  la  Normandie,  j'ai  déjà  répondu  qu'il  ne  s'agit  pas  de  savoir  si 
elles  existent  ailleurs  qu'en  Normandie,  mais  dans  quelles  parties  de  la 
Normandie  on  les  rencontre.  Je  n'ignore  pas  non  plus,  j'ai  eu  occasion  de 
le  dire  il  y  a  bientôt  dix  ans,  que  tch  existe  en  picard  et  dans  d'autres 
dialectes  ou  patois  ;  mais,  et  c'est  la  seule  chose  qui  importe  ici,  cette 
chuintante  est  inconnue  aux  patois  orientaux  et  méridionaux  de  la  Nor- 
mandie, tandis  qu'on  la  rencontre  dans  ceux  du  nord-ouest. 

On  le  voit,  il  ne  reste  rien  des  critiques  de  M.  Gilliéron  ;  il  n'est  même 
pas  parvenu  à  prouver  sa  thèse  favorite,  à  savoir  qu'il  n'y  a  pas  de  patois 
normand,  ce  qui  est  d'ailleurs  une  simple  question  de  mots.  On  parle 
patois  en  Normandie  ;  or  ce  patois,  sous  ses  formes  diverses,  a  des  carac- 
tères qui  varient  suivant  les  pays  ;  il  y  a  donc  lieu  de  rechercher  les 
limites  de  leur  extension  ;  c'est  tout  simplement  ce  que  j'ai  fait,  je  puis 
ajouter,  je  le  crois,  au  moins  pour  la  Basse-Normandie,  avec  toute  l'exac- 
titude que  comportait  une  pareille  enquête  ;  la  meilleure  preuve  de  la 


1.  Marquer  est  une  forme  picarde  et  normande  acceptée  par  le  français,  peut- 
être  pour  éviter  une  confusion  avec  marcher. 

2.  Il  semble  bien  y  avoir  eu  transformation  de  e  en  a  dans  des  mots  où  ces 
lettres  sont  initiales,  comme  arjuè  à  côté  de  erjui,  mais  il  n'y  a  pas  là  de  fait 
général,  ni  rien  d'analogue  à  pardu  pour  perdu. 


LE    PATOIS    NORMAND  12! 

précision  avec  laquelle  je  me  suis  efforcé  de  diriger  mes  recherches,  c'est 
que  M.  Gilliéron  n'a  pu  en  infirmer  aucun  résultat  '. 

Charles  Joret. 


RÉPONSE. 

En  lisant  le  livre  de  M.  Joret,  j'ai  été  fort  embarrassé  de  me  rendre 
un  compte  exact  de  sa  pensée.  Tantôt  il  m'a  paru  qu'il  appelait  patois 
normand  les  patois  de  la  Normandie  en  général  :  mais  alors  je  ne  m'ex- 
pliquais pas  des  expressions  comme  le  nom  de  vrai  normand,  donné  à  cer- 
tains patois,  ni  en  général  sa  façon  de  traiter  le  sujet,  ni  le  titre  de  l'ou- 
vrage qui,  par  les  mots  :  de  l'extension  du  patois  normand,  fait  attendre  une 
démonstration  alors  qu'il  n'en  était  nullement  besoin,  s'il  s'agissait  du 
mot  normand  pris  dans  son  sens  géographique;  je  trouvais  sa  polémique 
contre  MM.  Meyer  et  Darmesteter  tout  à  fait  hors  de  propos,  etc.,  etc. 

Tantôt  il  m'a  paru  que  M.  Joret  cherchait  à  établir  dans  l'intérieur  du 
domaine  qu'il  a  étudié  une  espèce  dialectologique  appelée  à  porter  le 
nom  de  normand,  et  dont  il  avait  à  déterminer  les  caractères  distinctifs. 
Mais  cette  création  d'espèce,  je  l'ai  cherchée  en  vain  dans  son  livre  : 
partout  les  patois  de  la  Normandie  entière  y  sont  appelés  normands. 
M.  Joret  divise  la  province  en  grands  et  petits  territoires  caractérisés 
par  des  faits  phonétiques. 

Il  y  a  à  ce  sujet  dans  la  réplique  de  l'auteur,  outre  les  remarques  du 
début  dont  je  ne  vois  pas  l'à-propos,  n'ayant  point  pour  ma  part  contesté 
les  points  qu'elles  concernent,  un  passage  très  explicite  et  dont  j'ai  cher- 
ché en  vain  l'analogue  dans  le  livre  de  M.  Joret  : 

«  Le  son  k  =  ca  lat.  distingue  la  région  normanno-picarde  de  la  région 
«  française,  la  forme  différente  de  e,  ï  modifiés  et  de  l'art,  fém.  sépare 
«  la  région  normande  de  la  picarde.  » 

Il  s'ensuit  donc  que  la  Normandie  au  point  de  vue  linguistique,  c'est 
le  territoire  de  l'art,  fém.  la  et  le  territoire  de  ei,  é,  è  —  é  lat.  en  tant 
qu'englobés  dans  celui  de  k  =ca  lat.  Donc  le  patois  normand  ne  se 
parle  guère  que  dans  la  moitié  de  la  Normandie  :  car  il  faut  en  sous- 
traire quelques  cantons  de  l'est,  où  é  lat.  devient  oi,  et  toute  la  partie 


ï.  Je  suis  loin  de  dire  cependant  qu'il  ne  reste  aucun  fait  nouveau  à  découvrir 
dans  la  phonétique  des  patois  normands  ;  on  a  pu  en  trouver  quelques-uns  dans  le 
dernier  numéro  de  la  Romania,  et  j'en  ai  indiqué  d'autres  dans  la  préface  des 
Mélanges  de  phonétique  normande  que  je  publie  en  ce  moment.  J'y  ai  en  particu- 
lier exposé  très  longuement  les  cas  particuliers  de  la  transformation  de  ko,  kii 
en  tch,  qui  n'empiète  pas  plus  à  l'est  que  je  ne  l'ai  dit,  mais  dont  l'origine  pré- 
sente des  points  de  résistance  de  la  gutturale  que  je  n'avais  pas  observés  ou  que 
je  n'avais  pas  cru  utile  de  mieux  étudier. 


122  MÉLANGES 

méridionale,  où  ca  lat.  est  traité  comme  en  français.  Ce  territoire  nor- 
mand au  moyen  d'autres  caractérisations  phonétiques  a  été  subdivisé  par 
M.  Joret  en  territoires  secondaires,  dont  les  uns  empiètent  sur  la  partie 
méridionale,  non  normande,  et  dont  d'autres  trouvent  à  s'y  caser  grâce 
à  leur  peu  d'étendue. 

Le  lecteur  qui  a  étudié  le  travail  de  M.  Joret  jugera  si  tels  sont  les 
résultats  du  livre.  Je  ne  contesterai  ni  l'utilité  ni  la  raison  d'être  scienti- 
fiques de  cette  nouvelle  création  d'espèce,  et  ne  m'attarderai  pas  à  discu- 
ter les  inconvénients  qui  résulteraient  de  pareils  procédés,  si  on  les 
appliquait  à  la  délimitation  du  réseau  des  variations  dialectales  de  la 
France.  En  tout  cas,  je  n'ai  pas  contesté  dans  ma  critique  la  possibilité 
d'opérations  dans  le  genre  de  celles  que  fait  M.  Joret  dans  sa  réplique, 
et  suis  fort  étonné  de  l'y  voir  dire  que  je  ne  suis  pas  arrivé  à  démontrer 
ma  thèse  favorite,  c'est-à-dire  qu'il  n'y  avait  pas  de  patois  normand,  alors 
que  M.  Joret  commence  par  rappeler  qu'il  l'a  démontrée  lui-même. 

Cette  discussion  fût-elle  de  quelque  utilité,  j'avoue  que  je  ne  serais 
plus  capable  de  la  poursuivre  et  d'y  faire  entrer  toutes  les  formes  dont 
M.  Joret  a  revêtu  ses  conceptions  dialectologiques. 

Je  passe  donc  aux  faits  relevés  par  M.  Joret  : 

i)  Voici  quelques-uns  des  caractères  phonétiques  qu'aurait  aussi  pu 
utiliser  M.  Joret  pour  déterminer  les  subdivisions  normandes  et  que  je 
propose  aux  continuateurs  de  son  œuvre  : 

En  Normandie  les  groupes  tr,  dr,  vr,  fr,  tl,  etc.,  dans  la  syllabe  post- 
tonique, se  sont  maintenus  intacts  ou  ont  perdu  leur  liquide. 

VI  mouillée  y  a  été  traitée  différemment,  lorsqu'elle  n'a  pas  persisté  ; 
elle  y  est  devenue  soit  y,  soit  /. 

Le  groupe  roman  ml  n'a  pas  exigé  partout  l'intercalation  du  b  (cam- 
pagne d'Evreux,  p.  ex.).  Il  doit  en  être  de  même  de  m'r,  de  n'r  vis-à-vis 
du  d,  etc. 

La  conservation  de  Yc  accentué  devant/), />_,  v  ou  sa  transformation  en 
6  (lyôv,  fyôv,  près  d'Evreux). 

La  nasalisation  d'une  voyelle  dans  une  syllabe  ouverte  suivie  d'n  [m) 
existe  encore  en  Normandie,  et  là  où  elle  a  disparu  elle  a  laissé  dans  la 
nature  de  la  voyelle  des  traces  de  son  passage.  C'est  un  point  capital  de 
la  phonétique  normande. 

2)  Relativement  au  suffixe  è  de  ellum,  que  M.  Joret  considère  sous 
celte  forme  comme  caractérisant  les  patois  de  l'ouest,  j'ai  dit,  entre 
autres,  que  le  suffixe  latin  avait  été  traité  de  la  même  façon  dans  un 
patois  du  nord-est  et  dans  des  patois  du  Ponthieu.  Il  y  a  été  traité  ainsi 
régulièrement,  tandis  que  ce  n'est  qu'à  l'état  d'exception  que  M.  Joret 
le  trouve  au  nord-est  de  son  territoire. 

5)  A  propos  de  la  transformation  de  ar  protonique  en  er,  M.  Joret  me 


LE    PATOIS   NORMAND  I  2] 

reproche  avec  raison  d'avoir  mal  interprété  l'expression  :  presque  tou- 
jours. Parlant  de  cet  accident,  que  l'on  trouve  sporadiquement  dans  tout 
le  Nord  de  la  France  et  aussi  dans  le  Midi,  j'ai  dit  que  M.  J.  caractéri- 
sait un  patois  par  un  fait  ne  se  présentant  pas  partout  dans  l'intérieur  des 
limites  qu'il  lui  assignait  ;  c'est  par  un  fait  ne  se  produisant  pas  toujours 
(dans  les  cinq  mots  choisis)  qu'il  caractérise  le  patois  en  question.  Si  des 
exemples  en  avaient  été  donnés,  je  ne  me  serais  pas  trompé.  La  correc- 
tion montre  bien  qu'il  s'agit  d'un  accident  phonétique  et  non  d'une  loi. 

4)  ui  =  b  -\-  y.  J'ai  dit  que  M.  J.  assignait  d'un  trait  de  plume  à  ce 
territoire  de  vastes  contrées,  alors  que  dans  d'autres  cantons  il  constate 
dans  un  seul  et  même  endroit  divers  produits  du  même  son  latin  ô  -J-  y. 
Voici  ce  qu'il  dit  dans  son  livre  :  «  Dans  tous  les  cas,  o  -j-  i ;  et  o  -j-  c 
ont  donné  ui  dans  le  dialecte  de  l'Ile-de-France  et  dans  le  picard  ;  il  en 
est  de  même  dans  les  patois  du  pays  de  Bray,  du  pays  de  Caux  et  du 
Vexin.  »  Si,  dans  les  contrées  normandes  citées,  il  en  est  de  même  qu'en 
Picardie,  c'est  que  l'on  y  trouve  des  faits  identiques  à  ceux  que  signale 
M.  J.  dans  le  cœur  de  la  Normandie.  Des  cinquante  patois  picards  que 
je  connais,  on  ne  peut  dire  d'aucun  que  ô  -j—  y  y  soit  devenu  régulière- 
ment ui.  M.  Joret  trouve  les  indications  de  ce  genre  suffisantes  et 
s'étonne  du  reproche  que  je  lui  ai  fait  de  ne  pas  avoir  exposé  ses 
matériaux  ! 

5)  Mélange  de  ei,  è,  é  et  de  oï  =  é  latin.  Je  me  suis  demandé  quelle 
était  la  nature  de  ce  mélange.  Dans  sa  réplique,  l'auteur  me  renvoie  à 
la  page  149,  où  je  lis  les  renseignements  suivants  :  «  On  trouve  frè, 
mè,  tè  à  Wanchy-Capval,  à  Fresnoy;  mè,  tè  à  Assigny,  etc.  »  —  Les 
formes  picardes  de  me,  te  lat.  sont  mi,  tï  et  non  moi,  toi.  Reste  l'exemple 
frè.  Ne  serait-ce  pas  l'équivalent  du  mot  français  frais  [il  fait  frais  pour  /'/ 
fait  froidi,  qu'un  instituteur  peu  exact  aurait  indiqué  à  M.  Joret  ?  Quelle 
que  soit  la  valeur  de  cet  exemple,  le  lecteur  peut  trouver  que  mè, 
tè,  frè,  ne  sont  pas  suffisants  pour  autoriser  l'auteur  à  dire  :  «  Dans 
l'est  du  pays  de  Bray,  du  Vexin  et  le  sud-est  de  la  plaine  Saint-André, 
cette  forme  (ei,  è,  é  =  è  lat.)  n'apparaît  plus  que  mêlée  aux  formes 
picardes  et  françaises  en  oi,  »  et  appeler  pour  cette  raison  normanno- 
picards  les  patois  de  cette  région. 

Il  y  aurait  peut-être,  dans  ce  groupe  de  patois,  moyen  de  trouver  un 
autre  motif  de  délimitation  :  ceux  qui  ne  présentent  comme  mélange  que 
les  formes  mè,  tè  ou  mè,  tè  sont  nettement  caractérisés  par  le  fait  oi  = 
é  lat.,  et  se  distinguent  du  normand  (ei,  è,  è  =  é  lat.,  me  et  te),  du  picard 
(oi  =é  lat.,  mi  et  tî),  du  français  [oi  =  é  lat.,  moi  et  toi]. 

Malheureusement  Vi  de  mi  et  de  ti  prend  très  souvent  en  Picardie  des 
sons  appartenant  à  la  gamme  de  Ve  et  qu'il  serait  difficile  de  distinguer 
de  Ve  normand  dans  me  et  te  ! 


124  MÉLANGES 

6")  Le  dernier  fait  cité  renferme  une  réponse  bien  suffisante  aux  objec- 
tions que  me  fait  M.  Joret  relativement  aux  signes  spécifiques  employés 
pour  caractériser  un  patois,  et  je  n'y  reviendrais  pas  s'il  ne  m'importait 
de  rétablir  dans  son  intégrité  le  passage  de  ma  critique  qui  a  rapport  à 
ce  sujet,  et  que  M.  Joret  a  tronqué  pour  y  découvrir  ce  qu'il  me  fait 
l'honneur  d'appeler  ma  théorie,  honneur  auquel  je  n'ai  point  droit.  Après: 
«  il  faudrait  connaître  la  phonétique  de  tous  les  patois  gallo-romans,  » 
lisez,  ce  qu'il  y  a  dans  ma  critique  :  «  au  moins  celle  des  patois  qui 
avoisinent  ceux  qu'on  étudie  plus  spécialement.  »  C'est  pour  ne  pas 
avoir  reconnu  la  vérité  banale  contenue  dans  cette  partie  omise  de  la 
phrase  que  M.  Joret  appelle  normands  ou  normanno-picards  des  patois 
caractérisés  par  : 

i)  Un  traitement  franco-picard  (pi  =  é  lat.). 

2)  —         —        normanno-picard  (k,  ch  =c  lat.). 

3)  —         —        se  trouvant  sporadiquement  dans  tout  le  nord  de  la 

France  (er  =  ar  prot.). 

4)  —        —        picard  (w,  etc.  —  ellum). 

5)  —        —        picard  (ui  =  0  +  y). 

6)  —        —        picard  (art.  fém.  =  le  ;  me,  te,  se  pour  ma,  ta,  sa). 
Qu'il  faut  peu  de  chose  à  un  patois  pour  être  normand!  Si  M.  Joret 

avait  compris  la  vérité  banale  contenue  dans  la  proposition  omise,  il 
aurait  saisi  du  même  coup  celle  de  la  phrase  qu'il  cite,  sans  confondre 
les  langues  avec  les  variations  dialectales  ou  dialectes. 

7)  Je  ne  m'arrête  pas  aux  menus  détails,  tels  que  l'origine  de  marquer 
que  M.  J.  considère  comme  un  mot  patois  emprunté  au  français  (??). 
Les  groupes  $  et  6  dont  parle  M.  J.  sont  ceux  qui  figurent  dans  ma 
critique. 

8)  «  A  propos  de  è  =  ellum,  M.  Gilliéron  fait  une  remarque  qui 
prouve  combien  il  a  peu  étudié  nos  idiomes  populaires.  «  Je  ne  con- 
«  nais  aucun  patois  français,  dit-il,  qui  traite  le  suffixe  ellum,  ellos  de  la 
c<  même  manière  dans  tous  les  mots  qui  le  présentent.  »  Je  suis  heu- 
reux de  lui  apprendre  qu'il  y  en  a  beaucoup  ;  le  patois  du  Bessin,  par 
exemple,  change  ell  um  en  é  et  ellos  en  ya  dans  tous  les  mots,  bel  lus 
excepté  ;  il  en  est  de  même  des  patois  du  Bocage,  le  patois  du  Cotentin 
ne  connaît  même  pas,  au  moins  au  nord,  l'exception  de  bel  lus,  seu- 
lement... » 

M.  Joret  oublie,  entre  autres  points,  que  la  détermination  du  traitement 
du  suffixe  ellum,  ellos  dépend  beaucoup  du  nombre  des  mots  qu'on 
recueille  ou  fait  recueillir.  Dans  des  matériaux  provenant  du  Cotentin  (non 
loin  de  Valognes).  je  trouve,  outre  la  forme  régulière  en  é,  syau  (seau), 
rid\au  rideau'.  Dans  l'endroit  en  question,  on  dit  concurremment /?è  et 


LE    PATOIS    NORMAND  I  2  <; 

pyau  (peau),  bè  et  byau  ;beau),  etc.  Mais  ces  matériaux,  non  recueillis  par 
un  Normand,  peuvent  paraître  suspects  à  M.  Joret.  Pour  le  Bessin,  j'en  ai 
d'autres  qui,  je  l'espère  du  moins,  lui  inspireront  plus  de  confiance, 
puisqu'ils  ont  été  recueillis  par  un  Normand  :  dans  Le  patois  normand  du 
Bessin  de  M.  Joret,  je  vois  ellum  devenir  généralement  é,  mais  j'y  trouve 
aussi  des  formes  telles  que  syô  (seau),  vyô  (veau).  M.  J.  aurait  peut-être 
pu  trouver  une  occasion  plus  propice  pour  me  rappeler  une  vérité  des 
plus  certaines,  que  je  n'ai  jamais  mise  et  ne  mettrai  jamais  en  doute, 
à  savoir  que  je  connais  fort  peu  nos  idiomes  populaires. 

J.  GlLLIÉRON. 


COMPTES-RENDUS 


Karls  des  Grossen  Reise  nach  Jérusalem  und  Constantinopel, 

ein  altfranzœsisches  Heldengedicht,  herausgegeben  von  Eduard  Koschwitz. 
Zweite,  vollstaendig  umgearbeitete  und  vermehrte  Auflage.  Heilbronn,  Hen- 
ninger,  1883,  in-12,  io-lj-n6  p.  (t.  II  de  l'Altfranzœsische  Bibliothek  publiée 
par  M.  Fœrster). 

J'ai  parlé  ici  {Rom.  IX,  1)  de  la  première  édition  donnée  par  M.  Koschwitz 
du  poème  qu'il  continue  à  désigner  par  le  nom  trop  long  et  intraduisible  en 
ancien  français  de  Voyage  de  Charlemagne  à  Jérusalem  et  à  Constantinople  et  que 
je  préfère  appeler  le  Pèlerinage  de  Charlemagne.  Cette  première  édition,  venue  à 
la  suite  de  diverses  études  publiées  sur  ce  sujet  par  M.  K.,  était  déjà  fort 
supérieure  à  l'édition  princeps  et  contenait,  outre  un  texte  notablement  amélioré 
et  rectifié  en  beaucoup  de  points,  un  glossaire  et  une  introduction.  L'auteur 
lui-même  présentait  d'ailleurs  cette  édition  comme  un  simple  essai,  sur  lequel  il 
appelait  l'attention  et  le  secours  de  la  critique,  en  vue  de  l'améliorer.  Ce  secours 
ne  lui  a  pas  manqué  :  déjà  dans  l'appendice  de  l'édition  M.  Fœrster  avait 
donné  d'importantes  remarques  ;  l'édition  elle-même  fut  examinée  par  divers 
critiques,  entre  autres  MM.  Mussafia,  Suchier  et  Stengel  ;  les  épreuves  de  la 
nouvelle  édition  ont  été  lues  par  MM.  Fœrster,  Tobler  et  Mail,  en  sorte  qu'on 
peut  dire  que  toute  l'Allemagne  romanisante,  ou  peu  s'en  faut,  s'est  associée 
pour  aider  à  remettre  au  jour  sous  la  meilleure  forme  possible  ce  curieux  et 
charmant  joyau  de  notre  vieille  littérature.  Il  faut  ajouter  que  le  travail  personnel 
de  M.  Koschwitz  est  resté  le  plus  important  et  le  plus  intime  :  il  a  remanié  son 
œuvre  avec  une  maturité  et  une  circonspection  qui  manquaient  souvent  à  ses 
premières  études,  et  grâce  à  tous  ces  efforts  il  nous  a  donné  un  texte  qui  est 
bien  près  d'être  irréprochable,  en  l'accompagnant  de  précieux  compléments.  Le 
plus  important,  qui  manquait  dans  l'édition  de  1879,  est  la  reproduction 
diplomatique  du  ms.  unique  du  British  Muséum,  manuscrit  qui,  depuis  quatre 
ans,  a  disparu  de  cette  bibliothèque.  Le  texte  du  ms.  étant  imprimé  en  regard 
du  texte  reconstitué  par  la  critique  a  permis  à  l'éditeur  d'être  plus  hardi  dans 
sa  restauration,  en  le  dispensant  de  rapporter  les  variantes  de  pure  forme.  Au 
bas  du  texte  diplomatique  sont  les  indications  de  mots  lus  diversement  par  les 
diverses  personnes  qui  ont  copié  ou  collationné  le  manuscrit  ;  au  bas  du  texte 
critique  est  une  concordance  complète  avec  les  versions  Scandinaves,  la  version 
galloise  et  les  rédactions  françaises  en  prose.  Le  glossaire  comprend  maintenant 
tous  les  mots  du  texte  sous  toutes  leurs  formes  ;  après  chacun,  entre  paren- 


Karls  des  Grossen  Reise,  hgg.  von  Koschwitz  127 

thèses,  est  donnée  l'étymologie,  ou,  quand  il  y  a  lieu,  l'indication  du  doute  ou 
un  renvoi  au  Dictionnaire  de  Diez.  L'Introduction,  après  avoir  établi  le  rapport 
des  manuscrits,  dont  un  seul  malheureusement  est  en  français  et  en  vers  (tous 
les  autres  dérivent  d'ailleurs  d'un  ms.  d'une  autre  sous-famille),  étudie  la  ques- 
tion de  l'âge  et  de  la  patrie  du  poème,  parle  ensuite  (surtout  d'après  mon 
article  de  la  Romania)  des  sources  et  du  caractère  du  poème,  et  enfin  rend 
compte  de  la  méthode  suivie  pour  la  reconstruction  du  texte.  Les  notes  sont 
purement  critiques;  l'auteur  promet  de  donner  ailleurs  un  commentaire  du 
poème,  ainsi  que  la  traduction  des  versions  Scandinaves.  Il  réserve  sans  doute 
ces  compléments  pour  une  nouvelle  édition  qui,  à  en  juger  par  le  peu  de  temps 
que  la  première  a  mis  à  s'épuiser,  ne  tardera  pas  à  devenir  nécessaire. 

J'ai  peu  de  chose  à  dire  sur  l'introduction.  D'après  le  travail  que  j'ai  publié 
récemment  dans  la  Romania  (XII,  1  ss.)  sur  la  Geste  de  Monglane,  un  Galien 
en  vers,  source  des  deux  rédactions  en  prose,  existe  à  Cheltenham  et  devra  être 
désormais  consulté  à  leur  place  pour  la  partie  qui  correspond  au  Pèlerinage.  — 
Je  ne  partage  pas  l'opinion  de  M.  K.  (p.  xv)  quant  à  l'explication  du  passage 
controversé  v.  226-252.  Le  patriarche  de  Jérusalem  demande  à  Charlemagne, 
en  échange  des  trésors  qu'il  lui  donnera,  de  défendre  la  chrétienté  contre  les  Sar- 
razins  ;  Charles  le  lui  promet,  et  ajoute  que  pour  le  faire  il  ira  en  Espagne  avec 
tous  ses  hommes.  M.  Gautier  ayant  vu  là  la  preuve  que  la  chanson  est  du  temps 
où  les  chrétiens  possédaient  Jérusalem  (car  sans  cela  c'est  en  Terre-Sainte  que 
Charles  aurait  d'abord  dû  combattre  les  païens),  M.  K.  veut  lever  la  difficulté 
en  supprimant  les  quatre  vers  qui  constituent  la  réponse  de  l'empereur  et  la 
réflexion  qu'y  joint  le  poète  :  il  les  suppose  interpolés  par  un  copiste  qui  les  a 
substitués  à  d'autres  assonant  en  i  comme  les  trois  vers  précédents,  et  qui  alors 
a  changé  dans  ces  trois  vers  pri  en  prei,  despit  en  despeit,  sa  feit  si  l'en  plevit  en 
si  l'en  plevi  sa  fei,  et  constitué  ainsi  une  laisse  de  sept  vers  en  ei;  puis  un 
autre  copiste  a  remis,  d'après  son  dialecte,  pri  pour  prei,  despit  pour  despeit,  et 
a  refait  sa  fei  si  l'en  plevi  de  si  l'en  plevi  sa  fei,  reconstituant  ainsi,  à  son 
insu,  la  forme  primitive  de  ces  trois  vers,  mais  laissant  subsister  les  quatre 
autres,  qui  dès  lors  n'assonent  plus  avec  eux.  Voilà  une  hypothèse  bien  com- 
pliquée et  bien  invraisemblable.  Celle  que  j'ai  proposée  {Rom.  XI,  407),  et  qui 
a  échappé  à  M.  K.,  est  beaucoup  plus  simple  et  assurément  plus  admissible. 
On  avait  une  laisse  en  i  commençant  par  les  trois  vers  : 

E  dist  li  patriarches  :  «  Savez  dont  jo  vos  pri?  226 

De  Sarrazins  destruire  qui  nos  ont  en  despit.  »  227 

«  Volentiers,  »  ço  dist  Charles,  sa  feit  si  l'en  plevit.  228 

La  laisse  continuait  par  des  vers  qui  se  sont  perdus.  Puis  venait  une  laisse 
en  ei  dont  le  commencement  s'est  perdu,  et  qui  finissait  par  les  cinq  vers  : 

«  Volentiers,  »  ço  dist  Charles,  si  l'en  plevit  sa  feit.  228  a 

«  Jo  manderai  mes  homes  quant  qu'en  porrai  aveir  229 

Et  irai  en  Espaigne,  ne  porrat  remaneir.  v  230 

Si  fist  il  puis  encore,  bien  en  guardat  sa  feit,  23 1 

Quant  la  fut  morz  Rollanz,  li  doze  per  od  sei.  232 

Un  copiste,  trompé  par  la  presque  identité  des  vers  228  et  228  a,  a  omis  ce 


128  COMPTES-RENDUS 

qui  se  trouvait  entre  les  deux.  Il  n'y  a  donc  aucune  raison,  ni  d'attribuer  à 
l'auteur  de  la  chanson,  comme  le  faisait  jadis  M.  K.,  les  formes  «  =i.+  /, 
ni  de  regarder  les  v.  229-232  comme  interpolés.  Mais  alors,  peut-on  dire, 
l'objection  de  M.  Gautier  contre  l'antiquité  du  poème  subsiste.  Suivant  moi, 
l'auteur,  par  un  parti  pris  qui  était  commandé  par  le  plan  de  son  œuvre,  a  fait 
abstraction  des  Sarrazins  qui  pouvaient  se  trouver  dans  les  contrées  visitées  par 
Charles  ;  mais  la  preuve  qu'il  nous  représente  l'état  de  Jérusalem  au  XIe  siècle 
et  non  au  XIIe  est  dans  le  fait  qu'il  n'y  a  pas  dans  cette  ville  d'autre  autorité 
chrétienne  que  celle  du  patriarche  :  s'il  avait  voulu  présenter  les  choses  comme 
elles  étaient  au  XIIe  siècle,  le  premier  personnage  qu'il  aurait  mis  en  relation 
avec  Charlemagne  eût  assurément  été  le  roi.  —  M.  K.  dit  que  mes  raisonne- 
ments pour  établir  la  date  ancienne  de  la  chanson  ne  portent  que  sur  le  fond, 
et  ne  peuvent  rien  prouver  pour  la  forme  ;  je  l'ai  dit  moi-même  ;  il  est  certain 
cependant  que  toute  la  façon  de  penser,  de  sentir  et  de  parler  de  ce  petit  poème 
apparaît,  plus  clairement  à  chaque  fois  qu'on  le  relit,  comme  appartenant  à  une 
époque  plus  ancienne  que  tout  ce  qui  nous  est  arrivé  des  monuments  de  notre 
poésie,  à  l'exception  de  V Alexis  et  du  Rolland  ;  et,  s'il  faut  reconnaître  avec 
M.  Gautier  que  le  style  d'une  œuvre  de  ce  genre  ne  peut  se  fixer  à  trente  ans 
près,  on  doit  remarquer  d'autre  part  que,  s'il  est  établi  que  le  poème  a  été 
conçu  avant  la  croisade,  du  moment  que  le  style  ne  contredit  pas  cette  date, 
elle  a  bien  des  chances  d'être  aussi  celle  de  la  rédaction.  Mais  c'est  à  l'étude 
linguistique  à  décider  :  celle  à  laquelle  M.  K.,  dans  son  introduction,  soumet 
le  poème,  lui  permet  de  conclure  avec  la  plus  grande  vraisemblance  qu'il  pré- 
sente une  langue  un  peu  moins  ancienne  que  celle  de  VAlexis,  à  peu  près  con- 
temporaine de  celle  du  Rolland,  et  sensiblement  plus  ancienne  que  celle  de 
Philippe  de  Thaon.  Dans  cette  étude  fort  soigneuse,  je  ne  relève  qu'un  point  : 
l'addition  d'une  s  au  sujet  des  mots  coltres  et  vespres,  alléguée  par  M.  Suchier 
contre  l'antiquité  du  poème,  ne  saurait  rien  prouver,  et  il  ne  suffit  pas  de  dire 
qu'elle  est  balancée  par  l'absence  de  \'s  dans  emperere  et  enchantere  ;  l'addition 
d'une  s  à  des  mots  comme  ces  derniers  serait  vraiment  une  preuve  de  date 
récente  1  ;  mais  dans  la  deuxième  déclinaison  le  latin  vulgaire  déjà  avait  donné 
des  nominatifs  analogiques  aux  noms  en  -er,  en  sorte  que  coltres,  vespres 
répondent  non  à  culter,  vesper,  mais  à  *cultrus,  *vesprus2  ;  quant  à 
patriarches,  c'est  un  mot  savant,  qui  a  été  attribué  à  la  deuxième  déclinaison. 
—  J'ai  parlé  ailleurs  (Rom.  XI,  464)  d'un  point  que  M.  K.  ne  touche  pas  dans 
son  introduction,  et  qui  n'est  pas  indifférent  pour  l'appréciation  de  l'âge  du 
poème,  c'est  le  traitement  des  pronoms  personnels  proclitiques.  Dans  sa  pre- 
mière édition,  il  avait,  comme  je  l'ai  remarqué,  fait  disparaître  tous  les  cas  de 
suppression  de  la  voyelle  du  pronom  ;  dans  celle-ci  tantôt  il  l'admet,  tantôt  il 
la  corrige,  sans  qu'on  sache  pourquoi  :  ainsi,   v.  41,   il  lit  lem  direz,  y.  372 


1  Sauf  pour  les  noms  propres  d'origine  allemande,  où,  comme  on  sait,  le  Rolland  la 
présente  déjà.  M.  K.  écrit  partout  Hugue,  mais  au  v.  53 1  Naimes  avec  le  ms.  —  Pour 
les  noms  féminins  germaniques  terminés  par  une  consonne  Ys  apparaît  aussi  de  bonne 
heure  ;  cependant  je  préférerais  Maseut  à  Maseuz. 

2.  J'écrirais  de  même  Alexandres.  Cette  règle  ne  s'applique  pas  aux  pronoms;  mais 
elle  paraît  valable  pour  les  adjectifs. 


Karls  des  Grossen  Reise,  hgg.  von  Koschwitz  129 

Altresil;  il  devrait  lire  de  même  v.  194  set  anz  out  h  nés  mut,  v.  421  en  sa 
ehambrel  menât,  v.  771  quem  prest  son  olifant,  v.  519  quis  pout  tant  travaillier, 
v.  $33  quem  prest  son  halbcrc  brun,  v.  801  ja  n'iert  jorz  ke  nem  plaigne,  et 
peut-être  v.  595  Lam  les  verrez  ensemble  (ms.  La  les  me  uerrez,  éd.  La  verrez  les 
m' ensemble) .  —  M.  K.  n'a  pas  étudié  spécialement  la  question  de  savoir  quel 
genre  de  ms.  avait  sous  les  yeux  le  copiste  anglo-normand  du  XIIIe  siècle  finis- 
sant auquel,  malgré  son  inintelligence  et  sa  barbarie,  nous  devons  savoir  un 
gré  infini  pour  nous  avoir  conservé  le  texte  du  Pèlerinage  ;  mais  il  pense  que, 
depuis  le  ms.  0,  qu'il  regarde  déjà  comme  fautif  et  d'où  dérivent  aussi  toutes  les 
versions  secondaires,  jusqu'à  C  il  y  a  eu  plusieurs  intermédiaires,  qui  n'ont  pas 
tous  été  anglo-normands,  et  dont  l'un  lui  semble  avoir  été  picard.  Je  laisse  de 
côté  ce  dernier  point  (v.  624  je  ne  puis  accepter  la  lecture  de  M.  K.,  ami  pour 
a  mi,  et  je  regarde  mi,  ainsi  que  veïr,  comme  assuré  pour  notre  texte  ;  reste  à 
savoir  si  cela  prouve  qu'il  est  «  picard  »)  ;  mais  je  me  demande  s'il  ne  faut 
attacher  aucune  importance  aux  traces  du  d  intervocal  qui  se  sont  conservées 
dans  le  manuscrit.  Il  y  en  a  au  moins  cinq1  :  aiude  t,iG,  judeus  129  et  172, 
predicet  173  et  sudarie  170;  est-ce  que  la  main  de  l'éditeur  n'a  pas  un  peu 
tremblé  quand  il  a  mis  à  la  place  de  ces  formes  antiques  aiue,  jucus,  preechiet  et 
suaire2?  Avec  la  date  qu'il  admet  pour  le  poème,  il  aurait  fallu  plutôt  rétablir 
partout  le  d  intervocal,  tombé  seulement  vers  la  fin  du  XIe  siècle.  —  A  propos 
du  dialecte  du  poème,  l'auteur  aurait  dû  remarquer  que  la  diphtongue  ui  =  à  +y, 
attestée  par  l'assonance  (v.  670),  sépare  nettement  (ainsi  que  i  =  e  +  /)  la 
langue  du  Pèlerinage  de  celle  du  Rolland  (voy.  Rom.  XI,  407). 

Sur  la  façon  dont  il  a  établi  les  formes  du  texte,  M.  K.  s'exprime  à  la  fin  de 
son  introduction  avec  beaucoup  de  réserve  (comme  d'ailleurs  en  divers  autres 
passages)  et  de  bon  sens  :  «  La  reconstruction  d'un  texte  aussi  ancien,  pour 
lequel  tant  de  questions  seront  toujours  pendantes,  ne  va  pas  sans  un  certain 
degré  d'arbitraire,  parce  qu'on  manque  de  documents  du  même  temps  et  du 
même  pays,  qui  pourraient  éclaircir  chaque  point.  Le  texte  restitué  ne  peut  que 
montrer  comment  l'éditeur  se  représente  la  langue  originale  du  monument  qu'il 
publie  :  un  certain  jeu  doit  être  laissé  à  sa  manière  subjective  de  voir,  de  même 
qu'il  est  loisible  à  chacun,  sur  tel  ou  tel  point,  de  se  faire  une  autre  idée  de  la 
langue  originale.  »  Je  ne  relèverai  donc  pas  dans  le  texte  de  M.  K.  un  certain 
nombre  de  détails  sur  lesquels,  en  effet,  je  me  représente  la  langue  de  notre 
poème  un  peu  autrement  que  lui  ;  j'aurais  sans  doute,  comme  M.  Fcerster,  sou- 
haité une  conséquence  encore  plus  rigoureuse  dans  l'unification  des  formes  ; 
mais  je  me  bornerai,  dans  les  remarques  qui  vont  suivre,  à  apporter,  pour  les 
leçons  proprement  dites,  ma  contribution,  d'ailleurs  peu  importante,  à  l'établis- 
sement définitif  d'un  texte  qu'on  peut  d'ores  et  déjà  regarder  comme  excellent. 


1.  Peut-être  un  cinquième  doit-il  être  admis  au  v.  765,  où  nen  avront  aidement  me 
paraît  bien  plat  ;  le  ms.  a  nen  auerunt  raidement  ;  je  lirais  volontiers  ri'avrunt  reïmement 
(plus  anciennement  redemement),  mais  le  copiste  a  pu  avoir  sous  les  yeux  raimement  et 
écrire  simplement  un  d  pour  une  m. 

2.  En  tout  cas  il  n'y  a  aucune  raison  pour  remplacer  par  -aire  la  terminaison  -arie, 
constante  dans  le  texte  ;  de  même  pour  plusieurs  autres  mots  analogues. 


Romania,  XIII 


I 50  COMPTES-RENDUS 

V.  2  ms.  Reout  prise  sa  corone,  éd.  Prise  rout  ;  je  ne  comprends  pas  bien  ici 
la  particule  re,  et  je  lirais  S'out  prise.  —  V.  9  ms.  hume  nul  de  desuz  ceil,  éd. 
ici  nul,  avec  raison,  je  crois  (contre  ma  correction  antérieure  home  nul  desoz 
ciel),  à  cause  du  v.  19:  E,  dame,  ou  est  cil  reis ?  —  V.  25  comparre:  plutôt  que 
comperrez.  —  V.  29  ne  pur  encaucer,  éd.  ne  por  ost  enchalcier,  je  préférerais  ne 
por  bien  e.  —  V.  44  malgré  la  note  je  corrigerais  la  en  le.  —  V.  62  Naimon 
l'adurct:  la  même  épithète  étant  donnée  à   Bertram  au  v.  65,  je  lirais  ici  le 
barbet.  —  V.  95    Veez   cum  génies  cumpaines,   éd.   Veez  cum  granz  c;  génies, 
comme  le  reconnaît  la  note,  est  appuyé  par  les  autres  rédactions,  et  je  pense 
qu'on  peut  le  garder  en  lisant  Vez,  forme  abrégée  très  ancienne.  —  V.  1 12  que 
Caries  i  offret,  éd.  que  H  reis  Charles  offret ;  je  ne  voudrais  pas  sacrifier  1,  et  je 
lirais  que  reis  Charles  i  0.,  ce  qui  forme  un  archaïsme  (cf.  v.  424).  —  V.  127 
Et  les  lavacres  corre  et  les  passons  par  mer  :  M.  K.  adopte  une  conjecture  que 
j'ai  faite,  d'après  laquelle  entre  lavacres  et  cotre  il  y  aurait  une  lacune  ;  je  pense 
maintenant  que  lavacres  n'est  guère  à  sa  place  après  le  vers  précédent  ;  je  pla- 
cerais la  lacune  avant  notre  vers,  et  je  lirais  laisartes  pour  lavacres  ;  les  pein- 
tures représentaient  tous  les  animaux  de  l'air,  de  la  terre  (c'est  ce  que  disait  le 
vers  omis)  et  de  la  mer  (cf.  v.  346).  —  V.  134  prist  len  a  parler,  éd.  prist  li 
en  a  uarler,  I.  prist  l'en  a  aparler.  —  V.  179  Entailee   est  a  or  et  a  pères  pre- 
cioses, éd.  A  pieres  precioses,  entaillice  a  or  mier  ;  pourquoi  le  copiste  aurait-il 
changé  ?  je  lis  et  a  pieres  precicls  :  ce  mot  rare  a  été  remplacé  par  precioses.  — 
V.  202  A  lerceueske  turpin  comandet  que  seit  cundut,  éd.  comandet  son  conduit  ;  je 
ne  trouve  pas  cela  clair,  et  je  lirais  c.  seit  conduiz.  —  V.  215  je  lirais  bien 
plutôt  avec  M.  Suchier  Qui  nos  voelent  destruire  sainte  crestientet  qu'avec  l'éditeur 
e  la  cr.  (ms.  e  s.  cr.)  ;  le  patriarche  ne  parle  pas  de  dangers  qui  le  menacent 
lui-même  (cf.  ci-dessus),  mais  des  périls  de  la  chrétienté  en  général.  —  V.  263 
au  lieu  de  reluisans  j'aimerais  mieux  tresluisanz.  —  V.  268  e  de  heremins  blans, 
éd.  et  de  hermines  bl.  :  je  doute  qu'on  trouve  ailleurs  Yh  (fautive)  à'hermin  aspi- 
rée ;  je  lirais  et  d'ermines  toz  blans.  —  V.  273  et  ount  les  cors  avenanz,  éd.  ont 
les  c.  a.,  plutôt  et  ont  c.  a.  —  V.  290  et  337  escarimant  du  ms.  est  remplacé 
par  escharimant  ;  je  n'ai  jamais,  quant  à  moi,  rencontré  cette  forme.  Je  ne  sais 
pas  plus  que  M.  K.  d'où  vient  ce  mot,  mais  je  doute  qu'il  ait  raison  de  conjec- 
turer qu'il  signifie  «  couleur  d'écarlate.  »  —  V.  291    A  ses  pez  un  escamel,  éd. 
As  piez  un  eschamel  ;  je  lirais  plutôt  :  A   ses  piez  un   eschame.  —  V.  296  Si  a 
cundut  sun  aret  ;  M.  K.  lit  si  conduit  son  arere,  mais  ce  mot  arere   (aratrum) 
n'est  pas  connu  en  français  ;  M.  Fcerster  propose  son  arer,   «  son  labourer  »  ; 
pour  moi  je  garderais  le  texte,   en   prenant  aret  dans  le  sens  de  «  labourage  ». 
—  V.  328  A  peals  et  a   marteals  sereit  escansue,  éd.  A  pis  et  a  martels  sereit 
aconseue  ;  ce  mot  ne  me  paraît   pas  convenir  ici,  et  je  garderais  escansue,  bien 
que  je  ne  l'aie  pas  rencontré  ailleurs,  en  lui  donnant  le  sens  de  «  briser  »   :  bien 
(ou  tost)  sereit  escansue.  —  V.  335  M.  K.  dit  avec  raison  qu'il  n'y  a  pas  à  faire 
de  correction;   cependant  je  changerais   Ces  en  Les.  —  V.  347  Li  palcis  fud 
vout,  éd.  Li  palais  fut  voluz,  bien  plutôt  voltiz  ;  de  m.  au   v.   422  Voltrue  sera 
mieux   corrigé  en    Voltice  qu'en    Volue.  —  V.  367   qui  tanz  honors  bastid,  éd. 
qu'a  tante  honor  basât;  si  on  veut  mettre  honor  au  féminin  (ce  qui  ne  me  paraît 
pas  ici  indispensable),  on  peut  toujours  conserver  le  reste  de  la  leçon  du  ms. 


Kdrls  des  Grossen  Reise,  hgg.  von  Koschwitz  i  3 1 

et  lire  :  qui  tante  horwr  bastit  (cf.  sur  le  v.  $32).  — V.  440  si,  plutôt  s'i.  —  Les 
vers  445-447  sont  ainsi  conçus  dans  le  ms.  : 

E  carlemaine  et  franceis  se  culchent  a  Ieisir 
Des  ore  gabberent  li  cunte  et  li  marchis 
Franceis  furent  as  cambres  si  unt  beuz  des  vins 
Et  dist  li  un  al  altre  ueez  cum  grant  bealtet 

Ce  qui  suit  assone  en  è.  Il  est  donc  clair  que  l'avant-dernier  vers  doit  aussi 
assoner  en  ê,  et  la  correction  de  M.  K.  si  ont  beut  claret,  est  bonne,  sauf  qu'il 
vaut  mieux  s'ont  beut  del  claret  ;  toutefois  je  ne  crois  pas  que  le  v.  447  du  ms. 
doive  disparaître.  Nous  avons  là  sans  doute  un  autre  cas  d'omission  par  suite 
de  répétition.  Le  texte  avait  : 

Franceis  furent  en  chambre,  si  ont  beut  des  vins. 

Franceis  furent  en  chambre,  s'ont  beut  del  claret. 

(cf.  v.  412,  650,  653,  665,  685,  836).  —  V.  463  on  a  proposé  retrait  ou  res- 
cos  pour  receuz,  et  l'un  ou  l'autre,  à  mon  avis,  conviendrait  mieux.  —  V.  488 
Si  io  ne!  ai  anut  testimonie  de  lui  cent  feiz,  éd.  Se  jo  n'ai  testimoigne  de  li  anuit 
cent  fei:  ;  le  changement  est  trop  fort  et  le  sens  obscur  ;  il  faut  garder  Se  jo  ne 
l'ai  (aveir  dans  le  sens  qu'il  a  ici  est  répété  au  v.  694,  Qu'en  une  sole  nuit  avreit 
cent  feiz  ma  fille,  ce  qui  met  la  question  hors  de  doute)  ;  mais  le  second  hémis- 
tiche est  assez  malaisé  ;  p.-ê.  tesmoigne  /i.;  —  V.  532  la  leçon  du  ms.  est  évi- 
demment à  conserver,  d'autant  plus  que  la  correction  admise  introduit  Pélision 
de  i  dans  qui,  qui  ne  se  trouve  pas  ailleurs  et  ne  cadre  pas  avec  l'antiquité  du 
poème  (au  v.  402  je  lirais  Sa  fille  ont  le  crin  bloi,  s'out  le  vis  bel  et  cler).  — 
V.  542  je  lirais  de  toi  ses  chevaliers.  —  V.  548  je  pense  avec  M.  Suchier  qu'il 
faut  garder  entroschier  ;  le  vers  se  restitue  par  une  simple  inversion,  ce  qui  est 
très  conforme  aux  habitudes  du  manuscrit,  lequel  déplace  souvent  les  mots  pour 
les  mettre  dans  un  ordre  plus  simple  :  L'un  acier  depecier  al  altre  et  entroschier. 
Au  reste  oschier  ne  signifie  pas,  comme  le  dit  le  glossaire,  «  briser,  mettre  en 
miettes,  »  mais  «  faire  une  entaille,  une  osche.  »  —  V.  691,  738,  763  1.  avrez 
au  lieu  à'avez.  —  V.  701  ja  mar  hn  larred,  vers  incomplet;  M.  K.  lit  ja  mar 
les  larrez  vivre,  ce  qui  me  paraît  cherché  ;  il  est  plus  naturel  que  Charlemagne 
dise  à  Hugon,  qui  somme  Olivier  d'accomplir  son  gab  :  ja  mar  l'en  lairrez  quite. 
—  V.  717  Ele  out  la  carn  tant  blanche  cum  flur  en  este,  éd.  corne  fior  d'albtspine, 
I.  simplement  corne  fior  en  espine,  ce  qui  explique  mieux  l'erreur  du  scribe.  — 
V.  717  Dame  mult  estes  bêle  car  estes  fille  de  rei,  éd.  et  fille  estes  de  rei,  plutôt 
s'estes  f.  —  Le  v.  719  est  complètement  refait  par  l'éditeur,  et  sa  restitution  ne 
me  satisfait  pas,  mais  je  n'en  vois  pas  de  tout  à  fait  bonne.  —  V.  721  je  ne 
vois  aucune  raison  pour  faire  disparaître  la  forme  archaïque  honisseiz,  et  la  cons- 
truction de  se  avec  le  futur,  dans  ces  conditions,  n'est  pas  admissible.  — V.  723 
Mais  men  cuuent  que  maquitet  vers  lu  rei,  éd.  Mais  de  mon  gab  covient  que  m'aquit 
vers  le  rei  ;  mais  cette  restitution  est  de  toute  façon  peu  vraisemblable.  Olivier 
dit  à  la  princesse  :  «  Je  veux  bien  vous  ménager,  mais  à  condition  que.  vous, 
dont  le  témoignage  doit  décider,  vous  déclarerez  au  roi  que  j'ai  rempli  ma  pro- 
messe, et  dans  ce  cas  (v.  724)  je  ferai  de  vous  mon  amie.  »  Lev.  723  doit  donc 


132  COMPTES-RENDUS 

être  lu  :  Mais-  que  mon  covenant  m'aquitez  vers  lo  rei  (cf.  v.  489,  où  je  lis  :  par 
covenant  l'otrei).  —  V.  730  oil  sire  reis,  éd.  oil  mis  sire  reis,  plutôt  bels  sire.  — 
V.  746  Par  les  miles  de  paile  ;  je  ne  connais  pas  le  mot  tuiles,  mais  je  ne  trouve 
pas  possible  de  le  remplacer  par  no'éls  ;  le  nocl  est  le  bouton  dans  lequel  se  prend 
la  boucle  de  l'agrafe,  et  il  ne  peut  être  de  «  paile  ».  —  V.  755  rien  est  bels  ne 
genlilz,  éd.  ne  m'en  est  bel  ne  gent  ;  je  ne  sais  si  on  trouverait  ailleurs  :  ne  m'en 
est  gent,  et  je  lirais  nen  est  ne  bels  ne  genz,  en  rapportant  ces  épithètes  à  gabe- 
ment.  —  V.  798  malgré  la  note  je  préférerais  menras  ou  amenras  à  menrai.  — 
V.  808  la  dedenz  cel  clos,  v.  821  la  dedenz  en  cel  cnchistre}  v.  827  cum  il  issent 
del  encloistre ;  au  v.  808  M.  K..  lit  la  dedenz  en  cel  clos,  au  v.  821  dedenz  en  cel 
encloistre  :  encl-  est  assuré  par  l'accord  de  821  et  827,  et  la  dedenz  par 
l'accord  de  808  et  821  ;  je  lirais  donc  à  ces  deux  endroits  la  dedenz  cel  eclos 
et  la  dedenz  cel  encloistre  (pour  dedenz  préposition  cf.  v.  816).  —  Le  v.  868 
reste  difficile  à  rétablir.  Le  ms.  porte  :  Ilcec  fu  la  reine  al  pied  li  est  caiet,  ce  qui 
est  contraire  à  l'assonance  ;  la  correction  la  plus  simple  est  celle  que  j'avais 
proposée  :  li  est  alet,  mais  on  peut  dire  avec  M.  K.  qu'il  faut  absolument  alee  ; 
M.  K.  donne  a  ses  piez  s'at  getet,  ce  qui  n'est  pas  bon  ;  M.  Suchier  propose  : 
as  piez  li  voelt  aler,  ce  que  j'adopterais,  en  gardant  toutefois  al  piet,  comme 
dans  le  ms.  :  cf.  dans  le  Charrei  de  Nimes  :  al  piè  li  sont  aie;  Cor.  Loois  :  Va  li 
al  piè.  Il  ne  s'agit  pas  de  «  se  jeter  aux  pieds  de  quelqu'un,  j>  mais  de  lui  baiser 
le  pied  (au  v.  31  au  contraire,  voelt  li  chaeir  as  piez,  on  a  bien  la  locution 
conservée). 

Il  ne  me  reste  plus  qu'à  présenter  quelques  observations  sur  le  glossaire.  Ce 
glossaire  est  très  bien  dressé,  et  fort  intéressant,  car  ce  petit  poème  de  870  vers 
ne  contient  pas  moins  d'environ  1200  mots,  appartenant  au  meilleur  fond  de  la 
langue.  Le  sens  et  l'étymologie  que  leur  assigne  M.  Koschwitz  sont  en  général 
très  satisfaisants.  Traduire  simplement  adenz  par  «  en  avant  »  et  sovin  par  «  en 
arrière  »  est  trop  peu  précis  ;  l'un  veut  dire  «  sur  la  face  »  et  l'autre  «  sur  le 
dos.  »  —  Afeltrer  n'est  pas  simplement  «  équiper  »,  mais  «  garnir  du  feutre,  de 
la  couverture  qui  se  plaçait  sous  la  selle  ou  le  bât1.  »  —  Aiglent  viendrait  de 
acuculentum.  mais  on  aurait  a  gui  lent  ;  c'est  acukntum.  —  «  Aler  (pour  aner,  de 
a(n)dare).  »  Que  veut  dire  cette  notice  ?  Il  est  fort  téméraire  d'affirmer  que 
aler  est  pour  aner  ;  si  a[n)dare  signifie  que  l'/j  de  and  are  est  intercalée  (pour 
ad d are),  je  suis  de  l'avis  de  l'auteur  ;  mais  ce  n'est  pas  clair,  et  un  point  d'in- 
terrogation eût  été  à  sa  place.  —  Pourquoi  avougle  et  non  avogle  ou  avoegle? 
—  «  Bacheler  (baccalaris)  ;  »  l'auteur  met  d'ordinaire  (quoique  peu  régulière- 
ment) un  astérisque  aux  mots  bas-latins  ;  ici  il  faut  avouer  que  l'étymologie 
donnée  nous  laisse  juste  aussi  avancés  qu'avant  ;  il  en  est  de  même  de  «  esto- 
veir  (*stovere),  »  et  de  «  estruer  (ex-trud-are).  »  —  «  Galerne  (de  l'irl.  gai).  » 
Cet  irlandais  m'est  inconnu  ;  gualerne  est  le  breton  gwalarn,  qui  renvoie  à  un 
thème  wal-,  — ■  Grizain  d'après  M.  K.  vient  de  gris  avec  le  suffixe  ain  ;   alors 


1.  A  ce  propos,  je  dois  signaler  la  mention  expresse  de  chevals  au  v.  418,  qui  semble 
contredire  ce  que  j'ai  dit  et  ce  qu'admet  M.  K.  sur  les  montures  des  pèlerins  :  c'est  sans 
doute  une  réelle  inadvertance  du  poète.  —  Le  v.  81  peut  peut-être  rester,  si  on  le  place 
après  le  v.  82,  et  si  on  lit  :  Et  si  les  font  ferrer  et  detrés  et  devant  ;  detres  a  amené 
des  très . 


Karls  des  Grossen  Rcise,  hgg.  von  Koschwitz  1 3  3 

pourquoi  un  :  ?  Je  regarde  grizain  comme  signifiant  «  grec  »  et  venant  de 
*graecianum.  —  Hisdos  ne  saurait  venir  de  hispidosus,  d'abord  parce 
que  \'h  est  aspirée,  ensuite  parce  que  hisdos  n'est  que  l'adjectif  de  hisde,  dont 
l'étymologie  n'est  pas  encore  trouvée.  —  Comment  maille  (de  haubert)  peut-il 
venir  de  mallea?  il  vient  de  macula  ;  voy.  Diez,  s.  v.  macchia.  —  Il  est  plus 
que  douteux  que  plevir  vienne  de  praebere,  et  il  aurait  fallu  accompagner  au 
moins  cette  étymologie  d'un  point  d'interrogation.  —  Je  ne  crois  pas  qu'on 
puisse  hésiter  pour  tref  entre  le  latin  trabe  et  l'anglo-saxon  traef  (voy.  Rom. 
VI,  629).  —  Trosscr  ne  vient  pas  de  torciare  (sic),  c'est  entendu  ;  j'ai  proposé 
une  autre  étymologie,  qui  aurait  pu  être  mentionnée  {Rom.  IX,  334).  —  Je  ne 
puis  croire  que  vitium  ait  donné  viz  (cf.  enveisier,  envoisier),  et  j'avoue  que  le 
v.  438  Sages  fud  e  membrez  plains  de  maie  uiz)  me  reste  énigmatique. 

En  somme  je  ne  puis  trop  recommander  la  publication  de  M.  Koschwitz,  qui 
permet  de  lire  avec  un  plaisir  rarement  troublé  par  les  difficultés  encore  subsis- 
tantes' un  des  textes  les  plus  agréables  comme  les  plus  anciens  de  notre  langue. 

G.  P. 


Cartulaire  de  l'abbaye  de  Lérins,  publié  sous  les  auspices  du  ministère 
de  l'Instruction  publique,  par  MM.  H.  Moris  et  E.  Blanc.  Première  partie. 
Saint  Honorât  de  Lérins,  impr.  du  monastère.  Paris,  Champion,  1883, 
in-40,  lij-473  pages.  (Publication  de  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts 
des  Alpes-Maritimes.) 

Après  le  Cartulaire  de  Saint-Victor  de  Marseille,  celui  de  Lérins  est  certai- 
nement le  plus  important  qui  ait  été  publié  jusqu'à  ce  jour  pour  la  région 
méridionale  de  la  France.  Le  volume  actuellement  mis  au  jour  contient  le 
texte  du  cartulaire  écrit  de  diverses  mains  et  formé  de  documents  du  IXe  au 
XIIe  siècle  ;  un  second  volume  contiendra  les  documents  postérieurs  qui  existent 
en  originaux  aux  archives  des  Alpes-Maritimes.  La  première  partie  intéresse  les 
études  provençales,  puisqu'elle  renferme  une  demi-douzaine  d'actes  en  langue 
vulgaire,  l'un  desquels  avait  déjà  été  publié,  d'après  le  cartulaire  même,  dans 
mon  Recueil  d'anciens  textes,  partie  provençale,  n°  41.  Nous  devons  malheureu- 
sement constater  que  les  éditeurs  n'ont  pas  les  connaissances  nécessaires  en  paléo- 
graphie, en  diplomatique,  en  philologie,  pour  mener  à  bonne  fin  l'œuvre 
importante,  mais  difficile,  qu'ils  ont  entreprise.  Ils  attribuent  aux  premières 
années  du  XIIIe  siècle  la  partie  ancienne  du  cartulaire  (p.  viij),  mais  le  fac- 
similé  joint  à  la  publication  démontre  au  premier  aspect  que  l'écriture  de  cette 
partie  n'est  pas  postérieure  au  milieu  du  XIIe  siècle.  Ils  ont  imprimé  une  pièce 
(n°  CCXC)  dont  la  fausseté  est  évidente,  et  qui  avait  été  signalée  comme  telle 
ici-même  (Rom.  V,  246,  note  1)  sans  un  mot  d'avertissement,  comme  s'ils  la 
croyaient  authentique.  Plusieurs  chartes  sont  transcrites  deux  fois  dans  le 
manuscrit  :  les  éditeurs  se  contentent  de  les  imprimer  selon  la  première  des 
deux  copies,  et  pour  la  seconde  ils  se  bornent  à  une  simple  mention  avec  ren- 
voi à  la  première  (voy.    pp.  340,  342,  etc.).  Mais  il  y  a  parfois  des  variantes 

1.  Il  y  en  a  plus  que  je  n'en  ai  indiqué  ;  en  bien  des  points  je  crois  que  la  restitution 
admise  est  douteuse,  mais,  n'en  ayant  pas  de  meilleure  à  proposer,  je  n'en  parle  pas. 


I 24  COMPTES-RENDUS 

d'une  copie  à  l'autre,  et  ces  variantes  auraient  dû  être  indiquées.  Le  texte  du 
cartulaire  a  été  corrigé  par  une  main  qui  paraît  contemporaine.  Ces  corrections 
auraient  dû  être  indiquées  en  note.  Ainsi,  dans  la  pièce  IV,  ligne  8,  le  ms.  por- 
tait d'abord  sorre,  forme  vulgaire  (qui  d'ailleurs  se  retrouve  à  la  ligne  17  de  la 
même  pièce)  ;  on  a  corrigé  \'e  en  0  et  ajouté  une  r  finale  en  interligne,  d'où 
sorror.  Les  éditeurs  impriment  sorror  sans  indiquer  comment  cette  leçon  s'est 
formée.  Et  de  même  en  maint  autre  passage,  comme  je  puis  le  constater  en 
comparant  l'édition  avec  des  extraits  que  j'ai  pris  de  ce  cartulaire,  il  y  a  une 
vingtaine  d'années.  —  Les  pièces  provençales  sont  publiées  d'une  façon  peu  cor- 
recte, et  souvent  mal  ponctuées.  Pièce  LXXV,  1.  4,  abberg,  lis.  alberg  ;  1.  6, 
que  l'abbas  mo  quera,  lis.  m'o  ;  1.  9,  ego  Olivers  na  darai  a  l'abat,  lis.  n'aidarai. 
Pièce  CCCXXXIX,  1.  5,  ne  i  darai,  lis.  n'eidarai;  1.  2,  ne  la  onor  que  dant,  lis. 
qued  aut;  les  éditeurs  n'ont  pas  compris,  car  que  dant  1  qu'ils  donnent)  n'offrirait 
ici  aucun  sens  ;  il  faut  entendre  évidemment  «  qu'ils  ont  ».  Ils  ont  donc  corrigé 
à  tort  le  texte,  rejetant  en  note,  comme  fautive ,  la  leçon  du  ms.  aut,  et 
remplaçant  dans  le  texte  Vu  par  n.  Ils  n'ont  pas  vu  qu'il  y  avait  là  l'ancienne 
forme  en  au  de  la  troisième  personne  plur.  de  l'ind.  présent  d'aver  :  aut  de 
*habunt.  Même  pièce,  1.  3,  ils  ont,  également  à  tort,  corrigé  acaptarau,  et  à 
la  1.  6  somoirau,  farau,  en  acaptaran,  sonwiran,  faran.  Pourtant  des  exemples 
de  ces  troisièmes  pers.  plur.  en  au  avaient  été  cités  d'après  le  même  cartulaire 
de  Lérins,  dans  la  Romania,  IX,  194.  En  d'autres  endroits  encore,  les  modifi- 
cations apportées  par  les  éditeurs  à  la  leçon  du  ms.  ne  sont  pas  justifiables. 
Ainsi,  p.  145  et  ailleurs,  da  alla  parte...  da  tercia...  da  quarta...;  c'est  à  tort 
que  ce  da,  forme  bien  connue  de  langue  vulgaire,  a  été  constamment  remplacé 
par  de.  La  pièce  363  est  précédée  de  ce  titre  absurde  :  Jusjurandum  episcopi 
Antipolitani  a  retener  Gozfredi.  C'est  que  les  éditeurs  n'ont  pas  fait  attention 
que  a  retener  doit  se  placer  à  la  fin  de  la  pièce  362,  après  bons  ti  serai.  — 
Nous  ne  pouvons  ici  examiner  plus  longuement  un  ouvrage  qui  n'a  qu'un 
rapport  indirect  avec  les  études  auxquelles  se  consacre  la  Romania  :  nous 
terminerons  en  exprimant  le  vœu  qu'il  nous  soit  possible  de  rendre  un  compte 

plus  favorable  du  tome  II  de  ce  cartulaire. 

P.  M. 

Le  Mystère  de  Saint- André  par  Marcellin  Richard,  15 12,  découvert  en 
1878  et  publié  avec  une  introduction,  une  nomenclature  des  documents  en 
langue  vulgaire  connus  dans  les  Hautes-Alpes,  et  un  petit  glossaire,  par  l'abbé 
J.  Fazy.  Aix,  imprimerie  provençale,  1883.  In-8",  146  pages1. 

Nous  avons  signalé  dans  l'une  de  nos  précédentes  chroniques  [Romania,  XI, 
168)  la  découverte  faite  au  Pui-Saint-André,  près  Briançon,  des  Mystères 
de  saint  Eustache  et  de  saint  André,  par  l'abbé  Fazy.  Le  premier  de  ces  deux 
mystères  a  été  publié  l'an  dernier  par  M.  l'abbé  Guillaume,  archiviste  des 
Hautes-Alpes,  dans  la  Revue  des  langues  romanes  2.  Le  second  vient  de  paraître 


1.  Chez  l'auteur,  à  Lettret,  par  Tallard,  Hautes-Alpes.  Prix,  par  la  poste  :  3  francs. 

2.  M.  l'abbé  Guillaume  déclare  avoir  découvert,  le  29  juin  1881,  le  mystère  de  saint 
Eustache  [Revue  des  l.  rom.,  n"  de  mars  1882,  p.  105).  D'autre  part,  au  début  de  son 
introduction,  M.  l'abbé  Fazy  dit  avoir  fait  la  même  découverte  dès  1878.  D'où  il  faut 
conclure  que  le  ms.  a  été  découvert  deux  fois  à  la  suite  de  recherches  indépendantes. 


Richard,  Le  Mystère  de  saint  André  1 55 

par  les  soins  de  M.  l'abbé  Fazy.  Un  troisième  mystère,  celui  de  Saint-Antonin 
de  Viennois,  doit  être  prochainement  mis  au  jour  par  M.  l'abbé  Guillaume,  qui 
l'a  trouvé  dans  les  archives  de  la  commune  de  Névache  (canton  de  Briançon). 
Enfin  les  deux  mystères  de  saint  Pierre  et  saint  Paul  et  de  saint  Pons,  connus 
depuis  bien  des  années,  et  que  divers  érudits  ont  pu  consultera  la  Bibliothèque 
nationale,  où  ils  ont  été  déposés  quelque  temps1,  ont  maintenant  pris  place 
aux  archives  départementales  des  Hautes-Alpes2,  et  ne  tarderont  pas  à  être 
publiés  à  leur  tour.  Nous  connaîtrons  alors  dans  leur  ensemble  la  série  des  mys- 
tères qu'on  peut  appeler  alpins,  et  qui,  sans  offrir  une  grande  originalité,  se 
distinguent  cependant  assez  nettement  des  mystères  provençaux  qui  nous  sont 
parvenus.  Du  reste,  si  j'en  juge  par  les  mystères  actuellement  publiés  de  saint 
Eustache  et  de  saint  André,  et  par  ceux,  beaucoup  plus  étendus,  des  saints 
Pierre  et  Paul  et  de  saint  Pons,  que  j'ai  parcourus  du  temps  qu'ils  étaient 
déposés  à  la  Bibliothèque  nationale,  ces  drames  religieux  sont  des  œuvres  d'une 
bien  faible  valeur.  Toutefois,  les  compositions  de  ce  genre,  si  médiocres  qu'elles 
soient,  ont  toujours  une  certaine  importance  pour  l'histoire  littéraire,  outre 
que,  lorsqu'elles  sont  rédigées  non  en  français,  mais,  comme  c'est  ici  le  cas, 
dans  l'idiome  local,  elles  fournissent  aux  études  linguistiques  de  précieux  maté- 
riaux. Il  faut  donc  nous  féliciter  quand  elles  rencontrent  des  éditeurs,  tout 
en  regrettant  de  ne  pas  trouver  jusqu'à  présent  chez  ceux-ci  une  compétence 
suffisante. 

Le  mystère  de  saint  André,  dans  l'état  où  il  nous  est  parvenu,  n'est  que  la 
seconde  partie,  la  seconde  journée,  à  proprement  parler,  d'un  mystère.  On  lit 
en  effet  sur  la  couverture  du  ms.  :  Liber  secundus  sancti  Andrée,  puis  en  tête  du 
second  feuillet,  ce  qui  est  plus  précis  encore  :  «  Hic  incipit  secunda  dominica 
«  ystorie  sancti  Andrée,  sub  anno  et  die  M.  Ve.  XII.,  et  die  .XXIX.  mensis 
«  januarii.  »  Cette  seconde  journée  met  en  scène  la  persécution  du  saint  par  le 
roi  Egeas,  son  supplice  et  la  mort  d'Egeas  dont  l'âme  est  emportée  par  les 
diables.  L'histoire  du  saint  avant  ces  événements  devait  faire  l'objet  d'une  pre- 
mière journée.  A  la  fin  du  ms.  on  lit  un  explicit  ainsi  conçu  :  «  Finis  hujus 
«  operis  secunde  ystorie  sancti  Andrée,  sub  anno  .M.  Vc.  XII.  et  die  .XXa. 
«  mensis  Aprilis,  per  me  Marcellinum  Richardi,  capeilanum  meritum,  qui  eun- 
«  dem  librum  feci  et  aptavi,  et  in  presentem  formam  redegi.  »  Nous  venons  de 
voir  que  le  volume  avait  été  commencé  le  29  janvier  de  la  même  année. 
M.  l'abbé  Guillaume  (Rev.  des  l.  rom.,  nov.  1882,  p.  236)  a  conclu  de  cette 
note  que  Marcellin  Richard  était  l'auteur  du  mystère  de  saint  André  et  les 
ressemblances  de  la  composition,  du  style,  de  la  langue,  l'ont  conduit  à  attri- 
buer au  même  Richard  le  mystère  de  saint  Eustache.  En  tout  cas,  il  me  semble 
résulter  de  la  note  précitée  que  Marcellin  Richard  a  été  plus  qu'un  simple 
copiste  ;  il  se  peut,  comme  le  suppose  l'éditeur,  qu'il  ait  remanié  un  mystère 


1.  Voy.  Romania,  XI,  617. 

2.  En  droit  ils  appartiennent  à  la  commune  du  Pui-Saint -Pierre,  arrond.  et  canton  de 
Briançon  (voy.  Rev.  des  langues  romanes,  mars  1882,  p.  m),  mais  il  est  admis  que  les 
documents  les  plus  précieux  des  archives  communales  peuvent  être  déposés  aux  archives 
du  département,  dans  le  cas  où  la  conservation  n'en  serait  pas  suffisamment  assurée 
dans  la  commune  à  laquelle  ils  appartiennent. 


1  36  COMPTES-RENDUS 

plus  ancien,  mais ,  de  toute  façon,  nous  avons  ici  son  autographe,  et  nous 
devons  convenir  que  cet  autographe  est  singulièrement  incorrect.  Sur  le  pre- 
mier feuillet  du  ms.  on  lit  ceci  :  «  Hec  istoria  lusa  est  et  fuit,  die  .XXa.  mensis 
«  jugnii,  et  conducta  per  me  subsignatum  vicarium  loci  S.  Andrée  ad  honorem 
«  et  gloriam  Dei  et  sui  sancti  et  apostoli  Andrée.  H  '.  Chancelli.  »  La  mention 
de  l'année  fait  défaut,  mais  on  peut  rétablir  avec  toute  probabilité  15 12.  Ce 
Chancel,  curé  du  Pui-Saint-André,  est  le  même  qui,  en  1 504,  fit  représenter  le 
mystère  de  saint  Eustache  2. 

Parlons  maintenant  de  l'édition.  De  même  que  celle  du  mystère  de  saint 
Eustache,  plus  encore  peut-être,  elle  dénote  une  grande  inexpérience  de  l'art 
d'éditer  les  textes.  M.  l'abbé  F.  a  eu  l'idée,  que  n'a  pas  eue  M.  l'abbé  Guil- 
laume, de  joindre  au  mystère  un  glossaire,  mais  ce  glossaire  est  dépourvu  de 
renvois  au  texte,  ce  qui  en  diminue  considérablement  l'utilité.  En  outre  il  est 
encombré  d'étymologies  dépourvues  de  toute  valeur.  Le  ms.  paraît  avoir  été 
copié  avec  soin,  mais  il  y  a  de  nombreuses  fautes  d'impression,  qui  ne  sont  pas 
toutes  relevées  à  Verrata,  pourtant  assez  long,  qui  termine  le  volume  3.  Puis, 
dans  ce  ms.  comme  en  tout  autre,  il  doit  se  rencontrer  des  passages  d'une  lec- 
ture douteuse  :  je  pourrais  signaler  maint  endroit  où  il  doit  être  possible  de  lire 
autrement  que  l'éditeur;  cependant  jamais  aucune  note  ne  nous  avertit  qu'il  y 
ait  aucune  difficulté  de  lecture-''.  Il  est  évident  que  M.  l'abbé  F.  a  travaillé  sans 
livres  ni  secours  d'aucun  genre,  et  cette  circonstance  explique  et  excuse  tout  à 
la  fois  l'insuffisance  de  son  travail  ;  mais  le  résultat  n'en  est  pas  moins  regret- 
table. Je  ne  crois  même  pas  que  l'éditeur  ait  eu  à  sa  disposition  les  numéros  de 
la  Revue  des  langues  romanes  qui  contiennent  le  mystère  de  saint  Eustache.  Il  y 
aurait  trouvé  un  rôle,  copié  à  part,  du  mystère  de  saint  André,  le  rôle  de 
«  Pericant,  secundus  minister.  »  M.  l'abbé  Guillaume  l'a  publié  (numéro  de 
mars  1882,  p.  11?)  et  il  est  intéressant  d'en  comparer  le  texte  avec  celui  que 
nous  offre  le  manuscrit  complet.  Voici  les  principales  variantes  : 

Texte  du  mystère  :  Texte  du  rôle  : 

V.     99  Per  dever  cy  el  vous  demande  Per  dever  qu'el... 

103   Vene  vous  en  tôt  per  mantenent.  tôt  de  présent. 

341  A  tous  vous  plasso  de  ouvir.  de  venir  ovir. 

1018  Per  cert  you  cudoc...  ...  you  en  doue 

1039  Graire  ho  ly  plassa.  Grave... 

1424  El  non  se  sap  donar  conducho.  Et  ne  sefaso... 

1429  En  son  fach  la  lis  ey  viayre.  ....  la  lys  eybrare. 

1456  Ha  sy  per  ren  ero  tant  rege.  roge. 


1.  Est-ce  H.  ou  B.?  M.  l'abbé  Guillaume  qui  a  cité  cette  même  note  dans  la  Rev.  des 
l.  rom.  nov.  1882,  p.  235,  lit  B.  M.  l'abbé  F.  soutient  dans  une  note  qu'il  y  a  bien  H. 
Toutefois,  à  la  fin  du  ms.  de  saint  Eustache  (Rev.  des  l.  rom.,  nov.  1882,  p.  224),  on 
lit  une  note  émanant  évidemment  du  même  personnage,  et  signée  :  «  Ber.  Chancelli 
capellanus  Podii  Sancti  Andrée.  » 

2.  Rev.  des  l.  rom.,  mars  1882,  p.  106. 

3.  Il  y  a,  par  exemple,  de  fâcheuses  erreurs  de  numérotation  :  ainsi  le  chiffre  380  est 
placé  un  vers  trop  haut,  en  regard  du  v.  379. 

4.  Quelquefois  l'éditeur  exprime  son  doute  dans  le  texte  même,  entre  (  ).  Ainsi, 
v.  148,  après  avoir  écrit  accrtal,  il  ajoute  sur  la  même  ligne  :  «  ou  atertal  ».  Cette 
dernière  leçon  est  visiblement  la  bonne  :  il  n'y  avait  pas  à  hésiter. 


Richard,  Le  Mystère  de  saint  André  1 37 

1479  Or fereran  donc  puys  que  dich  eys.                       Or  sortant  tous... 

1493  Par  ta  malo  vito,  Per  la  tropo  vito, 

1494  Croyo  et  iniquo.  Ereyo... 

1 504  Sa  pel  chanjo  de  collour.  Sa  pet  se  chanjo... 

15 18  Que  non  ayas  sesto  bersardo.  sesto  befardo. 

1564  En  la  fassum En  talfason... 

1893  Et  sy  vous  play  suffrarés.  ...  vous  sufraré. 

1934  Eyci  faren  tôt  grant  soujors.  Eyci  fasen  trop... 

1952  Gollimart  pren  cello  cordo.  Galhart  vert  pren  a  la... 

2232  So  veyes  vous  entre  tous.  eura  tous. 

Il  est  visible  que  plusieurs  de  ces  variantes  ne  sont  qu'apparentes,  et  sont 
causées  par  de  simples  fautes  de  lecture  de  l'un  ou  l'autre  des  deux  éditeurs, 
ainsi  au  v.  1456  il  est  clair  que  le  ms.  doit  porter  roge,  qu'exigent  le  sens  et  la 
mesure,  bien  que  M.  l'abbé  F.  ait  lu  rege.  De  même  dans  le  rôle  publié  par 
M.  l'abbé  Guillaume,  en  doue,  1018,  ereyo,  1494,  eura,  2232,  sont  d'évidentes 
fautes  de  lecture  pour  cudouc  (je  pense,  cogito),  croyo,  entre.  Mais  il  reste 
un  bon  nombre  de  véritables  variantes,  et  on  peut  se  demander  si  le  rôle  n'a 
pas  été  copié  sur  un  ms.  différent  de  celui  qu'a  édité  M.  l'abbé  Fazy. 

Il  ne  peut  être  question  d'entreprendre  l'examen  détaillé  de  ce  texte.  Il  n'est 
pas  de  page  qui  n'offrît  matière  à  discussion.  Je  me  bornerai  à  présenter  quel- 
ques observations  générales  et  à  faire  la  critique  de  quelques  centaines  de  vers. 
M.  l'abbé  F.  ne  fait  point  usage  de  l'apostrophe  ;  il  écrit  laven,  lystorio,  la, 
pour  l'aven,  l'ystorio,  l'a;  il  ne  sépare  pas  les  mots  réunis  mal  à  propos  dans  le 
ms.,  écrivant  par  exemple  alnum  pour  al  num,  ou  queys  a  quo  au  lieu  de  qu'eys 
aquo.  Il  y  a  là  une  recherche  de  l'exactitude  qui  serait  à  sa  place  dans  une 
reproduction  purement  diplomatique,  mais  qui  ne  peut  être  approuvée  dans  une 
édition  où  on  introduit  la  ponctuation  moderne,  les  capitales,  et  la  distinction 
des  u  et  des  v.  Il  y  a  dans  ce  mystère  de  nombreuses  indications  de  jeux  de 
scène.  Ces  indications,  qui  sont  rédigées  en  latin,  sont  souvent  placées  entre 
parenthèses,  parfois  non.  Pourquoi  cette  différence?  La  ponctuation  est  peu 
soignée.  Il  faut  un  point  après  le  v.  77,  une  virgule  après  les  vers  80  et  82,  un 
point  (et  non  un  point  d'exclamation)  après  le  v.  88,  deux  points  au  v.  99  après 
per  devers  cy,  etc. — Quelques  remarques  maintenant  sur  le  texte.  V.  2,  Que  tôt  lo 
mon  régis  et  genio,  lis.  et  guio.  De  même  v.  684.— V.  1  5-6,  Que  al  jort  d'il)  asson 
honnour  \  Nous  honeran  et  assa  longour  ;  le  second  de  ces  deux  vers  n'est  pas  clair 
pour  moi;  qu'est-ce  que  honeran!1  Ne  faudrait-il  pas  nous  ovreran,  et  longour 
ne  doit-il  pas  être  corrigé  en  lauzour?  —  Le  v.  69,  Lo  quai  d'unffert  nous  ha 
reymus,  qui  ne  rime  à  rien,  doit  être  interpolé.  Il  se  retrouve  d'ailleurs,  à  sa 
vraie  place,  au  v.  $24,  ce  que  l'éditeur  aurait  dû  observer. —  V.  82,  Quel  sio 
fit  preys  et  empreysona  ;  il  m'est  impossible  de  me  rendre  compte  de  fit,  qui 
trouble  le  sens  et  la  mesure.  —  V.  87,  Vung  malnas  songe,  corr.  malvas.  — 
141 -2  Que  vung  sina  que  se  fay  syre  \  Et  governant  de  mon  pays  ;  je  n'entends  pas 
sina,  que  M.  F.  traduit  au  glossaire  par  «  inconnu,  homme  méchant,  nuisible,  » 
le  tirant  du  grec  «rivtç  !  —  V.  192-3,  Fazc  vous  temer  et  amar  \  Per  vostro  poys- 
sansso  amiscetar;  l'éditeur  traduit  au  glossaire  l'invraisemblable  amiscetar  par 
«  rechercher  en  amitié;  »  je  suppose  ici  une  mauvaise  lecture  d'aumentar,  qui 


I38  COMPTES-RENDUS 

convient  à  la  fois  au  sens  et  à  la  mesure.  —  V.  260,  farour  m'est  inconnu,  de 
même  que  jarous  au  v.  $17.  Il  faut  probablement  lire  furour,  furous.  —  V .  293, 
conroectiro  doit  être  une  fausse  lecture  ;  il  faut  covertirio  (la  rime  est  venio).  — 
V.  3:1,  Ben  son  malnas  et  malisious,  lis.  malvas,  de  même  aux  v.  386,  5 10  et 
ailleurs.  —  V.  328,  vanc,  lis.  vauc.  —  V.  498,  Lo  bon  Jhesus  en  cio  louna,  lis. 
louva,  loué. 

Ces  erreurs  ne  manquent  pas  de  gravité;  mais  ce  qui  doit  surtout  être  blâmé 
dans  cette  édition,  comme  aussi  dans  celle  du  mystère  de  saint  Eustache,  c'est 
l'indifférence  avec  laquelle  les  éditeurs  impriment  des  mots  ou  des  vers  inintel- 
ligibles sans  avertir  le  lecteur  que  ces  mots  ou  ces  vers  n'ont  aucun  sens.  On 
n'est  pas  obligé  de  comprendre  tout  ce  qu'on  édite,  mais  on  ne  doit  pas  faire 
semblant  de  comprendre  ce  qu'on  ne  comprend  pas. 

L'éditeur  du  mystère  de  saint  André,  non  plus  que  celui  du  mystère  de  saint 
Eustache,  n'a  joint  à  son  édition  aucun  travail  sur  la  langue  du  texte  publié.  Je 
ne  les  en  blâme  pas,  bien  au  contraire  !  mais  il  n'en  est  pas  moins  certain  que 
ce  travail  reste  à  faire,  et  il  est  certainement  fâcheux  qu'il  ne  se  trouve  pas 
joint  aux  éditions  dont  il  devrait  être  le  complément  naturel.  Je  n'ai  pas  l'inten- 
tion, pour  ma  part,  de  l'entreprendre  ici  :  il  y  faudrait  un  espace  hors  de  pro- 
portion avec  les  limites  d'un  compte-rendu.  Voici  pourtant  un  petit  nombre  de 
remarques  :  v  en  position  se  diphthongue  dans  tuest  (tostum),  122,  32e.  La 
même  forme  est  relevée  dans  le  dictionnaire  du  patois  du  Queyras  de  MM.  Cha- 
brand  et  de  Rochas  d'Aiglun,  avec  le  sens  de  «  peut-être  »,  et  de  plus  on  y  trouve 
aussi  «  tantuest,  tantôt  »  '.  —  L'explosive  intervocale  tombe  :  venguo  (prov. 
venguda)  504;  conduo  (lat.  con  ducat)  503.  Par  suite,  après  une  voyelle 
labiale,  il  se  produit  un  v  dans  ouvi  (auditum)  508,  comme  cela  a  lieu,  dès 
une  époque  très  ancienne,  en  limousin2.  —  Il  s'introduit  une  m  entre  une 
voyelle  et  une  consonne  labiales  :  sombre  (super)  483,  desombre  228.  —  Notons 
le  pronom  féminin  queno,  dans  le  sens  de  qualem  :  queno  ley  el  vol  tenir  375. 
On  le  retrouve  sous  la  forme  queyno  dans  le  mystère  de  saint  Eustache,  vv.  241, 
611,  queynas  au  plur.  fém.,  v.  656 :i .  Ce  pronom,  qui  est  fréquent  en  ancien 
provençal  iquinh,  quinha,  Rayn.  Lex.  rom.  V,  26),  se  retrouve  en  Espagne 
et  en  Italie4.  La  conjugaison  offre  un  certain  nombre  de  traits  intéressants. 
Ainsi  la  première  personne  du  singulier,  au  présent  et  à  l'imparfait,  et  par 
suite  au  conditionnel,  est  terminée  en  oc  ou  ouc  atone5  :  preouc  (preco),  tro- 
boc,  creouc  (cre  d  0),  temoc  (t  i  m  e  0),  tenoc  (t  e  neoi,  sâbiouc,  diriouc,  etc.  La 
production  du  c  final  ne  doit  pas  être  un  phénomène  bien  ancien  ni  qui  se  soit 
propagé  sur  un  territoire  considérable.  Actuellement,  dans  le  Briançonnais,  les 
mêmes  finales  sont  en  ou0.  M.  l'abbé  F.  nous  fait  savoir,  p.  xij-xiij  de  son  introduc- 
tion, que  la  finale  ouc  subsiste  maintenant  encore  à  Arvieux,  au  sud  de  Briançon, 


1  •  Tuet  dans  le  sud  de  l'Isère  ;  voy.  une  comédie  en  patois  de  Mens,  l'ancien  chef- 
lieu  du  Trieves,  Rev.  des  l.  rom.,  oct.  1875,  p.  117  et  passim. 

2.  On  a  actuellement  auvir  et  ouvir  (audire)  dans  le  Queyras. 

3.  Quen,  queno  dans  le  Queyras;  voy.  Chabrand  et  de  Hochas  d'Aiglun,  p.  16. 

4.  Voy.  Rivista  di  Filologia  romanza,  1,  275,  et  11,  54. 

5.  Estrênoc  rime  avec  pino,  Myst.  de  S.  Eustache,  v.  153. 

6.  Voy.  Chabrand  et  de  Rochas  d'Aiglun,  p.  20  et  suiv. 


Richard,  Le  Mystère  de  saint  André  1 39 

dans  le  QueyrasL  Quelques  verbes,  die,  fauc,  vauc,  puys,  ai  (habeo),  su 
(su  m),  gardent  la  formation  ancienne.  Les  finales  en  ouc,  oc  sont  également  usitées 
dans  les  mystères  de  saint  Eustache,  des  saints  Pierre  et  Paul  et  de  saint  Pons. 
Dans  le  mystère  de  saint  Eustache,  je  remarque  que  les  terminaisons  en  0  simple 
coexistent  avec  celles  en  oc,  ouc,  ainsi  ufro  137,  157,  et  u'roc  134,  165  ;  volo 
456,  484,  489,  et  voloc  67,  70,  147.  —  Les  prétérits  semblent  céder  la  place  aux 
formes  périphrastiques  composées  de  l'inf.  et  de  vauc  :  you  vousvauc  dire  14, 
«  je  vous  ai  dit  »  ;  Quant  de  nous  vay  desanparar  47,  «  quand  il  se  sépara  de 
nous  »  ;  Quant  en  cet  tens  nous  vay  balear2  \  El  nous  vay  dire  humbloment  63-4, 
«  quand  en  ce  temps  il  nous  baptiza,  il- nous  dit  (au  prêt.)  avec  douceur.  »  — 
On  sait  que  la  même  forme  périphrastique  s'emploie  en  catalan  et  dans  certains 
textes  provençaux  du  XIVe  au  XVIe  siècle3.  — Les  troisièmes  personnes  du 
pluriel,  au  présent  de  l'indicatif  et  aux  temps  étymologiquement  analogues,  sont, 
selon  l'étymologie,  en  an  ou  en  on  :  agran  721,  avian  671,  cran  672,  Joran  278, 
fossan  676,  sian  382,  vegnan  322,  volon  152,  ;68  ''.  —  La  troisième  personne 
du  présent  de  l'ind.  d'aver  est  a  au  sing.  et  an  au  plur.,  mais  en  composition, 
c'est-à-dire  dans  les  futurs,  cet  a  et  cet  an  deviennent  é,  en  :  sing.  reeusaré  348, 
eneorrarè  349;  volrè  533,  intrarc  534,  chaire  536;  plur.  :  aauistaren  281,  aurai 
280,  ouren  282,  saren  385.  J'ai  constaté  ailleurs  ce  désaccord  entre  la  forme 
simple  et  celle  employée  en  composition  ■'.  Il  s'observe  dans  tout  le  Dauphiné, 
dans  les  vallées  vaudoises  et  jusque  dans  le  Lyonnais. 

La  versification  est  fort  irrégulière.  Beaucoup  de  vers  ont  plus  ou  moins  de 
huit  syllabes.  Je  n'oserais  mettre  toutes  ces  irrégularités  au  compte  du  copiste. 
Marcellin  Richard,  de  qui  nous  avons  rapporté  plus  haut  la  souscription,  était 
probablement  très  capable  de  faire  des  vers  faux  ;  mais  est-il  l'auteur  du  mystère, 
ou  l'a-t-il  simplement  copié  en  l'arrangeant  à  sa  manière?  Certaines  rimes 
associent  des  finales  féminines  et  des  finales  masculines,  ainsi  :  remedi-ouvi 
(auditum)  286-7.  Il  y  a  dans  l'ancienne  littérature  provençale  quelques 
exemples  de  faits  analogues0. 

L'éditeur  a  placé  à  la  suite  de  sa  préface  quelques  pages  intitulées  Documents 
en  langue  vulgaire  actuellement  connus  dans  les  Hautes-Alpes.  C'est  un  relevé 
bibliographique  fait  en  partie  de  seconde  main  qui  n'est  pas  toujours  exact. 
Ainsi  je  n'ai  point  publié  dans  la  Romania  la  charte  de  Montmaur,  dont  l'Ecole 
des  chartes  possède  depuis  longtemps  un  fac-similé.  Mais  j'ai  dit  dans  la  Roma- 
nia (IX,  633,  et  X,  441)  que  je  l'avais  imprimée  dans  mon  Histoire  de  la  légende 

1.  M.  l'abbé  F.,  confondant  des  faits  d'ordre  très  différent,  rapproche  depreouc,  disouc, 
des  mots  tels  que  fauc  (f  a  c  i  0),  et  même  amie  (  a  m  i  c  u  m),  fruc  (f  r  u  c  t  u  m),  où  le  c 
est  étymologique.  Mais  il  ne  nous  dit  pas  quelle  est  actuellement  à  Arvieux  l'accentuation 
de  la  finale  de  preouc,  disouc.  Autrefois  il  est  bien  sûr  qu'elle  était  atone.  Remarquons 
que  dans  le  Myst.  de  S.  André  on  n'a  pas  encore  disouc,  mais  die,  en  rime  avec  amie, 
au  v.  2078. 

2.  C'est  un  des  nombreux  vers  faux  qui  se  rencontrent  dans  le  mystère.  On  pourrait 
aisément  remplacer  en  cet  tens  par  quelque  adverbe  de  deux  syllabes,  mais  il  ne  faut  pas 
regarder  de  trop  près  à  la  versification  de  cet  ouvrage. 

3.  Voy.  Chabaneau,  Revue  des  l.  rom.,  VIII,  44. 

4.  C'est  encore  l'état  de  la  langue  à  Briançon  :  voy.  Romania,  IX,  202,  note  2. 

5.  Voy.  Romania,  IX,  199. 

6.  Voy.  mon  édition  du  poème  de  la  Croisade  albigeoise,  pp.  cix,  ex.  De  même  en 
catalan  ;  voy.  Mussafia,  Sept  Sages,  p.  31. 


140  COMPTES-RENDUS 

d'Alexandre.  —  P.  16  est  publié  un  document  d'Embrun,  1 466,  en  langue  vulgaire, 
d'après  une  communication  de  M.  Roman.  —  Il  y  aurait  bien  à  reprendre  dans 
les  quatre  pages  de  notes  qui  font  suite  au  mystère.  Je  m'attacherai  à  un  seul 
point.  L'éditeur  suppose  que  le  silete  écrit  en  maint  endroit  du  mystère  de  saint 
André,  comme  de  beaucoup  d'autres,  «  était  un  chant  de  triomphe  commençant 
par  ce  mot  »,  chant  qui  était  exécuté  derrière  la  scène  par  les  anges  ou  les 
habitants  du  paradis.  Il  n'en  est  rien  :  le  silete  apparaît  lorsqu'il  y  a  un  change- 
ment de  scène.  Il  se  produisait  alors  une  pause,  une  sorte  de  court  entr'acte 
pendant  lequel  naturellement  les  spectateurs  causaient  et  faisaient  du  bruit.  A 
la  reprise  de  la  représentation  il  était  nécessaire  d'imposer  silence,  et  c'est  ce 
qu'indique  le  silete  '. 

Des  cinq  mystères  briançonnais  mentionnés  au  début  de  cet  article,  trois  sont 
encore  inédits.  M.  l'abbé  Guillaume  en  annonce  la  publication  prochaine. 
L'édition  qu'il  a  donnée  du  mystère  de  saint  Eustache  dans  la  Revue  des  langues 
romanes  montre  qu'il  lui  reste  encore  bien  des  progrès  à  faire.  Espérons  qu'il 
les  fera. 

P.  M. 


Cantos  espanoles  recogidos,  ordenados  é  ilustrados  por  Francisco  Rodri- 
gue/. Marin.  Tomos  II-V2. 

Los  tomos  II-IV  comprenden  las  brèves  poesïas  que  los  literatos  suelen  ahora 
designar  con  el  nombre  de  cantarcs,  pero  que  antes  se  llamaban  y,  segun  parece, 
el  pueblo  de  Andalucia  y  Castilla  sigue  llamando  copias3.  Estas  cancioncillas  son 
modernas  y  algunas  muy  recientes '*.  Solo  de  una,  que  sepamos  (V.  N"  6863, 
nota  $9)  se  puede  asegurar  su  anterioridad  a!  siglo  XVIII,  y  esta  fue  en  su  ori- 
gen,  no  copia  suelta,  sino  tema  de  una  glosa.  Que  en  alguna  de  ellas  se  aluda  â 
un  hecho  antiguo  de  nuestra  historia  (La  reina  Dona  Isabel  Puso  sus  tiros  en 
Baza)  no  prueba  mas  que  la  erudicion  de  su  autor,  estudiante  6  estudioso  que  lo 
aprendiô  en  un  hbro,  ni  arguye  mas  contemporaneidad  que  la  cita  de  un  hecho 
de  historia  sagrada,  6  bien  del  sitio  de  Troya  6  de  la  pérdida  de  Espaûa. 

1.  Voy.  à  ce  sujet  un  court  article  de  R.  Bechstein  dans  la  Germania  de  Pfeiffer, 
V,  97-9- 

2.  V.  en  el  cuaderno  anterior  pag  383  y  ss.  Al  proseguir  el  examen  de  la  obra  del 
S'  R.  M.  creo  necesario  advenir  que  tanto  en  ella  como  en  el  Postcriptum  del  Sr  Machado 
(sin  hablar  de  otras  publicaciones  sevillanas)  hay  muchas  notas  y  reflexiones  cuyo  espi- 
ritu  desapruebo  en  gran  manera  y  de  que  prescindo,  ateniéndome  tan  solo  â  la  parte  indi- 
ferente  y  puramente  cientifica. 

5.  Creo  que  no  sera  inûtil  para  todos  los  lectores  una  indicacion  de  las  principales 
formas  de  los  cantarcillos  de  que  se  trata  (la  cifra  significa  el  numéro  de  silabas  de  cada 
verso  y  la  letra  la  relacion  de  las  rimas).  Copia  propiamente  dicha  :  8<7-8fc-8c-8b.  Pete- 
nera  es  una  copia  comun  pero  que  se  hace  de  seis  versos  poniendo  en  medio  del  tercer 
verso  rcpetido  una  exdamacion  octosilàbica  comun  â  varias  copias.  Tercerilla  ô  soledad  : 
&a-&b-Ra.  Seguidilla  comun  :  ja-^b-je-sb,  muchas  veces  con  estribillo  :  ^d-je-^d. 
Seguidilla  gitana  :  6a-6b-n  ($+6V-6b.  El  trovo  es  una  série  de  copias.  En  todas  estas 
formas  las  rimas  suelen  ser  asonantes.  —  La  ûnica  de  que  hallamos  ejemplos  en  la  época 
dâsica  es  la  seguidilla  comun. 

4.  No  pocas  aluden  a  sucesos  histôricos  muy  recientes  ;  varias  hablan  del  ferro-carril  ; 
se  usa  del  nombre  de  poyitos  en  el  sentido  de  galan  imberbe  que  se  ha  dado  no  ha 
mucho  à  la  palabra  polio.  Otras  que  no  llevan  la  fecha  tan  marcada  han  de  ser  muy 
modernas  por  raz.on  de  su  espiritu. 


Rodriguez  Marin,  Cantos  espanoles  141 

No  es  esto  decir  que  este  género  fuese  absolutamente  desconocido  en  tiempos 
anteriores.  Es  en  sî  muy  natural,  corresponde  â  obras  de  igual  ô  analoga  forma 
de  otros  paîses1  y  en  ciertas  repeticiones  ô  simetrias  que  a  veces  usa  puede 
verse  la  huella  de  las  practicas  propias  de  la  primitiva  poesia  popular.  Por  otra 
parte  Sarmiento,  que  habia  de  renovar  recuerdos  de  las  primeras  décadas  del 
siglo  pasado,  habla  de  estas  obrillas  como  de  un  género  sumamente  difundido  y 
tan  arraigado  que  Io  da  por  imperecedero  «  mientras  hubiere  espanoles2.  » 

A  fines  del  mismo  siglo  la  poesia  lirica  popular  llamô  particularmente  la  aten- 
cion  de  algunos  aficionados  â  las  letras  y  al  canto.  Encareciase,  y  no  por  cierto 
sin  fundamento,  el  natural  ingenio  de  nuestros  méridionales.  El  ilustre  Cap- 
many  ensalzô  algunas  de  sus  ocurrencias  con  un  entusiasmo  que  rayaba  en 
candidez,  y  Io  que  Capmany  habia  dicho  de  ciertos  pensamientos  aislados  el 
escribano  que  se  disfrazô  con  el  significativo  seudômino  de  Don  Preciso  lo  dijo  de 
los  frutos  poéticos  del  mismo  ingenio3.  Desde  entonces  personas  que  hubieran 
despreciado  la  sencillez  del  romance  del  Conde  Arnaldos  ô  del  de  Dona  Aida  se 
entusiasmaron  por  copias  y  seguidillas  en  que  brillaba  algo  agudo  y  conceptuoso, 
y  al  mismo  tiempo  iban  acrecentando  su  caudal  muchos  poetas  semi-Ietrados. 

Mas  tarde  la  novela  descriptiva  de  costumbres,  el  mayor  aprecio  con  que 
se  ha  ido  mirando  toda  poesia  popular  y  el  espîritu  de  investigacion  literaria 
en  gênerai  acrecentaron  la  estima  de  estas  brèves  obras,  notables  unas  por 
la  agudeza  de  ingenio  al  paso  que  otras  se  recomiendan  por  la  fantasia,  la  deli- 
cadeza  ô  el  sentimiento.  Y  no  ya  versificadores  aficionados5,  sino  verdaderos 
poetas  artisticos  se  han  dado  al  cultivo  de  este  género,  con  tan  buena  fortuna 
que  algunas  copias  han  pasado  del  libro  â  la  calle  6  al  campo,  volviendo  despues 
al  libro  en  las  modernas  colecciones,  formadas  en  parte,  como  es  de  ver,  de  obras 
de  diversa  procedencia. 

En  el  conjunto  de  ellas  se  nota  una  nueva  faz  de  la  poesia  popular,  â  menudo 
ïnfluida  directa  ô  indirectamente  por  la  literaria,  y  generalmente  mâs  reflexiva  y 


1 .  V.  el  tan  galante  como  docto  artîculo  del  Sr  Schuchardt  {Folklore  andaluz,  n°  7) 
donde  habla  de  !as  que  podemos  llamar  copias  alpinas.  Hasta  en  la  parte  musical  parece 
que  hay  cierta  analogia  entre  los  cantos  tiroleses  y  andaluces,  como  juzgué,  con  otros 
concurrentes,  al  oir,  hace  ya  muchos  anos,  â  un  distinguido  violinista  de  aquel  pais 
que  se  dedicaba  exclusivamente  â  la  ejecucion  de  melodias  de  esta  clase.  —  En  cuanto 
â  las  formas  anâlogas  de  otras  tierras  me  refiero  â  las  de  la  poesia  lirica  del  mediodia 
de  Italia. 

2.  Memorias  §  535-38.  Creo  inadmisible  de  todo  punto  la  idea  expuesta  por  el  P.  Sar- 
miento y  adoptada  por  algunos  escritores  modernos  que  del  refran  naciese  la  copia  y  de 
la  copia  el  romance. 

3.  En  el  Teatro  hist.-critico,  I,  pag.  cv  y  ss.  despues  de  citar  dichos  verdaderamente 
notables  se  lee  :  «...  Yo  no  se  si  este  pensamiento  es  oriental  û  occidental  ni  si  los  Egyp- 
cios,  Bracmanos  0  Laconioslo  hubieran  exprimido  con  mâs  concision,  energja  y  sencillez... 
Aqui  no  citaré  â  Valerios  Maximos.  Plutarcos,  Longinos  ni  Titos  Livios  sino  tios  legos... 
Vengan  ahora  los  Abriles,  los  Escaligeros,  los  Popes,  los  Dacières  comiéndose  los  dedos 
tras  la  miel  de  las  abejas  griegas,  etc.  »  Oigase  ahora  â  D.  Preciso  :  «  Casi  todas  las 
copias  que  incluyo  han  sido  compuestas,  no  por  aquellos  grandes  ingenios  atestados  de 
griego  y  latin,  etc.  Los  autores  de  estas  copias  vulgares  son  gentes  que  no  han  andado 
â  bonetazos  por  esas  universidades  y  que  sin  mas  reglas  que  su  ingenio  y  buen  natural 
saben  expresar  en  cuatro  versos  pensamientos  muy  finos,  con  una  concision  y  gracia  que 
â  todos  deleita.  »  En  VVolf  1.  c. 

4.  Entre  estos  no  contamos  al  insigne  D.  Alberto  Lista  que  compuso  alguna  seguidilla 
antes  de  mediar  el  siglo. 


I42  COMPTES-RENDUS 

personal  y  como  tal  mas  variada  que  la  popular  antigua.  En  el  concepto  estético 
abundan  las  exquisitas  y  de  especialîsimo  mérito,  sin  que  falten  las  triviales  y  de 
mal  gusto  ;  con  respecto  a  su  indole  ética,  hay  de  todo,  desde  lo  sesudo  y  come- 
dido  hasta  lo  mal  sonante  y  resbaladizo. 

Tomo  II.  Requieiiros  598'. 

N»  1086,  nota  7.  Pone  R.  M.  una  nueva  distincion  hecha  por  los  gitanos 
entre  las  copias  flamencas,  unas  gitanas  de  origen  pero  andaluzadas  y  otras 
andaluzas  pero  agitanadas.  «  Los  gitanos  puros  se  desdenan  de  cantar  y  escu- 
char  estas  copias.  »  Debe  de  haber  en  ello  gran  parte  de  ilusion  pues  muchas 
copias  muy  gitanas  en  la  lengua  no  son  sino  traduccion  malisimamente  versifi- 
cada  de  copias  regulares  andaluzas  (V.  Schuchardt,  Die  Cantes  flamencos, 
pag.  9  ss.). 

N°  1087  ...  Bendita  sea  la  madré  Que  te  paria  tan  hermosa.  —  Benedetto  quel 
Dio  che  t'ha  creato  E  quella  madré  che  t'ha  partorito.  R.  M.  reune  con  laudable 
solicitud  muchos  casos  de  analogia  de  pensamiento  entre  los  cantos  espanoles  y 
los  italianos  :  analogîa  nacida,  no  de  contacto  Ô  imitacion,  sino  de  semejanza  de 
sentimientos  y  situaciones. 

N°  11 11,  nota  1 1 18.  Acepta  la  idea  de  Lafuente,  de  que  la  mayor  parte  de 
seguidillas  de  7  versos  pertenecen  a  una  esfera  social  muy  diversa  del  pueblo. 

N°  1  117,  nota  .  Con  esta  mata  de  pelo  Pareces  la  Magdalena.  En  varios  can- 
tos espanoles  é  italianos  se  celebran  las  trenzas  de  la  Magdalena  :  efecto  sin 
duda  de  anâlogas  representaciones  pictôricas. 

N°  1 141,  nota  27.  Seguidilla  que  alude  a  Helena  y  â  la  Cava  y  que  como 
otros  cantos  de  sabor  erudito  pertenece  a  Alosno,  pueblecito  de  la  provincia  de 
Huelva.  Habrà  habido  alli  un  maestro  6  barbero,  cantista  con  puntas  de  docto. 

1  190,  nota  39.  ...  Parque  es  de  advertir  Que  el  sol  que  a  mi  me  daba  Era  verte 
a  ti  :  estribillo  de  seguidilla  en  el  cual  los  versos  1  y  3  tienen  el  acento  en  la 
silaba  $a.  Esta  singularidad,  que  se  halla  tambien  alguna  vez  en  el  verso  20  y  40 
de  la  cuarteta,  es  contada  como  verdadero  defecto  por  D.  Preciso  y  R.  Marin. 
Conforme  contesté  â  un  malogrado  filôlogo  que  me  hizo  el  honor  de  consultarme 
acerca  de  este  particular,  es,  â  mi  ver,  efecto  del  deseo  de  dar  alguna  variedad 
al  ritmo  de  las  seguidillas,  lo  que  se  logra,  en  verdad,  de  un  modo  algo 
irregular  y  violento.  Versos  de  esta  clase  se  hallan  en  seguidillas  de  poetas  eru- 
ditos,  como,  por  ejemplo,  de  sor  Marcela,  hija  de  Lope,  y  del  Padre  Isla  en  El 
dia  grande  de  Navarra,  y  no  deben  considerarse  como  producto  de  la  impericia. 
Segun  R.  M.  en  el  canto  se  ha  de  pronunciar  advertir  y  à-mi.  Como  el  caso  es 
bastante  comun,  habra  probablemente  melodias  especiales  que  se  le  acomoden, 
sin  haber  de  acudir  â  tan  grosera  dislocacion  de  acento  2. 

N°  1240,  nota  49.  Dos  punalaitas  me  dieron.  Dice  R.  M.  que  por  la  pronun- 
cion  que  no  es  punaldita  ni  punalaïta  résulta  el  verso  bien  medido  y  parece  atri- 
buir  â   influencia  andaluza   ciertas   contracciones  de  nuestros  antiguos  poetas 


1.  Seguimos  la  cuenta  del  Sr  Machado  en  su  Postcriptum. 

2    En  rigot  no  es  necesaria  una  nueva  melodia,  pues  basta  con  robar  una  porcion  de 
tiempo  â  la  silaba  ô  silencio  anterior  para  cantar  la  primera  silaba  del  verso  a'argado 


por  el  acento. 


Rodriguez  Marin,  Cantos  espanoles  143 

(v.  g.  habia  haciendo  una  sola  silaba  de  bia  en  Quevedo).  Creo  que  hubo  mas 
bien  influencia  italiana. 

N°  1200,  nota  $9.  Los  dicntes  de  tu  boca  Me  tienen  prcso  :  Nunca  hc  visto  pri- 
siones  Hechas  de  hueso,  Me  tienen  asi  :  Nunca  lie  visto  prisioncs  Hechas  de  marfil. 
Considéra  R.  M.  que  esta  especie  de  estribillo  de  repeticion  corresponde  con 
rara  exactitud  a  la  ripresa  del  rispetto  toscane  Creo  que  taies  repeticiones  ô 
formas  simétricas  son  (como  ya  se  ha  indicado)  herencia  de  la  primitiva  poesîa 
lirica  popular. 

N°  127$.  Tus  ojos  son  dos  tinteras,  Tu  nariz  pluma  cortada,  Tus  dientes  letra 
menuda,  Tu  cara  caria  cerrada.  En  Portugal  :  Tendes  car  a  de  papel,  Nariz  de  penna 
aparada,  Olhos  de  letra  menuda,  Boca  de  carta  fechada.  Entre  las  copias  de  los 
varios  dialectos  peninsulares  se  observan  a  menudo  correspondencias  que  no  son 
simples  analogias  de  pensamiento,  sino  traducciones  mâs  ô  menos  fieles.  En  la 
mayor  parte  de  los  casos,  el  original  hubo  de  ser  compuesto  en  castellano. 

N°  1324,  nota  73.  Cuando  Dios  te  hizo  quiso  Ponerteun  lunar  por  firma;  Cogiô 
el  sello  de  su  gracia  Y  lo  puso  en  tu  mejilla.  El  pueblo  ha  adoptado  esta  copia 
del  poeta  artîstico  Aguilera,  asi  como  otras  ménos  alambicadas  del  mismo  autor, 
de  Palau,  Ferran,  del  propio  R.  M.  y  de  otros.  El  N°  1612,  nota  1 57,  y  161 3, 
nota  1 58,  son  tambien  de  Aguilera  modificados  por  los  cantores  populares  :  En 
tu  escalera  manana  {En  la  puerta  de  tu  casa)  He  de  poner  un  letrero  Con  seis  palabras 
que  digan  {Con  letras  de  oro  que  digan)  :  Por  aqui  se  sube  al  cielo.  —  El  dia  que 
tu  naciste  Cayô  un  pedazo  de  cielo  :  Cuando  mueras  y  alla  subas  (Hast a  que  ta  no 
te  mueras)  Se  taparâ  el  agujero  (No  se  tapa  el  agujero).  Las  modificaciones  son 
felices,  pero  el  mérito  de  la  invencion  pertenece  al  poeta  culto. 

N°  1362,  nota  86.  A  propôsito  de  ser  la  copia  de  5  versos  establece  R.  M. 
que  solo  por  exigencia  de  la  mûsica  se  suele  ahadir  un  $°  verso  a  las  copias 
de  4,  casi  siempre  pegadizo  y  de  mal  gusto.  Antes  da  por  régla  que  las  copias 
cuyo  primer  verso  es  dedicatoria  de  los  restantes  han  debido  ser  originariamente 
soleares  de  très  versos,  a  que  por  la  mismas  exigencias  se  ha  anadido  el  primero. 
Creo  exactas  ambas  observaciones  ;  mas  en  cuanto  a  la  ûltima  debe  anadirse  que 
otras  veces  se  habra  verificado  el  caso  inverso,  es  decir,  que  se  ha  suprimido  la 
primera  linea  de  una  copia  de  4. 

1404,  etc.,  notas  98,  etc.  Empieza  la  larga  série  de  copias  en  alabanza  del 
color  moreno,  que  se  comparan  en  las  notas  con  otras,  casi  todas  italianas.  El 
Conde  de  Puymaigre1  que  ya  habia  notado  analogias  entre  canciones  de  Anda- 
lucia  y  de  Sicilia,  fijô  principalmente  la  atencion  en  las  que  muestran  la  pre- 
ferencia  que  se  da  a  dicho  color  en  estos  paises  méridionales.  En  el  Polybibhon 
del  ultimo  agosto  cita  tambien  unos  versos  de  un  poeta  francés  del  siglo  XVI  : 
//  est  brun,  mais  la  terre  brune  Tousiours  porte  les  bons  épis.  Compârese  Terra  negra 
fa  bon  blat'2  aplicado  al  mismo  objeto  en  una  cancion  catalana  y  La  terra  nera 
ne  mena  il  bon  grano  de  Toscana,  y  se  verâ  con  evidencia  que  no  se  trata  de 
una  simple  analogia  casual.  No  por  esto  creo  que  los  autores  de  las  canciones 
conociesen  las  de  otros  paises,  sino  que  desde  tiempos  antiguos  se  usô  del  mismo 
refran  y  se  hizo  de  él  la  misma  aplicacion. 

1.  Délia  letteratura  populare  delV  Andalusia  (Estratto  délie  Rivista  Sicula). 

2.  Romancerillo  catalan,  n°  562. 


144  COMPTES-RENDUS 

Declaracion.,  337. 

N°  1799,  nota  34.  Serrana,  tu  ères  la  lima  Y  tu  padre  es  el  limon,  etc.  La  atui- 
loga  catalana  Vostre  pare  n'es  la  rosa,  etc.,  no  es  copia  suelta  sino  principio  de 
una  composicion  polîstrofa,  lo  propio  que  la  citada  en  el  N°  2591,  nota  84. 

N"  1954,  nota  77.  No  te  ha  de  valer  ermita  Ni  parroquia  ni  convcnto.  Algo 
antigua  pues  recuerda  el  derecho  de  asilo.  No  creo  de  origen  popular  el  cuento 
narrado  en  la  nota. 

N°  1992,  nota  91.  ...  Solo  siento  tu  mudanza  P  or  que  al  fin  ères  mujer.  En 
este  y  otros  lugares  cita  R.  M.  pasajes  de  romances  que  ofrecen  analogi'a  de  pen- 
samiento  con  algunas  copias.  Como  estos  romances  son  todos  artîsticos  y  por 
ende  no  anteriores  â  los  ûltimos  aûos  del  siglo  XVI,  es  natural  que,  especial- 
mente  en  materia  de  galanterïa,  se  observen  concordancias  entre  los  mismos, 
algunas  de  nuestras  antiguas  comedias  y  las  copias  que,  si  bien  mas  recientes, 
no  abandonaron  la  tradicion  de  ideas  generalmente  admitidas. 

N°  2004,  nota  94.  En  esta  se  incluyen  muchos  estribillos  de  très  versos  que 
se  pegan  arbitrariamente  a  seguidillas  que  solo  constan  de  cuatro.  Algunos  indi- 
can  su  oficio,  v.  g.  :  Y  el  estribillo...  Como  tû  no  lo  digas  Yo  no  lo  digo. 

Ternezas,  937. 

N°  2278,  nota  77.  ...  Para  galan  Gerinerdo.  Quien  le  habia  de  decir  al  grave 
Eginardo  que  su  nombre  andarîa  como  el  tipo  del  galan,  al  cabo  de  mil  afios,  en 
una  coplilla  andaluza?  Lo  mejor  del  cuento  es  que  en  un  romance  vulgar  muy 
reciente  se  le  ha  convertido  en  oficial  ruso. 

N"  2292  y  3,  nota  84.  Un  limon  me  tiraste.  R.  M.  halla  tambien  el  limon 
como  simbolo  amatorio  en  Italia  y,  segun  autoridad  de  un  filôsofo(!)  muy  distin- 
guido,  en  la  India. 

N°  2253,  etc.,  notas  338,  etc.  Muchos  ejemplos  de  poesias  de  transforma- 
ciones.  Se  ha  de  distinguir  entre  las  que  espresan  ûnicamente  el  deseo  de  una 
sola  transformacion  y  las  que  anuncian  la  realizacion  de  una  série  de  trasforma- 
ciones  cuyos  efectos  trata  de  evitar  la  mujer  amada.  El  tema  es  ahora  muy 
conocido,  gracias  â  la  Magali  de  Mistral. 

N°  2414,  nota  254.  Trata  de  los  saludadores  y  transcribe  una  curiosa  parodia 
de  sus  desatinadas  oraciones. 

N°  2824,  nota  259  y  2521,  nota  772.  Pclar  la  pava.  Originariamente  se 
aplicô  sin  duda  alguna  â  toda  conversacion  prolongada  y  sin  consecuencia,  al 
hablar  por  pasatiempo,  como  es  natural  que  hagan  las  personas  ocupadas  en 
pelar  un  ave  de  muchas  plumas.  En  el  mediodia  de  Francia  se  dijo  pelar  la 
grulla  y  estas  dos  expresiones  se  aclaran  una  â  otra.  Despues  se  ha  aplicado  ;i 
las  conversaciones  de  los  amantes,  especialmente  a  las  que  se  verifican  al  través 
de  las  rejas  bajas  de  las  casas  de  Andalucïa1. 

Constancia,  282. 


1 .  V.  sobre  el  pelar  la  grua,  Romania  IV,  275,  nota  4.  Debe  decir  no  en  catalan,  sino 
en  Andalousie.  Con  respecto  a  la  indole  de  estas  conversaciones  Fernan  Caballero,  cando- 
rosa  y  optimista,  tratô  de  excusar  en  una  de  sus  novel3s  â  muchas  de  las  jôvenes  que  en 
ellas  toman  parte,  si  bien  anadiô  ô  mas  bien,  segun  supongo,  se  le  aiiadiô  una  prudente 
correccion.  Por  el  contrario  R.  M.  en  algunas  bellisimas  paginas  describe  las  tristisimas 
consecuencias  que  puede  originar  la  tal  costumbre. 


Rodriguez  Marin,  Cantos  espanoles  14$ 

Serenata  y  despedida,  183. 

N°  3254,  nota  10.  Es  un  ejemplo  de  la  llamada  redondilla,  es  decir,  cuarteta 
octosHabica  de  rimas  cruzadas  (abba)1.  Siempre  hemos  juzgado  y  juzga  tambien 
por  su  parte  R.  M.  que  esta  disposition  de  las  rimas  no  es  popular. 

Tomo  III.  Ausencia  178. 

Celos,  quejas  y  desavenencias  109. 

N°  3623,  nota  10.  Las  animas  han  dado,  Mi  amor  no  vient;  Alguna  picarona 
Me  lo  cntretiene.  R.  M.  recuerda  los  versos  de  la  Celestina  :  ...  La  média  noche 
es  pasada  Y  no  viene,  Sabedme  si  otra  amada  Lo  entretiene  :  versos  que  no  hay 
motivo  para  créer  que  se  trasmitiesen  por  el  canto.  El  autor  de  la  seguidilla  pudo 
leerlos  é  imitarlos. 

N°  3791 .  Eres  como  gallo  inglés  Que  â  todos  les  haces  cara  ;  Hazte  niiïa,  meso- 
nera,  Y  à  todos  darâs  posada.  He  oido  :  Eres  como  baile  ingles  Quedtodos  vuelve 
la  cara;  Eres  como  posadera  Que  d  todos  les  da  posada.  Un  llamado  baile  ingles 
se  representaba  en  nuestros  teatros  acaso  antes  de  que  se  ejecutasen  en  Espafia 
rinas  de  gallos  ingleses. 

N°  3862,  nota  85.  Aycr  me  dijiste  que  hoy  Y  hoy  me  dices  que  manana  Y 
manana  me  diras...  A  principios  del  afio  1847  cantaban  los  ciegos  por  las  calles 
de  Madrid  :  Ayer,  etc.  Y  hoy,  etc.  Y  manana,  etc.  De  lo  dicho  ya  no  hay  nada. 
Por  ti,  morenita,  Me  llevan  d  mi  Al  hospitalillo  De  San  Agustin.  Ignoro  si  habîa 
mas  estrofas. 

N°  4059,  nota  126.  Es  una  copia  de  un  poeta  popular  ya  difunto,  empleado 
en  el  ferro-carril  como  Iimpiador  de  coches,  de  quien  habla  R.  M.  con  justo 
interes2.  Como  otrospoetas  acaso  todavia  mas  iletrados  se  preciaba  Balmaseda  de 
una  cîencia  natural.  Asi  dice  :  En  medio  de  mis  fatigas,  Varias  veces  disperté 
Y  vi  d  un  sabio  que  escribia  Lo  que  yo  dormido  hablè. 

N°  4199,  nota  181.  Compara  sus  amores  con  el  saûco  muy  cargado  de  flores 
Pcro  sin  fruto.  Cuentan,  dice  R.  M.,  que  el  saûco  producia  copiosos  frutos, 
hasta  que  Judas  lo  maleficô  con  el  hecho  de  colgarse  en  su  ramas.  Zamora  en 
su  Judas  Iscariote  habla  tambien  del  saûco.  En  rigor  no  es  exacto  que  este  ârbol 
sea  intructlfero. 

N°  4285,  nota  208.  En  esta  se  citan  varias  copias  en  que  sus  autores  anôni- 
mos  se  atribuyen  gran  saber.  Pero  este  saber  tiene  limites  :  Er  libro  de  la  expe- 
riencia  No  le  sirbe  ar  hombre  é  na  Tiene  ar  fina  la  sentencia  Y  nadie  llegar  find. 
La  construccion  del  tercer  verso  parece  demostrar  un  origen  popular;  es  verdad 
que  pudo  haber  dicho  :  No  sirve  al  hombre  de  nâ. 

N°  4332,  sin  nota.  Habla  de  Barcelon,  es  decir,  Barcelô,  célèbre  marino 
mallorquin  que  floreciô  a  mediados  del  ûltimo  siglo. 

N"  4339,  nota  229.  Citanse  en  esta  muchos  motes  laudatorios  6  denigrativos 
de  diferentes  pueblos. 


1 .  Tal  vez  séria  conveniente  acioptar  la  terminologia  de  las  Leys  d'amors,  que  llaman 
cruzada  la  disposicion  de  la  rimas  en  abba  y  encadenada  la  en  abab. 

2.  El  Marques  de  Molins  en  su  Manchega  nos  habla  de  un  poeta  popular  aun  de  mas 
hum'ilde  condicion.  Tal  era  un  marmiton  ô  pinche  de  cocina  empleado  en  una  fonda 
llamada  del  Ferro-carril.  Trae  una  quintilla  y  varias  seguidillas  suyas  en  que  se  toman 
metâforas  y  comparaciones  de  este  moderno  invento. 

Romania,  XllI  10 


I46  COMPTES-RENDUS 

N°  4386,  nota  2444.  Sin  Dios,  sin  gloria  y  sin  ti.  Inspirado  por  un  pasaje  de 
la  comedia  de  Lope  Un  castigo  sin  venganza. 

N"  4398,  sin  nota.  De  cinco  dedos  que  tengo  Diera  uno  y  quedan  cuatro...  De 
1  u  îtro  dedos,  etc.  Diera  uno  y  quedan  très...  Progresion  decreciente  que  en  la  forma 
recuerda  las  canciones  portuguesa  y  gallega  de  que  hablamos  en  Rom.  XII,  393. 

N"  4553,  nota  247.  Trovo.  Diâlogo  de  desdenes  que  recuerda  los  de  igual 
género  gallego  y  catalan1.  Se  repiten  como  en  éstos  en  el  primer  verso  de  una 
copia  palabras  del  ûltimo  de  la  anterior. 

Odio,  91. 

N"  4686,  nota  34.  ...  No  hay  plazo  que  no  se  cumpla  Ni  deuda  que  no  se 
pague.  Sentencia  muy  difundida  por  El  convidado  de  piedra  de  Zamora. 

Al  fin  de  esta  seccion  dice  R.  M.,  acaso  con  disculpable  parcialidad  :  «  Gran 
numéro  de  las  piezas  que  revelan  odio  son  hijas  de  la  raza  gitana,  especialmente 
las  en  que  se  révéla  un  aima  ruin,  etc.  »  Todas  estas  copias  se  refieren  a  odios 
nacidos  de  celos  ô  desenganos  amorosos.  No  habrâ  rencores  producidos  por  otras 
causas?  Recuerdo  que  el  ilustrado  granadino  D.  Nicolas  de  Penalver,  Régente 
de  nuestra  Audiencia,  recitaba  algunas  copias  en  que  se  hablaba  de  hervir  la 
sangre  y  en  que  se  provocaban  reciprocamente  dos  pandillas  ô  bandos  enemigos  : 
copias  que  habïan  figurado  en  un  proceso  criminal.  Otros  versos  habrâ,  por 
desgracia,  de  esta  clase,  sin  que  por  esto  queramos  dar  razon  a  las  exageraciones 
de  turistas  y  noveladores,  ni  olvidemos  a!  pueblo  andaluz  morigerado  y  laborioso 
de  que  habla  en  otro  punto  R.  Marin. 

Desdenes,  359. 

Penas,  671 . 

N°  5098,  sin  nota.  Ni  contigo  ni  sin  ti  Tienen  mis  maies  remedio,  Contigo  por  que 
me  matas  Y  sin  ti  porque  me  muero.  El  s'  Puymaigre  en  el  articulo  citado  copia 
unos  versos  muy  semejantes  del  vizconde  de  Altimira  (siglo  XV).  El  pensa- 
miento  es  obvio,  pero  la  semejanza  entre  dichos  versos  y  la  copia  llega  a  tal 
punto  que  se  ha  de  ver  en  la  ûltima  influencia  inmediata  ô  mediata  de  ]os  pri- 
meros. 

N"  5518,  nota  133.  Yo  me  arrimé  ci  un  pino  verdePor  ver  si  me  consolaba,  etc. 
R.  M.  defiende  al  poeta  popular  de  las  censuras  de  Lafuente. 

N°  j$8i,  nota  \^],Mehan  dicho  que  tû  te  casas,  etc.  Trovo  muy  conocido  y, 
aunque  de  tono  algo  vulgar,  muy  sentido  y  expresivo. 

N°  5701,  nota  124.  En  el  carro  de  los  muertos  Ha  pasado  por  aqui;  Llevaba  la 
mano  fuera  Y  en  esto  la  conoci.  Esta  copia  ha  logrado  una  justa  celebridad  y  ha 
dado  lugar  a  imitaciones.  Se  refiere  a  un  côlera  anterior  a  1865. 

Reconciliacion,  3 1 . 

N°  5727,  nota  3.  Diâlogo  en  forma  de  los  de  desdenes,  pero  de  opuesto 
sentido. 

Matiumonio,  29. 

Tomo  IV.  Teoria  y  consejos  amatorios,  539. 

N"  5830,  nota  1 5.  Cuatro  SSSS  componen  Amor  perfecto,  etc.  Cita  R.  M.  las 
3  BBB  de  los  que  venden,  las  très  CCC  que  matan  a  los  viejos,  etc. 

1.  V.  Romania  VI,  74,  n°  145.  y  Romancerillo  catalan,  n"  394. 


Rodriguez  Marin,  Cantos  espanoles  147 

N"  5966,  nota  $7.  En  la  torre  mas  atta  De  San  Agustin,  etc.  En  esta  segui- 

dilla  los  versos  alargados  por  el  acento  se  hallan  nô  en  el  estribillo,  sino  en  la 

cuarteta. 

N°  6 1 5 1 ,  nota  93.  Mananita  de  San  Juan.  Reune  R.  M.  varias  notas  relativas 

a  la  fiesta  de  San  Juan. 

N°  6227,  sin  nota.    ...  Palabras  de  mu j ères  Todas  son  falsas.  Las  mujeres 

dicen  Palabras  de  los  hombres.  Creo  que  esta  fué  la  primitiva  version,  por  hablarse 

en  la  copia  de  papeles  y  cartas,  siempre  y  mayormente  en  otros  tiempos  mas 

propias  de  los  hombres. 

CARlfiO  Y  PENAS  FILIALES,  $6. 

ReligIOsos,  183. 

N°  6508,  nota  34.  En  este  y  en  algunos  otros  se  reconocen  vestijios  de  tra- 
diciones  populares,  especialmente  de  las  relativas  a  la  huida  a  Egipto. 

N°  6522,  nota  41.  Por  ayi  biene  San  Juan...  «  Las  frases  Por  alli  viene,  Ya 
viene,  Que  le  van  crucificando,  etc.,  indican  a  las  claras  que  estos  versos  de  la 
Pasion  [saetas  les  llaman  en  Andalucîa)  se  acostumbran  cantar  al  paso  de  las 
procesiones  de  la  Semana  Santa.  Refiérense  pues  à  las  imâgenes  que  pasea  la 
devocion.  »  Creo  que  la  palabra  saeta  tiene  una  significacion  mas  lata.  Vease, 
por  ejemplo,  una  que  no  désigna  una  imâgen.  «  Los  tercetos  octosïlabos,  me 
escribiô  el  compositor  é  historiador  mûsico  S'  Barbieri,  son  muy  comunes  en 
Castilla.  Recuerdo  que  siendo  yo  muy  nino  me  daban  mucho  miedo  los  limos- 
neros  de  la  Hermandad  del  pecado  mortal  haciendo  su  cuestacion  por  las  calles 
de  Madrid  y  cantando  con  voz  gruesa  y  funèbre  sus  saetas,  como  una  que  con 
su  misma  mûsica  original  copié  en  el  acto  2°  de  mi  zarzuela  Pan  y  toros  y  que 
dice  asi  :  Hombre  que  estas  en  pecado  Si  en  esta  nochc  marieras  Piensa  bien  â  donde 
fueras.  »  Este  ejemplo  muestra  tambien  que  no  todos  los  tercetos  pueden  llamarse 
soleares,  ni  tienen  la  disposicion  de  las  rimas  en  aba. 

SENTENCIOSOS  Y  MORALES,   348. 

N°  6544,  sin  nota.  A  ti  te  lo  digo,  espada,  Entiéndelo  tû,  rodela,  etc.  Esta 
copia,  que  Lafuente  creyô  antigua,  reproduce  probablemente  un  refran  de  época 
anterior  â  la  del  poeta. 

N°  6614,  nota  27.  Reproduce  el  apôlogo  de  Calderon  :  Cuentan  de  un  sabio 
que  un  dia. 

N°  6768,  nota  59.  R.  M.  sale  en  defensa  de  la  mayoria  de  los  letrados,  asi 
como  mas  adelante  califica  â  una  copia  de  calumniosa  porque  habla  mal  de  un 
juez.  Se  ve  que  con  respecto  à  esta  clase  no  quiso  dejar  el  ànimo  de  los  lectores 
impresionado  por  la  maledicencia  popular. 

N°  6863,  nota  90.  Copia  casi  literalmente  el  tema  de  una  glosa  de  Antonio 
de  Mendoza  (contemporâneo  de  Quevedo).  Es  probable  que  otras  copias  tengan 
un  origen  semejante. 

FlESTA  Y  BAILE,   87. 

N°  691 1 ,  nota  9.  Cantaor  que  tanto  cantas  Y  présumes  de  cantista,  D'une  cuantas 
cruses  jase  Er  saserdote  -n  la  misa?  Sigue  la  respuesta  en  otra  copia.  Tenemos 
una  composicion  de  igual  forma  relativa  al  câliz  y  a  la  patena.  R.  M.  trae  otra 
castellana  y  una  portuguesa  de  asunto  profano.  Estas  contestaciones  en  verso, 
â  diferencia  de  lo  que  sucede  en  las  adivinanzas,  recuerdan  los  enigmas  pro- 
puestos  y  descrifrados  en  la  antigua  poesia  bucôlica. 


I48  COMPTES-RENDUS 

N*  6922,  sin  nota.  A  las  varias  copias  relativas  a  la  guitarra  puede  anadirse, 
â  causa  de  su  singularidad,  que  creo  involuntaria,  la  siguiente  :  El  îocar  (Er 
tocâ?)  la  guitarra  No  quiere  sensia  ;  Quiere  fuersa  de  manos  Y  habilidensia. 

Columpio,  14. 

jogosos  y  satiricos,  456. 

estudiantes,  soldados,  mar1nos,  mineros,  contrabandistas,  bravucones 
y  borraghos,  624. 

Carcelarios,  113. 

N°  7702,  nota  5.  Qu'un  le  llevard  la  nueva  A  la  triste  madré  mia,  etc.  Igual 
expresion  se  encuentra  en  nuestra  antigua  poesia  caballeresca  y  en  otras  lite- 
raturas. 

Historîcas  y  tradicionales,  38. 

N°  7814,  sin  nota.  Moros  â  cabayo,  Cristianos  â  pic;  Como  ganaron  la  casita 
santa  De  Jerusalen.  Nadie  supondra  que  esta  copia  (seguidilla  gitana)  ascienda  â 
las  cruzadas.  Fué  sugerida  por  un  cuadro  6  retablo? 

N"  7815,  sin  nota.  Relativa  a  Felipe  V.  La  siguiente  habla  de  guerra  mantima 
con  ingleses  sin  fijar  la  época.  Vienen  luego  las  que  tratan  de  Napoléon,  de  nues- 
tras  contiendas  civiles  y  de  la  guerra  de  Africa. 

N"  7835,  sin  nota.  En  la  plaza  de  Tetuan  hay  un  caballo  de  cana,  Cuando  el 
caballo  rclinche  Entrarâ  cl  moro  en  Espana.  En  1835  oî  cantar  :  A  la  orill[it]a 
de  un  rio  Hay  un,  etc.  Cuando  el,  etc.  Carlos  sera  rey  de  Espana. 

N°  7851,  nota  13.  Es  la  ûltima  de  esta  seccion  y  se  refiere  a  tiempos  muy 
recientes  (1875).  Habla  del  monte  Jurra  mencionado  ya  por  el  seudo-Turpin. 

Locales,  280. 

N°  8067,  nota  193.  Por  un  lado  tiene  cl  Duero  Por  otro  Pena  Tapada.  Estos 
dos  versos  reproducen  un  conocido  pasage  de  los  romances  del  cerco  de  Zamora 
{Pena  tajada).  Pero  la  copia  no  ha  sido  tomada  de  la  tradition,  sino  de  un 
informe  publicado  en  la  Gaceta  de  Madrid. 

Algunos  cantos  locales  de  Galigia,  30. 

Varios,  43. 

El  tomo  V  comprende  un  copioso  Apcndice  de  que  paso  â  indicar  algunos 
puntos. 

Nanas,  7)  Algunas  nuevas  y  dos  bellas  canciones  largas,  tambien  de  cuna  (?) 
y  dialogadas,  recogidas  por  la  hija  mayor  del  s'  Murguia.  Nanas  gallegas  debidas 
tambien  â  este  Senor  y  siete  inéditas  recogidas  por  el  s'  Gianandrea  en  las 
Marcas. 

Rimas  infantiles,  20)  Dos  de  Asturias  :  la  segunda  es  la  de  Rios  (V.  pag.390, 
n.  1)  Ensilla,  ensilla  Calabacilla  (Encalabacicllaen  Rios),  El  rcy  Don  Juan  Entra 
en  Castilla,  etc. 

22)  Rimas  asturianas  preliminares  del  juego  del  esconder. 

30  a  34)  Nuevos  versos  a  la  luna,  al  caracol,  al  grajo,  a  la  codorniz. 

35)  Juan  el  tuerto  ô  del  huerto  que  corresponde  al  Jan  de  Fort  languedociano. 

53)  El  sastre  del  campillo  ù  del  Cantillo. 

54)  Version  asturiana  del  n°  209  (V.  pag.  389).  Cita  de  Pitre  que  prueba  no 
ser  esta  danza  exclusivamente  espanola. 

55)  Juego  de  Juan  Perillan  (Cuba).  Es  el  célèbre  magico  de  Toledo? 


Rodriguez  Marin,  Cantos  espanoles  149 

63)  A  la  limon,  etc.  Uvas  traigo  que  vcnder,  etc.  Estas  dos  rimas  de  Asturias 
que  forman  un  solo  juego  son  bastante  parecidas  â  las  publicadas  en  el  Jahrb. 
f.  rom.  lit.,  VII,  185  y  183. 

66)  El  milano  (Guadalcanal  :  Torre)  :  Vamos  â  la  huerta  Dcr  tarongi,  etc.  Si 
esta  vivo,  Dak  en  el  pico,  etc.  Estas  dos  rimas  aseguran  la  autenticidad  de  las 
del  Mentor  de  la  infancia  que  copiamos  en  la  pag.  388'. 

70)  Formulas  antiguas  citadas  por  Rodrigo  Caro  que  equivalen  â  cl  mal  que 
se  vaya  y  el  bien  que  se  venga,  etc.,  de  nuestros  cuentos. 

72)  Echar  pelillos.  Cita  de  Homero  por  Caro.  No  se  ve  clara  la  analogîa. 

74)  Algunos  otros  usos  y  ceremonias  de  los  mucliachos.  — Caneton  delMayo. 
A  cantar  er  Mayo,  Senora,  benimos  Y  para  cantarlo  Lisencia  pedimos.  Sigue  una 
larga  descripeion  de  la  belleza  de  la  senora.  —  Notas  sobre  el  Mayo.  Anâdase 
lo  que  dijimos  en  la  pag.  391  y  el  Mayo  gallego  (Romania,  tomo  VI,  pag.  67). 

Adiyinanzas.  Nuevos  cotejos,  nuevas  muestras  y  variantes  debidas  al  S' Torre 
Salvador.  Dice  R.  M.  que  déjà  inéditas  unas  trescientas  ô  mas  â  causa  de  su 
aparente  deshonestidad. 

Pegas.  Formulas  anâlogas  a  este  género,  portuguesas  é  italianas. 

Oraciones  y  ensalmos.  Uso  de  las  palabras  diantre,  dianche,  démontre  y 
demonche. 

Tomos  III  y  IV,  156)  En  uno  de  los  villancicos  de  Villaroel  (comienzos  del 
siglo  XVIII)  se  cita  una  especie  de  copia  de  cien  anos  de  antiguedad.  Arrojôme 
la  Portuguesilla  Naranjillas  de  su  naranjal,  etc.  No  es  copia  octosilâbica. 

168)  Nuevos  ejemplos  de  transformaciones. 

Historicos.  Copia  el  canto  de  Lelo,  auténtico  sin  duda,  sin  que  por  esto  se 
haya  de  créer  que  ascienda  â  la  epoca  de  Augusto  (V.  Poesia  heroico-popular 
castellana,  pag.  136,  nota  5). 

Melodi'as.  Las  cancioncillas  andaluzas  tienen  un  sin  numéro  de  denomina- 
ciones  derivadas  del  métro,  de  la  mûsica,  de  los  lugares  y  de  los  asuntos.  Aunque 
el  S'  Machado  diô  algunas  indicaciones  acerca  de  esta  materia  en  sus  Cantcs 
flamencos,  se  echa  de  menos  un  estudio  metôdico  y  completo  en  el  cual  se  fi  je, 
cuanto  es  posible,  el  valor  de  aquellas  denominaciones2.  El  S'  R.  M.  se  habia 
propuesto  explicarlas,  pero  no  es  un  trabajo  de  esta  îndole  para  publicaciones 
de  plazos  determinados.  Asi  es  que  ha  debido  cenirse  â  una  coleccion  de  melodias 
que  no  dudo  apreciaran  los  entendidos.  Parece,  sin  embargo,  que  sobran  algu- 
nas, como,  por  ejemplo,  la  que  imita  el  toque  de  la  diana  y  que  faltan  otras, 
por  ejemplo,  alguna  muestra  de  seguidilla  gitana. 

Entre  las  letras  de  estas  melodias,  que  no  siempre  corresponden  â  las  poesias 

1.  Mirâmos  este  libro  con  algun  recelo  pero  no  lo  bastante.  El  Sr  G.  Paris  nos  ha 
advertido  que  hay  dos  cancioncillas  francesas  Avène,  Aviné,  Avène  Que  le  beau  temps 
t'amène,  etc.,  y  Nous  n'allons  plus  au  bois,  etc.,  de  que  son  traduccion  tan  literal 
como  permite  la  versificacion,  las  de  El  Mentor  que  copiamos  en  la  pag.  389.  No  serîa 
imposible  que  alguno  las  tradujese  y  las  comunicase  â  las  muchachas  pasando  â  formar 
parte  del  repertorio  infantil  (como  ha  sucedido  con  la  de  la  nina  que  se  confiesa  de  haber 
muerto  un  gato)-,  pero  es  muy  de  temer  que  sea  traduccion  hecha  ad  hoc  por  el  poco 
escrupuloso  autor  del  articulo. 

2.  Es  posible  que  algunas  de  estas  denominaciones  se  empleen  de  una  manera  algo 
arbritaria,  como  sucediô  con  las  palabras  Lay  y  Virolay,  â  lo  menos  en  la  antigua  poesia 
catalana,  y  como  sucede  ahora  con  la  de  balada. 


I  5  0  COMPTES-RENDUS 

anteriormente  publicadas,  observamos  la  25  que  no  es  sino  una  estrofa  de  El 
retrato  publicado  por  Fernan  Caballero  en  su  Callar  en  vida  y  perdonar  en  muerte. 
En  R.  M.  :  Tu  garganta'Tan  clara  y  tan  bella  Todo  lo  que  bebes  Se  clarea  en  ella. 
Fernan  :  Tienes  la  garganta  Tan  clara,  tan  bella  Que  hasta  lo  que  bebes  Se  trasluce  en 
clla{.  Creo  poder  asegurar  que  este  pensamiento  se  lee  en  algun  antiguo  tro- 
vador  ô  trovero,  pero  no  he  podido  dar  con  el  pasaje  en  que  se  encuentra  2. 

A  este  Apéndice  del  S'  R.  M.  anadiré  otro  de  corta  extension  que,  sin  darle 
grande  importancia,  considero  no  del  todo  indiferente  al  asunto  que  estudiamos. 

Rimas  infantiles.  El  Mambrû,  senores  Vino  de  la  granja  De  cojer  madronos 
para  la  tia  Juana.  La  mano  derecha  Y  lue  go  la  izquicrda  Y  luego  una  vuelta  Con 
su  reverencia;  Apârtense  â  un  lado  Que  me  causa  pena.  Tintin  que  â  la  puerta  lla- 
man,  Tintin  que  no  quiero  abrir,  Tintin  si  sera  la  muerte  Tintin  que  viene  por  mi. 
Se  canta  en  Madrid.  Esta  y  la  indicada  en  la  pag.  388,  son  las  danzas  de  Mam- 
brû que  ahora  se  ejecutan.  El  final  de  romance  :  Este  es  el  Mambrù,  senores, 
Que  se  canta  del  rêves  pertenece  â  tiempos  anteriores  y  fué  efecto  de  una  impor- 
tation antigua  de  la  cancion  francesa,  que  no  creo  haya  sido  la  ûltima. 

Hasta  que  el  artillero  no  diga  bomba  va,  Hasta  que  no  dispare  Ninguno  tirarâ. 
Qui  cuqui  cantando  la  rana  Qui  cuqui  para  la  tia  Juana.  La  mano  derecha,  etc., 
versos  anâlogos  â  los  de  la  anterior.  —  Polios  â  la  cazuela  No  son  para  corner, 
Son  para  la  condesa  Los  sabe  componer.  Dos  y  dos  son  cualro,  Cuatro  y  dos  son 
seis,  Seis  y  dos  son  ocho  Y  ocho  diez  y  seis  Y  ocho  veinte  y  cuatro  Y  ocho  treinta  y 
dos;  Animas  benditas  Me  arrodillo  yo  {Me  levanto  yo,  etc.).  Se  danza  en  Barcelona. 

La  Maria  sola  Esta  en  el  corral  Abricndo  la  puesta  Y  cerrando  el  portai.  Quien 
es  esta  gente  Que  anda  por  aqui  Que  de  dia  ni  de  noche  Me  déjà  dormir  ?  Son  los 
estudiantes  Que  van  ci  estudiar  En  la  capillita  De  la  Virgcn  del  Pilar.  Panoliio  de 
010,  Panolito  de  plata,  Yo  me  llevo  esta  Por  la  puerta  falsa.  Se  danza  en  Madrid. 

Una  tarde  sali  al  campo  (con  el  ay,  con  cl  ay,  ay,  ay)  en  mi  caballo  troton  (con 
el  aretin,  con  cl  areton).  Encontre  dos  hermamtas  mas  hermositas  que  el  sol.  Pre- 
gunté  si  eran  casadas,  me  dijeron  :  no  sehor.  Pregunté  si  eran  solteras,  me  dijeron  :  si 
sehor.  Las  agarr'e  de  la  mano  y  las  llevô  a  mi  meson.  Pregunté  que  cena  habia  :  dos 
gallinas  y  un  capon  ;  Las  gallinas  pare  las  damas  y  el  capon  para  el  sehor.  Pre- 
gunté que  vino  habia  :  Dos  botellas  y  un  zurron  ;  Los  botellas  para  las  damas  y 
cl  zurron  para  el  senor.  Pregunté  que  luz  habia  :  dos  veletas  y  un  velon;  Las  veletas 
para  las  damas  y  el  velon  para  el  senor.  Se  danza  en  Madrid. 

Al  pasar  la  puerta  de  Santa  Clara  Se  me  cayû  un  anillo  dentro  del  agua.  Por 

1 .  Habia  oîdo  por  primera  vez  éstos  ô  semejantes  versos  â  D.  Celestino  Pujol  que  me 
contesté  mâs  tarde  â  una  carta  en  que  se  los  pedia  con  las  siguientes  interesantes  lineas  : 
«  En  un  cazadero  llamado  los  Bicuercos,  ante  de  llegar  â  Canden,  casi  en  el  encuentrode 
las  provincias  de  Valencia  y  Cuenca  estuve  â  cazar  el  perdigon  por  los  anos  de  1874. 
Uno  de  los  iberos.  poblador  de  aquellos  pâramos,  por  la  noche  nos  cantô  mayos  y  en 
unos  versos  amatorios  en  los  que  se  describîa  una  mujer  me  acuerdo  de  la  copia  siguiente 
que  no  se  si  recuerdo  bien  ahora  :  Tiene  una  garganta  Muy  suave  y  fresca,  Cuando  bebe 
vino  Todo  se  clarea.  »  Fâcil  es  notar  que  esta  version  se  parece  mâs  a  la  de  R.  M.  que 
â  la  de  Fernan. 

2.  [On  lit  dans  une  pièce  du  xu i°  siècle,  publiée  par  P.  Meyer  dans  le  Jahrbuch  /. 
rom.  u.  engl.  Literatur,  V  (1864),  400  : 

Quant  vous  buvés  le  vin  vermeiul 

Et  la  couleur  descent  a  val, 

Par  mi  (la  gorge)  reluit  corn  par  cristal, 

Et  descent  jusqu'en  la  couraille.  —  Réd.] 


Rodrigue?,  Marin,  Cantos  espanolcs  1 5 1 

sacar  un  anillo  saqué  un  tcsoro  :  Una  Virgen  de  plata  y  un  Cristo  de  oro.  A  la 
càrcel  me  llevan  por  el  tesoro,  Por  la  Virgen  de  plata  y  cl  Cristo  de  oro.  Se  danza 
en  Madrid. 

Al  pasar  la  barca  me  dijo  el  barquero  :  Las  mozas  bonitas  no  pagan  dinero.  Al 
subir  el  coche  me  volviô  â  decir  :  Esta  morenita  me  ha  gustado  à  mi.  Vàmonos 
aprisa  â  la  puerta  del  sol  A  ver  los  soldados  en  la  formacion.  Yo  no  digo  esto  que 
digo  otra  cosa,  Que  tengo  un  vestido  de  color  de  rosa.  Se  danza  en  Madrid. 

Yo  me  queria  casar  con  un  mocito  gallego  Pero  mis  padres  me  quieren  monjita 
en  un  monastero.  Sospecho  que  esta  fantasia  (pues  no  se  trata  de  una  nueva 
Monaca  di  Monza)  esta  ya  impresa.  Por  si  no  Io  esta  véase  el  final  :  Si  subo  a  la 
torre  â  tocar  la  campana,  La  abadesa  dece  que  soy  holgazana.  Si  salgo  â  la  puerta 
y  me  pongo  â  la  red,  La  abadesa  dice  :  eso  yo  lo  haré.  Si  llevo  zapatos  de  color 
marron,  La  abadesa  dice  :  esto  se  acabô.  Si  llevo  zapatos  de  color  turqui,  La  abadesa 
dice  :  esto  no  es  pà  ti.  Se  danza  en  Madrid. 

Canto  del  dia  de  Reyes.  Ya  se  van  los  Reyes,  Bendito  sea  Dios  !  Ellos  van 
y  vuelven  Y  nosotros  no.  Coro.  Naranjas  y  limas,  Limas  y  limants,  Vale  mas 
la  Virgen  Que  todas  las  flores.  —  Ya  baja  del  cielo  El  Verbo  divino,  Derramando 
flores  Y  corales  flnos.  —  Abrcnos  la  puerta  Que  quieren  entrar  A  adorar  el  nino 
Que  esta  en  el  altar.  —  Si  me  dan  pastcles  Dénmelos  calientes,  Que  pasteles  frios 
Empachan  las  gentes.  —  Si  me  dieren  queso  Dènmelo  en  tajadas,  Que  en  la  otra 
casa  Quiso  haber  trompadas.  —  Y  ahora  comamos  Con  [Un?)  amen  Jésus  ;  Al 
dueno  de  casa  Dios  le  de  salud.  —  Y  con  eso  adiôs,  porque  ya  nos  vamos;  Yo  y  mis 
companeros  Las  manos  besamos.  —  Cantado  en  Puertorico.  Recuerda  la  copia 
castellana  :  La  noche  buena  se  viene,  La  noche  buena  se  va,  Y  nosotros  nos  iremos 

Y  no  volveremos  mds.  —  Grande  es  la  analogia  con  el  canto  normando  :  Adieu 
Nocl,  il  est  passé!  Nocl  s'en  va,  il  reviendra  ...  Adieu  les  Rois  Jusqu'à  douze 
mois  ;  Douze  mois  passez,  Rois,  revenez.  Beaurepaire,  pag.  18  y  19.  Recuérdese 
tambien  el  Canto  de  Mayo  citado. 

Oraciones.  Cuatro  pilares  tiene  esta  cama  Cuatro  angelitos  la  acompahan  Y  la 
Virgen  Maria  que  esta  en  medio  ;  Dios  me  recoja  d  buen  sucho.  Afan  de  Ribera 
Virtud  al  uso  (Principios  del  siglo  XVIII).  Bibl.  de  Rivadeneyra.  Nov.  post.  a 
Cervantes,  II,  45  $. 

A  acostarme  voy  Solo  y  sin  compana  La  Virgen  Maria  Me  encuentro  en  mi  cama 

Y  me  dice  :  duerme  y  reposa  Y  no  tengas  miedo  de  ninguna  cosa.  Que  en  la  puerta 
de  la  calle  Esta  Jésus  y  su  madré  (!),  A  la  puerta  del  corral  La  Magdalena  y  San 
Juan  Y  â  la  puerta  de  tu  aposento  El  Santisimo  Sacramento. —  Esta  y  la  siguiente 
acaso  de  origen  andaluz  fueron  aprendidas  en  Madrid.  Version  corrupta. 

No  hay  quen  se  quiera  embarcar  pà  los  navios  del  cielo  ?  Cristo  sera  el  capitan 
y  S.  Juan  el  marinero.  El  marincro  da  voces  porque  lo  saquen  del  agua.  Se  apa- 
reciô  el  enemigo  por  una  oscura  montaha  :  «  Que  me  das,  marincrito,  y  te  sacarè  del 
agua?  »  «  Te  daré  mis  très  navios  cargaditos  de  oro  y  plata,  Y  mi  mujer  que  te  sirva 
y  mis  hijas  por  esclavas.  »  «  No  quiero  tus  très  navios  cargaditos  de  oro  y  plata 
Ni  tu  mujer  que  me  sirva  ni  tus  hijas  por  esclavas;  Solo  que  cuando  te  mueras  à  mi 
me  entregues  el  aima.  »  «  Calla  calla,  endemoniado,  no  digas  estas  palabras,  Porque 
mi  aima  es  de  mi  Dios,  que  me  la  tiene  prestada,  El  corazon  de  la  Virgen  que  es  mi 
madré  soberana,  El  cuerpo  para  los  peces,  que  estan  debajo  del  agua,  La  ropa  para 
los  pobres  que  me  encomienden  el  aima,   Los  huesos  pà  el  campanario  que  repique 


1$?  COMPTES-RENDUS 

las  cam panas.  Quien  dijere  esta  oracion  todos  los  viernes  de  ano  Sacarâ  un  aima  de 
pena,  la  suya  si  esta  en  pecado.  De  este  Romance  diô  ya  un  fragmente»  el  s'  Pidal 
(V.  Rom.  de  Duran  prôlogo)  y  se  hallan  versiones  alteradas  en  Cataluna 
(V.  Romancerillo  catalan,  n°  34).  En  estas  no  hay  los  4  ultimos  versos  que  creo 
arbitrariamente  pegados. 

Santa  Ana  bendita,  De  Dios  abuelita,  Guârdame  en  tu  falda,  Que  soy  pcquenita. 
Defiende  mi  sueno,  Haz  que  no  me  aflijan  Ni  mal  ni  pesâtes  Ni  la  pesadilla. 

Santa  Barbara  bendita,  En  el  cielo  estas  escrita  Con  papel  y  agua  bendita.  Por  el 
ala  de  la  cruz,  Padre  nuestro,  amen  Jesûs. 

San  Bartolomè  se  levante,  Pies  y  manos  se  lavô,  Por  un  caminito  echô,  A  Jesu- 
cristo  encontre  :  «  Donde  vas,  Bartolomè? m  «  Yo  sehor  con  vos  iré,  A  los  cielos 
subirè,  A  los  angeles  veré,  A  la'  Virgen  adoraré.  »  «  Vuelvete,  Bartolomè  A  tu 
posada  0  meson,  Que  yo  te  darè  un  don  Que  no  he  dado  â  ningun  varon.  En  la 
casa  que  te  nombren  très  veces  al  dia  No  cacrâ  centella  ni  rayo,  No  morirâ.  mujer  de 
parto  Ni  criatura  de  espanto,  Y  el  demonio  tentador  Nunca  saldrd  venecdor.  »  Apren- 
dida  en  Valencia.  Version  de  Madrid  menos  compléta.  Version  alterada  de  Cata- 
luna. En  esta  los  dos  ûltimos  versos  son  :  No  habrâ  hombre  sin  confesion  Ni 
demonio  sin  defension. 

Copi.as.  Apesar  de  lo  copioso  de  la  coleccion  de  R.  M.  no  se  ha  de  créer 
que  sea  compléta,  y  el  mismo  nos  informa  de  que  ha  recogido  un  gran  numéro 
de  copias  despues  de  la  publicacion  de  los  cuatro  primeros  tomos.  Querer  sena- 
lar  todas  las  obras  de  esta  clase  séria  como  empenarse  en  contar  las  flores  del 
campo.  En  la  coleccion  de  Forteza,  no  menos  que  en  la  muy  reducida  que 
pudiera  sacar  de  mis  papeles,  hay  algunas  que  me  parecen  faltar  en  los  Cantos 
espaholes.  Pero  ya  para  abreviar,  ya  para  no  exponerme  â  dar  como  inédita 
alguna  publicada  por  el  mismo  R.  M.,  solo  insertaré  dos  religiosas  de  Forteza 
y  très  historicas  que  recuerdo. 

La  seccion  de  las  de  la  primera  clase  impresa  en  el  Museo  Balcar  consta  de  diez 
numéros,  ninguno  de  los  cuales  se  lee  en  R.  Marin.  Véase  el  primero  y  el  ûltimo, 
notables  por  diferentes  titulos  :  Très  dias  hay  en  el  ano  Que  relumbran  mas  que  el 
sol,  Corpus-Cristi,  Viernes  Santo  Y  el  dia  de  la  Ascension  '.  —  Yo  me  asomèâun 
sepulcro,  Por  ver  lo  que  habia  dentro  :  Encontre  la  fin  del  mundo  Y  el  desengaho 
del  tiempo. 

La  seccion  de  Historicas  y  tradicionales  de  R.  M.  es,  como  el  mismo  advierte., 
la  mas  escasa,  y  hubiera  podido  facilmente  aumentarse  con  otras  tambien  relativas 
a  modernos  sucesos  politicos,  taies  como  las  siguientes  : 

Diccn  que  los  rusos  vienen  Por  la  parte  de  Aragon,  Y  los  rusos  que  venian  Eran 
cargas  de  carbon.  De  1822  023  —  Mina  dijo  â  su  caballo  :  Sâcame  de  este  an- 
nal, Que  me  vienen  persiguiendo  Los  de  la  guardia  real.  Las  cadznas  que  me  opri- 
men  Dentro  de  mi  corazon  Se  romperan  cuando  reincn  La  justicia  y  la  razon.  De 
hacia  1831  032.  Los  primeros  cuatro  versos  son  de  caracter  popular;  los  cuatro 
ûltimos  muestran  el  estilo  de  las  llamadas  poesîas  patriôticas.  —  Ay  pobrecita 
la  Espana  !  Como  te  van  â  poner  !  Todos  van  para  ganar,  Ninguno  para  perder 
(estoy  menos  seguro  de  los  dos  ûltimos  versos  que  de  los  dos  primeros).  La  0! 

1.  Recuerda  un  bello  canto  griego  acerca  de  las  fiestas  que  los  Turcos  robaron  â  los 
cristianos. 


Rodriguez  Marin,  Cantos  cspafioles  1 5  5 

en  Tarragona  cantada  por  un  soldado  durante  los  acontecimientos  de  Agosto 
ûltimo. 

Termina  la  publicacion  de  R.  M.  con  un  Postscriptum  del  Sr  Machado  que  no 
tratamos  de  analizar,  contentandonos  con  indicar  los  que  nos  han  parecido  sus 
puntos  culminantes.  I  Existian  las  copias  en  los  siglos  anteriores  al  pasado?  Se 
inclina  û  la  negativa.  Escritores  que  han  llamado  la  atencion  hacia  este  género. 
II  Dificultad  de  una  buena  clasificacion.  Diferentes  aspectos  por  los  cuales  puede 
ser  considerada  una  misma  copia.  III  Habla  especialmente  de  las  locales,  de  las 
de  marineros,  mineros  y  presos.  IV  Califica  este  genero  de  épico,  es  decir,  del 
mas  epico  (objetivo)  entre  los  lîricos.  Define  al  pueblo  la  humanidad  nina.  En 
cierto  sentido  el  poeta  popular  no  créa.  Estudio  de  los  lindos  cantares  de  Mon- 
toto  en  que  descubre  algun  elemento  no  popular.  V  Refiriéndose  al  plan  que  se 
propuso  R.  M.  relaciona  las  diversas  especies  de  copias  con  las  edades  del 
hombre.  VI  Habla  en  particular  de  los  requiebros.  VII  Examen  y  elogio  de  la 
obra  de  R.  Marin. 

Merécelo  en  realidad  por  la  diligencia  en  reunir  materiales,  por  el  buen  orden 
en  que  por  Io  gênerai  los  ha  dispuesto,  por  las  observaciones  fonéticas  y  sintac- 
ticas,  por  las  noticias  de  costumbres  y  tradiciones  y  por  los  numerosisimos 
paralelos  con  la  poesia  lirica  popular  de  Italia  y  de  las  diferentes  lenguas  româ- 
nicas  de  Espafia.  Defectos  tiene  que  el  mismo  colector  reconoce  en  advertencia 
final,  siempre  dificiles  de  evitar,  mayormente  en  publicaciones  hechas  no  tan  des- 
pacio  como  serîa  conveniente.  Para  nosotros  no  es  tanto  lo  que  falta  como  lo 
que  sobra  en  el  trabajo  del  S'  R.  Marin  '. 

Para  terminar  y  sin  salir  del  terreno  literario,  notaré  un  punto  de  vista  que 
tengo,  cuando  menos,  por  muy  exagerado.  El  colector,  y  no  ha  sido  en  esto  el 
primero,  busca  no  se  que  trascendental  y  recôndito  en  la  poesia  popular,  aun 
en  casos  en  que  no  hay  razon  ni  pretexto  para  ello.  Que  un  pobre,  por  ejemplo, 
se  queje  de  que  su  condicion  le  obligue  a  ir  a  la  guerra,  ô  un  preso  del  mal 
trato  que  se  le  da,  que  una  casadita  de  un  ano  se  muestre  inconsolable  por  la 
pérdida  de  un  nino,  todo  esto  es  muy  natural  y  sencillo  y  no  ofrece  misterio  ni 
trastienda.  Nada  mas  apartado  de  la  poesia  cientifico-simbôlica  del  Alighieri, 
de  la  docrina  escondida  y  de  los  versos  extraùos  de  que  habla  el  texto2  esco- 
gido  por  el  S'  R.  M.,  a  mi  parecer  con  mal  acuerdo,  para  lema  de  su  obra. 

Barcelona,  noviembre  de  1 88  ? . 

Manuel  Mîla  y  Fontanals. 


1 .  Se  echa  de  menos,  sin  embargo,  una  seccion  inportantisima,  cual  es  la  de  los  romances, 
ya  religiosos,  ya  heroicos,  ya  familiares  que  sin  duda  se  conservan  en  Castilla  y  Anda- 
lucia,  como  en  Asturias  y  Cataluna  :  seccion  en  la  cual,  mas  que  en  las  de  las  copias,  se 
notarlan  positivas  relaciones  con  las  poesias  populares  de  otros  pueblos. 

2.  Inferno,  IX. 

Erratas  que  se  ha  notado  en  el  primer  articule  Pag.  384,  nota  2,  linea  4:5"  tomo, 
/.  I  tomo.  —  Pag.  386,  N°  48,  linea  3  :  1  no,  /.  No.  —  389,  N"  216,  linea  s  :  Pin 
y  por,  /.  por  Pin  y.  —  Pag.  390,  N°  220,  linea  1  :  déférente,  /.  diferente.  —  Pag. 
391,  N°  230,  linea  3  :  cucandur,  /.  cucandar.  —  Ib.,  linea  antepenûltima  :  indicado, 
/.  indicados-  —  Ib.  N"  211,  linea  5  :  persiquan,  /.  persignan.  —  Pag.  292,  N"  402, 
linea  penûltima  :  sono,  /.  sona.  —  Ib.  N"  036,  l.  4  :  Juspiter,  /.  Jupiter.  —  Pag.  393, 
linea  1   :  nada,  Z.  nado.  —  Ademas  faltan  muchos  acentos. 


'54 


COMPTES-RENDUS 


Jean  Fleury.  Littérature  orale  de  la  Basse-Normandie  (Hague 
et  Val-de-Saire).  Paris,  Maisonneuve  et  Cic,  1883.  (Les  littératures 
populaires  de  toutes  les  nations,  etc.,  t.  XI.) 

Col  présente  volume  il  Signor  Jean  Fleury,  lettore  alla  impériale  università 
di  Pietroburgo,  ha  presentato  un  notevole  contributo  al  Folk-Lore  délia  Francia, 
e  tanto  più  grande  è  il  pregio  di  questa  raccolta,  inquantochè  si  aggiugne 
utihnente  a  quelle  di  parecchi  altri  valentuomini,  quali  i  Sig.  Rolland,  Cerquand, 
de  Puymaigre ,  Cosquin,  Bladé,  Sébillot,  Carnoy,  Luzel,  frutto  di  singolare 
diligenza  nel  frugare  entro  i  più  riposti  recessi  délia  tradizione  popolare  patria 
ed  aile  costoro  amorevoli  e  persistenti  ricerche  sul  suolo  délia  Francia,  sempre 
coronate  da  feiiee  successo,  debbesi  la  raccolta  di  preziosi  documenti,  di  cui 
s'ignorava  perfino  l'esistenza.  Ma  se  in  grazia  aile  loro  indefesse  fatiche  si 
è  raccolto  il  tesoro  leggendario  largamente  diffuso  in  alcune  provincie  délia 
Francia,  corne  nella  Guascogna,  nella  Lorena,  nella  Brettagna,  nel  Bearn,  nel- 
l'Anjou,  nella  Piecardia,  ecc.  ne  restano  altreancora  quasi  inesplorate,  quali  la 
Normandia,  l'Auvergne,  la  Borgogna  e  va  dicendo;  conviene  quindi  saper  grado 
al  Signor  Fleury  di  averci  fatto  conoscere  la  letteratura  orale  délia  Bassa-Nor- 
mandia,  e  sarebbea  desiderare  ch'  egli  estendesse  pure  le  sue  ricerche  ail'  Alta- 
Normandia  per  renderci  cosi  nota  la  letteratura  orale  dell'  intiera  provincia.  La 
raccolta  è  divisa  in  due  parti,  la  prima  comprende  Racconti  suddivisi  in  Leg- 
gende,  Tradizioni,  e  Novelle  (soprannaturali,  scherzose  ed  infantili)  ;  la  seconda 
contiene  le  Canzoni  (sacre  e  profane  di  vario  génère) ,  gP  Indovinelli,  i  Proverbi, 
e  i  Detti  proverbiali.  Tra  siffatti  racconti,  novelle  e  canti,  quelli  che  per  la  loro 
diftusione  offrono  argomento  a  riscontri  sono  susseguiti  da  note  comparative, 
forse  un  po'  troppo  brevi  perché  bastino  appieno  alla  rispettiva  illustrazione  di 
essi.  Ma  perô  anche  nella  loro  brevità  tali  note  hanno  un  pregio  consistente 
nei  frequenti  richiami  aile  corrispettive  tradizioni  e  novelle  délia  Russia,  la  cui 
letteratura  artistica  e  popolare  è  ben  nota  ail'  autore,  che  appunto  dimora 
in  Pietroburgo.  Nella  seconda  leggenda  si  tratta  délia  vittoria  di  San  Germano 
sopra  un  gigantesco  serpente  che  infestava  i  dintorni  di  Flamanville,  e  délia 
liberazione  del  paese  dal  sanguinoso  tributo  di  fanciulli  che  si  dovea  di  continuo 
pagare  al  detto  serpente'  ;  la  leggenda  che  segue  si  raggira  sulla  mala  erba,  e 
sulla  damigella  di  Tonneville:  la  mala  erba  è  Perba  che  fa  smarrire,  l'erba  del- 
l'oblio,  \'irrkraut  dei  tedeschi  ;  essa  cresce  sopratutto  nelle  lande,  ne'  crocicchi 
délie  vie,  donde  il  facile  scambio  di  queste.  In  Alemagna,  in  Russia  la  detta  erba 
che  fa  smarrire  ha  una  data  forma,  essa  è  sovente  la  felce,  od  una  particolare 
specie  di  felce;  nella  Hague  invecelamedesima  non  ha  una  forma  conosciuta,  ma 
perô  moite  persone  affermano  con  sicurezza  d'averne  risentito  gli  effetti,  e  d'aver 
quindi  preso  a  camminare  in  direzione  opposta  a  quella  verso  cui  loro  conve- 
niva  andare.  La  damigella  di  Tonneville  appartiene  alla  specie  délie  Limoniadi 
greche,  délie  Dame  Bianchc  alemanne,  délie  Rusalke  russe.  Per  la  mala  erba 


1 .  Reminiscenza  de'  due  miti  ellenici  di   Teseo,  uccisore  del  Minotauro,  e  di  Perseo 
uccisore  d'  un  mostro  marine 


Fleury,  Littérature  orale  de  la  Basse-Normandie  1 55 

richiama  l'autore  solo  alla  monografia  di  A.  Kuhn  sul  mito  del  fuoeo  c  sulla 
bevanda  céleste  presso  le  nazioni  udo-europec,  il  cui  compendio  in  francese  fatto 
da  Frédéric  Baudry  venne  pubblicato  sulla  Revue  germanique,  t.  XV,  anno  1861, 
pag.  26.  Si  sarebbero  pure  potuti  aggiungere  a  questo  i  seguenti  riscontri  : 
per  la  Normandia,  Bosquet  (Amélie),  La  Normandie  romanesque  et  merveilleuse, 
Paris,  Techener ,  1845,  pag.  386;  Milusine ,  col.  13,  46,  172;  per  la 
Bassa  -  Brettagna ,  Le  Men  (R.  F.),  Traditions  et  superstitions  de  la  Basse- 
Bretagne  (Revue  celtique  a.  I.  pag.  422);  per  la  Franca-Contea,  Mèlusine 
col.  349  ;  per  l'Alta-Brettagna,  Paul  Sébillot,  Traditions  et  superstitions  de  la 
Haute-Bretagne,  Paris,  Maisonneuve,  1882,  t.  11,  pag.  326  (Les  herbes  magi- 
ques) ;  per  il  Poitou,  Souche  (J.  B.),  Proverbes,  traditions  diverses  et  conju- 
rations, Niort,  Clouzot,  1882  (estratto  dai  Bulletins  de  la  Société  de  statistique, 
etc.,  des  Deux-Shres),  pag.  24  '.  Quanto  alla  damigella  di  Tonneville  l'autore 
osserva  nella  nota  la  medesima  non  esser  poi  altro  che  la  najade  la  quale 
rapisce  lia,  figlio  di  Teodamante,  compagno  d'Ercole,  mentre  esso  attigne 
acqua  al  fiume  Ascanio,  avendo  acceso  l'amore  in  quella  colla  sua  bellezza. 
Ricorda  l'autore  parimente  le  sirène  che  tendono  insidie  ad  Ulisse,  il  Re  dcgli 
Ontarïi  di  Goethe,  la  Dama  bianca  di  Walter  Scott,  e  le  Rusalke  di  Pouch- 
kine, di  Tourguénief,  di  Gogol  ed  altri  novellatori  délia  Russia.  Alla  7a  délia 
tradizioni  (La  messe  du  revenant)  non  fa  l'autore  alcuna  nota,  eppure  avrebbe 
potuto  trovarvi  molti  riscontri,  tra  i  quali  meritevoli  di  menzione  :  F. -M. 
Luzel,  Veillées  bretonnes  (Mœurs,  Chants,  Contes  et  Récits  pop.  des  Bretons- 
Armoricains),  Morlaix,  J.  Mauger,  1871,  ire  veillée:  Hist.  de  revenant,  Le  Mort 
confesseur,  pag.  3  ;  Sébillot,  op.  cit.,  t.  I,  pag.  236  :  Le  revenant  à  la  messe; 
H.  Carnoy,  Littérature  orale  de  la  Picardie,  Paris,  Maisonneuve,  1883,  pag.i  1  5  : 
Le  revenant  qui  se  j  ait  porter  à  Notre-Dame  ;  Fouquet  (Dr),  Légendes  du  Morbi- 
han, Vannes,  Cauderan,  1857,  pag.  107:  La  messe  dufantôme;  P.  Sébillot,  Lit- 
térature orale  de  la  Haute-Bretagne,  Paris,  Maisonneuve,  1881,  pag.  193  (titolo 
uguale  al  précédente)  ;  Id.,  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne,  Paris, 
G.  Charpentier,  1880,  pag.  275,  n°  43,  (medesimo  titolo». 

La  prima  deile  novelle  (Le  langage  des  bêtes)  s'assomiglia  alla  novellina  popo  - 
lare  dell'  Alta-Brettagna  n"  2  $  :  L'enfant  qui  entend  le  langage  des  bêtes,  in 
P.  Sébillot,  Contes  des  paysans  et  de  pêcheurs,  Paris,  G.  Charpentier,  1881, 
pag.  1322,  per  il  principio  ed  il  fine  délia  novella,  cfr.  Grimm,  Kinder und  Haus- 
marcfien,  17a  ediz.,  Berlin,  Wilh.  Hertz,  1880,  pag.  134,  n"  33  :  Die  drci 
Sprachen;  altri  episodî  délia  novella  si  trovano  in  due  conti  délia  Bassa-Bretta- 
gna,  raccolti  dal  Luzel  :  Histoire  de  Cristie  e  le  Pape  Innocent,  per  essi  vedi 
Mèlusine  col.  274  e  374,  cfr.  pure  le  note  comparative  del  Kcehler,  aggiunte  in 
fine  al  secondo  conto  (Mélus.  col.  384).  A  tali  indicazioni  del  Fleury  si 
potrebbero  aggiugnere  queste  altre  :  Paul  Sébillot,  Triait,  et  superst.,  t.  II, 
pag.  326  :  Les  deux  chiens  ;  E.  Teza,  La  tradizione  dei  sette  savi  nelle  novelline 
magiare,  Bologna,  Fava  e  Garagnani,  1864,  pag.  10-17,  ecc- 


1 .  Vedi  ancora  Karl  Simrock,  Handbuch  der  deutschen  Mythologie  mit  Einschluss  der 
nordischen,  3e  Aufl.  Bonn,  A.  Marcus,  1869,  pag.  476. 

2.  Cfr.  pure  Léger,  Recueil  de  contes  populaires  slaves.  Paris,  E.  Leroux,  1882,  n»  50  : 
Le  langage  des  oiseaux. 


1$6  COMPTES-RENDUS 

La  seconda  novella  :  Le  pays  des  margriettes  (margherite),  si  raggira  sul  tema 
notissimo  :  La  bclla  e  la  bestia,  per  il  quale  richiamal'autore  allacorrispondente 
versione  lorenese  del  Cosquin,  Contes  populaires  lorrains,  ecc,  e  alla  dottissima 
illustrazione  délia  medesima  ;  vedi  pure  le  mie  Quattro  novelline  popolari  livor- 
nesi,  Spoleto,  Bassoni,  1880,  n°  4  :  //  re  serpente,  e  le  rispettive  note  compa- 
rative; Consiglieri-Pedroso,  Portugueze-Folk-Tales* ,  N'  10,20,  26:  The  M  ai- 
dai and  the  Beast,  The  Cabbage  Stalle,  The  Prince  who  had  the  head  of  a  horse 
[Principe  sardâo  è  la  novellina  principale  del  tema  présente  nel  testo  portoghese); 
F.  Liebrecht  nella  Zcitschrift  fur  vergleichende  Sprachforschung,  XVIII,  $6,  vedi 
pure  Zur  Volkskunde,  Heilbronn,  1879,  pag.  239.  Per  le  numerose  varianti 
slave  di  questo  tema  vedi  le  dotte  note  comparative  del  Vollner  al  n"  3  : 
Vom  Igelf  der  die  Kœmgstochtcr  zur  Frau  bekam  délia  citata  raccolta  Leskien- 
Brugman. 

La  terza  novella  :  La  fille  sans  mains,  tratta  un  argomento  non  meno 
diffuso  presso  le  varie  letterature  orali  dei  differenti  popoli,  cfr.  Basile, 
Pcntamerone,  Tratt.  20  Giorn.  III  :  La  Penta  manomozza  ;  Straparola,  Piace- 
voli  notti,  Nc  III,  Fa  3a  (taie  novella  di  G.  F.  Straparola,  nella  traduzione 
tedesca  di  V.  Schmidt,  la  2a  délia  série  ha  il  titolo  :  Die  Schlange)  ;  Grimm, 
op.  cit.,  n°  31  :  Das  Madchen  ohne  Handc ;  Vuk  Stephanovic  Karadzic, 
Scrpske  Narodne  Pripovijetke  (Novelline  popolari  serviane)  ,  n°  33;  Afanasieff, 
Narodnija  Russkija  Skazki  (Novelline  popolari  russe),  Moskwa,  1863,  N'  6 
e  1 3  del  30  libro  dal  titolo  :  Kossorouchka  (la  donzella  dalle  braccia  mozze). 
Per  le  varianti  slave  di  questa  novellina  vedi  l'erudite  note  delP  Afanasieff, 
II,  pag.  393,  e  quelle  del  Vollner  al  n°  24  :  Von  der  Ratte  die  den  Kcenigs- 
sohn  zum  Mann  bekam,  délia  collezione  Leskien-Brugman;  cf.  pure  E.  Legrand, 
Reciii  il  de  contes  populaires  grecs,  Paris,  E.  Leroux,  1881,  pag.  241  :  La  Belle 
sans  mains.  Chi  bramasse  conoscere  appieno  quanto  fosse  divulgato  il  ciclo  délia 
fanciulla  perseguitata  potrebbe  leggere  la  prefazione  del  prof.  A.  d'Ancona 
alla  tradizione  drammatica  di  Santa  Uliva,  il  discorso  proemiale  del  prof. 
A.  Wesselofsky  alla  novella  délia  figlia  del  re  di  Dacia,  e  le  pagine  a  taie 
soggetto  consecratevi  dal  prof.  A.  Mussafia  nell'  edizione  che  fece  del  testo  ita- 
liano  délia  Crescenzia  [Ucber  eine  italicnische  metrische  Darstcllung  der  Cre- 
scentia-sage,  Wien,  1866,  pag.  72-97);  cfr.  ancora  E.  Rohde,  Der  gricchische 
Roman  und  seine  Vorlaufer,  pag.  534;  W.  Radloff,  Probcn  der  Volkslittcratur 
der  tùrkischen  Stœmmc  Sud-Sibiriens,  St-Petersburg,  1872,  IV,  pag.  141  :  Das 
Weib  als  Fùrst;  Jean  Pio,  N££>),r;vtxà  IlapapwOia,  Contes  populaires  grecs, 
Copenhague,  A.  F.  Hœst  et  fils,  1879,  pag.  143,1a  7a  délie  novellinedell'  isola 
Astropaija  dal  titolo  :  cO  '06pr(ô;  x'  y,  x-ipr,  ;  Anecdotes  historiques,  légendes  et 
apologues,  tirés  du  recueil  inédit  d'Etienne  de  Bourbon,  dominicain  du  XIIIe  siècle, 
publiés  par  A.  Lecoy  de  la  Marche,  Paris,  1877,  pag.  1  1 5 ,  n°  136;  Liebrecht  in 
Gœttingische  gelchrten  Anzeigen,  1867,  pag.  1798;  Max  Grùnbaum,  Jùdisch- 
deutsche  Chrestomathie,  zugleich  ein  Bcitrag  zur  Kunde  der  hebraischen  Literatur, 
Leipzig,  Brockhaus,  1882,  pag.  430  (racconto  del  libro  di  Maase). 

1 .  Nella  raccolta  inedita  del  Consiglieri-Pedroso  appartengono  a  questo  argomento  le 
novelline  popolari  portoghesi  :  0  tûlo  de  couve;  0  principe  da  cabeça  de  cavallo;  0  filho 
do  prscador. 


Fleury,  Littérature  orale  de  la  Basse-Normandie  1 57 

Per  i  riscontri  alla  prima  délie  novelle  scherzose  :  Les  voleurs  volés,  Pautore 
rinvia  alla  dotta  illustrazione  dal  Cosquin  fatta  sulla  variante  lorenese  di  essa,  e 
pubblicata  nella  Romania,  t.  VI,pag.  548;  essendo  questo  argomento  notissimo, 
tralascio  qui  di  riportar  qualcuna  délie  innumerevoli  versioni  délia  medesima 
che  esistono  presso  i   varî  volghi1. 

La  seconda  novella  scherzosa  :  Jacques  le  voleur,  s'accorda  perfettamente 
colla  brettone  del  Sébillot  (Littérature  orale  de  la  Haute-Bretagne,  pag.  1  1  2) 
e  con  quella  lorenese  del  Cosquin  (Contes  populaires  lorrains,  Romania,  t.  X), 
dallo  stesso  titolo  :  Le  fin  voleur;  oltre  a  questi  l'autore  richiama  del  pare  ad 
Afanasieff  e  a  Dahl  per  tre  versioni  russe  dell'  uno,  e  tre  dell'  altro  nell'  opéra 
Narodnija  ecc,  lib.  V  e  VI0.  Concorda  pure  con  una  novellina  popolare 
comasca  da  me  raccolta  non  è  guari,  ed  intitolata  :  /  tri  fradeji  che  fa  fortûna  ; 
si  potrebbero  pure  aggiugnere  questi  altri  riscontri  omessi  dall'  autore  : 
De  Gubernatis,  Novelline  di  Santo  Stefano  di  Calcinaja,  n°  29  :  //  ladro;  Strapa- 
rola,  Piacevoli  Notti,  1,2;  Arnason,  Icelandic  Legcnds,  translated  by  Powel  and 
Magnusson,  II,  609  ;  Aus  dem  sùdlavischen  Marchenschatz  (Archiv  fur  slavische 
Philologie,  I,  pag.  283)  :  n°  10,  Der  grœsste  Spitzbube  von  der  Wclt  ;  Grundt- 
vig,  Garnie  danske  Minder,  III,  68  ;  Lootens,  Oude  Kindervertels  in  den  Brug- 
schen  Tongval,  pag.  43  ;  Asbjœrnsen  e  Moe,  Norske  Folkeeventyr,  n°  34  ; 
Vernaleken,  Mythen  und  Branche  aus  Oesterreich,  pag.  27.  Per  altre  varianti 
straniere,  specialmente  per  quelle  slave,  cfr.  la  nota  del  Vollner  al  n°  37  :  Von 
einem  Dieb ,  délia  citata  raccolta  Leskien-Brugman,  ecc. 

La  terza  novella  :  Le  pauvre  et  le  riche,  è  dall'  autore  riscontrata  colle  tre 
lorenesi  analoghe  del  Cosquin  :  René  et  son  seigneur  (Rom.,  t.  V,  pag.  357), 
Richedeu  (Rom.,  t.  VI,  pag.  s 3 3 )  e  Blancpied  (Rom.,  t.  VIII,  pag.  570),  viene 
richiamata  pure  ail'  altra  :  Le  roi  et  ses  fils  (Rom.,  t.  X,  pag.  170),  corne  anche 
aile  dotte  illustrazicni  del  Cosquin;  cfr.  inoltre  la  novellina  greco-calabra  :  Trian- 
niscia  ed  i  suoi  due  fratelli,  pubblicata  prima  nel  testo  greco  in  caratteri  latini 
colla  traduzione  italiana  a  fronte  dal  prof.  Giuseppe  Morosi  a  pag.  73  ne'  suoi 
Studi  sui  dialetti  greci  délia  Terra  d'Otranto,  Lecce,  1870,  poi  dal  prof.  Emile 
Legrand  ancora  nel  testo  greco  in  caratteri  latini  colla  versione  francese  di 
rincontro  nel  suo  opuscolo  intitolato  :  Tragudia  ke  Paramythia  tis  Kalabrias  ; 
Chansons  et  Contes  populaires  de  la  Calabre,  traduits  en  français,  Paris,  Maison- 
neuve,  1870,  pag.  $0,  finalmente  nella  sola  versione  francese  è  uscita  a  pag.  177 
délia  récente  opéra  :  Recueil  de  contes  populaires  grecs  traduits  sur  les  textes 
originaux  par  E.  Legrand,  Paris,  E.  Leroux,  1881. 

La  quarta  novella  :  Merlicoquet,  è  raffrontata  colla  brettone  del  Sébillot  : 
Vaudoyer  (Contes  pop.  de  la  Haute-Brct.)  e  colla  lorenese  del  Cosquin  (Rom., 
t.  IX,  pag.  406).  La  sopracitata  novellina  popolare  greco-calabra  si  riconnette 
pure  alla  présente  novella,  essa  è  nota  comunemente  in  Italia  sotto  il  titolo  : 


1.  Per  essa  vedi  Bernhard  Jùlg,  Mongotische  Mœrchen,  die  neun  Nachtrags-Erzxhlun- 
gen  des  Siddhi-Kûr,  ecc.  Innsbruck,  Wagner,  1868,  n°  18  :  Die  verrœtherische  Trompeté, 
pag.  23-27,  cfr.  pure  Benfey,  Pantsch.  I,  pag.  xxv  ;  Barbazan-Méon,  Fabliaux  et  contes 
des  poètes  françois  des  XI-XVe  siècles,  4  vol.,  Paris,  1808,  IV,  287-295  ;  Liebrecht  in 
Orient  und  Occident,  1862,  I,  1 16-21,  e  Benfey  ivi  136-38. 


I58  COMPTES-RENDUS 

L'uomo  dal  piselïo  *.  Uno  dei  racconti  russi  délia  raccolta  del  Dahl  si  raggira 
sopra  un  argomento  consimile,  n'è  protagonista  una  volpe.  Questa  ha  trovato 
un  pajo  di  quelle  lapty,  calzature  di  tiglio,  délie  quali  fanno  uso  i  contadini.  Se 
ne  va  da  un  contadino  e  gli  domanda  l'ospitalità  per  una  notte,  dicendogli  che 
occupera  poco  posto,  si  sdraierà  sur  un  banco,  e  porrà  la  sua  coda  sotto,  e 
che  poi  qanto  aile  sue  lapty  le  lascerà  nel  pollajo.  Il  contadino  le  consente  d'en- 
trare;  durante  la  notte  la  volpe  va  a  prendersi  le  hipty,  poi  la  mattina  seguente 
le  richiede  al  contadino,  e  siccome  costui  non  le  trova,  cosi  essa  prétende  un 
compenso  per  le  lapty  perdute  ed  ottiene  una  gallina.  Quindi  la  volpe  va  a  chie- 
dere  ospitalità  in  un'  altra  casa,  e  pone  la  sua  gallina  fra  le  oche  ;  la  gallina 
sparisce  e  la  volpe  in  cambio  si  fa  dare  un'  oca.  In  una  terza  casa  la  volpe 
mette  l'oca  fra  le  pécore  ed  ottiene  una  pecora  l'indomani,  poi  un  vitello  il 
quarto  giorno  ecc.  Il  racconto  si  chiude  con  una  gherminella  che  la  volpe  fa 
a'  suoi  due  amici,  l'orso  e  il  lupo. 

La  quinta  novella  :  Rindon  (cf.  Rom.  VIII,  613),  è  paragonata  giustamente  colla 
novella  dei  Grimm,  n°  $  $  délia  citata  raccolta,  novella  dal  titolo  :  Rumpelstilzchen, 
con  quella  piccarda  del  Carnoy  (Rom.  VIII,  222)  e  con  quella  lorenese  del  Cosquin 
(n°  27  délia  sua  collezione).  Vi  ravvicina  pure  il  conto  délie  fate  :  Ricdin-Ricdon, 
che  si  legge  nella  Tour  ténébreuse  di  M""  Lhéritier  (Cabinet  des  fées,  t.  XII),  ma 
di  maggiore  estensione,  corne  pure  quello  sloveno:  Kinkach  Martinho  che  occorre 
nei  Contes  populaires  slaves  traduits  par  A.  Chodzko,  Paris,  Hachette,  1864.  A 
tali  riscontri  si  potrebbero  aggiugnere  questi  altri  :  Webster,  Basque  Legends, 
London,  Griffith  and  Farran,  1S79,  2a  ediz.,  pag.  56  :  The  Pretty  but  IdlcGirl  ; 
Sébillot,  Contes  p^p.  de  la  Haute-Bretagne,  ia  série,  n°  48  :  Rodomont  ;  Sébil- 
Iot,  Tradit.  et  superst.,  ecc,  t.  I,  pag.  130-31  (Grignon)  ;  Mélusine,  col.  150 
(Furti-Furton)  ;  R.  H.  Busk,  Patranas,  spanish  taies,  legendary,  and  tradi- 
tional,  illustrations  by  E.  H.  Corbould,  cfr.  What  Ana  saw  in  the  Sunbeam,  in 
Hunt,  Romances  and  Drolls  of  the  West  of  England,  ia  ediz.,  pag.  239:  Duffy, 
and  the  Devil,  e  pag.  273  :  Terrytop:  Patrick  Kennedy,  Legendary  fictions  of 
the  Irish  Celts,  London,  1866,  vedi  :  Idle  Girl  and  her  Aunts  ;  Mùllenhoff,  Sagen 
und  M.crchcn  u.  s.  w.,  Sagen  n"  417  :  G:bhart,  Maerchen,  n°  8  :  Rumpetrumpen ; 
Grundtvig,  Garnie  danske  Minder  i  Folkemunde,  Kjœbenhavn,  1854,  II,  163: 
Trillevip  ;  L.  De  Baecker,  De  la  religion  du  nord  de  la  France,  Lille,  1854, 
pag.  284  :  Myn  haentje  ;  Hylten-Cavallius  och  G.  Stephens ,  Svenska  Folk- 
sagor  och  œfvcntyr,  n°  10  ;  Tilttli  Ture;  Prcehle,  Kindermozrchen,  n°  20  :  Bekeh- 
rin  ;  Idem,  Untcrharzische  Sagen,  pag.  210  :  Pumpcrcllc  ;  Kuhn,  Westphalische 
Sagen  und  Marchen,  I,  298  :  Zirkzirk  ;  Schneller,  Marchen  und  Sagen  aus  Wal- 
schtirol,  Innsbruck,  Wagner,  1867,  n»  55  :  Tarandando  ;  Liebrecht,  II,  34; 
Zingerle,  Kinder,  wd  Hausmarchen  aus  Suddeutschland,  1,  n°  36  ;  II,  pag.  278  : 
Kugerl  ;  Arnason,  Icelandic  Lcgends,  translated  by  Powel  and  Magnusson, 
ia  série,  pag.  123  =  Maurer,  Islandiske  Volkssagcn,  pag.  42  :  Gilitrutt ;  Gon- 
zenbach,  Sicilianische  Marchen,  n°  84  :  Die  Geschichte  vom  Lignu  di  scupa  ;  Vil- 
mar,  Hcssischcs  Idiotikon,  pag.  395  :  Perlebitz  ;  Tceppen,  Aberglaube  aus  Masu- 


1.  J.  Rivière,  Recueil  des  contes  populaires  de  la  Kabylie  du  Djurjura,  Paris,  E.  Leroux, 
1882,  i"'  partie,  III,  Le  mensonge,  pag.  79  e  9$,  N'  1  e  6  :  Le  chacal  e  L'enfant. 


Fleury,  Littérature  orale  de  la  Basse-Normandie  1 59 

ren  mit  einem  Anhangt  enthaltend  Masurische  Sagen  und  Marchai,  Dantzig,  Bert- 
lig,  1867,  pag.  138:  Titelituri  ;  C.  Weisz,  Aus  don  Volksleben,  Niirnberg,  1863, 
pag.  14  :  Popemannel.  Edward  Tylor  nelle  sue  note  alla  traduzione  inglese 
délie  novelline  popolari  tedesche  del  Grimm,  in  quella  al  n°  $$  afferma  essere 
divulgata  pure  nelf  Irlanda  una  tradizione  analoga  («  Little  does  my  lady  wot, 
That  my  name  is  Trit-a-Trot  »)  ;  Kletke,  Murchensaal,  I,  183. 

La  prima  canzone  dei  marinaj  [Bataille  gagnée)  s'assomiglia  ad  un'  altra  del  - 
l'Alta-Brettagna  pubblicata  dal  Sébillot  nel  I  vol.  délie  sue  Tradit.  et  superstit.  a 
pag.  371  (e  non  391  secondo  l'errata  citazione  del  Fleury)  e  indicata  dall'autore, 
che  avrebbe  pure  potuto  ricordare  due  altre  canzoni  francesi  sulla  presa  di  Gra- 
nata  riportate  dal  Milin  in  seguito  aile  Légendes  bretonnes,  La  tour  de  plomb  de 
Qiiimper,  in-8  di  38  pag.  estr.  dai  Bulletins  delà  Société  académique  de  Brest.  La 
terza  :  Le  départ  involontaire  ricorda  il  n°  13  délie  Vieilles  chansons  recueillies 
dans  le  Velay  et  le  Forez  dello  Smith  (Rom.,  t.  VII)  ed  uno  dei  Chants  populaires 
de  la  vallée  d'Ossau  pubblicati  dal  conte  de  Puymaigre  nella  Rom.,  t.  III, 
pag.  99.  La  quarta  :  Sur  le  bord  de  l'iie,  è  diffusa  in  tutta  laFrancia,  e  anche  in 
Italia,  ma  il  testo  offre  considerevoli  varianti  secondo  i  differenti  luoghi,  e  qui 
l'autore  cita  le  seguenti  lezioni  :  Bujeaud,  Chants  populaires  des  provinces  de 
l'Ouest,  Poitou,  Saintonge,  Aunis  et  Angoumois,  2  vol.  grossi  in-8°,  Niort, 
1865-66,  t.  II  :  Les  clefs  d'or  ;  Smith,  op.  cit.,  n'  XV  e  XVI;  E.  Legrand, 
Chansons  populaires  recueillies  à  Fontenay-le-Marmion,  arrondissement  de  Caen,  e 
pubblicate  nella  Rom.,  t.  VII  e  X,  vedi  il  n°  XII;  Puymaigre  (Th.  de),  Chants 
populaires  recueillis  dans  le  pays  messin,  Paris,  1865,  n°  XIX;  Dumersan, 
Chansons  populaires  de  la  France  ;  ai  quali  riscontri  si  potrebbero  aggiugnere  i 
seguenti  :  J.-F.  Bladé,  Chansons  populaires  en  langue  française ,  recueillies  dans 
l'Armagnac  et  l'A  gênais,  Paris,  Champion,  1879,  n'  XVI  e  XVII  :  Sur  et  Sous 
le  pont  de  Lyon  ;  Gennaro  Finamore,  Storie  popolari  abruzzesi  in  versi,  pubbli- 
cate nelP  Archivio  per  lo  studio  délie  tradizioni  popolari  del  Pitre,  a.  I,  fasc.  II, 
pag.  90,  n°  5,  Annine  ;  Caselli,  Chants  populaires  d'Italie,  pag.  195,  cfr.  la 
romanza  piemontese  del  Nigra  :  //  marina jo  ;  Bernoni,  Canli  popolari  veneziani, 
puntata  V  :  Le  tre  sorelle  ;  Gianandrea,  Canti  popolari  marchigiani,  pag.  261, 
vedine  i  relativi  raffronti  ivi  fatti  ;  io  pure  posseggo  una  variante  inedita  piti- 
glianese  di  questo  canto,  intitolata  :  //  pescatore  ;  per  le  altre  versioni  straniere 
riscontra  la  nota  alla  romanza  portoghese  di  Don  Duardo  nella  mia  ras- 
segna  del  Romanceiro  do  archip.  da  Madeira  (Rom.  XII,  616). 

La  seconda  délie  ballate  :  Le  retour  du  mari,  è  un  canto  molto  diffuso  in 
Francia  ed  ail'  estero  ;  per  la  Francia  vedi  Beaurepaire,  Etudes  sur  la  poésie 
populaire  en  Normandie,  Paris,  1856,  pag.  79;  Puymaigre,  Chants  du  pays  mes- 
sin, pag.  8  e  seg.  :  Germaine  ;  Tarbé,  Romancero  de  Champagne,  Reims,  1863-64, 
5  vol.,  II,  pag.  2  e  221;  Champfleury  et  Wekerlin,  Chansons  populaires  des  pro- 
vinces de  France,  Paris,  1865,  pag.  193  :  Germine;  La  Villemarqué,  Barzas- 
Breiz,  Paris,  1846,  2  vol.,  I,  pag.  24  :  L'épouse  du  croisé;  Damase  Arbaud, 
Chants  populaires  de  la  Provence,  Aix,  1862-64,  due  vol.  vedi  la  ballata  la 
Pourcheireto  ;  F. -M.  Luzel,  Gwerziou  Breiz-Izel,  Lorient,  1868,  due  vol.,  I, 
pag.  197  ;  Milâ  y  Fontanals,  Romancerillo  catalan,  ia  ediz.,  pag.  119,  n°  21  : 
Don  Guillermo;  in  taie  versione  occorre  pure  il  particolare  dell'  anello,  corne  nel 


IÔO  COMPTES-RENDUS 

conto  délia  Bassa-Normandia  del  Fleury  :  A  la  porta  de  la  cambra  un  anelli  entre- 
gué;  cfr.  Milây  F"ontanals,  Observaciones  sobre  la  poesia  popular,  Barcelona,  1853, 
pag.  1  19  ;  Puymaigre,  Romanceiro  portugais,  n°  20  :  La  belle  infante  (Almeida 
Garrett,  Romanceiro,  t.  II,  pag.  7;  a  pag.  12  occorre  pure  un  altro  canto  ana- 
Iogo  :  Dona  Clara)  ;  Braga,  Cantos  populares  do  Archip.  Açor.  Romanceiro  de 
Aravias,  n'  41-42  :  Romances  da  Bella  Infanta,  e  Romanceiro  gérai,  pag.  1  e  4. 
Il  Braga  crede  vedere  in  questo  una  continuazione  delP  altro  noto  canto  porto- 
ghese  :  Nau  Catherineta,  da  me  studiato  nelle  note  al  Romanceiro  do  archip. 
da  Madeira,  e  l'altro  canto  pure  portoghese  :  Flor  do  Dia,  che  lo  compléta,  gli 
pare  confermi  taie  sua  ipotesi.  La  forma  ditirambica  del  canto  ne  mostra, 
secondo  il  Braga,  l'antichità,  ed  egli  crede  poterne  assegnare  la  formazione  ai 
secoli  XI  e  XII,  età  di  grande  elaborazione  dell'  épopée  moderne.  Fra  le  tradi- 
zioni  poetiche  d'Euro  pa  è  una  délie  più  antiche,  volgari  e  durevoli.  Converrebbe 
senza  dubbio  risalire  ail'  Odissea  per  rintracciare  l'origine  d'unascena  tante  volte 
rappresentata  ;  vedi  Puymaigre,  Vieux  auteurs  castillans,  2  vol.,  II,  pag.  589  e 
seg.  Il  Bellermann  ne'  suoi  Portugiesische  Volkslieder,  pag.  100,  ha  dato  un  testo 
un  poco  diverso  da  quello  d'Almeida  Garrett.  Per  le  varianti  spagnuole  di 
questo  canto  cfr.  J.  Amador  de  los  Rios,  Historia  critica  de  la  poesia  espanola, 
Madrid,  1861-65,  vo''  sette>  VII,  pag.  446  ;  Wolf  e  Hofmann,  Pnmavera  y 
flor  de  Romances,  Berlin,  1866,  due  vol.,  II,  pag.  88  e  229;  A.  Duran,  Roman- 
cero gênerai,  t.  I,  pag.  17$  ;  Pelay  Briz,  Cansons  de  la  Terra,  cants  pop.  cata- 
lans, Barcelona,  1866-77,  vol1  5,  I,  pag.  173  ;  Marcellus,  Chants  popul.  de  la 
Grèce  mod.,  pag.  155,  162,  163.  Per  l'Alemagna  vedi  Reifferscheid,  Westfa- 
lische  Volkslieder,  Heilbronn,  1  vol.,  n"  XIII;  Deutsches  Balladenbuch,  Leipzig, 
1858,  pag.  14;  Uhland,  Alte  Iwch-  und  niederdeutsche  Volkslieder,  pag.  273; 
Mittler,  Deutsche  Volkslieder,  n°  54;  Schade,  Volkslieder  aus  Thùringen,  n"  4, 
per  l'Italia  Sabatini,  Canti  popolari  romani,  n°  12  :  Margherita  ;  G.  Ferraro, 
Canti  monferrini,  n°  37;  Idem,  Canti  di  Pontelagoscuro,  n"  XXIV;  Widter  e 
Wolf,  Volkslieder  aus  Venetun,  pag.  59,  n°  81  ;  Bernoni,  Tradiz.  pop.  venete 
punt.  I,  pag.  28  («  Chi  bâte  a  la  mia  porta  »),  II,  pag.  73  e  ix  ;  Marcoaldi, 
Canti  popolari  inediti  umbri,  liguri,  pag.  152  (variante  genovese).  Adolfo  Wolf 
nelle  note  alla  sua  versione  veneta  afferma  questo  canto  essere  pure  conosciuto 
in  Olanda  e  in  Fiandra.  Anche  di  taie  canto  posseggo  una  versione  inedita 
pitiglianese. 

La  sesta  délie  ballate  :  La  fille  militaire,  e  la  settima  :  Suite  de  l'histoire  de 
Cécile,  che  forma  il  seguito  alla  précédente  (corne  abbastanza  manifestamente 
mostra  il  titolo),  vengono  dalP  autore  raffrontate  con  due  canzoni  del  Puy- 
maigre :  La  belle  Claudine  e  La  fille  soldat,  n'  XXV  e  XXVI  délie  citate  Chans. 
,pop.  du  pays  messin.  Il  Fleury  avrebbe  potuto  notare  questo  canto  essere  uno 
de'  più  noti  e  diffusi  non  solo  in  Francia,  ma  eziandio  nella  Spagna,  nel  Porto- 
galio  ed  in  Italia.  Il  prof.  F.  Liebrecht  si  è  occupato  del  ciclo  délia  ragazza 
guerriera  nell'  Heidelberger  Jahrbuch,  anno  1877,  pag.  874.  Appieno  parmi  che 
s'apponga  il  Nigra  {Canti  popolari  del  Piemonte,  fasc.  III,  pag.  90)  dicendo  : 
«  qualunque  sia  l'origine  di  questo  canto,  io  penso  non  altramente  che  dalla 
Provenza  venisse  trasmesso  aile  due  penisole,  italica  e  iberica,  passando 
poi  colle  prime  crociate  in   Grecia  e  ne'  paesi  slavi.  »  E  il  signor  T.  Braga 


Fleury,  Littérature  orale  de  la  Basse-Normandie  161 

nella  nota  ai  n'  i  i  e  12  {Dom  Varâo,  Donzella  Guerreira)  dei  Cantos  popularts 
do  archip.  açor.  sopra  citati  riconosce  giustissima  taie  osservazione  del  Nigra 
tanto  più  a  misura  che  mari  mano  i  fatti  vengono  a  corroborarla.  I  cavalieri 
francesi,  egli  aggiunge,  ajutarono  Alfonso  Enriquez  nella  conquista  di  Lisbona, 
e  lo  seguirono,  quando  and5  a  combattere  in  Terra  Santa  ;  la  canzone  délia 
donna  guerriera  non  s'incontra  nell'  antiche  collezioni  spagnuole,  circostanza 
che  mostra  esser  il  canto  una  tradizione  del  littorale.  Tutto  ciô  per- 
tanto  conferma  la  seguente  legge  di  tradizione  poetica  scoperta  dal  Nigra  : 
«  Questi  canti  romanzeschi  comuni  aile  nazioni  di  razza  latina  debbono,  nel 
dubbio,  considerarsi  corne  trasmessi  e  spesso  originati  dalla  Provenza.  »  Che  poi 
anche  nelle  tradizioni  popolari  di  tutti  i  paesi  non  siano  rare  le  donne  guerrière, 
e  le  Amazoni  greche,  e  le  Valkirie  dell'  Edda,  e  Brunechilde  dei  Nibelunghi,  e 
la  bellicosa  Camilla  dell'  Enéide,  e  l'altiera  Clorinda  délia  Gcrusalemme  liberata, 
e  le  Polenilse  délie  byline  (canti  epici)  russe  ce  lo  testimoniano  in  irrefragabile 
modo.  Ilia  di  Murom  è  abbattuto  dalla  sua  figlia  gigante,  Dobryna  diviene  pri- 
gione  di  Nastasia.  Con  un  vigore  uguale,  ma  di  carattere  più  femminile  ci  si 
présenta  Vassilissa,  la  figlia  di  Mikula  ;  ella  sa  maestrevolmente  accoppiare  la 
forza  ail'  astuzia,  quando  si  tratta  d'aprir  la  prigione  del  suo  iriarito  Stavre 
Godinovitsch  i.  Un  altro  esempio  di  donna  guerriera  ci  si  présenta  nella  tra- 
dizione mongolica  (vedi  Bernhard  Jùlg,  Mongolische  Mœrchen,  sopra  citate  in 
nota,  n"  18  soprallegato);  questa  donna  guerriera  è  la  moglie  dello  sciocco,  pro- 
tagonista  del  présente  conto  mongolico;  essa,  mentre  il  marito  è  andato  a  caccia, 
si  traveste  da  guerriero,  muove  incontro  al  marito,  si  fa  scambiare  per  il  famoso 
guerriero  Surya-Bagatur 2,  lo  vince,  s'impadronisce  del  suo  arco,  délia  sua 
faretra  e  del  suo  cavallo,  sottoponendolo  inoltreadun'  umiliazione  singolarissima 
che  qui  la  decenza  non  mi  consente  d'  indicare3.  Tornando  al  canto  inquestione, 
oltre  le  due  citate  versioni,  per  il  Portogallo  vedi  Puymaigre,  Romanceiro  portu- 
gais già  citato,  n°  2  :  La  demoiselle  qui  va  en  guerre;  Braga,  Romanceiro  gérai, 
n1  3,  4  e  5  :  Dom  Martinho  do  Avisado,  Dom  Martinho,  Dom  Barao  ;  Bellermann, 
Portugiesische  Volkslieder  und  Romanzcn,  Leipzig,  1864,  2  vol.,  vedi  il  I,  pag.  64: 
Donzella  que  vai  a  gucrra.  Il  Puymaigre  ha  tradotto  il  testo  d'Almeida  Garrett, 
Romanceiro,  Lisboa,  1839,  t.  III,  pag.  6$.  Benchè  questo  canto  non  apparisca 
nelle  raccolte  castigliane,  il  Garrett  lo  stima  d'origine  spagnuola.  In  una  com- 
media  délia  fine  del  16°  secolo,  la  Aulegraphia  di  Jorge  Ferreira,  un  personaggio 
cita  i  primi  versi  délia  romanza  in  castigliano  :  Pregonadas  son  les  guerras  \  De 
Francia  contra  Aragon.  Il  canto  fu  per  la  prima  volta  pubblicato  da  José  Maria 
da  Corta  e  Silva  in  una  nota  sul  poema  :  Isabel  ou  a  hcroina  de  Arago  nel 
1832.  Il  Signor  Giovanni  Teixeira  Soares  indica  un  fatto  délia  storia  portoghese 
molto  popolare,  che  al  dire  del  Braga  conferi  non  poco  al  divulgamento  di 
questa  canzone  comune  ai  popoli  del  mezzodi  d'Europa.  Esso  è  la  storia  délia 
célèbre  Antonia  Rodriguez,   che  si   segnalô  militando  in  Oriente  in  qualità  di 


1.  Rambaud,  La  Russie  épique.  Paris,  Maisonneuve,  1876,  pag.  83. 

2.  Voce  ibrida  composta  dalP  elemento  sanskrito  Surya  che  significa  sole,  e  Bagatur 
elemento  mongolico  che  significa  valente. 

j.  [C'est  aussi  le  sujet  du  tableau  français  de  Bérenger  au  lonc  cul  dont  nous  avons 
deux  versions  dans  le  recueil  de  MM.  de  Montaiglon  et  Raynaud.  —  Rèd.) 

Romania,  Xlll  I  1 


1 62  COMPTES-RENDUS 

soldato,  corne  si  narra  nel  Theatro  hcroico  di  Froez  Perym,  t.  I,  pag.  $4,  e  di 
cui  parla  Duarte  Nunes  nella  sua  Descripçdo  de  Portugal,  capo  89,  pag.  34.6, 
ediz.  del  1785.  La  Spagna  vanta  pure  la  sua  eroina  in  Catalina  Erauso  (coine 
l'Italia  in  Eleonora  d'Arborea  e  Caterina  Segurana),  che  il  Montalvan  ha  scelto 
per  soggetto  d'una  délie  sue  commedie.  M.  A.  de  la  Tour  nel  suo  libro  :  Valence 
et  VallaJolid  pag.  213  e  seg.  ha  scritto  un  intiero  studio  sulla  Monja  alferez.  Il 
Puymaigre  in  nota  aile  due  citate  varianti  ne  ricorda  un'  altra  assai  divulgata 
nella  PVanca-Contea;  il  medesimo  nella  Rom.,  t.  III,  pag.  96,  ne  pubblicô  una 
versione  bearnese,  ma  perô  mutila,  e  mancante  del  fine  ;  altre  varianti  occor- 
rono  in    Marcellus,   Chants   populaires   de   la   Grèce   moderne,   ediz.   del    1860, 
pag.  143  :  Partenza  dtlY  ospite,  vedi   pure  Neugrieckische  Volkslicder,  pag.  5; 
Slavische  Melodien,   pag.    34,  e  Bœmische  Granaten,  t.  I,  pag.  266;  cfr.  ancora 
Bujeaud,    Chans.  pop.  des  prov.  de  l'Ouest,  vol.  II,  pag.  290;  Léger,  Chansons 
populaires  slaves,  pag.  204,  per  l'Italia,  oltre  la   variante  piemontese  del  Nigra 
citata  sopra  vedi  Giuseppe   Ferraro,  Canti  popolari  monferrini,    Roma,    1870, 
pag.    54  :    La   ragazza  guerriera  ;   Widter  e   Wolf,    Volkslieder  aus    Venetien, 
Wien,  1864,  pag.  57,  n°  79  :  La  figlia  coraggiosa;  F.  Sabatini,  Canti  popolari 
romani,   usciti  nella   sua  Rivista   di   letteratura  popolare,  1877,  vol.  I,  fasc.   1", 
pag.  29-30  n"  13  \La  Guerriera;  Ferraro,  Canti  di  Pontclagoscuro  (Rivista  di  filo- 
logia  romanza,  vol.  II,  fasc.  IV),  n"  $  ;  Gianandrea,  Canti  popolari  marchigiani, 
pag.  280,  n°   14  ;  Bernoni,  Canti  popolari  veneziani,  puntata  V  :  La  guerriera; 
Tommaseo,  Canti  popolari  toscani,corsi,  minci,  greci,hsc.  II,  pag.  79.  Anche  nella 
novellistica  popolare  è  fréquente  la  donna  travestita  da  soldato,  vedi  per  questo 
particolare  Comparetti,  Novelline  popolari  ita  lia  ne, Tonno,  Loescher,  1875,  pag.  70, 
n"  17:  //  drago;  Imbriani,  Novellaja  fiorentina,  Livorno,  Vigo,  1877,  pag.  537, 
n°  37  :  Fanta-Ghirà,  persona  bella  (Nerucci,  Sessanta  novelle  popolari  montalesi, 
Firenze,  Le  Monnier,  1880,  n°  28,  pag.  248),  Basile,  Pentamerone,  Gior.  III, 
Tratt.  6°  :  La  Serva  d'Agiïe;   Radloff,  Proben  der  Volkslitteratur  der  tùrkischen 
Stœmme  Sûd-Sibiriens ,  t.  III,  Kirgisische  Mundartcn,  pag.  380.  Vassilissa  la  saggia, 
un' eroina  délie  novelline  popolari  russe,  figliuola  d'un  negromante,  difende  con- 
tro  di  lui  il  suo  amante,  opponendo  i  proprî  sortilegî  a  quelli  del  padre,  ed  esce 
trionfante  da  questo  torneo  magico.  Costei  dev'  essere  la  medesima  persona  délie 
byline  russe.  In  un  conto  albanese  (Hahn,  Gricchische  und  albancsische  Mœrchen, 
Leipzig,  W.  Engelmann,  1864,  t.  II,  Alban.   Mœrch.,  pag.  124,  n°  101  :  Sil- 
berzahn,  variante  del  conto  greco  n°  10  :  Das  Mœdchcn  im  Kricg,   t.  I,  p.  114) 
la  principessa  Teodora  travestitasi  da  uomo  e  preso  il  nome  di  Teodoro  si  reca 
alla  corte  di  un  re,  di  cui  deve  sposare  il  figlio.  È  sottoposta  a  diverse  prove; 
l'una  di  esse  ricorda  quella  che  Ulisse  fa  subire  ad  Achille  nell'  isola  di  Sciro. 
L'è  proposta  la  scelta  fra  un  abbigliamento  muliebre  e  alcune  armi,  essa  prende 
le  armi;  è  mandata  a  bagnarsi  col  figlio  del  re,  ma  essa  mercè  un  pretesto  rie- 
sce  a  sottrarsi  in  fretta  ail'  ardua  prova  ;  finisce  poi  la  fanciulla  per  sposare  il 
figlio  del  re.  Per  lo  stesso  motivo  cfr.    Grimm  K.  u.  H.,  n°  67  :  Die  zwœlf 
Jœgcr,  ediz.  cit.  pag.  282.  Per  le  numerosissime  varianti  slave  di  questa  novel- 
lina  si  puô  consultare  la  nota  del  Vollner  al  n°  19  :  Von  der  Edelmannstochtcr 
die  Soldat  wurde,  délia  citata  collezioneLeskien-Brugman.  Posseggo  io  pure  nelle 
mie  collezioni  varî  conti   inediti  umbri  e  livornesi  intorno  a  taie  argomento, 


Fleury,  Littérature  orale  de  la  Basse-Normandie  163 

cosi  ancora  una  variante  pitiglianese  délia  canzone  dal  titolo  :  La  ragazza  corag- 
giosa,  e  un  conto  pitiglianese  affine  al  citato  albanese.  La  situazione  poi  che 
forma  il  soggetto  del  canto  présente  ha  potuto  peraltro  riprodursi  più  d'una 
volta.  Pitre  Chevalier  ha  narrato  le  vicende  délia  brettone  Maturina,  che  in 
luogo  del  fratello  parte  per  la  guerra,  e  fa,  corne  dragone,  le  campagne  del 
181 2,  1813  e  1814  (Musée  des  familles,  20  série,  t.  V,  pag.  189).  Si  lesse  già 
nel  giornale  il  Figaro  del  20  ott.  1879  un  racconto  dello  stesso  génère,  cioè  la 
vita  fortunosa  di  Silvia  Marietti,  sostituitasi  ugualmente  al  suo  fratello.  Nei 
Volskslieder  aus  Krain  tradotti  in  tedesco  da  Anast.  Grùn,  n°  42,  Alenka  imbran- 
disce  le  armi  per  vendicare  la  morte  di  Gregorio,  suo  fratello. 

La  quinta  délie  canzoni  galanti  :  La  Batelière,  è  solamente  richiamata  a  due 
redazioni  analoghe,  le  quali  si  leggono  nei  Chants  pop.  du  pays  messin  del  Puy- 
maigre,  e  ad  un'  altra  délia  raccolta  del  Bujeaud.  Questo  canto  peraltro  è 
molto  importante,  e  mi  sarebbe  piaciuto  che  il  Fleury  notato  avesse  il  medesimo 
formare  argomento  di  parecchie  novelle,  di  cui  qui  citerô  le  principali  :  Poggii 
Facetiœ,  n°  272  :  Naulum  ;  Aloyse  Cintio  de'  Fabritii,  Libro  delta  origine  dei 
volgari  proverbi,  Vinegia,  Bernardino  e  Matheo  dei  Vitali  fratelli,  1526,  n°  9  : 
Tu  guardi  l'altrui  busca  e  non  vedi  il  tuo  travo  (sic)  ;  Marie  de  France,  Fables  : 
Dou  Leu  e  d'un  vilein,  fav.  79,  t.  II,  pag.  324,  ediz.  di  Roquefort;  vEsopi 
FabuLc  di  Camerarius  :  Avicula  pracepta  ;  Roger  Bontems  en  belle  humeur,  pag.  406; 
Le  Chasse-ennui  de  la  melancholie,  pag.  371e  449  ;  La  Gibecière  de  Morne,  pag.  294; 
Le  Courier  facétieux,  pag.  23;  Le  facétieux  Réveille-matin,  pag.  408;  //  Passatempo 
dei  curiosi,  pag.  91  ;  Comte  de  Chevigné,  Contes  en  vers,  Paris,  librairie  de 
l'Académie  des  bibliophiles,  1868,  n°  2  :  La  Batelière;  Boissonade,  Anecdota, 
t.  IV,  pag.  79  (racconto  tratto  dalla  Storia  di  Barlaam  e  Giosafatte)  ;  Dialogus 
creaturarum,  cap.  100;  Pétri  Alphonsi,  Disciplina  clericalis,  cap.  23  ;  Le  laide 
l'Oiselet,  vedi  Barbazan,  Recueil  des  fabliaux,  t.  III,  pag.  114,  e  Legrand 
d'Aussy,  t.  IV,  pag.  26;  Le  violier  des  histoires  romaines,  Paris,  Jannet,  1 8  5 8j, 
pag.  386,  ch.  138*  (167  dell'  ediz.  di  Keller;  Swan,  t.  II,  pag.  339):  Du  bon 
conseil  aui  est  à  tenir  ;  Rhytmicœ  fabuLe,  lib.  II,  pag.  33  ;  vedi  pure  uno  dei 
racconti  latini  pubblicati  da  Th.  Wright,  un  conto  del  poeta  inglese  Lydgate 
dal  titolo  :  The  taie  of  the  chorle  and  the  byrd,  e  una  favola  dell'  autore  tedesco 
Boner,  (la  92a  délia  sua  collezione).  Si  potrebbe  pure  citare  una  favola  di 
Bidpai  :  Le  paysan  et  le  rossignol  (vedi  i  Mille  et  un  Jours,  Paris,  1840, 
collez,  de!  Panthéon,  ediz.  del  Loiseleur-Deslongchamps,  pag.  448),  ed  un  apo- 
logo  del  poema  persiano  di  Hussein  Vaez  Kashefy,  Anvari  Soheily,  Calcutta, 
1816  ;  Hans  Sachs,  Poetische  Werke,  II,  Spruchgedichte,  n°  32  :  Die  wittenber- 
gische  Nachtigall ,  die  man  jetzt  hœret  iiberall,  ediz.  di  Nuremberg,  1560, 
pag.  428;  in  Wielands  Werke  vedi  //  Canto  dell'  uccello  od  i  tre  insegna- 
menti  (cfr.  le  note  dello  Schmidt  sulla  Disciplina  clericalis,  pag.  151-54). 

Agi'  indovinelli  il  Fleury  non  fa  nota  alcuna,  eppure  parecchi  ce  ne  sareb- 
bero  tali  da  poter  suggerire  molti  riscontri,  corne  quello  délia  vacca,  per  i 
cui   riscontri    vedi  E.  Rolland,  Devinettes  ou  énigmes  populaires  de  la  France, 


1 .  Questo  racconto  non   fa  parte   délie   redazioni  inglesi  dei  Gesta  Romanorum,  ma 
forma  il  capitolo  73  del  testo  che  Madden  appella  anglo-latino. 


I64  COMPTES-RENDUS 

Paris,  F.  Vieweg,  1877,  n'  43-45  e  400;  Demôfilo,  Coleccion  de  enigmas  y 
adivinanzas  en  forma  da  diccionario,  Sevilla,  R.  Baldaraque,  1880,  n1  168-71  e 
1012-13  ;  Fernan  Caballero,  Cuentos,  oraciones,  adivinas  y  refranes  populares  é 
infantiles,  Leipzig,  Brockhaus,  1878,  pag.  120  :  Adivinas  infantiles,  n1  68,  78, 
86,  103;  Mélusine,  col.  245  (indovinello  del  Poitou);  Sébillot,  Littérature 
orale  de  la  Haute-Bret.,  Devinettes,  n°  16  ;  J.  F.  Bladé,  Proverbes  et  devinettes 
populaires,  Paris,  Champion,  1880,  Devinettes,  n"  1,  (vedi  la  rispettiva  nota  in 
piè  di  pagina  quanto  a  parecchi  riscontri  stranieri)  ;  Gianandrea,  Indovinellimar- 
chigiani  [Archivio  per  lo  studio  délie  tradiz.  pop.  a.  I,  fasc.  III),  n'  13  e  14,  cfr. 
le  rispettive  note  per  parecchie  versioni  italiane  e  straniere  dell'  indovinello 
présente. 

Nemmeno  ai  proverbi  ha  l'autore  aggiunto  alcuna  nota,  eppure  vi  sarebbe 
quà  e  là  stata  molto  bene,  specialmente  ai  proverbi  metereologici.  Cosi  quello 
che  si  legge  a  pag.  379  cioè  : 

Noël  à  ses  pignons,  |  Pâques  à  ses  tisons  ', 
(inverno  caldo,  primavera  fredda)  corrisponde  al  guascone  del  Bladé,  Proverbes 
et  devinettes  populaires,  pag.  28,  n°  91  : 

Qui  a  Nadau  s'asseureillo  |  A  Pascos  burlo  la  legno 
(Chi  a  Natale  si  scalda  al  sole  |  A  Pasqua  brucia  le  legna)  2. 
Cfr.  pure  Boissier  de  Sauvage,  Dictionnaire  languedocien  français,  Nîmes,  1785, 
due  vol.  (il  2°  contiene  proverbî  e  massime  da  pag.  237  a  396)  vedi  pag.  300. 
In  Portogallo  sono  comuni  i  due  corrispondenti  proverbi  metereologici  : 
Natal  na  praça  |  E  Paschoa  em  casa. 
Por  natal  ao  jogo  |  E  por  Paschoa  ao  fogo. 
E  in  Toscana  si  dice  : 

Chi  fa  il  Ceppo  al  sole  |  fa  la  Pasqua  al  foco, 
e  anche  : 

Da  Natale  al  gioco,  |  da  Pasqua  al  foco. 
E  nel  Tirolo  italiano  : 

Da  Nadal  solon,  |  Da  Pasqua  tizzon. 


In  Sicilia  : 
Nel  veneto 


Natali  eu  lu  suli  e  Pasqua  eu  lu  tizzuni. 

Da  Nadal  al  zogo,  da  Pasqua  al  fogo. 
Ver  de  Nadale,  bianca  Pasqua. 
QuelP  ano  che  se  sua  de  Nadal, 
Da  Pasqua  se  tréma  in  gênerai. 


1 .  Variante  del  Bessin  : 

Noël  0  perron  |  Pâque  0  tison. 

2.  Variante  carcassona  : 

Qui  per  Nadal  s'assouléïo, 
Per  Pascos  s'estoureillo  (st  scalda  al  fuoeo). 
Variante  délia  Linguadoca  : 

Qu'a  Nadal  se  sourelha  (si  scalda  al  sole) 
A  Pascas  crema  (brucia)  sa  legna. 


Fleury,  Littérature  orale  de  la  Basse- Normandie  165. 

In  Lombardia  : 

L'an  che  se  sùda  de  Natal, 
De  Pasqua  se  tréma  senza  fal. 
Nedal  al  zôch, 
E  Pasqua  al  fôch. 
Questo   proverbio  perô  in   Toscana  e  altrove  si  adatta  pure  alla  festa  délia 
Purificazione  detta  dal  popolo  cornu nemente  Candelora,  0  Candehra,  ed  è  cosi 
espresso  : 

Se  piove  0  nevica  per  la  Candelora  |  Dell'  inverno  siamo  fora, 
Se  è  sole,  0  solicello  |  Siamo  in  mezzo  al  verno. 
A  Como  dice  il  popolino  : 

El  di  délia  Ziriola  (candelora) 
Dell'  inverno  sem  fora  ; 
Ma  se  volta  ven, 
Che  sem  dent  pu  ben. 
In  altri  luoghi  délia  Lombardia  si  dice  : 

Se  ve  nev  a  la  Seriôla  |  De  l'inveren  nu  sèm  fora  ', 

Ma  se  '1  piôv,  0  'I  tira  vent  |  Per  quaranta  de  am  turna  dent. 

Se  piôv  a  la  Seriôla  |  De  l'inverna  nùn  sèm  fora, 
Ma  se  fa  seren  ]  Ghe  sèm  denter  pùssè  ben. 
A  questi  si  assomigliano  due  altri  proverbî  Tnetrici  italiani  : 

Neve  0  nevischio  dia  la  Candelaja, 

Poco  va  che  l'inverno  non  dispaja  ; 

Ma  se  invece  dia  pioggia  ovver  sereno, 

Altri  quaranta  di  d'inverno  avremo. 

Délie  cere  la  giornata  |  Ti  dimostra  la  vernata  ; 
Se  vedrai  pioggia  minuta  |  La  vernata  fia  compiuta  ; 
Ma  se  tu  vedrai  sol  chiaro  |  Marzo  fia  corne  Gennaro. 
11  portoghese  : 

Se  a  Senhora  da  Luz  chorar,  |  Esta  0  inverno  a  acabar  ; 
Se  a  Senhora  da  Luz  rir,  ]  Esta  0  inverno  p'ra  vir. 
Lo  spagnuolo  : 

Cuando  la  Candelaria  plora, 
Imbierno  fora. 
I  seguenti  veneti  : 

Quando  la  Ceriola  fa  serenela, 

Sete  volte  la  neve  se  repela,  (si  ripete) 

Se  nevega  a  la  Ceriola,  la  neve  sete  volte  svola. 


1.  Cosi  pure  accomunando  il  giorno  di  San  Paolo  a  quello  délia  Candelora  dicono  in 
Lombardia  : 

Se  San  Paol  l'è  ciar  e  la  Ceriola  scura. 

De  l'inverna  no  g'ô  pu  paùra. 
E  nel  Veneto  : 

San  Paolo  ciaro  e  la  Ceriola  scura 

De  l'inverno  no  se  gà  più  paura. 


1 66  COMPTES-RENDUS 

Da  la  Ceriola  se  piovesola,  |  Da  l'inverno  semo  fora  ; 
Se  xe  seren,  |  Quaranta  xorni  ghe  n'aven,  (ne  abbiamo)  ovverb  : 
Se  xe  sole  o  vento,  |  De  l'inverno  semo  drento,  oppure  : 
Se  xe  soleselo,  |  De  l'inverno  semo  a  mezzo  (sic)  ; 
Se  xe  piovesola,  |  De  l'inverno  semo  fora. 
Ceriola  nevegarola,  |  De  l'inverno  semo  fora; 
Ceriola  solarola,  |  Nell'  inverno  semo  ancora. 
E  il  marchigiano  : 

La  Cannellora  |  dell'  inverno  semo  fora, 
Se  ce  sta  sole  e  soliello,  |  so  quaranta  di  d'inverno, 
Se  ce  nengue  o  se  ce  pioe  |  ce  ne  so'  quarantanoe. 
In  Toscana  si  dice  ancora  : 
Per  la  santa  Candelôra  |  Se  nevica  o  se  plora,  |  Dell'  inverno  siamo  fuora  ; 
Ma  s'è  sole  e  solicello,  |  Noi  siam  sempre  in  mezzo  al  verno. 
Il  carnevale  al  sole,  la  pasqua  al  foco. 
Carnevale  al  sole,  pasqua  molle. 
A  Bologna  si  dice  : 

S'al  piov,  o  nêiva  al  de  dl'  Inzeriola, 
DP  inveren  a  sein  fora. 
S'ai  è  al  suladêl, 
A  n'avêin  anch  pr'  un  msarêl. 
In  Sicilia  : 

A  la  Cannilora  |  lu  'nvernu  è  fora. 
Nel  Trentino  : 

Se  fioca  dala  Ceriola,  |  el  fioca  sett  volte  ancora. 
Questi  proverbî  hanno  i   loro  corrispondenti  colle  stesse  parole  ovunque,  e 
Gabriele  Rosa  notô  corne  siano  generali  ancora  in  Germania,  e  persino  fra  gli 
Slavi. 

Cfr.  pure  i  due  noti  adagî  latini  : 

Si  sol  splendescat  Maria  purificante, 
Major  erit  glacies  post  festum  quam  fuit  ante. 
Sole  micante  die  Purificante, 
Majus  frigus  post  quam  ante. 
c  due  proverbi  inglesi  : 

If  the  sun  shine  out  of  Candlemas  Day,  of  ail  days  in  the  year, 
The  shepherd  had  rather  see  his  wife  on  the  bier. 
If  the  sun  shines  bright  on  Candlemas  Day, 
The  half  of  the  winter's  not  yet  away. 
Potrei  a  molti  altri  proverbî  metereologici  di  questa  raccolta  trovare  le  cor- 
rispondenti versioni  di  altri  paesi   délia   Francia  e  dell'  estero,  ma  basti  quai 
saggio  l'esempio  addotto  per  norma  dei  lettori. 
Cosi  pure  il  detto  zoologico  : 
Si  taupe  voyait1,  |  Si  moron  entendait,  |  Homme  sur  terre  ne  vivrait. 

i.  È  un  pregiudizio  assai  diffuso  quello  di  credere  la  talpa  cieca,   quindi  il  proverbio 


Fleury,  Littérature  orale  de  la  Basse-Normandie  167 

è  molto  comune  ;  vedi  per  esso  Séhillot,   Littéral,  orale  de  la  Haute-But.  :  Les 
proverbes  et  dictons,  n°  130;  Rolland,  Faune  populaire  de  la  France,  t.  I,  Paris, 
Maisonneuve,  1877,  pag.  13  ;    Sauvé,  Lavarou-Koz,  Proverbes  et  dictons  de  la 
Basse-Bretagne,  Paris,  Champion,  1878,  n'9,  24,  e  Revue  celtique,  1874- 1876; 
Mêlusine,  col.  198  (Bessin).  Vi  corrisponde  il  proverbio  andaluso  : 
Si  la  bibora  biera 
Y  el  alaclan  (alacrân)  '  oyera, 
No  hubiera  nombre  que  ar  campo  saliera. 

(El  Folk-Lore  Andaluz,  I,  n°  9,  pag.  397.) 
e  cosi  pure  quello  délia  Linguadoca  : 

Si  l'anoeil  |  Avait  œil, 
Le  serpent  |  Avait  dent, 
Il  n'y  aurait  bêtes,  ni  gens. 
Per  un'  altra  ragione,   cioè  per  lo  squisito  gusto  délie  sue  carni  si  dice  a 
Livorno  : 

Se  il  porco  volasse, 
Non  vi  sarebbe  uccel  che  l'arrivasse. 
Nel  Trentino  si  dice  : 

Se  il  porco  volas, 

No  ghè  saria  osel  che  '1  passas. 


E  nel  Veneto 


Se  '1  porco  svolasse, 

Oro  no  ghe  saria  che  lo  pagasse  ; 


No  ghe  sarave  osel  che  lo  passasse. 
II  proverbio  : 

Qui  se  fait  bête,  le  loup  le  mange, 
ricorda  il  notissimo  toscano  : 

Délie  stelle  il  ténor  giammai  non  cangia 
Chi  pecora  si  fa  lupo  lo  mangia  2  ; 


l'abruzzese  : 
il  veneto  : 
il  latino  : 

il  guascone  : 

Qui  se  fait  agneau,  le  loup  le  mange  ; 
il  proverbio  délia  Linguadoca  : 

Que  feda  se  fai,  lou  loup  la  manja: 


Chi  pècure  se  fa,  lo  lope  se  le  magne  ; 
Chi  se  fa  piegora,  el  lovo  lo  magna. 
Nimia  simplicitas  facile  dolis  opprimitur 


italiano  :  Cieco  éome  una  talpa  ;  lo  spagnuolo  :  Mâs  siego  que  un  topo,  e  il  portoghese: 
È  cego  coma  a  toupeira. 

1.  Presso    Fernan  Caballeto,    Cuentos ,    oraciones ,    adivinas   ecc.    pag.    202    questo 
secondo  verso  dice  cosi  :  y  il  liso  oyera. 

2.  Variante  del  Bessin  :  Qui  se  fait  brebis,  le  loup  le  mange. 


l68  COMPTES-RENDUS 

il  francese  in  génère  : 

Faites-vous  brebis,  le  loup  vous  mangera; 
l'italiano  in  génère  : 

Chi  colomba  si  fa,  il  falcone  se  la  mangia  ; 
l'inglese  : 

He  that  makes  himself  a  sheep  shall  be  eaten  by  the  wolf; 
e  il  tedesco  : 

Wer  sich  zu  Honig  macht,  den  benaschen  die  Fliegen. 
Tali  osservazioni  e  giunte  quà  e  là  per  saggio  mi  sono  permesso  di  fare  al 
volume  del  Signor  Fleury  per  dimostrare  le  varie  lacune  che  vi  ho  ravvisato 
nella  parte  illustrativa,  non  ugualmente  compartita  nei  diversi  generi  di  compo- 
nimenti  popolari  di  letteratura  orale  onde  consta  il  volume  stesso.  Non  v'  ha 
dubbio  pure  che,  se  l'egregio  autore  ci  avesse  dato  i  rispettivi  testi  normanni, 
magari  colla  versione  francese  di  contro  per  maggior  chiarezza,  avrebbe  pre- 
stato  un  notevole  servigio  alla  linguistica  e  dialettologia.Comprendo  perô  benis- 
simo  che  una  ragione  abbastanza  valevole  ebbe  l'autore  nel  tenersi  cosi  ristretto 
e  monco  in  quanto  alla  illustrazione  e  nelP  omettere  la  pubblicazione  dei  testi, 
cioè  l'angusto  spazio  consentitogli  dall'  editore,  poichè  tutti  sanno  che  i 
volurri  délia  collezione  Maisonneuve  non  possono  oltrepassare  un  certo  numéro 
di  pagine,  per  non  essere  di  troppo  grossa  mole,  e  certo  sopra  un  siffatto  letto 
di  Procuste  giacendo  altri  è  impedito  di  fare  ciô  che  vorrebbe.  Perô  mal- 
grado  le  notate  lievi  mende  non  cessa  questo  volume  di  essere  molto  utile  e  pre- 
gevole  per  gli  studiosi  délia  letteratura  popolare  e  quindi  assai  commende- 
vole  sotto  molti  aspetti. 

Stanislao  Prato. 

J.  B.  Frédéric  Ortoli.  Les  contes  populaires  de  l'île  de  Corse.  Paris, 
Maisonneuve,  1883  (vol.  XVI  délia  collezione  :  Les  littératures  populaires  de 
toutes  les  nations). 

Ecco  un'  altra  raccolta  molto  importante  di  novelline  popolari  e  leggende 
délia  Corsica,  raccolta  la  cui  pubblicazione  io  saluto  di  gran  cuore  e  con  vivo 
giubilo ,  siccome  quella  che  conferisce  a  farci  conoscere  un'  isola  rinomata, 
la  quale  per  la  sua  giacitura  nel  Mediterraneo  subi  molti  fortunosi  casi,  palleg- 
giata  per  cosi  dire  fra  varî  dominatori ,  che  se  ne  contesero  l'impero. 
Benchè  perô  successivamente  passasse  la  medesima  dalla  signoria  de'  Carta- 
ginesi  a  quelle  dei  Romani,  poi  dei  Saraceni,  dei  Genovesi  e  de'  Fran- 
cesi,  nondimeno  essa  ha  conservato  un  carattere  particolare  che  si  ris- 
contra  ad  ogni  passo  nelle  sue  consuetudini ,  nelle  sue  usanze,  ne'  suoi 
costumi,  e  cosi  pure  in  quelli  de'  suoi  abitanti.  Le  lunghe  lotte  che  l'isola  ebbe 
a  sostenere  contro  i  suoi  nemici  non  hanno  consentito  agi'  indigeni  di  recarsi 
in  gran  numéro  a  studiare  presso  le  accreditate  université  del  continente. 
Benchè  sitibondi  del  sapere,  i  Corsi  gli  antepongono  l'amore  délia  liberté, 
donde  I'ignoran/.a  relativa  in  cui  conservatisi  formarono  le  leggende  fan- 
tastiche,  i  racconti  maravigliosi,  le  credenze  nelle  fate,  nei  santi  e  nel  diavolo 
assai  divulgate  fra  questo  fiero  popolo.  Le  alte  montagne,  le  profonde  e  selvag- 
gie  gole,  le  cupe  foreste  fecero  perdurare  una  gran  quantité  di  superstizioni, 


Ortoli,  Les  contes  populaires  de  l'île  de  Corse  169 

tenaccmente  radicate  ancora  nello  spirito  di  una  classe  di  quel  popolo.  In  tali 
condizioni  di  cose  ciascuno  dovrebbe  credere  che  la  Corsica  abbia  fornito  argo- 
mento  a  numerose  ricerche  per  parte  degli  studiosi,  ma  la  cosa  procède  ben 
diversamente.  I  costumi  degli  abitanti  si  sono  con  diligenza  osservati  da  scrit- 
tori  che,  come  Prospero  Mérimée,  hanno  saputo  valersene  col  loro  alto  ingegno 
per  il  concepimento  di  lavori  spesso  ammirabili  quanto  ail'  arte  singolare  onde 
vennero  illeggiadriti  ;  ma  sinora,  salvo  alcune  rare  eccezioni,  la  letteratura  popo- 
lare  non  è  stata  fatta  oggetto  di  un  lavoro  spéciale.  Si  debbono  tuttavia  eccet- 
tuare  i  lavori  del  compianto  dottor  Mattei,  che  quindici  anni  or  sono  racco- 
glieva  un  intiero  volume  di  proverbî,  e  quelli  del  Grimaldi,  del  Viale,  del  Fée, 
che  ci  hanno  dato  alcuni  di  que'  bei  voccri  caratteristici  dell'  isola,  reminiscen/.e 
spesso  manifeste  dei  canti  lugubri  co'  quali  gli  antichi  accompagnavano  i  fune- 
rali  de'  lor  cari  estinti.  Degno  pure  di  menzione  è  il  Dott.  Astorre  Pellegrini, 
professore  di  lettere  latine  e  greche  nel  Regio  Liceo  Niccolini  di  Livorno 
(Toscana)  e  mio  ottimo  amico,  il  quale  pubblicô  un  lavoretto  pregevole  sui  canti 
di  Cargese  (Corsica)  e  un  altro  non  meno  caro  mio  amico  il  Dott.  Fran- 
cesco  Domenico  Falcucci,  nativo  di  Rogliano  (un  altro  paese  délia  Corsica), 
che  ha  pubblicato,  0  sta  per  pubblicare  un  pregevolissimo  lavoro  sul  dialetto 
del  suo  luogo  natale  e  sulla  letteratura  orale  del  medesimo,  benchè  egli 
abiti  co'  due  suoi  fratelli  in  Livorno.  Quale  ampia  messe  di  novelline  popolari 
e  leggende  si  potrebbe  raccogliere  nella  Corsica  !  Non  vi  è  quasi  persona,  in 
ispecie  fra  gli  alpigiani  e  i  contadini,  che  non  sappia  raccontare  avventure  di  fate, 
di  giganti,  di  santi,  0  del  diavolo;  non  vi  è  persona  che  non  possa  riferire  una 
quantità  di  fatti  spettanti  per  lo  più  aile  guerre  le  quali  dovette  l'isola  soste- 
nere  contro  gl'  invasori  Saraceni,  0  Genovesi ,  poichè  le  rimembranze  di 
queste  lotte  si  sono  conservate  tuttora  fresche  nella  mente  del  popolo,  e  la 
loro  narrazione  forma  oggetto  di  particolare  passatempo  nelle  lunghe  veglie 
dell'  autunno,  e  dell'  inverno. 

Il  volume  dell'  Ortoli  comprende  due  parti  ;  la  prima  è  quella  dei  conti,  la 
seconda  délie  leggende  ;  l'autore  perô  ci  dà  tali  racconti  tradizionali  soli, 
senza  note,  non  istituisce  confronti  con  altre  versioni  di  essi  già  pubblicate, 
il  che  certo  sarebbe  stato  desiderabile  ed  utile,  perché  non  sono  pochi  i  riscon- 
tri  ch'  egli  vi  avrebbe  potuto  fare.  Mi  sarebbe  pure  piaciuto  che  l'autore  ci  avesse 
dato  i  testi  nel  loro  dialetto  nativo  colla  traduzione  francese  a  fronte,  per  far 
meglio  gustare  a'  lettori  questi  spontanei  prodotti  délia  fantasia  del  popolo, 
poichè  in  una  versione,  per  quanto  fedele  e  letterale,  non  è  dato  riprodurre 
immutate  le  ingénue  e  native  grazie  délia  forma  onde  seppe  il  popolo  vestire  i 
suoi  concetti  ;  di  più  non  è  possibile  far  conoscere  il  carattere  del  dialetto  in 
cui  furono  raccontate  le  tradizioni  medesime,  e  ciô  con  grave  scapito  délia 
demopsicologia  e  délia  dialettologia.  Inoltre  se  l'autore  non  si  fosse  ristretto 
aile  sole  tradizioni,  ma  ci  avesse  pur  dato  un  saggio  dei  canti  nei  loro  diversi 
generi,  dei  giuochi,  délie  superstizioni,  dei  proverbî  ecc,  il  suo  volume  avrebbe 
conferito  meglio  ad  un'  ampia  conoscenza  délia  letteratura  orale  dell'  isola. 
Tuttavia  anche  in  questi  ristretti  confini  la  pubblicazione  deli'  Ortoli,  quale 
frutto  di  ricerche  diligenti  in  un  suolo  finora  pressochè  inesplorato.,  mérita  Iode 
per  parte  dei  saggi  e  discreti. 


iyo  COMPTES-RENDUS 

Nello  scorrere  il  volume  prova  maraviglia  chi  legge,  trovandovi  imma- 
gini  ed  espressioni  poco  frequenti  ad  incontrarsi  in  taie  specie  di  racconti;  tut- 
tavia  l'autore  ci  assicura  di  averli  raccolti  dalla  bocca  stessa  dei  villici,  e  d'es- 
sersi  obbligato,  per  quanto  gli  era  possibile,  a  riprodurre  non  soltanto  l'idea, 
ma  la  forma,  e  il  precipuo  colorito,  in  cui  li  presentano  i  novellatori.  Tali 
espressioni  ed  immagini  s'attengono  senza  dubbio  alla  violenza  délie  passioni 
eccessive  ovunque  sotto  quel!'  ardente  clima,  ed  alla  ricchezza  dell'  idioma 
che  serve  ad  esprimerle.  1  racconti  scherzosi  sono  a  dir  verc  un  po'  troppo  scol- 
lacciati  (e  tali  da  non  permettere  che  il  présente  volume  possa  andar  per  le 
mani  di  tutti),  corne  il  primo,  in  cui  si  narra  La  spedizione  dei  Bastelicacd  alla 
ricerca  délia  razza  dei  giganti,  il  quinto  :  /  Ire  amanti  di  Paolina,  il  sesto  :  La 
donna  curiosa,  ed  il  ventesimosesto  dei  conti  propriamente  detti  :  Corne  Andréa 
mozzb  il  naso  dtl  curato. 

Per  giustificar  taie  fatto  l'Ortoli  in  un  brève  proemio  ai  conti  scherzosi  ci  dice  : 
«  che  se  vi  ha  popolo  che  ami  di  ridere,  questo  è  il  Corso  ;  d'un  umore  molto 
gioviale  esso  non  rispetta  nulla,  ne  la  Vergine,  ne  i  santi  ;  le  cose  più  sacre  non 
trovano  grazia  dinanzi  a  lui.  Una  facezia  lo  rende  di  buon  umore,  ed  eccolo  in 
cammino.  Donde  la  ragione  délia  gran  quantité  di  racconti  scherzosi;  e  se 
taluno  puô  scoccare  un  epigramma,  o  descrivere  una  gaja  avventura  su  qualche 
curato,  è  fortunatissimo  ;  il  suo  volto  s'accende,  i  suoi  occhi  scoppiettano  di 
malizia,  il  suo  linguaggio  si  riempie  di  equivoci,  di  reticenze,  e  la  sua  voce 
acquista  cosiffatte  intonazioni  da  indurre  nel  racconto  una  grazia  tutta  partico- 
lare.  Quindi  tali  racconti  scherzosi  riescono  i  più  bel  li,  e  talvolta  sono  veri 
giojelli  di  sottigliezza  e  arguzia.  » 

La  prima  novella  :  //  pastore  ed  il  mese  di  Marzo  si  raggira  su  questo  argo- 
mento  :  un  ricco  pastore  ottiene  con  fervide  preci  dai  diversi  mesi  di  essergli 
favorevoli,  e  questi,  in  ispecie  Marzo,  ne  risparmiano  i  montoni  e  le  pécore, 
non  mandando  giù  ne  pioggia,  ne  grandine,  ne  aicuna  malattia  a  funestarne  il 
greggie.  Il  pastore  inorgoglito  di  questa  concessione  l'ultimo  giorno  dei  mese 
di  Marzo,  credendo  di  non  averne  più  a  temere  la  possanza,  si  permette  di 
provocar  Marzo  con  scherni  ed  insulti;  Marzo  adirato  se  ne  va  da  suo  fratello 
Aprile,  si  fa  dare  tre  giorni,  per  punire  il  pétulante  pastore;  ail'  istante  racco- 
glie  densi  nembi  sulla  terra,  e  fa  infuriare  turbini  e  tremende  procelle  e  infierir 
funeste  malattie  sul  malaugurato  greggie  e  in  quei  tre  giorni  glielo  distrugge. 
Questo  racconto  è  assai  diffuso  in  Italia  e  fuori  '  ;  quanto  alla  personificazione 
dei  mesi  vedi  i  tre  primi  racconti  slavi  tradotti  dal  Chodzko  nella  sua  collez.  : 
Contes  des   paysans  et  des  pâtres  slaves,  ecc. 

La  seconda  :  /  tre  rospi  s'assomiglia  alla  leggenda  dei  Luzel  :  La  femme 
qui  ne  voulait  pas  avoir  d'enfants  (Légendes  chrétiennes  de  la  Basse-Bretagne, 
t.  II,  pag.  207);  cfr.  pure  Corrazzini,  Componimenti  minori  délia  letleraîura 
popolarc  ilaliana,  Novelle  beneventane,   n°  21  :   La  Biogtta. 

La  terza  :  Le  scttc  paja  di  scarpe  di  ferro  e  le  tre  bacchcttc  di  legno  è  un 

1.  Fernan  Caballero,  Cuentos  y  poesias  populares  andaluces,  Leipzig,  1866,  pag.  1 16-17; 
Frédéric  Mistral,  Mircio ,  Notes  du  chant  VI  (6a  ediz.,  pag.  263-64);  ld.  Notes  du 
chant  Vil,  pag.  309;  Romania,  111,  294-97  :  P.  Meyer,  Les  jours  d'emprunt;  Coelho, 
Rev.  d'ethn.  et  de  glottol.,  I1-III,  103  :  Dias  d'emprestimo  ecc. 


Ortoli,  Les  contes  populaires  de  l'île  de  Corse  171 

composto  di  due  particolari  contenuti  nel  tema  dtllt  sorclle  maggiori  invidiose 
délia  loro  cadetta  e  nelP  altro  del  re  serpente.  A  questo  proposito  poi,  per 
incidenza  mi  sia  lecito  fare  un'  osservazione  che  in  nessun'  altra  raccolta  ho 
finora  trovato  in  ispecie  le  novelle  meravigliose  cosi  rimescolate,  confuse 
insieme  le  une  colle  altre,  e  trasformate  corne  le  presenti  délia  Corsica,  talchè 
non  mi  fu  dato  di  leggerne  qualcuna  nel  simplice  suo  tema  senza  la  sovrap- 
posizione  di  particolari  d'altri  terni.  In  questa  novellina  la  protagonista,  per 
evitare  il  pericolo  di  essere  pietrificata,  e  per  ridonare  alla  primiera  forma 
umana  il  figlio  di  un  re,  e  molti  altri  personaggi  ragguardevoli  mutati  in  statue 
nel  castello  di  Monte  Incudine  ',  appartenente  ad  un  mago,  deve  essa  impren- 
dere  cosi  lungo  cammino  da  consumare  le  dette  scarpe  di  ferro  e  le  bacchette 
di  legno.  Costei  viene  a  capo  dell'  impresa  e  sposa  il  figlio  del  re. 

La  sesta  novella  :  L'anello  incantato,  corrisponde  alla  novellina  popolare 
brettone  del  Luzel  :  Les  neuf  frères  métamorphosés  en  moutons  et  leur  sœur 
(Mèlusine,  col.  419);  Bernoni,  Fiabc  popolari  veneziane,  n"  2:  El  pesse  can; 
Corazzini,  op.  cit.,  pag.  443,  n"  9  :  //  pecuriello;  De  Gubernatis,  Novelline  di 
Santo  Stefano  diCalcinaja,  n°  1 1  :  II  pesée  e  l'agnellino;  Gonzenbach,  Sicilia- 
nische  Mccrchen,  n'  48  e  49  :  Von  Sabedda  und  Brùderchen  ;  Von  Maria  and 
ihrem  Brùderchen;  Aus  dem  Sùdlavischen  Marchenschatz  (Archiv  fur  slavische 
Philologie,  V,  pag.  33),  n°  44  :  Ein  redendes  Schaf  ;  Grimm  K.  u.  H.,  n°  1 1  : 
Brùderchen  und  Schwesterchcn,  ecc. 

L'ottava  :  La  fontana  dall'  acqua  di  rose  non  è  che  il  famoso  tema  dell' 
Uccello  grifone,  di  cui  sono  innumerevoli  le  varianti;  nella  mia  collezione  inedita 
di  novelline  popolari  livornesi  e  umbre  ne  posseggo  parecchie,  tra  cui  una 
umbra  del  tutto  simile  alla  présente  di  Polino  (Terni)  :  L' acqua  délia  Babilonia 
spersa,  ctr.  pure  Nerucci,  op.  cit.,  n°  46  :  La  regina  Marmotta. 

La  duodecima  :  /  tre  aranci  è  una  lezione  molto  alterata  del  notissimo  tema  : 
L'amore  délie  tre  melarancie,  per  il  quale  vedi  la  prima  délie  mie  Quattro  novell. 
popol.  livorn.  e  le  rispettive  note  comparative  alla  medesima.  La  tredicesima  : 
/  tre  pomi  di  Mariuccella  è  simile  alla  novellina  popolare  portoghese  dell'  isola 
di  Madera  :  Gâta  Borralheira,  per  i  cui  riscontri  vedi  la  relativa  nota  ad  essa 
nella  précédente  rassegna  del  Romanceiro  do  archip.  da  Madeira. 

La  quattordicesima  :  Ditu  migniulellu,  si  raggira  sul  notissimo  tema  del  Petit 
Poucet,  per  le  cui  varianti  vedi  il  dottissimo  lavoro  del  Signor  Gaston  Paris  : 
Le  petit  Poucet  et  la  grande  Ourse,  Paris,  1875.  Una  variante  toscana  (d'Empoli) 
si  legge  in  Sabatini,  Rivista  di  letterat.  pop.,  vol.  I,  fasc.  II  :  A.  De  Gubernatis, 
Novelline  di  Santo  Stefano  di  Calcinaja,  n°  2  :  Pulce,  e  un'  altra  pure  toscana  (di 
Firenze)  nella  stessa  Rivista,  fasc.  III,  intitolata  :  Cecino,  inseritavi  dal  Pitre, 
una  terza  toscana  (di  Pastina)  dal  titolo  :  Cecio,  e  parecchie  altre  inédite  livor- 
nesi e  umbre  le  posseggo  io  nelle  mie  raccolte;  una  variante   marchigiana  (di 


1.  il  più  alto  monte  délia  Corsica  méridionale  a  cavalière  délie  sorgenti  del  Rizzanese 
e  del  Travo.  L'Incudine  è  una  massa  énorme  di  granito,  terminata  da  una  piattaforma 
in  pietra  grigia  e  levigata,  che  somiglia  ad  un'  immensa  incudine,  e  il  nome  al  monte 
venne  da  tal  forma  strana  di  rocca. 


I72  COMPTES-RENDUS 

Casenuove  d'Osimo)  dal  titolo  :  Deto  grosso,  e  l'indicazione  di  quattro  altre 
occorre  in  Monaci,  Giornale  di  filologia  romanza,  n°  5,  A.  Gianandrea,  Délia 
novclla  àil  Petit  Poucet;  due  varianti  catalane  si  trovano  una  in  Milâ  y  Fon- 
tanals,  Observaciones  sobre  la  poesia  popular,  Barcelona,  1853,  pag.  182  dal 
titolo  :  El  Hijo  menor,  e  l'altra  in  Maspons  y  Labrns,  Rondallayre,  série  2a, 
intitolata  :  Lo  noy  petit;  una  variante  portoghese  (di  Guimaraes)  occorre  in  Leite 
de  Vasconcellos,  Tradiçôes  populares  de  Portugal,  pag.  265  in  fine  a  268  dal  titolo  : 
Dedo  pollegar  ;  una  lorenese  (di  Luneville),  travestimento  del  Petit  Poucet  del  Per- 
rault sotto  il  titolo  :  La  Fiaoue  du  Ptiat  Poucet,  fu  pubblicata  dalP  Oberlin  nel  suo 
Essai  sur  le  patois  lorrain,  1775,  pag.  158;  una  variante  slava  si  trova  poi  in 
Krauss,  Sagen  und  Marchen  der  Siidslaven,  Leipzig,  1883;  e  n°  92  Daumerling 
sotto  il  titolo  di  Pollicino  tradotta  dal  De  Gubernatis  si  legge  a  pag  135  del  suo 
Florilegio  di  novclline  popolari,  vol.  VIII  délia  costui  Storia  universale  délia  lettera- 
tiu\i,  Milano,  Ulrico  Hcepli,  1883. 

La  diciassettesima  :  L'Ustaria  di  i  figli  di  u  Diauli,  è  una  versione  assai  tras- 
formata  del  noto  tema  dei  trc  pareri,  di  cui  posseggo  una  variante  livornese 
inedita.  Per  i  varî  riscontri  su  di  esso  vedi  la  nota  del  Kœhler  alla  variante 
siciliana  délia  raccolta  Gonzenbach  sopra  citata,  n°  81  ;  Die  Geschichtc  von  den 
drci  guten  Rathschlagen. 

La  diciottesima  :  La  bcstia  dalle  sette  teste,  consta  dei  due  temi  :  il  figlio  del 
pcscatore  e  delP  altro  :  la  madré  che  tenta  avvelenare  il  figlio,  il  anale  parte  da 
casa;  il  primo  è  notissimo,  quindi  torna  inutile  fermarcisi  sopra;  quanto  al 
secondo,  cfr.  De  Gubernatis,  op.  cit.,  n"  24  :  L'indovinello  e  gli  animali 
riconoscenti ;  Comparetti,  Novelline  popolari  italiane,  n°  26:  Fortuna;  Ive,  Novel- 
linc  popolari  rovignesi,  Vienna,  Holzhausen,  1877,  n°  2  :  Bierde  ;  Campbell, 
Taies  of  the  West  Highland,  n"  22  ;  Pitre,  Novelle  popolari  toscane,  n°  4  :  // 
soldatino  (Archivio  délie  tradiz.  popol.  a.  I,  fasc.  1°)  ;  Grimm,  K.  u.  H.  n°  22  : 
Das  Ratsel.;  Nerucci,  op.  cit.,  n°  19  :  //  figlio  del  menante  di  Milano;  Coro- 
nedi-Berti,  Novelle  popolari  bolognesi  :  La  jola  degl'  indovinelli  ;  in  Demofilo, 
Coleccion  de  enigmas  y  adivinanzas,  a  pag.  3 10  vedi  la  novellina  popolare  anda- 
lusa  pubblicatavi  da  Francisco  Rodriguez  Marin  intitolata  :  Las  très  adivi- 
nanzas ;  in  nota  a  pag.  316  è  riportata  compendiosamente  una  novellina  analoga 
popolare  castigliana  inviata  a  Demofilo  dal  Doit.  Joaquin  Costa,  professore 
dell'  Istituto  del  libero  insegnamento  di  Madrid.  Nella  rivista  :  Enciclopedia  di 
Siviglia,  n"  60,  15  febbrajo  1879,  Demofilo  riscontrô  questa  novellina  andalusa 
già  ivi  pubblicata  con  un'  altra  identica  alemanna. 

La  diciannovesima  :  Harpalionu,  è  simile  alla  271a  del  Pitre  :  Brancaliuni  !, 
Fiabc,  novelle,  c  racconti  popolari  siciliani,  Palermo,  Pedone-Lauriel,  1 87 $  ;  per 
essa  cfr.  pure  Jeronimo  Triultio,  Brancaleone,  historia  piacevole  e  morale  ecc.  scritta 
già  da  Latrobiofilosofo,  Milano,  G.  B.  Alzato,  1610  ;  Straparola,  Piacevoli  Notti, 
Nc  X,  Fa  2  ;  A.  Firenzuola,  Prima  veste  dei  discorsi  degli  animali  :  Il  Icône  e  il 
bue;  Jahrbuch  fur  romanischc  und  englische  Literatur,  VIII,  pag.  246:  Vertrag 
zwischen  Hcrrn  und  Dicner  wegen  der  Reue,  novella  di  Sora  nel  Napoletano  pub- 
blicata ivi  dal  Kœhler  ;  Antonio  Abati,  Fraschcrie  :  U  lionc  e  l'asino  ;  Giovanni 
Meli,  Opère  :  Lu  liuni,  lu  sceccu  ed  autri  animali.  H  Lainez  cita  il  Nolano  Gior- 


Ortoli,  Les  contes  populaires  de  l'île  de  Corse  173 

dano  Bruno,  e  dice  avère  egli  in  una  scena  délia  sua  commedia  :  //  Candelajo 
tratîato  questo  argomento. 

La  20a  :  //  tesoro  dei  sette  ladri  corrisponde  al  quarto  dei  conti  propria- 
mente  detti  dei  Carnoy,  e  intitolato  :  La  caverne  des  sept  voleurs  (Littérature 
orale  de  la  Picardie,  Paris,  Maisonneuve,  1883,  vol.  XIII  délia  collez, 
pag.  273).  Essa  è  la  novella  d'Ali  Baba  e  dei  auaranti  ladri  délie  Mille  c  una 
Notte  novelle  arabe.  Ne  posseggo  due  varianti  inédite  livornesi,  di  cui  una 
intitolata  :  Apriti  Cicerchia,  e  un'  altra  pure  inedita  siciliana  di  Messina  :  /  due 
fratelli;  vedi  Nerucci,  op.  citata,  n'  2  e  54  :  Le  cento  s  porte  ;  Cicerchia,  0  i 
ventidua  ladri;  Visentini,  Fiabe  mantovane,  Torino,  Lcescher,  1879,  n°  7  :  La 
faute  avveduta  ;  Rutdchenko,  Narodnjia  juznorusskjia  skazki,  Kiew,  1869-70, 
t.  II,  pag.  139,  n°  33  :  Ybogii  ta  bagatii  i  dibka  schornabka  (Il  povero,  il  ricco  e 
la  bruna  fanciulla)  ;  Prœhle,  Mœrchen  fur  die  Jugend,  n°  30:  Simsinseligcr  Berg  ; 
Otmar's  Volkssagen,  pag.  225  ;  Simrock,  Deutsche  Volksnntrchen,  n°  62  :  Klee- 
sam  ;  A.  W.  Griesel,  Mœrchen  und  Sagcnbuch  der  Bœhmen,  Prag,  1820,  due 
fascicoli,  n°  6:  Rduber  hatten  in  einer  Hohle  ihr  Raubnest  ;  Pistorius,  3,  642  ; 
Kuhns,  Kùhreihen,  Bern,  1810,  pag.  20;  Spaziers  Wanderungen,  Gotha,  1790, 
pag.  340-41  ;  Meier,  Deutsche  Marchai  und  Sagen,  Leipzig,  1845,  n°  53  :  Sim- 
son;  Grimm,  K.  u.  H.,  n°  142  :  Simeliberg;  vedi  pure  un  articolo  di  A.  Kuhn  in 
Literarisches  Centralblatt,  1856,  pag.  839;  Gonzenbach,  op.  cit.,  n"  79: 
Geschichte  von  den  zwœlf  Raubern;  una  variante  di  questa  novella  si  trova  pure 
a  pag.  199  délia  stessa  opéra  ;  Chodzko,  op.  cit.,  n°  1  :  Le  roi  du  temps;  Ma- 
spons  y  Labrôs,  Rondallayre,  Quentos  populars  catalans,  Barcelona,  A.  Verda- 
guer,    1871-75,  tre  série,  série  2a,  pag.  64,  n°  14  :  Los  lladres. 

La  ventunesima  :  L'astuto  ladro,  è  perfettamente  simile  a  quella  piccarda  dei 
Carnoy,  op.  cit.,  n°  2  dei  conti  scherzosi  dal  titolo  :  Le  malin  compère,  pag.  163, 
e  a  quella  napoletana  delP  Imbriani  intitolata  :  Voglio-fa,  Haggio  fatto  e  Vene- 
mm'annetta,  comparsa  nelle  note  alla  prima  ediz.  di  Bologna,  1872,  délia 
Novellaja  Milanesc  estratta  dal  Propugnatore,  rivista  di  quella  città.  Una  novel- 
lina  popolare  livornese  inedita,  il  cui  titolo  è  :  //  ragazzo  furbo  concorda 
appieno  con  quella  corsa. 

Le  tre  novelle  seguenti  :  Salta  nel  mio  sacco,  Bastuncedu  divida,  e  l'Asino 
dagli  zecchini  d'oro  richiamano  al  notissimo  tema  degli  oggetti  magici,  per  i 
cui  riscontri  vedi  le  note  comparative  alla  mia  Novellina  popolare  monferrina, 
Como,  F.  Ostinelli,  1882.  La  ventesimasesta  :  Corne  Andréa  mozzb  il  naso  dei 
curato  è  una  variante  délia  novellina  popolare  brettone  :  Fane  Scouarnec  pub- 
blicata  da  F. -M.  Luzel  neila  Mêlusine,  col.  465  e  seg.;  per  le  altre  versioni 
vedi  le  note  comparative  dei  Kcehler  alla  medesima  nella  Mélus.,  col.  473 
e  seg. 

La  ventinovesima  :  La  madré  di  San  Pietro,  è  tanto  diffusa  e  nota,  che  mi 
pare  inutile  illustrarla. 

La  prima  délie  novelle  scherzose  :  /  Bastelicacci  '  alla  ricerca  délia  razza  dei 

1.  Bastelica  è  oggidi  un  grosso  villaggio  di  3,000  abitanti;  ignoro  corne  si  sia  formata 
questa  leggenda,  perché  gli  abitanti  di  Bastelica  sono  tutti  belli,  grandi  e  di  una  forza 
poco  comune. 


174  COMPTES-RENDUS 

giganti,  ha  qualche  rapporto  colla  novella  licenziosa  dell'  Infarinato,  Ser 
Bondo,  stampata  in  Bukarest  (cioè  alla  macchia)  l'anno  1876  in  soli  dodici 
esemplari,  e  ccn  una  facezia  persiana  di  Mirza  Hébib  soprannominato  Kaâni, 
e  contenuta  nella  sua  opéra  :  Eparpillé  (miscellanea  in  prosa  e  in  versi, 
composta  di  racconti  liberi,  d'aneddoti  faceti,  e  discorsi  filosoficii.  Il  Chodzko 
nella  Revue  orientale  et  américaine,  anno  1862,  pag.  165-74,  ha  inserito  la 
traduzione  d'un  certo  numéro  di  facezie  del  Kaâni,  che  sono  segnate  coi  n>  12, 
1  5,  16,  18,  22,  29,  32,  33,  35,  36,  39,  56,  59  e  73.  La  facezia  sopra  indi- 
cata  non  fu  tradotta  dal  Chodzko,  e  neppure  un'  altra,  perché  troppo  libère,  e 
per  la  prima  volta  recate  in  francese  leggonsi  questa  a  p.  80-81,  quella  a 
pag.  82-85  del  libro  :  La  fleur  lascive  orientale,  contes  libres  inédits  traduits  du 
mongol,  de  l'arabe,  du  japonais,  de  l'indien,  du  chinois,  du  persan,  du  malay,  du 
tamoul,  etc.  Imprimé  par  les  presses  de  la  Bibliomaniac  Society  exclusivement 
pour  les  membres,  1882.  L'unica  differenza  che  passa  fra  la  novellina  popolare 
corsa,  la  novella  di  Ser  Bondo  e  la  facezia  persiana  è  questa  che,  mentre  le 
mogli  dei  Bastelicacci  mandate  dai  loro  sciocchi  mariti  sperano  ricevere  il 
germe  dei  giganti  là  dov'  elleno  rivelano  il  lor  sesso,  Ser  Bondo  e  il  protago- 
nista  délia  facezia  persiana  s'avvisano  l'uno  di  poter  ricevere  il  germe  del  senno, 
l'altro  il  germe  délia  fortuna  là  dove  ogni  persona  intende,  e  per  cui  la  parola 
«  cinedo  »  non  è  un  nome  vano,  senza  soggetto. 

La  seconda  :  U  Bastelicacciu,  s'assomiglia  al  conto  norvegio  che  si  legge  in 
Edouard  Laboulaye,  Contes  bleus,  Paris,  Charpentier,  1874,  pag.  71,  e  intito- 
lato  :  La  bonne  femme. 

La  quinta  :  /  Ire  amanti  di  Paolina,  si  raggira  sul  tema  noto  :  ricambio  di 
beffe.  La  prima  parte  délia  novella  richiama  a  quella  del  Morlini  \Novellae,  etc.) 
n°  73  :  De  muliere  qui  très  fefellit  clericos  ;  ai  due  note  fabliau  l'uno  di  Durand  : 
Les  trois  boçus,  l'altro  di  Hugues  Piaucèle  :  D'Estormi  (A.  de  Montaiglon, 
Recueil  général  et  complet  des  fabliaux,  Paris,  librairie  des  bibliophiles,  t1  quat- 
tro,  vedi  il  I,  n°  2,  pag.  13-24,  e  n°  19,  pag.  198-220;  Legrand  d'Aussy, 
Fabliaux,  t.  IV,  pag.  257-63,  ediz.  del  1829,  e  pag.  264-65);  cfr.  pure  l'altro 
fabliau  :  De  la  dame  qui  attrapa  un  prêtre,  un  prévôt  et  un  forestier,  ou  Constant 
Duhamel  (Legrand  d'Aussy,  Fabliaux,  IV,  246  ;  Barbazan,  III,  296)  ;  Ancien 
théâtre  français  :  La  farce  des  trois  bossus  ;  Bibliothèque  bleue  :  Les  trois  bossus  de 
Besançon,  libro  popolare;  Divertissements  curieux  de  ce  temps,  pag.  153  ;  La 
Fontaine,  Contes:  Les  Rémois;  Boccaccio,  Decamerone  Giorn.  VIII,  nov.  8; 
Habicht,  ecc.  Tausend  und  cine  Nacht,  Breslau,  1831-40  (manoscritto  tunisino), 
notte  496  :  Storia  d'una  dama  del  Cairo  e  de'  suoi  quattro  amanti;  nel  testo  di 
Bulak  questo  racconto  figura  corne  episodio  in  un  altro  nei  Stttt  Visiri;  Strapa- 
rola,  Piaccvoli  Notti,  N*'  II,  Fa  5  e  Nc  V,  Fa  3  ;  Loiseleur-Deslongchamps, 
Essai  sur  les  fables  indiennes,  pag.  1 57  ;  Courrier  facétieux,  pag.  326  ;  Gueulette, 
Mille  et  un  quart  d'heures,  contes  tartares  (Cabinet  des  fées,  t.  XXI,  pag.  131); 
Cesari,  Novelle  n*  1;  ;  Befja  ordita  dal  conte  Burlamatti  per  esperimentare  il 
coraggio  di  tre  suoi  domestici,  e  il  rispettivo  seguente  brève  dramma  giocoso  :  // 
Macco  ;  Malespini,  Dugento  Novelle,  Parte  2*,  n°  95  :  Arguta  sentenza  di  Merlino 
profita  per  una  gemma  trovata  da  tre  donne  ;  Nicolas  de  Troyes,  Le  grand  Paran- 


Ortoli,  Les  contes  populaires  de  l'île  de  Corse  17^ 

gon  des  nouvelles  nouvelles,  n°  1 3  ;  Coelho,  Contos  populares  portuguezes,  n"  67  : 
Sciencia,  Sabedoria  e  Capacidade;  la  seconda  parte  poi  délia  novella  richiama  alla 
14a  délie  Cent  nouvelles  nouvelles  intitolata  :  Le  faiseur  de  pape,  ou  l'homme  de 
Dieu,  cfr.  pure  Celio  Malespini,  Dugento  novelle,  parte  i*,  n°  80  ;  Robbé  de 
Beauveset,  Œuvres  badines,  Londres,  1801,  n°  56:  Le  faiseur  de  papes;  Cai- 
lhava  de  PEstendoux,  Le  soupe  des  petits-maîtres,  Bruxelles,  J.  H.  Briard,  1870, 
t.  II,  cap.  26:  Le  tricolor  ou  le  pape  escamoté;  Bernard  de  la  Monnoye, 
Œuvres  :  Vexillarius  et  mercator  (conte  en  versl  ;  D'Auberval,  Contes  en  vers 
érotico-philosophiques ,  Bruxelles,  Demanet,  1818,  tomi  due,  II,  pag.  43  :  Frère 
Pacôme  ou  le  Grand  exorciseur;  Dorât,  Poésies,  Genève,  tomi  tre,  1777,  III, 
pag.  163  :  Uhcrmitagc  de  Beauvais,  conte;  Michèle  Angeloni,  Novelle,  Lugano, 
1863:  //  Miracolo  ;  G.  Rillosi,  Novelle:  Fra  Volpone,  0  l'astuzie  fratesche; 
G.   B.  Casti,  Novelle:  Il  quinto  evangelista,  ecc,  ecc. 

La  sesta  :  La  donna  curiosa,  si  raggira  sul  notissimo  tema  dello  sciocco. 

L'ottava  :  1  sei  fratelli  corrisponde  appuntino  alla  139a  fiaba  siciliana  del 
Pitre  :  Lu  'nniminu;  cfr.  pure  la  variante  di  essa,  che  le  tien  dietro  :  'Na  vota 
ce'  eranu  tri  frati,  t.  III,  pag.  109  délia  citata  raccolta  del  Pitre.  Anche  fra 
le  Fiabevenete  del  Bernoni  ve  n'  ha  una  uguale  a  questa. 

La  prima  délie  leggende  (del  §  I  :  Le  jate)  :  La  fata  del  Rizzanese,  tratta  per 
argomento  il  noto  particolare  délia  novellina  del  re  serpente,  dove  si  parla  del 
divieto  fatto  alla  moglie  dell'  uomo-bestia  di  vederlo  di  notte  col  lume,  quando 
ha  ricuperato  la  sembianza  umana,  sotto  minaccia  e  pericolo  di  perderlo;  si 
riconnette  essa  pure  al  principio  délia  novellina  popolare  livornese  sopra 
citata,  per  i  cui  riscontri  vedi  le  rispettive  note  comparative  alla  medesima. 

La  seconda  leggenda  (del  §  II  :  La  Vergine  e  i  Santi)  intitolata  :  L'Eremita 
Giovanni,  somiglia  del  tutto  a  una  novellina  inedita  siciliana  da  me  posseduta 
dal  titolo  :  Sora  Vitoria;  cfr.  pure  Pitre,  op.  cit.  t.  III,  n°  162  :  Lu  scarparu  e 
li  monaci,  e  cosi  ancora  le  due  varianti  che  seguono,  una  di  Palermo  :  Fra 
Giovanni,  e  l'altra  di  Polizzi-Generosa  :  Lu  zu  Licca-la-ficu,  vedi  ancora  Gon- 
zenbach,  Raccolta  citata,  n°  82  :  Geschichte  vom  Klugen  Peppe. 

La  terza  :  La  chiesa  di  San  Giovanni  è  affatto  identica  alla  ia  délie  Leggende 
diverse  del  Carnoy,  op.  cit.  :  Légende  de  Notre-Dame  de  Brebieres,  pag.  128.  Il 
Sébillot  nel  suo  bel  libro  :  Traditions  et  superstitions  de  la  Haute-Bretagne,  t.  I, 
pag.  321-26,  riporta  varie  leggende  analoghe  a  questa;  una  leggenda  popolare 
livornese  (intorno  alla  miracolosa  apparizione  délia  Madonna  di  Montenero,  e 
intorno  al  luogo  preciso  in  cui  essa  voile  sorgesse  lo  splendido  santuario  presso 
Livorno,  santuario  in  cui  tuttora  è  venerata)  si  assomiglia  molto  alla  leggenda 
corsa. 

La  leggenda  prima  (del  §  III  :  /  diavoli  c  le  anime  dei  morti)  Il  cane  che  si 
muta  indiavolo  è  press'  a  poco  identica  alla  leggenda  brettone  del  Luzel,  vedi  le 
sue  Légendes  chrétiennes,  t.  II,  pag.  359  e  seg.;  cfr.  pure  il  conto  di  Gerolamo 
Morlino,  n°  34  :  De  carrucario  qui  cum  diabolo  duellum  commisit  [Hieronymi  Mor- 
lini  Parthenopei  Novella,  fabula,  comedia,  editio  tertia  emendata  et  aucta,  Lutetiae 
Parisiorum  apud  P.  Jannet  bibliopolam,  185  $ > . 

La  quarta  :  Le  messe  domandate,  s'assomiglia  alla  leggenda  omonima  délia 


176  COMPTES-RENDUS 

Bassa-Brettagna  del  Sébillot,  Tradit.  et  superst.,  I,  234;  vedi  pure  Luzel,  Veil- 
lées bretonnes,  pag.  193  e  seg.;Souvestre,  Le  foyer  breton,  II:  L'auberge  blanche. 

La  terza  (délie  Lcggende  diverse,  §  IV)  :  La  croce  magica,  si  raggira  sullo  stesso 
argomento  délia  leggenda  brettone  del  Luzel,  op.  cit.,  II,  pag.  309  :  Le  soldat 
qui  délivra  une  princesse  de  l'enfer,  e  délia  novellina  popolare  russa  :  L'affreux 
ivrogne,  pag.  29  dei  Contes  populaires  de  la  Russie,  recueillis  par  M.  Ralston,  etc., 
et  traduits  avec  son  autorisation  par  Loys  Brueyre,  Paris,  Hachette,  1874. 

Percorso  cosî  passo  passo  tutto  il  volume  dell'  Ortoli  non  ci  resta  altro  che 
invitare  l'autore  a  volere  quanto  prima  pubblicarne  un  secondo  comprendente  i 
canti  popolari,  per  darci  in  tal  modo  una  piena  cognizione  délia  letteratura 
orale  del  suo  paese,  cosi  intéressante,  e  per  colmare  insieme  la  lacuna,  avver- 
tita  sopra,  ne!  présente  volume.  Ci  sembra  pure  conveniente  invitare  i  nostri 
lettori  a  procacciarsi  questo  bel  volume,  affinchè  porgano  un  soave  e  nobile 
pascolo  al  loro  spirito,  e  si  formino  un  concetto  délie  narrazioni  tanto  fan- 
tastiche  e  poetiche  délia  Corsica. 

Stanislao  Prato. 


PÉRIODIQUES. 


I.  —  Revue  des  langues  romanes,  3e  série,  X.  Septembre  1883.  —  Ce 
cahier,  tout  entier  consacré  à  la  poésie  moderne,  ne  peut  être  ici  l'objet  d'un 
compte-rendu. 

Octobre  1883.  —  P.  1 57-67.  Durand  (de  Gros),  Notes  de  philologie  rouergate. 
Quelques  vues  ingénieuses  ;  çà  et  là  des  observations,  qui  donnent  l'espoir  de 
quelque  constatation  intéressante,  mais  rien  qui  soit  étudié  à  fond,  et  partout 
la  preuve  d'une  grande  ignorance  des  éléments  de  la  philologie  romane.  Ainsi, 
pour  expliquer  les  doubles  formes  farga  et  femna  d'une  part,  fabréga  et  feména 
d'autre  part,  M.  D.  émet  la  supposition,  à  ses  yeux  certaine,  que  les  premières 
de  ces  formes  répondent  à  la  prononciation  des  Gallo-Romains  lettrés  «  qui 
savaient  respecter  la  prosodie  latine  »,  fabrlca,  fennna,  tandis  que  les 
secondes  sont  conformes  à  la  prononciation  vicieuse  des  classes  ignorantes, 
fabrïca,  femina.  Naturellement  la  prosodie  n'a  rien  à  voir  là-dedans  et  ces 
doubles  formes  doivent  s'expliquer  d'une  tout  autre  façon1.  —  P.  187-9. 
A.  Roque-Ferrier,  De  la  substitution  du  D  a  l'L.  Les  faits  rassemblés  dans  ce 
court  travail  sont  mal  classés  et  souvent  mal  interprétés.  Ainsi  M.  R.-F.  donne 
comme  exemple  du  passage  de  /  à  d  le  prov.  podiza,  quittance,  qu'on  trouve 
aussi  sous  la  forme  polissa,  policia,  mais  c'est  plutôt  l'inverse,  car  podiza  ou 
podixa,  qui  n'est  pas  aussi  rare  que  paraît  le  croire  M.  R.-F.,  est  pour apodixa2, 
qui  est  le  grec  àirooei^tç.  La  supposition  que  faidia,  faidiment,  faidir  seraient 
«  des  formes  parallèles  à  falha,  falhiment,  falhir  »  n'a  aucune  espèce  de  fonde- 
ment ;  faidir  et  ses  dérivés  sont  d'origine  germanique  (fehde)  ;  voy.  Diez,  Et. 
W.  Ile,  J'aide.  —  Bibliographie,  p.  192-8.  Suchier,  Denkmœler  d.  prov.  Lite- 
ratur  u.  Sprache  (compte-rendu  instructif  de  M.  Chabaneau). 

Novembre  1883.  —  P.  209-41.  Durand  (de  Gros),  Notes  de  philologie  rouer- 
gate (suite).  Le  sujet  choisi,  «  l'étude  des  noms  servant  à  désigner  les  agglomé- 
rations et  plantations  d'arbres  d'une  même  essence,  »  est  intéressant,  et  l'auteur 
y  a  groupé  des  faits  curieux,  mais  c'est  toujours  de  la  philologie  d'amateur. 

P.  M. 


1.  J'ai  dit  quelques  mots  de  ces  formes  où  l'accent  est  déplacé,  telles  que  fabréga, 
feména,  pertéga,  et  qui  ne  sont  rien  de  plus  que  d'anciens  proparoxytons,  dans  la  Bibl. 
de  l'Éc.  des  chartes,  XXXVIII  (1877),  p.  570. 

2 .  Voy.  Du  Cange,  sous  podixa  et  apodixa. 

Romania,  XIII  I  2 


I78  PÉRIODIQUES 

II.  —  Zeitschript  fur  romanisghe  Philogie,  VII,  2,  3.  —  P.  177. 
0.  Schultz,  Die  Lcknsvcrhaltnisse  dcr  italienischen  Trobadors.  Les  troubadours 
de  l'Italie  septentrionale  dont  s'occupe  M.  Sch.  sont  Lanza  (p.  187),  Albert 
Malaspina  (p.  188),  Peire  de  la  Mula  (p.  194),  dont  l'origine  italienne  n'est  pas 
prouvée,  Rambertin  de  Buvalel  (p.  197),  Sordel  (p.  202),  li  Paves  (p.  214), 
Nicolet  de  Turin  (ibid.),  Lanfranc  Cigala  (p.  216),  Luca  Grimaldi  (p.  219), 
Jacme  Grill  (p.  220),  Simon  Doria  {ibid.),  Perceval  Doria  (p.  221),  Luquet 
Gattilusi  (p.  223),  Bonifaci  Calvo  (p.  225),  Bertolomeu  Zorzi  (p.  226),  Paul 
Lanfranc  de  Pistoia  (p.  229),  Ferrari  de  Ferrara  (p.  230),  le  comte  de  Bian- 
drate  (p.  232),  pris  pour  un  comte  de  Flandres  par  M.  Bartsch,  Alberico 
de  Romano  (p.  233),  Thomas  II  de  Savoie  (p.  233),  Obs  de  Biguli  (ibid.).  Au 
début  de  son  travail,  M.  Sch.  se  donne  la  peine  de  démontrer  qu'Uc  de  Pena, 
Folquet  de  Marseille,  Albertet  Cailla,  appartiennent  en  réalité  au  midi  de  la 
France  et  non  à  l'Italie.  La  démonstration  était  superflue.  Aucun  critique  de 
notre  temps  ne  serait  trompé  par  le  contre-sens  de  Bastero  traduisant  Albeges 
par  Albcnga.  M.  Sch.  traite  aussi  de  Peire  de  laCavarana,  qu'il  conjecture  avoir 
été  provençal,  et  modifie  légèrement  la  date  assignée  par  Canello,  dans  un  tra- 
vail récent1,  au  sirventés  de  ce  troubadour.  Les  recherches  de  M.  Sch.  sur 
Guillaume  de  Sylvecane  et  Pierre  de  Castelnou  (pp.  185-6),  connus  par  Nostre- 
Dame,  n'aboutissent  à  rien.  La  partie  vraiment  intéressante  du  travail  est  celle 
qui  concerne  les  troubadours  italiens.  Parmi  ceux-ci,  en  effet,  plusieurs  ont 
occupé  des  fonctions  d'une  certaine  importance,  et  par  suite  se  trouvent  men- 
tionnés dans  les  chroniques  et  documents  diplomatiques  qui  existent  en  si  grand 
nombre  pour  l'Italie  du  Nord.  M.  Schultz  fait  preuve  d'une  grande  connais- 
sance de  cette  riche  littérature  historique,  en  même  temps  que  d'une  critique 
exercée.  Pourquoi,  p.  219,  répète-t-il,  après  d'autres,  que  la  scène  du  récit 
en  prose  donné  comme  razo  à  la  tenson  de  Lanfranc  Cigala  et  de  la  dame  Guil- 
lelma  de  Rozers  2,  est  en  Castille  ?  I!  y  a  dans  le  texte  (Laur.  XL1,  42, 
fol.  48  c)  :  en  aisi  corn  vcnc  ad  un  (corr.  a  dos)  chavaliers  castellans  d'un  rie  chas- 
tel.  Il  est  visible  que  castellans  veut  dire  «  châtelains,  »  et  non  «  castillans.  » 
—  P.  236.  R.  Wiese,  Der  Tesoretto  und  Favolello  Brunctto  Latinos.  Édition 
critique,  accompagnée  d'une  longue  introduction  sur  les  manuscrits,  et  sur  la 
langue.  C'est  un  travail  fait  avec  soin,  mais  dans  lequel  bien  des  questions  sans 
intérêt  sont  traitées  trop  longuement.  La  partie  proprement  littéraire  est  com- 
plètement laissée  de  côté.  Nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  trouver  que  des 
travaux  de  ce  genre  devraient  être  publiés  à  part.  Une  édition  de  plus  de 
150  pages  n'est  pas  à  sa  place  dans  une  revue.  —  P.  390.  R.  Weisse,  Die 
Sprachformen.  Matfre  Ermengau's.  Ce  travail,  qui  n'a  aucune  portée,  est  une 
dissertation  de  doctorat  présentée  à  l'université  de  Halle.  Elle  a  paru  à  part 
avant  le  numéro  de  la  Zeitschrift  où  nous  la  retrouvons  actuellement  et  a  été 
déjà  annoncée   dans  notre   précédent  volume,  p.  635.  C'est  déjà  trop  que  ces 


1.  Voy.  Romania,  XI,  407. 

2.  Et  non  Rosas.  L'identification  avec  un  Roza,  donnée  en  note  par  M.  Schultz,  est 
erronée. 


PÉRIODIQUES  I79 

exercices  scolaires  soient  imprimés  et  viennent,  par  suite,  encombrer  la 
bibliographie  de  l'érudition  :  l'abus  deviendrait  excessif  si  des  périodiques  que 
l'on  conserve  donnaient  asile  à  des  productions  d'un  caractère  aussi  éphémère. 
—  P.  407.  C.  M.  de  Vasconcellos,  Nous  zum  Bûche  der  Camonianischen  Lieder 
und  Bricfe.  —  P.  454.  La  bibliographie  se  compose  en  tout  et  pour  tout  d'un 
article  tapageur  de  M.  P.  Scheffer-Boichorst  sur  la  troisième  édition  du  Dante 
Alighieris  Leben  u.  Werke  de  M.  Wegele,  qui  date  de  1879. 

P.  M. 

III.  —  Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes  français,  1883, 
n"  2.  —  P.  45.  P.  Meyer,  Les  neuf  preux.  Dans  une  note  du  Débat  des  Hérauts 
d'armes  de  France  et  d'Angleterre,  M.  Meyer  avait  produit  divers  témoignages 
d'où  il  résultait  que  l'idée  des  neuf  preux  représentant  les  types  de  la  vaillance 
chez  les  Juifs,  chez  les  Grecs  et  les  Romains,  chez  les  chrétiens,  remontait  au 
moins  au  temps  de  Charles  V.  Actuellement  il  montre  que  cette  idée  est  expri- 
mée et  développée  pour  la  première  fois  dans  les  Vœux  du  Paon  de  Jacques  de 
Longuyon,  poème  composé  vers  13 12,  et  dont  le  succès  a  été  considérable  au 
XIVe  siècle.  Il  montre  aussi  que  la  même  idée  se  retrouve  déjà  en  principe  chez 
Philippe  Mousket,  dans  la  première  moitié  du  XIIIe  siècle.  —  P.  55.  Notice 
sur  un  ms.  brûlé  ayant  appartenu  à  la  bibliothèque  de  Strasbourg.  Ce  ms.,  daté 
de  141 1,  contenait  des  poésies  latines,  françaises  et  allemandes,  accompagnées 
de  la  musique.  La  notice  a  été  rédigée  d'après  des  notes  adressées  en  1867  à 
M.  Meyer  par  M.  R.  Reuss.  —  P.  61.  P.  Meyer,  Une  homélie  provençale  du 
XVe  siècle.  Cette  homélie,  qui  a  pour  sujet  saint  Jean-Baptiste,  est  publiée  d'après 
le  ms.  14195  du  fonds  latin  de  la  Bibliothèque  nationale.—  P.  70-2,  P.  Meyer, 
Inventaire  d'une  bibliothèque  française  de  la  seconde  moitié  du  XVe  siècle.  Cet 
inventaire  est  écrit  sur  le  dernier  feuillet  d'une  bible  historiale  française  de  la 
bibliothèque  Sainte-Geneviève.  II  contient  37  articles.  Le  ms.  appartenait  en 
1341  à  une  grande  famille  bretonne. 

IV.  —  Mémoires  de  la  Société  nationale  des  Antiquaires  de  France, 
t.  XLII  (1882).  —  P.  169-242.  De  Marsy,  Le  langage  héraldique  au  XIIIe  s. 
dans  les  poèmes  d'Adenet  le  roi.  M.  de  Marsy  examine  les  descriptions  de  blasons 
[blason  signifiant  à  l'origine  «  bouclier  »)  que  nous  offre  l'ancienne  poésie  fran- 
çaise. Il  résulte  de  ses  observations  que  la  langue  héraldique  n'est  véritablement 
constituée  qu'à  la  fin  du  XIIe  siècle  et  au  XIIIe.  Plusieurs  de  ses  remarques 
confirment  les  indications  chronologiques  fournies  par  d'autres  éléments.  Ainsi 
il  fait  voir  que  les  descriptions  de  blasons  ne  sont  précises  et  détaillées  que  dans 
certaines  parties  du  roman  d'Alexandre.  Or,  les  passages  qu'il  cite  sont  tirés 
du  Fuerre  de  Cadres  et  de  l'épisode  de  Floridas  et  Dauris,  qui  sont,  comme  on 
l'a  montré  ici-même,  les  parties  les  plus  récentes  du  poème  [Romania,  XI, 
215-6  et  217-8).  Le  Fuerre  de  Cadres  peut  bien  appartenir  encore  à  la  fin  du 
XII*  siècle,  mais  l'épisode  de  Floridas  et  Dauris,  qui  manque  dans  les  plus 
anciens  mss.,  n'est  certainement  que  du  XIIIe  siècle.  C'est  Adenet  qui  a  fourni 
la  plus  riche  moisson  de  textes  précis.  M.  de  M.  établit  que  les  descriptions 
héraldiques  de  cet  auteur  sont  au  moins  aussi  correctes  que  celles  de  Y  Armoriai 


l8o  PÉRIODIQUES 

de  France  publié  par  M.  Douët-d'Arcq,  traité  qui  ne  date  que  de  la  fin  du 
XIVe  siècle,  et  qui  est  considéré  comme  un  de  nos  plus  anciens  documents 
héraldiques.  Cette  dissertation,  très  méthodique  et  rédigée  avec  une  critique 
très  sûre,  est  terminée  par  un  choix  d'extraits  de  poèmes  du  XIIIe  et  du  XIVe  s., 
qui  sont  mis  en  rapport  par  des  numéros  avec  une  liste  des  termes  de  blason, 
qui  occupe  les  pages  184-8,  et  où  le  sens  de  chaque  terme  est  défini  lorsqu'il  y 
a  lieu.  Nous  signalerons  en  terminant  à  M.  de  Marsy  un  poème  plus  ancien 
qu'aucun  des  écrits  d'Adenet,  où  se  rencontrent  de  nombreuses  descriptions  de 
blasons,  qui,  pour  être  imaginaires,  n'en  sont  pas  moins  très  précises.  C'est  le 
Tournoiement  Antecrist  de  Huon  de  Meri.  P.  M. 

V.  —  Revue  de  la  Société  des  études  historiques,  faisant  suite  à 
I'Investigateur.  49e  année,  septembre-octobre  1883.  — P.  277-88.  A.  Loi- 
seau,  Cour  poétique  et  littéraire  de  Dom  Diniz,  roi  de  Portugal  (1279-132^).  Ce 
travail,  comme  tous  ceux  du  même  auteur  qui  nous  sont  passés  sous  les  yeux 
(voy.  Romania,  III,  504,  Revue  critique,  1881,  art.  47,  etc.),  est  dépourvu 
de  tout  mérite,  et  nous  nous  étonnons  qu'il  se  trouve  encore  des  revues  pour 
accueillir  d'aussi  infimes  élucubrations.  M.  Loiseau  ne  connaît  rien  sur  les 
poésies  du  roi  Diniz,  sinon  l'édition  très  défectueuse  et  fragmentaire  de  Lopes 
de  Moura  (Paris,  1847).  Pour  comble  de  malheur,  il  la  qualifie  (p.  276)  de 
«  dernière  édition  »,  alors  que  c'est  la  première.  Il  ignore  par  conséquent  le 
choix  publié,  d'après  le  ms.  du  Vatican,  par  M.  de  Varnhagen  (Romania,  I, 
119),  et  les  deux  éditions  complètes  de  M.  Monaci  et  de  M.  Braga.  Il  ne 
sait  rien  non  plus  du  petit  livre  de  Diez  sur  l'ancienne  poésie  portugaise.  Tout 
ce  qu'il  dit  n'est  d'ailleurs  qu'erreur  ou  banalité. 

VI.  —  Revue  critique,  octobre-décembre  1883.  —  Art.  202.  Giornale 
storico  délia  Ictteratura  italiana,  I  (C.  J.).  —  210.  Aubertin,  Choix  de  textes 
français  du  Xe  au  XVIe  siècle  (A.  Delboulle  :  mauvais).  —  216.  Bijvanck,  Spé- 
cimen d'un  essai  critique  sur  les  œuvres  de  Villon  (A.  T[averney]).  —  223.  Rei- 
mann,  Die  Dcklination  in  der  langue  d'oïl  (A.  Thomas). —  224.  Freymund,  Ueber 
den  reichen  Reim  (A.  T[homasJ).  —  242.  Joseph  d'Arimathie,  p.  p.  Weidner 
(A.  Thomas). 

VII.  —  Litbrarisciies  Centralblatt,  oct.-déc.  1883.  —  N°  43.  Diez, 
Kleinere  Arbeiten,  hgg.  von  Breymann.  —  47.  Goossens,  Ueber  den  Chevalier 
au  lion. 

VIII.  —  Deutsche  Literaturzeitung,  oct.-déc.  1883.  —  N°  43.  Schceten- 
sack,  Beitrag  zu  einer  Grund Sage  fur  etym.  Untersuchungen  (absurde).  — 45.  Fcer- 
ster,  Das  Rolandslied  von  Châteauroux  uni  Vaicdig  VII. —  50.  Scartazzini,  Dante 
in  Gennania.  —  51.  Karls  Reise  hgg.  von  Koschwitz  (Morf). 


CHRONIQUE 


M.  le  doyen  Chenaux,  curé  de  Vuadens  (canton  de  Fribourg),  est  mort  le 
i$  décembre  1883.  Nous  devons  à  M.  Chenaux  la  belle  collection  de  proverbes 
de  la  Gruyère  que  nous  avons  publiée  dans  notre  tome  V  ;  il  a  laissé  quelques 
travaux  inédits  relatifs  à  nos  études,  dont  M.  Cornu,  son  collaborateur  pour 
l'édition  des  proverbes,  se  propose  de  parler  publiquement  quelque  jour. 

—  Notre  collaborateur  M.  le  Dr  J.  Ulrich,  ancien  élève  de  l'École  des 
Hautes  Études,  vient  d'être  nommé  professeur  à  l'université  de  Zurich,  en  rem- 
placement de  M.  Settegast. 

—  Nous  publierons  prochainement  un  article  sur  l'intéressant  volume  de 
M.  H.  Carnoy,  professeur  au  lycée  Louis-le-Grand,  notre  collaborateur,  la 
Littérature  orale  de  la  Picardie.  Nous  voulons  signaler  ici  la  distinction,  —  une 
grande  médaille  d'or,  —  dont  cet  ouvrage  a  été  l'objet  de  la  part  de  la  Société 
des  sciences,  lettres  et  arts  de  Lille.  Les  études  de  folk-lore  sont  encore  peu 
répandues  et  peu  appréciées  chez  nous  ;  aussi  faut-il  savoir  gré  à  la  Société 
lilloise  de  son  excellente  intention  et  souhaiter  que  son  exemple  soit  imité  par 
d'autres.  La  médaille  de  M.  Carnoy  lui  a  été  décernée  à  la  suite  d'un  très  remar- 
quable rapport  de  M.  V.  Henry,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Douai. 

—  Dans  le  compte-rendu  de  VHistory  of  french  literature  de  M.  Georges 
Saintsbury,  j'ai  dit  [Rom.  XI,  605)  que  l'auteur  avait  emprunté  la  plupart  des 
spécimens  insérés  dans  son  livre  à  la  Chrestomathic  de  Bartsch,  et  qu'il  n'avait 
pas  jugé  nécessaire  d'en  avertir  le  lecteur.  Cette  dernière  assertion  est  inexacte  : 
M.  S.  m'a  fait  remarquer  une  phrase  de  sa  préface,  qui  m'avait  échappé,  dans 
laquelle  il  déclare  qu'il  a  puisé  le  plus  qu'il  a  pu  dans  la  Chrestomathie  de 
Bartsch.  En  réparant  mon  erreur  involontaire,  je  saisis  l'occasion  d'annoncer 
la  nouvelle  édition  que  vient  d'avoir,  peu  de  temps  après  son  apparition,  le 
remarquable  ouvrage  de  M.  Saintsbury.  —  G.  P. 

—  La  Société  des  anciens  textes  français  vient  de  mettre  en  distribution  les 
deux  volumes  destinés  à  l'exercice  1882,  à  savoir  le  t.  III  des  Œuvres  d'Eus- 
tache  Deschamps,  publiées  par  M.  de  Queux  de  Saint-Hilaire,  et  Raoul  de 
Cambrai,  par  MM.  P.  Meyer  et  A.  Longnon.  Ce  dernier  ouvrage,  de  civ  et 
384  pages,  est  le  plus  volumineux  que  la  Société  ait  publié  jusqu'ici.  Il  contient  : 
i"  le  texte  de  Raoul  amélioré  en  maints  endroits,  tant  par  la  collation  du  ms. 
unique  une  première  fois  édité,  mais  d'une  façon  peu  exacte,  en  1840,  que  par 
la  comparaison  avec  les  extraits  d'un  ms.  perdu  conservés  par  Fauchet  dont  il 
a  été  question  ci-dessus,  p.  3  ;  2°  le  texte  d'un  épisode  de  près  de  800  vers 
interpolé  dans  un  ms.  de  Girbert  de  Meiz.  Cet  épisode,  jusqu'ici  inconnu,  peut 
être  considéré  comme  une  sorte  de  remaniement  partiel   de  la   chanson  de 


l82  CHRONIQUE 

Raoul.  Le  chap.  II  de  l'introduction,  œuvre  propre  de  M.  Longnon,  donne,  sur 
les  éléments  historiques  mis  en  œuvre  dans  le  poème,  des  notions  entièrement 
nouvelles.  La  table  des  noms  contient  aussi,  sous  une  forme  très  résumée,  un 
grand  nombre  de  recherches  historiques. 

—  Vient  de  paraître  à  la  librairie  Champion  la  traduction  de  Girart  de  Rous- 
sillon  dont  nous  avons  annoncé  la  prochaine  publication  dans  notre  dernière 
chronique. 

—  Le  directeur  de  l'École  des  chartes  a  fait  exécuter  récemment  à  Florence 
quelques  planches  de  fac-similés,  d'après  des  mss.  latins  et  provençaux,  pour  la 
collection  des  photogravures  de  l'École  des  chartes.  Celles  de  ces  planches  qui 
peuvent  intéresser  les  études  romanes  se  rapportent  aux  mss.  Bibl.  naz.  F.  4 
(S.  Spirito  776),  le  chansonnier  provençal  décrit  par  M.  Stengel  dans  la  Rivista 
di  filologia  romanza,  I,  25  et  suiv.;  —  S.  Lorenzo,  pi.  XXIX,  cod.  8,  ms. 
qui  paraît  avoir  appartenu  à  Boccace  ;  —  Plut.  XLI,  cod.  42,  chansonnier 
provençal. 

—  Livres  adressés  à  la  Romania  : 

Recueil  des  fac-similés  à  l'usage  de  l'École  des  chartes,  fascicules  I,  II,  III,  1880, 
1881,  1883.  Gr.  in-fol.,  34  pages  et  75  planches  non  numérotées1  (Paris, 
A.  Picard).  —  Ces  fac-similés,  tous  exécutés  en  héliogravure  par  M.  P. 
Dujardin,  forment  la  tête  d'une  collection  commencée  par  la  direction  de 
l'École  des  chartes  en  1872,  et  qui  contient  actuellement  250  numéros,  sans 
compter  quelques  articles  en  cours  d'exécution.  Les  trois  fascicules  mis  en 
vente  renferment,  en  75  planches,  les  130  premiers  numéros,  accompagnés 
de  notices  succinctes  et  de  la  transcription  des  premières  et  dernières  lignes. 
Le  quatrième  fascicule,  qui  terminera  le  premier  volume  de  la  collection, 
contiendra  plusieurs  tables  permettant  de  classer  les  pièces  selon  des  ordres 
divers  (par  dates,  par  langue,  par  nature,  etc.).  Le  recueil  a  été  composé  en 
vue  de  l'enseignement  de  l'École  des  chartes,  et  principalement  pour  servir 
aux  cours  de  paléographie  et  de  diplomatique.  11  s'y  rencontre  aussi  des 
morceaux  qui  peuvent  servir  à  l'enseignement  philologique2,  bien  qu'en 
principe  on  trouve  qu'il  y  a  plus  de  fruit  pour  les  élèves  à  étudier  les  textes 
de  langue  dans  des  éditions  qui  seules  permettent  la  comparaison  rapide 
des  passages  analogues.  Parmi  les  textes  qui  intéressent  les  études  romanes, 
citons,  outre  un  grand  nombre  de  chartes,  les  numéros  14  (trad.  du  Dia- 
logue de  saint  Grégoire,  par  frère  Angier3),  19  (quatre  pages  de  Y  Alexandre 
de  l'Arsenal),  31  (deux  pages  du  chansonnier  provençal  1521 1,  où  se  trou- 
vent réunies  les  deux  écritures  de  ce  ms.),  129  (deux  pages  du  Nouveau 
Testament  albigeois  du  Palais  Saint-Pierre),  130  (la  première  page  du 
Maugis  d'Aigremonî  de  Peterhouse).  On  pourra  remarquer  que  certaines 

1 .  Chaque  planche  contient  une  ou  plusieurs  pièces.  Pour  éviter  la  confusion  que  pro- 
duiraient deux  séries  de  numéros,  on  a  numéroté  les  pièces  seulement  et  non  les  planches. 

2.  Il  y  a  aussi,  sous  les  numéros  5  à  13,  neuf  pièces  allemandes  (fin  du  xm"  siècle 
et  xiv")  tirées  du  fonds  de  Montbéliard,  aux  Archives  nationales.  Elles  ont  été  exécutées 
pour  servir  à  un  cours  libre  d'allemand  du  moyen  âge  qui  a  été  professé  à  l'École  des 
chartes  il  y  a  une  douzaine  d'années. 

3.  Le  fac-similé  publié  dans  le  précédent  numéro  de  la  Romania. 


CHRONIQUE  Io} 

écritures,  notamment  les  plus  anciennes,  ne  sont  pas  représentées  dans  ces 
trois  fascicules,  mais  il  faut  considérer  que  cette  série  d'héliogravures  a  été 
faite  pour  les  besoins  de  l'École  des  chartes,  qu'elle  continue  une  collection 
de  plus  de  600  fac-similés  exécutés  par  les  anciens  procédés,  qui  n'ont  pas  été 
mis  dans  le  commerce,  mais  servent  encore  journellement  à  l'enseignement 
de  l'École.  D'ailleurs  les  fascicules  4  et  $  contiendront  des  reproductions, 
dès  maintenant  exécutées,  de  pages  de  mss.  mérovingiens. 

Facsimili  di  antichi  manoscritti,  per  uso  délie  scuole  di  filologia  neolatind,  pubbli- 
cati  da  Ernesto  Monagi,  fasc.  II.  Roma,  Martelli,  1883,  in-folio.  —  Cette 
livraison  renferme,  comme  la  précédente,  annoncée  dans  la  Romania,  XI, 
171,  vingt-cinq  planches.  L'exécution  n'est  pas  supérieure  à  celle  du  pre- 
mier fascicule,  ce  qui  revient  à  dire  qu'elle  paraît  médiocre,  au  regard  des 
héliogravures  et  des  héliotypies  qui  se  font  actuellement  à  Paris,  à  Londres, 
à  Florence.  Le  choix  ne  semble  pas  très  bien  entendu.  Il  était  inutile  de 
consacrer  trois  planches  (26-8)  à  VAspremont  de  Venise,  et  quatre  (29-32) 
au  Fuerre  de  Gadres  de  Lugo  (sur  lequel  voy.  Rom.  XI,  319).  Les  mss. 
à'Asprcmont  sont  fort  nombreux,  et  celui  de  Venise  est  loin  d'être  l'un  des 
plus  importants.  Quant  au  Fuerre  de  Gadres  de  Lugo,  il  n'a  aucun  intérêt. 
De  plus,  ces  deux  mss.  n'étant  point  datés  et  étant  d'une  écriture  trop 
facile  à  lire,  on  ne  voit  pas  l'utilité  qu'on  en  peut  tirer  pour  l'enseignement 
de  la  paléographie.  Si  M.  M.  voulait  que  le  roman  d'Alexandre  fût  repré- 
senté dans  sa  collection,  il  eût  bien  mieux  fait  de  choisir,  au  lieu  du  texte 
insignifiant  de  Lugo,  le  ms.  du  musée  Correr  à  Venise,  ou  celui  du  Vatican 
Reg.  1364,  qui  sont,  à  des  points  de  vue  différents,  fort  importants.  — 
Les  planches  33  à  39  sont  consacrées  au  poème  de  Boèce.  Elles  sont  par- 
ticulièrement mal  venues.  —  Les  pi.  40  à  42  contiennent  six  pages  d'un 
des  sermons  «  in  volgare  gallo-italico  »  du  ms.  de  Turin  D.  VI.  10,  sur 
lesquels  voy.  Romania,  VIII,  464.  —  Les  dernières  planches  sont  occupées 
par  deux  pages  du  poème  milanais  de  Pietro  da  Barsegapé  (on  avait  déjà 
deux  autres  pages  du  même  ms.  en  tête  des  Poésie  Lombarde  p.  p.  Biondelli), 
par  une  Rappresentazione  inédite  ipl.  44-7)  tirée  d'un  ms.  daté  de  1405,  tiré 
d'une  bibliothèque  privée  d'Orvieto.  Ce  dernier  morceau  est  le  plus  intéres- 
sant de  cette  livraison.  Vient  enfin  (pi.  48-50)  le  début  du  Concihato  d'amore, 
poème  italien  du  XIVe  s.,  d'après  un  ms.  de  Venise. 

Le  Mystère  de  saint  Eustache  joué  en  1504  sous  la  direction  de  B.  Chancel, 
chapelain  du  Puy-Saint-André ,  près  Briançon  (Basses-Alpes),  et  publié 
par  l'abbé  Guillaume.  Gap  et  Paris  (Maisonneuve),  1883.  In-8°,  115  p. 
(Tirage  à  part  de  la  Revue  des  langues  romanes,  numéros  de  mars,  juin, 
juillet,  août,  octobre  et  novembre  1882.)  —  Nous  avons  dit  quelques  mots 
de  cette  publication,  tant  dans  les  comptes-rendus  successifs  de  la  Revue  des 
langues  romanes  que  ci-dessus,  à  l'occasion  du  mystère  de  saint  André  édité 
par  M.  l'abbé  Fazy. 

Heinrich  August  Schûetensack.  Beitrag  zu  einer  wissenschaftlichen  Grundlage 
fur  etymologische  Untersuchungen  auf  dem  Gebiete  der  franzeesischen 
Sprache.  Bonn,  Strauss,  xxiv  et  626  p.  —  Ce  fort  volume  est  malheureu- 
sement dénué  de  toute  valeur.  Quelques  exemples  cueillis  à  la  page  2  suffi- 


184  CHRONIQUE 

ront  pour  prouver  ce  jugement  sévère  :  cagot  est  canis  Gothus,  bigot 
Visigothus,  rançon  =  franc  homme,  cajoler  vient  de  canis  et  joli, 
andomlle  de  endo  et  villa,  vignoble  de  vineis  opulent  a,  etc.  Espérons 
que  M.  Schcetensack,  qui  se  dit  professeur,  exerce  cette  fonction  in  partibus 
infidelium!  —  J.  U. 

Cours  de  littérature  française  du  moyen  âge  et  d'histoire  de  la  langue  française. 
Leçon  d'ouverture,  par  M.  Arsène  Darmesteter,  professeur.  Paris,  in-8°, 
22  p.  (Extrait  de  la  Revue  internationale  de  l'enseignement  du  1 $  déc.  1883.) 
—  M.  Darmesteter  trace  à  grandes  lignes  le  plan  du  double  cours  de  litté- 
rature et  de  grammaire  auquel  il  entend  consacrer  la  chaire  créée  à  la 
Faculté  des  lettres  sous  le  titre  reproduit  ci-dessus  et  qui  lui  a  été  si  juste- 
ment confiée.  Les  vues  larges  et  intéressantes  abondent  dans  ce  programme. 
Nous  y  relèverons  une  observation  dont  nous  ne  contestons  pas  la  justesse, 
mais  qui  nous  semble,  sans  que  l'auteur  s'en  soit  peut-être  bien  rendu 
assez  compte,  peu  encourageante  pour  l'avenir  des  études  romanes  en 
France.  Après  avoir  parlé  des  conférences  de  l'Ecole  des  hautes  Études, 
dont  il  faisait  lui-même  l'une  jusqu'à  ces  derniers  temps,  et  qui,  embrassant 
toutes  les  langues  romanes,  ont  «  surtout  formé  des  élèves  étrangers,  qui  à 
leur  tour  sont  devenus  professeurs  dans  les  gymnases,  les  universités  d'Alle- 
magne, de  Suisse,  de  Roumanie,  de  Bohême,  de  Suède,  etc.,  »  M.  D. 
ajoute  :  «  La  complexité  d'un  pareil  enseignement  écartait  par  cela  même 
les  étudiants  français,  plus  directement  curieux  des  études  nationales.  » 
Ainsi,  tandis  que  les  étudiants  allemands,  suédois,  etc.,  sont  attirés  par 
un  enseignement  qui  comprend  tout  le  domaine  néo-latin,  les  étudiants  fran- 
çais sont  «  écartés  »  par  ce  même  enseignement  qui  est  trop  «  complexe.  » 
Après  un  pareil  teslimonium  paupertatis,  on  s'étonne  que  M.  D.  poursuive  : 
«  Or,  il  importe  de  créer  en  France  une  école  française  qui  poursuive  avant 
tout  l'étude  scientifique  de  la  langue  française  dans  toute  l'étendue  de  son 
développement  historique.  »  Cette  école  n'aura  que  de  tristes  élèves  s'ils 
ne  comprennent  pas  que  l'étude  du  français  est  inséparable  de  celle  des 
autres  langues  romanes.  M.  Darmesteter,  pour  sa  part,  l'entend  bien  ainsi, 
il  l'a  prouvé  à  mainte  reprise,  notamment  dans  ses  conférences  de  l'École 
des  hautes  Études,  et  il  le  dit  dans  cette  leçon  même;  il  ne  voudrait  certai- 
nement pas  qu'on  pût  conclure  de  ses  paroles  que  «  l'école  française  »  qu'il 
«  importe  de  créer  »  se  dispensera  de  connaître  le  provençal,  l'italien, 
l'espagnol,  etc.  Nous  avons  tenu  à  dire  nettement,  pour  notre  part,  combien 
une  pareille  abdication  nous  paraîtrait  incompatible  avec  toute  «  étude 
scientifique.  »  Mais  nous  savons  que  le  système  commode  de  «  l'école  fran- 
çaise, »  entendue  dans  le  sens  de  l'exclusion  de  ce  qui  n'est  pas  français, 
n'est  pas  sans  partisans  tacites  ou  déclarés. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Imprimerie  Daupeley-Gouverneur,  à  Nogent-le-Rotrou. 


ÉTUDE 

SUR 

LA    DATE,    LE    CARACTÈRE    ET    L'ORIGINE 

DE    LA    CHANSON 

DU   PÈLERINAGE   DE  CHARLEMAGNE. 


La  nouvelle  édition  du  Pèlerinage  de  Charlemagne  publiée  par 
M.  Koschwitz,  comme  second  volume  de  ÏAltfranzosische  Bibliothek 
dirigée  par  M.  Fôrster,  diffère  de  la  première  déjà  par  le  titre.  Le 
«  Ein  altfranzôsisches  Gedichl  des  XI.  Jahrhunderts  »  est  devenu  «  Ein 
altfranzôsisches  Heldengedicht.  »  M.  Koschwitz  nous  donne  ses  raisons 
aux  pages  xix  ss.  L'étude  linguistique  du  texte,  reprise  de  nouveau  par 
l'éditeur,  qui,  depuis  1875,  s'en  est  occupé  assidûment,  lui  donne  encore 
ce  résultat  qui  me  parait  sans  réplique,  que  la  langue  du  Pèlerinage  pré- 
sente un  état  plus  jeune  que  l'Alexis,  à  peu  près  contemporain  du  Roland 
et  sensiblement  antérieur  au  Comput  (p.  xxvi,  xxxi).  Il  en  conclut  que  la 
composition  de  notre  chanson  remonte  à  la  seconde  moitié  du  xi1'  ou  au 
commencement  du  xne  siècle. 

C'est  ainsi  que  M.  Koschwitz  élargit  les  limites  de  son  attribution  an- 
térieure [Romanische  Studien,  II,  p.  41  ;  Ueberlieferung  undSprache,  p.  20, 
cf.  Pèlerinage,  première  édition,  pp.  17,  20),  où  il  s'en  tenait  à  la  fin  du 
xie  siècle,  croyant  la  langue  du  Pèlerinage  plus  ancienne  que  celle  du 
Roland.  Je  crois  qu'il  a  bien  fait  en  effet.  L'état  de  la  langue  de  cette 
curieuse  chanson,  où  les  altérations  causées  par  le  copiste  anglo-nor- 
mand rendent  notre  jugement  malheureusement  moins  sûr  et  moins  con- 
cluant qu'ailleurs,  ne  nous  autorise  guère  à  regarder  la  fin  du  xie  siècle 
comme  la  seule  époque  où  elle  ait  pu  être  composée.  M.  Koschwitz 
laisse  donc  dans  cette  nouvelle  édition  au  goût  du  lecteur  à  décider  si 
c'est  à  la  fin  du  xie  ou  au  commencement  du  xne  que  le  ménestrel  de  la 
foire  de  Vendit  de  Saint-Denis  a  trouvé  ses  vers,  et  pour  ne  rien  préjuger 
Romania,  XIII.  12. 


]86  H.    MORF 

jl  a  fait  disparaître  de  la  feuille  de  titre  le  «  des  elften  Jahrhunderts.  »  Il 
ne  nous  apprend  pas  même  ce  qu'il  a  décidé  en  lui-même  ;  mais  il  paraît 
bien  qu'il  penche  vers  l'opinion  que  ce  n'est  qu'au  commencement  du 
xne  siècle  que  l'épisode  de  Constantinople  a  été  joint  à  une  chanson  du 
xi°  qui  ne  racontait  que  le  voyage  à  Jérusalem.  Notre  Pèlerinage  serait 
donc  un  remaniement  fait  au  commencement  du  xii"  siècle  d'une  chan- 
son de  la  fin  du  xic. 

En  1880,  après  avoir  lu  dans  cette  revue  l'article  de  M.  G.  Paris  sur 
le  Pèlerinage,  je  croyais  bien  la  question  résolue  pour  tout  jamais  en  fa- 
veur du  xie  siècle  comme  époque  de  la  composition  de  la  chanson  en- 
tière. Et  à  dire  vrai,  je  le  crois  encore,  après  avoir  lu  la  remarque  de 
M.  Koschwitz  (p.  1 3  de  la  première  édition,  et  p.  xix  ss.  de  la  seconde) 
où  il  restreint  la  portée  de  l'argumentation  de  cet  article  au  contenu, 
à  la  matière  de  la  chanson  du  pèlerinage  proprement  dit,  et  où  il  nie 
sa  force  probante  pour  la  composition  de  la  chanson  entière.  M.  Koschwitz 
s'en  rapporte  à  M.  Paris  lui-même,  et  celui-ci,  dans  son  compte  rendu 
récent  (ci-dessus,  page  128),  confirme  cette  manière  de  voir  en  disant 
que  ses  raisonnements  ne  portent  que  sur  le  fond  et  ne  peuvent  rien 
prouver  pour  la  forme  du  poème. 

Je  ne  le  crois  pas,  et  j'ose  dire  ce  qui  me  donne  la  conviction  que  les 
conclusions  tirées  du  récit  du  Pèlerinage  ont  leur  force  probante  aussi 
pour  fixer  la  date  de  la  composition  de  la  chanson  entière.  Je  veux  bien 
admettre  avec  M.  Gautier  [Ép.  franc.,  III2,  p.  274)  que  les  arguments 
tirés  de  la  description  de  Jérusalem  et  de  Constantinople,  et  ceux  qui 
sont  tirés  de  Tendit  et  des  reliques  de  Saint-Denis  prouvent  seulement 
qu'il  est  possible  d'attribuer  notre  chanson  au  xr  siècle,  mais  sont  aussi 
applicables  pour  qui  veut  l'attribuer  au  xu^.  Il  faudrait  de  même  avouer 
avec  M.  Stengel  [Litteraturblatt,  1881,  p.  289)  que  le  caractère  de  l'em- 
pereur grec  tel  qu'il  est  peint  par  notre  poète  (v.  438,  686  ss.)  pourrait 
convenir  aussi  à  une  chanson  du  xir.  L'archaïsme  du  style  nous  em- 
pêche sûrement  de  chercher  l'origine  du  Pèlerinage  dans  la  seconde 
moitié  du  xn"  siècle;  mais  il  ne  forme  pas  une  raison  assez  concluante 
pour  nous  forcer  d'y  reconnaître  exclusivement  l'empreinte  du  xi°  ' 
Koschwitz,  p.  xx  ss.).  Reste  donc  l'argument  tiré  du  caractère  paci- 
fique de  l'expédition  de  Charlemagne  et,  ce  qui  revient  au  même,  de  la 
situation  absolument  pacifique  et  indépendante  de  la  sainte  cité.  Ces 


1 .  La  dissertation  de  Groth  dans  VArchiv  ;.  das  Stud'mm  der  neueren  Sprachen, 
LX1X,  p.  391  ss.,  contient  d'utiles  rapprochements,  mais  quand  il  veut 
prouver  à  l'aide  de  quelques  archaïsmes  du  style  que  le  Pèlerinage  est  plus  an- 
cien que  la  rédaction  du  xic  siècle  du  Roland,  cela  me  paraît  le  nihil  probat 
qui  nimium  probat. 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   1 87 

deux  traits  sont  identiques  :  ils  constituent,  en  se  soutenant  l'un  l'autre, 
le  caractère  pacifique  de  l'expédition. 

L'état  de  la  langue  nous  laissant  libre,  cum  grano  salis,  l'intervalle 
entre  l'Alexis  et  le  Comput  pour  cette  fixation,  ce  dernier  argument 
de  M.  Paris  me  paraît  réellement  de  nature  à  en  préciser  la  date,  qu'on 
ne  saurait  par  conséquent  faire  descendre  en  deçà  de  l'an  1080,  ou  peu  s'en 
faut. 

La  nature  même  de  la  poésie  populaire  empêche  d'en  juger  autrement. 
Si  cette  poésie  est  l'expression  des  sentiments,  des  aspirations  du  peuple, 
l'âme  du  peuple  devenue  parole  et  parole  irréfléchie,  immédiate,  non  seu- 
lement il  est  impossible  que  la  partie  du  Pèlerinage  qui  raconte  le  voyage 
pacifique  à  la  ville  libre  de  Jérusalem  ait  été  trouvée  du  temps  des  croi- 
sades (ce  dont  M.  K.  convient  sans  hésitation),  mais  U  est  de  même  im- 
possible qu'une  chanson  ainsi  faite  ait  été,  du  temps  des  croisades,  remaniée 
par  un  poète  courant  les  foires,  qui,  gardant  le  caractère  pacifique  de  l'expé- 
dition sans  y  toucher,  n'y  aurait  introduit  que  des  changements  qui  lui 
semblaient  propres  à  égayer  la  matière. 

Le  poète  populaire,  c'est  le  peuple  lui-même  ;  l'âme  du  poète  est  celle 
du  peuple  ;  sa  chanson  est  l'expression  des  sentiments  nationaux  ou  au 
moins  des  sentiments  de  tout  un  groupe,  d'une  classe,  d'un  ensemble. 
Et  ce  peuple,  ce  groupe,  soit  bourgeois,  suit  guerrier,  ne  pouvait,  au 
temps  où  fermentaient  les  idées  des  croisades  (1080  -1095',  ni  créer 
dans  une  chanson  nouvelle  ni  même  garder  dans  un  remaniement  l'image 
d'un  Charlemagne  pèlerin,  monté  sur  un  mulet,  muni  de  la  besace  et  du 
bourdon,  et  l'image  d'une  ville  sainte,  libre  et  indépendante.  Peut-on 
vraiment  se  figurer  un  jongleur  de  la  foire  de  l'endit,  en  1090  par 
exemple,  où  les  sévices  des  Turcs  Seldjoucides  remplissaient  depuis  des 
années  tout  l'Occident  d'indignation,  que  les  papes  Grégoire  VII, 
Victor  III  '  et  Urbain  II  avaient  cherché  depuis  quinze  ans  à  gagner  les 
masses  à  leurs  idées  d'une  grande  expédition,  et  que,  par  conséquent,  le 
clergé  haranguait  le  peuple,  surtout  quand  il  y  avait  grand  concours  de 
gens  comme  à  Tendit  de  Saint-Denis  —  peut-on  sérieusement  s'ima- 
giner ce  poète  populaire  reprenant  l'ancienne  tradition  du  Pèlerinage 
pacifique  du  grand  empereur,  transformant  sa  matière  librement  et 
tout  différemment  de  son  original  en  y  introduisant  l'esprit  railleur  d'une 
société  bourgeoise  naissante,  et  se  montrant  par  cette  introduction  comme 
un  homme  tout  à  fait  maître  de  ce  que  lui  avaient  transmis  ses  ancêtres  et 


1.  Sous  ce  pape,  un  chef  turcoman,  Ortok,  s'empare  de  la  ville  sainte 
(1086),  et  les  persécutions  augmentent  encore;  aussi  le  projet  d'une  croisade, 
conçu  par  Victor  III,  suit-il  immédiatement  (1087)  cette  seconde  conquête  de 
Jérusalem  par  les  Turcs. 


l88  H.    MORF 

s'accommodant  bien  aux  nouvelles  idées  du  temps  nouveau  et  de  la  nou- 
velle société,  c'est-à-dire  se  montrant  vrai  poète  populaire,  véritable 
interprète  de  l'esprit  de  la  foire,  —  peut-on  admettre  que  ce  poète  eût  pu 
garder  pour  l'expédition  de  son  héros  l'intention  et  les  circonstances  pa- 
cifiques que  lui  donnait  la  tradition,  si  contraire  en  ce  point  aux  nou- 
velles idées,  si  contraire  aux  paroles  que  les  fidèles  venaient  d'entendre 
dans  la  bouche  du  prêtre  qui  leur  avait  montré  les  grandes  reliques  ? 

Je  suis  convaincu  que  l'idée  même  de  la  poésie  populaire  répugne  à 
une  si  étrange  hypothèse. 

Il  est  impossible  que,  dans  les  temps  où  se  préparait  la  grande  explo- 
sion de  1095,  le  peuple  ait  remanié  une  ancienne  chanson  du  pèlerinage 
de  Charles  sans  remanier  le  caractère  de  ce  pèlerinage  même  et  sans 
changer  l'aspect  de  la  sainte  cité.  La  grande  aspiration  de  ce  peuple 
était  dès  lors  de  vaincre  les  infidèles,  maîtres  des  saints  lieux,  et  toute 
grande  aspiration  nationale  est  confiée  par  un  peuple  qui  a  son  épopée  à 
ses  héros,  à  son  héros  xa-r'  èHoy/jV. 

Ce  héros  a  entre  autres  une  fonction  principale  :  il  doit  assurer  à  ces 
aspirations  nationales,  à  l'aide  de  son  bras  vigoureux,  une  réalité  que 
l'actualité  leur  refuse  encore.  Si  donc  un  poète  populaire  s'était  mis  à  ce 
moment  à  reprendre  l'ancien  Pèlerinage  pour  l'habiller  de  nouveau,  pour 
en  changer  complètement  l'aspect,  il  ne  pouvait  faire  autrement  que  d'y 
faire  vaincre  à  Charlemagne  les  Sarrasins  maîtres  de  la  sainte  cité.  Il 
devait  agir  ainsi  sans  s'en  rendre  compte,  étant  poète  du  peuple,  étant 
peuple  lui-même.  Il  se  trouvait  sous  l'influence  d'un  courant  d'idées  qui 
devait  l'entraîner  infailliblement  aussi  bien  que  tout  le  monde  autour  de 
lui.  Tout  cela  serait  arrivé  si  le  remaniement  de  l'ancienne  tradition 
avait  eu  lieu  peu  de  temps  avant  les  croisades,  disons  :  après  l'an  10S0. 
Je  choisis  cette  année,  parce  qu'il  faut  bien  laisser  quelque  temps,  pour 
se  répandre  dans  le  peuple,  à  la  triste  nouvelle  de  la  prise  de  Jérusalem 
par  les  Turcs  (1076)  et  à  l'idée  d'une  expédition  contre  eux,  conçue  par 
le  pape  Grégoire. 

Les  mêmes  arguments  que  M.  Paris  a  tirés  du  caractère  pacifique  du 
voyage  détruisent  naturellement  l'opinion,  soutenue  entre  autres  par 
M.  Stengel,  que  le  Pèlerinage  est  postérieur  à  la  première  ou  —  ce  qui 
en  ce  moment  vaut  autant  pour  nous  —  postérieur  à  la  seconde,  à  la 
troisième  croisade.  Seulement  l'invraisemblance  de  cette  attribution 
saute  encore  davantage  aux  yeux,  des  faits  littéraires  bien  connus  venant 
à  notre  aide. 

Le  manuscrit  du  Musée  britannique  (C)  est  le  seul  qui  ait  gardé  pour 
l'expédition  de  Charlemagne  le  caractère  primitif,  tout  à  fait  exempt  de 
l'influence  des  idées  des  croisades.  Les  deux  autres  manuscrits  français 
de  notre  chanson  que  nous  savons  avoir  existé  au  xir  ou  au  xin-  siècle 


ÉTUDE    SUR    LA    CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE    CHARLEMAGNE      189 

font  de  Charlemagne  un  croisé  z  et  y  de  l'arbre  généalogique  de 
M.  Koschwi'iz,  page  xiv).  On  admettra  avec  M.  Suchier  iKoschwitz, 
p.  vin  que  deux  scribes  ont  fort  bien  pu  arriver  à  faire  cela  indépen- 
damment l'un  de  l'autre,  rendant  hommage  chacun  de  son  côté  à  l'in- 
fluence du  courant  d'idées  qui  dominait  leur  temps.  L'original  de  la  ver- 
sion de  la  Karlamagnussaga  y,  la  plus  fidèle  au  texte  du  manuscrit  de 
Londres,  tout  en  gardant  le  bourdon  et  en  laissant  de  côté  les  armes,  dit, 
aussi  bien  que  celui  de  la  version  galloise  (z),  que  Charles  et  les  siens 
prirent  la  croix,  cédant  ainsi  involontairement  aux  idées  de  leurs  épo- 
ques et  se  souciant  peu  de  la  disparate  avec  le  reste  du  récit  qui  ré- 
sultait de  cette  remarque. 

Les  Galien  et  la  version  manuscrite  du  Guérin  de  Montglave  supposent 
une  expédition  armée,  et  le  poète  n'en  est  pas  plus  embarrassé  de  nous 
répéter  la  scène  des  gabs  à  Constantinople  [Koschwitz,  p.  xvm).  Il  est 
vrai  que  dans  aucune  de  ces  versions  il  n'est  question  de  la  croix.  L'ex- 
pédition en  elle-même  est  pacifique.  Dans  le  Guérin  elle  est  appelée  expres- 
sément pèlerinage  :  \Sechs  Bearbeitungcn,  p.  42  s.)  les  pèlerins  n'estaient 
armez  sinon  desespees  \j>.  45],  et  ils  ont  des  chevaux  (p.  47).  Dans  les  Galien 
il  s'agit  d'un  «  voyage  »  (p.  75  ;  d'un  «  saint  voyage  »,  p.  99  ;  d'un 
«  voyage  d'outremer  »,  ib.),  et  les  voyageurs  ont  de  même  leurs  épées 
et  leurs  destriers  ip.  77,  100  s.)  ».  L'absence  de  la  croix  et  de  toute  in- 
tention belliqueuse  dans  ces  remaniements  semble  contredire  ce  que 
nous  venons  de  prétendre.  Suivant  les  raisons  exposées  ci-dessus,  il 
faudrait  qu'ici  le  Pèlerinage  du  xie  siècle  fût  devenu  une  véritable  croi- 
sade. Point  du  tout.  Le  Galien  en  vers  qui  est  la  base  des  rema- 
niements en  question  ne  remonte  pas  au  delà  de  la  fin  du  xin°  siècle, 
comme  l'a  démontré  M.  Paris.  On  sait  qu'un  remaniement  de  ce  temps 
n'est  plus  animé  des  grandes  idées  nationales.  L'épopée  en  1 300  a  perdu 
depuis  longtemps  son  caractère  primitif.  Elle  est  devenue  une  chronique 
rimée  comme  une  autre,  où  les  anciennes  histoires  sont  racontées,  parce 
qu'elles  sont  intéressantes,  mais  non  plus  parce  que  l'âme  du  peuple  y 
trouve  l'expression  de  tout  ce  qui  l'émeut  et  la  remplit.  Le  Charlemagne 
de  cette  épopée  en  décadence  n'a  plus  le  bras  vigoureux  qu'il  prêtait  au 
xne  siècle  encore  aux  grandes  entreprises  nationales. 


1.  Il  paraît  bien  que  le  récit  du  Guérin  a  gardé  quelques  souvenirs  de  la  plus 
ancienne  version,  quand  il  se  sert  constamment  de  l'expression  pèlerin,  pèle- 
rinage, et  quand  il  dit  que  ces  pèlerins  n'ont  que  leurs  épées  dont  m  jamais  ou 
du  moins  trop  envis  se  teusse.it  dessaisis  »  (p.  4 s).  Cela  a  tout  à  fait  l'air  d'une 
excuse  de  la  part  d'un  remanieur  qui  veut  nous  donner  des  raisons  pour  avoir 
tant  soit  peu  armé  des  pèlerins  qui,  dans  son  original,  n'avaient  point  d'armes. 
Dans  les  Galien,  ces  hésitations  ont  disparu. 


IÇO  H.    MORF 

Que  l'auteur  du  Galien  en  1 300  nous  parle  d'un  voyage  pacifique  de 
Charlcmagne  en  Terre-Sainte  et  d'une  ville  sainte  indépendante  sous  un 
patriarche,  cela  ne  prouve  nullement  qu'un  poète  ou  remanieur  de  1 100 
ou  de  1 1  $0  en  eût  pu  faire  autant.  Cela  prouve  seulement  que  l'auteur  du 
Galien  travaillait  en  1 300  sur  un  manuscrit  qui  contenait  encore  la  tradition 
originale  d'un  voyage  sans  croix.  Comme,  en  conséquence  des  raisons  que 
je  viens  de  donner,  un  remaniement  que  le  Pîlerinage  aurait  subi  au  bon 
temps  du  xne  siècle  jn'aurait  point  gardé  ces  allures  pacifiques,  on  est 
autorisé  à  croire  qu'un  remaniement  au  xii° siècle  n'a  pas  eu  lieu.  Le  fait 
que  le  manuscrit  de  Londres  nous  offre  encore  à  la  fin  du  xine  siècle  la 
version  primitive  confirmerait  cette  hypothèse,  et  tout  se  réunirait  pour 
nous  faire  croire  que  le  poème  du  Pèlerinage  n'avait  pas  eu  un  aussi  grand 
succès  en  France  qu'à  l'étranger.  On  ne  le  remaniait  pas,  on  se  con- 
tentait de  se  le  transmettre  comme  d'autres  anciennes  chansons  du  bon 
vieux  temps,  qui  souvent,  moins  heureuses  que  le  Pîlerinage,  ne 
nous  sont  parvenues  que  dans  des  versions  étrangères.  Mais  en  se  le 
transmettant  simplement  comme  un  poème  pour  ainsi  dire  suranné,  ne 
convenant  plus  aux  temps  nouveaux,  les  chanteurs  étaient  si  peu  capa- 
bles de  se  soustraire  aux  idées  de  leur  époque  que  quelques-uns  font  ins- 
tinctivement prendre  la  croix  à  Charles,  montrant  par  cette  condescen- 
dance involontaire  combien  peu  familière  leur  était,  malgré  le  texte 
même  de  la  chanson,  l'image  de  cet  empereur  chevauchant  sur  un  mulet 
et  ne  pensant  à  rien  moins  qu'à  combattre  pour  le  saint  sépulcre.  Ils  au- 
raient bien  autrement  chanté  le  voyage  en  Orient,  si  eux-mêmes,  poètes 
du  temps  des  croisades,  ils  avaient  eu  à  trouver  ou  à  remanier  l'histoire 
de  leur  empereur  allant  à  Jérusalem  :  ni  Charles  n'aurait  alors  oublié 
Joyeuse,  ni  Roland  Durendal.  La  version  galloise  le  prouve  on  ne  peut 
plus  clairement,  en  faisant  prendre  aux  pèlerins  des  armes,  outre  la 
croix  iplenty  of  every  kind  of  arms,  Sechs  Bearbeitungen,  p.  21),  qui  na- 
turellement disparaissent  plus  tard,  comme  le  cortège  des  80,000. 

Et  avec  tout  cela  on  veut  que  la  composition  de  notre  chanson  ^c'est- 
à-dire  le  remaniement  d'une  ancienne  chanson  du  pèlerinage  de  Charles 
en  Terre-Sainte  dû  au  poète  de  la  foire  de  Saint-Denis),  —  compo- 
sition où,  par  la  nature  des  faits  racontés,  n'entrent  pour  rien  ni  la  croix, 
ni  les  armes,  ni  les  Sarrasins  à  combattre,  -  ne  date  que  du  temps  des 
premières  croisades,  de  l'âge  d'or  de  l'idée  d'un  Charlemagne  croisé1  ? 


1 .  Four  les  mêmes  raisons,  je  crois  la  branche  de  la  chanson  de  Reihiut  de 
Monlauban  qui  raconte  son  pèlerinage  en  Terre-Sainte,  quelque  peu  ancienne 
qu'elle  soit  {Hist.  litt.,  XXII,  p.  698),  antérieure  comme  fond  aux  croisades. 
Renaut  n'y  prend  point  la  croix,  comme  les  poètes  le  font  taire  aux  héros 
allant  en  Falestine  dans  les   poèmes  sûrement  postérieurs  aux  croisades.  Le 


ÉTUDE    SUR    LA   CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE    CHARLEMAGNE      1 9 1 

J'ai  encore  à  revenir  à  l'idée  que  le  poète  se  fait  de  la  situation  de 
Jérusalem,  parce  que  je  trouve  sur  ce  point  capital  notre  poème  plus 
conséquent  que  ne  le  veut  M.  Paris,  qui  croit  que  le  vers  213, 

Dcus  est  encore  el  ciel  qui'n  voelt  faire  justise, 

s'adresse  aux  Musulmans.  M.  Gautier  a  déjà  fait  remarquer  il.  c.,p.  275) 
qu'ici  évidemment  il  n'est  pas  question  des  Sarrasins,  qui  ne  sont  pas 
nommés.  Li  home  de  la  terre  sont  des  Francs  pour  une  grande  partie,  et  si 
le  poète  eût  eu  en  vue  les  mécréants,  il  aurait  certainement  parlé  autre- 
ment de  celé  gent  haïe.  On  peut  supposer  que  le  bruit  du  marché  atte- 
nant à  l'église  de  Sainte-Marie  Latine  contrastait  aux  yeux  des  pèlerins, 
venus  pour  prier,  d'une  manière  désagréable  avec  la  sainteté  du  lieu. 
Des  marchandises  barraient  le  chemin,  les  cris  des  vendeurs  francs,  juifs, 
arabes  ides  «  lenguages  »  v.  209)  pénétraient  dans  l'église  et  troublaient 
la  dévotion    des    fidèles.    Les    pèlerins    se   plaignaient   de   ce    qu'ils 


roi  Charles  ne  l'envoie  point  porter  du  secours  à  la  ville  sainte,  qui  est  de 
nouveau  aux  mains  des  mécréants  (p.  405  de  l'édition  Michelant).  L'empereur 
de  la  chrétienté  ne  sait  apparemment  rien  de  cette  catastrophe,  inventée  et 
ajoutée  postérieurement  à  cette  branche  et  représentant  sans  doute  le  reflet 
poétique  de  la  prise  de  Jérusalem  par  Saladin,  en  1  187.  On  sait  que  la  rédac- 
tion la  plus  ancienne  de  la  chanson  de  Renaut  qui  nous  soit  parvenue  est  de  la 
fin  du  xii°  ou  du  commencement  du  xme  siècle.  On  sait  aussi  que  c'est  justement 
le  récit  des  exploits  de  Renaut  sous  les  murailles  de  la  sainte  cité  qui  diffère 
le  plus  dans  les  textes  (1.  c.  p.  509,  513);  c'est  qu'ici,  avant  tout,  chaque  re- 
manieur trouvait  à  faire  pour  rendre  sa  chanson  conforme  à  l'esprit  de  son 
époque.  Il  n'est  peut-être  pas  inutile  de  faire  remarquer  que  ces  poètes  se  repré- 
sentent Jérusalem  comme  ayant  pour  chef  un  roi  (pp.  405,  418)  et  non  point  un 
patriarche;  telle  doit  évidemment  être  l'idée  d'un  poète  vivant  du  temps  des  rois 
de  Jérusalem  (cf.  G.  Paris,  ci -dessus  p.  128). 

Pour  se  persuader  qu'originairement  Renaut  était  censé  aller  en  Terre-Sainte 
comme  simple  pèlerin,  dans  la  seule  intention  d'adorer  le  saint  sépulcre  et  d'y 
faire  ses  offrandes  (qu'il  le  fît  volontairement  ou  que  Charles  le  lui  eût  com- 
mandé), il  suffit  de  lire  ces  vers  prononcés  par  Renaut  (p.  381)  : 

Et  si  saciez  de  voir,  outre  mer  doi  la  voie. 
Se  Deus  me  done  vie  que  au  sepucre  soie, 
M'oferande  i  ferai,  puis  m'an  repereroie. 
Se  ge  puis  retorner 

Pas  un  mot  des  Sarrasins  à  défaire  !  Le  remanieur  — -  on  sait  combien  souvent 
cela  lui  arrive  —  a  oublié  de  rendre  ce  passage  et  celui  de  la  p.  398  conformes 
à  ce  qu'il  va  plus  tard  ajouter  de  son  chef.  Il  en  est  autrement  du  vœu  de  Re- 
naut que  Bekker  nous  fait  connaître  d'après  une  autre  version  (p.  X  de  son 
Fierabras).  La  rédaction  plus  jeune  encore  à  laquelle  ces  vers  appartiennent 
fait  dire  à  Renaut  qu'il  ira  conquérir  le  saint  sépulcre,  tout  en  lui  faisant  faire 
son  voyage_  «  Nus  pieds,  en  lange,  corn  pèlerin  pené  »,  conformément  à  l'an- 
cienne tradition. 

Il  y  aurait  une  étude  aussi  curieuse  qu'instructive  à  faire  sur  le  progrès  des 
idées  des  croisades,  sur  le  mélange  de  tradition  et  d'actualité,  sur  les  allusions 
aux  faits  historiques  des  croisades  dans  les  différents  textes  de  cette  chanson. 
La  chronologie  des  chansons  de  geste  en  général  en  profiterait  beaucoup. 


1Ç2  H.    MORF 

croyaient  une  profanation  ;  il  leur  venait  à  l'esprit  l'image  du  Christ 
chassant  les  marchands  du  Temple  ;  ils  en  parlaient  après  leur  retour 
dans  leurs  pays,  et  dans  la  suite  naquit  l'idée  d'un  marché  ayant  lieu 
dans  l'église  même,  comme  l'Évangile  le  représente.  Notre  poète  a  compris 
de  la  sorte  le  récit  des  pèlerins,  et  comme  eux  il  pense  à  une  seconde 
purification  du  Temple  qui  frappera  les  hommes  de  la  terre,  francs,  juifs, 
arabes,  indistinctement.  Ainsi  je  vois  dans  ce  passage  plutôt  une  autre 
preuve  de  ce  fait  extrêmement  important  que  le  Pilerinage  se  représente 
Jérusalem  comme  une  ville  où  l'adoration  des  saints  lieux  n'est  nullement 
troublée  par  les  ennemis  musulmans.  Même  quand  il  y  a  quelque  profa- 
nation, ce  sont  li  home  de  la  terre  et  non  pas  les  Sarrasins  qui  en  sont  les 
auteurs,  le  poète  laissant  dans  le  vague  par  cette  expression  indifférente 
son  accusation,  et  par  cela  même  ne  l'adressant  point  aux  mécréants.  Il 
est  incontestable,  comme  le  dit  M.  Gautier  (p.  273),  que  l'idée  de  la  pré- 
sence des  Sarrasins  n'entre  pour  rien  dans  l'image  de  la  ville  sainte  ',  et 
que  dans  tout  le  poème  «  on  ne  trouve  pas  une  seule  fois  un  accent  in- 
digné contre  les  Sarrasins,  maîtres  de  la  sainte  cité.  » 

M.  Koschwitz  me  semble  combattre  cette  assertion  bien  à  tort  p.  xv). 
Il  est  parfaitement  clair,  et  il  résulte  incontestablement  de  la  réponse  de 
Charlemagne,  que  le  patriarche  ne  voit  les  ennemis  qui  veulent  détruire  la 
chrétienté  que  de  l'autre  côté  de  la  Méditerranée.  !l  ne  parle  pas  du  tout 
des  Sarrasins  comme  des  possesseurs  du  saint  sépulcre  2.  Si  le  poète 
en  avait  voulu  parler,  il  s'y  serait  pris  bien  autrement.  Et  comment 
le  patriarche  se  serait-il  alors  contenté  de  la  réponse  de  l'em- 
pereur ?  Il  ne  faut  donc  pas  imposer  à  ces  paroles  fort  claires  le  sens 
qu'on  désirerait  y  trouver.  Tout  ce  qui  est  dit  dans  les  vers  224  ss. 
est  fort  bien  dit  tel  qu'il  est,  et  tout  à  fait  en  harmonie  avec  l'idée  que  le 
poète  se  fait  de  la  ville  sainte.  L'émendation  que  M.  Koschwitz  nous 
propose  p.  xv  s.)  — car  le  passage  présente  des  difficultés  linguistiques 
auxquelles  on  est  forcé  de  remédier  —  lui  est  suggérée  par  le  besoin 


1.  Qu'on  n'oublie  pas  que  c'est  un  Juif  et  non  pas  un  Sarrasin  qui  est  con- 
verti par  l'apparition  de  Charlemagne. 

2.  M.  Stengel  (I.  c,  p.  289)  paraît  appuyer  sur  le  «  nos  »  du  vers  227  (224 
et  225).  Mais  «  nos  »  veut  dire  évidemment  :  nous  iiutres  chrétiens,  le  patriar- 
che parlant  de  la  chrétienté  en  général  qui  est  haïe  par  les  païens.  Et  il  dit 
dans  l'édition  de  M.  Koschwitz  :  «  gardez-nous  en  »,  et  non  pas  :  «  délivrez-nous 
en  »,  ce  qui  n'est  point  insignifiant.  Le  texte  de  notre  chanson  s'oppose  partout 
à  une  interprétation  qui  voudrait  voir  Jérusalem  dans  les  mains  des  mécréants,  et 
par  conséquent  ayant  besoin  d'être  délivrée.  —  Du  reste,  le  manuscrit  lit  :  «  de 
paiens  vos  gardez  »,  et  les  trois  versions  en  prose  disent  de  même  (p.  43,  76, 
104.  Le  gallois  a  abrégé  (p.  24),  de  même  la  saga.  Dans  la  première  édition, 
M.  F'>rster  avait  proposé  de  garder  le  «  vos  »;  M.  Koschwitz  ne  donne  pas 
les  raisons  qui  l'ont  lait  changer.  J'y  reviendrai  (p.  199). 


ÉTUDE    SUR    LA    CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE    CHARLEMAGNE      1 9  5 

qu'il  éprouve  de  faire  disparaître  du  texte  primitif  la  réponse  de  Charles, 
parce  qu'il  y  voit  une  disparate.  D'après  lui,  un  copiste  a  intercalé  cette 
réponse  et  a  remplacé  par  elle  d'autres  vers  qui  se  trouvaient  originai- 
rement là,  pour  mettre  en  rapport  sa  chanson  avec  la  bataille  de  Ron- 
cevaux  l  ip.  xvii).  Mais  quelle  raison  un  copiste  postérieur,  du  temps 
des  croisades 2,  aurait-il  eue  pour  forger  une  telle  réponse,  qui  devait  lui 
paraître  aussi  singulière  qu'à  M.  Koschwitz  ?  Lui,  l'homme  du  xiT  siècle, 
qui  connaissait  les  combats  pour  les  saints  lieux,  n'avait  aucune  raison 
de  faire  chercher  les  mécréants  en  Espagne  au  patriarche  et  à  Charle- 
magne  s'entretenant  à  Jérusalem.  Il  devait  plutôt  être  enclin  à  faire  dis- 
paraître ce  trait  suranné  pour  son  époque  et  à  faire  promettre  à  Charie- 
magne  qu'il  viendrait  plus  tard  avec  toute  une  armée  pour  détruire 
les  Sarrasins  de  Syrie  et  de  Palestine.  C'est  précisément  ce  que, 
dans  le  Galïen  imprimé.  Charles  répond  au  patriarche  :  «  Certes,  pa- 
triarche, moy  retourné  en  France...  je  reviendray  ces  chiens  payens  as- 
saillir et  leur  feray  a  tous  finer  la  vie  souz  mon  espée,  car  tant  ameneray 
de  François  et  de  barons  de  mon  pays  que  j'en  feray  trembler  cette  terre 
(p.  1041.  »  Voilà  l'arrangement  rationaliste  qui  serait  venu  à  l'idée  d'un 
scribe  du  xne  siècle  plutôt  que  l'introduction  des  vers  que  lui  attribue 
M.  Koschwitz  5  et  qui  pour  lui  devaient  contenir  une  disparate.  Mais  ce 
scribe  n'a  rien  introduit  du  tout  ;  les  vers  en  question  sont  plutôt  un  trait 
fort  précieux,  témoignant  pour  l'ancienneté  du  poème  4.  La  difficulté  qui 


i.  M.  Stengel  va  encore  plus  loin,  en  disant  (I.  c.  p.  289)  :  Hiedurch  scheint 
sich  mir  die  Reise  Karls  als  Vorgedicht  zu  Roland  deutlich  genug  selbst  darzu- 
stellen.  A  vrai  dire,  ces  vers  ncus  montrent  seulement,  ce  dont  sans  eux  on  n'au- 
rait point  douté,  que  le  poète  connaissait  la  tradition  des  guerres  d'Espagne, 
plus  ancienne  en  tout  cas  que  celle  du  pèlerinage.  Cette  allusion,  assez  fré- 
quente dans  les  chansons  de  geste  pour  n'être  à  nos  yeux  qu'un  lieu  commun, 
ne  nous  avance  pas  plus  dans  notre  connaissance  de  l'intention  du  poète  que 
l'emploi  du  chiffre  7  pour  désigner  un  espace  de  temps  considérable  (vers  74, 
193,  310,  325).  —  Le  poète  ayant  emprunté  une  fois  l'institution  des  douze 
pairs  aux  traditions  sur  les  guerres  d'Espagne,  il  est  bien  clair  que  ce  qu'il  en 
raconte  doit  s'être  passé  avant  le  désastre  de  Roncevaux,  auquel  il  peut  donc  faire 
allusion  comme  à  un  événement  futur;  il  est  bien  clair  aussi  qu'il  fait  du  tri- 
c'inium  aux  on:c  lits  une  salle  à  treize  lits.  Cela  peut  bien  rappeler  des  situations 
analogues  des  romans  d'aventure  (Stengel,  1.  c,  p.  288)  ;  mais  cela  n'a  aucun 
rapport  avec  eux.  La  même  donnée  (un  roi  et  douze  compagnons)  amène  des 
situations  semblables  dans  les  deux  cycles  indépendamment. 

2.  On  sait  que  toutes  les  anciennes  versions  sont  d'accord  pour  attribuer 
cette  réponse  à  Charlemagne,  de  sorte  que  cette  interpolation  se  serait  faite 
de  bien  bonne  heure.  Le  Galien  manuscrit  a  gardé  ce  trait  (p.  76);  le  Guérin 
l'a  fait  disparaître  (p.  43). 

3.  M.  Koschwitz  a-t-il  oublié  qu'il  s'est  prononcé  autrefois  (Rom.  Studien, 
II,  p.  43)  comme  je  le  fais  ici  en  combattant  ses  remarques  récentes? 

4.  Rôhricht,  Beitràge  zur  Gesch.  d.  Kreuzziige,  II,  p.  14,  paraît  traduire  le 
mot  Espagne  de  ce  passage  par  «   pays  des  Sarrasins  »,  ce  qui  vaudrait  ici 

Romania,  XIII.  1 3 


194  H>  M0RF 

résulte  des  assonances  a  été  levée  par  M.  Paris  d'une  manière  bien  plus 
satisfaisante  au  point  de  vue  de  la  paléographie  et  du  sens  [Rom.,  XI, 
p.  407  et  ci-dessus,  p.  127}. 

M.  Gautier  a  donc  raison  de  dire  que  ni  l'empereur,  ni  le  patriarche 
ne  voient  d'ennemis  dans  la  ville  sainte  et  que  par  conséquent  le  poème 
ne  contient  aucun  trait  contre  les  véritables  maîtres  du  saint  sépulcre.  Il 
les  ignore.  Et  cela  convient  parfaitement  à  l'idée  qu'on  devait  avoir  en 
Occident  de  l'état  des  saints  lieux  au  xie  siècle.  M.  Paris  a  montré  \Rom., 
IX,  p.  19  qu'après  la  mort  du  calife  Fatimide  Hakîm  (-J-  10201,  qui  avait 
interrompu  pour  quelque  temps  les  traditions  de  tolérance  du  califat,  la 
confiance  et  la  sécurité  étaient  revenues  dans  la  société  franque  de  Jéru- 
salem. Les  rapports  des  Francs  et  des  Musulmans  redevenaient  amicaux, 
ce  que,  en  réalité,  malgré  l'intolérance  d'en  haut,  ils  n'avaient  jamais 
complètement  cessé  d'être.  M.  Prutz,  dans  son  livre  récent  sur  les  croi- 
sades ',  montre  de  nouveau  qu'une  haine  religieuse  n'existait  point  entre 
les  chrétiens  et  les  Arabes  en  Palestine  sous  les  califes,  qu'elle  fut 
moins  la  cause  que  la  suite  des  croisades.  Les  pèlerins  furent  libres  dans 
leurs  exercices  de  dévotion  jusqu'en  1076  2.  Après  la  mort  de  Hakîm, 
surtout  depuis  1035,  leurs  voyages  recommencèrent  de  plus  belle 
iRôhricht,  Histor.  Taschenbuch,  1875,  p.  3 14).  Pendant  leur  séjour  à  Jé- 
rusalem, il  se  faisait  des  processions  conduites  parle  patriarche  vers  143', 
dont  les  dispositions  réglaient  la  vie  religieuse  des  Francs  et  qui  était 


autant  que  Syrie.  Outre  que  le  sens  du  passage  entier  ne  permet  pas  une  telle 
interprétation,  cette  traduction  serait  en  tout  cas  inadmissible  pour  un  poème 
du  caractère  du  Pèlerinage.  Il  est  vrai  que  Hispania,  dans  quelques  historiens 
des  croisades,  est  employée  dans  ce  sens  (M.  R.  se  trompe  cependant  s'il  range 
parmi  eux  Guillaume  de  Tyr,  Histor.  Taschenbuch,  1875,  p.  340),  mais  cela  ne 
prouve  rien  pour  la  poésie  populaire,  où  Espagne  pour  paienie  ne  se  rencontre 
guère  avant  la  fin  du  XIIe  siècle.  La  chanson  de  Fierabras  offre,  que  je  sache, 
le  premier  exemple.  Aspremont  va  suivre  au  xm8  siècle.  On  sait  quelle  confusion 
naquit  de  là  dans  les  traditions. 

1.  Kulturgeschichte  der  Kreuzziige,  pp.  10,  12,  17,  21,  35,  39. 

?.  Il  est  vrai  qu'il  doit  y  avoir  eu  des  exceptions,  comme  il  est  du  reste  na- 
turel. 11  sera  arrivé  à  l'un  ou  à  l'autre  de  ces  pèlerins  de  subir  des  vexations,  de 
mauvais  traitements,  et  même  d'être  mis  à  mort  par  des  Arabes  de  Jérusalem. 
Mais,  en  général,  les  bons  rapports  entre  les  pèlerins  et  les  Arabes  à  Jérusalem 
sont  incontestables  pour  le  milieu  du  xi°  siècle.  Il  suffit  de  renvoyer  à  ce  que 
dit  l'abbé  de  Croyland,  Ingulph  (cité  par  M.  Paris),  témoin  des  faits  qu'il  ra- 
conte. Guillaume  de  Tyr  (I,  cap.  10)  parle  par  ouï-dire,  un  siècle  après,  pen- 
dant lequel  la  haine  contre  les  Musulmans  allait  toujours  augmentant,  et  il  ne 
sépare  pas  (il  parle  de  tout  l'espace  des  quatre  siècles  de  domination  païenne) 
l'époque  de  1020  à  1076  de  celle  qui  la  précéda  et  de  celle  qui  la  suivit.  Les 
objections  que  M.  Gautier  allègue  en  plus  (p.  273)  ne  prouvent  pas  davantage. 
11  rappelle  les  vexations  de  la  part  des  Turcs  Seldjoucides  et  le  discours  du 
pape  Urbain  II,  à  Clermont,  pour  prouver  qu'avant  1076  il  n'y  avait  que  de 
terribles  épreuves  pour  les  pauvres  pèlerins  à  Jérusalem. 


ÉTUDE    SUR    LA    CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE   CHARLEMAGNE      IÇ)$ 

pour  les  pèlerins  la  seule  autorité  qui  frappât  leurs  yeux  et  imposât  à 
leur  dévote  ardeur.  Cet  état  de  choses  ne  pouvait  tarder  à  produire  dans 
les  esprits  de  ces  hommes  simples  et  ignorants  l'idée  d'un  patriarche 
souverain,  maître  de  la  ville  sainte. 

Ces  pèlerins  qui  avaient  été  accueillis  si  amicalement  par  leurs  core- 
ligionnaires dans  la  sainte  cité,  qui  y  avaient  adoré  le  saint  sépulcre, 
conduits  par  le  patriarche,  sans  que  personne  fût  venu  troubler  le  faste 
qu'ils  y  déployaient,  qui  voyaient  les  rapports  pacifiques  de  tous  ieslen- 
guages  de  la  ville,  comment  auraient-ils  pu  répandre  en  Occident  l'idée 
d'une  Jérusalem  opprimée  par  les  mécréants  et  ayant  besoin  d'être  dé- 
livrée par  la  force  des  armes  ?  Loin  de  là  ,  dans  l'image  de  la  ville 
sainte  que  leurs  récits  donnaient  aux  Occidentaux  tels  que  notre  poète, 
aucun  souvenir  des  Sarrasins  ne  venait  troubler  l'état  patriarcal. 

Voilà  Jasdlem  la  vile  du  Pclerinage.  Mais  ce  qui  est  vrai  pour  la  ville 
ne  s'applique  pas  à  l'état  du  pays  entier.  On  sait  que  les  mêmes  pèlerins 
qui  avaient,  en  toute  sécurité,  prié  aux  lieux  saints  de  la  cité,  étaient 
forcés  de  renoncer  à  une  visite  aux  bords  du  Jourdain  par  crainte  des 
attaques  des  Bédouins  [Hist.  Taschenbuch,  1875,  p.  364,  cf.  347,  3 4. 5  . 
La  grande  expédition  de  1065,  qui  trouva  dans  Jérusalem  un  accueil  si 
complètement  pacifique,  avait  eu  beaucoup  à  souffrir  des  brigands  arabes 
en  traversant  la  Syrie  1.  c,  p.  3461.  L'approche  de  la  sainte  cité  était, 
d'après  ces  témoignages,  aussi  périlleuse  que  le  séjour  y  était  rassurant. 
Cela  n'a  assurément  pas  peu  contribué  à  faire  regarder  Jérusalem  comme 
une  espèce  d'asile  où  le  pèlerin,  protégé  par  le  patriarche,  jouissait  d'une 
sécurité  complète. 

Les  pèlerins  savaient  fort  bien  que  ces  vexations  n'avaient  que  très 
peu  à  faire  avec  la  diversité  de  la  foi  des  assaillants  et  des  assaillis.  Ces 
ennemis  étaient  bien  des  Sarrasins,  mais  ils  étaient  avant  tout  des  brigands 
qui  ne  les  guettaient  point  à  cause  de  leur  foi,  mais  à  cause  de  leur  ar- 
gent. Pour  éprouver  de  telles  vexations,  un  Occidental  du  moyen  âge 
n'avait  pas  besoin  d'aller  en  Syrie  ;  il  pouvait  les  subir  chez  lui  '.  Sous 
le  pontificat  du  fameux  Benoît  IX  (1033-1048),  un  pèlerinage  à  Rome 
n'était  guère  moins  périlleux  qu'un  voyagea  Jérusalem.  Le  pèlerin  n'avait 
aucune  raison  de  voir  dans  les  brigands  païens,  qui  lui  volaient  en  Syrie 
ce  que  les  brigands  chrétiens  lui  avait  laissé  en  Europe,  des  ennemis  de 
sa  foi  plutôt  que  de  son  bien.  Aussi  un  voyage  de  ce  temps-là  était-il 
toujours  une  entreprise  où  il  y  allait  du  bien,  sinon  de  la  vie.  L'essentiel, 


1 .  Il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  que  les  pèlerins  étaient  souvent  bien  cruelle- 
ment traités  à  Constantinople,  où  le  terrible  Basile  II  ne  fut  pas  le  seul  à  les 
vexer  pendant  le  xie  siècle. 


196  H.    MORF 

c'est  qu'à  Jérusalem  on  n'était  pas  empêché  d'adorer  le  saint  sépulcre, 
que  les  saints  lieux  n'étaient  pas  profanés.  Pourvu  que  cela  fût,  on  avait 
de  quoi  être  content. 

Ce  ne  sont  point  les  dangers  qu'on  courait  pendant  le  voyage  qui  rem- 
plirent l'Occident  d'indignation  et  qui  firent  éclater  la  guerre  :  c'est  l'im- 
possibilité de  faire  ses  prières  sur  les  saints  lieux,  causée  par  les  Turcs 
depuis  1076,  qui  désespéra  l'Occident. 

Il  se  peut  donc  fort  bien  qu'un  Occidental  du  milieu  du  xie  siècle  se 
représentât  la  ville  de  Jérusalem  comme  une  ville  indépendante  des  Sar- 
rasins et  à  l'abri  de  toute  vexation,  tandis  qu'il  savait  que  le  pays  qui 
l'entourait  était  à  la  merci  des  brigands  mécréants. 

C'est  précisément  l'idée  de  notre  chanson.  Le  chemin  de  Jérusalem 
traverse  les  Turcs  et  les  Persanz  et  celé gent  haïe  (105),  et  en  lui  donnant 
son  congé  le  patriarche  dit  à  Charles  :  «Mais  que  de  Sarazinset  paiiens 
vos  guardez  1224).  »  M.  Paris  est  prêta  sacrifier  ce  vers  105  à  cause  de 
cet  autre  qui  dit  que  le  roi  Hugon 

tient  tote  Perse  tresque  en  Capadoce  (48). 

Je  trouve  de  même  que  ces  deux  vers  se  contredisent  ;  pourtant  je  ne 
sais  si  cette  contradiction  serait  assez  forte  en  elle-même  pour  nous  con- 
traindre à  l'émendation,  vu  le  caractère  populaire  de  la  chanson.  N'exi- 
geons pas  trop  d'unité  d'un  poème  pareil,  car  ce  qui  paraît  se  contredire 
aux  yeux  d'un  lecteur  moderne,  qui  porte  partout  son  besoin  de  critique 
et  qui  lit  et  relit  ces  poèmes,  n'est  pas  toujours  et  est  rarement  au  même 
degré  une  contradiction  aux  yeux  de  l'homme  du  moyen  âge.  Il  faut 
ajouter  que  les  deux  vers  en  question  ont  pu  être  interpolés  postérieu- 
rement ;  le  contexte  dans  lequel  ils  se  trouvent  l'un  et  l'autre  se  prête 
avec  une  égale  facilité  à  de  telles  interpolations  énumération  de  pays 
lointains1.  Tandis  que  les  conditions  paléographiques  ne  rendent  pas  l'un 
de  ces  vers  plus  suspect  que  l'autre,  je  crois  devoir  voir  dans  une  autre 
circonstance  une  preuve  contre  l'authenticité  du  vers  48  ou  au  moins  de 
sa  forme  actuelle.  La  Perse  est  dans  toute  l'épopée  française  un  pays 
d'infidèles  cf.  par  exemple  Roland,  32041,  qu'on  peut  s'étonner  avec 
raison  de  voir  ici  soumis  à  un  prince  chrétien.  Le  vers  me  paraît  donc 
contenir,  outre  la  contradiction  avec  ce  qui  suit  1,10^,  une  autre  con- 
tradiction avec  la  géographie  générale  des  chansons  de  geste,  ce  qui  est 
beaucoup  plus  grave  et  ce  qui  me  semble  indiquer  une  époque  relativement 
moderne.  La  saga  dit  :  «  Il  est  empereur  à  Constantinople  et  jusque  dans 
la  terre  qui  s'appelle  Cappadoce.  »  Son  original  français  n'avait  donc 
sans  doute  pas  Perse,  mais  peut-être  terre.  Les  autres  versions  ne  con- 
naissent point  ce  vers. 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   1 97 

Le  vers  105  restera  donc  '.  Il  est  vrai  que  le  poète,  par  la  nature 
des  faits  qu'il  raconte,  ne  peut  être  porté  à  nous  montrer  l'empereur  et 
ses  pairs  en  face  des  mécréants  \R01n.,  IX.  p.  28,  ci-dessus,  p.  128  . 
Mais,  d'autre  part,  il  dépend,  comme  poète  populaire,  essentiellement 
des  idées  de  son  temps  dans  toutes  ses  descriptions  des  pays  orientaux. 
M.  Paris  nous  l'a  montré  au  sujet  de  la  peinture  de  Constantinople  et  de 
Jérusalem  qu'offrent  ses  vers.  Il  en  doit  être  de  même  du  reste.  Le  poète 
et  son  auditoire  savaient  que  la  route  des  pèlerins  conduisait  à  travers 
des  contrées  peuplées  de  hordes  païennes  ;  il  fallait  bien  que  son  Char- 
lemagne  passât  par  là.  Il  était  libre  d'ailleurs  de  le  faire  attaquer  par 


1.  M.  Paris  a  montré  (Rom.,  IX,  28)  qu'en  lui-même  ce  vers  peut  fcrt  bien 
convenir  à  un  poème  du  xie  siècle,  et  M.  Koschwitz  (p.  551  est,  comme  moi, 
d'avis  de  le  garder.  —  On  le  félicitera  d'être  revenu,  dans  sa  nouvelle  édition, 
de  sa  tentative  d'établir  un  itinéraire  conforme  à  la  réalité,  tel  qu'il  l'avait 
essayé  dans  la  première.  Il  paraît  que  lui-même  préférerait  aujourd'hui  garder 
tout  simplement  la  leçon  du  manuscrit,  la  transposition  des  deux  vers  102  s. 
après  106  qui  se  trouve  à  présent  dans  son  texte  critique  s'étant  faite  sur  la 
proposition  de  M.  Fôrster.  Cette  proposition  me  paraît  peu  fondée. 

Si  une  édition  critique  a  pour  but  de  rétablir  à  l'aide  de  toutes  les  versions 
la  forme  la  plus  voisine  possible  de  l'original  perdu,  cette  proposition  est  à 
rejeter  parce  qu'elle  dépasse  ce  que  son  auteur  peut  prouver  à  l'aide  de  l'en- 
semble des  différentes  versions.  Le  fait  que,  par  cette  transposition,  tout  le 
passage  devient  moins  choquant  pour  le  lecteur  moderne  ne  la  rend  point  du 
tout  plus  probable.  Ce  point  de  vue  impliquerait  plutôt  une  erreur  critique  des 
plus  graves,  constituant  une  inconséquence  par  trop  frappante  vis  à-vis  du 
procédé  que  l'éditeur  a  suivi  avec  raison  dans  d'autres  parties  du  poème.  Si 
l'on  voulait  ainsi  corriger  notre  texte,  il  faudrait  aussi  faire  disparaître  de  la 
description  de  Jérusalem  les  erreurs  manifestes  du  poète,  que  M.  Paris  nous  a 
si  convaincamment  révélées.  Cette  description  n'est  pas,  objectivement  parlant, 
moins  fausse  que  l'itinéraire  (cf.  M.  Koschwitz,  p.  5$).  L'on  arriverait,  par  ce 
procédé,  à  introduire  dans  les  vers  d'un  poète  du  xie  siècle  le  savoir  d'un 
critique  du  xixe  !  Il  ne  s'agit  pas  ici  de  ce  que  les  paroles  du  poème  impliquent 
contradiction  avec,  les  faits  réels  de  l'histoire  et  de  la  topographie,  mais  seule- 
ment de  la  question  de  savoir  si  ces  paroles  contiennent  quelque  chose  qui 
contredise  essentiellement  le  cercle  des  idées  que  l'époque  et  l'individualité 
du  poète  nous  font  supposer  chez  leur  auteur.  Il  s'agit  de  la  vérité  subjective 
de  tout  ce  qui  est  dit,  la  vérité  objective  manquant,  comme  tout  le  monde  sait, 
à  cette  chanson  pour  le  fond  même  des  prétendus  faits  qu'elle  raconte.  C'est 
seulement  si  cette  vérité  intérieure,  poétique,  fait  manifestement  défaut,  que 
nous  serons  autorisés  à  révoquer  en  doute  dans  notre  manuscrit  l'authenticité 
d'un  passage  qui  se  trouve  dans  des  conditions  paléographiques  semblables  à 
celle  des  vers  100-108,  c'est  à-dire  où  la  diversité  des  leçons  de  toutes  le? 
versions  est  fort  grande.  La  leçon  du  gallois  est  abrégée  et  la  forme  sous  laquelle 
cette  abréviation  se  présente  («  that  the  account  may  be  the  briefer  »,  p.  22) 
montre  que  le  traducteur  trouvait  dans  son  original  français  un  itinéraire  plus 
longuement  développé  et  qui  probablement  ne  pouvait  subsister  devant  sa  cri- 
tique. La  leçon  de  la  saga  (ou  de  son  original  français)  n'a  pas  moins  l'air 
d'un  arrangement  rationaliste  ;  les  manuscrits  Bb  abrègent  encore  davantage. 
Comme  au  point  de  vue  paléographique  tout  se  réunit  pour  nous  faire  croire 
que  le  manuscrit  C  nous  donne  une  leçon  plus  ancienne  que  les  autres,  il  ne  reste- 
rait que  l'invraisemblance  poétique  qui  pût  nous  autoriser  à  un  changement,  et 


IC)8  H.    MORF 

les  voleurs  de  celé  gent  haie  ou  de  le  mener  vite  à  travers  ces  pays 
sans  incident.  Il  préféra  intinctivement  cette  dernière  alternative,  et  l'on 
ne  serait  pas  étonné  de  trouver  ici  une  remarque  du  poète  qui  dirait  que 
les  Sarrasins  n'ont  osé  attaquer  le  cortège  des  Treize  parce  que 

tant  orent  fier  le  vis. 

Mais  il  ne  se  donne  pas  même  le  temps  de  raisonner  de  la  sorte.  Le  fait 
inévitable,  nécessaire,  lui  suffit  :  Charles  traverse  les  contrées  païennes 
comme  les  autres  pèlerins  pour  arriver  à  Jérusalem,  en  allant  et  en  ve- 


personne  ne  niera  qu'elle  n'existe  point.  Le  jongleur  de  la  foire  de  Saint-Denis 
que  sait-il  si  l'on  arrive  de  Laodicée  à  Jérusalem  en  traversant  la  Croatie?  II 
a  entendu  ces  deux  noms  dans  la  bouche  des  paumiers,  comme  M.  Paris  l'a 
déjà  fait  remarquer  ;  il  sait  que  tout  cela  est  bien  loin  «  weit  hinttn  in  dcr 
Tiïrka  »,  que  les  pèlerins  y  passent,  cela  lui  suffit.  Il  n'a  pas  étudié  un  de 
ces  nombreux  itinéraires  composés  par  des  clercs.  On  conviendra  que  ce  qui 
nous  paraît  aujourd'hui  une  risible  confusion  peut  avoir  été  une  vérité  fort 
sérieuse  aux  yeux  d'un  pcète  du  xi°  siècle  aussi  bien  que  pour  les  scribes  posté- 
rieurs. Mais  avec  tout  cela,  il  n'est  nullement  prouvé  que  l'itinéraire  du  manus- 
crit C  soit  réellement  celui  de  l'original;  il  n'est  que  le  plus  ancien  auquel  nous 
puissions  parvenir  à  l'aide  de  notre  appareil  critique.  On  supposera  même  avec 
toute  raison  que  presque  chaque  copiste  ou  chanteur  postérieur  l'aura  modifié. 
Mais  pourquoi  veut-on  que  tout  ce  qu'il  y  a  pour  nous  de  confus  dans  l'itinéraire  du 
manuscrit  C  provienne  des  copistes  et  que  l'auteur  du  XIe  siècle  ait  tout  par- 
faitement arrangé?  Pourquoi  dire  :  voici  une  confusion  réelle,  qui  ne  peut  avoir 
existé  dans  l'original?  Si  cette  confusion  n'en  est  une  que  pour  nous  autres  géogra- 
phes consommés,  pourquoi  n'aurait-elle  pas  existé  déjà  dans  0  ?  Pourquoi  les 
scribes  du  temps  des  croisades,  qui  pouvaient  mieux  connaître  l'itinéraire  de 
Jérusalem  que  le  poète  du  XIe  siècle,  n'auraient-ils  introduit  que  des  modifi- 
cations plus  opposées  à  la  réalité  que  ne  Tétait  la  route  de  l'original?  Tout 
ce  qui  se  trouve  dans  les  vers  100-108  de  C,  et  les  détails  et  leur  arran- 
gement, peut  avoir  existé  dans  0,  car  tout  est  poétiquement  vrai.  Le  cri- 
tique se  contentera  donc  de  rendre  ces  vers  conformes  a  l'original  au  point 
de  vue  de  la  langue  et  de  la  versification.  S'il  modifie  le  contenu,  il  fera 
le  travail  d'un  arrangeur  rationaliste  du  xve  siècle,  ce  qu'il  ne  doit  point  faire. 
Au  lieu  de  se  laisser  tenter  par  un  prétendu  besoin  d'émendation  qu'auraient 
ces  vers,  et  qui  n'existe  en  vérité  que  dans  l'imagination  du  critique,  il  vaut 
mieux  faire  bon  accueil  à  une  confusion  qui  est  si  bien  à  sa  place  dans  la  bouche 
du  jongleur  de  Saint-Denis. 

Tout  en  admettant  cela,  on  peut  fort  bien  supposer  avec  M.  Paris  [Rom., 
IX,  27  s.)  que  le  poète  de  0  avait  en  vue  le  chemin  par  mer.  11  se  sera  exprimé 
d'une  manière  confuse  en  embrouillant  les  noms,  et  les  copistes,  qui  ne  com- 
prenaient pas  bien  l'original,  crurent  devoir  y  mettre  du  leur,  ce  dont  il  ne 
résulta  rien  de  meilleur.  Mais  répétons  que  ce  qu'ils  peuvent  y  avoir  mis  est 
encore  bien  plus  conforme  au  style  du  poème  que  ce  qu'y  veulent  mettre  les 
critiques  modernes. 

Du  reste,  que,  dans  le  poème,  Charles  traverse  l'empire  grec  sans  voirCons- 
tantinople  [Rom.,  IX,  28;  Koschwitz,  p.  55),  c'est  ce  qui  ne  paraîtra  peut- 
être  plus  si  étrange  quand  on  se  rappellera  que  Benoît,  moine  de  Saint-André, 
ui,  tout  ignorant  qu'il  fût,  ne  l'était  certainement  pas  plus  que  le  poète  de 
aint-Denis,  fait  passer  Charles  et  son  armée  «  par  la  terre  des  Grecs  »  sans 
les  mener  à  Constantinople,  où  ils  ne  se  trouvent  qu'à  leur  retour  (Pertz.  SS., 
III,  p.  710). 


? 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   1 99 

nant  '.  N'est-il  donc  pas  fort  naturel  que  le  patriarche,  qui  a  vu  tant  de 
pauvres  pèlerins  devenir  la  victime  des  hordes  pa'iennes,  soit  effrayé  de 
voir  l'empereur  de  la  chrétienté  s'aventurer  sans  armes  sur  le  même 
chemin  ? 

Mais  que  de  Sarazins  et  païens  vos  guardez  ! 

lui  dit-il  en  le  congédiant  après  lui  avoir  offert  son  trésor,  et  cela  me 
paraît  convenir  très  bien  à  la  situation.  Ce  trait  s'est  maintenu  dans 
les  versions  en  prose  ci-dessus,  page  192',  et  je  regrette  de  le  voir 
disparu  dans  le  texte  critique  de  M.  Koschwitz  2. 

On  peut  ajouter  qu'il  convient  aussi  fort  bien  au  contexte.  Je  ne  dis 
pas  que  la  répétition  du  même  désir  de  la  part  du  patriarche,  telle  qu'on 
la  voit  dans  le  texte  de  M.  Koschwitz  (vers  223-22$  et  226  s.  ),  ne  soit 
pas  irréprochable  en  elle-même,  mais  ce  que  le  manuscrit  nous  offre  ne 
va  pas  moins  bien,  le  patriarche  avertissant  d'abord  l'empereur  et  puis 
lui  faisant  part  de  ce  quil  ui  pèse  sur  le  cœur  3. 


1.  Cela  s'applique  au  voyage  par  mer  aussi  bien  qu'à  celui  par  terre.  Après 
avoir  débarqué  à  un  port  syrien,  les  pèlerins  avaient  encore  à  faire  justement  la 
partie  la  plus  exposée  du  voyage  en  traversant  la  Syrie,  de  sorte  que  le  poète 
pourrait  mentionner  les  Turcs  et  les  Persans  (ce  qui  équivaut  à  païens  en  général 
pour  notre  poème),  comme  des  étapes  de  la  route  suivie  par  l'empereur,  tout 
en  lui  faisant  faire  le  pèlerinage  par  mer. 

2.  De  même  le  vers  suivant  (215)  y  a  reçu  une  forme  peu  satisfaisante. 
M.  Suchier  [Zcitschr,  IV,  408)  le  corrige  fort  bien  (cf.  ci-dessus,  p.  130).  Le 
patriarche  dit  :  a  Gardez-vous  (chemin  faisant)  des  païens  qui  nous  menacent  tous, 
qui  veulent  détruire  la  sainte  chrétienté  entière.   » 

3.  [II  m'est  impossible  de  partager  sur  ce  point  l'opinion  de  M.  Morf.  Le 
patriarche  dit  à  l'empereur  : 

«  Toz  li  miens  granz  trésors  vos  seit  ahandonez  : 
Tant  en  prengent  Franceis  com  en  voldront  porter, 
Mais  que  de  Sarrazins  e  paiens  nos  guardez 
22$  Qui  nos  voelent  destruire  sainte  crestiientet.  » 
Vient  ensuite  le  passage  que  j'ai  essayé  de  restituer  \Rom.,  XIII,  p.  127).  Au 
vers  224  le  ms.  porte  vus  au  lieu  de  nos,  et  il  résulte  de  l'examen  du  Galicn  en 
prose  que  le  rédacteur  du  Galienen  vers  a  eu  la  même  leçon  sous  les  yeux.  Ce- 
pendant je  la  crois  fautive.  Mais  que  signifie  «  pourvu  que  »;  le  patriarche  ne 
peut  pas  raisonnablement  dire  à  Charlemagne  :  «  Je  vous  donne  mon  trésor,  à 
condition  que  vous  vous  garderez  des  païens,  »  mais  bien  :  «  à  condition  que 
vous  nous  garderez.  >;  C'est  essentiellement  la  fonction  de  l'empereur  et  en  gé- 
néral du  pouvoir  séculier  de  «  garder  »  l'Eglise  et  de  combattre  les  païens.  En 
outre,  si  le  patriarche  pensait  aux  dangers  que  Charles  peut  courir  dans  son 
voyage  de  Jérusalem  à  Constantinople,  il  ajouterait  à  la  mention  des  «  Sarra- 
zins e  paiens  »  tout  autre  chose  que  le  vers  225,  qni  ne  peut  s'appliquer  qu'à 
l'attitude  tout  à  fait  générale  des  ennemis  de  la  chrétienté  (sur  la  forme  et  le  sens 
du  vers  22$  voy.  Rom.,  XIII,  130  :  nos  est  ici  datif).  A  mes  yeux  ce  vers  224 
pourrait  bien  contenir  un  des  indices  de  la  haute  antiquité  du  poème.  Le  pa- 
triarche ne  fait-il  pas  deux  catégories  distinctes  des  Sarrasins  et  des  païens? 
Dans  ce  cas  il  entendrait  par  les  premiers  les  Musulmans,  par  les  seconds  les 
idolâtres,  de  races  germanique,  slave  et  tartare,  que  l'empire  franc  avait  pour 
ennemis  au  nord-est,  comme  les  Musulmans  au  sud-est.  En  résumé,  il  me  semble 
clair  que  le  patriarche  donne  et  ses  reliques  et  ses  trésors  à  Charlemagne,  à 


200  H.    MORF 

Ainsi  le  poète  me  semble  bien  nettement  et  sans  aucune  inconséquence 
suivre  l'idée  d'une  ville  sainte,  indépendante  sous  son  patriarche,  me- 
nacée, il  est  vrai,  par  les  païens,  mais  pas  plus  que  la  chrétienté  entière, 
que  les  Sarrasins  veulent  détruire,  et  cette  autre  idée  d'un  voyage  paci- 
fique qui  conduit  les  pèlerins  sans  armes  à  travers  des  brigands  païens 
qu'on  devait  craindre  de  ce  temps-là  dans  les  routes  d'aller  et  de  retour. 

Ces  fictions  ne  peuvent  convenir  qu'à  une  chanson  composée 
avant  1080. 

Il  y  a  pourtant  un  moyen  d'en  abaisser  la  date,  c'est  de  n'y  pas  re- 
connaître un  poème  populaire.  Un  poète  artistique,  un  clerc,  aurait  in- 
contestablement été  capable  de  ces  fictions,  au  plus  beau  temps  même 
des  croisades. 

Le  même  moyen  serait  aussi  le  seul  qui  permît  de  reconnaître  dans  le 
Pèlerinage  une  tendance  parodique,  car  une  poésie  populaire  qui  se  pa- 
rodierait elle-même  est  une  chose  qui  n'a  jamais  existé  et  n'existera  ja- 
mais, une  contradictio  in  adjecto.  Un  poète  qui  compose  une  satire  litté- 
raire n'est  par  cela  même  pas  un  poète  populaire. 

L'hypothèse  qui  veut  que  le  Pèlerinage  ait  été  fait  pour  jeter  le  ridicule 
sur  les  poèmes  épiques  populaires  amène  nécessairement  cette  autre  que 
le  Pèlerinage  a  été  composé  par  un  poète  artistique.  M.  Koschwitz  l'avait 
fort  bien  reconnu  lorsqu'il  écrivit  son  article  dans  les  Romanische  Stu- 
dien  (II,  p.  60). 

Or  le  Pèlerinage  est  un  poème  populaire,  cela  n'a  pas  besoin  d'être 
démontré  pour  qui  l'a  lu.  Il  n'y  a  plus  personne  aujourd'hui  qui  ne  répète 
avec  M.  Paris  \Rom.,  IX,  15:  «  Si  jamais  poète  fut  véritablement  po- 
pulaire, c'est  assurément  celui-ci.  » 

Par  conséquent,  il  ne  peut  pas  y  avoir  de  tendance  parodique. 

Qu'il  y  a  loin  de  Guillaume  Guiart  et  de  sa  satire  au  poète  du  Pèleri- 
nage et  à  ses  gabs  ! 

M.  Stengel,  à  ce  que  je  vois,  était,  depuis  l'apparition  de  l'article  de 
M.  Paris,  seul  à  reconnaître  la  tendance  parodique  «  niée  en  vain  par 
M.  Paris  »  [Litteraturblatt,  1881 ,  p.  288)  '.  Aujourd'hui,  il  en  est  revenu2, 


condition  qu'il  protège  la  chrétienté  contre  les  ennemis  qui  veulent  la  détruire, 
et  nullement  en  lui  recommandant  de  se  garder  d'attaques  qui  n'ont  pas  lieu.  Si 
la  leçon  du  manuscrit  était  la  bonne,  elle  annoncerait  nécessairement  un  combat 
ou  au  moins  un  péril  dont  il  n'y  a  pas  trace  dans  les  récits,  et  qui  était  inad- 
missible, étant  donné  le  plan  du  poète  d'écarter  complètement  les  Sarrazins  de 
son  récit  :  rien  n'eût  été  plus  maladroit,  dès  lors,  que  cette  mention  isolée, 
provoquant  une  attente  que  rien  n'aurait  ensuite  satisfaite.  —  G.  P.] 

1.  Il  ne  nous  dit  pas  comment  il  s'arrangeait  alors  avec  la  forme  populaire 
de  la  chanson. 

2.  «  ...  so  kgc  ich  ûuf  dcn  Ausdruck,  dcr  Dichlcr  habe  chu  parodistische  Ten- 
denz  bejolgt,  wcnig  Garicht.  »  [Litteraturblatt,  1883,  p.  430), 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   20  1 

car  déclarer  qu'on  n'insiste  plus  sur  la  supposition  d'une  tendance  paro- 
dique à  laquelle  on  avait  attaché  tant  d'importance,  c'est  apparemment 
l'abandonner.  La  question  est  une  question  de  principe  ;  nul  interprète 
de  la  chanson  ne  peut  la  laisser  indécise,  car  elle  est  identique  avec  cette 
autre  :  le  Pèlerinage  est-il  un  poème  artistique  ?  Et,  à  notre  avis,  il  n'y 
a  que  celui  qui  croit  pouvoir  répondre  affirmativement  à  cette  question 
qui  puisse  attribuer  au  temps  des  croisades  la  composition  de  notre 
chanson. 


II. 

La  question  de  savoir  si  abstraction  faite  de  toutes  les  autres  consi- 
dérations! la  scène  des  gabs  en  elle-même  se  prêterait  à  l'hypothèse 
d'une  tendance  parodique  n'est  peut-être  pas  entièrement  dépourvue 
d'intérêt. 

Dans  l'épopée  française,  les  héros  n'ont  pas  des  physionomies  très 
distinctes  ;  on  sait  que  partout  une  grande  faiblesse  se  fait  sentir  dans  la 
caractéristique,  c'est  presque  de  l'incapacité.  Les  héros  —  j'entends  les 
douze  pairs  —  sont  tous  pieux,  courageux,  dévoués  à  leurs  souverains, 
amis  fidèles,  inaccessibles  au  mensonge,  aimant  la  gloire  de  leur  patrie 
et  la  leur  propre.  Chez  l'un,  il  est  vrai,  la  piété  prévaut  (Turpin),  chez 
l'autre  la  témérité  et  l'excès  du  besoin  de  la  gloire  (Roland),  chez  le 
troisième  la  prudence  iNaimon,  Olivier',  etc.  Mais  dans  l'imagination  du 
peuple  ce  sont  moins  ces  légères  nuances,  peu  développées  du  reste, 
qui  distinguent  les  différents  personnages  et  en  font  des  individus,  que  ce 
ne  sont  leurs  noms,  leurs  origines,  leurs  états,  leurs  âges  —  bref,  des 
traits  extérieurs.  L'un  s'appelle  Ogier  de  Danemarche,  l'autre  Guillaume 
d'Orange  ;  Roland  manie  Durendal  et  l'olifant,  Olivier  Hauteclère  ; 
Turpin  est  archevêque,  Naimon  est  vieux.  Il  n'y  a  que  ces  attributs  qui 
les  distinguent  bien  les  uns  des  autres  et  qui  forment  pour  chacun  d'eux 
une  propriété  inviolable  '.  Le  poète,  d'après  son  caprice  et  les  besoins 
de  la  versification,  changera  dans  ses  vers  les  différentes  épithètes  qui 
peignent  les  caractères  :  l'un  après  l'autre  ses  héros  seront  honorés  du 
nom  de  courtois,  vaillant,  sage,  pieux,  aduret,  ber,  etc.,  mais  qui  dit 
olifant  dit  Roland,  qui  dit  archevêque  dit  Turpin.  Ces  attributs-là  ne 


i.  Il  est  très  naturel  que  des  héros  tels  que  Turpin,  Naimon,  Ogier,  aux- 
quels l'imagination  du  peuple  donnait  ainsi  une  physionomie  quelque  peu  dis- 
tincte, aient  été  plus  tard  rapprochés  du  personnage  central  et  que  la  tradition 
postérieure  en  ait  fait  des  pairs,  remplaçant  par  eux  quelques-uns  des  pairs  qui 
figuraient  dans  les  chansons  sur  les  guerres  d'Espagne,  mais  qui  manquaient 
essentiellement  d'individualité. 


202  H.    MORF 

peuvent  convenir  qu'à  un  seul  individu,  ce  sont  eux  qui  constituent  le 
véritable  personnage. 

Avouons  que  des  personnages  poétiques  ainsi  caractérisés  ne  se  prê- 
tent pas  à  une  parodie  détaillée  :  dans  leur  intérieur  ils  se  ressemblent 
tous,  surtout  ceux  minorum  gentium,  et  les  particularités  extérieures  qui 
seules  empêchent  qu'on  ne  les  confonde  les  noms,  les  armes,  etc.1  ne 
se  prêtent  pas  facilement  à  la  raillerie.  On  supposera  donc  que  les  gabs, 
si  parodie  il  y  a,  n'en  offriront  qu'une  bien  générale,  peu  développée.  Et 
en  vérité,  il  n'y  a  que  le  gab  de  Roland  auquel  on  puisse  sans  hésiter 
reconnaître  une  application  individuelle.  L'idée  de  Roland,  qui  est  mort 
si  glorieusement  à  Roncevaux,  suggère  instinctivement  au  poète  du 
xi"  siècle  l'idée  de  l'olifant,  dont  le  héros  sait  sonner  si  magistralement. 

Mais  c'est  aller  bien  loin  que  de  voir  dans  le  gab  de  l'empereur  le  dé- 
veloppement d'une  donnée  précise  de  la  chanson  de  Roland,  vers  j6i  5 
ss.,  où  Charlemagne  fend  la  tête  à  l'amiral  Baligant  Koschwitz,  p.  xxxv, 
d'après  Stengel,  Litteraturblatt,  1881  ,p.  289^. Tous  ces  héros  ne  seraient-ils 
pas  capables  d'un  tel  exploit,  et  tous  n'en  accomplissent-ils  pas  de  pareils 
en  réalité  ?  S'il  s'agissait  dans  le  Roland,  1  c,  d'un  événement  unique, 
dont  la  mémoire  par  conséquent  dût  s'attacher  inséparablement  au  nom  de 
Charlemagne,  comme  les  sons  puissants  de  l'olifant  à  celui  de  son  neveu, 
je  ne  disconviendrais  point  de  l'emprunt.  Mais  il  s'agit  d'un  lieu  commun 
de  l'épopée,  allant  depuis  le  fragment  de  La  Haie  jusqu'au  Schwdbenstreick 
de  Uhland.  Ces  coups  se  font  partout  et  par  tous  les  héros,  c'est-à-dire 
que  le  gab  de  l'empereur  serait  aussi  bien  à  sa  place  dans  la  bouche  d'un 
quelconque  de  ses  pairs  ;  l'individualité  qu'on  y  veut  voir  lui  fait  com- 
plètement défaut. 

M.  Koschwitz  répète,  d'après  M.  Stengel,  que  ce  n'est  point  par  ha- 
sard ni  que  le  gab  le  plus  scabreux  est  attribué  au  prudent  Olivier  ni 
que  le  vieux  Naimon  est  censé  avoir  une  peau  si  dure  '  p.  xxxv.  Il  est 
vrai  que  Naimon  est  Yaduret  (v.  62 ' ,  mais  n'oublions  pas  que  Bertrand 
n'en  est  pas  moins  appelé  ainsi  (65),  c'est-à-dire  que  c'est  un  epitheton 
ornans  distribué  suivant  les  besoins  de  la  rime.  La  tradition  ne  sait  d'ail- 
leurs rien  de  cette  «  dureté  »  du  Bavarois  \RoL,  34^6  .  Si  le  poète  avait 
distribué  ses  gabs  avec  cette  préméditation  qu'on  veut  lui  prêter  et  qu'il 
suivît  le  raisonnement  de  M.  Koschwitz  («  Naimon  est  vieux;  il  doit 
avoir  les  nerfs  durs  »  ,  il  aurait  eu  à  sa  disposition  un  gab  bien  plus  ca- 
ractéristique :  celui  d'Ernaut  1  $ 67  ss.ï,  qu'il  n'avait  aucune  raison  de 
réserver  à  ce  dernier.  Il  faudrait  donc  avouer  qu'il  s'y  est  pris  un  peu 


1.   Le  vers    $39  ne  parle  du  reste  pas  de  la  peau,  mais  des  «  nerfs  »  (molt 
avez  les  nas  durs). 


ÉTUDE    SUR    LA   CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE   CHARLEMAGNE      20$ 

gauchement  et  qu'il  a  mal  ménagé  ses  propres  intérêts.  Mais  supposons 
qu'il  eût  attribué  au  vieux  duc  un  autre  gab,  celui  de  Bertrand  par 
exemple  :  est-ce  que  l'espion  n'eût  pas  eu  dans  ce  cas  l'occasion  de  faire 
une  remarque  semblable  à  celle  qu'il  fait    $38  s.)  ?  Il  aurait  dit  par 
exemple  que  malgré  son peil  blanc  le  duc  avait  encore  la  voix  bien  halte  et 
clere.  On  peut  en  dire  autant  de  tout  autre  gab  que  le  poète  aurait  placé 
dans  la  bouche  de  Naimon  :  l'espion  aurait  toujours  été  frappé  de  la 
vigueur  juvénile   du  vieillard,    supposée    par   l'exécution  .du  gab.   Et 
alors  les  interprètes  de  dire  dans  chacun  de  ces  cas  :  Voilà  un  gab 
dont  l'attribution  a  été  bien   préméditée  ;  le  duc  est  vieux,  par  con- 
séquent le  poète  lui  fait  exprès  dire  cette  vanterie.  Mais  non  !  il  n'y  a 
point  là  de  préméditation1,  et  la  remarque  de  l'espion  (vers  538   s.) 
n'est  point  le  thème,  le  canevas  sur   lequel  le  gab  a  été  brodé,  elle 
est  la  conclusion  tirée  du  gab  déjà  attribué.  L'attribution  en  elle-même 
est  l'effet  du  hasard,  c'est-à-dire  de  causes  que  nous  ne  sommes  plus 
en  état  de  reconnaître.  Elle  n'a  rien  d'individuel.  —  Le  gab  d'Olivier 
compromet  bien  la  prudence  du  preux.  Mais  lequel  des  gabs  témoi- 
gnerait pour  la  prudence  de  son  auteur  ?  Les  héros  sont  ici  tous  des 
étourdis.  Ce  qui  distingue  la  vanterie  d'Olivier  de    celles    des  autres, 
ce  n'est  pas  l'étourderie,  qui  n'y  est  point   plus  grande  que  dans  la 
plupart  des  autres,  c'est  l'élément  licencieux.  .Et  quel  rapport  veut-on 
voir  entre  la  crudité  du  gab  et  la  prudence  habituelle  du  compagnon  de 
Roland  ?  Il  n'y  a  là  non  plus  rien  d'individuel.  Ce  qu'enfin  la  dévotion  de 
l'archevêque    Litteraturblatt,    1881,  p.    2891    peut  bien    avoir   à   faire 
avec  son   gab,  M.   Stengel    le  laisse  dans  le  vague,  et  M.  Koschwitz 
ne  paraît  pas  l'avoir  trouvé  plus  que  moi.  —  Quant  aux  autres  gabs 2, 
on  a  toujours   été   d'accord  pour  reconnaître  qu'ils  sont  distribués  sans 
choix,   la  ressemblance  des  héros  empêchant  pour  le  poète,  aussi  bien 
que  pour  nous,  toute  distinction.  Il  y  a  donc  une  seule  parmi  ces  treize 
plaisanteries,  celle  de  Roland,  qui  est  dans  un  rapport  évident  avec  l'in- 
dividualité épique  du  héros  qui  la  prononce.  Tous  les  autres  gabs  se  res-  . 
sentent  de  la  faiblesse  de  la  caractéristique  dans  l'épopée  ;  l'évidence  du 
rapport  de  l'exploit  promis  et  du  héros  n'est  pas  individuelle,  elle  est 
générale i.  en  tant  que  tous  ces  pairs  sont  forts,  vaillants,  adroits  aux 


1.  Comme  je  parle  ici  de  la  scène  des  gabs  détachée  du  reste  du  poème,  je 
peux  bien  discuter  la  question  de  savoir  s'il  y  a  de  la  préméditation.  Quand 
on  regarde  cette  scène  comme  faisant  partie  du  poème  populaire  du  pèlerinage, 
l'hypothèse  d'une  préméditation  est  exclue  dès  l'abord. 

2.  Il  n'y  a  point  de  gab  qui  ait  pour  sujet  un  exploit  de  buveur.  Des  héros 
germaniques  ne  commettraient  pas  cet  oubli.  Parmi  les  trois  grandes  tâches  que 
Thor  essaye  en  vain  d'accomplir,  on  en  trouve  une  qui  le  montre  grand  buveur. 

3.  C'est  pour  cela  que  les  remanieurs  en  ont  pu  changer  l'attribution.  Parmi 


204  H-    MORF 

armes,  et  que  l'exécution  de  tous  ces  gabs  suppose  ces  qualités  à  un 
degré  extraordinaire. 

Si  donc  il  y  a  une  parodie,  elle  est  faible  par  le  fond,  et  même  beau- 
coup plus  faible  que  ne  le  voulait  la  nature  vague  des  individualités  sur 
lesquelles  elle  se  fonde.  Le  parodiste  aurait  fait  de  son  mieux  pour  di- 
minuer l'évidence  de  sa  raillerie.  Il  faudrait  un  homme  bien  peu  habile 
ou  bien  malin  pour  avoir  rendu  son  intention  méconnaissable  à  ce  point, 
tandis  qu'il  lui  était  très  facile  de  railler  l'amour  chaste  de  Roland  en  lui 
attribuant  le  gab  d'Olivier  et  de  nous  faire  rire  aux  dépens  de  la  dignité 
princière  de  l'empereur  en  le  faisant  voler  et  crier  comme  Bertrand. 

Mais  il  se  pourrait  que,  malgré  le  peu  d'habileté  qu'on  trouve  dans  la 
distribution,  le  contenu  et  la  forme  des  différents  gabs  rendissent  indubi- 
table l'intention  parodique.  Au  moins  M.  Stengel  insiste-t-il,  dans  son 
récent  article,  sur  la  scurrilité  avec  laquelle  le  poète  traite  des  «  motifs 
de  la  chanson  de  Roland.  » 

Qu'y  a-t-il  de  scurrile  dans  le  gab  de  l'empereur  ?  Le  poème  popu- 
laire du  xe  siècle,  qu'avait  sous  les  yeux  l'auteur  du  fragment  de  La 
Haie,  raconte  sérieusement  un  semblable  exploit  de  Bertrand  :  terrae  medio 
tenus  repentur  incussus  [se.  ensis  '),  et  si  un  poète  populaire  du  xr  siècle 
veut  que  Charlemagne  en  fasse  un  semblable,  ce  ne  sera  plus  sérieux  ? 
Aucun  des  auditeurs  de  notre  poète  ne  doutait  un  seul  moment  que  l'em- 
pereur n'eût  été  à  même  d'asséner  un  tel  coup.  Ce  n'était  point  de  la 
farce  à  leurs  yeux,  comme  plus  tard  les  vanteries  semblables  du  capitan 
Matamoros  ;  ils  ne  riaient  point,  ou  si  un  sourire  se  montrait  sur  leurs 
lèvres,  la  joie  qui  brillait  dans  leurs  yeux  témoignait  de  l'admiration 
qu'ils  avaient  pour  la  supériorité  de  leur  empereur.  Sa  valeur  héroïque, 
loin  d'en  souffrir,  leur  était  plus  manifeste  que  jamais.  ParDeu  !  disaient- 
ils  avec  l'espion,  forz  est  et  membrez  ! 

Le  gab  de  l'empereur  est  le  seul  où  il  s'agisse  d'un  exploit  qui  est  es- 
sentiellement épique  dans  le  sens  de  l'épopée  française,  le  seul  où  l'on 
peut  présumer  que,  pour  l'accomplissement,  la  force  du  héros  épique 
pourra  suffire.  C'est  le  plus  sérieux  des  gabs,  le  plus  digne  de  l'empereur. 


ces  changements,  il  n'y  en  a  qu'un  qui  soit  remarquable  :  celui  des  gabs  de 
Turpin  et  de  Bernard  (Sechs  Bcarb.,  p.  56,  87,  120).  Il  est  clair  qu'aucun  des 
gabs  ne  conviendrait  mieux  à  l'archevêque  que  ce  miracle  produit  par  le  signe 
de  la  croix.  On  s'explique  donc  fort  bien  qu'un  arrangeur  postérieur  le  lui  ait 
attribué,  mais  on  ne  comprendrait  pas  moins  bien  que  déjà  le  poète  le  lui  eût 
donné,  vu  que  la  saga  le  fait  déjà.  Si  je  n'ose,   sans  hésiter,  attribuer  à  0  ce 

3ue  la  w£;7  nous  offre,  c'est  que  je  ne  vois  pas  bien  la  raison  pour  laquelle, 
ans  C,  les  deux  gabs  eussent  été  déplacés. 

1.  Au  chap.  XX,  le  sérieux  Turpin  ne  dit  pas  beaucoup  moins  pour  dé- 
peindre la  force  de  l'empereur. 


ÉTUDE    SUR    LA    CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE    CHARLEMAGNE     20$ 

S'il  lui  est  attribué,  c'est  que  le  poète  lui  rend  hommage  instinctivement, 
qu'il  ménage  instinctivement  sa  personne.  Qu'y  aurait-il  de  scurrile  à 
voir  Charlemagne  exécuter  son  gab  ? 

Je  pense  donc  que  précisément  pour  le  personnage  principal  l'opinion 
de  M.  Stengel  n'est  point  soutenable.  Si  nous  comprenons  qu'il  s'en  faut 
qu'aux  hommes  naïfs  de  l'ancienne  France  certaines  choses  aient  semblé 
aussi  ridicules  qu'elles  nous  le  semblent  à  nous,  nous  ne  pourrons  recon- 
naître rien  de  bouffon  dans  la  plaisanterie  attribuée  à  Charles.  C'est  plus 
gai  que  la  chanson  de  Roland,  sans  doute,  c'est  pour  ainsi  dire  l'em- 
pereur en  robe  de  chambre  ;  mais  il  n'y  a  point  là  un  contraste  incon- 
ciliable, créé  par  une  prétendue  scurrilité.  Le  Charlemagne  auguste  et 
d'un  sérieux  imperturbable  de  la  grande  poésie  épique  est  quelque  peu 
descendu  de  la  hauteur  de  son  prestige  ;  il  est  devenu,  tout  en  restant 
le  supérieur,  l'incomparable,  le  favori  des  hommes  et  du  ciel,  un  prince  plus 
affable  et  moins  surhumain,  un  roi  de  plus  de  bonhomie  et  d'un  carac- 
tère plus  bourgeois.  Cette  transition  s'est  faite  insensiblement  dans  l'ima- 
gination des  hommes  du  milieu  desquels  sort  notre  poème.  Ils  ne  s'en 
sont  point  rendu  compte.  Ils  ignoraient  combien  l'idée  qu'ils  se  faisaient 
ainsi  du  grand  héros  national  était  différente  de  celle  de  leurs  ancêtres. 
Ils  la  croyaient,  malgré  tout,  en  parfaite  harmonie  avec  l'ancienne 
tradition,  de  sorte  qu'ils  pouvaient  mêler  ensemble,  comme  dans  le  Pèle- 
rinage, le  gai  au  sérieux  sans  s'apercevoir  de  la  disparate.  L'empereur 
qui  est  digne  d'occuper  le  siège  du  Christ  dans  le  temple  de  Jérusalem  ' 
se  livre  à  des  plaisanteries  avant  de  s'endormir  :  il  n'y  a  là  d'incompa- 
tibilité que  pour  nous.  L'unité  du  caractère  est  parfaite  pour  le  poète  et 
son  auditoire. 

Ce  mélange  cependant  prouve,  comme  le  dit  M.  Stengel  [1.  c),  que  le 
Pèlerinage  a  été  trouvé  après  la  chanson  de  Roland,  et  même  long- 
temps après,  mais  cela  ne  prouve  nullement  que  le  Pèlerinage  soit  plus 
jeune  que  la  rédaction  de  la  fin  du  xie  siècle  que  nous  possédons  du 


1.  La  scène  du  temple  racontée  aux  tirades  VIII  s.  n'est  rien  moins  que  so- 
lennelle d'après  le  même  critique  (Litteraturblatt,  1881,  p.  288).  Cela  ne  prouve 
pas  qu'aux  yeux  des  hommes  moins  difficiles  auxquels  elle  s'adressait  elle  ne  parût 
telle.  Le  désordre  qu'il  y  veut  voir  m'échappe  complètement,  et  l'allure  sac- 
cadée qu'il  lui  reproche  est  si  loin  d'être  reprochable  qu'elle  est  plutôt  un 
témoignage  précieux  en  faveur  de  l'ancienneté  et  de  l'-origine  populaire  de  la 
chanson.  C'est  précisément  le  style  du  temps.  Pourquoi  reprendre  dans  le 
Pèlerinage  ce  qu'on  admirera  dans  le  Roland  ?  «  Karl  ruht  sich  einfach  auf 
Christi  Stuhl  aus  und  sieht  sich,  ohne  den  Werlh  des  Platzes  zu  beachten,  die  Bilder 
der  Kirche  an...  »  Mais  Charles  ne  sait  pas  que  la  chaire  est  celle  de  Jésus;  ce 
n'est  que  le  patriarche  qui  le  lui  dira  plus  tard  (157).  Et  quelles  réflexions 
pieuses  aimerait-on  à  lui  entendre  faire  ?  «  Der  Jude  gedenkt  ebenso  wenig  wie 
zunàchst  (!)  der  Patriarch  der  Stùhlc  ».  Je  ne  vois  pas  que  la  solennité  du  pas- 
sage en  souffre. 


2o6  H.    MORF 

Roland.  Il  n'y  a  qu'à  renvoyer  à  ce  qu'en  a  dit  M.  Paris  [Rom.,  IX, 
p.   1 5  s.,  48  ssÀ 

Si  le  gab  de  l'empereur  ne  se  prête  ni  à  l'interprétation  que  M.  Stengel 
lui  veut  donner,  ni  par  conséquent  à  la  conclusion  qu'il  veut  tirer  de  sa 
prétendue  scurrilité,  celui  de  Roland  ne  le  fait  pas  davantage.  Qu'il  se 
vante  de  faire  des  murs  de  Constantinople  avec  le  cor  du  roi  Hugon  ce 
que  les  trompettes  des  prêtres  juifs  firent  jadis  des  murs  de  Jéricho, 
qu'il  menace  hautainement  le  roi  grec,  je  n'y  sens  rien  de  bouffon,  pas 
plus  que  dans  les  vanteries  d'Ogier  et  dé  Guillaume  d'Orange. 

Il  me  paraît  essentiel  que  dans  les  plaisanteries  des  deux  personnages 
principaux  de  la  tradition,  l'empereur  et  son  neveu,  il  n'y  ait  rien  qui 
soit  de  la  farce.  Le  poète  n'avait  pas  de  moyen  plus  sûr,  pour  nous  con- 
vaincre que  toute  intention  parodique  était  loin  de  lui,  que  de  ménager 
ces  deux  grandes  figures,  dessinées  avec  le  plus  de  netteté  par  la  tra- 
dition et  s'offrant  par  conséquent  mieux  que  les  autres  à  la  raillerie. 

Il  est  vrai  que  les  autres  gabs  ne  sont  pas  aussi  sérieux.  Mais  gardons- 
nous  bien,  on  ne  peut  avec  M.  Paris  le  répéter  assez  souvent,  d'en  me- 
surer le  comique  et  le  libertinage  à  notre  propre  sentiment.  Considérons 
aussi  qu'il  nous  manque  aujourd'hui  cet  amour-propre  national  qui  dis- 
posait les  vieux  Français  de  France  à  ne  voir  que  ce  qui  flattait  cet 
amour-propre,  et  par  conséquent  une  chose  sérieuse  et  irréprochable  là 
où  nous  serions  prêts  à  voir  quelque  chose  de  pire.  Puis  les  onze  héros 
auxquels  ces  gabs  sont  attribués  ne  peuvent  nullement  être  comparés 
pour  leur  importance  épique  aux  deux  principaux.  Si  le  poète  les  fait, 
pour  la  plupart,  gaber  moins  dignement,  c'est  qu'il  profite  instinctivement 
du  vague  de  leur  caractère  épique,  du  rôle  secondaire  qu'ils  jouent  dans 
son  imagination  aussi  bien  que  dans  celle  de  ses  auditeurs.  Il  leur 
attribue  des  exploits  qui  rappellent  les  ordalies  de  son  temps  [Ernaut, 
Bérenger  ;  cf.  3$  ss.)  ou  des  tours  d'adresse  empruntés  à  la  vie  foraine 
(Turpin,  Gériir  '.    Des  rapprochements  faits  par  M.   Paris  et  d'autres 


1.  Je  profite  de  l'occasion  pour  dire  que,  dans  le  gab  de  Gérin,  le  vers  607 
me  paraît  avoir  besoin  d'une  émendation.  En  somet  ceie  tor  admet  une  omission 
de  la  préposition  de  qui  n'est  point  permise  (cf.  Zeitschrift,  II,  39$  ss).  Il  faut 
lire  :  en  sonic  ecle  tor  {=  in  summa  turri).  Qu'ailleurs  le  poète  emploie  son 
comme  s'il  formait  une  partie  invariable  de  la  préposition  qu'il  suit  (par  son 
l'albe,  239,  etc.l,  c'est-à-dire  qu'il  se  sert  d'une  préposition  parson  (cf.  franc, 
moderne  parmi),  cela  n'empêche  point  que  dans  un  autre  cas  il  n'admette  la 
flexibilité  du  mot.  Cette  flexibilité,  générale  jadis  pour  sol,  mi,  son  (comme 
aujourd'hui  encore  pour  tout)  n'est  déjà  plus  maintenue  dans  le  Roland  (3636 
en  sum  sa  tuf).  Un  scribe  qui  ne  comprenait  plus  l'archaïsme  du  vers  607  crut 
devoir  le  corriger  en  y  mettant  somet.  M.  Koschwitz  n'a  pas  raison  d'appeler, 
dans  le  vocabulaire,  son  un  substantif.  C'est  un  adjectif  devenu  partie  d'une 
préposition  et  invariable  (cf.  en  pur,  â  pur,  Gachet.  Gloss.  s.  v.;  Suchier.  Ane. 
et  Nieol.,  p.  52). 


ÉTUDE   SUR    LA    CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE    CHARLEMAGNE      207 

montrent  qu'il  peut  avoir  puisé  dans  des  traditions  venues  de  l'Orient 
ou  provenant  des  peuples  germaniques  Koschwitz,  p.  xxxiv).  Si  le  gab 
d'Ogier  est  l'exploit  de  Samson,  celui  de  Bernard  qui  fait  venir  les  eaux 
en  seignant  les  guez  rappelle  l'image  de  Moïse  :  «  Et  extendit  Moyses  ma- 

num  suam  super  mare  reversumque  est  mare »  Mais  nous  ne  savons 

rien  de  la  source  immédiate  de  notre  poète  ;  on  se  contentera  de  sup- 
poser qu'il  a  beaucoup  emprunté  et  peu  inventé,  qu'il  a  arrangé  ce  qu'il 
trouvait,  comme  un  bien  commun,  dans  la  tradition  du  milieu  auquel  il 
appartenait. 

Si  à  Turpin  il  a  réellement  donné  le  gab  que  C  donne  à  Bernart  (ce 
qui  d'après  son  procédé  vis-à-vis  de  Charles  et  de  Roland  est  bien  pro- 
bable1', il  montre  de  nouveau  combien  peu  il  lui  était  venu  à  l'idée 
d'être  irrévérencieux  envers  la  tradition.  —  La  troisième  plaisanterie 
diffère  de  toutes  les  autres  par  sa  crudité  ;  son  attribution  à  Olivier  peut 
bien  frapper  au  premier  moment.  Mais  quand  on  réfléchit  à  l'arran- 
gement de  la  scène  entière  des  gabs,  quand  on  pense  que  cette  vanterie 
n'a  nul  rapport  avec  le  caractère  que  l'épopée  donne  à  Olivier,  que 
donc  à  ce  point  de  vue  l'attribution  est  purement  l'effet  du  hasard,  on 
est  forcé  d'avouer  que  le  rôle  donné  à  ce  héros  n'est  point  de  nature  à 
nous  faire  supposer  chez  le  poète  une  intention  parodique  dont  le  reste 
de  la  scène  exclut  formellement  l'hypothèse  2. 


1.  Turpin  est,  à  cause  de  sa  dignité  ecclésiastique,  le  personnage  le  plus  in- 
dividuel pour  l'imagination  du  peuple,  après  l'empereur  et  son  neveu.  Les 
fonctions  qu'il  remplit  et  qu'il  est  seul  à  remplir  en  font  un  caractère  épique 
relativement  bien  en  vue.  Aussi  notre  poème  ne  manque-t-il  pas  de  le  garder 
tel  (vers  87,  202,  828),  et  de  ne  le  nommer  jamais  sans  ajouter  son  titre.  Turpin 
n'est  une  individualité  qu'autant  qu'il  est  archevêque,  pour  le  poète  du  Pèleri- 
nage aussi  bien  qu'ailleurs,  et  cette  qualité  doit  le  placer  assez  haut  dans  l'estime 
de  la  poésie.  Le  poète,  qui  ménage  au  milieu  d'une  scène  gaie  la  dignité  de 
l'empereur  et  de  Roland,  me  paraît  naturellement  porté  à  faire  de  même  pour 
Turpin  ;  et  pour  ce  faire  il  n'avait  pas  de  gab  plus  sérieux  et  en  même  temps 
plus  conforme  au  caractère,  tel  qu'il  l'avait  lui-même  adopté,  que  le  gab  de 
Bernard,  le  seul  où  il  y  ait  un  trait  appartenant  aux  pratiques  de  l'Eglise  (773  ) . 
J'ai  dit  ci-dessus  la  raison  qui  m'empêche  pourtant  d'affirmer  que  dans  O  ce 
gab  était  réellement  celui  de  Turpin. 

2.  Le  critique  du  Littcraturblatt  (p.  289)  s'attaque  aussi  à  l'intervention  divine 
dans  l'accomplissement  des  gabs,  laquelle  serait  calquée  sur  le  modèle  de  la 
chanson  de  Roland.  C'est  plutôt  un  lieu  commun  de  l'épopée  qui  ne  porte  point 
le  sceau  de  sa  provenance  aussi  manifestement  que  le  veut  M.  Stengel.  Et  quand 
même  l'emprunt  serait  évident,  nous  aurions  tort  d'y  voir  un  persiflage.  M.  Paris 
a  déjà  fait  observer  contre  M.  Gautier  (Rom.,  IX,  p.  1 $)  que  cette  intervention 
n'équivaut  point  à  une  profanation  dans  l'esprit  des  hommes  qui  croient  encore 
à  leur  épopée.  C'est  là  le  caractère  de  la  divinité  de  l'épopée  chez  tous  les  peu- 
ples. C'est  le  Dieu  des  gens  naïfs,  sans  culture  ou  irréfléchis,  le  Dieu  que  le 
brigand  du  xme  siècle  prie  de  favoriser  son  crime  et  remercie  d'une  bonne  prise, 
e  Dieu  qu'invoque  chaque  nation  comme  le  sien  pour  qu'il  l'aide  à  répandre 
'e  sang  de  ses  ennemis.  Ce  n'est  point  le  Dieu  du  Christ,  qui  aime  tous  les 


208  H.    MORF 

Ainsi  la  scène  des  gabs  en  elle-même  et  détachée  du  reste  du  poème 
nous  montre  évidemment  que  son  auteur  n'était  point  parodiste,  ce  qui 
est  conforme  aux  conclusions  auxquelles  nous  étions  arrivés  par  l'appré- 
ciation de  la  chanson  entière. 


III. 


On  s'est  occupé  de  différents  côtés  de  rechercher  dans  les  détails  l'ori- 
gine de  la  partie  comique  de  notre  poème  '.  Pour  la  partie  sérieuse,  on 
s'est  contenté  de  dire  que  le  poète  l'a  puisée  dans  la  tradition  nationale 
de  son  pays,  qui  depuis  longtemps  faisait  aller  l'empereur  en  Terre- 
Sainte.  Peut-être  est-il  possible  de  trouver  quelque  chose  de  plus  précis. 

On  a  souvent  cité  le  vers  du  Roland  (2329)  :  Constentinnoble  duntilout 
la  fiance,  qui  renferme,  dans  le  contexte  où  il  se  présente,  deux  difficultés. 
D'abord  l'histoire  poétique  de  l'empereur  Charles  ne  lui  attribue  pas  la 
conquête  de  la  capitale  grecque  2,  puis  la  tradition  dit  expressément 
que  Roland  n'était  pas  à  Constantinople  avec  l'empereur  [Rom.,  IX, 
p.  23).  Mais  ces  erreurs  du  vers  2329  s'expliquent  facilement.  Dans  le 
passage  en  question  du  Roland,  le  héros  mourant  nous  est  présenté  par 


hommes  également  et  à  qui  tout  acte  de  violence  est  en  abomination.  Avec  un 
tel  Dieu,  l'épopée  n'aurait  jamais  existé.  Elle  a  besoin  d'un  Dieu  qui  prenne  parti. 
C'est  une  divinité  d'une  conception  peu  purifiée,  critiquable  au  point  de  vue  re- 
ligieux, mais  fort  bienvenue  au  point  de  vue  littéraire.  Ce  Dieu  blâme, 
comme  de  raison,  l'étourderie  de  ses  héros  bien  aimés,  mais  il  faut  bien  qu'il 
les  soutienne.  Sa  gloire  sera  loin  d'en  pâtir,  et  celle  de  son  ami  Charles  n'en 
sera  que  plus  illustre.  Ce  qui  paraît  une  profanation  à  M.  Gautier  peut  avoir 
été  de  l'édification  pour  ces  hommes  dont  la  religion  était  avant  tout  nationale. 
—  Quand  M.  Stengel  prétend  de  plus  que  l'aide  divine  «  indessen  doch  nicht  einmal 
ausrcicht,  sondera  durch  die  freimlli  \t  Tâuschung  Hugo's  seitens  semer  Tochter  ge- 
radezu  ùberfliissig  gemacht  wird  »,  il  oublie  d'abord  qu'après  le  gab  d'Olivier 
suit  encore  l'exécution  de  deux  gabs  (Guillaume  et  Bernart)  pour  laquelle  elle 
est  indispensable,  puis,  si  je  suis  bien  entré  dans  l'intelligence  de  cette  question 
délicate,  l'aide  divine  n'est  point  insuffisante,  dans  l'idée  du  poète,  à  produire 
la  merveille  qu'Olivier  doit  accomplir,  la  faiblesse  n'étant  point  du  côté  du 
héros,  mais  du  côté  de  sa  victime. 

1.  Le  moine  de  Saint-Gall  (Pertz,  SS.,  II,  p.  751  s.)  raconte  que  lesambas- 
sadeurs  persans  qui  vinrent  visiter  Wfamosissimum  virtutibus  Karolumk  Aix  furent 
d'abord  tout  éblouis  par  la  richesse  étalée  par  la  cour  franque,  puis  effrayés 
parce  que  l'empereur  leur  fit  voir  ensuite,  et  que  plus  tard,  échauffés  par  le  vin 
grec,  ils  plaisantèrent  Charles.  —  Cela  rappelle  quelque  peu  le  cadre  de  l'épi- 
sode de  Constantinople  dans  le  Pèlerinage. 

2.  Les  trois  vers  du  Fierabras  provençal  (67,  1 1 1,  1 17)  qui  sont  seuls  à  la 
mentionner  sont  évidemment  corrompus.  —  Il  est  vrai  que  le  Pèlerinage  aussi 
dit  que  le  roi  grec  a  été  conquis,  mais  il  y  ajoute  (859)  senz  bataille  champel, 
tandis  que  Roland  dit:  jo  l'en  conquis  (2327)  ;  en  =  avec  Durendal. 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   2O9 

le  poète  avec  emphase  comme  le  plus  puissant  soutien  de  Charlemagne, 
qui  lui  doit  l'empire  du  monde  : 

Conquis  l'en  ai  pais  et  terres   tantes 
Que  Charles  tient 

L'énumération  de  ces  pais  et  terres  n'est  pas,  naturellement,  systéma- 
tique ;  le  poète  dit  un  peu  au  hasard  les  noms  qui  se  présentent  à  sa  mé- 
moire et  qui  satisfont  au  besoin  du  vers  ;  il  n'hésitera  point  à  en  citer 
quelques-uns  dont  la  conquête  par  Roland  ou  même  par  Charlemagne 
n'est  pas  mentionnée  ailleurs,  c'est-à-dire  il  n'aura  aucun  scrupule  de 
donner  une  énumération  en  même  temps  incomplète  et  exagérée.  C'est 
ainsi  qu'il  peut,  dans  l'émotion  du  moment,  citer  Constantinople.  L'idée 
que  cette  ville  appartenait  à  Charles  lui  suffit  pour  l'insérer  :  car  Charles 
doit  tout  à  Roland.  Mais  il  se  peut  aussi  que  le  vers  2329  ne  soit  pas  de 
l'auteur  de  la  tirade  CLXXIV,  qu'il  ait  été  intercalé  par  un  copiste  pos- 
térieur. Ceci  devient  même  très  probable  par  sa  forme  même  :  l'hémis- 
tiche dont  il  ont  la  fiance  paraissant  faire  allusion  à  ce  que  le  roi  grec  est 
devenu  le  vassal  de  Charlemagne  sent  bataille  champel.  Dans  ce  cas,  le 
vers  en  lui-même  serait  d'accord  avec  la  tradition,  il  est  même  peut-être 
emprunté  à  un  poème  chantant  les  exploits  de  Charles  à  Constantinople 
et  intercalé  d'une  manière  irréfléchie  dans  un  contexte  invitant  à  des 
interpolations,  il  est  vrai,  mais  où  il  ne  produit  pas  moins  une  disparate. 

On  sait  qu'un  poème  sur  la  présence  de  Charlemagne  à  Constantinople 
a  existé  '  et  qu'un  des  rédacteurs  de  la  chanson  de  Roland  l'a  proba- 
blement connu  [Rom.,  IX,  p.  34).  Il  n'y  a  qu'une  difficulté.  Ce  poème 
perdu,  dont  la  saga  nous  donne  le  récit  (I,  49  s.),  dit  expressément  que 
Charlemagne  refuse  d'accepter  l'offre  de  l'empereur  grec  de  devenir  son 
vassal2.  C'est  assurément  une  version  plus  ancienne.  On  peut  supposer 
en  général  que  de  deux  traditions  qui  se  contredisent,  celle  qui  sera  plus 
conforme  à  la  vérité  historique  sera  aussi  la  plus  ancienne.  Les  trans- 
formations qu'une  tradition  populaire  a  subies  dans  le  cours  des  siècles 
ne  tendent  jamais  à  la  rapprocher  des  faits  réels  de  l'histoire  qui  l'ont  fait 
naître  et  qui   sont  oubliés,  elles  tendent  seulement  à  la  rendre  plus 


1.  Quand  M.  Moland,  Origines  littéraires,  p.  108,  prétend  que  le  manuscrit 
n°  575  de  la  bibliothèque  de  Berne  contient  des  fragments  d'un  poème  sérieux  sur 
le  pèlerinage  de  Charles,  il  s'est  laissé  tromper  évidemment  par  la  note  étran- 
gement erronée  de  Sinner  {Calai.,  Berne,  1772,  III,  page  361  ss.).  Le  n°  573 
contient  un  fragment  de  Jean  de  Lançon. 

2.  «  Ensuite  Charles  prit  congé  pour  s'en  retourner,  et  le  prince  grec  offrit 
de  lui  donner  Constantinople  et  d'être  son  vassal.  Charles  répondit  :  «  Que  Dieu 
ne  me  permets  pas  de  faire  cela,  puisque  tu  es  empereur  et  chef  de  toute  la  chré- 
tienté !  Je  veux  plutôt  vous  prier  de  me  donner  quelques  reliques  pour  les 
prendre  avec  moi  en  France  »  (Karlamagnussaga,  éd.  Unger,  page  44). 

Romania,  XIII.  14 


2  10  H.    MORF 

conforme  à  l'état  où  se  trouvent  chaque  fois  les  esprits.  L'empereur  grec 
n'avait  pas  été  le  vassal  de  Charlemagne,  mais  il  n'y  avait  point  de  bon 
Français  qui  n'eût  désiré  qu'il  le  fût  devenu.  Il  se  fit  donc  dans  l'histoire 
poétique  une  transaction  entre  la  vérité  historique  et  le  désir  national 
telle  que  tous  les  deux  pouvaient  s'en  contenter.  Le  Grec  voulait  bien, 
mais  Charles  refusait.  Ce  refus,  plus  tard,  ne  convint  plus.  On  n'y  vit 
pas  de  raison  et  l'on  fit  accepter  Charles,  ce  qui  se  pouvait  très  faci- 
lement, parce  que  ce  changement  était  sans  conséquence  pour  le  reste  du 
récit.  C'était  une  espèce  de  représailles  innocentes  que  la  poésie  se  permit 
en  revanche  de  la  vanité  des  Grecs,  de  la  vanissima  Hellas  '.  La  saga  re- 
produit l'ancienne  version,  le  Roland  fait  allusion  à  la  nouvelle  qui,  sur 
ce  point,  est  d'accord  avec  le  dénoûment  du  Pèlerinage. 

Cette  chanson  dit  que  Charlemagne,  en  conséquence  d'un  vœu,  fait  un 
pèlerinage  en  Terre-Sainte  et  revient  par  Constantinople  où  il  secourt 
contre  les  Sarrasins  le  roi  des  Grecs  —  qui  n'est  pas  nommé  dans  la 
saga,  et  probablement  ne  l'était  pas  non  plus  dans  l'original  français 2  ;  — 
il  obtient  de  lui  de  précieuses  reliques  qu'il  distribue  à  différentes  villes 
de  son  empire  après  son  retour  à  Aix  (ce  passage  est  transcrit  Rom.,  IX, 
p.  33  s.). 

Il  n'est  que  très  naturel  que  l'empereur  rapporte  des  reliques  de  son 
expédition  en  Orient,  mais  si  les  incomparables  instruments  delà  Passion 
en  avaient  fait  partie,  l'abrégé  norvégien,  qui  fait  une  place  relativement  si 
large  aux  reliques,  n'aurait  certainement  point  manqué  de  les  mentionner; 
il  n'aurait  pas  oublié  Saint-Denis  à  côté  de  Compiègne  et  d'Orléans.  Le 
silence  de  la  saga,  à  ce  sujet,  prouve  pour  moi  le  silence  de  l'original, 
contrairement  à  l'opinion  de  M.  Paris  \Rom.,  IX,  p.  33  et  36). 

On  n'a  aucun  témoignage  de  la  présence  des  reliques  de  la  Passion  à 
Saint-Denis  qui  remonte  au  delà  du  milieu  du  xi°  siècle  [ib.}  p.  31),  et 
nous  n'avons  aucune  raison  de  croire  qu'à  cette  époque  elles  y  aient  été 
déjà  depuis  longtemps.  La  Descriptio  n'aurait-elle  pas  servi  à  Saint-Denis 
à  donner  une  origine  brillante  et  ancienne  à  des  reliques  tout  récemment 
acquises  ou  découvertes,  de  manière  que  ces  instruments  de  la  Passion 
ne  dateraient  que  du  xi°  siècle  >   cf.  ci-dessous,  p.  $6),  la  Descriptio  elle- 


1.  Pertz,  SS.,  II,  page  750.  Puisque  j'en  suis  au  moine  de  Saint-Gall,  il 
est  peut-être  à  propos  de  rappeler  que  son  livre  fournit  un  autre  exemple 
d'un  simple  désir  transformé  en  fait  par  la  tradition  :  ce  qu'il  nous  dit,  I,  cap. 
26  (i£.,  page  743)  montre  qu'au  IXe siècle  l'expédition  de  Charles  en  Orient  n'était 
encore  pour  la  tradition  populaire  qu'un  désir,  tandis  que  cent  ans  plus  tard, 
dans  le  Chronico  1  Benedidi,  elle  est  devenue  un  tait. 

2.  L'abrégé  norvégien,  qui  nous  donne  tant  de  noms  propres  pour  des  per- 
sonnages secondaires,  qui  nomme  même  le  roi  païen  (Mirant,  n'aurait  certai- 
nement point  omis  le  nom  du  prince  grec,  s'il  l'avait  trouvé  dans  sa  source. 

3.  On  peut  rappeler  ici  le  fait  bien  connu  de  la  croissance  rapide  de  l'atta- 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   211 

même  n'ayant  pas  été  composée  avant  le  commencement  du  xic  siècle 
[Hist.  de  l'Acad.  des  Inscr.,  XXI,  p.   139  '  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  semble  qu'il  n'y  ait  qu'un  moyen  d'expliquer  qu'un 
poème  comme  celui  delàsaga,  dont  l'ancienneté  est  attestée  déjà  en  ce  qu'il 
fait  résider  l'empereur  à  Aix  il  s'y  marie,  il  y  retourne  ,  en  mentionnant 
les  plus  fameuses  reliques  des  plus  illustres  églises  de  France  Aix,  Com- 
piègne,  Orléans'1,  ne  dise  rien  des  reliques  de  la  Passion  de  Saint-Denis. 
Cela  prouve  seulement  qu'il  date  d'un  temps  où  cette  abbaye  ne  se  van- 
tait pas  encore  de  posséder  ces  trésors,  et  que  la  croix  d'Orléans  et  le 
suaire  de  Compiègne  sont  plus  anciens  ou  au  moins  plus  anciennement 
fameux  que  le  clou  et  la  couronne  de  Saint-Denis. 

Comme  on  a  cru  autrefois  que  l'Historia  Carolï  Magni  et  Rolandi  était 
la  source  où  avait  puisé  la  tradition  populaire,  ainsi  on  a  vu  dans  la  Des- 
criptio  l'autorité  sur  laquelle  se  fondait  la  tradition  d'une  prétendue  expé- 
dition de  Charlemagne  en  Orient.  S'il  faut  intervertir  l'ordre  des  choses 
pour  le  Pseudo-Turpin,  il  le  faut  de  même  pour  la  Descriptio,  qui  aussi 
bien  que  celui-là  a  puisé  dans  la  tradition  populaire.  Son  auteur  n'a  pas 
inventé  toute  son  histoire,  mais  il  s'est  évidemment  servi  du  poème  que 
nous  a  conservé  la  saga  2. 


chement  aux  pratiques  de  l'Eglise  et  de  l'adoration  des  reliques  au  XIe  siècle, 
surtout  en  France,  où  les  moines  de  Cluni  aspiraient  à  une  réforme  de  la  vie 
religieuse.  Le  XIe  siècle  est  l'âge  d'or  des  fondations  d'églises  et  de  monastères, 
des  pèlerinages  et  des  reliques  (cf.  Prutz,  Kiilturgeschichte  à.  Kreuzzvge,  p.  14, 
et  Rôhricht,  Beilrage,  II,  p.  8  I2).  Le  grand  endit  d'Aix-la-Chapelie,  appelé 
dit  Heiligthumsfahrt,  auquel  assista  en  15 10  Ph.  de  Vigneulles  (Moland, 
Orig.  litt.,  p.  394  ss.),  ne  remonte  pas  au  delà  du  xie  siècle  d'après  Qu\x(His- 
torischc  Beschreibung  der  Mùnsterkirc'he,  etc.,  Aachen,  1826,  p.  92  s.)  ;  celui  de 
Saint-Denis  n'est  probablement  pas  plus  ancien.  Je  n'ai  pas  le  livre  de  Lebeuf, 
Histoire  de  la  banlitut  ecclésiastique  de  Paris,  et  le  résumé  qui  en  est  donné  dans 
Y  Hist.  de  l'Acad.  des  Inscr.,  XXI,  p.  167-174  n'est  pas  assez  étendu  pour  être 
suffisamment  clair.  Lebeuf  ne  fait  remonter  le  célèbre  endit  de  la  plaine  Saint- 
Denis  qu'a  l'an  1  109  et  donne  une  explication  fort  ingénieuse  de  son  origine. 
Il  y  cite  pourtant  «  un  autre  indict  qui  se  tenoit  au  mois  de  février  »  et  qui 
serait  plus  ancien.  —  En  tout  cas,  il  n'y  a  pas  de  doute  que  l'abbaye  de  Saint- 
Denis  n'eût  déjà  au  xr-  siècle  une  exhibition  publique  de  ses  reliques. 

1.  Il  faut  pourtant  dire  que  la  raison  alléguée  ici  par  Lebeuf  n'est  pas  aussi 
forte  que  celle  par  laquelle  il  prouve  que  la  Descriptio  ne  peut  descendre  beau- 
coup au  delà  du  pontificat  de  Grégoire  VII.  Il  se  peut  fort  bien  que  la  liste  des 
dignitaires  ecclésiastiques  ait  éprouvé  quelques  additions  postérieures.  Mais  il 
faudrait  étudier  toute  cette  liste  sur  l'ensemble  des  textes  latins  et  français. 
Comme  je  n'ai  pas  à  ma  disposition  le  texte  latin  de  la  Descriptio,  je  me  sers  de 
la  version  contenue  dans  les  Grandes  chroniques  de  France  'éd.  P.  Paris,  II, 
p.  202  s),  et  je  fais  remarquer  que  la  liste  dans  cette  version  montre  bien  des 
différences  avec  la  liste  tirée  d'un  manuscrit  latin  de  Vienne  par  Lambecius 
{Commentaria,  II,  363)  ;  cf.  ce  que  dit  P.  Paris  de  l'état  du  manuscrit  Saint- 
Germain  1085  (Gr.  chroniques,  p.  172). 

2.  Je  reparlerai  de  cette  question  ci-dessous  (p.  41,  63).  M.  Paris  dit  qu'il 
lui  paraît  vraisemblable  «  que  le  poème  a  fourni  à  la  Descriptio  son  principal 


212  H.    MORF 

Pourtant  il  y  a  une  restriction  à  faire.  La  Descripiio  ne  donne  pas  le 
pèlerinage  à  Jérusalem  du  commencement  du  poème,  mais  elle  raconte 
une  expédition  armée  de  Charles,  faite  depuis  Constantinople  et  qui  finit 
par  la  conquête  de  la  Syrie  et  la  prise  de  la  ville  sainte,  d'où  les  Sarrasins 
avaient  chassé  le  patriarche.  La  visite  de  Charles  à  Jérusalem  est  donc 
bien  différemment  racontée  dans  les  deux  récits. 

Or  il  se  présente  ici  une  autre  réflexion.  La  Descriptio  fait  venir  de 
Constantinople  les  reliques  de  la  Passion.  M.  Paris  a  fait  observer  ici 
(IX,  p.  $3)  qu'à  la  fin  du  xtf  siècle  ces  reliques  se  trouvaient  en  réalité  à 
Constantinople,  où  elles  avaient  été  concentrées  par  les  Grecs  (cf.  Histor. 
Taschenbuch,  187$,  p.  326'  qui,  dans  ce  temps,  étaient  passagèrement 
maîtres  de  la  Syrie  et  de  la  Palestine.  La  partie  la  plus  précieuse 
à  leurs  yeux  de  leur  butin  dans  leurs  guerres  contre  les  Sarrasins  était 
les  reliques  iHertzberg,  Gesch.  der  Byzantiner,  Berlin,  1882,  p.  171). 
Mais  on  s'étonnera  de  voir  Charles  rapporter  les  reliques  de  Constanti- 
nople aussi  dans  le  poème  populaire  de  la  saga.  Là,  Jérusalem  n'est  pas 
aux  mains  des  païens,  l'empereur  y  vient  comme  pèlerin,  et  l'on 
avouera  qu'il  serait  beaucoup  plus  naturel  et  plus  conforme  à  l'imagi- 
gination  du  peuple  qu'il  rapportât  la  croix,  le  suaire,  etc.,  du  saint  sé- 
pulcre, comme  le  dira  plus  tard  l'auteur  du  Pèlerinage  '. 


motif  »  [Rom.,  IX,  33).  Il  ne  paraît  pas  avoir  admis  ce  rapport  dans  YHist. 
poétique  (p.  56). 

1 .  Je  suppose  qu'originairement  dans  la  Descriptio  latine  il  était  claire- 
ment dit  que  les  reliques  provenaient  de  Constantinople.  Le  titre  déjà  l'in- 
dique ;  toute  une  série  de  détails  du  récit  le  font  entrevoir,  et  M.  Paris  dans  son 
résumé  (Hist.  poét.,  p.  339)  du  texte  latin  dit  expressément:  «  Revenu  à  Cons- 
tantinople, l'empereur  Constantin  veut  lui  (à  Charles)  prouver  sa  reconnais- 
sance. »  David  Aubert  s'exprime  non  moins  clairement  dans  la  table  publiée  par 
Reiffenberg  (Mousket,  I.  p.  476).  Mais,  guidées  apparemment  par  un  penchant 
bien  naturel  à  faire  donner  les  reliques  de  la  Passion  à  Charlemagne  sur  le  lieu 
mime  de  la  Passion,  d'autres  versions  postérieures  (françaises)  s'écartent  de  plus 
tn  plus  de  l'original  (latin).  D'abord  dans  les  Grandes  Chroniques  il  n'est  pas  dit 
que  Charles  avec  les  Grecs  retourne  de  Jérusalem  à  Constantinople  (1.  c, 
p.  182)  ;  mais  il  est  tacitement  indiqué  que  la  donation  a  lieu  à  Jérusalem  même, 
quoique  le  patriarche  n'y  joue  aucun  rôle.  Charles  prend  trois  fois  congé  de 
1  empereur  grec  (p.  182  et  195)  ;  la  mention  du  patriarche  ne  s'y  estglissée  qu'à 
la  seconde  fois.  Le  récit  des  Gr.  Cliron.  forme  donc  une  espèce  de  version  inter- 
médiaire :  Constantinople  a  disparu,  mais  Jérusalem  n'est  pas  encore  ouverte- 
ment avouée.  Cet  état  se  peint  dans  des  phrases  comme  (p.  195)  «  ils  se  partirent 
de  Jérusalem  et  Je  Constantinople  »,  et  (p.  199)  «  les  reliques  qu'ils  avaient  ap- 
portées de  Jérusalem  et  de  Constantinople.  »  Il  en  est  autrement  dans  la  version 
du  manuscrit  de  l'Arsenal,  publiée  par  Moland  il  c).  Là,  quo:que  Jérusalem 
ne  soit  pas  non  plus  expressément  nommée,  le  patriarche  joue  un  rôle  considé- 
rable à  côté  de  l'empereur  dans  la  scène  de  la  donation.  Enfin  dans  la  ver- 
sion de  Ph.  Mousket  (vers  1  1064  ss.)  c'est  bien  ouvertement  dans  la  ville  de 
Jérusalem  <par  exemple  vers  1  1  1 1  $),  où  les  reliques  ont  été  cachées  à  l'approche 
des  païens  (1 1 136),  que  Charles  les  reçoit  du  patriarche.  Cela  devait  paraître  si 
naturel! 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   21 5 

Cela  semble  indiquer  que  la  tradition  d'une  expédition  de  Charles  à 
Constantinople  est  originairement  indépendante  de  celle  d'un  pèlerinage 
à  Jérusalem.  Du  temps  du  moine  de  Saint-Gall,  Charles  était  censé  avoir 
désiré  aller  à  Constantinople,  mais  Jérusalem  n'est  pas  mentionnée 
(Pertz,  SS.,  II,  p.  750.  Cette  expédition  à  Constantinople  devint  un  fait 
dans  la  tradition  populaire  du  siècle  suivant  xc  et  finissait  dans  la  chan- 
son, composée  à  ce  sujet,  par  l'acquisition  de  célèbres  reliques,  que  les 
Grecs  donnaient  aux  Francs  pour  avoir  vaincu  les  Sarrasins  menaçant 
leur  empire.  C'était  un  poème  d'un  caractère  essentiellement  belliqueux, 
que  je  désignerai  par  Miran.  A  cette  tradition  toute  faite  se  joignit  plus 
tard  l'autre  d'un  pèlerinage  à  Jérusalem,  comme  introduction  ',  peu  dé- 
veloppée à  ce  qu'il  semble  [cf.  l'abrégé  de  la  saga  :  «  Ensuite  le  roi  Char- 
lemagne  partit  pour  Jérusalem  et  retourna  par  Constantinople  »!,  et 
comme  il  convient  à  une  vieille  chanson,  qui  ne  perd  pas  de  temps  à 
dépeindre  des  expéditions  pacifiques. 

Ce  pèlerinage,  motivé  par  un  vœu  2  que  Charlemagne  aurait  fait  à 
l'occasion  de  la  naissance  de  son  fils  Lohier  (né  de  sa  femme  Aude, 
restait  tout  à  fait  épisodique.  C'est  une  tradition  étrangère  au  grand 
courant  de  la  poésie  épique  ;  aucun  autre  texte  ne  connaît  Aude, 
sœur  de  Naimon,  comme  femme  de  Charlemagne.  J'appellerai  ce  poème 
le  Vœu  [de  Charlemagne. 

La  Descriptio  ne  se  fonde  apparemment  que  sur  la  chanson  de  Miran. 
La  situation  de  la  ville  sainte,  telle  qu'elle  nous  la  dépeint,  montre  qu'elle 
a  été  composée  sous  l'impression  de  quelques  sévices  des  païens  contre 
les  Francs  à  Jérusalem.  Cela  pourrait  se  rapporter,  puisqu'il  faut  rester 
en  dedans  des  limites  du  xie  siècle,  au  règne  dufatimide  Hakim,7  1020 
1  pontificat  de  Serge  IV,  qui  prêcha  la  guerre  contre  les  païens  ,  aussi 
bien  qu'au  temps  des  Turcs  .pontificat  de  Grégoire  VII  qui  fit  de  même). 
Une  partie  des  traits  que  la  Descriptio  raconte  et  qui  ne  se  trouvaient  pas 
dans  le  poème  peut  être  empruntée  à  d'autres  traditions  populaires 
(Hist.  poét. ,  p.  3  3  9  4)  ;  toute  la  partie  miraculeuse  est  évidemment  de  son 


1.  Il  est  remarquable  que  le  Chromcon  Benedicti  fasse  aussi  aller  l'empereur 
par  Jérusalem  à  Constantinople,  d'où  il  rapporte  les  reliques  de  saint  André. 
Quoique  le  moine  Benoît  se  soit  servi  de  la  Vita  composée  par  Eginhard,  le 
fond  de  son  récit  repose  sur  la  tradition  populaire.  Je  n'en  conclurais  pas  que 
cette  tradition  ait  été  populaire  en  Italie  au  xe  siècle  ;  je  préférerais  voir  dans 
cet  emprunt-un  fait  isolé.  Les  relations  des  monastères  du  mont  Soracte  avec  la 
France  étaient  directes  iCarloman,  en  747,  y  avait  fondé  le  monastère  de  Saint- 
Sylvestre  que  Benoît  cite  comme  le  premier  pied-à-terre  de  Charlemagne  revenant 
de  Rome),  et  ce  peut  être  parce  chemin  direct,  en  dehors  de  la  tradition  popu- 
laire italienne,  que  la  légende  arriva  au  couvent  de  Saint-André. 

2.  Godefroi  de  Viterbe  est,  à  ce  que  je  vois,  seul  à  répéter  que  le  pèlerinage 
de  Charles  est  la  suite  d'un  vœu  ;  d'après  lui  Charles  va  au  saint  sépulcre  sol- 
verc  vota  volens  (Pistorius,  German.  script.,  II,  p.  459). 


214  H-   M0RF 

invention.  Le. poème  de  la  saga  parle  de  quelques  reliques  rapportées  par 
l'empereur,  la  Descriptio  non  seulement  en  augmente  le  nombre,  mais  y 
rattache  le  récit  détaillé  des  miracles  les  plus  absurdes.  La  Descriptio  est 
le  poème  populaire  au  service  de  l'esprit  monacal  tout  comme  le  Pseudo- 
Turpin  [Hist.  poét.,  p.  58). 

Cet  esprit  étroit,  qui  dans  la  tradition  nationale  ne  voit  que  ce  qui 
sert  les  intérêts  monastiques  et  qui  ne  fait  bon  accueil  qu'à  ce  qui  y  porte 
l'empreinte  d'un  zèle  dévot,  est  naturellement  indifférent  aux  intérêts 
nationaux  profanes  et  les  néglige  en  reproduisant  le  poème  populaire. 
Ainsi  la  Descriptio  n'a  que  cinq  lignes  pour  mentionner  les  combats  de 
Charles  contre  les  infidèles  ;  elle  fait  de  la  guerre,  que  d'après  Miran  les 
païens  faisaient  aux  Grecs  à  cause  de  leurs  trésors  '•,  une  guerre  pour  le 
saint  sépulcre 2,  et  ne  dit  point  que  Constantin  voulut  devenir  le  vassal  de 
Charlemagne,  ce  qui  pour  le  peuple  devait  être  à  peu  près  la  chose 
principale  3.  Mais  elle  s'étend  sur  l'acquisition,  des  reliques  de  la  Passion  4 
qu'elle  a  inventée. 

Mais  la  tradition  populaire  et  l'imagination  de  l'auteur  ne  sont  pas  les 
seules  sources  où  la  Descriptio  a  puisé.  Elle  repose,  à  un  degré  plus  haut 
qu'on  ne  semble  avoir  voulu  l'admettre  jusqu'ici,  sur  des  faits  réels,  des 
souvenirs  historiques. 

Ainsi  elle  dit  que  Charles  construisit  à  Aix  pour  les  reliques  une  église 
en  l'honneur  de  Marie  et  que  Tendit  y  fut  établi  par  le  pape  Léon,  en  pré- 
sence de  toute  une  cour  ecclésiastique  s .  Or  à  la  fin  de  Tannée  804  le  pape 


1.  Saga  :  «  Dans  ce  temps  les  Turcs  et  les  païens  faisaient  la  guerre  au  roi 
grec  pour  avoir  ses  trésors.  »  C'est  bien  là  un  motif  qui  convient  à  une  chan- 
son populaire  de  l'Occident. 

2.  Ph.  Mousket  en  fera,  au  xme  siècle,  une  véritable  croisade  (10293  ss.). 

3.  Il  en  est  resté  pourtant  un  trait  d'autant  plus  précieux  qu'il  montre  à  lui 
seul  que  la  Descriptio  se  base  sur  le  poème  de  Miran,  Gr.  Chroniques,  II,  p.  183, 
Charles  demande  à  ses  barons  et  ses  prélats  quelle  conduite  il  doit  suivre  dans 
l'affaire  des  trésors  offerts  par  l'empereur  grec.  Ceux-ci  lui  conseillent  de  n'en 
rien  prendre,  «  car  on  diroit  qu'il  ne  seroit  pas  là  venu  par  devocion  mais  par 
fine  convoitise  et  pour  acquerre  autrui  terre  d  autrui  royaume  et  pour  assembler 
en  ses  trésors  autrui  richesses.  »  Cet  autrui  terre  et  autrui  royaume  n"a  pas  de  sens 
dans  le  contexte  de  la  Descriptio,  Constantin  n'ayant  point  offert  son  pays  à 
Charlemagne  comme  dans  le  poème  de  Miran.  C'est  un  reste  du  contexte  de  ce 
poème  qui  s'est  glissé  dans  la  version  monacale  par  l'inadvertance  de  son  auteur. 

4.  Puisque  le  Pseudo-Turpin,  dans  le  passage  où  il  déclare  ne  pas  vouloir 
parler  du  voyage  de  Charles  au  saint  sépulcre  (cap.  XX),  ite  mentionne  que  le 
oois  de  la  croix  (  ignum  dominicum)  comme  rapporté  par  l'empereur  et  non 
les  autres  instruments  de  la  Passion,  il  paraît  qu'il  ne  se  fonde  pas  sur  la  Des- 
criptio, mais  bien  sur  le  poème  de  la  saga.   L'expression  dominicum  stpukrum 

omble  indiquer  un   pèlerinage  et  non  point  une  expédition 
armée  (Hist.  poét.,  p.  341  3). 

y  Craintes  Chroniques,  II,  199,  201.  La  traduction  de  la  Descriptio  contenue 
dans  le  ms.  Arsenal  B.  I.  fr.  283  que  Moland  a  publiée  (Origines  litt.,  p.  386  ss.) 
est  considérablement  abrégée. 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   21  5 

Léon  III  vint  réellement  à  Aix  Eginhard,  Annal.,  ad  804  ;  Pertz,  SS., 
I,  192  et  y  consacra,  les  premiers  jours  de  80  5 ,  la  «  chapelle  »  de  Notre- 
Dame  construite  par  Charles.  Il  va  sans  dire  qu'un  grand  nombre  de  di- 
gnitaires ecclésiastiques  assistaient  à  la  fête  '.  La  tradition  populaire,  elle 
aussi,  a  gardé  le  souvenir  de  cette  solennité  [Saga,  I,  19,  ss.,  Bibl.  de 
VÊc.  des  Ch.,  XXV,  p.  97 ',  qu'elle  a  confondue  avec  celle  du  couron- 
nement de  l'empereur  à  Rome  et  de  son  fils  Louis. 

Charles  reçut, comme  on  sait,  des  reliques  de  Jérusalem  Eg\nh.,Ann. 
ad  799  ;  Pertz.,  SS.,  I,  186)  et  de  Constantinople  2,  et  il  en  aura  sans 
doute  déposé  la  plupart  à  la  chapelle  d'Aix  qu'il  avait  commencé  à  cons- 
truire avec  tant  de  somptuosité  1  Eginhard,  Vita,  cap.  26,  qui  ne  men- 
tionne pourtant  pas  expressément  les  reliques  de  l'église  .  Au  moins  le 
même  Angilbert  prétend-il  dans  l'acte  que  je  viens  de  citer  qu'il  avait 
reçu  des  reliques  etiam  de  sacro  palatio  se.  Aquensi  quae  se.  reliquiae)  per 
tempora  ab  anîerioribus  regibus  et  postea  a  iam  dicto  domino  no:tro  maxime 
sunt  congregatae.  Charles  le  Chauve,  en  877,  dit  dans  la  charte  de  fondation 
de  l'abbaye  Saint-Corneille,  à  Compiègne,  que  son  grand-père  congerie 
quam  plurima  reliquiarum  eundem  locum  se.  capellam  Aquensenv  sacrasse... 
dignoscitur  ?.  En  881,  lors  de  l'invasion  des  Normands,  les  reliques  de 
la  chapelle  d'Aix  échappèrent  à  la  destruction  ;  les  religieux  les  enle- 
vèrent dans  leur  fuite  et  les  confièrent  à  l'abbaye  de  Stablo,  qui  les  leur 
rendit  plus  tard  4.  Ces  reliques,  dans  ce  temps,  ne  sont  nulle  part  dési- 
gnées plus  exactement. 

Nous  possédons  une  liste  des  trésors  contenus  dans  un  des  reliquaires 
de  la  chapelle  d'Aix,  écrite  à  la  fin  du  xue  siècle  s.  C'est  là  le  premier 
témoignage  détaillé.   Il  y  est  mentionné  entre  autres  —  je  ne  cite  que 


1.  Cf.  la  lettre  de  l'évêque  Ludgerus  de  Munster  (f  809)  :  Léo  Papa...  cum 
magna  solcmnitaîe  suorum  carJinalium,  archiepiscoporum,  episcoporum  et  praela- 
torum  ac  primatum  ad  imperatorem  Carolum  in  Germaniam  veniens  et  ab  codem  1m- 
peratore  impenaliter  cum  suis  susceptus  inter  multa  pietatis  suae  opéra  instantia  cius- 
dem  serenissimi  imperatoris  et  régis  Aquisgrani  in  palatio dedicavitecclesiam  perpetuae 
virginis  Mariât  donans  candem  ecclesiam  multis  indulgentiis  (Surius,  De  probatis 
sanctorum  historiis,  Cologne,  1578,  II,  36). 

2.  Dans  !a  description  de  son  abbaye  de  Centule  (composée  avant  814), 
Angilbert  dit  qu'il  avait  cherché  à  acquérir  pour  son  église  de  précieuses  reliques 
de  diversis  partibus  totius  christianitatis ,  entre  autres  de  celles  que  les  ambas- 
sadeurs de  Charlemagne  lui  rapportaient  de  Jérusalem  et  de  Constantinople  (Ma- 
billon,  Acla  SS.  ord.  Bened.,  Saec  ,  IV,  P.  I,  p.  113  s.).  Angilbert  est  mort  en 
814,  ib.,  p.  1  19). 

3.  Bouquet,  Recueil,  VIII,  659. 

4.  Martene  et  Durand,  Amphssima  Coll.,  II,  31  s. 

5.  Dans  le  Cod.  diplom.  Aquensis,  éd.  Quix,  I,  p.  28  :  He  sunt  reliquie  que 
continentur  in  feretro  béate  Mariae  Aquisgrani.  Mais  remarquons  bien  qu'il  ne  s'agit 
ici  que  d'un  seu\  fereirum,  que  ce  ne  sont  donc  pas  apparemment  toutes  les  reli- 
ques de  la  chapelle. 


2l6  H.    MORF 

ce  dont  j'aurai  besoin  pour  la  suite  —  :  de  velamine  quod  habuii  [virgo) 
in  capite  suo  ;  de  vestimentis  domini  cum  quibus  crucifixus  est;  de  capillis 
beatae  Mariae;  de  pannis  domini  quibus  in  presepio  fuit  inuolutus;  de  ligno 
domini;  de  reliquiis  S.  Cypriani;  de  manna,  etc.,  etc. 

En  1224,  l'église  souffrit  beaucoup  par  un  incendie.  Albéric,  ad 
an.  1258  éd.  Leibniz,  Leipzig,  1698,  p.  576',  raconte  que  le  doyen 
de  la  chapelle  déclara,  sur  son  lit  de  mort,  avoir  trouvé  parmi  les  trésors 
mis  en  sûreté  lors  de  l'incendie  les  langes  de  l'enfant  Jésus,  le  drap  que 
Jésus  crucifié  avait  autour  du  corps  'perizonium)  et  la  chemise  de  la  sainte 
Vierge.  C'est  le  second  témoignage  direct  et  détaillé. 

Une  de  ces  reliques,  le  lignum  dominicum,  se  trouvait  sûrement  à  Aix 
du  temps  de  Charlemagne,  car  Charles  eut  un  morceau  de  la  croix  dans 
sa  tombe  [Annal,  lauriss.,  ad  814  ;  Pertz,  SS.,  I,  201^. 

Mais  outre  ce  témoignage  direct  de  la  présence  du  lignum  dominicum 
dès  le  temps  de  Charlemagne,  on  a  des  témoignages  indirects  qui  rendent 
presque  sûre  la  supposition  qu'outre  beaucoup  d'autres  reliques  il  se 
trouvait  à  la  chapelle  d'Aix,  du  temps  de  Charlemagne  :  un  clou  ides 
clous  ,  du  suaire,  des  cheveux  et  du  vêtement  de  Marie,  reliquiae  beati 
Symeonis  qui  dominum  in  ulnas  suscepit,  etc.,  etc.  '. 

La  présence  d'une  épine  de  la  couronne,  des  langes  et  du  perizonium, 
n'est  attestée  par  aucun  de  ces  témoignages  pour  le  temps  de  Charle- 
magne. Perizonium  2  et  langes   n'apparaissent  que   dans   la  liste   du 


1.  Cf.  pour  ces  témoignages  indirects  le  livre  de  Floss,  Geschichtliche  Nach- 
richten  ùber  die  Aachener  Heiligthùmer,  Bonn,  1855,  p.  10  ss.). 

2.  Mais  il  doit  avoir  été  à  Aix  déjà  de  bonne  heure,  au  commencement  du 
xie  siècle  au  moins.  Il  est  fameux  dès  le  temps  de  la  composition  du  poème 
abrégé  de  la  saga,  où  il  est  raconté  que  Charles,  venant  de  l'Orient,  le  déposa  à 
Aix.  On  ne  peut  douter  que  M.  Paris  ne  se  trompe  t-n  interprétant  hosa  du  nor- 
végien par  chaussettes  (de  saint  Joseph).  Le  texte  de  la  saga  parle  bien  nette- 
ment de  hosa  de  Jésus  et  est  d'accord  en  cela  aussi  avec  Ph.  de  Vigneulles,  qui 
dit:  «  ...  apourtairent  ung  petit  drapz  de  linge  avec  aulcune  figure  de  sanc, 
lequel  drapz  fut  celluy  que  le  doulz  Jhesus  avoit  en  l'airbre  de  la  Crois  par  de- 
vant son  humanité  »  (Moland,  Ong.  lut.,  p.  397  que  je  cite,  n'ayant  pas  à  ma 
disposition  l'édition  de  Michelant).  Les  chaussettes  de  Joseph  du  même  Ph.  de 
Vigneulles  sont  mentionnées  aussi  par  Bartholomée  Sastrowen,  qui  vit  les 
Joscphshosen  à  Aix  en  1548  (Floss,  op.  cit.,  314).  Mais  tous  les  autres  historiens 
disent  que  les  quatre  grandes  reliques  qu'on  montrait  et  qu'on  montre  encore  à 
Aix  tous  les  sept  ans  sont  :  la  chemise  de  la  vierge,  le  perizonium,  les  deux  lan- 
ges et  le  drap  sur  lequel  Jean-Baptiste  lut  décapité  (cf.  par  exemple  la  relation 
d'un  pèlerinage  de  1465,  Bibl.  des  Stuttg.  litt.  Vereins,  1844,  VII,  p.  28,  et  la 
liste  des  grandes  reliques  dans  Pierre  a  Beeck  ['Aauisgranum.  imprimé  à  Aix  en 
1620).  Il  est  évident  que  les  chaussettes  de  Joseph  dans  Ph.  de  Vigneulles  ne 
sont  autre  chose  que  les  deux  langes  de  l'enfant  Jésus,  l'un  noir  et  l'autre  comme 
tant.  La  tradition  populaire,  et  non  seulement  à  Aix,  dit  que  saint  Joseph  fit  de 
nécessité  vertu  et  coupa  sa  chemise  (ou  bien  ses  chaussettes)  pour  y  emmailloter 
l'enfant  {Weinhold,  Wdhnachlspiele  uni -lieder,  Graez,  1853,  p.  llj:  Joseph: 
Jungfrau,  lubste  Jungfrau  mein,  |  ichneiss  cïn  altes  Hennielcin,  \  dasmrd  desKind- 


ÉTUDE    SUR   LA   CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE    CHARLEMACNE      2  1 7 

xie  siècle;  je  ne  trouve  l'épine  que  dans  la  liste  que  nous  donne  Quix 
[Histor.  Beschreibung  der  Miïnsterkirche,  Aachen,  1825,  p.  74I  ».  Mais  vu 
l'insuffisance  de  nos  renseignements  sur  le  trésor  complet  de  la  chapelle 
d'Aix  aux  ixe,  xc*  et  XIe  siècles,  la  supposition  qu'il  y  ait  eu  à  Aix  de 
l'épine  et  les  langes  déjà  de  ce  temps-là  n'est  ni  interdite  ni  même  in- 
vraisemblable  cf.  pour  les  langes,  Floss,  p.  3 10). 

Ajoutons  que  toutes  les  reliques  nommées  ci-dessus  se  trouvent  encore 
à  Aix,  excepté  le  rclamen  Mariae  et  les  restes  de  S.  Cyprien. 

On  est  donc  autorisé  à  croire  que  dans  la  consécration  de  l'église  par 
le  pape  Léon,  en  805,  des  reliques  célèbres  arrivées  à  Charlemagne  de 
Jérusalem  et  de  Constantinople,  telles  que  le  lignum  dominicum,  le  clou, 
le  suaire,  etc.,  jouaient  un  rôle,  d'autant  plus  que  Charles  aimait  à  faire 
intervenir  le  pape  dans  des  questions  de  reliques  lEginh.  Ann.  ad  804; 
Pertz,  SS.,  I,  p.  192»,  et  tenait  beaucoup  à  voir  prouvée  leur  authenti- 
cité (cf.  Baluze,  Cap.  reg.  Franc,  I,  p.  228). 

Et  pourquoi  un  indictum,  une  exhibition  publique  et  périodique  avec 
un  «  grand  pardon  »  n'aurait-elle  point  été  établie  dès  la  consécration 
de  l'église  et  par  le  pape  même  sur  les  instances  de  l'empereur?  Rien  ne 
serait  plus  ordinaire.  Ainsi  nous  voyons  dans  le  Historiae  Andegavensis 
fragmentum,  composé  en  1096  ^D'Acheri,  éd.  Baluze,  III,  p.  254), 
qu'en  109$  le  pape  Urbain  II  consacre  l'abbaye  de  Saint-Nicolas,  à 
Angers,  et  y  institue  en  même  temps  un  indictum  publicum  avec  indul- 
gence partielle.  L'évêque  Ludgerus,  dans  sa  lettre  citée  ci-dessus,  assure 
que  le  pape  Léon  donna  à  la  chapelle  d'Aix  multas  indulgentias. 

La  grande  exhibition  des  reliques  d'Aix,  qui  n'a  lieu  que  tous  les  sept 
ans,  ne  remonte  pas  au-delà  du  xi° siècle;  mais  avant  ce  temps  les  habi- 
tants du  pa^s  surtout  de  la  contrée  de  Prùml  faisaient  un  pèlerinage  régu- 
lier à  Aix  pour  y  adorer  les  reliques  -.  Il  y  avait  donc  réellement  un  in- 
dictum, et  sa  date,  d'après  Beek,  est  précisément  celle  que  donne  la 
Descriptio  :  in  junio  mense  et  in  he'odomada  secunda  in  jejunii  scilicet  qua- 


leins  Windlein  sein  |  ,  etc.  ;  je  n'ai  pu  trouver  ce  trait  dans  les  evangelia  infantiae 
salvatoris  originaux,  pas  plus  que  dans  les  versions  françaises  du  moyen  âge)  ;  et 
il  paraît  bien  ressortir  du  passage  des  Mémoires  de  Vigneulles  que  !es  pèlerins  s'ex- 
pliquaient ainsi  l'origine  de  ces  langes,  tandis  que  dans  les  œuvres  des  clercs  on 
ne  trouve  pas  trace  de  la  confusion  des  langes  avec  les  Josephshosen.  Floss,  op. 
cit.,  p.  314,  propose  pour  cette  confusion  une  autre  explication,  trop  savante 
pour  être  vraisemblable  la  où  il  s'agit  d'un  fait  exclusivement  populaire. 

i.  Comment  se  fait-il  que  Beeck  ne  le  mentionne  pas  dans  sa  liste  de  1620? 
Ce  n'est  sans  doute  que  par  inadvertance,  comme,  par  exemple,  Quix  oublie  la 
ceinture  de  la  Vierge  qui,  d'après  Floss,  se  trouve  encore  à  Aix. 

2.  D'après  Pierre  a  Beeck,  Aquisgranum  (1620),  traduit  en  allemand  par 
Kantzeler  (Aix,  1874,  p.  266  s.). 


2 I 8  H.    MORF 

tuor  temporum  quarto,  feria  Gr.  Chron.,  II,  200),  c'est-à-dire  le  mercredi 
de  la  seconde  semaine  de  juin  '. 

L'endit  établi  à  Aix  par  le  pape  Léon  n'est  donc  pas  de  pure  invention. 

Il  n'y  avait  pas  de  patriarche  nommé  Jean  à  Jérusalem  du  temps  de 
Charlemagne.  Le  Jean  de  la  Descriptio  pourrait  bien  être  le  patriarche, 
sixième  de  ce  nom,  qui,  en  969,  fut  persécuté  et  brûlé  vif  par  les  Musul- 
mans pendant  leur  guerre  contre  Nicéphore.  La  mémoire  de  ce  patriarche 
aurait  été  mêlée  à  celle  de  l'empereur  Charles  par  l'auteur  de  la  Des- 
criptio en  quête  d'un  casus  belli  pour  ce  dernier. 

On  sait  que  l'abbé  Lebeuf  n'a  pas  réussi  à  mettre  hors  de  doute  que  la 
Descriptio  soit  tout  entière  l'œuvre  d'un  moine  de  Saint-Denis  1  Hist.  poét., 
p.  55).  Elle  est  évidemment  écrite  par  un  Français2;  mais  n'y  aurait-il 
point  eu  quelque  moine  français  à  l'abbaye  d'Aix-la-Chapelle?  Quand 
même  la  ville  d'Aix  ne  se  trouverait  pas  sur  la  frontière  du  pays  français, 
je  ne  verrais  point  d'obstacle  sérieux  à  cette  supposition.  Une  abbaye 
de  l'importance  de  celle  du  palais  d'Aix  siège  d'un  comte  palatin,  lieu 
de  couronnement  des  empereurs  eut  souvent  des  moines  étrangers 
plus  ou  moins  distingués.  Mais  qu'on  tienne  compte  de  cette  circonstance 
qu'Aix  était  la  capitale  du  duché  de  la  basse  Lotharingie,  qui  se  compo- 
sait pour  la  plus  grande  partie  de  territoires  français  ;  que  son  abbaye 
faisait  partie  du  diocèse  de  Liège  3,  français  presque  tout  entier;  que 

1.  La  date  du  jeûne  du  quatrième  mois  (juin)  ayant  été  changée  par  Gré- 
goire VII  et  fixée  au  mercredi  de  la  semaine  de  la  Pentecôte,  le  texte  de  la  Des- 
criptio n'était  plus  en  harmonie  avec  la  réalité  dès  le  xin  siècle.  C'est  pour  cela 
que  la  version  française  des  Gr.  Chroniques  (I.  c.)  ne  traduit  pas  exactement  le 
texte  latin,  mais  dit  :  en  la  quarte  fcre  de  la  scpmaine  de  juing  au  lieu  de  !a  se- 
conde semaine  de  juin.  Il  est  vrai  que  cette  correction  n'est  pas  suffisante.  Une 
confusion  semblable  se  fait  sentir  clans  Beek,  Aquisgranum,  ib.  :  il  dit  que  le  pè- 
lerinage de  Priim  à  Aix  avait  lieu  le  mercredi  des  Quatre-Temps  au  mois  de 
juin  après  la  Pentecôte.  Mais  la  Pentecôte  ne  tombe  pas  toujours  au  mois  de  juin  : 
il  a  confondu  l'ancienne  date,  qu'il  trouvait  sans  doute  dans  la  tradition  (le  mer- 
credi des  Quatre-Temps  au  mois  de  juin)  avec  la  nouvelle  de  mercredi  après 
la  Pentecôte). 

2.  Aux  raisons  données  par  Lebeuf  on  ajouterait  donc  cette  autre  que  la 
Descriptio  repose  sur  un  poème  français. 

j.  Il  en  était  ainsi  au  moins  à  la  fin  du  x°  siècle.  Le  Cod.  dipl.  Aquensis,  éd. 
Quix,  I,  p.  36,  contient  une  bulle  du  pape  Grégoire  V  pour  l'empereur 
Othon  III,  datée  de  997,  dans  laquelle  le  droit  de  célébrer  la  messe  à  l'autel  de 
la  sainte  Vierge  de  la  chapelle  d'Aix  est  réservé  entre  autres  à  l'archevêque 
de  Cologne  (archiepiscopus  huius  loci  Coloniensis)  et  a  l'évêque  liégeois  de  ce 
diocèse  (episcopus  Leodiensis  qui  huic  diocesi  praesidet).  L'atlas  historique  de 
Spruner  [Deutsehlands  kirchûche  Eintheilung  seit  io$ot  attribue  l'abbaye  d'Aix 
au  diocèse  de  Cologne.  Mais  il  paraît  bien  que  c'est  une  erreur;  dans  les  do- 
cuments du  Cod.  dipl.  Aauens.  (qui  vont  jusqu'en  1350),  l'évêque  de  Liège  joue 
toujours  le  rôle  du  chel  ecclésiastique  de  l'église  d'Aix  (cf.  aussi  AA.  SS., 
fan.,  II,  883  :  Praesulatus  huius  Alcxandri  {episcopi  Leodiensis)  anno  secundo 
|i  166)  ...  ossa  Caroli  Magni  ...  sunt  elevata.  Alexandre  était  cvèque  de  Liège 
de  1 164  à  1 167. 


ETUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PELERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   2 1 9 

l'abbaye  possédait,  par  suite  de  nombreuses  donations,  beaucoup  de  do- 
maines sur  du  territoire  français  cf. ,  par  exemple,  le  privilège  de  888 
[Cod.  dipl.  Aquensis,  n"  5]  répété  et  augmenté  en  930  [ib.,  n"  10],  celui 
de  966  [n°  14],  etc.  '  ;  qu'en  972  l'abbaye  de  Chèvremont  [Kivermunt) 
tout  près  de  Liège,  et  où  il  y  avait  certainement  des  moines  français,  fut 
réunie  avec  la  chapelle  d'Aix  ib.,  n"  1$,  cf.  n"  [).  De  telles  relations 
politiques  et  surtout  ecclésiastiques,  et  des  plus  intimes,  de  l'abbaye  du 
palais  d'Aix  avec  son  voisinage  français  ôtent  tout  doute  qu'à  la  fin  du 
x''  ou  au  commencement  du  xf  siècle  il  puisse  y  avoir  eu  des  moines 
d'origine  française.  Un  de  ces  moines  aura  composé  la  Descriptio  q  militer 
Carolus  Magnus  a  Constantinopoli  apud  Aquilae  capellam  claviun  et  coronatn 
domini  adtulcrit  [AA.  SS.,  jan.  II,  876',  qui  est  faite  tout  entière  à  la 
gloire  d'Aix  et  basée  sur  des  souvenirs  historiques  qui  se  seraient  gardés 
difficilement  ailleurs.  Et  l'abbaye  d'Aix  avait  un  intérêt  tout  particulier  à 
voir  composer  ce  plaidoyer  in  suam  gloriam,  parce  qu'elle  possédait  les 
reliques  que  la  Descriptio  dit  lui  avoir  été  données  par  l'empereur.  Elle 
possédait,  dès  le  ixe  siècle,  le  clou,  le  suaire,  la  chemise,  du  bois  de  la 
croix,  le  bras  de  S.  Siméon,  et  vraisemblablement  aussi  les  langes  [la 
Descriptio  ne  parle  que  d'un  seuil  et  la  couronne2  (cf.  ci-dessus,  p.  217). 
La  chemise  et  le  lange  appartiennent  à  ce  qu'on  appelle  à  Aix  les 
grandes  reliques  [grosse  Heiligthiïmer),  les  autres  aux  petites  reliques. 
Remarquons  que  ce  qu'on  appelle  ailleurs  les  grandes  reliques  ^couronne, 


1.  Nos  5  et  io  sont  imprimés  aussi  dans  l'appendice  de  l'édition  de  Mousket, 
par  Reiffenberg,  I,  $48  ss. 

2.  Gr.  Chron.,  II,  p.  194.  Remarquons,  d'ailleurs,  qu'il  ne  s'agit  pas  de  la 
couronne  entière,  malgré  l'expression  hyperbolique  de  ce  passage,  mais  seule- 
ment de  quelques  épines,  comme  il  est  dit  expressément  à  la  page  190  (p.  199, 
elles  sont  dites  être  au  nombre  de  huit).  On  ne  montrait  à  Saint-Denis  qu'une 
partie  de  la  couronne,  ainsi  qu'il  est  dit  dans  le  Fierabras  (6200  s.  :  Illuec  fu 
la  couronne  partie  et  desevree,  une  partie  en  fu  a  Saint-Denis  donnée;  cf.  Bou- 
quet, Recueil,  VII,  225,  etc.;  Gr.  Chron.,  III,  p.  65,  etc.).  Le  pèlerinage  (866) 
parle  de  la  couronne  entière,  exagération  fort  explicable  dans  un  poème  popu- 
laire, puisque  même  les  relations  officielles  se  la  permettent  (Rom.,  IX,  p.  30). 
Il  ne  faut  pas  insister  sur  ces  différences.  Aix,  peut-être,  aura  prétendu  avoir 
le  clou,  le  suaire  et  le  bras,  quoiqu'il  résulte  des  descriptions  systématiques  de 
Beek,  Quix  et  Floss,  qu'on  n'y  possédait  que  la  pointe  du  clou  et  une  partie  du 
suaire  et  du  bras.  C'est  ainsi  que  l'abrégé  norvégien  dit  d'abord  que  le  roi  grec 
donna  à  Charles  du  suaire,  du  bois  de  la  croix,  et  quelques  lignes  plus  bas  que 
Charles  laissa  le  suaire  à  Compiègne,  et  la  croix  à  Orléans.  —  Au  second  pas- 
sage (p.  199  s.)  où  les  reliques  rapportées  sont  énumérées,  il  n'est  question  que 
des  épines,  de  la  croix,  du  suaire,  de  la  chemise  et  du  bras,  et  de  «  maintes 
autres  précieuses  reliques  ».  On  s'étonne  de  n'y  p3s  voir  nommé  expressément 
le  clou  auquel  vient  d'être  consacré  tout  un  chapitre  (IX).  Quant  aux  fleurs 
des  épines  converties  en  manne,  le  passage  (p.  190  ss.)  est  bien  suspect;  il  a 
tout  A  fait  l'air  d'une  interpolation  ;  mais  cette  question  serait  à  examiner  sur 
le  texte  latin.  Du  reste,  on  montrait  à  Aix  de  la  manne  (mentionnée  dans  le 
registre  du  xnG  siècle). 


220  H.    MORF 

clou,  bras,  à  Saint-Denis,  le  suaire  à  Compiègne,  la  croix  à  Orléans) 
sont  appelées  les  petites  et  reléguées  au  second  plan  à  Aix,  tandis  que 
les  grosse  Hciligthùmer  d'Aix,  qui  ne  sont  montrées  que  tous  les  sept  ans 
avec  un  grand  apparat,  pendant  quinze  jours,  sont  précisément  les  re- 
liques que  personne  ne  disputait  à  l'abbaye  du  palais  impérial  '. 

Il  ne  reste  qu'une  observation  à  faire.  Pourquoi  la  Descriptio  ne  men- 
tionne-t-elle  pas  le  pcrïzonium,  qui  assurément  se  trouvait  à  Aix  au 
xie  siècle,  puisqu'il  est  mentionné  dans  l'ancienne  chanson  de  geste  et 
qu'il  est  même  la  seule  des  reliques  d'Aix  qui  y  soit  citée,  et  par  consé- 
quent une  des  plus  illustres  du  temps,  comparable  au  saint  suaire  de 
Compiègne  et  à  la  sainte  croix  d'Orléans?  On  comprend  qu'un  traité 
composé  évidemment  pour  prouver  l'authenticité  de  la  couronne  d'épines 
et  du  clou  ne  mette  pas  en  première  ligne  une  autre  relique-,  mais  on 
s'attendrait  au  moins  à  la  voir  mentionnée  en  passant  parmi  les  autres, 
à  côté  du  lange.  Je  n'ai  pas  d'explication  pour  cette  circonstance,  qui  a 
pourtant  quelque  importance,  car  elle  ne  parle  pas  en  faveur  de  mon 
hypothèse  2. 

Que  la  chanson  de  la  saga  ne  mentionne  pas  le  suaire  et  la  croix 
d'Aix,  mais  les  attribue  expressément  à  d'autres  villes,  cela  prouve  bien 
qu'en  France,  dans  l'imagination  du  peuple,  ces  reliques  d'Aix  ne 
jouaient  aucun  rôle,  qu'elles  n'étaient  pas  même  connues.  Lorsque,  au 
xip  siècle,  l'abbaye  de  Saint-Denis  parut  avec  la  prétention  de  posséder 


i.  Pourtant,  Chartres  prétendait  posséder  la  chemise  de  la  Vierge.  Si  nous 
ne  voyons  point  l'église  d'Aix  aussi  conciliante  envers  la  cathédrale  de  Char- 
tres qu'envers  la  militante  abbaye  de  Saint- Denis  ou  envers  Saint-Corneille  de 
Compiègne,  et  si  elle  met,  au  contraire,  sa  sainte  chemise  au  premier  rang  de 
ses  grosse  Hciligthùmer  (elle  est  toujours  montrée  la  première),  il  faut  tenir 
compte  de  ce  que  la  relique  de  Chartres  (qui  provenait  peut-être  d'Aix)  n'était 
point  en  vérité  la  chemise,  mais  le  voile  de  la  Vierge  (cf.  227).  Il  ne  pouvait 
donc  y  avoir  de  rivalité  entre  Aix  et  Chartres  au  commencement,  les  reliques 
n'ayant  été  réputées  être  les  mêmes  que  plus  tard. 

2.  On  ne  peut  guère  se  tirer  d'embarras  en  supposant  que  le  perizonium  avait 
été  mentionné  dans  l'original  et  que  le  continuateur  qui  ajouta  la  suite,  racon- 
tant la  translation  des  reliques  à  Saint-Denis,  l'avait  omis,  parce  que  Saint- 
Denis  n'avait  pas  la  prétention  de  le  posséder.  Ce  continuateur,  d'après  tout 
ce  que  nous  en  savons,  n'était  point  un  homme  si  circonspect.  Il  n'a  pas 
même  effacé  Yamen  qui  terminait  la  relation  qu'il  continuait  (Gr.  Chroniques,  II, 
p.  204),  et  il  ne  se  fait  pas  de  scrupule  de  faire  apporter  d'Aix  à  Saint-Denis 
le  suaire  et  la  chemise  de  la  Vierge,  quoique  d'autres  villes  françaises  fussent 
reconnues  les  avoir.  Mais  l'omission  paraîtra  moins  grave  quand  on  se  rappelle 
que  la  Descriptio  ne  mentionne  pas  même  le  clou  dans  son  second  résumé  des 
reliques.  —  On  dira  aussi  avec  toute  raison  que  la  Descriptio,  si  elle  a  été  composée  à 
Aix,  doit  faire  résider  l'empereur  à  Aix  même,  et  cela  non  seulement  au  retour  de 
l'expédition  {Gr.  Chron.,  II,  199*,  mais  aussi  lors  de  l'arrivée  des  ambassadeurs 
de  Constantinople.  La  version  française  lait  trouver  Charlemagne  par  ces  am- 
bassadeurs à  Paris  ;  mais  ce  passage  me  paraît  un  peu  suspect  [Gr.  Chron.,  II, 
177  s.),  et  la  question  serait  à  étudier  sur  les  manuscrits  latins. 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   22  1 

le  clou,  la  couronne  et  le  bras,  celle  d'Aix,  pour  défendre  l'authenticité 
de  ses  mêmes  reliques,  composa  la  Descriptio.  Il  est  clair  qu'à  Aix  toutes 
les  reliques  étaient  censées  provenir  de  Charlemagne.  Quelque  moine  fran- 
çais d'Aix  ou  de  Chèvremont  s'empara  donc  de  la  donnée  d'une  chanson 
française  qui  faisait  rapporter  à  Charles  des  reliques  de  Constantinople,  et, 
en  la  modifiant,  en  fit  son  plaidoyer  en  faveur  de  son  abbaye.  Un  moine 
de  Saint-Denis,  avec  un  sans-gêne  qui  n'a  rien  d'étonnant  pour  qui  sait 
un  peu  les  pratiques  des  officines  monacales  du  moyen  âge,  se  servit  du 
plaidoyer  composé  en  faveur  d'Aix  et  y  ajouta  une  suite  où  il  fait  tourner 
tout  au  détriment  de  celle-là  et  où  il  se  donne  tout  le  droit. 

Saint-Denis  n'entendait  point  raillerie  au  sujet  de  ses  instruments  de  la 
Passion1  ;  il  les  disputa  d'abord  à  Aix  et  plus  tard  à  saint  Louis.  Et  il  l'a 
évidemment  emporté  sur  les  deux;  ni  l'église  Notre-Dame  d'Aix  ni  la 
Sainte-Chapelle  de  Paris  ne  réussirent  à  attacher  aussi  fortement  à  leurs 
noms  la  mémoire  du  clou  et  de  la  couronne.  Aix  paraît  avoir  bientôt 
renoncé  à  la  lutte;  ses  instruments  de  la  Passion  avec  le  bras  mutilé  de 
saint  Siméon  sont  rangés  parmi  les  petites  reliques,  et  la  célèbre  Heilig- 
thumsfahrt,  Yindictum  Aquense,  ne  se  fit  ni  pour  l'épine  ni  pour  le  suaire, 
mais  pour  les  langes  et  pour  le  perizonium  de  Jésus,  la  chemise  de  la 
Vierge  et  la  toile  de  Jean-Baptiste  -. 

Lorsque,  en  1165,  un  clerc  d'Aix  composa  pour  Frédéric  Ier  une  vie 
de  Charlemagne,  il  affecta  de  ne  point  connaître,  ou  il  ne  connaissait 
pas  en  effet,  la  suite  que  Saint-Denis  avait  ajoutée  à  la  Descriptio,  et,  en 
reproduisant  la  Descriptio  dans  le  second  livre  de  sa  biographie,  il  ne 
dit  rien  du  prétendu  transport  des  reliques  à  Saint-Denis  [AA.  SS.,  Jan. 
II,  S76)  3. 

On  sait  que  Saint-Denis  n'est  pas  la  seule  abbaye  qui  prétendît  avoir 
reçu  ses  reliques  de  l'empereur  Charles  le  Chauve,  qui  les  aurait  rap- 
portées de  la  chapelle  d'Aix,  dépôt  des  reliques  gagnées  par  son  grand- 
père  [Hist.  poét.,  p.  $7;  Rom.,  IX,  36). 

Le  plus  simple  et,  de  prime  abord,  le  plus  vraisemblable,  serait  de  sup- 
poser que  toutes  ces  prétentions  doivent  leur  origine  à  la  Descriptio. 
Pourtant,  je  crois  que  ce  serait  aller  trop  loin.  Je  donnerai   ici   mes 


1.  Je  rappelle  ici  cette  autre  dispute  qui  éclata  au  xie  siècle  et  dura  jusqu'au 
xvme  siècle  entre  Saint-Denis  et  Ratisbonne,  à  cause  des  reliques  de  saint 
Denis.  Elle  offre  divers  points  de  comparaison  avec  cette  dispute  entre  Aix  et 
Saint-Denis  (cf.  Pertz.,  SS.,  XI,  343  ss.). 

2.  On  ne  sait  pas  quand  cette  distinction  des  petites  et  des  quatre  grandes 
reliques  se  fit  ^Floss,  p.  365). 

3.  La  Descriptio,  dans  cette  forme  première,  se  trouve  encore  dans  quelques 
compilations  du  xvie  siècle,  par  exemple  dans  le  Grant  Voyage  à  Jérusalem 
(Paris,  Regnault,  15 17).  Ph.  Mousket  ne  parle  pas  non  plus  de  la  translation 
(vers  1 1492  ss.). 


222  H.    MORF 

raisons,  quoique  je  ne  me  dissimule  pas  que  je  ne  serai  pas  à  même  de 
lever  tous  les  doutes. 

Le  poème  de  la  saga  prouve  que  le  suaire  de  Compiègne,  c'est-à-dire 
en  réalité  la  sindon,  était  fameux  dans  la  tradition  populaire1  à  une  époque 
où  les  instruments  de  la  Passion  de  Saint-Denis  ne  l'étaient  pas  encore, 
parce  que  cette  abbaye  ne  se  vantait  pas  encore  de  les  posséder  ici-des- 
sus, p.  2  iii.  Il  n'est  pas  invraisemblable  que  la  légende  monacale  à 
Compiègne  ait  marché  l'égale  de  la  tradition  populaire,  et  qu'elle  ait 
aussi  attribué  l'acquisition  de  sa  célèbre  relique  à  Charles  (non  pas  à 
Charles  Ier,  mais  à  son  fondateur  Charles  II,  qui  seul  jouait  un  rôle  dans 
son  histoire!,  déjà  de  toute  ancienneté  et  indépendamment  de  la  Des- 
criptio.  Voyons  si  nous  trouvons  encore  d'autres  indices  qui  nous  per- 
mettent cette  manière  de  voir. 

On  sait  que  la  ville  de  Compiègne,  au  ixe  siècle,  était  la  résidence 
favorite  des  souverains  de  la  France.  L'empereur  Charles  le  Chauve 
aimait  à  y  célébrer  la  fête  de  Noël,  tout  comme  son  grand-père  le  fai- 
sait à  Aix;  son  fils,  le  roi  Louis  le  Bègue,  y  prit  la  couronne  et  y  eut  sa 
tombe;  son  successeur  Eudes  y  fut  sacré,  etc.  Compiègne  fut  pendant 
un  siècle  pour  la  France  ce  qu'Aix  avait  été  pour  l'empire  franc  et  était 
encore  pour  l'empire  allemand.  De  là  naquirent,  dès  le  règne  de 
Charles  le  Chauve,  certaines  prétentions  de  Compiègne  qui  se  trouvaient 
favorisées  par  Charles  II  lui-même.  Il  construisit  à  côté  de  son  palatlum 
Compendiense  une  chapelle  consacrée  à  la  sainte  Vierge,  et  dans  l'acte 
de  fondation    5   mai  877    2  il  se  rapporte  expressément  à  son  grand- 


1.  Le  premier  document  authentique  où  je  trouve  mentionné  la  présence  de 
cette  relique  à  l'abbaye  de  Compiègne  n'est  que  du  règne  de  Philippe  Ie''  (de  1092)  : 
Translatio  sudarii  Compendiensis  in  aliam  capsam  {Gallia  Christiana,  X,  102),  où 
il  est  dit,  sans  plus  de  détail,  que  Charles  II  l'avait  offerte  à  l'abbaye.  Du 
reste,  le  texte  de  ce  document  ne  parle  pas  encore  du  suaire,  mais  du  signe 
(linteamen  in  quo  Dominicum  corpus  in  sepulchro  iacuisse  perhibetur  quoi  sindoncm 
secundum  Evangelistam  nominamus),  tout  comme  le  fragmentum  Historiae  Fran- 
ciae  cité  par  Bouquet,  VII,  225.  La  confusion  des  deux  termes  se  sera  faite 
d'abord  dans  la  langue  vulgaire,  c'est-à-dire  dans  l'imagination  du  peuple,  et  de 
là  aura  pénétré  aussi  dans  les  œuvres  latines  des  clercs  (Bouquet,  ib.,  p.  257). 
Mabilîon.  Ann.  Bened.,  III,  202,  con'ond  réellement  les  deux  reliques  en  attri- 
buant à  Compiègne  sudarium  quo  Christi  Domini  capul  in  monumento  involutum 
fuisse  creditur. 

2.  Imprimé  dans  d'Acheri  (éd.  Baluze),  Spicilegium,  III,  p.  352;  Mabilîon, 
diplom.,  p.  404,  et  Annal.  Bened.,  III,  681  ;  Bouquet,  Recueil,  VIII,  659  : 

...  proinde  quia  divinae  recordationis  imperator,  avus  scilicet  noster,  Carolus  cui 
divina  providentiel  monarchiam  totais  huius  imperii  con  ferre  dignata  est,  in  Palatio 
Aauensi  capellam  in  honore  Beatae  Dei  Genitricis  et  Virginis  Mariae  construxisse  ac 
clcricos  inibi  Domino  ob  suae  animai  r  médium  atque  peccaminum  absolutionem  pari- 
terque  ob  dignitatem  apicis  imperialis  deservire  constituisse  ac  congerie  quamplurima 
reliquiarum  eundan  locum  ...  excoluisse  diagnoscitur.  Nos  quoque  morem  il  lins 
imitari  ...  cupientes  cum  pars  il  la  regni  nobis  sorte  divisionis  nondum  contigerit, 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PELERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   22  3 

père,  qui  avait  construit  la  chapelle  de  Notre-Dame  à  Aix.  A  la  con- 
sécration de  l'église  assistaient  entre  autres  dignitaires  les  nonces  du 
pape  Pertz,  SS.  I,  502  .  Mais  comme  la  chapelle  d'Aix  pouvait  se 
vanter  d'avoir  été  consacrée  par  le  pape  même,  celle  de  Compiègne 
voulut  jouir  de  la  même  gloire.  Ainsi  un  privilège  du  roi  Philippe 
(de  1085  dit  que  l'église  de  Compiègne  avait  été  consacrée  par  le  pape 
Jean  accompagné  de  soixante-douze  évèques  d'Acheri,  I,  627). 

La  résidence  de  Charlemagne  avait  donné  lieu  à  des  légendes.  Je  ne 
rappelle  ici  que  celle  du  prétendu  diplôme  de  Charlemagne  que  les 
moines  d'Aix  présentèrent  à  Frédéric  Ier  en  1 165  [AA. SS.,  Jan.II,  889 :  : 
Charles  chassant  au  milieu  de  forêts  touffues  trouve  les  restes  des  bains 
salubres  des  anciens  Romains  et  y  construit  la  «  chapelle.  »  Or,  il 
existe  une  légende  monacale  sur  la  fondation  de  la  «  chapelle  »  de  Com- 
piègne qui  la  rappelle  par  plus  d'un  trait  :  Hisioria  translationis  corporis 
S.  Cornelii  papae  Roma  Compendium  ' .  Elle  raconte  d'une  manière  ridicu- 
lement ampoulée  comment  l'empereur  Charles  le  Chauve,  en  quête  d'un 
ornement  pour  son  église,  va  à  Rome  et  en  rapporte  le  corps  de  S.  Cor- 
neille, qui,  non  sans  les  miracles  obligatoires,  est  déposé  sub  timbra 
cryptarum  basilicae.  Dans  l'introduction,  cette  Hisioria  relate  que  l'empe- 
reur, avec  ses  soldats,  parcourut  la  France  en  cherchant  un  lieu  conve- 
nable pour  y  mettre  sa  basilica.  La  Providence  les  mena  dans  la  foret  de 
Compiègne.  Ce  paradis,  plein  de  magnifiques  arbres  et  arrosé  par  de 
beaux  courants  d'eaux,  aussi  favorable  à  la  pêche  que  salubre  contre  la 
peste,  leur  plut,  et  ils  résolurent  d'y  construire  le  temple2.  On  enleva 


infra  tamen  potestatis  nostrae  ditionem  in  Palatio  vilelicet  Compcndii  in  honore 
Gloriosae  Dei  Genitricis  ...  monasterium  cui  Regium  vocabulum  deaimus  fundotcnus 
exstruximus  et  donariis  quamplurimis  Domino  luvante  ditavimus... 

1.  Bouquet,  VII,  373  ss.,  l'imprime  en  partie,  d'après  Lebeuf,  qui  la  publia 
le  premier  dans  son  Recueil,  I,  p,  360,  que  je  n'ai  pas  à  ma  disposition.  Les 
AA.  SS.,  Sept.,  IV,  182  ss.,  en  donnent  de  longs  échantillons  qui  montrent  des 
leçons  préférables  à  celles  de  Bouquet.  L'attribution  de  cette  Histona  au 
Xe  siècle  (Bouquet,  p.  375  b,  cf.  AA.  SS.,  p.  182  D)  n'est  pas  invraisem- 
blable; l'auteur  parle  des  deux  incendies  qui  détruisirent  l'église  peu  avant  917 
comme  d'événements  récents.  Les  premières  lignes  contiennent  une  disparate. 
Il  y  est  dit  que  le  prince  qui  sera  le  héros  de  ce  qui  suit  est  Domnus  Karolus, 
Ludovici  filius,  ab  illo  magnanimo  Karolo  rex  cognomine  tertius,  progenieque 
auiXTUS  qui  tune  tempore  Romanae  (sic)  perindeque  Franciae  gratulabatur  regimine. 
Ce  prince  serait  dor.c  Charles  III,  surnommé  le  Simple.  Mais  il  n'est  point 
question  dans  le  reste  de  VHistona  du  roi  Charles  III,  mais  de  l'empereur 
Charles  II.  Cette  confusion  paraît  être  le  fait  d'un  copiste  postérieur  qui 
essaya  de  réclamer  pour  Charles  III  la  fameuse  translation,  Charles  III  ayant 
été  comme  son  grand-père  un  bienfaiteur  de  l'abbaye,  surtout  à  l'occasion  des 
deux  incendies. 

2.  Dum  enim  imperator  ...  superni  amoris  igné  succensus  ad  jacienda  divini 
Templi  jundamenta,  suo  cum  omni  exercitu  tam  plana  quam  dumosa  diversorum 
circuiret  Franciae   locorum  spatia,   contigit   illum  non  fortuitu  sed  celestis  provi- 


224  H'    M0RF 

arbres  et  épines,  et  on  bâtit  miro  lapideo  contabulaiu  une  magnifique 
église  que  l'auteur  n'hésite  point  à  appeler  hanc,  ut  ita  dicam,  supernam 
Jérusalem  ! 

Ce  salubre  paradis  de  la  forêt  de  Compiègne,  qui  décide  Charles  le 
Chauve,  rappelle  assez  les  conditions  qui  amenèrent  Charlemagne  à 
choisir  la  forêt  d'Aix  pour  faire  croire  que  ces  deux  légendes  ne  sont 
pas  nées  indépendamment  l'une  de  l'autre.  Celle  d'Aix  est  plus  an- 
cienne sans  doute,  et  elle  aura  été  connue  par  le  moine  de  Compiègne  ou 
dans  une  relation  monacale  ou  par  la  tradition  populaire  '. 

On  voit  qu'à  Compiègne,  non  seulement  Charles  le  Chauve  lui-même 
invoqua  le  souvenir  de  Charlemagne  et  d'Aix,  mais  qu'aussi  les  légendes 
monacales  se  réglaient  sur  celles  de  la  capella  palatii  Aquensis. 

Charles  le  Chauve,  on  le  sait,  a  plus  qu'aucun  autre  roi  de  France 
fondé  et  enrichi  des  abbayes.  Après  le  nom  de  Saint-Denis,  celui  de 
Compiègne  est  un  des  plus  fréquents  dans  les  documents  ecclésiastiques 
de  son  règne.  Mais  il  n'est  dit  expressément  nulle  part  qu'il  ait  orné  la 
chapelle  de  son  palais  par  des  reliques,  quoiqu'il  ne  puisse  être  douteux 
qu'il  ne  l'ait  fait  en  réalité.  Dans  l'acte  de  fondation  cité  ci-devant,  il  ne 
mentionne  que  quae  in  auro,  argento  et  gemmis,  vestibus,  rébus,  rel  in  qui- 
buslibet  speciebus  eidem  loco  concessimus  ip.  66 m2.  En  917,  comme  le 
prouvent  deux  privilèges  de  Charles  le  Simple  de  cette  année  (Bouquet, 
IX,  $32  s'.),  les  reliques  des  SS.  Corneille  et  Cyprien  s'y  trouvaient. 
Les  Bollandistes  supposent  qu'elles  y  avaient  été  données  par  Charles 
le  Chauve.  Pour  le  corps  de  S.  Corneille,  la  Historia  citée  précédem- 
ment montre  que  dès  le  xa  siècle  les  religieux  de  Compiègne  croyaient 
que  Charles  II  l'avait  amené  de  Rome.  Comme  le  corps  de  ce  saint  était 

dentiae  nutu  qucmdam  penetrare  saltum  percito  car  su  ...  Vtdens  itaque  Impcrator 
pracdicti  saltus  diversorium  veluti  secundum  paradisum  diversorum  gencrum  arbo- 
ribus  mirifice  consitum,  habileque  tant  ad  piscandum  quam  ad  igncm  fervidae  pestis 
salubritcr  reprimendum,  lympnarum  rivulis  affatim  inriguum,  mox  superna  inspi- 
rante clementia,  animadvertit  velle  sibimet  Christum  inibi  constrari  (sic)  domicilium. 
Ciuus  loci  divino  ad  aedificandum  Numini  tabernaculum  habilitate  comporta  ...  jussit 
ut  dcmptis  acutis  vepribus  surculisquc  silvarum  radicibus  cvellatis  omnibus,  sub 
laudc  Christi  nominis  salubre  aedificarctur  asylum.  (Bouquet,  1.  c.) 

1.  Ph.  Mousket  l'a  certainement  puisée  dans  le  diplôme  cité  {Hist.  poèt., 
369):  d'autres  passages  tels  que  celui  des  vers  2524-2543,  où  il  parle  des  pri- 
vilèges des  habitants  d'Aix,  ne  laissent  aucun  doute  sur  sa  source,  quoique 
Tobler,  dans  sa  récente  édition  (Pertz,  SS.,  XXVI,  p.  726  ss.),  ne  la  men- 
tionne pas. 

2.  Dans  le  même  acte,  il  appelle  l'église  S.  Mariât  genitricis  et  non  pas 
S.  Cornelii  et  Cypriant).  Elle  n'eut  ce  nom  que  plus  tard,  mais  déjà  avant  917 
(Bouquet,  IX,  532  ss.)',  à  cause  des  corps  de  ces  deux  saints  qui  s'y  conser- 
vaient (cf.  Mabillon,  De  re  diplom.,  p.  275  ;  Annal.  Ben.,  III,  202).  Cette 
double  dénomination  a  donné  lieu  à  une  confusion  :  on  y  a  voulu  reconnaître 
deux  églises  différentes,  ainsi  par  exemple  le  Chronicon  Sithiense  (Bouquet,  VII, 
270  A). 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   22$ 

conservé  à  Rome  (sa  présence  y  est  attestée  encore  vers  la  fin  du 
vin"  siècle,  AA.  SS.,  sept.  IV,  p.  i8i),  il  se  peut  fort  bien  que  le  pape 
l'ait  donné  à  Charles  le  Chauve  en  875,  lors  de  son  séjour  en  Italie, 
pour  l'église  en  construction  de  son  palais,  désormais  impérial,  à  Com- 
piègne. 

Le  corps  de  S.  Cyprien  fut  amené  de  Carthage  en  France,  avec  la 
permission  de  Haroun-al-Raschid,  sous  Charlemagne,  et  déposé  à  Arles 
et  puis  à  Lyon  (AA.  SS.,  sept.  IV,  p.  340],  d'où  Charles  II  l'a  pu 
apporter  dans  son  église  à  Compiègne  [AA.  SS.,  ib-.,  p.  341  El.  Or, 
nous  savons  que  la  chapelle  d'Aix  conservait  de  même  une  relique  de 
S.  Cyprien  cf.  la  liste  citée  ci-dessus  p.  21 61.  On  sait,  en  outre,  qu'il 
y  a  une  abbaye  de  S.  Corneille  [Kornelimiinsîer)  tout  près  d'Aix  [abbatia 
Indensis*  ',  fondée  par  l'empereur  Louis  au  commencement  du  ixe  siècle, 
où  on  conservait  une  partie  du  crâne  de  S.  Cyprien  [AA.  SS.,  ib., 
p.  343  El  et  le  bras  et  la  tête  de  S.  Corneille  [AA.  SS.,  ib.,  p.  186). 

Cela  indique  sans  doute  des  relations  des  deux  abbayes  d'Aix  avec 
l'abbaye  de  Compiègne.  Ces  relations  trouvent  leur  expression  dans  la 
légende  monacale  de  Kornelimùnster,  où  il  est  dit  que  les  corps  des 
SS.  Corneille  et  Cyprien  ont  été  transférés  en  France  par  Charles  II 
(AA.  SS.,  ib.,  p.  185  Cl2.  Mais  cette  légende,  dont  les  Bollandistes 
disent  seulement  qu'elle  a  été  extraite  ex  Mss.  Indensibus  sans  en  indiquer 
l'âge,  est  peut-être  relativement  jeune  et  calquée  sur  d'autres  légendes 
semblables  [AA.  SS.,  ib.,  p.  186  Al.  En  réalité,  il  se  pourrait  bien  que 
justement  le  contraire  eût  eu  lieu,  que  Charles  le  Chauve  eût  donné  à 
Kornelimiinsîer  quelques-unes  des  fameuses  reliques  de  sa  basilique. 

On  sait  que  les  différentes  églises  échangèrent  souvent  quelques  par- 
ties de  leurs  reliques.  On  coupait  les  reliques,  et  quelquefois  on  enfermait 
les  parcelles  dans  des  simulacres  de  l'original  [Floss,  p.  46;  Rom.,  IX,  20). 
Ainsi,  d'une  seule  relique  pouvaient  provenir  plusieurs  autres  de  la 


1.  Elle  se  trouve  à  deux  lieues  au  sud  du  palais  d'Aix,  mais  cette  distance 
ne  l'aura  pas  empêchée  d'être  regardée  dans  des  légendes  françaises  comme  une 
abbaye  d'Àix,  c'est-à-dire  que  les  reliques  provenant  de  V abbatia  Indensis  étaient 
censées  venir  de  la  ville  impériale  d'Aix,  et  y  avoir  fait  partie  du  trésor  amassé 
par  Charlemagne.  Aussi  la  légende  monacale  de  Kornelimùnster  dit-elle  que  l'ab- 
baye a  été  fondée  par  l'empereur  Charlemagne  (AA.  SS.,  ib.,  p.  185  G  ss.)  et 
que  ses  reliques  lui  ont  été  données  par  ce  prince.  En  outre,  Kornelimùnster  fai- 
sait comme  la  chapelle  d'Aix  l'exhibition  de  ses  reliques  tous  les  sept  ans,  et  les 
mêmes  jours  (cf.  Ph.  de  Vigneulles).  La  confusion  était  donc  facile. 

2.  Il  faudrait  alors  croire  que  Louis  le  Débonnaire  avait  donné  à  Y  abbatia 
Indensis  ces  deux  corps,  tandis  que  pour  celui  de  S.  Corneille,  il  est  décidé- 
ment beaucoup  plus  vraisemblable  que  Charles  II  seulement  l'a  ramené  de 
Rome.  Aussi  cette  abbaye  n'a-t-elle  pris  le  nom  S.  Cornelii  que  plus  tard  ;  dans 
les  diplômes  du  ix°  siècle  elle  n'est  appelée  que  d'après  la  rivière  d'Inden  sur 
laquelle  elle  est  située  (cf.  Floss,  op.  cit.,  p.  1 17). 

Romania,  XIII.  1  $ 


226  H.    MORF 

même  espèce,  et  l'on  vénérait,  par  exemple,  plus  de  saints  clous  dans 
les  églises  qu'il  ne  pouvait  y  en  avoir  eu  dans  la  croix. 

Kornelimùnster  possède  la  sindon  [AA.  SS.,  ib.,  p.  1 86  E,  s.)  '  ainsi 
que  Compiègne.  N'est-il  pas  possible  que  Charles  le  Chauve  lui  ait 
offert  des  reliques  de  S.  Corneille  et  de  S.  Cyprien  pour  avoir  en 
échange  une  partie  du  saint  signe  ?  N'est-il  pas  possible  que  le  voile  de 
la  Vierge,  que  nous  trouvons  à  la  chapelle  d'Aix  cf.  p.  21 61  aussi 
bien  qu'à  Compiègne  (cf.  Mabillon,  Annal.,  III,  202),  ail  été  acquis  de 
la  même  manière  par  Charles  II,  qui,  en  échange,  aurait  offert  à  Aix  des 
reliques  de  S.  Cyprien  2  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  évident  que  dès  le  temps  de  Charles  le 
Chauve  il  existe  une  certaine  communauté  de  reliques  entre  Compiègne 
et  Aix  :  là  les  corps  de  S.  Corneille  et  de  S.  Cyprien,  le  voile,  le  suaire 
(sindon  ;  ici  des  parties  de  ces  corps,  le  voile,  le  suaire  [sindon  [à  Kor- 
nelismunster]  et  sudarium  [à  la  chapelle  d'Aix]).  Si  l'on  tient  compte,  en 
outre,  de  ce  qui  a  été  remarqué  ci-dessus  sur  la  rivalité  apparente  de 
Compiègne  avec  Aix,  on  comprend  fort  bien  qu'à  Compiègne  on  ait  pu 
arriver,  dès  le  ixe  siècle,  à  la  prétention  que  Charles  II  avait  apporté 
d'Aix  la  sindon  et  le  vélum)  s,  quand  même  notre  supposition  des  rela- 
tions entre  cet  empereur  et  les  abbayes  d'Aix  n'aurait  aucune  vraisem- 
blance. 

L'essentiel  est  qu'il  résulte  de  ces  données  que  l'abbaye  de  Com- 
piègne expliquait  ainsi  la  présence  de  certaines  reliques  probablement 
bien  avant  que  Saint-Denis  n'eût  sa  Descriptio. 


1.  Devenue  suaire  dans  l'imagination  des  pèlerins  (cf.  Ph.  de  Vigneulles), 
tout  comme  à  Compiègne.  Les  pèlerins  paraissent  l'avoir  appelé  le  suaire  de  la 
Vierge,  sans  doute  pour  le  distingner  du  suaire  de  Jésus  qu'ils  venaient  voir  à 
Aix  {ib.). 

2.  Je  m'étais  formé  cette  opinion  déjà  depuis  quelque  temps,  lorsque  je 
réussis  à  avoir  le  livre  de  FIoss  sur  les  reliques  d'Aix,  qui  émet  la  même  hypo- 
thèse p.  11$  ss.).  Quoique  ce  livre,  qui  témoigne  d'une  vaste  érudition,  ne  soit 
pas  écrit  partout  avec  assez  de  critique,  je  crois  pouvoir  me  féliciter  de  la 
rencontre.  Floss  n'est  pas  bien  informé  sur  la  provenance  des  reliques  de 
S.  Corneille  et  de  S.  Cyprien,  mais  Dummler,  qui  lui  reproche  cette  erreur 
(Geschichte  des  ostfrànkiscnen  Reiches,  II.  42),  ne  l'est  pas  mieux.  —  J'avais  rejeté 
comme  Floss  (p.  115)  l'opinion  que  Charles  II,  pendant  son  séjour  dans  la 
Lotharingia  lors  de  la  guerre  de  876,  avait  dépouillé  les  abbayes  d'Aix  et  d'In- 
den.  Son  rêve  était  de  résider  comme  empereur  à  Aix;  en  876,  il  crut,  pour 
la  deuxième  fois,  le  voir  s'accomplir  et  par  conséquent  il  ne  put  s'aviser  de 
spolier  ces  abbayes. 

3.  Floss.  op.  et.,  p.  118,  s'en  rapporte  au  livre  de  Chifflet,  De  linteis  sepul- 
chralibus  (p.  150  s.),  où  il  doit  être  question  de  cette  prétention.  Je  n'ai  pas  ce 
livre.  Dans  la  suite,  l'idée  naquit  d'une  expédition  de  Charles  II  en  Orient,  d'où 
il  aurait  rapporté  le  suaire  ;  ainsi,  par  exemple,  dans  le  Chronicon  Fratns  Ri- 
chardi  (Bouquet,  VII,  p.  259).  Dans  les  Gcsta  Cous.  Andegav.  (d'Acheri,  III, 
248),  c'est  la  ceinture  de  la  Vierge  qu'il  aurait  rapportée  de  Constantinople. 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   227 

Ce  n'aura  été  que  sur  l'exemple  de  Compiègne  que  Saint-Denis,  lors- 
qu'il se  trouva,  au  xi"  siècle,  en  possession  du  clou,  de  la  couronne  et 
du  bras,  forgea  sa  légende  '  et  s'empara  ensuite  de  la  Descriptio  com- 
posée à  Aix  pour  y  joindre  l'histoire  de  la  prétendue  translation  2. 

Je  dis  :  lorsque  l'abbaye  se  trouva,  au  xie  siècle,  en  possession  de  ces 
trésors.  Cette  hypothèse  ne  se  fonde  pas  tant  sur  l'absence  de  docu- 
ments authentiques  établissant  la  présence  du  clou,  de  la  couronne  et  du 
bras  à  Saint-Denis  pour  les  temps  antérieurs,  que,  je  le  répète,  sur  cette 
circonstance  bien  remarquable  que  la  chanson  de  la  saga  ne  mentionne 
point  Saint-Denis  à  côté  de  Compiègne  et  d'Orléans.  On  sait  que  d'in- 
nombrables reliques  ont  été  découvertes  dans  les  églises  chrétiennes 
dans  le  cours  du  xie  siècle,  c'est  ainsi  que  Saint-Denis  n'aura  pas  manqué 
de  faire  sa  découverte  cf.  Pertz,  SS.,  XI,  3431. 

Comme  Compiègne,  Chartres  prétend  avoir  reçu  sa  relique  de  la 
Vierge  [tunica,  camisia)  de  Charles  II,  qui  l'aurait  trouvée  à  Aix  [Gallia 
Christian^,  VIII,  1 106L  Lorsqu'on  ouvrit  le  reliquaire,  en  1793,  on  vit 
que  ce  n'était  point  une  chemise,  mais  un  voile  qui,  depuis  des  siècles, 
avait  été  vénéré  sous  ce  nom-là  (Cf.  Floss,  op.  cit.,  p.  279  s.). 

La  présence  de  cette  relique  à  Chartres  est  attestée,  pour  le  commen- 
cement du  xie  siècle,  par  YHisîoria  Normannorum  de  Dudon,  qui  écri- 
vait dans  les  premières  années  de  ce  siècle  tPertz,  SS.  IV,  94^,  et  qui 
raconte  le  premier  ce  fait,  célèbre  dans  l'histoire  de  la  lutte  des  Français 
contre  les  Normands,  que  Tévêque  de  Chartres  vainquit  les  ennemis,  au 
commencement  du  x"  siècle,  en  se  jetant  sur  eux,  portant  la  croix  et  la 
chemise  de  la  Vierge  dans  ses  mains  3.  Si  cette  anecdote  n'est  pas  assez 
sûre  pour  mettre  hors  de  doute  que  la  relique  se  trouvât  à  Chartres  dès 
le  commencement  du  xc  siècle,  nous  pouvons  supposer  au  moins  que  du 
temps  de  Dudon  la  relique  s'y  trouvait  déjà  depuis  assez  longtemps  pour 
avoir  donné  lieu  à  des  traditions  populaires.  Elle  y  aura  donc  été  plus 


1 .  Ou  même  cet  exemple  a-t-il  peut-être  directement  engagé  l'abbaye  de 
Saint-Denis  à  s'attribuer  des  reliques  qu'Aix  était  censé  avoir  reçues  de  Charle- 
magne?  On  sait  que  les  relations  entre  les  deux  abbayes  de  Saint-Denis  et  de 
Compiègne  étaient  des  plus  intimes  dès  le  ixe  siècle;  cf.,  par  exemple,  l'his- 
toire de  l'archevêque  Hincmar  (Mabillon,  Annal.,  II,  p.  483).  Aussi  l'abbaye 
de  Saint-Denis  ne  manque-t-elle  pas  de  joindre  dans  ses  chroniques  le  nom  de 
Compiègne  au  sien  propre  pour  persuader  au  lecteur  qu'après  elle-même  il  n'y 
a  point  de  plus  illustre  abbaye  en  France  que  celle  de  Saint-Corneille  (Gr. 
Chron.,  éd.  P.  Paris,  III,  p.  64;  cf.  le  fragment  de  la  Descriptio  latine  cité 
dans  Lambecius,  II,  p.  363). 

2.  La  fausseté  historique  des  circonstances  dans  lesquelles  cette  translation 
se  serait  opérée  a  été  démontrée  déjà  par  Lebeut  (Hist.  de  l'Acad.  des  Inscr., 
XXI,  p.  170). 

3.  Je  cite  ce  passage  d'après  le  Gallia  Christiana,  VIII,  p.  1 108,  n'ayant  pas 
l'édition  de  M.  Lair. 


228  H.    MORF 

ancienne  que  ne  le  sont  le  clou  et  la  couronne  à  Saint-Denis.  Elle  peut 
même  y  avoir  été  donnée  par  Charles  le  Chauve  ',  comme  la  sindon  et 
le  voile  à  Compiègne  (cf.  Floss,  op.  cit.,  p.  283  s.),  de  manière  que  je 
ne  crois  point  impossible  que  la  tradition  de  la  translation  de  précieuses 
reliques  de  la  chapelle  d'Aix  en  France  se  soit  formée  à  Compiègne  et  à 
Chartres  indépendamment. 

Pour  les  autres  églises  qui  se  vantent  d'avoir  reçu  des  reliques  que 
Charlemagne  aurait  déposées  à  Aix,  d'où  Charles  le  Chauve  les  leur  au- 
rait apportées  iCharroux,  Metz,  Anvers,  Hildesheim  2,  etc.),  je  ne  crois 
pas  avoir  besoin  ici  de  rechercher  de  plus  près  l'origine  de  la  légende. 
La  plupart  auront  tout  simplement  approprié  à  leur  usage  spécial  l'his- 
toire que  donnaient  à  leurs  reliques  les  abbayes  de  Compiègne,  de 
Chartres  et  de  Saint-Denis.  Je  me  contente  d'avoir  peut-être  rendu  pro- 
bable l'opinion  que  la  Descriptio  de  Saint-Denis  n'est  point  nécessaire- 
ment la  source  de  toutes  ces  légendes  identiques;  que  la  résidence 
impériale  de  Compiègne  et  même  l'église  de  Chartres  paraissent  avoir 
des  titres  beaucoup  plus  fondés  à  la  priorité;  qu'à  Compiègne  et  à 
Chartres  la  tradition  peut  être  née  indépendamment,  vu  qu'il  n'est  point 
impossible  que  Charles  le  Chauve  ait  échangé  des  reliques  avec  les 
abbayes  d'Aix;  que  donc  la  légende  de  Saint-Denis  n'est  elle-même  que 
l'appropriation  à  l'usage  particulier  de  l'abbaye  de  Saint-Denis  d'une 
tradition  qui  s'est  formée  ailleurs. 

Quand  cette  appropriation  trouva-t-elle  son  expression  pratique  dans 
la  suite  qu'un  moine  de  Saint-Denis  ajouta  au  plaidoyer  d'Aix-la-Cha- 
pelle ?  On  ne  pourra  guère  décider  si  c'est  encore  au  xie  siècle  ou  seule- 
ment plus  tard,  mais  il  sera  toujours  plus  plausible  de  supposer  que 
cette  suite  a  été  inventée  pour  donner  une  origine  brillante  à  des  reliques 
nouvellement  découvertes,  c'est-à-dire  au  xi"  siècle  cf.  p.  210). 

Les  reliques  de  la  Passion  qui  occupaient  ainsi  les  plumes  des  moines 
devaient,  surtout  par  la  pompe  de  l'exhibition  publique  au  perron  à 
Pendit, happer  l'imagination  populaire.  Jusqu'au  milieu  du  XIe  siècle,  dans 
les  chansons  de  geste,  il  n'est  question  que  du  suaire  de  Compiègne,  de 
la  croix  d'Orléans,  de  la  pointe  de  la  lance  incrustée  dans  la  poignée  de 
l'épéedel'empereur.Voilàd'autres  reliques  de  la  Passion  qui  venaient  à  appa- 
raître à  Saint-Denis  :  le  clou  et  la  couronne  (et  le  bras  de  Siméon).  Il  est 
tout  naturel  qu'elles  aussi  fussent  introduites  dans  les  chansons,  que 
d'elles  aussi  l'acquisition  fût  attribuée  à  Charlemagne.  Il  les  avait  évi- 


1.  Chartres  possède  aussi   des  langes  de  l'enfant  Jésus    (Floss, _   op.   cit., 
p.  510).  Cette  relique  provient  peut-être  de  même  de  la  chapelle  d'Aix. 

2.  Pour  cette  dernière  ville,  cf.  ce  que  dit  F"loss  (op.  cit.,  p.  370  ss.)  sur  ses 
relations  avec  Aix. 


ÉTUDE   SUR    LA   CHANSON    DU    PÈLERINAGE    DE   CHARLEMAGNE       22C) 

demment  données  à  la  France,  les  rapportant  de  Constantinople  comme 
le  suaire  et  la  croix,  ou  de  Jérusalem  directement,  ou  bien  de  Rome 
(d'Aigremore\  La  première  de  ces  trois  origines  était  indiquée  dans  la 
chanson  que  nous  offre  la  saga,  qui,  dans  une  version  postérieure,  avait 
sans  doute  intercalé  la  mention  du  clou  et  de  la  couronne;  la  seconde 
l'est  dans  le  Pèlerinage,  la  troisième  dans  le  Fierabras  '. 

Comme  la  chanson  abrégée  dans  la  saga  est  plus  ancienne  que  le 
poème  de  Saint-Denis,  rien  ne  nous  empêche  de  supposer  que  celui-ci  la 
connaissait.  Et  il  la  connaissait  évidemment,  puisqu'il  en  emprunte  le 
cadre  :  l'empereur  va  à  Jérusalem  et  retourne  par  Constantinople. 

Dans  la  chanson  de  la  saga,  Charles  part  d'Aix  avec  trois  cents  che- 
valiers 2  sans  autre  intention  que  d'adorer  le  saint  Sépulcre;  il  ne  pense 
nullement  a  une  visite  à  Constantinople,  et  encore  moins  est-elle  son 
but  principal.  C'est  par  hasard  qu'il  arrive  dans  la  capitale  grecque  au 
moment  de  la  guerre,  où  il  a,  avec  ses  trois  cents  chevaliers,  l'occasion 
de  combattre  contre  les  païens. 

Les  deux  parties  du  poème  ne  sont  donc  liées  que  bien  superficielle- 
ment; la  composition  se  ressent  encore  de  ce  que  le  pèlerinage  propre- 
ment dit  et  l'expédition  à  Constantinople  étaient  originairement  des  tra- 
ditions étrangères  l'une  à  l'autre  (cf.  ci-dessusl,  nées  indépendamment 
et  fondues  ensemble  plus  tard.  Quelque  chanteur  qui  trouva  peu  conve- 
nable que  l'empereur  partît  seulement  avec  trois  cents  chevaliers  en  aura 
augmenté  le  nombre  et  en  aura  fait  les  milliers  ordinaires  [oiîanie  mille 
à  l'avant-garde  seulement).  On  sait  que  le  Pèlerinage  montre  encore  des 
traces  bien  reconnaissables  de  cet  état  de  choses.  Il  laisse  entrevoir  que 
la  visite  à  Jérusalem  est  le  but  principal  (vers  216  s.;  cf.  Rom.,  IX, 
p.  8;  vers  67  s.),  et  Charles  part  avec  toute  une  armée  (vers  9$  s.),  qui 
n'a  que  faire  dans  la  suite  3. 

Mais  voici  ce  qui  démontre  le  mieux  la  relation  des  deux  chansons. 

L'histoire  poétique  de  l'empereur  le  montre,  selon  les  circonstances, 
tenant  une  conduite  différente  vis-à-vis  de  la  richesse  des  Orientaux  :  ou 
il  prétend  être  plus  riche  encore  que  ses  rivaux,  ou  il  convoite  ouverte- 
ment les  trésors  de  l'Orient,  ou  il  les  dédaigne. 


1.  Combien  ces  reliques  occupaient  l'imagination  du  peuple,  c'est  ce  qui  se 
voit  par  le  fait  qu'elles  sont  mêlées  encore  A  une  autre  tradition,  celle  de  Re- 
naut  de  Montauban  (Bekker,  Fierabras,  p.  X  ;  cf.  Rom.,  IX,  3$). 

2.  Il  n'est  pas  dit  que  l'empereur  cachât  le  but  de  son  voyage;  mais 
l'armée  qu'il  emmène  est  si  mince,  vis-à-vis  des  forces  militaires  que  l'épopée 
met  d'ordinaire  en  œuvre,  qu'il  se  peut  bien  qu'il  s'agît  dans  l'idée  du  poète 
d'une  expédition  plus  ou  moins  secrète  (cf.  Pèlerinage,  vers  219). 

3.  Probablement  la  mention  des  trois  songes  (v.  71),  si  peu  motivée  dans  le 
Pèlerinage,  est  aussi  un  reste  de  l'ancien  poème,  où  Charles  aura  été  sommé  de 
la  sorte  d'accomplir  son  vœu. 


2 JO  H.    MORF 

La  première,  de  ces  trois  alternatives  nous  est  donnée  par  un  passage 
des  Gesta  du  moine  de  Saint-Gall  (II,  cap.  8;  Pertz,  SS.,  II,  751  s.; 
cf.  aussi  ce  qui  est  raconté  p.  758  de  Charles,  gemmis  et  auro  conspicuo, 
et  l'explication  excellente  qu'a  donnée  M.  Paris  de  l'épisode  des  man- 
teaux, etc.,  remontant  à  un  vieux  poème  sur  Charlemagne,  Rom.,  IX, 
$34)  :  A  Pâques,  Charles  reçut  les  ambassadeurs  orientaux;  lui, 
l'homme  incomparable,  était  incomparablement  paré  ;  l'étonnement  des 
ambassadeurs  fut  grand,  si  grand  que  ipsi  \imperatow  adhaerere,  ipsum 
inspicere,  ipsumque  admirari  cunctis  orientalibus  praeposuerc  divitiis;  puis 
ils  examinèrent  les  riches  vêtements  de  la  suite  de  l'empereur,  et  ils 
finirent  par  revenir  à  lui  en  disant  :  Prius  terreos  tantum  homines  vidimus, 
niinc  autem  aureum!  Que  ces  paroles,  pourvu  que  l'anecdote  soit  vraie, 
aient  été  prononcées  sérieusement  ou  par  moquerie,  peu  importe;  il  est 
évident  que  ceux  qui  se  les  racontaient  y  voyaient  un  hommage  rendu 
par  les  représentants  de  l'Orient  à  Charles,  plus  magnifique  encore 
qu'eux-mêmes,  tout  riches  qu'ils  étaient. 

La  seconde  nous  est  offerte  par  la  même  biographie;  c'est  le  fameux 
passage  auquel  il  est  fait  allusion  déjà  ci-dessus  (I,  cap.  26;  Pertz,  SS  , 
II,  p.  745)  :  Les  ambassadeurs  grecs  assurèrent  à  Charles  que  l'empe- 
reur de  Constantinople  désirerait  le  tenir  comme  son  fils  et  venir  en 
aide  à  sa  pauvreté,  si  seulement  la  distance  qui  les  séparait  n'était  pas 
si  grande.  Alors  Charles,  ferventissimo  igné  se  intra  pectus  retinere  non 
qiieunte,  in  haec  verba  prorupit  :  0,  utinam  non  esset  ille  giirgituhis  inter 
nos!  forsitan  divitias  orientales  aut  partiremur aut  pariter  participando  corn- 
muniter  haberemus. 

La  troisième,  le  dédain,  se  trouve  et  dans  la  Dcscriptio  et  dans  le 
Pèlerinage,  dans  des  circonstances  absolument  identiques. 

Dans  celle-là  \Gr.  Chroniques,  II,  182  s.),  l'empereur  grec  fait,  avant 
le  départ  de  Charlemagne,  étaler  en  dehors  de  la  porte  de  la  ville,  sur 
le  chemin  que  les  Francs  doivent  prendre,  ses  plus  riches  trésors. 
Charles  et  ses  barons  résolvent  de  défendre  à  leurs  soldats  d'en  rien 
prendre.  L'empereur  grec  a  beau  les  y  inviter  et  répéter  que  ce  serait  une 
honte  pour  lui  si  les  Francs  s'en  allaient  sans  avoir  été  récompensés 
pour  les  grands  services  qu'ils  lui  avaient  rendus.  Charles  tient  bon. 

Dans  le  Pèlerinage,  j'ai  deux  passages  à  citer.  D'abord  : 

796.  «  A  feit,  dreiz  emperere,  je  sai  que  Deus  vos  aimet. 
Tis  hoen  voil  devenir,  de  tei  tendrai  mon  règne, 
Mon  trésor  te  donrai,  si  le  menrai  en  France,  » 

dit  le  Grec  au  Franc.  Celui-ci  accepte  la  première  de  ces  deux  proposi- 
tions ;  il  ne  fait  d'abord  aucune  attention  à  la  seconde.  Après  le  dîner, 
au  moment  où  Charles  va  partir,  celle-ci  est  répétée  : 


ÉTUDE  SUR  LA  CHANSON  DU  PÈLERINAGE  DE  CHARLEMAGNE   2  3  I 

839,   «  Trestoz  mes  granz  trésors  vos  seit  abandonez. 

Tant  en  pregnent  Franceis  com  en  voldrent  porter.  » 

Et  dist  li  emperere  :  «  Tôt  ço  laissiez  ester! 

Ja  ne  prendront  del  vostre  un  denier  moneet...  » 

Je  ne  m'occupe  d'abord  que  de  ces  vers  839  s.  Ces  deux  récits,  celui 
de  la  Descriptio  et  celui  du  Pèlerinage,  disent  donc  tous  les  deux  que 
Charles,  au  moment  de  prendre  congé  de  l'empereur  grec,  refusa  l'offre 
que  celui-ci  lui  fit  de  ses  trésors  pour  lui  et  les  siens.  Cette  identité  ne 
saurait  être  l'effet  du  hasard.  Il  est  vrai  que  la  Descriptio  raconte  cela 
avec  plus  de  détails,  qui,  pour  la  plupart  (comme  ces  longues  disputes 
dévotes!1,  sont  de  son  invention,  et  en  suggérant  au  prince  grec  le  motif 
de  reconnaissance  qui,  naturellement,  ne  se  trouve  pas  dans  le  Pèlerinage, 
puisque  dans  celui-ci  Charles  n'a  pas  rendu  de  service  aux  Grecs.  Ces 
différences  proviennent  du  caractère  particulier  de  chacun  des  deux 
récits,  et  ne  font  que  rendre  plus  frappante  la  ressemblance  du  reste. 

Mais  la  coïncidence  va  encore  plus  loin.  La  Descriptio  ne  mentionne 
que  l'offre  des  trésors.  Nous  avons  vu  cependant  que  dans  la  réponse 
négative  de  Charlemagne,  elle  ne  parle  pas  seulement  du  refus  d'accepter 
les  trésors,  mais  aussi  la  terre,  le  royaume;  que  donc  dans  l'original  qu'elle 
suivait,  deux  offres  avaient  été  faites  en  même  temps,  celle  des  trésors  et  celle 
du  royaume. 

Or,  c'est  précisément  le  cas  dans  le  Pèlerinage,  aux  vers  796  s.  Per- 
sonne n'en  conclura  que  l'auteur  de  la  Descriptio  suivait  en  cela  le  Pèle- 
rinage, qu'il  l'aurait  eu  sous  les  yeux.  Les  deux  textes,  si  différents  pour 
tout  le  reste,  sont  évidemment  indépendants  l'un  de  l'autre.  Mais  on  en 
conclura  bien  qu'ils  remontent  à  une  source  commune,  c'est-à-dire 
qu'ils  se  fondent  tous  les  deux  sur  la  chanson  [Miran  -j-  le  Vœu)  con- 
servée dans  la  saga,  la  Descriptio  sur  la  chanson  Miran  seulement,  le 
Pèlerinage  sur  la  chanson  entière. 

Il  est  vrai  que  l'abrégé  de  la  saga  ne  mentionne  pas  expressément 
l'offre  des  trésors.  Mais  ce  n'est  qu'un  abrégé.  Pourtant  il  est  assez  dé- 
taillé pour  nous  prouver  que  les  trésors  grecs  jouaient  un  rôle  considé- 
rable dans  le  poème.  Il  y  est  dit  que  les  païens  firent  la  guerre  au  roi  de 
Constantinople  pour  ses  trésors.  Rien  de  plus  naturel  pour  ce  roi  que 
d'offrir  à  Charlemagne,  qui  les  avait  défendus,  une  partie  de  ces 
trésors.  Mais  l'abréviateur  norvégien,  pressé  de  parler  des  reliques 
qui  lui  tiennent  tant  au  cœur,  dit  seulement  que  le  Grec  «  offrit  de  lui 
donner  Miklagard  et  d'être  son  vassal.  »  S'il  avait  dit  au  moins  :  Mikla- 
gard  et  ses  trésors!  Mais,  à  vrai  dire,  de  ce  qu'il  ne  le  dit  pas,  je  n'en 
suis  pas  plus  embarrassé.  La  filiation  des  récits  sauterait  davantage  aux 
yeux,  mais  elle  ne  me  paraît  pas  moins  sûre  pour  cela. 


2?2  H-    MORF 

Le  Pèlerinage  de  Charlemagne,  poème  populaire  composé  avant  1080, 
est  un  remaniement  de  la  chanson  dont  la  Karlamagnus  saga  nous  a  con- 
servé un  résumé  [I,  49  et  50). 

L'auteur  du  Pèlerinage  ayant  fait  faire  les  deux  offres  par  le  roi 
Hugon  796  s.),  tout  comme  il  le  trouvait  dans  son  original,  Charles  ne 
répond  d'abord  qu'à  la  première,  et,  avant  de  s'occuper  de  la  seconde, 
le  poète  rattache  à  cette  réponse  très  naturellement  le  récit  de  la  fête  et 
de  la  procession  des  deux  porte-couronne,  scène  qui  n'était  pas  dans 
l'original,  mais  qui  est  indispensable  dans  son  remaniement.  Ainsi,  il  est 
amené  à  faire  répéter  la  seconde  offre  plus  tard  839  s.),  pour  ne  pas 
perdre  le  refus  de  Charles,  qui  devait  lui  paraître  assez  précieux  pour 
être  conservé.  Nous  avons  donc,  dans  le  manque  de  continuité  des 
vers  798  et  suivants,  encore  un  de  ces  passages  où  perce  le  contexte  de 
l'original,  le  remanieur  ayant  laissé  subsister  un  vers  (798)  qui,  dans 
son  remaniement,  n'est  plus  à  sa  vraie  place. 

Toutes  ces  réflexions  amènent  aussi  à  croire  que  le  nom  de  l'empe- 
reur grec  1  Hugon i  ne  doit  pas  être  rapproché  du  même  nom  donné  au 
prince  de  la  chanson  allemande  de  Hugdietrich  [Rom.,  IX, p.  1 5 ).  L'auteur 
du  Pèlerinage  ne  trouvait  pas  de  nom  pour  l'empereur  grec  dans  son 
original  (ci-dessus  p.  210  ;  il  lui  a  donné  sans  doute  le  nom  qui  s'offrait 
à  lui  dans  la  source  où  il  puisait  le  récit  des  gabs.  Le  poète  aura  tout 
simplement  transporté  à  Constantinople,  avec  la  scène  des  gabs,  le 
nom  du  prince  qui  en  était  la  victime. 

Voici,  en  résumé,  la  filiation  des  différentes  versions  telle  qu'elle 
résulte  de  ce  qui  a  été  dit  : 


Miran 


Descriptio 
composée  à  Aix. 


Descriptio 
continuée  à  Saint-Denis. 


Le  Vœu 


Les  Gabs 


Chanson 

abrégée  dans 

la  saga. 


Le  Pèlerinage. 


H.   Morf. 


Berne,  janvier  î! 


LA  VIE  DES  ANCIENS  PÈRES 


La  Vie  des  anciens  Pires  est.  comme  on  sait,  un  recueil  de  contes  dé- 
vots qui  a  eu  un  grand  succès  aux  xme  et  xive  siècles,  ainsi  que  l'atteste  le 
nombre  relativement  considérable  des  manuscrits  que  nous  en  possédons. 
On  en  connait  en  effet  vingt-neuf2.  Ce  recueil  n'est  pas  resté  inconnu 
a  la  science.  Amaury  Duval  lui  a  consacré  un  article  un  peu  trop 
sommaire  dans  VHistoire  littéraire  de  la  France  3  ;  dans  le  même 
ouvrage  4  Victor  Le  Clerc  a  étudié  de  plus  près  quelques  contes 
de  cette  collection.  Le  Grand  d'Aussy  s  en  a  traduit  un  petit  nombre, 
Méon  en  a  inséré  quinze  dans  son  Nouveau  Recueil6,  M.  Matile  en  a  tiré 
un  d'un  manuscrit  de  Neufchâtel7,  M.  de  Keller  a  publié  deux  autres  contes 
d'après  le  même  manuscrit8,  M.  A.  Tobler  a  donné  la  description  dé- 
taillée d'un  manuscrit  de  M.  Steiger-Mai  à  Berne1',  précieuse  surtout  par 
les  recherches  sur  l'histoire  des  légendes  qui  font  l'objet  des  différents 
contes.  Enfin  deux  études  spéciales  ont  été  consacrées  récemment  à  la 


i.  Cette  étude  a  été  faite  en  1 88 1  pour  les  conférences  de  M.  Gaston  Paris  à 
l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  comme  introduction  au  conte  de  «  Merlin  et  Merlot  » 
dont  je  préparais  alors  une  édition,  qui  sera  insérée  par  M.  G.  Paris  dans  son 
«  Manuel  d'ancien  français.  »  Je  publie  maintenant  cette  étude,  non  que  j'en 
sois  tout  à  fait  satisfait,  mais  pour  qu'elle  puisse  servir  de  base  à  de  nouvelles 
recherches,  n'ayant  à  présent  ni  le  temps,  ni  les  moyens  de  la  compléter  moi- 
même. 

2.  [Trente-un  en  réalité,  car  aux  mss.  qui  seront  ci-après  énumérés  il  faut 
ajouter  i°  le  ms.  La  Clayette,  pp.  241-406  (en  copie,  à  la  Bibl.  nat.,  Moreau, 
1 7 1 7)  ;  20  un  exemplaire  assez  vaguement  indiqué  dans  VArchiv  de  Pertz,  IX, 
634,  comme  se  trouvant  dans  la  bibliothèque  d'un  chanoine  de  la  cathédrale 
d'Aoste.  Ce  ms.  appartient  actuellement  à  M.  Bollati  de  Saint-Pierre,  à  Turin, 
chez  qui  je  l'ai  vu.  C'est  un  ms.  du  xine  siècle.  Il  y  manque  le  premier  cahier. 
—  P.  M.] 

3.  Tome  XIX,  p.  8 $8-60. 
k  4.  Tome  XXIII. 

'  *  5.  Fabliaux  et  Contes,  tome  V. 

6.  Tome  IL  Ce  sont  les  contes  (d'après  A)  :  9  (p.  331),  12  (p.  202),  13 
(p.  154),  17  (p.  293),  19  (p.  314),  22  (p.  279),  24  (p.  129),  28  (p.  447),  3! 
(p.  256),  32  (p.  187),  35,  (p.  173),  4o(p.  394^.4'  (P-.41.1),  42  (P-  236),  $6 
ip.  427).  Le  texte  est  celui  du  manuscrit  C  corrigé  arbitrairement. 

7.  Revue  de  Suisse,   1839,  p.  297. 

8.  Zwei  Fabliaux  einer  Neuenburger  Handschrift,  Stuttgart,  1840. 
_^|L    9.  Jahrbuchfur  rom.  und  engl.  Literatur,  t.  VU,  p.  400  ss. 

Romania,  XIII.  1  $ . 


2^4  '••    SCHWAN 

«  Vie  »,  études  qui  s'étendent  surtout  sur  les  questions  philologiques, 
par  MM.  A.  Weber  '  et  Wolter2.  Chacun  de  ces  deux  savants  a  publié 
aussi  un  conte  à  la  suite  de  ses  recherches. 

Si  je  reprends  ici  la  question  de  la  filiation  des  manuscrits  et  de  la 
composition  de  ce  recueil,  c'est  parce  que  mes  devanciers  n'ont  pu  con- 
sulter toute  la  masse  des  manuscrits,  M.  Weber  n'en  connaissant  que 
quatorze,  auxquels  M.  Wolter  n'a  su  ajouter  que  six  manuscrits.  Huit 
autres  ont  ensuite  été  cités  par  M.  Grôber  5,  et  un  dernier  manuscrit  n'a 
pas  encore  été  mentionné.  Aussi  les  résultats  obtenus  par  ces  deux  sa- 
vants ne  sont  pas  très  précis,  puisque  M.  Wolter,  qui  a  le  dernier  traité 
cette  question  de  la  filiation  des  manuscrits,  n'arrive  qu'à  établir  seize 
groupes  qu'il  ne  peut  plus  rapprocher.  Je  reprends  donc  cette  recherche, 
et  je  donne  d'abord  la  liste  des  manuscrits,  décrivant  en  détail  ceux-là 
seulement  qui  n'étaient  pas  encore  connus  à  MM.  Weber  et  Wolter,  et 
me  bornant  à  compléter  la  description  des  autres,  autant  qu'il  me 
paraîtra  nécessaire. 

I.   —  LES  MANUSCRITS. 

A  :  Bib.  nat.  fr.  1 546  (anc.  7$88>-?),  xin°  s. 

B  :  Bib.  nat.  fr.  1039  (anc.  73  3  n),  xmc  s.  M.  Weber  n'a  pas 
remarqué  qu'au  folio  158  un  autre  copiste  commence,  ce  qui  n'est 
pas  sans  importance,  comme  on  verra  plus  tard.  Le  premier,  après  avoir 
fini  sa  copie,  a  écrit  au-dessous  (fol.  1 57  v°)  :  «  Explicit  la  vie  des  pères. 
Guido  me  scripsit,  cum  Christo  vivere  possit!  »  L'écriture  du  continuateur 
diffère  assez  de  celle  de  Gui  pour  pouvoir  en  être  facilement  discernée. 
Elle  est  plus  pointue  et  donne  une  autre  forme  à  certaines  lettres,  comme 
par  exemple  pour  a,  g  et  v.  Puis  la  partie  de  Gui  porte  les  numéros 
i-xix  à  la  dernière  page  de  chaque  cahier,  tandis  que  dans  la  deuxième 
partie  la  fin  de  chaque  cahier  est  marquée  par  une  réclame.  La  première  se 
trouve  au  verso  du  folio  165,  d'où  il  suit  que  le  deuxième  copiste  avait 
commencé  avec  un  nouveau  cahier  (de  huit  feuilles).  Mais  le  dernier  cahier 
(xx)  de  la  première  partie  n'a  que  cinq  feuillets  au  lieu  de  huit.  On  avait 
donc  coupé  les  trois  derniers  feuillets  avant  que  la  deuxième  partie  fût 
ajoutée,  sans  quoi  le  deuxième  copiste  les  eût  utilisés.  La  continuation 
d'ailleurs  est  tout  à  fait  adaptée  à  la  première  partie:  elle  commence  par  une 
miniature  pareille,  et  le  nombre  des  lignes  est  le  même.  Le  dialecte  des 


1.  Handschriftliche  Slud.  aufd.  Gcbiclc  der  Roman.  Lut.  des  Mittclallcrs   von 
Alfred  Web  :r,  Frauenfeld,  1 876. 

2.  Dcr  !udcnknabe{t.  Il  delà  Bibliotheca  Normannica,  p.p.  Suchier).Halle,i879. 
y.  Zcilschr.  fur  rom.  Phil.,  IV,  p.  96. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  235 

deux  parties  est  aussi  le  même  :  le  dialecte  picard.  La  deuxième  partie 
est  incomplète  à  la  fin,  le  dernier  vers  finissant  au  milieu  d'une  phrase; 
il  manque  encore  seize  vers  d'après  le  manuscrit  C. 

C  :  Bib.  nat.  fr.  25 1  1 1  (anc.  Sorb.  509),  fin  du  xme  ou  commencement 
du  xive  siècle. 

D  :  Bib.  de  l'Ars.  5527  (anc.  B.  L.  F.  525),  XIVe  s. 

E  :  Bib.  nat.  fr.  1 5 44  (anc.  7588),  xve  s.  ' .  Le  titre  de  la  table  est  ana- 
logue à  celui  de  F 2  :  «  Ci  fine  la  table  des  rebreche[s]  de  cestui  euvre, 
c'on  appelle  la  vie  des  enciens  pères,  qui  parle  des  miracles  de  nostre 
dame.  » 

F  :  Bib.  nat.  fr.  25440  (anc.  La  Vall.  89),  xve  s# 

G:  Bib.  nat.  fr.  20040  (anc.  St-Germ.  1659),  xme/xive  s.  La  Vie  des 
anciens  Pères  s'y  trouve  folios  1-104  verso.  On  lit  sur  le  verso  du  folio 
1 59  une  inscription  provenant  d'un  ancien  possesseur,  qui  ne  vivait  pas 
d'après  l'écriture  beaucoup  plus  tard  que  le  copiste.  Il  écrit  :  «  Audite 
sent[entiam]  et  restate  in  pacibus  istis.  L'an  1321  en  moi  de  mars 
ij  xxviii.  »  La  description  qu'en  a  donnée  M.  Weber  n'est  pas  satisfai- 
sante, il  faut  y  ajouter  quelques  mots.  Les  prologues  sont  dans  ce  ma- 
nuscrit ordinairement  rattachés  aux  contes  précédents;  quelquefois  ils 
sont  complètement  omis.  Du  conte  A  2  il  ne  subsiste  que  le  prologue, 
le  récit  ainsi  que  le  prologue  d'A  3  manque.  Le  prologue  d'A  13  est 
joint  à  A  14,  le  conte  A  1 3  et  les  huit  premiers  vers  du  prologue  d'A  14 
sont  omis;  le  conte  A  14  seul  est  indiqué  dans  la  table  à  la  fin'. 
A  19,  A  29  et  A  404  manquent  complètement.  Le  titre  d'A  39  ne  se 
trouve  pas  dans  la  table,  il  a  été  ajouté  dans  le  texte  par  le  peintre  des 
initiales.  A  39  est  fort  abrégé  à  la  fin.  Les  folios  53,  54,  57,  58  et  59 
sont  presque  entièrement  effacés. 

H  :  Bib.  nat.  fr.  25438  (anc.  La  Vall.  86),  xive  s. 

I  :  Bib.  nat.  fr.  1 545  (anc.  7 5 882),  écrit  en  1469. 

K  :  Bib.  nat.  fr.  1 547  (anc.  7592),  xve  s.  M.  Weber  se  borne  à  citer 
une  exclamation  du  copiste  heureux  d'avoir  fini  sa  copie.  Voici  le  som- 
maire des  contes  (d'après  l'ordre  d'A)  avec  l'indication  du  folio,  qui  est 
souvent  difficile  à  trouver,  parce  que  les  commencements  des  contes  ne 
diffèrent  en  rien  des  simples  sections.  1  (fol.  1  r°),  2  (fol.  6  r°),  3  (fol.  1 1 
r°),  4  (fol.  17  v°),  5  (fol.  24  v°),  6  (fol.  31  r°),  7  (fol.  39  r°),  8  fol.  (44 
v°),  9  (fol.  47  v°),  10  (fol.  61  r°),  1 1  (fol.  76  v°T,  12  (fol.  87  v°),  1 3  (fol. 


1.  M.  Wolter  le  met  au  xive,  M.  Weber  même  au  xiii0  siècle,  mais  il  ap- 
partient d'après  l'écriture  et  l'orthographe  au  xva  siècle. 
2  Voir  Weber,  p.  48. 

3.  «  Cisunt  li  chapitel  de  cest  roumans  de  la  vie  dez  peires,  dez  miracles  et 
dez  exemples  »  (fol.  104  r.). 

4.  Voir  Wolter,  p.  1 3. 


2  56  E.    SCHWAN 

93  r°),  14  (fol.  1 0 1  r°),  15  (fol.  104  v°),  16  (fol.  108  r°),  17  (fol.  113 
r°),  18  (fol.  123  r°),  19  (fol.  128  r°),  20  (fol.  134  v°),  21  (fol.  139  v°), 
22  (fol.  147  r°),  23  (fol.  152  v°),  27  (fol.  159  v°),  28  (fol.  164  r°),  30 
(fol.  168  v°),  31  (fol.  174  r°),  24  (fol.  183  v°),  25  (fol.  188  r°),  32  (fol. 
'94  r°)>  33  (fol.  200  r°),  34  (fol.  205  r°),  35  (fol.  213  r°),  36  (fol.  218 
v°),  37  (fol.  224  V0),  38  (fol.  230  r°),  39  (fol.  232  v°),  40  (fol.  238  v°), 
29  (fol.  245  v°),  41  (fol.  248  r°),  26  (fol.  254  V0),  42  (fol.  258  v°). 

L1  :  Bib.  nat.  fr.  25439  (anc.  La  Vall.  87),  xiiie/xive  s.  Les  huit 
contes  qu'il  contient  se  trouvent  folio  138  verso —  folio  188  verso.  Le 
prologue  de  numéro  6  (==  A  3  5)  est  joint  au  conte  précédent. 

M  :  Bib.  nat.  fr.  24300  (anc.  La  Vall.  88),  xme  s. 

N  :  Bib.  publ.  de  Neufchâtel  4816. 

P  :  Bib.  nat.  fr.  12471  -  (anc.  suppl.  fr.  632),  xme  s. 

Q  :  Bib.  de  l'Ars.  3  5 1 7  et  3  5 1 8  ;  (anc.  B.  L.  Fr.  289),  xm°  s. 

R  :  Bib.  de  l'Ars.  5216  (anc.  B.  L.  Fr.  298),  xive  s. 

S  :  Bib.  de  l'Ars.  3641  4  (anc.  B.  L.  Fr.  299),  xme  s. 

T  :  Bib.  de  M.  Steiger-Mai  à  Berne  s. 

U  :  Oxford,  Douce  1 50,  xinc  s. 

V  :  Oxford,  Douce  151,  xive  s. 

a6  :  Bib.  nat.  fr.  24758  (anc.  Orat.  186),  xiV  s.  sur  vélin.  Ce  ma- 
nuscrit a  appartenue  «  Madamoi[se]le  Anne  de  Graville  [m]  vc  xxi  »  et 
plus  tard  aux  Pères  de  l'Oratoire  de  Paris,  comme  le  montre  l'inscription 
tracée  au  pied  du  folio  1  :  «  Oratorii  Pari,  catalogo  inscriptus.  »  Les 
quatre  premières  feuilles  sont  ajoutées  plus  tard  ;  leur  écriture  très  né- 
gligée diffère  assez  de  celle  du  reste,  et  les  quatre  derniers  vers  du  folio  4 
verso  se  retrouvent  au  folio  5  recto.  Voici  l'ordre  des  contes  d'après  A  : 
1,  2,  24,  8,  25,  20,  32-38,  41,  3-7,  39,  29,  40,  42,  1 1-14,  9,  18,  10, 
21,  19,  22,  23,  27,  28,  30,  31,  16,  17.  Suit  un  épilogue/,  dont  nous 
aurons  occasion  de  nous  occuper  plus  tard.  Dans  le  conte  20  il  y  a  une 
lacune  de  cinquante-six  vers  (32-187  d'après  A)  causée  par  la  perte  d'un 
feuillet. 

b  :  Bib.  nat.  fr.  24759  (anc.  St-Victor,  593 2),  xivc  s.  Au  folio  1  se 
trouve  le  timbre  de  l'abbaye  de  Saint-Victor.  On  peut  y  reconnaître 
trois  mains  :  1)  folio  1-93  verso;  2)  folio  94  recto-125  verso;  3)  folio 


1.  Sur  ce  ms.  et  les  suivants,  voir  Wolter,  p.  10  et  1  1. 

2.  Voir  G.  Paris,  Vie  de  saint  Alexis,  p.  2  18  ss. 

3.  Voir  Groeber  dans  la  Zcitschr.,  IV,  p.  94  ss. 

4.  Cf.  Groeber,  Zcitschr.,  IV,  p.  462. 

5.  Voir  Tobler,  Jahrb.  fur  rom.  und  cngl.  Liler.,  Vil,  p.  400-437. 

6.  Les  manuscrits  suivants  ont  été  indiqués  d'abord  par  M.  Groeber,  Zeitsclir., 
IV,  p.  96. 

7.  Voir  Weber,  p.  5. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  2}J 

i  26  recto  jusqu'à  la  fin.  Ce  manuscrit  contient  les  contes  suivants  :  I)  1- 
6,  8,  13,  7,  9-12,  14-25  ;  II)  27,  28,  50,  31,  24,  25,  32-34.  Le  troi- 
sième copiste  commence  au  milieu  de  ce  conte.  III)  35-40,  26,  42,41. 
Une  feuille  manque  à  la  fin  avec  les  cinq  derniers  vers  de  41 . 

c  :  Bib.  nat.  fr.  1 5  2 1  2  (anc.  6 3  22c>)  ?  s.,  petit  in-8  sur  vélin.  Ce  ma- 
nuscrit contient  une  histoire  sainte  en  prose  qui  commence  à  Adam  et 
finit  à  la  destruction  du  Temple,  puis  une  histoire  des  rois  de  Perse  jus- 
qu'à Xerxès.  Suivent  les  œuvres  du  Rendus  de  Moliens  et  des  miracles 
de  Notre  Dame.  Les  six  contes  dévots  qu'il  contient  se  trouvent  à  la  fin 
(fol.  1 50  r°-i8i  r°)  ;  les  titres  en  sont  presque  les  mêmes  que  dans  B. 
Ce  sont  :  A  64,  1 1 ,  3 1 ,  69,  22,  72. 

d  :  Bib.  de  l'Ars.  5  204  (anc.  B.  L.  Fr.  288),  xive  s.,  écrit  sur  vélin 
sur  trois  colonnes,  miniatures.  Au  commencement  se  trouve  la 
table  du  contenu.  Le  manuscrit  contient  :  i°  Vies  de  saints;  20  Enfance 
de  Jésus  Christ;  30  Enfance  de  Notre  Dame;  40  les  XV  signes;  $°  les 
chapitres  de  la  vie  des  Pères.  La  table  n'en  est  pas  exacte,  parce  qu'elle 
donne  aussi  les  titres  des  différentes  sections  de  chaque  conte.  En  voici  la 
liste  rectifiée  :  1,  3-5,  7  (le  prologue  en  manque),  8  '  (les  vingt-huit  pre- 
miers vers  manquent),  9,  15,  26,  32-38  2,  39,  41,  16,  17,  10,  19, 
1 1- 14,  20.  Il  y  a  ici  intercalée  une  série  de  dix  miracles  de  Notre-Dame. 

a.  De  l'image  Nostre  Dame  qui  descira  sa  vesteure  pour  l'ymage  de  son  filz  a 
qui  l'en  ot  le  bras  brisiê  (fol.  145  r°  a): 

Dous  Jhesu,  qui  plus  doucement 
Donnez  habandoneement.  . . 

p.  Du  paissant  que  Nostre  Dame  délivra  des  mains  a  ses  anemis  (fol.  145  r°  c): 
Uns  païssans  jadis  estoit, 
Lez  une  abaye  hanstoit.  .  . 

y.  Du  chevalier  qui  fist  hommage  a  Nostre  Dame  por  ce  qu'il  vit  de  la  famé 
qui  estoit  avugle  : 

Uns  chevaliers  de  grant  renon 
Fu  jadis  qui  Wales  ot  non... 

0.  Comment  Nostre  Dame  se  venga  de  ceus  qui  violèrent  sa  pèlerine  ifol.  146 
v°  a)  : 

Dous  est  Jhesus,  douce  sa  mère, 

Mes  conme  leur  douceur  apere... 

s.  Du  chevalier  qui  ooit  messe  et  Nostre  Dame  estoit  por  lui  au  tournoiement 
(fol.   149  r°  a): 

Dous  Jhesus,  corn  cil  bel  guerroie, 
Et  conme  noblement  tournoie.  . . 


1.  7  et  8  reviennent  plus  tard  dans  une  version  très  altérée. 

2.  Il  n'a  pas  de  prologue  ;  il  est  copié  deux  fois  dans  le  manuscrit. 


2  $8  E.    SCHWAN 

Ç.  De  l'image  Nostre  Dame  a  cm  une  famé  toli  son  enfant  pour  ce  qu'elt  ot 
perdu  le  sien  '  (fol.  147  r°  c)  : 

Dous  Jhesus  et  sa  douce  mère 
Nous  a  donné  tante  matere... 

r,.  De  la  famé  qui  fis  l  estrangler  son  gendre  (fol.  148  r3  a): 
Dous  Jhesucrist  veult  miex  pugnir 
Le  las  cors  que  l'ame  honnir... 

6.  Du  chevalier  que  Nostre  Dame  apela  son  chapelain  (folio  148  v°  b)  : 
Dous  est  Jhesu  et  doucement 
Em  prist  la  verge  engendrement. . . 

1.  De  la  juive  qui  apela  la  mère  Dieu  a  son  enfantement  (fol.  1 50  v°  a)  : 
Du  dous  Jhesu  et  de  sa  mère 
Ne  puet  on  en  nule  manière... 

/..  Du  trespassant  que  Nostre  Dame  apela  au  repos  de  paradis  (fol.  152  r°  a  . 
Dous  Jhesucrist  qui  d'innocence 
Es  de  purté  de  conscience... 

Ici  la  Vie  des  Pères  recommence:  22,7,  8  2,  18,  21,  23-25,  27-31, 
38,  40,  42,  43,  45-48,  50-60,  70,  72. 

À.  Comment  ./.  hermite  est  a  jenous  devant  un  crucifiz  et  fist  ceste  prière  en 
rommans  (fol.  194  v°  a): 

Dieux  en  ton  jugement  ne  m'argue  pas,  sire?. 
u..  Ci  devise  d'un  clerc  qui  estoit  seurpris  de  luxure,  que  le  deable  tempioit,  et 
Nostre  Dame  le  sauva  pour  le  salu  qu'il  H  fesoit  4  (fol.  196  rJ  b)  : 
Un  conte  ai  trouvé  en  escrit, 
Qui  moult  me  plaist  et  abelit. . . 
65-69,  61 ,  62,  73,  74.  «  Ci  fenissent  la  vie  des  sains  pères  hermites(fol.  2  1 4 
et  dernier.  » 

e  :  Bib.  Sainte-Geneviève  fr.  H,  4  ;  fin  du  xme  s.  On  lit  à  la  fin  du  ma- 
nuscrit :  «  Hune  librum  scripsit  Nicholaus,  servus  amori  ;  Non  queat 
ille  mori,  sed  semper  vivat  honori.  »  Ce  manuscrit  contient  d'abord  les 
Miracles  de  Notre-Dame  de  Gautier  de  Coinci,  puis  la  Vie  des  Pères 
(fol.  83  v°  A  jusqu'à  la  fin).  Voici  la  liste  des  contes  :  1-12,  15,  16,  18, 
20-23,  27>  2&,  3°j  3  '  >  24>  2Si  )2_4°>  2^,  4'  >  42-  Suit  l'épilogue  dont 
j'ai  déjà  parlé,  et  après  un  «  Ave  Maria  »  en  strophes  monorimes  de  quatre 


1 .  Le  sujet  est-il  le  même  que  celui  de  A  65  ? 

2.  Voir  plus  haut.  Les  miniatures  sont  presque  les  mêmes. 

5.  [C'est  le  premier  vers  d'une  traduction  des  psaumes  de  la  pénitence  qui 
se  trouve  en  une  infinité  de  mss.;  voy.  Romania,  VI,  19.  Les  sept  psaumes 
sont  ici  transcrits  du  fol.    194  v°  au  fol.   196  r°.  —  P.  M.J 

4.  Comparez  le  conte  suivant  (A  63): 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  2  39 

alexandrins,  chaque  strophe  commençant  par  «  Ave.  »  Cet  «  Ave  Maria  » 
n'a  cependant  rien  à  faire  avec  la  Vie  des  Pères  '. 

f  :  Bib.  nat.  fr.  24301  (anc.  Sorb.  1422),  in-4  écrit  sur  vélin  en 
deux  colonnes,  xine  s.  Les  pages  en  sont  numérotées.  Il  contient  la  Vie 
des  Pères  avec  l'épilogue  (p.  1-260),  qui  est  suivi  par  1'  a  Ave  Maria  :  » 

Ave  dame  des  angles,  ave  royal  Marie... 
en  strophes  monorimes  de  quatre  alexandrins,  dont  nous  venons  de  parler 
(p.  260-2).  Au-dessous  on  lit  :  «  Explicit  la  vie  des  pères.  »  Les  pro- 
logues sont  séparés  des  contes  par  les  titres.  Voici  la  liste  des  contes  : 
1-10,  24,  11-23,  27,  28,  30,  31,  25,  32-40,  26,  41,  42.  La  numération 
des  contes  saute  de  39  (A  26)  à  41  (A  41),  en  sorte  que  le  dernier  conte 
porte  le  numéro  42  au  lieu  de  41. 

g:  Lyon,  773. 

h  :  Montpellier,  Bib.  Ec.  de  méd.  H,  347  -. 

i  :  Bruxelles,  Bib.  royale  de  Belgique,  9230. 

Le  manuscrit  657  (anc.  139)  de  la  Bibliothèque  d'Arras  contient  aussi 
un  conte  (A  14),  qui  a  été  imprimé  dans  les  Mémoires  de  l'Académie 
d'Arras  >. 

M.  WebeM  parle  encore  d'un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale, 
fonds  français  1 1039,  cité  par  M.  G.  Paris  dans  la  Vie  de  saint  Alexis  5 } 
et  qu'il  n'a  pas  eu  le  temps  de  consulter.  Mais  ce  manuscrit  1 1039  ne  con- 
tient que  des  recettes,  et  le  manuscrit  indiqué  est  B  (Bib.  nat.  fr. 
1039),  où  se  trouve  textuellement  le  passage  allégué.  C'est  une  simple 
faute  d'impression  qui  a  augmenté  le  nombre  des  manuscrits.  M.  Wolter 
cite  deux  manuscrits  qui  sont  actuellement  perdus  ou  qu'on  n'a  plus 
retrouvés. 

Dans  le  «  mobilier  »  de  Louis  X b  se  trouva  à  sa  mort  (1 3 1 6)  un  «  Re- 
cueil de  contes  orné  d'images  »  qui  était  peut-être  une  Vie  des  Pères. 
La  bibliothèque  de  sa  veuve,  Clémence  de  Hongrie,  en  possédait  sûre- 
ment un  manuscrit/;  il  est  désigné  dans  le  catalogue  comme  «  Vie  des 
Pères.  »  Un  autre  manuscrit  se  trouve  mentionné  dans  une  «  Recepte 
faite  par  les  marregliers  d'aulcuns  livres  délaissés  par  dame  Marguerite 
Bertoul,  veuve  de  feu  Hugues  de  Dampierre,  escuyer8  »  :  «  La  vie  des 
anchiens  pères  en  rismes  en  franchois,  vendu  a  Piere  Parisis  pour  cinq 


1.  Voir  Poquet,  Miracles  de  N.-D.,  p.  738  ss. 

2.  Voir  Revue  des  langues  rom.,  3e  série,  IV,  53  ;  Rom.  IX,  620. 

3.  Tome  XXVIII,  p.  290  ss. 

4.  P.  36. 

$.  Ibid.,  186. 

6.  Léop.  Delisle,  Le  Cabinet  des  Manuscrits,  I,  p.   12. 

7.  Ibid. 

8.  Mém.  de  l'Acad.  d'Arras,  t.  28. 


240 


E.    SCHWAN 


sous;  »  peut-être  le  manuscrit  B,  qui  a  été  possédé  en  1408  par  «  Jehan 
Sacquespée',  »  maire  d'Arras2. 

La  Vie  des  Pères  a  été  imprimée  une  première  fois  à  Lyon  en  i486.  Un 
exemplaire  de  cette  édition  se  trouve  parmi  les  imprimés  de  la  Biblio- 
thèque d'Arras  3  :  c'est  un  incunable  orné  de  nombreuses  gravures  sur 
bois,  chez  Nicolas  Philippe  et  Jean  Dupré,  à  Lyon,  i486. 

Un  deuxième  incunable,  indiqué  par  M.  Weber,  a  été  imprimé  à  Paris 
en  1495  chez  Vérard. 

Je  joins  ici  des  additions  à  la  table  des  contes  dressée  par  M.  WolteM, 
qui  faciliteront  la  recherche  des  contes  dans  les  différents  manuscrits  L 


1 .  Weber,  p.  20. 

2.  Mém.  de  l'Acad.  d'Arras,  t.  28. 

3.  Calai,  des  Bibl.  des  Départ.,  t.  I,  p.  340  :  Arras,  nri  857. 

4.  Juitcl,  p.  1 3. 

5.  Les  numéros  indiquent  la  place  de  chaque  conte  dans  les  manuscrits 
d'après  l'ordre  des  contes  dans  le  manuscrit  A. 

[Il  ne  sera  pas  inutile,  pour  faciliter  les  recherches,  de  donner  ici  en  un  mot 
le  sujet  de  chacun  de  ces  contes.  J'ai  dressé  cette  liste  autrefois  d'après  le 
tableau  donné  par  M.  Wolter,  et  j'y  comprends  les  74  nos  que  contient  son 
tableau,  c'est-à-dire  les  74  contes  du  ms.  A. 


48). 


Fornication  imitée 

Juilel. 

Sarrasine. 

Renieur  (cf 

Copeaux. 

Thaïs. 

Miserere. 

Jardinier. 

Haleine. 

Fou. 

Impératrice. 

Meurtrier. 

Sacristine. 

Ave  Maria  (cf.  5  7 

Queue. 

Crapaud. 

Image  de  pierre  (cf. 

Baril. 

Abbesse  grosse. 

Noël. 

Vision  d'enfer. 

Malaquin. 

Vision  de  diables. 

Ermite  accusé. 

Brûlure. 


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28. 
29. 
30. 

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41. 

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44. 

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46. 

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49. 
50. 


Crucifix. 

Païen. 

Goliard. 

Gueule  du  diable. 

Colombe. 

Sénéchal. 

Prévôt  d'Aquilée. 

S.  Paulin. 

Nièce . 

Ivresse. 

Rachat. 

Usurier. 

Feuille  de  chou. 

Demi-ami. 

Inceste. 

Image  du  diable  (cf. 

Mer  lot. 

Sel. 

Enfant  fureur. 

Image  N.  D.  (cf. 

Frères. 

Crâne. 

Renieur  (cf.  4). 

Deux  morts. 

Confession. 


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67. 

68. 

69. 
7).  70. 

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72. 

73- 
74- 


Pied  guéri. 

Ecoliers. 

Enfant  pieux. 

Brandons. 

Prêtre  pécheur. 

Ame  en  gage. 

Ave  Maria  (cf.  14). 

Fenêtre. 

Femme  aveugle. 

Nom  de  Marie. 

Enfant  sauvé. 

Purgatoire. 

Vilain. 

Coq. 

Mère. 

Patience. 

Infanticide. 

Piège  au  diable. 

Anges. 

Sac. 

Image  du  diable  (cf .  4 1  ) 

Ange  et  ermi  e. 

Pain. 

Sermon. 

G.  P.l 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PERES 


241 


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Romani  a,  XIII. 


16 


242  E.    SCHWAN 


II.   —  FILIATION   DES  MANUSCRITS. 

M.  Weber  '  avait  divisé  les  manuscrits  en  quatre  groupes  :  un  premier 
qui  ne  contenait  que  les  contes  1-42  (groupe  z),  un  autre  qui  contenait 
aussi  la  deuxième  suite  des  contes  en  tout  ou  en  partie  (groupe  y),  un 
troisième  qui  donnait  un  choix  augmenté  d'autres  contes  semblables 
(groupe  x),  et  un  dernier  qui  y  avait  mêlé  des  pièces  de  Gautier  de 
Coinci  (groupe  w).  Il  est  évident  que  les  raisons  d'après  lesquelles  il 
constitue  ses  groupes  ne  sont  pas  suffisantes.  Pour  constituer  le  groupe  z 
il  faudrait  d'abord  prouver  que  la  suite  des  contes  contenue  dans  les  ma- 
nuscrits du  groupe}'  appartient  originairement  à  la  Vie  des  Pères;  dans 
ce  cas  on  n'aurait  plus  de  raison  pour  former  un  groupe  y  et  vice  versa. 
Pour  expliquer  les  différences  entre  les  manuscrits  du  groupe  y  dans 
le  nombre  des  contes  qu'ils  contiennent,  M.  Weber  suppose  que 
cette  suite  s'est  formée  peu  à  peu.  A  ce  groupe  il  a  ajouté  aussi  le  ma- 
nuscrit P,  quoiqu'il  ne  contienne  que  la  première  partie;  mais  il  conclut 
d'une  vague  ressemblance  entre  C  et  P  que  ce  manuscrit,  qui  est  incom- 
plet à  la  fin,  a  contenu  non  seulement  la  suite,  mais  aussi  les  pièces  en- 
tremêlées de  Gautier  de  Coinci.  Comme  ainsi  P  entre  dans  le  groupe  y, 
K  est  retranché  de  z  et  forme  seul  un  groupe  k.  Le  groupe  y  se  divise 
en  deux  branches  :  1)  A  B;  2)  C  P,  A  B  ayant  dix  pièces  qui  man- 
quent dans  C.  Mais  ces  pièces  sont  évidemment  originales,  même  d'après 
la  classification  de  M.  Weber,  puisqu'elles  se  trouvent  dans  P,  qui  forme 
avec  C  la  deuxième  branche.  De  même  les  raisons  pour  la  constitution 
des  groupes  x  et  w  sont  insuffisantes  ;  les  manuscrits  TCN2,  qui  cons- 
tituent le  dernier  groupe,  ne  contiennent  pas  les  mêmes  pièces.  M.  Wol- 
ter  ?  a  rangé  les  seize  manuscrits  qu'il  a  connus,  d'après  les  leçons  du 
conte  du  «  Juitel  »,  en  six  groupes,  que  j'ai  constatés  aussi,  excepté  le 
groupe  A  B,  mais  il  n'a  pu  parvenir  à  trouver  les  rapports  des  différents 
groupes  entre  eux. 

En  reprenant  la  même  recherche,  nous  tâcherons  de  disposer  les  ma- 
nuscrits en  groupes  selon  l'ordre  des  contes,  laissant  de  côté  d'abord  la 
deuxième  partie(43-74),  qui  est  indépendante  de  la  première,  comme  on 
verra  plus  tard.  Les  manuscrits  se  divisent  dès  lors  en  trois  groupes,  dont 
le  premier  (x)  est  formé  par  B  '  G  H  I  K  N  U  b  e  f  et  A.  Voici  l'ordre 
des  contes  dans  ce  groupe 4  :  1)  1-23,27,  28,   30,   31,  24,  25,32-40, 


1.  P.  46-49. 

2.  Voir  p.  48  et  49. 

5.  Judcnknabe,  p.   14-17. 

4.  Les  contes  sont  marqués  par  les  numéros  qu'ils  portent  dans  A. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  243 

26,  41 ,  42.  Ainsi  sont  rangés  les  contes  dans  G  H  I  N  U  e  ;  le  ms.  f  a 
changé  l'ordre  de  24,  qu'il  place  après  10,  B  omet  26  qui  a  été  suppléé 
avec  29  par  le  deuxième  copiste  au  commencement  de  sa  partie,  b  a 
placé  41  après  42,  K  contient  aussi  29  et  range  les  derniers  contes  de 
cette  façon  :  29,  41,  26,  42.  Les  changements  d'A  semblent  plus  consi- 
dérables, à  ne  voir  que  l'ordre  des  numéros,  mais  ils  se  réduisent  au 
déplacement  de  26,  29  et  24,  25.  Ainsi  rangé,  A  s'accorde  tout  à  fait 
avec  les  autres  manuscrits  de  ce  groupe.  Or  ces  manuscrits  doivent  être 
attribués  à  différentes  familles  d'après  les  leçons,  d'où  il  faut  conclure 
que  c'est  l'ordre  original  qui  est  représenté  par  ce  groupe.  Ce  fait  est 
d'autant  plus  sûr  que  les  déplacements  des  autres  groupes  se  laissent  rame- 
ner assez  facilement  à  cet  ordre  primitif.  Donc  les  groupes  suivants,  dont 
les  manuscrits  ont  des  fautes  communes  dans  l'ordre  des  contes,  consti- 
tuent des  familles  avec  des  sources  communes  différentes  de  l'original. 

Le  deuxième  groupe  (y)  se  compose  de  D  Q_et  d,  dont  D  et  d  surtout  ont 
beaucoup  d'analogie;  tous  les  trois  mettent  15  et  26  après  les  neuf 
premiers  contes.  Voici  l'ordre  de  D  :  1-9,  15,  26,  32-41,  16,  17, 
10,  14,  18,  19,  22,  11-13,  20,  21,  42,  23,  27,  28,  30,  31,  24,  25. 
L'ordre  de  d  n'en  diffère  pas  beaucoup  :  1,3-5,7-9,  15,26,32-41,  16, 
17,  10,  19,  1 1-14,  20  '.  —  22  [7,  8],  21,  23-31,  38,  40,  42.  Dans  d 
manquent  les  contes  2,  6,  18;  14  est  placé  après  13  et  22  après  20, 
ce  qui  est  original,  et  24,  25  après  23,  enfin  40  et  42  ont  été  rangés 
à  la  fin.  Il  faut  donc  admettre  une  source  commune  pour  D  d,  qui  doit 
avoir  eu  cet  ordre  :  1-9,  1 $,  26,  32-41,  16,  17,  10,  18,  19,  22,  1 1- 
14,  20,  2! ,  42,  23,  27,  28,  30,  31,  24,  25.  Cependant  dans  les  leçons  du 
conte  42  (Merlin  et  Merlot)  on  ne  trouve  aucun  rapport  entre  D  et  d, 
tandis  qu'au  contraire  d  a  toutes  les  fautes  du  manuscrit  A,  de  sorte 
qu'il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  que  d  et  A  n'aient  copié  sur  le  même 
manuscrit.  Comment  expliquer  cette  difficulté  ?  Rappelons  que  les  contes 
22  et  suivants  étaient  séparés  dans  d  des  autres  contes  par  une  suite  de 
miracles,  et  qu'au  commencement  de  cette  nouvelle  série  se  trouvent 
répétés  les  contes  7  et  8  avec  des  leçons  différentes,  ce  qui  indique  déjà 
une  nouvelle  source,  et  regardons  l'ordre  de  cette  deuxième  série  (depuis 
21)  qui  est,  sauf  les  omissions,  celui  d'A,  tandis  que  D  a  un  ordre  très 
différent  :  il  faut  admettre  que  d  a  copié  sur  deux  manuscrits,  dont  l'un 
(d1)  avait  une  source  commune  avec  D,  l'autre  (d2)  avec  A,  dans  la- 
quelle se  trouvait  déjà  la  deuxième  série  des  contes.  La  répétition  de  7  et 
8  s'explique  très  simplement  par  le  fait  que  ces  contes  dans  d1  ont  d'autres 
commencements,  les  prologues  en  étant  omis,  et  paraissaient  différents 


1.  Cf.  page  173. 


244  E<  SCHWAN 

au  copiste  de  d2  de  ceux  qu'il  ajoute;  j'y  ai  d'abord  été  trompé  moi- 
même. 

Qjange  les  contes  de  cette  manière  :  (1-9,  15,  26),  (10-18),  (31,  24, 
25),  41  (["L  I2>  lh  ['4L  20)>  27,  (38,  39,  42),  22,  30,  (32,  33,  36, 
37,  34,)  21.  Il  n'a  pas  conservé  beaucoup  de  traces  de  l'ordre  primitif, 
mais  les  suites  :  1-9,  1 5,  26  ;  10,  18  ;  [1 1],  12,  1 3,  [14],  20  et  3 1,  24, 
25,  indiquent  suffisamment  qu'il  fait  partie  de  ce  groupe. 

Le  troisième  groupe  (z)  se  divise  en  deux  parties,  dont  la  première  (v) 
est  formée  par  les  manuscrits  M,  P,  R,  S,  L,  T,  et  C,  V.  Tel  est  l'ordre 
primitif  de  cette  branche  :  1,  24,  25,  32-38,  41,  2-7,  39,  29,  20,40, 
42,  21,  11-1$,  26,  16,  17,  8-10,  19,  22,  23,  27,  28,  30,  31  '.  Cet 
ordre  primitif  n'a  été  conservé  intact  dans  aucun  manuscrit.  P,  qui  s'en 
rapproche  le  plus,  est  incomplet  à  la  fin  et  finit  au  milieu  de  30.  Il  pa- 
rait qu'aucun  autre  conte  que  3 1  n'est  tombé,  contrairement  à  la  suppo- 
sition de  M.  Weber.  M  omet  32,  place  1 1  après  26  et  change  la  place  de 
30  et  de  31.  Dans  R  se  retrouve  1-41,  où  seulement  l'ordre  de  35-36 
et  de  3 7- 3 8  est  changé,  16,  26,  15,  17,  1  2,  où  l'ordre  primitif  est  facile 
à  reconnaître,  et  5-7,  39,  29,  20,  40,  42,  21.  Dans  T  le  commencement 
(1-39)  est  aussi  conservé,  seulement  36,  2,  4  y  manquent,  et  3  se  trouve 
plus  tard  ;  la  fin  est  un  peu  dérangée.  L  est  fragment  ;  il  n'y  reste  que 
1-35  et  18.  C  n'est  pas  complet  non  plus.  L'ordre  de  ce  groupe  se 
montre  dans  les  numéros  1,  24,2$,  32,35;  3-7,  [39],  29,  20  ;  [11- 
14],  1$,  26,  16,  17,  8-10,  et  23,  27.  Mais  C  se  rapproche  aussi,  comme 
on  verra  tout  de  suite,  de  la  deuxième  partie  de  ce  groupe,  de  même 
que  V  qui  forme  la  transition  à  elle.  C'est  V  qui  conserve  le  n°  2  au 
commencement,  ce  qui  distingue  la  deuxième  partie  de  la  première,  bien 
qu'il  ne  se  trouve  pas  à  la  même  place.  Mais  il  porte  d'ailleurs  toutes  les 
marques  de  la  première  partie  dans  l'ordre  des  contes  :  1,  (24-25),  2, 
U2,  39,  33,  M>  4°,  55-58),  3-6,  17,  (41,  20,42),  11-15,  l6>  l8,  '9, 
21-23,  27>  28)  5°,  31,  9,  10,  26,  8.  En  général  il  se  rapproche  plus  de 
l'original  que  les  autres  manuscrits  de  ce  groupe  ;  comparez  les  suites 
24,  25,  32-40;  1,  2,  3....  —  23,  27,  28,  30,  31.  La  deuxième  partie 
de  ce  groupe  (u)  est  formée  par  les  manuscrits  E,  F,  h  a,  dont  E  F  ont 
une  source  spéciale,  puisqu'ils  montrent  exactement  le  même  choix  des 
contes  et  qu'ils  contiennent  uniquement  18  et  16  traduits  en  prose.  En 
voici  l'ordre  des  contes  :  (1,  (2),  24,  (8),  25,  (20),  32),  (3-5,  (26),  6, 
('0,  7,  39,  29,  [20],  40,  (17),  42),  (11,  12,  21),  (19,  22,  23,  27,  28, 
30,  31),  35,  [18],  [16].  On  y  reconnaît  facilement  les  rapprochements 
avec  la  première  partie  de  ce  groupe,  h  met  41  devant  2  et  1 5  devant 


1    Remarquez  que  c'est  l'ordre  original  du  premier  groupe  qui  est  conservé 
à  partir  de  22. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  245 

20  ;  sauf  ces  changements,  l'ordre  de  1-32  est  conservé,  de  même  que 
de  3-42,  où  seulement  1 5  est  omis.  Mais  entre  ces  deux  parties  on  re- 
marque les  numéros  32,  (18),  33,  34,  36,  35,  38,  37,  qui  manquent 
dans  E  F  et  se  trouvent  dans  r. 

a  a  conservé  la  série  (1,  2,  24,  8,  25,  20,  32);  suivent  33-38,  41, 
qui  manquent  dans  E  F  excepté  35  ;  (3-7,  39,  29,  40,  42),  1 1-14,  [15 
et  26  y  manquent],  9,  [10],  18,  (10),  [19],  21,  (19),  22,  23,  27,  28, 
30,  31),  (16,  17).  La  fin  est  presque  la  même  comme  dans  les  manus- 
crits de  la  première  partie  de  ce  groupe.  C  montre,  comme  je  l'ai  déjà 
dit,  aussi  un  certain  accord  avec  la  deuxième  partie  :  3-7  sont  rangés  au 
commencement,  beaucoup  plus  que  dans  les  manuscrits  de  la  première 
branche,  conformément  à  h  E  F  et  à  l'ordre  original.  Cependant  il  est 
plus  proche  de  la  première  branche.  Comme  le  n°  2  manque  dans  C,  on 
ne  peut  pas  savoir  où  il  se  trouvait,  mais  C  n'a  pas  encore  intercalé 
8  entre  24  et  25  et  20  entre  25  et  32,  comme  E  F  h  a,  et  3-7  se  suivent 
sans  interruption.  Le  tableau  suivant  représente  le  rapprochement  des 
manuscrits  de  ce  groupe. 


I  I 

V  02 


s?  h  C  95 

I  I 


EF  MPRSTL 

Je  n'ai  pu  ranger  dans  un  de  ces  groupes  le  manuscrit  c,  qui  contient 
les  contes  64,  11,  3 1,  69,  22,  72,  de  même  les  manuscrits  g,  i,  dont  le 
sommaire  n'est  pas  connu. 

Le  deuxième  et  le  troisième  groupe  ont  quelque  ressemblance  :  la  fin 
en  est  pareille,  sauf  les  deux  derniers  contes  dans  y,  qui  est  plus  près 
de  l'original,  puis  la  suite:  10,  [14],  18,  19,  22  leur  est  commune,  et 
32-41  sont  également  placés  au  commencement;  il  faut  donc  conclure 
que  y  et  z  ont  une  source  commune  (h'),  qui  contenait  déjà  ces  altérations 
de  l'ordre  primitif.  Nous  aurons  donc  le  tableau  suivant  des  rappro- 
chements des  manuscrits  de  ces  deux  groupes  qui  ont  altéré  l'ordre  pri- 
mitif des  contes. 


246  E.    SCHWAN 


I  I  I 

Dd'  Q^        u 


E"  0)1 


Il  II 

£3  h  C  o5 

I  'I 


Il  II 

EF  MPRSTL 

Voyons  maintenant  si  les  leçons  du  conte  de  Merlin  et  Merlot  confir- 
ment ce  classement  des  manuscrits.  Avant  d'entrer  dans  le  détail,  il  faut 
remarquer  d'abord  qu'il  résulte  de  nos  recherches  qu'aucun  de  nos  mss. 
n'est  copié  sur  un  autre  de  ceux  qui  nous  sont  conservés.  Nous  com- 
mençons par  les  mss.  du  groupe  y. 

y  :  D,  Q,  [d  ']'.  D  Q  ont  une  source  commune.  Au  v.  96  ils  lisent 
seuls  XXX  ans  au  lieu  de  XX  ans,  qui  se  trouve  dans  presque  tous  les 
autres  mss.  Dans  D  et  Qjnanquent  les  vers  149-1 $2,  245-248,  257-8, 
329  et  330,  571  et  372,  qui  se  trouvent  dans  tous  les  autres  mss.,  163-6, 
qui  manquent  aussi  par  hasard  dans  H,  et  41 1-4,  qui  manquent  de  même 
dans  b.  D  Q  ont  donc  une  source  commune.  Comme  d1,  qui  ne  donne 
pas  ce  conte,  a  presque  toujours  l'ordre  de  D,  pendant  que  Q_s'en  écarte 
souvent,  on  pourrait  conclure  que  d1  a  plus  de  rapports  à  D  que  Q.  Ce- 
pendant cette  conclusion  ne  serait  pas  hors  de  doute,  car  l'ordre  de  D  d1 
se  rapproche  plus  de  l'original. 

v  (cp2)  :  M  R  S2  et  K  du  premier  groupe.  Ces  quatre  mss.  ont  une 
source  commune  (<p4).  Au  vers  96  ils  lisent:  Bien  X  ans  tel  vie  menèrent 
au  lieu  de  :  Vint  ans  bien,  etc.,  Si  sachiez  c'une  matinée,  pendant  que  tous 
les  autres  mss.  donnent  :  Si  chai  celé  matinée.  Les  vers  1  2 1  -4  y  sont  très 
altérés  : 

121.   Vilain  esgaré,  vilain  las, 

Voirement  vis  ne  sui  je  pas, 

Car  je  languis  en  ceste  vie, 

Voirement  vis  ne  sui  je  mie. 


1 .  Notre  conte  ne  se  trouve  pas  dans  d'  (voir  p.   1  79). 

2.  L  ne  contient  pas  notre  conte  et  les  leçons  de  T  ne  me  sont  pas  connues. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  247 

Le  dernier  vers,  qui  manque  dans  K,  a  dans  M  la  forme  suivante  : 
Voir  et  mie  ne  sui  je  pas.  Tous  les  autres  mss.  lisent  : 

Vilain  esgaré,  vilain  las, 
Vilain  qui  es,  et  qui  n'es  pas, 
Voirement  voir  ne  sui  je  mie, 
Car  je  languis  en  cette  vie. 

Les  vers  215-18,  qui  se  trouvent  dans  tous  les  autres  mss.,  manquent 
dans  M  R  S  K.  Au  vers  238  ces  mss.  lisent  apertement  au  lieu  d'isne- 
letnent,  vers  3 10  De  la  cité  et  du  pa'is  au  lieu  d'Au  terme  qu'ele  li  ot  mis.  R 
donne  ces  deux  vers,  l'ancien  et  le  nouveau,  en  sorte  qu'il  y  a  trois  vers  ri- 
mant ensemble.  Puisqu'il  remonte  avec  S  à  une  source  commune,  comme 
on  verra  tout  de  suite,  il  faut  admettre  qu'un  lecteur  a  écrit  cette  cor- 
rection à  la  marge,  et  qu'elle  est  entrée  ensuite  dans  le  texte;  les  manus- 
crits M  K  S  ont  alors  indépendamment  écarté  le  vers  original,  qui  doit 
avoir  été  le  dernier. 

De  ces  quatre  manuscrits,  R  S  ont  une  source  commune  (p),  qui  est 
différente  de  ç4.  Les  rimes  des  vers  477  et  478  ont  été  changées  ;  aqueut  : 
queut  en  aquiert  :  quiert.  La  première  leçon  se  trouve  dans  tous  les  autres 
manuscrits,  excepté  d  qui  a  aussi  quiert  au  deuxième  vers.  Vers  5  22  :  De 
lui  ne  son  fol  cuer  changicr  est  ainsi  altéré  dans  R  S  :  De  lui  oster  ne  es- 
trangier  ;  vers  399,  ils  donnent  richece  au  lieu  de  hautcce,  comme  lisent 
tous  les  autres  manuscrits.  M.  Wolter  cite  aussi  dix  vers  qui  manquent 
dans  R  S,  tandis  qu'ils  se  trouvent  dans  K,  dont  cependant  il  n'a  pas 
reconnu  l'affinité.  K  M  ont  aussi  une  source  commune  (x)  où  les  vers  94 
et  95  ont  changé  de  place,  ce  qui  n'a  lieu  dans  aucun  autre  manuscrit. 
Quant  à  l'ordre  des  contes  dans  K.,  qui  fait  partie  du  groupe  x,  il  faut 
croire  que  le  manuscrit  sur  lequel  K  a  copié  était  rangé  d'après  un  ma- 
nuscrit du  premier  groupe,  ce  qui  n'est  pas  difficile  à  imaginer.  Peut- 
être  un  lecteur  avait-il  numéroté  les  contes  d'après  un  manuscrit  de  ce 
groupe,  ainsi  que  le  manuscrit  f  est  numéroté  d'après  un  autre  ;  car  le 
copiste  donne  au  conte  40  le  n°  41,  qu'il  a  eu  à  bon  droit  dans  un  ma- 
nuscrit où  il  était  précédé  du  conte  29,  lequel  manque  dans  f.  De  même 
un  lecteur  du  xive  siècle  a  écrit  «  finis  »  dans  A  après  le  conte  42,  parce 
qu'il  avait  eu  sous  les  yeux  un  manuscrit  où  ne  se  trouvaient  que  ces 
42  contes.  Le  copiste  de  K.  aurait  alors  introduit  dans  le  texte  l'ordre 
des  contes  indiqué  par  les  numéros. 

95  :  P  et  94  remontent  à  une  source  commune,  où  le  vers  98  était 
placé  devant  97.  Ce  dernier  vers  est  aussi  altéré  dans  cp4,  où  on  trouve  : 
Aloient  andui  [K  ensemble]  chascun  jor  au  lieu  de  Tant  que  furent  aie  un 
jor. 

a  et  cp?  ont  aussi  une  faute  commune,  plaçant  le  v.  204  devant  203, 


248  E.    SCHVVAN 

mais  d'après  l'ordre  des  contes  a  semble  appartenir  à  la  branche  u  du 
groupe  z.  De  même  la  leçon  sarper,  v.  1 1 1 ,  au  lieu  de  copcr  dans  C  E, 
doit  être  attribuée  au  hasard,  puisqu'elle  ne  se  retrouve  pas  même 
dans  F. 

u  :  E  et  F,  quoique  indépendants  l'un  de  l'autre,  ont  presque  toujours 
les  mêmes  fautes.  Il  est  inutile  d'en  donner  des  exemples,  puisque 
M.  Weber  '  l'a  déjà  suffisamment  démontré. 

x  :  Dans  le  premier  groupe  on  peut  distinguer  trois  manuscrits  qui 
vont  toujours  ensemble,  G  H  I.  Ces  manuscrits  font  rimer  les  vers  93-96 
en  changeant  les  imparfaits  des  deux  premières  rimes  en  parfaits.  Le 
vers  176  y  est  placé  devant  175,  de  même  394  devant  393.  Vers  28$, 
ils  lisent  Cil  vilains  au  lieu  de  Cil  lions,  les  vers  41 1  et  412  sont  éga- 
lement très  altérés  :  Nuns  ne  pueî  de  son  saie  oster  Fors  ce  que  i  est  sanz 
douter.  La  leçon  originale  est  :  Nus  ne  puet  oster  ne  ne  tret  De  son  sac  fors 
ce  que  i  est.  Le  vers  425  :  Sire,  neporquant  i  alcz  se  lit  ainsi  dans  ces  ma- 
nuscrits :  Ne  vos  chaut  sire,  or  i  alcz.  Ces  trois  manuscrits  ont  donc  une 
source  commune  (t).  G  H  ont  d'ailleurs  une  faute  commune,  qui  ne  se 
trouve  pas  dans  I,  ils  omettent  les  vers  187-190.  Il  faut  donc  admettre 
pour  eux  une  source  spéciale  (y)  qui  est  différente  de  la  source  com- 
mune (1).  C'est  le  même  résultat  que  M.  Weber  a  obtenu  par  ses  re- 
cherches. M.  Wolter 2  a  pu  marquer  aussi  la  place  de  N  dans  l'arbre  gé- 
néalogique des  manuscrits  en  démontrant  qu'il  fait  partie  du  groupe  G  5 
H  I,  ainsi  qu'il  a  avec  eux  une  source  commune  (v)  qui  se  rapproche 
plus  de  l'original  que  1,  une  quantité  de  vers  étant  également  omis  dans 
ces  quatre  manuscrits,  pendant  que  d'autres  vers,  qui  manquent  dans 
'.,  se  trouvent  conservés  dans  N. 

De  même  B  et  font  tant  de  rapports  qu'il  faut  les  grouper  ensemble. 
Le  vers  34  est  placé  devant  3  3-,  le  vers  180  :  Tant  te  donrai  or  et  argent 
se  lit  uniquement  dans  ces  deux  manuscrits  :  Je  te  créant  veraiement.  Ce 
groupe  ((3)  a  commun  avec  le  groupe  v  le  déplacement  du  vers  130 
avant  1  29.  Cette  faute  s'est  donc  trouvée  dans  une  source  commune,  qui 
sera  appelée  x. 

A  etd2  enfin  sont  copiés  sur  le  même  manuscrit  (a).  Au  vers  36  ils 
lisent  remucroit  au  lieu  de  revengeroit  dans  les  autres  manuscrits  ;  v.  24  : 
Les  cors  et  les  cuers  nos  crievent,  ce  qui  est  évidemment  faux,  au  lieu  de 
Les  oilz  et  les  cuers  ;  v.  58  :  Et  pain  et  vin  dont  nous  vivons  pour  De  lui 
vient  quanques  nous  savons  ;  v.  96  :  Et  lonc  tens  pour  Vint  ans  bien  tel  vie 

1  Voir  p.  54. 

2  Voiries  additions  et  corrections  à  la  page  14  ip.   126). 

3.  J'ajoute  G,  quoique  M.  Wolter  n'en  parle  pas;  parce  qu'il  ne  contient 
que  le  prologue  du  «  Juitel  »,  mais  les  fautes  de  H  J  s'y  retrouvent  comme  je 
viens  de  le  démontrer. 


LA    VIE    DES   ANCIENS    PERES  249 

menèrent,  et  v.  320  :  amenait  au  lieu  d'ennuioit.  L'ordre  de  187  et  188 
y  est  changé  ;  dans  A,  qui  a  Tordre  original  au  texte,  le  changement  de 
ces  vers  est  marqué  en  marge  par  les  lettres  b  a.  Où  faut-il  ranger  le 
groupe  a  ?  Nous  ne  le  savons  pas.  a  a  quelquefois  des  rapports  à  tp4, 
dont  un  sera  traité  plus  tard,  l'omission  des  vers  555-8.  De  même  a 
et  M  lisent  danter  v.  56  au  lieu  de  mater,  mais  R  S  K.  ont  la  dernière 
leçon  ;  le  même  cas  revient  au  vers  80,  où  A  d  M  ont  :  à  coutume  r  avaient, 
au  lieu  d'atitulé  estoicnt.  Il  paraît  que  a  va  directement  à  l'original. 

Quant  aux  autres  manuscrits  du  premier  groupe  U  b  e,  nous  ne  sau- 
rions indiquer  sûrement  leur  place.  Les  leçons  d'U  ne  nous  sont  pas 
connues,  et  M.  Wolter  n'a  pas  réussi  à  en  déterminer  les  rapports  avec 
les  autres  manuscrits,  b  est  un  manuscrit  fort  altéré  qui  a  presque  tou- 
jours des  leçons  tout  à  fait  particulières  et  dont  les  nombreuses  omissions 
ne  sont  presque  jamais  partagées  par  un  autre  manuscrit.  Seulement  les 
vers  503  et  304  sont  également  omis  par  S  et  b,  mais  cet  accord  est  dû 
au  hasard,  puisque  le  premier  de  ces  vers  se  retrouve  dans  R  et  que  b  n'a 
d'ailleurs  aucun  rapport  avec  le  groupe  p.  Il  paraît  plutôt  que  b  fait  partie 
du  groupe  v.  D  Q_b  omettent  les  vers  329,  330  et  41 1-4 14  et  les  leçons 
D  Q  b  sont  souvent  conformes.  Mais  en  admettant  une  source  commune 
pour  y  et  b,  il  y  a  la  même  difficulté  qu'avec  K.  Il  faudrait  admettre  une 
seconde  fois  que  l'ordre  des  contes  aurait  été  arrangé  d'après  un  autre 
manuscrit. 

La  question  du  classement  d'e  est  encore  plus  compliquée  :  e  omet  avec 
les  manuscrits  A  d,  R  S  K  M  les  vers  555-8.  Mais  nous  avons  admis 
que  R  S  K  M  et  A  d  forment  deux  groupes  différents  et  que  l'omission 
de  ces  vers  est  due  au  hasard  ;  e  pourrait  cependant  appartenir  à  une  de 
ces  familles.  Une  leçon  semble  confirmer  cette  supposition,  le  vers  424: 
Si  n'ai  cure  de  son  repaire  a  dans  e  cp3  a  la  forme  altérée  :  Ne  de  lui  ne  de 
son  repaire  [R  S  :  affaire].  Comme  les  autres  fautes  de  cp3  ne  sont  pas  par- 
tagées par  e,  il  faudrait  le  dériver  de  v  ;  mais  dans  ce  cas  on  aurait 
l'ancienne  difficulté  de  l'explication  de  l'ordre  des  contes.  Je  n'ose  donc 
pas  placer  ce  manuscrit  d'après  un  seul  passage,  qui  est  d'ailleurs  peu 
significatif.  Une  autre  leçon  assez  singulière,  qu'e  a  en  commun  avec  B  Q, 
au  lieu  de  Cruel  sommes  comme  li  bus  (vers  42)  (rimant  avec  nous)  comme 
li  lions,  prouve  autant  ;  les  trois  manuscrits  ont  fait  cette  altération  in- 
dépendamment, séduits  par  la  rime  du  vers  suivant:  doutons.  Nous  devons 
donc  renoncer  à  indiquer  la  place  de  b  et  e,  ainsi  que  d'U  g  i,  dont  je 
n'ai  pas  le  texte,  et  de  c,  qui  ne  contient  pas  ce  conte,  dans  le  tableau 
suivant,  qui  montrera  les  relations  des  manuscrits. 


2$0  E.    SCHWAN 


III  II  I 

A    <U         v  P  y  z 

III  I 


N         B      f      Dd'Q_     u 


I         I  I 

y        I  £' 


J.       i  I  I        I  I 

G       H  t2         a       V  92 

I  I 


£3  h 

I 


E      F 


c 

1 

1 

1- 

L 

T 

1 
p 

1 
1 

1 
y. 

1 

1 

0 

1 

K       M       R      S 

III.   —  L'AUTEUR  DE  LA  VIE  DES  ANCIENS  PÈRES 
ET  SON  ŒUVRE. 

Quant  à  l'auteur  de  la  «  Vie  » ,  nous  ne  connaissons  ni  son  nom,  ni 
son  état,  ni  son  pays  ;  on  n'a  pas  même  cherché  à  déterminer  le  nombre 
des  contes  qu'il  faut  lui  attribuer.  A.  Duval  ',  qui  s'est  occupé  le  premier 
de  ce  recueil,  se  borne  à  signaler  la  ressemblance  de  quelques  contes  de 
la  «  Vie  »  avec  des  miracles  de  Gautier  de  Coinci  et  à  poser  la  question 
de  savoir  si  c'est  le  poète  anonyme  ou  Gautier  de  Coinci  qui  a  imité 
l'autre.  M.  Weber 2  entre  dans  la  discussion  de  cette  question  et  prouve 
que  ni  l'un  ni  l'autre  n'a  été  plagiaire,  ce  qui  est  évident.  Il  suppose 
même  que  l'auteur  de  la  «  Vie  »  est  antérieur  à  Gautier,  parce  que  dans 
quatre  manuscrits  les  miracles  de  Gautier  sont  précédés  par  la  «  Vie  » ,  mais 
cela  ne  prouve  rien.  Les  passages  qu'il  cite  pour  déterminer  le  temps  de 


1.  Hist.  litt.  de  la  Fr.,  XIX,  858-60. 

2.  Voir  p.  2  ss. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  2  5 I 

l'auteur  appartiennent  à  la  deuxième  partie  de  ce  recueil,  dont  nous 
parlerons  tout  à  l'heure,  et  n'ont  aucune  valeur  pour  la  première  partie, 
de  même  que  les  passages  allégués  pour  les  sources.  Il  parle  ensuite  de 
l'épilogue  qui  est  joint  à  la  «  Vie  »  dans  cinq  manuscrits  '  et  doute  qu'il  ait 
rapporta  la  «  Vie  »,  du  moins  dans  sa  rédaction  primitive,  parce  qu'il  ne  se 
trouve  que  dans  deux  manuscrits,  et  même  dans  ceux-là  après  les  contes 
qui  sont  réduits  en  prose,  et  aussi  parce  qu'il  est  fort  invraisemblable  que 
l'auteur  de  la  «  Vie  »  n'ait  pas  été  clerc.  Cette  dernière  objection  provient 
d'un  malentendu.  Voici  le  passage  : 

Je  qui  ai  cest  romant  tretié 
Par  cssemple  ai  tant  esploitié 
Que  je  dou  monde  me  démet 
Et  mon  voloir  en  autrui  met. 
Se  je  di  bien  et  je  nel  faz... 

L'auteur  annonce  bien  dans  ces  vers  qu'il  va  se  soumettre  à  la  règle 
monastique,  mais  cela  ne  prouve  nullement  qu'il  fût  la'ique  :  de  clerc  sé- 
culier il  devenait  régulier,  ce  qui  arrivait  très  souvent  au  moyen  âge. 
Quant  aux  autres  objections,  j'aurai  occasion  d'en  parler  tout  à  l'heure. 
La  question  principale,  celle  de  savoir  si  l'auteur  des  42  premiers  contes 
a  aussi  composé  la  suite,  a  été  seulement  effleurée  en  passant.  M.Weber 
dit  là-dessus 2  :  «  Que  l'auteur  (des  derniers  contes)  soit  le  même  que 
celui  des  42  premières  pièces  5,  ce  n'est  qu'une  hypothèse.  »  Nous  re- 
prendrons donc  la  question  et  nous  chercherons  à  arriver  à  des  résultats 
plus  solides. 

La  deuxième  partie  de  la  «  Vie  »  se  trouve  dans  les  manuscrits  sui- 
vants: a  b2  csf  d2  (c)4.  A  seul  contient  tous  les  32  contes,  d2,  qui  remonte 
à  la  même  source  a,  en  contient  29,  B2  18,  C  16,  S  14,  T  12,  c  3. 
M.  Weber  explique  cette  différence  en  supposant  que  l'auteur  a  com- 
posé peu  à  peu  cette  suite  à  son  premier  recueil,  ce  qui  est  peu  vraisem- 
blable. Même  l'ordre  des  contes  s  varie  dans  les  manuscrits6. 
B2:  (43,  [44]),  (64,  6$,  66,  67,    68,      69,   70,     71,  72,  73,  74), 

S  :    »       »  »       »       »       »        »  »       »         »       »       »      — 

T  :    »      —        »      —      »     —       »      [ — ]     »        —     »      —     » 


1.  M.  Weber  n'en  connaît  que  deux. 

2.  Page  48. 

3.  Celles-ci,  dans  la  suite,  seront  désignées  comme  première  partie,  celles-là 
comme  deuxième. 

4.  Il  faut  se  rappeler  ici  que  B  comprend  deux  parties  écrites  par  deux  dif- 
férents copistes  (voir  p.  170)  et  que  d  a  eu  au  moins  deux  sources  dans  les- 
quelles il  a  puisé  (cf.  p.   [79). 

y  Les  contes  sont  numérotés  d'après  A  (voir  Wolter,  p.  1 3). 
6.   [  ]  ou  —  signifie  manque. 


252  E.    SCHWAN 

C:(»      »  ),-(»    —     »)i  (72,    73,    74).  ([45]»  46,  47,  48,   49, 
d2:;4;,[44],  45,  46,  47,  48,   [49],  50,    51,      52,    53,   54,    5  5, 

B2:(45,    46,    47,    48,  49,   5°)- 

S  :    »      »  ' 

T  :  —     —      »      —     »      » 
C:  50),   (67,  [68],  69,  70),  45. 

d2:  56,    57,    58>    59,  6o)>   (70,    O],   72),  (63,   64,   65,  66,  67, 
68,  69),  (61,  62),  (73,  74). 

Les  numéros  51-60  ne  se  trouvent  que  dans  d2  et  A,  c'est-à-dire 
dans  a;  c'est  donc  une  nouvelle  série  (troisième),  qui  a  été  introduite 
dans  la  deuxième  partie  par  la  source  de  ces  manuscrits.  Les  quatre 
manuscrits  qui  contiennent  seulement  la  deuxième  série  rangent  les 
contes  d'une  manière  semblable:  B2  et  S  ont  exactement  le  même  ordre, 
sauf  l'omission  d'un  conte  dans  chacun,  T  aussi  garde  le  même  ordre, 
sauf  les  nombreuses  omissions  qui  portent  assez  régulièrement  sur  chaque 
deuxième  conte.  C  seul  a  intercalé  72-50  entre  66  et  67  et  a  ajouté  45 
à  la  fin. 

A  et  d2  ont  introduit  plus  de  changements.  D'abord  ils  ont  ajouté  la 
troisième  série,  dont  d2  a  dispersé  d'ailleurs  la  dernière  partie,  puis  ils 
l'ont  fait  suivre  des  contes  64-74,  qu'ils  ont  placés  à  la  fin  ;  d2  a  encore 
quelques  petits  changements  qu'il  est  inutile  d'indiquer.  Les  manuscrits 
qui  contiennent  la  deuxième  partie  se  divisent  donc  en  deux  groupes  ;  le 
premier  \ry,  qui  donne  la  rédaction  primitive,  est  formé  par  B2  C  S  F, 
le  deuxième  (a),  qui  a  augmenté  et  altéré  l'original,  est  représenté  par 
A  d2.  Dans  le  premier  groupe,  le  manuscrit  C  a  un  ordre  des  contes  dif- 
férent, mais  puisque  l'ordre  des  autres  manuscrits  est  original,  on  n'en 
peut  rien  conclure  pour  le  classement  de  ces  quatre  manuscrits  ;  seule  la 
comparaison  des  textes  pourrait  nous  en  montrer  les  rapports.  Voici  donc 
le  tableau  des  manuscrits  de  la  deuxième  partie  tel  que  nous  le  pouvons 
établir. 

On 


a'  p 


a2  |+  III >         | 


Il  B2         S        T2        C 

A        d2 

Cette  deuxième  partie  des  contes  ne  peut  pas  avoir  appartenu  à  la  Vie 


1.  Le  reste  manque;  S  est  incomplet  à  la  fin. 

2.  11  serait  possible  que  S  ctT  remontassent  à  une  source  1,  dans  lequel  la 
deuxième  partie  était  ajoutée  à  la  première  (voir  le  tableau  p.  186). 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  253 

primitive,  cela  est  clairement  prouvé  par  la  classification  des  manuscrits. 
Elle  n'était  pas  encore  dans  cp4,  puisque  K  M  R  ne  la  contiennent  pas, 
ni  dans  <pî,  puisqu'elle  ne  se  trouve  pas  dans  P  et  cp4,  ni  dans  v,  puis- 
qu'elle manque  dans  V,  cp3  et  u  ;  donc  elle  n'était  pas  dans  w.  La  source 
de  B2  contenait  déjà  la  première  et  la  deuxième  partie1,  puisque  le 
copiste  de  B2  a  suppléé  d'abord  d'après  elle  les  contes  26  et  29,  qui  ne 
se  trouvaient  pas,  à  ce  qu'il  paraît,  dans  la  source  de  Gui.  Cette  source 
de  B2  n'est  pas  connue,  mais  dans  x  la  deuxième  partie  n'existait  non 
plus,  puisque  v  et  f  ne  la  donnent  pas  ;  et  comme  x  et  w  ne  la  con- 
tiennent pas,  elle  n'existait  pas  non  plus  dans  l'original. 

On  pourrait  cependant  supposer,  comme  le  fait  M.  Weber,  que  l'au- 
teur de  la  première  Vie  aurait  peu  à  peu  ajouté  deux  autres  séries  de 
contes  qui  ne  seraient  entrées  que  dans  un  petit  nombre  de  manuscrits. 
Le  prologue  du  conte  43  jette  une  nouvelle  lumière  sur  cette  question. 
Dans  le  manuscrit  S,  on  lit  après  le  conte  42  cette  remarque  de  la  main 
du  copiste  :  (fol  121  d)  «  Ci  faut  II  romanz  de  la  vie  des  pères.  Quiconque 
voudra  trover  aucun  conte  en  cest  livre  II  le  troveral  par  le  nombre  qui  cl  est  ; 
quar  autel  nombre  cum  tu  verras  après  ces  encommencemanz  si  desoz  escriz. 
tome  arlers,  si  le  troveras  en  marge.  »  Suit  la  table  indiquée  dans  ce  passage 
fol.  1  22  r°-i  23  r°.  Là  commence  un  autre  copiste2,  qui  a  copié  la  deuxième 
partie.  Il  en  donne  séparément  le  prologue  sous  un  titre  spécial,  qui  nous 
démontre  que  cette  deuxième  partie  n'est  autre  chose  qu'une  autre  Vie 
des  Anciens  Pères  :  «  Cl  est  U  prologues  de  la  vie  des  pères  et  des  miracles 
nostre  dame  la  mère  Jhcsucrlst.  »  Ce  prologue,  qui  se  retrouve  dans  tous 
les  manuscrits  de  la  deuxième  partie,  est  d'autant  plus  remarquable  qu'il 
est  le  seul  dans  cette  deuxième  Vie,  tandis  que  dans  la  première  Vie 
chaque  conte  est  précédé  d'un  prologue.  Ce  fait  seul  rendrait  déjà  évi- 
dent que  nous  avons  ici  le  prologue  d'un  nouveau  recueil  de  contes 
dévots  ;  le  contenu  le  met  hors  de  doute.  Le  prologue  commence  ainsi 
(fol.  123  c-d)  : 

Ensi  coin  li  aubre  florissent, 
Getent  lor  fuelles  et  verdissent... 

L'homme  est  ici  comparé  à  un  arbre  desséché  que  la  repentance  fait 
reverdir.  L'auteur  poursuit  : 

Adès  devons  au  bien  panser 
Et  prandre  example  a  ces  estoires, 
A  sen  teter  (sic)  et  as  mémoires 
Des  anciens  pères  qui  furent, 


1.  B  se  compose  donc  de  trois  parties  :  B1  (1-42),  B2  (26,  29),  Bs  (le  reste), 
de  même  le  manuscrit  d. 

2.  M.  Wolter  (p.  12)  croit  même  en  reconnaître  encore  plusieurs. 


254  E-    SCHWAN 

Qui  firent  bien  ce  que  il  durent 
Et  lor  cors  mistrent  en  grieté, 
En  penitance  et  en  durté, 
En  lieus  sauvages  et  estranges, 
Nuz  piez  estoient  et  en  langes... 
Se  je  san  et  mémoire  avoie 
Por  mon  tans  en  bien  emploier, 
De  lor  sainte  vie  traitier 
Vos  voudroie  conter  briement. 
Or  m'envoit  Diex  entandemant 
Et  san  del  raconter  a  droit 
Selonc  ce  que  li  livres  doit 
Ou  li  latins  en  est  escriz, 
Qui  conte  les  faiz  et  les  diz. 
Or  voudrons  lou  latin  porsugre 
Et  la  droite  santance  sugre 
Et  translater  en  droit  romant 
Por  ce  que  il  soit  entendant 
A  nos  gens  laies  '  ;  qui  Forons, 
Jhesucrist  et  ces  seins  prions, 
Que  il  me  doinst  comencier  si 
/    Que  ce  soit  à  l'ennor  de  li. 

La  source  de  cette  «  Vie  des  anciens  Pères  »  était,  si  l'on  doit  croire 
l'assertion  de  l'auteur,  un  livre  latin  qui  contait  «  les  faiz  et  les  diz  » 
de  ces  Pères,  et  qui  fut  «  translaté  en  droit  romans  »  pour  être  intelli- 
gible «  à  nos  gens  laïques.  »  De  même  dans  les  introductions  à  plusieurs 
contes,  l'auteur  indique  une  source  latine2,  par  exemple  : 

Un  miracle  voil  ci  retraire 

Et  de  latin  en  romans  traire... 

Un  poète  qui  traduisait  du  latin  doit  avoir  été  clerc,  ce  qui  nous  fait 
répudier  la  leçon  de  S,  qui  en  ferait  un  laïque,  et  on  pourrait  même  sup- 
poser, d'après  l'expression  «  nos  gens  laies  »,  qu'il  était  curé  d'une 
paroisse. 

L'auteur  de  la  première  Vie  n'était  pas  non  plus  laïque,  cela  est  suffi- 
samment prouvé  par  sa  profonde  connaissance  de  l'Écriture  5.  Il  parle 

i .  C'est  la  leçon  de  B  ;  Sa:£f  nos  gens  laies,  leçon  d'après  laquelle  l'auteur 
se  comprendrait  lui-même  parmi  les  gens  laïques,  il  faudrait  alors  mettre  un 
point  après  entendons  et  une  virgule  après  laies  ;  mais  la  leçon  de  B  me  paraît 
préférable,  je  dirai  tout  de  suite  pourquoi.  —  [Le  ms.  S  offre  des  formes  lor- 
raines; il  se  pourrait  donc  quec/  eût  été  mis  pour  a.  Toutefois,  je  crois  que  le 
sens  est  bien  :  «  Et  nous,  laïques,  qui  l'entendrons,  prions. . .  »  —  P.  M.] 

2.  Voir  Weber,  p.  2. 

3.  Weber,  p.  $. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  2$$ 

même  avec  mépris  de  ses  confrères  laïques  en  poésie,  les  jongleurs1  : 
Une  gent  sont  ki  vont  contant 
De  cort  a  autre  et  vont  trovant 
Chançonetes,  mos  et  fabliaus 
Por  gaaignier  les  biax  morsiaus, 
Mais  je  pris  petit  leur  afaire. 

Mais  contrairement  à  l'auteur  de  la  deuxième  Vie,  il  ne  parle  jamais 
d'une  source  latine  qu'il  veut  rendre  accessible  aux  laïques  ;  il  y  a  même 
un  passage  dans  son  prologue  qui  semble  indiquer  qu'il  a  souvent  écrit 
d'après  des  sources  orales z  : 

Des  pères  anciens  vos  cont. 
Qui  encore  en  memore  sont... 

Parfois  il  dit  >  : 

Ci  emprès  un  conte  ai  empris 
Que  j'ai  novelement  apris, 

ou  bien  il  confesse  avoir  lu  le  conte  4  : 

Un  conte  vos  veil  ci  retraire 
Que  j'ai  l'eu  novelement... 

ou  : 

Ci  emprès  vous  devis  un  conte 
Estrait  de  vérité  veraie; 
En  cest  livre  riens  n'en  diroie, 
Se  n'estoit  escrit  en  histoire. 

Mais  aucun  passage  ne  se  trouve  dans  lequel  cette  «  histoire  »  soit  in- 
diquée comme  latine.  Le  caractère  et  le  style  des  contes  sont  aussi  tout 
à  fait  différents  dans  les  deux  Vies.  Dans  la  première  Vie  ce  sont  des 
contes  dévols  introduits  par  un  prologue  contemplatif,  qui  a  pour  thème 
un  verset  de  la  Bible,  et  suivis  d'un  épilogue  qui  en  expose  la  morale. 
Les  contes  sont  bien  racontés,  sans  excès  de  piété,  quelquefois  même  on 
y  remarque  un  fin  trait  d'humour.  La  vénération  ardente  de  la  sainte 
vierge  ne  s'y  trouve  pas  ;  ce  sont  des  paraboles  simples  et  sans  pré- 
tention, d'agréables  petites  histoires  où  la  vertu  triomphe  et  le  vice  est 
puni,  avec  des  peintures  de  mœurs  charmantes.  Dans  la  plus  grande 
partie  des  contes,  la  scène  est  en  Egypte.  Tout  au  contraire  la  deuxième 
Vie  contient,  comme  l'indique  déjà  le  titre  du  prologue  dans  S,  que  je 
viens  de  citer,  plutôt  des  miracles  et  des  légendes  que  des  paraboles,  et 
le  tout  est  imprégné  d'un  amour  ardent  pour  la  reine  du  ciel,  qui  ne  le 


i.  B,  fol.   i    r. 

2.  B,  fol.  i,  v  A. 

3.  B,  fol.  7,  v°  A. 

4.  B,  fol.  11,  v°  A. 


2  Ç6  E.    SCHWAN 

cède  guères  à  celui  du  prieur  de  Saint-Médard.  Les  contes  sont  sans  pro- 
logue, et  l'épilogue  ne  donne  pas  la  morale  proprement  dite  du  conte, 
mais  des  exhortations  générales  à  consacrer  son  âme  à  Jésus-Christ  et  à 
sa  mère.  Le  dernier  épilogue  par  exemple,  celui  du  conte  50,  qui  rem- 
place pour  ainsi  dire  l'épilogue  de  toute  la  Vie,  s'exprime  ainsi  : 

La  mère  Dieu  li  fu  amie. 

Qui  repentance  li  donna  ; 

Celé  dame  tant  de  sen  a 

Qui  qu'ele  veut  elle  secort... 

Or  soiez  donc  si  apensez, 

Que  de  li  si  bien  vos  façoiz, 

Por  estre  plus  loiax  et  droiz  ect. 

On  ne  trouve  plus  dans  cette  partie  une  connaissance  aussi  fami- 
lière de  l'Écriture,  et  il  n'y  a  presque  pas  de  verset  cité,  comme 
c'est  l'ordinaire  dans  les  prologues  de  la  première  Vie.  Au  lieu  de  com- 
mencer par  des  prologues,  l'auteur  entre  tout  de  suite  en  matière  :  «  Ci 
après  contd'un  autre  hermite  »  (B,  fol.  164  r°),  ou  «  Cha  en  arrière  a 
Rome  avint  »  (B,  fol.  173  r°),  ou  «  D'un  saint  père  après  vous  dirai.  » 
Outre  la  source  latine,  qui  était  peut-être  une  «  Vita  patrum,  »  la 
deuxième  Vie  met  à  profit  des  histoires  qui  sont  arrivées  récemment  '  : 

En  France  avint,  ce  m'est  avis, 

Puis  la  mort  au  roi  Loeys, 

Qui  fu  au  siège  a  Avignon... 

ou  : 

Chi  vous  recommens  en  ces  vers, 
Qu'en  la  contrée  de  Nevers 
Avint  assés  en  poi  de  tens, 
Gautiers  arcevesques  de  Sens 
Qui  estoit  Cornus  apielés 
Deux  ans  devant  estoit  sacrés... 

La  scène  n'est  plus  l'Egypte,  du  moins  pour  la  plus  grande  partie  des 
contes,  mais,  comme  on  peut  voir  aux  passages  allégués,  la  France,  en 
général,  ou  même  une  certaine  ville  (Nevers),  ou  bien  l'Allemagne  : 

Il  avint,  si  corn  j'oï  dire, 
En  la  contrée  d'Alemaigne 
Qui  n'est  mie  terre  lointaigne, 
A  no  tans  fu  que  che  avint... 

Le  temps  où  cette  Vie  a  été  composée  doit  être  postérieur  à  1  241 ,  où 
mourut  l'archevêque  Gautier  Cornu,  dont  il  est  question  dans  le  passage 
que  nous  venons  de  citer. 

1 .  Cf.  Weber,  p.  3  et  4. 


LA    VIE    DES   ANCIENS    PÈRES.  257 

Quant  à  la  première  Vie,  nous  n'avons  pas  de  passages  pour  en  fixer 
la  date,  et  les  rimes  ne  nous  la  font  connaître  que  très  vaguement. 

L'ai  final  rime  avec  è  du  latin  populaire,  et  même  avec  é  provenant 
d'à  latin  '.  Ces  rimes  sont  déjà  constatées  pour  le  deuxième  quart  du 
xme  siècle  par  la  première  partie  du  Roman  de  la  Rose  et  se  trouvent  un 
peu  partout.  D'autre  part  ai  rime  souvent  avec  oi.  Ces  rimes  se  retrou- 
vent, sinon  encore  dans  les  miracles  de  Gautier  de  Coinci  (  1 1 77- 1 2  -j6)2, 
au  moins  dans  les  œuvres  de  Rustebuef.  Déjà  dans  les  poèmes  de  Raoul 
de  Houdenc,  trouvère  du  commencement  du  xin°  siècle,  M.  Zingerle  ? 
a  constaté  trois  fois  ces  rimes  :  ploie  (plee  dans  le  texte)  :  arrivée,  loi 
(=  [ i  1  ]  1  a e ,  ital.  Ici)  :  amè,  soi  (se)  :  commandé:  c'est  ici  déjà  é  pro- 
venant d'à  latin  qui  rime  avec  oi.  Ces  rimes  ne  sont  pas  encore  bien 
étudiées  ;  elles  paraissent  cependant  appartenir  à  certains  dialectes4. 
Des  formes  qui  montrent  ai  au  lieu  de  Voi  du  français  central  se  trouvent 
dans  le  lorrain  s. 

L's  devant  une  consonne  est  muet  (Weber,  p.  58),  ce  qui  se  rencontre 
çà  et  là  dès  la  fin  du  xne  siècle. 

Les  rimes  les  plus  importantes  pour  notre  question  sont  celles  d'ie:  e. 
Nous  ajoutons  aux  exemples  donnés  par  M.  Weber é  repairierent  :  enta- 
mèrent (Juitcl,  115).  Dès  le  commencement  du  xive  siècle,  ces  rimes  sont 
très  fréquentes,  par  exemple  dans  la  Comtesse  d'Anjou  1 ,  poème  qui  fut 
composé  en  15 18.  Il  paraît  que  ce  changement  d'/V  en  e  s'est  introduit 
dans  la  seconde  moitié  du  xme  siècle,  car  on  le  trouve  souvent  dans  les 
manuscrits  de  cette  époque.  Comme  une  partie  de  nos  manuscrits  ap- 
partient encore  au  xme  siècle,  il  faut  placer  la  première  Vie  après  1250, 
mais  pas  beaucoup  plus  tard,  car  ces  rimes  y  sont  encore  rares.  La 
deuxième  Vie  a  été  composée  à  peu  près  dans  le  même  temps,  pas  très 
ongtemps  après  la  mort  de  Gautier  Cornu,  qui  a  eu  lieu  en  1  241 . 

Mais  l'auteur  de  la  deuxième  Vie  était  de  l'ouest  de  la  Picardie,  tandis 
que  celui  de  la  première  paraît  avoir  écrit  aux  bords  de  la  Marne, 
non  loin  de  Paris.  La  rime  ie  :  iée,  inconnue  au  français  central,  est 
douteuse  dans  la  deuxième  Vie.  On  lit  bien:  apareillie:  folie  (dans  A, 
fol.  132,  r°  a),  mais  B  donne  espanie  au  lieu  à'apareillie.  D'autres  rimes 
picardes  sont  plus  sûres.  Le  pronom  personnel  de  la  deuxième  personne, 
au  cas  oblique,  est  ti  et  rime  avec  chi  (B,  f.  187,  r°  b),  de  même  le 


1.  Voir  Weber,  p.  $$  et  56,  et  cf.  Romania,  V,  494. 

2.  Voy.  Romania,  XI,  607,  n.  6. 

3.  Raoul  de  Houdenc,  p.   16  et  17. 

4.  Voir  Romania,  XI,  607. 
$.  Cf.  Romania,  V,  319. 

6.  Cf.  p.  57. 

7.  Bib.  nat.,  f.  fr.  765. 

Romania,  XIII,  1  7 


258  E.    SCHVVAN 

pronom  de  la  troisième  personne  a  la  forme  picarde  li  qui  est  constatée 
par  les  rimes  li  :  coisi  (B,  f.  168,  v°  b)  et  //:  ami  (ibid). 

Enfin  les  rimes  de  s  latin  avec  t  — |—  s  prouvent  pour  la  Picardie,  par 
exemple:  confès:  faiz  (B,  176,  r°  à). 

La  rime  de  ti  :  coisi  (participe  passé)  nous  permet  même  de  constater 
que  le  poète  n'appartenait  pas  à  l'est  de  la  région  picarde,  où  le  t  final 
était  conservé  '.  La  deuxième  personne  du  pluriel  du  futur,  et  dans 
certains  cas  celle  de  l'indicatif  et  du  subjonctif  présent  finit  en  -oiz 
(lat.  etis),  ce  qui  est  la  continuation  d'-eiz,  qui  se  trouve  dans  la  vie  de 
saint  Alexis  et  dans  la  chanson  de  Roland  2.  Ces  formes  sont  constatées 
par  les  rimes  :  manger  oiz  :  droiz  (B,  f.  177,  v°  a),  porrois:  crois  (B,  180, 
v°  b),  façoiz  :  droiz  (épilogue). 

On  les  trouve  aussi  dans  la  première  Vie  :  servoiz  :  droiz  (A,  fol.  13,  v° 
b,  de  même  dans  B).  Ici  c'est  un  verbe_de  la  quatrième  conjugaison  (en 
-ire),  qui  montre  cette  terminaison. 

Pour  0  libre  existent  dans  la  première  Vie  deux  formes,  qui  sont 
constatées  par  les  rimes  5,  ou  et  eu,  ce  qui  fait  supposer  que  cette  diph- 
thongue  primitive  ou  était  en  train  de  se  changer  en  eu.  Voici  les  rimes  de 
Merlin  et  Merlot  :  nous:  lous  (lupus)  41,  jor  :  labor  97,  $63.  Dans 
le  Juitel  se  trouve  :  cremor  :  amor,  7,  mais  :  jeus  :  venenimeus,  3 17.  C'est 
en  effet  la  terminaison  -osus,  qui  a  changé  la  première  ou  en  eu.  Ces 
deux  formes  se  retrouvent  également  dans  le  Psautier  lorrain  4. 

Le  parfait  des  verbes  primaires  du  groupe  potere  conserve  la 
voyelle  0,  par  exemple  dans  Merlin:  pot  :  Merlot,  483,  dans  le  Juitel:  ot: 
clôt  (claudit),  1,  ot  :  sot  (adj.),  451,  sot  (sapuit):  tantost,  187.  Ces 
formes  excluent  la  Picardie  comme  patrie  de  l'auteur  ;  on  les  trouve 
dans  le  chansonnier  de  Berne,  qui  est  écrit  dans  le  dialecte  lorrain  L 

Il  y  a  encore  une  rime  intéressante,  la  rime  d'-ache  :  -âge:  sache: 
domage,  Juitel  65,  iretage:  sache  (A,  fol.  5,  r°  a),  hennitage :  sache  (e, 
fol.  89).  Ces  formes  sont  propres  au  picard  moderne,  mais  se  trouvent 


1.  Voir  Romanische  Studien,  tome  IV,  p.  360  s. 

2.  Ces  formes  appartiennent  originairement  à  la  deuxième  conjugaison  latine 
(en  -en),  puisque  le  latin  -eus  a  dû  donner  -eiz  et  plus  tard  -oiz.  Par  analogie, 
ces  formes  se  sont  introduites  aussi  dans  les  troisième  et  quatrième  conju- 
gaisons latines  et  même  aux  subjonctifs  (façoiz)  ;  seulement  dans  la  première 
conjugaison  latine  qui,  en  général,  l'a  emporté  sur  Ls  autres,  je  ne  trouve  pas 
de  telles  formes  (sauf  naturellement  au  subjonctif).  Au  futur,  qui  est  formé  de 
«  [hab  dis  »,  ces  formes  se  trouvent  dans  toutes  les  conjugaisons.—  [Les  choses 
se  sont  passées  un  peu  autrement.  La  Romania  publiera  prochainement  un  article 
sur  ce  sujet.  —  Réd.]. 

3.  Cf.  Weber,  p.  58. 

4.  Voir  Apfelstedt,  Lolhring.  Psaltcr  p.  XXVI,  46. 

ç.  Cf.  Wackernagel,  Allfranz.  Licdcr  :  ot,  I,  19,  sol  I,  85  etc.  De  même 
volt  dans  le  Psautier  lorrain  (p.  LXI,  126). 


LA    VIE    DES   ANCIENS    PÈRES  259 

aussi  ailleurs1.  Teche  (tache),  qui  rime  avec  deseche  (Merlin),  est  une 
forme  lorraine 2  ou  française  ;  la  forme  picarde  en  est  îcke  K 

La  troisième  personne  du  singulier  du  présent  de  l'indicatif  du  verbe 
va d ère  est  vet,  comme  le  prouvent  les  rimes  :  vet:  est, Wéber,  v.  367, /<?f  : 
ret,  ibid.,  328.  Cette  forme  se  retrouve  dans  le  manuscrit  389  de  la  Bi- 
bliothèque de  Berne,  qui  porte  toutes  les  marques  du  dialecte  lorrain  4, 
et  dans  le  Psautier  lorrain  s. 

Le  pronom  indéfini  on  a  dans  la  première  Vie  la  forme  Ven,  qui  rime 
par  exemple  avec  an  (annum),  A,  28,  et  avec  sen,  A,  17.  Cette  forme 
s'explique  par  la  chute  de  l'u  dans  l'uem 6,  que  [iljlehomoadû  donner 
dans  certains  dialectes,  qui  ne  font  pas  de  distinction  entre  0  libre  devant 
nasale  et  0  libre  devant  les  autres  consonnes.  Cette  forme  se  retrouve 
dans  le  chansonnier  d'Arras,  qui  est  écrit  par  «  Jehan  li  Petis  d'Amiens  », 
mais  ne  se  trouve  pas  dans  le  manuscrit  de  Berne  ;  elle  paraît  être  propre 
à  la  Picardie  7. 

Il  est  très  difficile  de  tirer  une  conclusion  exacte  de  ces  rimes  pour  la 
patrie  du  poète.  La  Normandie  est  exclue  par  des  rimes  comme  joie  : 
envoie  [Juitel,  $5),  et  bois  :  mois  [Merlin,  259),  la  Picardie  par  les  formes 
telles  que  pot,  ot,  etc.  Reste  donc  la  Champagne  et  la  Bourgogne,  dont 
la  première  paraît  avoir  les  plus  grandes  chances.  Deux  passages  dans 
le  Juitel,  que  M.  Wolter  a  déjà  allégués,  donnent  de  nouveaux  indices 
pour  localiser  le  roman  : 

29  Nostre  sire  sans  estoutie 
Ses  fiuz  et  ses  filles  chastie, 
En  penitance  les  enbat 
Ou  par  maladie  les  bat. 
A  l'un  toit  son  buef  ou  son  arne 
Ou  sa  nef  li  afondre  en  Marne... 
3  3  2  Si  com  li  mons  Valerïen 

Estoit  li  cors  Dieu  granz  et  lez... 

Il  faut  être  de  Paris  ou  des  environs  pour  admirer  la  grandeur  du 
mont  Valérien.  Ainsi  j'incline  à  croire  avec  M.  Wolter  que  l'auteur  de 


1.  Voir  Suchier,  Aucassin  und  Nicolcte,   1878,  p.  67,  où  la  forme  sauvaecs 
de  ce  texte  picard  est  discutée. 

2.  Cf.  taiche  dans  le  Psautier  lorrain  (p.  XIII,  15). 

3.  Cf.  Diez,  Etym.  Woerlerb.A,  p.  313  ;  Suchier,  Aucassin-  14,   41. 

4.  Voir  par  exemple  Wackernagel,  Altfranz.  Lieder,  p.  80.  De  même  ah  au 
lieu  d'à,  ibid.,  p.  79. 

5.  Cf.  p.X,  8. 

6.  Voir  d'autres  exemples  de  cette  chute   dans  Neumann,  Zur  Laut-und 
Flexionslchre  des  Alljr.,  p.  48. 

7.  Dans  le  Psautier  lorrain  je  trouve  les  formes  :  eus,   1 ,  6,  en,    1,  1 5,  27 
et  plus  souvent  on. 


2Ô0  E.    SCHWAN 

cette  première  Vie  a  vécu  au  bord  de  la  Marne,  pas  trop  loin  de  Paris, 
peut-être  cependant  déjà  sur  les  confins  de  la  Champagne,  ce  qui  expli- 
querait les  formes  dialectales  que  nous  avons  rapportées. 

En  résumant  nos  recherches,  nous  croyons  avoir  démontré  qu'il  y  a 
deux  «  Vies  des  Anciens  Pères  '  »  différentes,  composées  par  deux  au- 
teurs différents,  dont  l'un  était  Picard,  l'autre  probablement  Champenois 
de  la  région  de  la  Marne  qui  confine  à  l'Ile-de-France.  Ces  deux  recueils 
d'un  titre  semblable  ou  même  identique  ont  été  réunis  à  la  fin  du 
xme  siècle  dans  six  manuscrits,  dont  l'un  (a)  nous  est  parvenu  en  deux 
copies  (A  et  d2). 

Il  y  avait  en  même  temps  encore  d'autres  collections  de  contes  dévots 
du  même  genre.  Ainsi  on  trouve  par  exemple  à  la  Bibliothèque 
d'Avranches  un  manuscrit  d'un  roman  qui  a  été  composé  en  1 3  30  par  le 
prieur  Eustache,  religieux  de  l'ordre  de  Saint-Bruno 2.  Les  titres  indiquent 
déjà  la  ressemblance.  En  voici  quelques-uns  : 

3)  De  sainte  Gale,  qui  ne  se  voult  remarier,  qui  correspond  à  A  4: 
D'une  bourgeoise  qui  n'a  pas  voulu  se  remarier. 

4)  De  saint  Paulin  de  Noie,  qui  fut  en  servage  pour  aultrui  comme  bon 
pasteur.  De  même  A  33  de  la  première  Vie  traite  de  saint  Paulin. 

9)  D'un  jeune  homme  qui  centra  en  religion  et  fut  tcmpté  du  péché  de  la 
char  (cf.  A  3  et  A  20). 

17)  D'un  hermite. 

2$)  D'une,  femme  juiesse,  que  la  vierge  mère  délivra  de  la  mort,  etc. 

La  confusion  des  deux«  Vies»  doit  s'être  produite  parce  qu'on  a  copié 
dans  les  manuscrits  les  deux  l'une  à  la  suite  de  l'autre,  comme  dans  le 
manuscrit  S,  de  même  que  la  première  Vie  est  également  suivie  d'une 
foule  d'autres  pièces  du  même  genre  dans  d'autres  manuscrits  3  ;  elles 
ont  été  confondues  ensuite  par  des  copistes  postérieurs  qui  les  prenaient 
pour  un  seul  recueil,  leur  voyant  le  même  titre,  la  même  forme  et  à  peu 
près  le  même  contenu.  De  même  s'explique  dans  certains  manuscrits  la 
confusion  d'autres  contes  dévots  4  et  en  particulier  des  miracles  de 
Gautier  avec  la  Vie  des  Pères,  qui  dans  d'autres  manuscrits,  comme  Q, 


1.  Quant  au  nom  de  «  Vie  des  anciens  Pères  »,  les  deux  romans  y  ont  droit 
(voiries  prologues  ci-dessus  p.  305  et  p.  30  5 1.  Cependant  la  deuxième  Vie  paraît 
avoir  eu  le  titre  spécial  da  «  Vu  des  Pères  hermites,  »  qui  se  trouve  dans  d  (voir 
p.  173)  et  dans  B,  si  je  ne  me  trompe  et  gui  s'accorde  très  bien  avec  le 
contenu.  Il  se  recommande  aussi  pour  distinguer  plus  facilement  les  deux 
ouvrages. 

.  Cf.  Catal.  gin.  des  Bibl.  publ.  des  Dip.,  p.  $$4,  et  Desroches,  Hist.  du 
Mont  Saint-Michel,  t.  II,  p.  337-397. 

3.  Comparez  par  exemple  Q. 

4.  Par  exemple  dans  d. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  26 I 

se  trouvent  encore  séparés  de  la  Vie.  La  forme  pareille  '  de  tous  ces 
contes  et  le  style  peu  différent,  a  beaucoup  facilité  cette  confusion. 

Il  reste  encore  une  question  à  résoudre  pour  la  première  Vie  :  con- 
tenait-elle le  conte  29  ?  Ce  conte  ne  se  trouve  pas  dans  les  manuscrits 
B2,  f,  G,  H,  I,  N  fgroupe  x),  D  Q_d'  (groupe  y),  et  dans  V  (qui  doit 
avoir  écarté  ce  conte,  attendu  qu'il  se  trouve  dans  u  et  cp2,  et  par  con- 
séquent dans  z  ;  ce  qui  est  étonnant,  c'est  que  29  est  le  seul  conte  qui 
manque,  8  et  58  étant  ajoutés  à  la  fin).  Ce  conte  manque  encore  dans  U, 
b,  e,  dont  les  rapports  avec  les  autres  manuscrits  ne  sont  pas  suffi- 
samment connus.  D'ailleurs  U  et  e  omettent,  encore  d'autres  contes2, 
en  sorte  qu'on  peut  mettre  l'omission  de  29  au  compte  du  hasard.  De 
même  Q_a  omis  9  contes,  pendant  que  clans  D  et  b  29  est  le  seul  conte 
omis.  Cependant  on  n'en  peut  pas  conclure  que  29  ait  manqué  dans  w. 
Dans  x  du  moins,  ce  conte  ne  se  trouvait  pas,  parce  que  dans  la  moitié 
des  manuscrits  de  ce  groupe  le  n°  29  seul  manque,  pendant  que  dans  B1, 
G  et  N,  un  conte  manque  encore  dans  chacun.  Mais  puisque  ce  conte  se 
trouvait  dans  a  et,  à  ce  qu'il  paraît,  dans  w,  il  appartient  aussi  à  l'original . 

Cette  «  Vie  »  se  compose  donc  d'un  prologue,  de  42  contes  et  d'un 
épilogue,  dont  nous  avons  déjà  parlé  en  passant.  Cet  épilogue  est  écrit 
dans  le  même  style  que  les  contes  et  contient  les  mêmes  pensées.  Il  ne 
s'est  conservé  que  dans  cinq  manuscrits,  ce  qui  s'explique  très  bien  parce 
que  dans  la  plupart  des  manuscrits  on  a  ajouté  à  la  Vie  d'autres  contes 
dévots  et  parce  que  cet  épilogue,  qui  est  tout  à  fait  indépendant  des 
contes,  ne  semblait  pas  aux  copistes  offrir  assez  d'intérêt  pour  qu'ils  pris- 
sent la  peine  de  le  copier.  Remarquons  que  la  rime  d'ai  :  oi,  que  nous 
avons  citée  dans  la  Vie,  se  retrouve  dans  l'épilogue.  Le  voici,  pour  qu'on 
puisse  mieux  juger  de  la  ressemblance  du  style  avec  celui  des  contes  ?. 

ICI    FENIST    LA    VIE    DES    PERES  4. 

Je  qui  ai  cest  romant  traitié 
Par  essemple  ai  tant  esploitié 

i  ce  a,  c.  r.  ai  f. 

i.  Vers  de  huit  syllabes  rimant  deux  à  deux. 

2.  U  :  6,  e  :  3  contes. 

3.  Les  cinq  manuscrits  dans  lesquels  il  nous  est  parvenu  sont  :  E,  F  (e5), 
a  (s1)  [groupe  u],  e  et  /  [groupe  x].  Le  texte  d'«  me  manque,  il  doit  appartenir 
à  f,  parce  que  ces  deux  font  suivre  à  tort  l'épilogue  d'un  Ave  Maria.  — 
J'ai  introduit  dans  le  texte  les  formes  dialectales  que  j'avais  constatées  par  les 
rimes,  par  exemple  les  deuxièmes  personnes  du  pluriel  en  -oiz  dans  les  verbes 
de  la  deuxième  et  de  la  quatrième  conjugaison  latine,  dont  nous  avons  cité  des 
exemples.  La  rime  du  vers  40  nous  contraint  de  les  admettre  aussi  pour  la 
troisième  conjugaison  latine. 

4.  a  ;  Ci  fine  la  sainte  vie  des  enciens  pères  E  ;  manque  F,  f. 


26 2  E.    SCHWAN 

Que  je  dou  monde  me  démet 

Et  mon  voloir  en  autrui  met. 
5   Si  j'ai  dit  bien  et  je  nel  faz, 

En  ce  le  saaz  contrefaz, 

Qui  ia  flour  passe  et  s'en  départ 

Et  le  bran  retient  a  sa  part. 

Le  bien  doit  faire  qui  le  dit  ; 
10  Prenoiz  exemple  a  Jhesucrist, 

Qui  bien  fist,  puis  le  sermonna, 

Ensi  exemple  nous  donna  : 

Si  devons  tant  ses  faiz  ensuivre 

Qu'en  l'autre  siècle  puissons  vivre. 
1 5  Car  ce  siècle  n'est  qu'uns  trespas  : 

Tiex  est  hui  qui  demain  n'iert  pas  ; 

Ki  le  bien  fait,  tantost  le  trueve, 

Tant  a  de  joie  que  n'en  rueve, 

Et  s'il  est  pris  en  ses  péchiez, 
20  En  mort  d'enfer  est  trébuchiez. 

Se  je  di  voir,  bien  le  savoiz 

Par  la  raison  que  vous  avoiz  : 

Si  laist  chascun  son  fol  usage, 

Ainz  qu'il  soit  pris  en  son  folage  ; 

2  5  Creoiz  et  amez  et  servoiz 

Damedieu,  qu'a  servir  avoiz  : 
Tuit  se  doivent  a  lui  donner 
Et  a  ses  bons  abandonner 
Pour  avoir  la  saintisme  joie, 
30  Joie  précieuse  et  veraie, 

Joie  qui  touz  jours  dure  et  vaut. 
La  joie  de  cest  monde  faut, 
Bien  le  savoiz,  d'ui  a  demain  ; 
Ensi  vous  travailliez  en  vain, 

3  $  Quant  celé  joie  pourchaciez 

Dont  a  dampnement  vous  chaciez 
Par  le  maufait  qui  vous  desvoie  : 
Si  laissiez  la  senestre  voie, 
Et  la  destre  voie  tenoiz. 
40  S'ensi  estre  le  emprenoiz, 
Vos  bons  talenz  acompliroiz 
Et  a  la  sainte  joie  iroiz, 

4  autre  a,  lautrui  f.  —  5  je  di  E  F  a,  non  f.  E.  —  7  se  a,  la  d.  E  F.  —  8 
en  s.  p.  f.  —  1  1  Q-  le  b.  feist  et  s.  E  F,  fait  a  f.  —  1  2  Auxi  E  F.  —  16 
nest  E  F.  —  17  Cil  qui  E  F.  18  que  en  pourroit  croire  E  F,  q.  plus  nen 
a.  —  19  son  pechie  E  F  a.  —  20  A  la  m.  E,  A  m...  condampne  F .  —  21  Le 
rate  manque  dans  E  F.  —  22  les  raisons  f.  —  23  Que  a.  —  24  Que  ne  s. 
a.   —  34  csavailliez  a.  -     40  aprenez  a. 


LA    VIE    DES    ANCIENS    PÈRES  2ÔJ 

Ou  Diex  maint  qui  tout  puet  et  vaut. 

Cist  romans  ci  fenist  et  faut  ; 
4$  Si  ai  après  assez  matire, 

Mais  je  n'en  voil  ore  plus  dire 

Fors  tant  que  la  dame  des  dames, 

Qui  as  siens  garde  et  cors  et  âmes, 

Ici  emprès  saluer  voil  : 
50  S'onour  et  son  preu  voit  a  l'oil 

Qui  de  cuer  la  salue  et  sert  ; 

Ces  deus  dons  pour  voir  en  désert, 

Qu'onour  en  a  li  cors  ou  monde 

Et  dou  monde  part  l'ame  monde. 

Et  por  ce  la  salu  et  serf, 
$6  Tant  qu'elle  me  tiegne  a  son  serf. 

Ainsi  cet  épilogue  montre  clairement  que  l'auteur  était  clerc  ;  on  peut 
même  conclure  du  vers  3,  comme  nous  l'avons  dit,  qu'il  était  clerc  sé- 
culier et  a  eu  l'intention  d'aller  dans  un  couvent.  Mais  cette  conclusion 
n'est  pas  nécessaire.  Le  «  monde  »  ou  le  «  siècle  »  signifiait  au  moyen 
âge  tout  ce  qui  était  contraire  à  la  vie  religieuse,  les  pensées  mondaines, 
en  un  mot  le  péché,  et  c'est  dans  ce  sens  que  ce  mot  est  employé  ici, 
comme  le  vers  4  le  démontre  suffisamment. 

Nous  trouvons  dans  cet  épilogue  la  même  gravité  et  le  même  sentiment 
vraiment  religieux  que  dans  les  contes  ;  dans  ceux-ci  il  s'y  mêle  parfois 
d'agréables  traits  de  belle  humeur  qui,  joints  au  naturel  de  la  narration 
et  à  l'élégance  simple  de  la  forme,  contribuent  à  faire  de  ces  courts  récits 
de  petits  chefs-d'œuvres  de  l'ancienne  poésie  française. 

l__  Edouard  Schwan. 


45  et  mangue  dans  a.  —  45   S  ai   ge  a.   —  46V0S  je  a.  —  48  sains  f.  — 
$ 1  par  a.  —  59  salue  f. 


NOUVELLES  CATALANES  INÉDITES 


Le  manuscrit  1 1 1  de  la  collection  Libri,  actuellement  en  la  possession 
de  M.  le  comte  d'Ashburnham,  est  un  petit  in-folio  en  papier  épais,  me- 
surant 29$  millimètres  de  haut  sur  220  de  large.  L'écriture,  qui  est 
de  deux  mains,  ou  plutôt  simplement  de  deux  encres  différentes,  peut 
être  attribuée  à  la  seconde  moitié  du  xve  siècle.  Il  n'y  a  pas  de  doute 
que  les  quarante-six  feuillets  dont  il  se  compose  en  son  état  actuel  ne 
formaient  pas  la  totalité  du  manuscrit  primitif.  On  distingue  au  haut  des 
pages  les  traces  d'une  ancienne  pagination  qui  a  été  grattée'.  En  ce 
cas,  comme  en  maint  autre,  Libri  a  dû  prendre  dans  le  corps  d'un 
volume  paginé  une  suite  de  feuillets  dont  le  contenu  formait,  au  moins 
en  apparence,  un  tout  complet2.  Pour  dissimuler  cette  opération,  il 
fallait  naturellement  supprimer  les  traces  de  l'ancienne  pagination,  et 
c'est  ce  qui  a  été  fait. 

Le  manuscrit  Libri  1 1 1  correspond,  comme  l'a  établi  M.  Delisle  î,  au 
n'  214  de  l'ancien  catalogue  de  Marmoutier,  ainsi  décrit  dans  un  inven- 
taire fait  au  milieu  du  siècle  dernier  :  «  Volume  in-4.  Le  manuscrit  coté 
«  214  est  un  recueil  de  vers  et  de  prose  en  langue  espagnole,  et  qui  a 
«  tout  au  plus  trois  cents  ans  d'antiquité.  »  On  ne  sera  point  surpris 
qu'au  xviii8  siècle  des  textes  catalans  aient  été  pris  pour  espagnols. 
Quant  à  la  date  assignée  au  manuscrit,  elle  correspond  tout  à  fait  à  mon 
appréciation.  Je  suppose  que  ce  manuscrit  est  un  de  ceux  que  l'abbaye 
de  Marmoutier  a  acquis  en  17 16  de  la  famille  de  Lesdiguières,  et  qu'il 


1.  La  pagination  actuelle,  au  crayon,  est  de  ma  main. 

2.  C'est  notamment  ce  qu'il  a  fait  à  Lyon  lorsqu'il  a  détaché  du  Pentateuque, 
depuis  publié  par  M.  U.  Robert,  les  feuillets  qui  contenaient  le  Lévitique  et  les 
Nombres. 

j.  Soticc  sur  les  manuscrits  disparus  de  la  Bibliothèque  de  Tours,  p.  132 
(n°  XCIX);  p.  200. 


NOUVELLES   CATALANES    INÉDITES.  26<> 

doit  être  identifié  avec  le  n°  19  de  l'ancien  inventaire  des  manuscrits  que 
possédait  le  célèbre  connétable1.  A  la  vérité,  le  titre  donné  par  ledit 
inventaire  :  «  Chansons  provençales  vieilles  »,  est  bien  vague,  et  le  ma- 
nuscrit dans  son  état  actuel  ne  porte  pas  la  marque  à  laquelle  se  recon- 
naissent beaucoup  de  manuscrits  ayant  appartenu  à  Lesdiguières2; 
néanmoins  l'identification  proposée  paraîtra  probable,  si  on  considère 
que  la  même  collection  renfermait  d'autres  manuscrits  catalans. 

Le  manuscrit  a  la  reliure  moderne  en  bois  à  dos  de  cuir  que  Libri  a 
fait  mettre  à  bon  nombre  des  volumes  qu'il  avait  volés.  Au  dernier  feuillet 
se  trouve  une  fausse  signature  de  Francesco  Redi.  C'est  l'éminent  direc- 
teur du  Musée  britannique  quia  éveillé  mes  soupçons  à  l'endroit  de  cette 
signature,  que  d'abord  j'avais  bonnement  crue  authentique.  Dans  l'état 
où  se  présente  le  manuscrit  il  y  a  une  interversion  de  feuillets  :  le 
feuillet  12  doit  prendre  place  entre  les  feuillets  20  et  21.  L'ordre  est 
donc  celui-ci  :  1-11,  15-20,  12,  21-46.  De  plus  il  manque  un  feuillet 
après  le  feuillet  2.  Les  feuillets  12  et  21-46  sont  écrits  avec  une  encre 
encore  plus  pâle  que  le  reste  ;  peut-être  par  une  autre  main. 

Les  ouvrages  qu'il  renferme  sont  les  suivants  : 

I.  Fol.  1-7  :  La  nouvelle  de  Frère-de-joie  et  de  Sœur-de-plaisir. 

II.  Fol.  8-1 1  et  15-16:  Requête  amoureuse. 

III.  Fol.  17-20  :  Poème  à  la  louange  de  Dieu,  par  Aymo  de  Sestars.  ? 

IV.  Fol.  12  et  21-54  c  •'  Description  allégorique  de  l'armure  du  che- 
valier, par  Peire  March. 

V.  Fol.  55-4$  :  Histoire  de  Frondino  et  de  Brisona. 

VI.  Fol.  46  :  Petit  traité  du  comput,  en  vers. 

Ces  divers  poèmes  sont,  autant  qu'il  m'a  été  possible  de  m'en  assurer, 
non  seulement  inédits,  mais  inconnus.  Ils  apportent  à  ce  que  nous  savons 
de  la  littérature  catalane  un  supplément  important  de  notions  nouvelles. 
Il  y  a  notamment  un  point  qui  a  pour  nous  un  intérêt  particulier,  sur 
lequel  de  ces  deux  compositions  apportentdes  données  précieuces.  Il  s'agit 
de  l'influence,  d'ailleurs  bien  constatée,  de  la  littérature  française  sur  la 
littérature  catalane.  Au  début  de  la  nouvelle  ci-après  étudiée  et  publiée, 
nous  verrons  l'auteur  s'excuser,  pour  ainsi  dire,  de  ne  s'être  pas  servi  de 


1.  Voy.  Romama,  XII,  539. 

2.  Une  marque  qui  paraît  devoir  se  lire  prop'ni  ou  propr'ni  ;  voir  Romania, 
XII,  540,  note  4.  Depuis  la  publication  de  ma  note  sur  les  manuscrits  de  Lesdi- 
guières, j'ai  constaté  l'existence  de  cette  même  marque  à  la  fin  de  plusieurs 
manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale,  p;ovenant  presque  tous  du  cardinal 
Mazarin  et  dans  un  grand  nombre  de  manuscrits  de  1  ours  provenant  de  Mar- 
moustiers.  Je  crois  être  en  mesure  d'établir  à  quelle  famille  appartenaient  les 
nombreux  manuscrits  qui  portent  cette  marque.  Ce  sera  l'objet  d'un  prochain 
mémoire. 


266  P.    MEYER. 

la  langue  française.  Cette  nouvelle  est  du  xive  siècle.  Il  y  avait  donc  des 
auteurs  catalans  qui,  à  cette  époque,  écrivaient  en  français1.  Puis,  dans 
le  roman  de  Frondino,  qui  est  de  la  fin  du  même  siècle,  ou  peut-être 
des  premières  années  du  suivant,  nous  rencontrerons  une  quantité  de 
poésies  françaises  intercalées  dans  la  teneur  du  poème.  Ce  sont  là  des 
témoignages  bons  à  recueillir  sur  la  propagation  du  français,  en  tant 
qu'idiome  littéraire,  hors  de  la  région  où  il  était  parlé. 


LA    NOUVELLE    DE    FRERE-DE-JOIE    ET    DE    SŒUR-DE-PLAISIR. 

Cette  nouvelle,  sans  avoir  un  grand  mérite  littéraire,  peut  cependant 
donner  lieu  à  certains  rapprochements  intéressants.  C'est  pour  en  faci- 
liter l'étude  aux  personnes  qui,  sans  posséder  du  catalan  une  connais- 
sance approfondie,  s'occupent  de  littérature  comparée,  que  j'ai  fait  pré- 
céder le  texte  d'une  traduction  légèrement  abrégée.  Ce  texte  est 
d'ailleurs  en  certains  endroits  difficile  à  entendre,  souvent  par  suite  de 
l'incorrection  du  manuscrit.  Raison  de  plus  pour  le  traduire,  car  une 
traduction,  pourvu  qu'elle  soit  faite  consciencieusement,  est  ce  qui  fait 
le  mieux  reconnaître  les  difficultés  d'un  texte. 

Bien  que  les  Français  aient  beau  langage,  c'est  une  nation  que  je  ne  goûte 
pas,  car  ils  sont  orgueilleux  sans  merci  2,  et  l'orgueil  ne  me  plaît  nullement, 
ayant  été  élevé  parmi  des  gens  aux  mœurs  douces  ;  et  c'est  pourquoi  je  ne  veux 
pas  parler  français.  Une  belle  dame  m'a  commandé  de  lui  rimer  un  conte  sans 
rimes  rares  ni  mots  recherchés;  plus  facilement  il  sera  appris  par  maintes  per- 
sonnes courtoises  et  bien  enseignées.  J'obéirai  donc  à  ses  ordres  et  je  conterai, 
sans  rien  ajouter  ni  retrancher,  ce  que  la  dame  m'a  conté. 

L'empereur  de  Gint-Senay,  preux,  courtois,  vaillant,  aimé  et  respecté  de  ses 
sujets,  avait  une  fille  d'une  grande  beauté.  Un  jour,  elle  mourut  à  la  table  même 
où  elle  mangeait,  tandis  qu'elle  entendait  les  jongleurs,  au  moment  où  le  festin 
était  le  plus  joyeux.  Le  proverbe  '  dit  justement  :  après  grande  joie,  vient  grande 


i.  C'est  ici  le  lieu  de  rappeler  que  dans  une  nouvelle  dont  M.  Mila  y  Fon- 
tanals  a  publié  des  extraits  reliés  par  une  analyse,  figurent  divers  personnages 
qui  s'expriment  en  français  (Les  noves  rimades,  la  codolada.  Montpellier,  1876, 
p.  11,  15,  18,  20.  —  Publication  spéciale  de  la  Société  pour  l'étude  des  lan- 
gues romanes). 

2.  Le  reproche  d'orgueil  adressé  aux  Français  est  presque  un  lieu  commun 
au  moyen  âge  ;  voyez  à  ce  sujet  quelques  témoignages  dans  une  note  de  ma  tra- 
duction du  poème  de  la  croisade  albigeoise,  pp.  351-2. 

3.  Le  Roux  de  Lincy,  Livre  des  Proverbes,  II,  240  : 

Après  grant  feste  grant  pleur 
Et  après  grant  joie  grant  doleur. 


NOUVELLES   CATALANES    INÉDITES.  267 

douleur,  et  joie  après  grandes  tristesses  3.  Aucun  bien  n'est  durable  en  ce  monde. 
Archevêques,  évêques,  abbés,  chanoines,  vinrent  pour  enterrer  le  corps  de  la 
demoiselle,  que  l'empereur  et  l'impératrice  avaient  déjà  fait  laver  avec  du  baume, 
de  la  myrrhe  et  d'autres  onguents.  Mais  l'empereur  déclara  que  sa  fille  ne  serait 
jamais  mise  en  terre;  qu'il  ne  lui  semblait  pas  qu'elle  fût  morte;  qu'on  avait 
beaucoup  d'exemples  de  personnes  qui  avaient  paru  mortes  et  qui  ensuite  étaient 
revenues  à  la  vie.  11  la  fit  porter  hors  de  la  cité,  en  un  lieu  agréable  où  il  y 
avait  un  jardin,  au  milieu  duquel  était  construite  une  tour.  Autour  du  jardin 
courait  une  rivière  qu'on  ne  pouvait  franchir  que  par  un  pont  de  verre  construit 
par  enchantement,  de  telle  sorte  que  personne  n'y  pouvait  passer,  sinon  le  père 
et  la  mère.  Les  parents  s'y  rendaient  chaque  semaine  pour  voir  leur  fille  dont  le 
visage  était  frais  comme  la  rose  et  le  lys.  Il  y  avait  là  des  fleurs  et  des  arbres 
qui  répandaient  une  douce  odeur.  Le  visage  de  la  morte  était  si  gracieux,  son 
lit  si  beau,  la  guirlande  qu'elle  portait  si  riche  et  si  précieuse,  sa  bouche  si 
fraîche,  ses  dents,  ses  mains  si  blanches,  les  chants  des  oiseaux  par  les  branches 
étaient  si  doux,  si  bons  à  entendre,  qu'on  aurait  voulu,  oubliant  tout,  demeurer 
à  tout  jamais  en  ce  séjour.  Tous  ceux  qui  passaient  dans  les  environs,  à  trois 
lieues  à  la  ronde  et  qui  contemplaient  l'eau,  le  pré,  le  pont,  la  tour,  ressentaient 
au  cœur  une  telle  douceur  qu'ils  en  perdaient  tout  leur  voyage,  et  disaient  qu'à 
en  juger  par  le  dehors,  là  devait  être  le  paradis.  Ceux  qui  entendaient  parler  de 
ce  lieu,  chevaliers,  dames  et  damoiselles,  et  qui  le  venaient  visiter,  en  éprouvaient 
un  tel  plaisir,  qu'ils  n'auraient  plus  voulu  s'en  écarter.  Mais  ils  n'osaient  inter- 
roger les  gens  du  pays  au  sujet  de  la  morte,  car  c'eût  été  leur  causer  une  dou- 
leur trop  grande  (v.  117). 

Le  fils  du  roi  de  Floriande  entendit  parler  de  la  demoiselle,  comment  elle  était 
plus  belle  encore  morte  que  vive,  comment  le  lieu  où  elle  reposait  était  en- 
chanté. Il  ne  fit  pas  paraître  son  projet,  mais  prenant  avec  lui  une  grosse  somme 
d'or,  il  se  rendit  tout  seul  à  Rome  auprès  de  Virgile  pour  apprendre  la  magie, 
afin  d'arriver  à  franchir  le  pont  enchanté  et  à  pénétrer  dans  la  cour  où  reposait 
celle  qu'il  désirait  plus  que  tout  l'empire  de  Gint-Senay.  Le  livre  d'amour  '  nous 
dit  que  les  doux  sentiments  s'accroissent  par  la  vue  et  entrent  par  les  yeux  dans 
le  cœur  (v.  1 36). 

Le  jeune  prince  donna  tant  à  Virgile,  que  celui-ci  lui  enseigna  la  manière  de 
pénétrer  dans  le  lieu  où  la  demoiselle  reposait.  Il  passa  le  pont,  monta  dans  la 
tour,  et  voyant  la  demoiselle,  il  dit  :  «  Jamais  yeux  ne  virent  si  belle,  jamais  nature 
«  ne  put  créer,  ni  bouche  dire  ni  cœur  imaginer  sa  pareille.  Elle  n'est  pas  morte  ; 
«  elle  est  vivante,  car  une  personne  morte  excite  la  répugnance,  et  celle-ci  a 
«  bonne  apparence  et  fait  plaisir  aux  yeux  et  au  cœur,  ce  qu'elle  ne  ferait  pas 
«  si  elle  était  morte.  Il  semble  qu'elle  montre  avec  ses  deux  yeux  qu'elle  veut 
«  me  parler.  »  Là-dessus,  il  s'approcha  du  lit  et  s'agenouilla  humblement  sur  un 
siège  d'or  qu'il  trouva  là,  où  le  père  et  la  mère  s'asseyaient  quand  ils  venaient 


1.  L'idée  ici  exprimée  est  un  des  lieux  communs  de  la  poésie  amoureuse  du 
moyen  âge,  mais  je  ne  saurais  identifier  le  «  livre  d'amour  »  ici  invoqué.  Je  ne 
crois  pas  que  ce  soit  rien  d'Ovide. 


268  P.    MEYER. 

la  voir:  «  Ah  !■  noble  créature  »,  disait-il,  «  la  plus  belle  que  je  vis  jamais, 
(  puissiez-vous  m'aimer  comme  vous  en  faites  semblant,  non  pas  autant  que  je 
«  vous  aime,  ce  serait  trop  dire,  et  il  ne  serait  pas  juste  qu'Amour  vous  causât 
«  autant  d'angoisse  qu'à  moi,  vous  qui  êtes  la  fleur  de  beauté  et  de  courtoisie 
«   (v.  1751 

(Ici  s'ouvre  une  lacune  :  ce  jeune  homme,  dont  le  nom,  comme  on  le  voit  plus 
loin,  était  Frère-de-joie,  profite  si  bien  de  la  faculté  qu'il  avait  de  pénétrer  auprès 
delà  belleendormiequi  nese  réveillait  pas,  que  celle-ci  devint  femme  et  mère. Nous 
voyons  aussi  qu'il  dut  se  livrer  à  maintes  recherches  qui  lui  coûtèrent  beaucoup 
de  temps  et  d'argent,  l'obligèrent  à  renoncer  à  son  royaume  pour  trouver  le 
moyen  de  rendre,  sinon  la  vie,  du  moins  la  sensibilité  à  la  jeune  personne. 
Après  la  lacune,  nous  le  trouvons  en  conversation  avec  un  geai  fort  savant.) 

Et  Frère-de-Joie  le  vaillant,  aussitôt  qu'il  fut  en  possession  du  geai,  lui  dit  : 
«  Dis-moi,  geai,  puisse  Dieu  t'être  favorable  !  saurais-tu  me  conseiller  au  sujet 
»  de  l'aventure  la  plus  belle  et  la  plus  rare  qu'on  puisse  imaginer?  —  Sire  », 
dit  le  geai,  «  m'en  saurez-vous  tant  dire?  —  Voici  en  bref.  »  Et  il  lui  conta 
toute  l'histoire,  comme  vous  l'avez  entendue  précédemment  '.  Le  geai  chercha 
l'herbe  en  mamts  endroits  pendantun  an  avant  de  la  trouver.  Fuis,  le  jourou  l'em- 
pereur était  venu,  il  entra  dans  la  tour  et  posa  l'herbe  sur  la  main  de  la  demoi- 
selle, qui  aussitôt  se  leva  sur  son  lit  et  fut  tout  émerveillée  à  la  vue  du  lit,  du 
lieu,  de  l'eniant.  Elle  vit  le  geai  qui  se  tenait  devant  elle  sur  une  perche  peu 
élevée,  et  lui  dit  :  «  Noble  et  gracieuse  damoiselle,  celui  qui  vous  aime  vous 

«   salue.  »  Et  il  se  mit  à  lui  conter  toute  la  suite  des  événements.   « 2  j| 

«  vous  prie  de  ne  pas  trouver  mauvais  s'il  se  plaint,  car  il  a  souffert  pour  vous 
«  cent  fois  plus  de  peine  que  ne  comporte  le  fief  qu'il  tient  d'amour.  Il  n'est 
«  dans  le  monde  aucun  pays  qu'il  n'ait  fouillé.  Pour  vous  il  a  passé  la  mer  plus 
«  de  trois  fois,  consultant  par  tout  le  monde  les  médecins  et  les  savants  au  sujet 
«  de  votre  mal.  —  Je  ne  vous  dirai  pas  :  Dieu  vous  sauve  !  à  vous  ni  à  lui,  sire 
«  oiseau,  parce  qu'il  a  osé  rien  prendre  de  moi  sans  ma  volonté.  Mais  s'il  avait 
«  souffert  de  bonne  grâce  le  mal  qu'amour  lui  envoyait,  s'il  avait  attendu  mon 
«  consentement,  je  le  tiendrais  assurément  pour  un  noble  cœur.  Car  il  n'est  au 
«  monde  dame  si  vile  qu'il  soit  permis  de  rien  prendre  ou  toucher  qui  soit  à 
«  elle  sans  sa  permission.  De  tels  actes  de  violence  ne  valent  rien.  Et  si  habile 
«  que  vous  soyez  à  argumenter,  je  vous  prouverai  qu'un  anneau  d'étain  donné 
«  vaut  mieux  qu'un  anneau  d'or  volé.  Entre  les  loyaux  amoureux,  il  n'en  est 
«  pas  du  don  d'amour  comme  des  autres  dons,  car  don  offert  spontanément 
«   vaut  mieux  que  don  demandé  J,  mais  don  d'amour  ne  cause  aucun  plaisir  et 


1.  Malheureusement  nous  n'en  avons  entendu  que  le  commencement,  à  cause 
de  la  lacune  signalée  plus  haut. 

2.  Lacune  d'un  ou  plusieurs  vers. 

5.  Ceci  est  la  théorie  générale  de  l'art  de  donner,  telle  qu'elle  est  formulée 
dans  Senèque,  De  Bcn^fi  us,  II,  1,  11,  à  qui  les  auteurs  du  xni"  siècle  l'ont  em- 
pruntée; voy.  Flamenca,  p.  505,  note.  Cf.  Dante,  Convivio,  1,  vin:  «  La  terza 
»  cosa  nella  quale  si  puô  notare  la  pronta  liberalità  si  è  dare  non  domandato.  » 


NOUVELLES   CATALANES    INÉDITES.  269 

«  n'a  point  de  valeur  lorsqu'il  est  obtenu  sans  avoir  été  demandé.  Jamais  il  n'a 
«  été  ni  courtois  ni  homme  de  valeur,  celui  qui  porte  la  main  sur  une  dame 
«  sans  lui  en  avoir  demandé  la  permission,  et  il  n'y  eut  jamais  dame  de  valeur 
«  qui  se  soit  laissé  toucher  [contre  sa  volonté],  non  plus  qu'un  homme  qui  prend 
«  les  récompenses  d'amour  sans  attend  rené  peut  être  compté  au  nombre  des  amants 
«  parfaits  '.  Il  aurait  de  la  peine  à  m'attendre  sept  ans2  celui  qui  n'a  pas  voulu 
«  m'attendre  un  jour  et  m'a  enlevé  ma  précieuse  virginité.  Chose  volée  ne  vaut  rien 
«  non  plus  que  chose  prise  de  force  ou  achetée  5  ;  il  faut  que  le  don  soit  octroyé 
«  par  droit  d'amour.  —  Dame,  daignez,  s'il  vous  plaît,  ne  pas  tant  insister  sur 
«  votre  droit.  Vous  pourriez  blâmer  à  tort  votre  amant.  Votre  dignité  est  si 
«  haute  qu'il  serait  droit  qu'en  mourût  plutôt  que  de  vous  offenser,  mais  puis- 
«  que  Dieu  a  pardonné  sa  mort,  puisqu'on  pardonne  à  son  ennemi,  vous  devez 
«  pardonner  à  votre  ami  qui  vous  est  loyal  plus  qu'aucun  amant  ne  le  fut  jamais 
«  à  son  amie.  Vous  êtes,  certes,  la  plus  noble  qui  soit  et  la  plus  haute  de 
«  lignage:  son  fin  courage  doit  bien  à  vos  yeux  compenser  votre  richesse,  sa 
«  franchise  votrehonneur,  sa  hardiesse, votre  noblesses  Assurément,  s'il  vousavait 
«  pris  telle  chose  qui  pût  être  rendue  ou  rétablie,  il  ne  vous  ferait  pas  demander 
«  merci,  mais  il  accomplirait  votre  volonté.  Vous  dites  qu'il  a  pris  sans  de- 
«  mander  ce  qu'il  désirait  le  plus:  il  vous  criait  merci,  mains  jointes,  pleurant, 
<(  soupirant,  disant:  Ah!  noble  et  charmante  créature,  la  plus  belle  que  ja- 
«  mais  ait  formé  nature,  fleur  de  jeunesse,  en  qui  joie  revit  !  Vous  n'avez  pas 
«  le  cœur  si  dur  qu'il  ne  vous  en  fût  pris  pitié;  et,  le  regardant  doucement  avec 
«  vos  beaux  yeux,  vous  lui  faisiez  semblant  d'amour,  si  bien  qu'il  en  vint  à  prendre 
«  la  joie  d'amour,  et  il  n'est  personne  qui  n'eût  fait  de  même.  Le  sage  dit  S  :  «  En 
«  cour  royale,  qui  ne  prend  ce  qu'il  désire,  quand  il  le  peut,  ne  tarde  pas  à 
«  s'en  repentir  et  n'y  peut  n'en  retrouve  pas  toujours  l'occasion  6.  »  C'est  ce 
«  que  vous  faites,  vous  qu'il  faut  prier  pour  qu'il  puisse  seulement  vous  voir 
«  avec  joie  vivante,  vous  qu'il  a  vue  morte  avec  tant  de  peine.  —  Je  ne  le  ver- 


1.  Je  paraphrase,  le  texte  étant  obscur,  et  peut-être  corrompu. 

2.  Sept  ans  paraît  être  le  terme  normal  ou  peut-être  le  terme  extrême  de  l'at- 
tente pour  les  «  fins  amans  ».  Le  chevalier  d'Exideuil,  de  qui  il  est  question 
dans  le  Jugement  d'amour  de  Raimon  Vidal,  avait  servi  sa  dame  pendant  sept  ans 
lorsqu'il  l'abandonna  pour  une  autre. 

3.  C'est  la  théorie  du  moyen  âge  sur  l'amour  vénal:  «  Si  muneris  tamen 
»  contemplatione  solummodo  reperiantur  [amantes]  vacare  mysteriis,  non  verus 
»  postmodum  judicatur,  sed  falsificatus  amor.  »  Erotica  seu  Amatoria  Andre.e 
Capellani,  éd.  D.  Mulher,  1610,  fol.  K.  5  v°. 

4.  Tout  ceci  est  absolument  intraduisible  ;  les  équivalents  aux  mots  du  texte 
faisant  défaut  dans  nos  langues  modernes.  Je  conserve  donc  les  mots  courage, 
richesse,  patience,  etc.,  aux  sens  qu'ils  avaient  dans  la  poésie  amoureuse  du  moyen 

â§e- 

5.  Cette  formule  est  fréquente  au  moyen  âge;  ainsi,  pour  citer  un  exemple 

provençal,  dans  les  coblas  esparsas  deBertran  Carbonel  :  Le  savis  dis  c'om  nondeu 
per  semblan  |  Home  jutjar  si  proat  no  l'a  be  (Bartsch,  Denkmaler,  p.  11). 

6.  C'est  au  fond  l'ancien  proverbe  :  «  qui  non  vult  cum  potest,  non  utique 
poterit  cum  volet  »,  que  Jean  de  Salisbury,  Policraticus,  VIII,  xvn  (Lugd.-Bat., 


270  P.    MEYER. 

«  rai  pas  non  plus  qu'il  ne  me  verra,  de  mon  plein  gré.  —  Vous  le  verrez.  — 
«  Je  ne  le  verrai  pas.  —  Si  vraiment.  —  Et  qui  m'y  contraindra  ?  —  Amour, 
«  qui  a  plus  de  pouvoir  sur  les  vaillants  que  Malveillance.  Bien  que  vous  pos- 
«  sédiez  prix  et  vaillance  et  tout  ce  qu'il  faut  pour  être  une  dame  de  mérite,  si 
«  Merci  vous  fait  défaut,  vous  ne  serez  pas  accomplie.  Et  vous  savez  que  pour 
«  une  seule  faute,  maintes  dames  ont  été  confondues  et  maintes  bonnes  cours 
«   perdues  par  un  homme  vil  ',  de  mauvais  conseil,  et  mille  hommes  courageux 

a  par  un  lâche  - Mais  je  ferai  une  belle  proposition  :  c'est  que  jamais  n'a 

«  été  fait  service  si  riche,  si  rare,  si  précieux  que  celui  de  votre  amant.  —  Et 
«  quel  service?  —  Je  vais  vous  le  dire.  II  a  donné  tout  un  royaume,  qui  vaut 
8  plus  que  celui  de  France,  pour  vous  guérir,  et  il  est  bien  mal  récompensé  de 
a  vous  avoir  rendu  la  vie.  »  (v.  323). 

Tout  irritée  qu'elle  fût,  l'amertume  de  son  cœur  s'adoucit,  et  elle  dit  dou- 
cement :  «  Sire  geai,  quel  est  celui  à  qui  je  coûte  si  cher,  et  quel  est  son  nom? 
«  —  Noble  dame,  vous  l'avez  bien  près  de  vous.  —  Comment  cela?  —  Vous 
«  l'avez  à  la  main.  —  Comment,  à  la  main  ?  Je  n'ai  rien  dans  la  main.  —  Mais 
«  si  ;  regardez  bien  les  lettres  gravées  sur  l'anneau  que  vous  avez  au  doigt, 
«   vous  saurez  le  nom.  »  (335). 

Elle  regarda  l'anneau  et  y  lut  :  «  Je  suis  à  Frère-de-joie  3,  »  qui  a  eu  grande 
renommée  par  le  monde  pour  sa  prouesse  à  la  guerre,  pour  son  enseignement 
et  sa  courtoisie.  ...  Au  temps  où  elle  vivait,  il  entendait  faire  son  éloge  de 
toutes  parts,  et  lui  aussi  était  renommé  par  tout  l'empire  de  Gint-Senay  plus 
qu'aucun  fils  de  roi   qui  fut  au  monde.  —  Dites-moi,  geai,  comment  est-il 


1636,  p.  625)  attribue  à  saint  Basile.  Il  se  rencontre  partout.  En  voici  quelques 
exemples  : 

Car  qui  no  fes  can  far  poiria 

Ja  no  fara  quan  far  volria. 

(Flamenca,  5243-4). 

Qui  no  fay  can  poyria,  —  Can  far  vol  se  fadia. 

(Leys  d'amors,  III,  278). 

Qu  no  fa  quan  pou  non  fa  pas  quand  vou. 

(La  Bugado,  p.  81). 
Qui  ne  feit  quant  il  puet 
Ne  feit  mie  quant  il  vuet. 

(Le  Roux  de  Lincy,  II,  398). 
The  fool  that  will  not  when  l".e  may, 

He  shall  not  when  lie  wold. 
(J.-H.  Dixon,  Ballads  of  the  Feasantry,  éd.  Robert  Bell,  p.  83). 

La  même  idée  se  retrouve  encore  dans  ces  vers  : 
Qui  temps  espéra  e  no  fai  quan  temps  ve 
Sel  temps  li  falh  ben  estai  e  cove. 

(G.  Azemar,  Non  pot  esser). 

1.  On  lit  dans  Girart  de  Roussillon  (p.   $8  de  ma  traduction)  :  «  Quiconque 
fausse  le  droit  est  un  traître  indigne,  et  la  cour  où  il  est  tombe  en  interdit.  » 

2.  Per  .j.  volpe)ll;  sur  le  renard,  symbole  delà  lâcheté  accompagnée  de  ruse 
et  de  mauvaise  foi,  voy.  ma  traduction  de  Girart  de  Roussillon,  p.  156,  note  4. 

3.  J'arrête  ici  l'inscription,  n'étant  pas  naturel  de  supposer  qu'il  y  ait  sur  un 
anneau  plusieurs  lignes  d'écriture. 


NOUVELLES   CATALANES    INÉDITES.  27  1 

»  arrivé  que  j'aie  été  morte,  et  comment  suis-je  revenue  à  la  vie  ?  Qui  t'a  en- 
«  voyé  ici  ?  Comment  Frère-de-joie  a-t-il  pénétré  ici  ?  Où  est-il  ?  Mon  père  et 
«  ma  mère  vivent-ils  encore?  Qui  m'a  placée  en  ce  lieu?  »  Le  geai  lui  répondit 
clairement  à  toutes  ces  questions.  Elle  dit  :  «  Sire  geai,  je  suis  prié  d'amour 
«  par  le  courtois  Frère-de-joie.  Où  le  verrai-je?  Où  est-il?  Je  te  prie  de  faire 
«  que  je  le  puisse  voir  au  plus  vite.  Frire-de-joie,  Sceur-de- plaisir,  jamais  noms 
«  ne  convinrent  si  bien.  Ami  !  puissé-je  être  avec  vous,  ou  vous  avec  moi  dans 
«  mes  bras!  Geai,  va  tout  de  suite,  je  t'en  prie,  lui  dire  que  je  n'aurai  joie 
«  sinon  quand  je  l'aurai  vu.  —  Dame,  je  vais  aller  auprès  de  votre  père...,  a 
«  Gint-Senay,  pour  lui  conter  la  nouvelle.  Puis,  quand  il  l'aura  ouïe,  je  lui 
«  dirai  qu'il  vous  donne  Frère-de-joie  pour  mari,  et  cela  fait,  personne  ne 
«  pourra  vous  blâmer  de  quoi  que  ce  soit.  —  Tu  as  bien  parlé,  mais  il  vau- 
«  drait  mieux  aller  trouver  mon  ami  d'abord,  car  le  désir  que  j'ai  est  si 
«  grand,  que,  si  je  ne  le  vois  pas  sur  le  champ,  je  mourrai.  Ne  veuilles  pas 
«  qu'à  peine  revenue  à  la  vie,  je  meure  de  nouveau,  car  l'amour  est  difficile  à 
1  souffrir.  I!  n'y  a  au  monde  douleur  comparable  à  celle  que  fait  éprouver 
«  l'amour,  quand  on  ne  voit  pas  celui  qu'on  aime  le  plus.  L'amour  tue  et  brûle 
«  et  fait  languir  et  peiner;  la  mort,  au  contraire,  ne  peut  faire  souffrir  ou  tuer 
«  qu'une  seule  fois  ;  c'est  un  moment  vite  passé.  Il  convient  donc  de  se  garder 
«  du  mal  le  plus  grand.  —  Dame,  »  dit  le  geai,  «  veuillez  prendre  un  peu 
«  patience.  »  Et  là-dessus  il  partit.  La  dame  le  suivit  des  yeux  tant  qu'elle 
put.  (v.  400). 

Sur  ces  entrefaites,  un  chevalier  qui  chassait  avec  un  épervier  mué  vint  à  pas- 
ser, et  prit  le  geai;  ce  fut  un  malheur.  On  lit  dans  la  sainte  Ecriture  qu'enchan- 
tement ni  rien  qu'on  puisse  faire  ne  peuvent  empêcher  qu'on  soit  frappé,  si  c'est 
la  volonté  de  Dieu  ;  contre  Dieu  il  n'est  point  de  défense.  La  dame  se  prit  aussitôt 
à  crier  :  «  Seigneur  Dieu,  si  brève  est  la  joie  de  ce  monde  !  Voilà  un  malheur 
«  cent  fois  plus  pénible  que  ma  mort  passée!  »  Elle  se  jette  à  terre  en  pous- 
sant de  grands  cris,  arrachant  et  rompant  ses  cheveux,   frappant  sa  poitrine, 
tordant  ses  mains,  criant  :  «  Ah  !   doux  ami,  vous  avez  perdu  l'oiseau  le  plus 
«  rare,  le  plus  précieux  qui  fût  au  monde,  pour  me  rendre  à  la  vie.  J'aimerais 
«  mieux,  certes,  être  morte  que  vive  »;  et  elle  vint  courant  à  la  porte,  et  si 
elle  ne  l'eût  trouvée  si  bien  fermée,  elle  se  serait  précipitée  de  la  tour,  et  n'eût 
été  le  grillage  [delà  fenêtre],  la  crainte  de  se  blesser  ne  l'eût  pas  empêchée  de  se 
tuer  pour  l'oiseau.  Mais  Dieu  ne  le  permit  pas.   Cependant  le  chevalier,  sans 
tarder,  envoya  le  geai,  aussitôt  pris,  à  une  noble  dame  qu'on  louait  pour  sa 
beauté.  Elle  était  riche  en  tours  et  en  palais  et  avait  grande  terre  à  gouverner. 
Son  nom  était  «  Amour-me-paît  ».  Le  chevalier  l'aimait  et  elle  lui.  Ce  chevalier 
avait  nom  «  Amour-me-guide  »,  il  était  vaillant  en  armes  et  renommé  pour  sa 
courtoisie.  Tandis  que  la  dame  tenait  le  geai,  celui-ci  lui  dit  gracieusement  : 
«  Noble  dame  au  doux  sourire,   pourvue  de  tous  les  charmes,  je  vous  prie 
«  humblement  de  me  dire  si  vous  avez  jamais  aimé.  —  Geai,  oui,  certaine- 
«  ment,  je  le  suis,  et  ceux-là  seuls  me  plaisent  qui  aiment.  —  Alors,  Madame, 
«  voudriez-vous  retenir  un  messager  d'amour?  —  Geai,  un  usage  aussi  vil  que 
«  de  tenir  prisonnier  un  messager  d'amour  n'a  pas  cours  parmi  nous.   Bien 
«  loin  de  là,  je  le  délivrerais  plutôt,  si  je  le  savais  en  prison,  ou  du  moins  j'y 


272  P.    MEYER. 

«  ferais  mon  possible.  —  Madame,  sachez  donc  en  vérité  que  je  suis  envoyé 
«  au  plus  vaillant,  au  meilleur  qu'ait  jamais  aimé  dame  ni  damoiselle,  par  la 
«  plus  belle  personne  dont  on  ait  jamais  ouï  parler.  Et  c'est  pourquoi,  je  vous 
«  en  prie,  laissez-moi  aller,  par  la  foi  que  vous  devez  au  dieu  d'amour  »  (v.  463). 

La  dame,  qui  avait  éprouvé  les  peines  d'amour,  laissa  aussitôt  partir  le  geai, 
qui  s'envola  vers  Gint-Senay,  en  la  cité,  où  il  y  avait  maint  roi,  maint  homme 
honoré,  maint  comte  et  baron.  Il  vint  en  toute  hâte  là  où  l'empereur  était  assis 
avec  l'impératrice,  qui  parlait  d'aller  voir  leur  fille.  Il  se  posa  sur  une  branche 
d'un  pin  sous  lequel  tous  deux  se  tenaient,  sans  autre  compagnie,  ne  parlant 
jamais,  soir  ni  matin,  d'un  autre  sujet.  Le  geai  leur  dit  en  simple  langage  : 
«  Empereur  de  Gint-Senay,  écoutez  une  grande  merveille  :  votre  fille  vous 
«  mande  maints  saluts,  à  vous  et  à  l'impératrice.  Croyez  bien  qu'elle  n'a  aucun 
«  mal  et  que  vous  la  trouverez  vivante  et  bien  portante.  Jamais  on  n'a  ouï  dire 
«  d'une  chrétienne  ni  de  personne  autre  qu'elle  soit  revenue  à  la  vie,  mais 
«  Dieu  a  fait  ce  miracle  pour  vous  honorer,  et  après  lui,  moi  qui  pour  cela  ai 
«  eu  plus  de  mal  qu'on  n'en  souffrit  jamais.  »  Et  il  lui  conta  l'affaire,  com- 
ment Frère-de-joie  se  rendit  à  Rome,  pénétra  dans  la  tour,  et  aima  la  damoi- 
selle ;  comment,  pour  la  posséder,  il  lui  donna  un  anneau  et  lui  prit  le  sien; 
comment,  pour  avoir  son  amour,  il  donna  le  royaume  de  Floriande,  comment 
lui,  qui  parlait,  allait  aussitôt  se  rendre  auprès  de  Frère-de-joie,  et  le  ferait 
venir  pour  le  mariage,  en  grand  honneur  et  avec  une  suite  nombreuse,  comme 
il  convient  à  un  fils  de  roi  (v.  505). 

L'empereur  conta  aussitôt  la  nouvelle  aux  siens,  et  ratifia  tous  les  faits 
accomplis.  Le  courtois  geai  cependant  se  rendit  en  hâte  à  la  tour  où  il  trouva 
la  dame  assise  à  terre  et  tout  en  larmes.  Le  geai  lui  dit  :  «  Noble  dame  au 
corps  gracieux,  levez-vous,  me  voici.  »  Et  la  damoiselle,  en  le  voyant,  se 
sentit  si  émue  de  joie,  qu'elle  ne  pouvait  parier.  Elle  s'assit  sur  un  siège 
d'or,  et  l'oiseau  lui  conta  comment  il  avait  été  pris,  puis  délivré,  comment  il 
avait  parlé  à  l'empereur  et  obtenu  son  assentiment.  Maintenant  il  allait  retrouver 
son  seigneur  Frère-de-joie,  qui  languissait  d'amour.  Elle  lui  répondit  qu'elle 
l'attendrait  les  yeux  dirigés  sur  la  route.  —  Madame  »,  reprit  le  geai,  «  je 
«  vais  revenir  auprès  de  mon  seigneur,  mais  tout  d'abord,  en  votre  honneur, 
«  je  ferai  un  château  riche  et  grand  où  séjourneront  avec  l'enfant  mille  belles 
«  dames,  mille  damoiseaux,  mille  demoiselles,  mille  clercs,  mille  courtois  jon- 
«  gleurs  et  mille  chasseurs,  l'oiseau  sur  le  poing.  »  Le  château  fut  fait,  avec  ses 
tours,  ses  chambres,  ses  palais,  de  telle  sorte  que  jamais  on  ne  vit  si  beau.  On 
n'y  venait  pas  pour  acheter  ni  pour  vendre,  mais  tout  ce  qu'on  demandait,  on 
l'obtenait  aussitôt,  et  le  pont  était  fait  de  telle  manière  qu'on  pouvait  entrer 
facilement.  L'enfant,  quand  il  fut  dans  !e  château,  eut  l'apparence  d'un  enfant 
de  cinq  ans.  Le  geai  dit  qu'il  le  ferait  baptiser  avant  de  partir,  et,  en  qualité 
de  parrain,  il  lui  donna  le  château.  Quant  au  nom,  il  fut  d'avis  qu'il*  devait 
être  composé  de  ceux  du  père  et  de  la  mère  :  de  Frère-de-joie  et  de  Sœur-de- 
plaisir,  on  fit  Joic-de- plaisir,  à  la  grande  satisfaction  de  la  dame,  car  tous 
ceux  du  château  l'aimèrent  comme  leur  seigneur.  La  dame,  ainsi  comblée  de 
joie,  resta  dans  la  tour.  Cependant  le  geai  retourna  en  toute  hâte  auprès  de 
son  seigneur.   L'empereur  et  l'impératrice  se  rendirent  à  la  tour,   sans   rien 


NOUVELLES   CATALANES    INÉDITES  273 

dire  à  personne  de  leur  conseil,  jusqu'à  ce  qu'ils  sussent  l'état  de  leur  fille  qu'ils 
n'espéraient  plus  voir  vivante,  malgré  tout  ce  que  le  geai  leur  avait  dit.  Ils 
entrèrent  donc  dans  la  tour  et  y  trouvèrent  leur  fille  vivante,  bien  portante  et 
riant.  Jamais  personne  ne  fit  éclater  une  joie  comparable  à  la  leur.  Ils  deman- 
dèrent ensuite  l'enfant.  Elle  leur  montra  le  château  et  l'enfant,  à  qui  on  faisait 
de  grands  honneurs.  Ils  regardèrent  tout  à  l'entour  et  virent  la  plus  grande 
richesse  que  jamais  empereur  ait  eue.  S'étant  livrés  longtemps  à  leur,  joie,  ils 
retournèrent  à  la  ville. 

La  nouvelle  dont  on  vient  de  lire  la  traduction  étant  incomplète  dans 
le  ms.  qui  nous  l'a  conservée,  on  ne  sera  pas  surpris  que  le  nom  de 
l'auteur  nous  manque.  Si  l'écrivain  s'est  nommé,  il  a  dû  le  faire  dans 
les  derniers  vers  qui  n'ont  pas  été  transcrits.  Toute  indication  chronolo- 
gique tant  soit  peu  précise  fait  également  défaut.  C'est  en  me  fondant 
sur  les  caractères  de  la  langue  et  sur  la  forme  du  récit  que  je  suis  porté 
à  placer  la  composition  de  ce  petit  poème  au  xive  siècle.  Tout  est  con- 
vention dans  la  nouvelle  de  Frère-de-Joie  et  de  Sœur-de-Plaisir.  Les 
personnages  n'ont  aucun  caractère  défini,  le  monde  dans  lequel  ils 
vivent  est  celui  de  la  féerie.  Rien  de  ce  qui  s'y  passe  ne  cherche  à  être 
vraisemblable.  Le  geai  qui  dirige  toute  l'action  est  une  sorte  de  magi- 
cien, qui  peut-être  reprenait,  au  dénouement,  forme  humaine,  et  qui, 
ayant  la  puissance  de  créer  un  château  peuplé  de  nombreux  habitants, 
ne  sait  pas  se  défendre  d'un  faucon  qui  l'attrape  au  vol  comme  le  plus 
vulgaire  des  volatiles.  Tout  y  est  soustrait  aux  conditions  ordinaires  de 
la  vie.  L'auteur  s'est  engagé  à  fond  dans  une  voie  malheureuse  où 
étaient  déjà  entrés  avant  lui  certains  conteurs  du  midi  de  la  France.  Ar- 
naut  de  Carcasses  par  exemple,  l'auteur  de  la  nouvelle  du  perroquet.  Il 
était  réservé  à  Boccace  de  replacer  le  genre  de  la  nouvelle  sur  le  terrain 
solide  de  la  vie  réelle. 

La  belle  Sœur-de-Plaisir,  puisqu'il  a  plu  à  l'auteur  de  nommer  ainsi 
son  héroïne,  frappée  subitement  de  catalepsie,  et  se  trouvant  à  son  ré- 
veil mère  d'un  enfant  qui  lui  est  venu  sans  qu'elle  s'en  soit  aperçue,  fait 
penser  à  la  Belle  au  bois  dormant  ou  au  conte  allemand  des  Dornrœschen. 
Valentin  Schmidt  a  déjà  fait  remarquer  le  rapport  que  ces  deux  formes 
d'un  même  conte  offre  avec  un  épisode  du  vaste  roman  de  Perceforest1. 
Le  rapport  entre  notre  nouvelle  et  Perceforest  est  plus  marqué  encore, 
à  ce  point  que  si  j'étais  sûr  que  Perceforest  fût  antérieur  à  la  nouvelle 
catalane2,  je  n'hésiterais  pas  à  croire  que  l'auteur  de  cette  dernière  s'est 


1.  Jahrbucchcr  d.  Literatur,  XXIX,  109  (Wien,  1825). 

2.  Je  ne  connais  pas  de  ms.  de  Percelorest  antérieur  au  xve  siècle.  La  date 
1286,  qui  est  donnée  au  commencement  (voy.  le  passage  dans  Graesse,  DU 
Grossen  Sagenkreise  d.  Mittelaltcrs,  p.  231),  ne  m'inspire  pas  une  entière 
confiance. 

Romania,  XIII.  18 


274  P-     MF.YER 

inspiré  du  roman  français.  Mais,  à  tout  le  moins,  il  doit  y  avoir  une 
source  commune. 

Voici,  très  sommairement  analysé,   ce  qu'on  lit  dans  Perceforest  ' 
il.  III,  ch.  xlvj;  xlvij,  lv.i. 

Zelandine,  fille  du  roi  Zeland,  tomba  un  jour  en  syncope  sans  cause 
apparente2.  Le  roi  son  père,  désespérant  de  la  faire  sortir  de  cet  état, 
la  fit  porter,  sur  le  conseil  des  médecins,  à  l'étage  supérieur  d'une  tour 
où  lui  seul  et  une  vieille  dame  pouvaient  entrer.  Il  y  avait  en  ce  temps 
à  la  cour  du  roi  Zeland  un  chevalier,  nommé  Troylus,  qui,  à  la  suite  de 
circonstances  qu'il  serait  trop  long  de  conter,  avait  perdu  la  raison.  Ce 
Troylus  était  amoureux  de  la  demoiselle.  Un  jour  qu'il  s'était  endormi 
dans  un  temple,  la  déesse  d'amour  lui  apparut  et  lui  toucha  les  yeux  de 
son  doigt  mouillé.  Troylus  sentit  alors  lui  revenir  la  raison  et  la  mémoire. 
Il  apprit  du  portier  du  temple  que  la  maladie  de  la  belle  Zelandine  était 
vraisemblablement  un  effet  de  la  colère  des  trois  déesses  Lucina,  Vénus 
et  Sarra,  qui  n'avaient  pas  été  bien  accueillies  lors  de  la  naissance  de  la 
jeune  fille  ;  il  apprit  aussi  où  elle  était  enfermée.  Il  se  mit  donc  en  route, 
et  arriva,  non  sans  des  aventures  que  j'omets,  au  château  Jume!,où  Ze- 
landine était  endormie.  Chemin  faisant  il  s'était  arrêté  dans  le  temple  des 
trois  déesses  et  leur  avait  adressé  ses  prières,  non  sans  profit, 
semble-t-il,  car  parvenu  au  pied  du  château,  il  se  serait  trouvé  bien  en 
peine  de  pénétrer  jusqu'à  Zelandine,  sans  un  secours  surnaturel  qui  lui 
arriva  fort  à  propos.  C'est  Zéphyr  qui,  se  présentant  à  lui  sous  la  forme 
d'un  jeune  homme,  se  charge  de  le  porter  jusqu'à  la  fenêtre  de  la 
chambre  où  reposait  la  jeune  fille.  Troylus,  émerveillé  de  la  beauté  de 
Zelandine,  lui  adresse  des  prières  que  naturellement  elle  n'entend  pas  ; 
enfin,  encouragé  par  les  conseils  de  Vénus,  il  s'enhardit,  et  «  ne  se  peut 
tenir  qu'il  n'en  prenist  à  son  vouloir  et  tant  que  la  belle  Zelandine  en 
perdit  par  droit  le  nom  de  pucelle  5  ».  Zéphir  le  met  ensuite  hors  de  la 
tour  par  le  même  chemin.  Le  père  et  la  mère,  étant  survenus,  se  rendent 
bien  compte  de  ce  qui  est  arrivé,  mais  ils  se  rassurent  en  pensant  qu'un 
dieu  seul  a  pu  pénétrer  jusqu'auprès  de  leur  fille.  La  suite  de  l'épisode, 
après  beaucoup  d'événements  qui  ne  s'y  rapportent  point,  se  trouve  au 


i .  Je  me  sers  de  l'édition  de  1531. 

2.  «  Si  advint  ce  mesme  jour  que  elle  osta  des  mains  de  l'une  des  damoi- 
selles  une  quenoille  garnye  de  lin  et  se  print  a  filler  ;  mais  elle  n'eut  point  par- 
faict  le  premier  fil  quant,  par  destresse  de  sommeil  elle  se  coucha  en  telle 
manière  que  oncques  puis  ne  se  esveilla  ne  beut  ne  mangea;  et  si  n'empire  point 
de  chair  ne  de  couleur,  dont  chascun  s'esrnerveille  comment  elle  peult  vivre  en 
telle  manière.  Mais  on  dit  que  la  déesse  Venus  qu'elle  a  servy  tous  les  jours  la 
soustient  en  bonne  santé.  »  (L.  III,  ch.  xlvj,  fol.  cxxvij  c). 

3.  Ch.  xlviii,  fol.  cxxxij  c. 


NOUVELLES    GATAI  ANES    INEDITES 


275 


ch.  lv,  intitulé  :  «  Comment  la  belle  Zellandine  enfanta  l'enfant  dont 
«  Troylus  l'avoit  laissée  enseincte  ;  comment  elle  s'esveilla  de  son  som- 
«  meil,  et  des  merveilles  qui  luy  advindrent.  »  Dans  la  nouvelle  cata- 
lane, nous  voyons  la  belle  endormie  se  réveiller  lorsqu'on  lui  a  posé  sur 
la  main  une  certaine  herbe  :  Perceforest  se  rapproche  davantage,  en  ce 
point,  des  Dornrœschcn.  Lorsque  la  jeune  femme  a  enfanté,  le  petit 
nouveau-né  se  met  à  lui  sucer  le  doigt,  faute  de  mieux,  et  il  le  lui  suce 
si  fort  qu'il  en  tousse;  sur  quoi  elle  s'éveill  \ 

Je  ne  suis  pas  assez  versé  dans  la  connaissance  des  lieux  communs  ro- 
manesques pour  pousser  plus  loin  les  rapprochements  auxquels  pourrait 
donner  lieu  la  nouvelle  catalane.  Mais  il  est  déjà  évident  que  l'auteur  a 
eu  plus  de  mémoire  que  d'imagination.  Il  est  du  reste  naturel  de  le  sup- 
poser familier  avec  la  littérature  romanesque  de  son  temps.  On  a  vu  que 
le  jeune  Frère-de-Joie  avait  été  à  Rome  prendre  des  leçons  de  Virgile, 
afin  de  pénétrer  dans  la  tour  enchantée  où  reposait  sa  bien-aimée.  C'est 
un  témoignage  de  plus  à  joindre  à  ceux  que  M.  Comparetti  a  réunis  sur 
la  renommée  de  Virgile  magicien,  dans  son  beau  livre  sur  Virgile  au 
moyen  âge. 


Sitôt  frances  sa  bel  lengaîge     f.  1 
Nom  pac  en  re  de  son  linatge, 
Car  son  erguylos  ses  merce, 
Ez  erguyll  ab  mi  nos  cove,  4 

Car  entrels  francs  humils  ay  après  ; 
Per  qu'eu  no  vull  parlai"  frances; 
Car  una  dona  ab  cors  gen 
M'a  fayt  de  prêts  un  mandamen  8 
Q'una  faula  tôt  prim  li  rirn, 
Sens  cara  rima  e  mot  prim, 
Car  pus  leus,  se  dits,  n'es  apresa 
Per  mans  plasers  ab  franquesa,  1  2 
Per  mans  ensenyats  e  cortes. 
Don  faray  sos  mans,  que  obs  m'es, 
E  diray  [0]  tôt  an  axi 
Con  la  dona  ha  dit  a  mi,  16 

Que  mays  ni  menys  non  pensaray. 


L'emperayre  de  Gint  Senay 
Fo  preus  e  cortes  e  valents, 
Amat  e  temut  per  ses  gents,       20 
Es  hac  una  fiylla  molt  beyla, 
Ffranca  [e]  plazent  e  noveyla, 
Amorosa  e  de  bel  tayll.  b 

E  car  mort  vay  [e]  say  e  lay,     24 
Soven  trop  mays  c'obs  no  séria, 
La  puncela  mori   j.  dia 
Sobra  la  taula  on  menjava 
Mentre  quels  juglars  scoltava      28 
Els  menjars  eren  plus  plasents, 
Per  quel  reprover  dits  sovents  : 
Apres  grang  gauig  ve  grans  dolors 
E  gauig  après  de  grans  tristors.  52 
Aco  es  lo  mal  el  be  covinables  ?  , 
Qu'en  est  mon  non  ha  bes  durables. 


1.  Sa,  corr.  a?  — ■  $  Suppr.  francs,  ou  corr.  Qu'e.  • —  1  1  n'es,  corr.  11'er  ?  — 
12  Vers  trop  court  et  plasers  ne  don:. e  pas  de  sens  :  corr.  plasenters  ?  —  18  Gint 
Senay  n'a  aucun  sens  et  les  noms  propres  sont  significatifs  dans  ce  poème.  Peut-être 
aurais-je  dû  lire  Gint  se  vay?  —  28  scoltava,  lis.  escoltava.  Ici  et  ailleurs,  dans 
les  mots  qui  commencent  par  s  suivie  d'une  consonne,  il  faut  suppléer  un  e  initial. 


270 


P.     MEYER 


Segon  que  Deus  ha  stablit. 
Apres  le  plor  el  dol  el  crit  36 

Qui  fo  [tan]  gran  per  lo  pahis, 
Que  strany,  privât  e  vezis 
Ausia  hom  planyer  e  plorar, 
Per  la  puncela  sospirar,  40 

Vengren  abats  e  archevesques, 
Prélats,  canonges  e  avesques 
Per  la  donsela  a  soterrar, 
Qu'evien  fayta  ja  banyar  44 

L'emperayre  e  l'emperayrits,  c 
Per  quel  cors  may  no  fos  poyrits, 
Ab  balsem  e  ab  mirra  molt  gen 
Etz  ab  moût  d'autre  bon  enguen  48 
Con  l's  sors  a  Deu  porteron. 
Cant  plorans  lo  vas  serqueron 
Plens  de  cossir  ab  mal  trayre; 
Mas  denant  tuyt  dix  l'emperayre  $  2 
Que  ja  sa  fiyla  no  séria 
Soterrada,  car  nos  tenya 
Tan  bel  cors  sots  terra  fos  mes; 
Que  no  paria  ver  per  res  56 

Que  fos  morta  tan  soptament, 
Car  hom  trobava  en  ligent 
Que  mantes  s'eren  fentes  mortes 
Que  pueys  eren  de  mort  stortes, 
E  d'altres  de  lur  seny  axides      61 
Qui  puys  eren  vives  garides, 
Gentils,  de  beyll  acoyliment. 
E  feu  la  portar  beylament  64 

En  un  loc  defors  la  ciutat 
On  hac  .j.  verger  en  .j.  prat.        </ 
Al  mig  fo  fayta  una  tor 
Pinxa  d'aur  ab  manta  color.       68 


[E]  entorn  del  verger  corria 
Un'  ayga  tal  c'om  no  i  podia 
Passar  mar  per  .j.  pont  de  veyre. 
Prim,cert,era  ;  podetsm'encreyre, 
Car  fayt  fo  ab  encantement,       73 
Que  sters  lo  payre  solament 
E  la  mayre  [hom]  no  y  passava. 
La  mayre  el  payra  la  anava        76 
Un  jorn  [en]  cascuna  setmana 
Veer  lur  fiyla  con  si  fos  sana. 
Lur  fiyla  era  fresca  ab  clar  vis, 
Coma  rosa  ni  flors  de  lis.  80 

Lay  avia  [molt]  d'altres  flors 
E  abes  ab  bones  odors, 
Car  la  obra  era  plazent  ; 
El  vis  de  la  morta  tan  gent,       84 
El  lit  tan  bel  en  que  jasia, 
E  la  garlanda,  que  ténia 
El  cap,  tan  rica  e  tan  cara,      /.  2 
E  la  boca  fresca  e  clara,  88 

E  les  dents  e  les  mans  tan  blanques, 
E[los]xants  d'auceylhs  perlesbran- 
Tantdols,tantboperscoltar,  [ques 
Tostemps  volgr'om  layns  star,  92 
Oblidant  cant  [que]  vist  agues. 
E  tôt  entorn  del loch  après, 
Très  lègues,  aquells  qu'en  passaven, 
E  y  venien  e  y  gardaven  96 

L'ayga  el  prat  el  pont  e  la  tor, 
N'avien  al  cor  tan  gran  dolsor 
Qu'en  perdien  tôt  lur  viatye, 
E  dizien  que  dins  l'estatye        100 
Era  paradis,  pus  que  defors 
Avia  tais  dolsors  de  cors, 


45  Ms.  Mas  l'e.  —  47  Suppr.  e.  —  49  Je  n'entends  pas  c:  vers;  a  Deu  est  écrit 
adu.  —  $ 1  II  faut  seins  doute  lire  Pleners.  —  70  no  i,  ms.  i  no.  —82  abes,  pour 
arbres.  —  88  fresca  e,  ms.  fresqe,  avec  un  signe  d'abréviation  sur  le  q.  —  99- 
100  Il  y  a  bien  viatye,  estatye,  avec  y,  formes  en  soi  admissibles,  mais  il  tant 
remarquer  que  dans  ce  ms  le  g  est  parfois  fait  comme  un  y,  ainsi  fol.  57  b  //  y  a 
gran  écrit  littéralement  yran.  —  ioi  detf  lors. 


NOUVELLES    CATALANES    INEDITES 


27: 


E  tant  plasent  vis  de  gardar; 
Que  say  e  lay,  per  terra,  per  mar, 
Ausien  comptar  les  noveyles,    105 
Cavaylers,  dones  e  donseyles 
Qui  anaven  lo  loch  veser 
Don  avien  trop  gran  plaser.  b 

Nul  temps  no  s'en  volgr'om  lunyar  ; 
Mas  non  ausaven  demandar 
A  nagun  [hom]  d'aycel  pahis,  1  1  1 
Ffrayres,  oncles,  neps  ne  cosis, 
De  la  morta,  car  dol  n'avien 
Mantinent  que  parlar  n'ausien, 
Que  tôt  hom  era  près  0  mort, 
E  nols  plasia  desconort  i  16 

Dar  a  nagun  per  la  demanda. 
Lo  fill  del  rey  de  Florianda 
Ausi  parlar  de  la  donseyla, 
Con  vivent  era,  fresqu'e  beyla,  1  20 
E  morta  pus  beyla  .c.  tans; 
E  com  era  l'emperi  grans 
El  loch  ab  encantament  fayt  :    123 
Non  fou  semblant  de  nagun  playt, 
Mas  justet  d'aur  una  gran  soma 
E  anet  s'en  tôt  sol  en  Roma 
A  Virgi!i  que  ladoncs  vivia, 
Ez  ac  so[n]  acort  que  apendria  1 28 
D'encantaments,  e  que  passes 
Lo  pont  e  qu'en  la  tor  entres 
Gardar  la  donseyl'  ab  plaser         c 
Que  desigave  mays  vaser  1 3  2 

Que  l'emperi  de  Gint  Senay, 
Per  quel  libre  de  mors  retray 
Que  per  veser  crexen  dolsors, 
E  entren  pels  uylls  dins  lo  cors.  1 36 


Tant  servit  e  tant  donet  d'or 
A  Yirgili  son  mostrador, 
Que  Virgili  li  ensenyet 
Tant  que  en  un  jorn  [s'en]  entret 
Lay  on  la  donseyla  jasia,  141 

On,  segons  quel  libre  dizia 
Avia  de  les  jornades  .c. 
Lo  pont  passet  asaut  e  gent,     144 
E  puyet  s'en  ait  en  la  tor, 
E  cant  viu  la  fresque  color 
E  la  beutat  de  la  donseyla       14  7 
Dix  :  «  Ane  ulls  non  viren  tan  beyla, 
"  Nen  poch  anc  natura  ges  far, 
0  Ni  boca  dir  ni  cor  pensar. 
«  No  es  morta  ges,  ans  es  viva, 
«  Car  persona  morta  es  squiva.    d 
E  aquesta  fa  bons  saubers      1 5  3 
«  Al  cor  [e]  als  uyls  grans  plasers. 
«  Nos  pogra  far  si  morta  fos; 

Que  jam  mostr'ab  sos  uylls  abdos 
»  Per  semblant  c'ab  mevuyla  par- 
E  anech  m'el  lit  acostar.       [lar.  » 
E  humilment  me  jonoylet 
Sobr'  un  siti  d'or  que  y  trobet  160 
On  la  mayra  el  payra  sesien 
Cant  lay  veser  la  venien 
Sa  plasent  dolsa  gardadura  : 
«  Ay!  gentil  plasent  creatura,   164 
«  La  plus  bêla  re  qe  anc  vis, 
«  Axi  con  me  mostrats  al  ris, 
«  Amor,  em  fayts  als  ulls  semblant, 
«  Amessets  me,  e  no  ges  tant   168 
«  Con  eu  a  vos  :  trop  ne  diria, 
«  E  croy  raysso  e  dret  séria 


104  On  pourrait  proposer  e  au  lieu  du  second  per.  —  1 1 5  Le  sens  parait  être 
que  tout  homme  qui  faisait  une  questio:  au  sujet  de  la  morte  était  aussitôt  jeté  en 
prison  ou  mis  à  mort,  mais  les  deux  vers  suivants  ne  semblent  pas  s'accommoder 
de  cette  interprétation.  —  122  l'emperi  n'a  guère  de  sens  ici.  —  127  Corr.  qu'a- 
doncs.  —  '34  de  mors  doit  être  entendu  d'amors;  —  158  Corr.  s'el,  et  au  vers 
suivant  se,  au  lieu  de  me.  Le  copiste  a  cru  que  le  discours  continuait.  —  170  croy, 
qui  n'est  pas  très  satisfaisant,  n'est  pas  d'une  lecture  assurée. 


2~S  P.    MEYEK 

«  Que  mils  destrenyes  amor, 

«  Tant  con  mi,  vos  qui  sots  la  flor 

«  De  beutat  e  de  cortezia.        173 


E  d'enseyament  que  franquea  /.  3 
D'armes  trop  mays  que  ardiment. 
E  Frayre  de  joy  lo  valent,        176 
Dese  quel  gay  ac  reebut, 
Li  dix  :  «  Digues  me,  gay,  si  Deus 
«  Sapries  me  cosseyll  donar  [t'ajut, 
«  D'un  fayt  lo  pus  rich  el  pus  car 
«  Corn  anc  nul  temps  pogues 

[creyre  ?  » 
El  gay  li  dix  :  «  Senyer,  tant  dire 
«  Me  saubrets,  vos  r*  —  Farai  breu- 
[ment.  » 
Tôt  lo  fayt  li  feu  entendent       1 84 
Si  con  avets  ausit  denant. 
L'erba  be  ung  any  anet  sercan 
Ans  que  l'agues,  per  mans  repayres. 
Aycel  jorn  que  viu  l'emperayres 
Hi  entret  dins  la  tor  de  pla,      189 
Mes  li  l'erba  sus  en  la  ma 
A  la  donsela  quis  dresset 
Scbrel  lit,  es  mereveylet,  192 

Del  lit,  del  loc  e  del  infant, 
E  viu  se  star  lo  gay  denant 
En  un  [a]  pertxa  non  trop  alta.      b 
E  dix  li  :  «  Gentil  dona  azalta,  196 
«  Ffranca,  cortesa,  avinenl, 
«  Plena  de  tôt  bon  ensenyament, 
<<  Saludeus  molt  ceyla  de  qui  etz 
[amada, 


«  Amorosa  e  gint  formada,       200 
«  Mils  que  dona  ques  anc  fos.  » 
E  [en]  après,  tôt  en  struys, 
Li  ha  trestot  lo  fayt  comptât, 
Tôt  an  axi  com  es  stat  :  204 

E  pregueus  que  nous  sia  greu 
C'era  se  pleni  de  vos  aytan,  207 
Car  ell  per  vos  ha  mal  traytgran 
Cent  tants  que  d'amor  te  en  co- 
[manda, 
Qu'el  mon  no  ha  pauca  ni  granda 
Terra  qu'el  no  aia  sercada; 
E  per  vos  la  mar  n'a  passada  21  2 
Mas  de  très  vêts  per  tôt  lo  mon, 
E  metges  e  savis  que  y  son 
Ha  demandats  per  vostra  mal. 
-  Ja  no  diray  que  Deus  vos  saul 
Vos  ni  luy,  n'auzell,  per   ma  fe, 
Per  so  car  anc  gauset  de  me     c 
Re  pendre  ses  lo  meu  voler  : 
Mas,  sil  mal  sofris  ab  plaser  220 
Quel  joy  d'amors  li  dones 
E  mon  causiment  atendes, 
Axil  tengre  eu  per  gentil, 
Qu'el  mon  no  ha  dompne  tan  vil 
Com  dege  pendra  ni  tocar    225 
Re  del  seu  sens  luy  demandar; 
C'aytal  fayt  forsat  no  so  bo, 
Ne  tant  no  saubrets  derayso,  228 
En  gay,  qu'eu  per  dret  nous  gany 
D'oma  (?)  qu'un  anelet  d'estany 
Donat  per  amor  no  vayla  mays 
Que  d'aur  emblats  ab  fis  bolaxs- 


171  mils  (ou  nuls)  n'offre  aucun  sens;  corr.  nul  temps? —  178  Suppr.  me  gay? 
—  181  creyre  ne  convient  pas  à  la  rime,  et  d'ailleurs  le  vers  est  trop  court;  corr. 
—  186  Suppr.  be.  —  188  que  viu  n'offre  pas  de  sens;  corr.  qu'en  venc 
ou  qu'i  venc? —  198  Suppr.  tôt.  —  tyySuppr.  molt  et  corr.  ceyl. —  201  Vers 
trop  court;  corr.  ancjasj?  —  202  Corr.  en  estros.  —  205  //  manque  proba- 
blement plus  d'un  vers.  —  207  C'era  est  d'une  lecture  douteuse.  —  227  no  so,  ms. 
nos.  —  229  gany,  corr.  gazany  ?  —  23;  Donat,  con.  Dat. 


NOUVELLES    CATALANES    INÉDITES 


279 


«  Entrels  levais  anamorats        233 
«  Nagus  dons  no  es  comparats 
«  Ab  ceyll  d'amor,  ca  dons  c'om 

[dona 
a  Sens  deman  ha  valor  mays  bona 
«  Que  ceyll  ques  dona  perquerer; 
«  Mas  don  d'amor  no  fay  plaser 
«  Ne  val,  pus  sens  deman  se  do. 
u  Ane  valents  ne  cortes  no  fo       d 
«  Qui  dona  toca  sens  deman  ;  241 
«  Ne  dona  valent  ne  presant 
«  No  fo  ques  lexasde  mans  tocar; 
«  Ne  hom  de  amor  ses  sperar  244 
«  No  pot  vivre  entrels  fins  aymans. 
«  Be  mal  me  sperara  .vij    ans 
«  Que  sol  .j.  jorn  sperar  nom  vole 
«  E  mon  car  puncelatgem  tolc; 

_  [248 
«  Que  res  non  val  emblats  ni  toits, 
«  Ne  forsats  ne  venduts  per  solts, 
«  Mas  per  drets  d'amor  oltrejats. 
—  Dopne  covinents,  no  vullats, 
«  Sius  play,  vostre  dret  [tan]  me- 

[nar, 
«  C'a  tort  lo  poriets  blasmar; 
«  Car  la  voste  alta  senyoria 
«  Es  tant  alta  que  dret  séria     256 
«  C'om  ne  moris  per  vostr'  acort. 
«  Mas  pus  Deus  perdonetsa  mort, 
«  E  hom  perdon'  al  anamich, 
«  Be  devets  vos  a  vostr'  amich  260 
«  Perdonar,  qu'en  res  nous  es  fais, 
«  Ans  vos  es  [e]  fins  e  leyals  /.  4 
«  Plus  que  nul  aymant  a  s'aymia. 
«  Ja  ben  es  la  gensor  que  sia    264 
«  E  la  pus  alta  de  linatge  : 
«  Be  devets  vos  son  fi  coratge 


«  Pendra  per  la  vostra  ricor 
«  E  la  franquea  per  l'onor,       268 
«  E  l'ardiment  per  la  noblea. 
«  Pero  si  agues  tal  causa  presa 
«  De  vos  ques  pogues  smendar 
«  Ne  rendra,  nous  fera  clamar272 
«  Meice,  ans  faral  vostra  man. 
«  Car  dien  que  près  sens  deman 
«  De  vos  so  que  pus  desiiava, 
«  Merce,  mans  juntes,  [vos]  cla- 
[mava, 

«  Plorant,  sospirant  e  disent  : 
«  Ay  gentil,  plazent  creatura, 
«  Pus  bêla  que  anc  formes  natura 
«  Flor  de  jovent  on  joy  reviu,  281 
«  Ja  avets  lo  cor  tan  squiu 
0  Que  nous  en  preses  piatat.  » 
«  E  vos  qu'ab  ris  de  joy  trempât 
«  Ez  als  beylls  uylls  azaut  gardant 
«  Li  faziets  d'amor  semblan         [b 
«  Per  que  fo  del  joy  prendra 

[prests  ; 
«  E  no  es  nul  hom  tan  pauc  trets 
«  Que  no  fes[es]  tôt  atretal.     289 
«  Le  savis  dits  :  En  corts  reyal 
«  Qui  so  que  désira  no  pren     291 
«  Cant  pot,  après  pauc  s'en  repen, 
«  E  no  y  pot  tota  hora  tornar  : 
«  Sofeitsvos,  queus  veyem,  preyar 
«  Sol  aytant  qu'el,  vostra  plaser, 
«  Vos  pusc'  ab  joy  viva  veser,  296 
0  Pus  mort'  ab  gran  trabayll  vosvi. 

—  Ja  no  veuray  ell  ni  ell  mi, 

«  Abmongrat,n'auseyll,per  mafe. 

—  Si  farets.  —  No  fare  per  re.  300 

—  Si  farets.  —  E  qui  m'en  forsara  ? 


23$  ca  est  pour  que.  —  243  Vers  trop  long;  suppr.  no?  —  274  dien  ou 
dren  ?  je  ne  suis  pas  sûr  de  la  lecture.  Il  faudrait  disets  (diseu  ?)  «  vous  dites.  » 
—  279  C'est  la  répétition  du  vers  164.  —  282  Ja,  corr.  Non. —  301  Suppr.  E. 


P.     MEYER 


—  Amor  qui  mays  de  poder  ha 

«  Ab  los  valents  que  Malvolensa. 
«  Siben  avets  prêts  e  valensa    304 
«  E  tôt  quant  a  pros  domna  tany 
«  Ja,  si  merce  de  vos  sofrany, 
«  No  serets  del  tôt  acabada. 
«  E  sabets  que  per  una  errada  308 
c  Son  mantes  dones  confondudes, 
«  E  mantes  bones  corts  perdudes 
«  Per  un  vil  ab  .j.  fais  conseyll  ; 
«  E  mil  ardits  per  .j.  volpeyll.  3 1  2 
«  E  sabets  be  que,  luny  0  près, 
«  [Abans]  an  mil  mais  que  .j.  bes, 
«  Mas  eu  faray  un  bell  retrayt  : 
«  Que  anc  may  no  fo  servici  fayt 

[316 
«  Tan  rie,  tan  car,  tan  precios 
«  Corn  vostre  amich  ha  fayt  per  vos. 

—  Servici  quai  ?  —  Eu  lous  diray  : 
«  Tôt  un  regisme  que  val  may  320 
«  Que  ceyl  de  Fransa  ha  donat 

«  Per  vos  garir,  don  n'a  mal  grat 
«  Cant  vos  ha  renduda  la  vida.  » 
Ella,  sitôt  s'ere  marrida,  324 

Un  pauc  son  fel  li  adousi. 
Dix  humilment  :  «  En  gay,  e  qui 
«  Es  ayeel  a  qui  eu  tant  cost,   327 
«  Ne  quai  nom  ha  ?  digats  m'o  tost. 
■ —  Gentil  dona,  be  près  l'avets.    d 

—  E  con  m'es  près?  —  En  la  mal 

[tenets. 

—  Con  en  la  ma?  e  no  y  tenc  ren. 

—  Si  fayts,  si  les  letres  gardât  s 

[ben     332 
«  Del  anel  qu'en  la  ma  portats 


«  Lo  nom  saubrets  aytant  yvats.  » 
Abtant  l'anel  gardet  e  vi  : 
«  De  Fray-de-joy  suy  »,  qui  ses  fi 
A  via  gran  laus  per  la  terra       337 
De  asaut  e  [de]  be  manar  guerra 
D'enseyament  e  de  cortesia. 

340 

Ja  al  temps  quant  ella  vivia 
Say  e  lay  lausar  l'ausia, 
E  lausaven  lo  say  e  lay 
Per  l'emperi  de  Gint  Senay,     344 
Mils  que  nuls  fl  11  de  rey  del  mon. 
«  Diges  me,  gay,  Deus  te  torn, 
«  Lo  fayt  con  fo  del  meu  morir, 
«  Ne  con  se  poch  far  del  garir,  348 
«  Ne  tu  ayci  qui  t'enviet? 
«  Ffrayre  de  joy  con  hic  intret, 
«  Ne  on  es  ne  en  quai  repayre, 
«  Ne  si  son  vius  mon  payra  ni  ma 
[mayre,/.  $ 
«  Ne  quim  mes  dins  en  est  statge  ?  » 
El  gay  li  dix  en  pla  lengatge 
Suau  tota  la  rayso.  3  $$ 

Ela  li  dix  :  «  En  gay,  preyada  son 
«  De  Ffrayre  de  joy  locortes;  357 
«  Cant  lo  veuray  [eu]  ni  on  es  ? 
«  Prech  te  c'ades  lo  puxa  veser. 
«  Ffrayre  de  joy,  Sor  de  plaser, 
«  Anc  noms  no  s'avengron  tan  be  : 
«  Lo  meu  nom  ab  lo  seu  s'ave  360 
«  Mils  que  nuyll  nom  que  hanc  fos. 
«  Amich'ara  fos  eu  ab  vos,       364 
«  0  vos  ab  me  dins  en  mon  bras  ! 
«  Gay,  prech  te  que  l'an  dir  ivas, 
«  Que  nul  temps  gauig  non  auray 


306  de,  corr.  e?  —  330  Suppr.  m'es?  —  339  Suppr.  e.  —  340  Je  suppose 
qu'il  manque  ici  un  vers,  et  peut-être  trois,  non  pas  qu'il  soit  impossible  d'admettre 
trois  vers  consécutifs  sur  la  même  rime,  Ciir  il  y  en  a  des  exemples  (voy.  Romania, 
X,  503,  etMussafia,  Die  catal.  version  ricr  Sieben  weisen  Meister,  p.  32),  mais 
parce  que  le  vers  341  fait  intervenir  la  dame  en  des  termes  d'eu  il  résulte  qu'elle 
devait  avoir  été  nommée  précédemment.  —  346  Corr.  si  D.  beus  don?  —  356  // 
faut  prononcer  Elal,  tt  supprimer  en.  —  367  Remplacer  nul  par  negun? 


NOUVELLES    CATALANES    INÉDITES 


ci  Tro  l'aja  vist.  —  Dompne,  sius 
[play,      568 
0  Eu  m'en  iray  a  vostre  payre, 

«  La  on  sia,  a  Ginl  Senay, 
«  E  tôt  lo  fayt  li  comptaray.     ^72 
a  E  puys,  cant  [el]  l'aura  ausit, 
«  Dir  li  ai  quel  vos  do  per  marit,  b 


Abtant  de  la  dompnes  parti, 
E  ella  tant  luny  con  lo  vi 
Per  la  finestra  lo  gardet, 
Luny  axi  col  deviset. 
E  venc  un  cavaler  qui  cassava 
Ab  .j.  sparver  que  portava 
Mudat,  e  près  lo  gay  de  gayt, 
Don  fo  dampnatye  e  mal  fayt, 


281 
397 

400 


«  E  sera  fayt,  qu'es  qu'en  deyt  far;      Gran  tala  e  mala  ventura.         404 
«  Puys  hom  nous  en  pora  blasmar      E  lig  hom  en  sancta  Scriptura 


[576 
«  Ne  res  dir[e]  de  res  qu'en  sia. 
—  Be  as  dit,  pero  mas  valria 
«  Veser  lo  meu  amie  abans, 
«  Quel  désir  qu'eu  n'ay  es  tan 

[grans,     380 
«  Si  ades  nol  vey  sere  morta. 
«  No  vulles,  pus  que  m'as  storta, 
«  C'ades  torn  altre  vêts  morir, 
«  Car  mort  es  fort  greu  a  sofrir; 

[384 
«  Qu'el  mon  non  ha  tan  gran  dolor 
«  Com  ayeela  que  fa  amor 
«  Cant  hom  no  veu  ceyll  que  mes 

[ama, 
«  Car  amor  auciu  e  aflama        388 
«  E  soven  languir  e  penar; 
«  Mas  mort  no  pot  altre  mal  far 
«  Ne  ocir  mas  una  vagada, 
«  E  es  leug[er]ament  passada,  392 


Qu'enquantament  ne  res  no  val 
Pus  c'a  Deu  plau,  c'om  prenga  mal, 
No  hom  nos  pot  de  Deu  gardar. 
E  la  domnes  près  a  cridar;       410 
Dix  :  «  Senyer  Deus,  causa  tant 
[dura, 
«  Lojoy  d'est  segla  tan  pauch  dura, 
«  Que  quant  era  morta,  .c.  tans.  » 
A  terras  gita  ab  crits  grans,     414 
Sos  caubeylls  tirant  e  rompent, 
Sos  pits  bâtent,  sos  mans  torsent, 
Cridant  :  «  Ay  dolç  amich,  417  A 
«  L'auceyll  lo  pus  car  el  pus  rich 
«  Qu'el  mon  era  avets  perduts, 
«  Per  mi,  lassa!  vendra  saluts. 
«  Mes  amara  encara  esser  morta 
«  Que  viva  ;  »  e  venc  corrent  a  la 
[E]  si  no  fos  tan  be  fermada [porta, 
Ffores  de  la  tor  enderrocada;  424 
E  si  no  fos  lo  finestral, 


«  Per  que  deu  homtostconseylldar  Tan  poc  no  li  fera  paor  mal 

«  A  aco  que  mes  de  mal  pot  far.  Ne  dan  qu'en  agues  a  soffrir, 

«  Pero  bo  ne  savi  no  es.  Ans  se  jaquixa  per  eyll  morir.  428 

—  Dompne,  sperats  me  un  poc,  Mas  Deus  no  vole  [e]  nos  poch  far. 

[nous  pes.  »     c  El  cavaler  senes  tardar, 


584  Car  mort  est  probablement  une  faute  pour  C'amors  :  c'est,  d'après  ce  qui  suit, 
l'amour  et  non  la  mort,  qui  est  fort  greu  a  sofrir.  —  389  Corr.  E  si  fai  I.?  — 
394  Suppr.  de.  —  395  Ce  vers  se  relie  mal  à  ce  qui  précède  ;  peut-être  manque-t-il 
une  ou  deux  paires  de  vers  entre  394  et  39^.  —  400  col,  corr.  con  lo  ?  —  401  E 
venc,  corr.  Ec.  ?  —  401,  430  cavaler  est  abrégé  à  la  française,  chl'r.  — 409  No, 
corr.  Ne  ?  —  412-3  Lacune  entre  ces  deux  vers  ?  Le  sens  se  suit  mal.  —  419  Corr. 
perdut. —  420  Corr.  rendr'a  salut  ?  —  424  Corr.  derrocada.  —  426  Suppr.  no. 


282  P. 

Mantinent  quel  gay  ach  près, 

A  una  pros  donal  tremes,         432 

C'om  assats  de  beutats  lausava 

E  gran  terra  senyorejava, 

Rica  de  tors  e  de  palays, 

E  avia  nom  Amor-mi-pays;      436 

Que  el  la  amava  e  ella  luy, 

E  avia  nom  Amor-m'esduy,      /.  6 

Bo  d'armes  e  de  cortesia. 

E  mentre  la  dona  ténia,  440 

Lo  gay,  asautament  li  dix  : 

«  Ffranca  dona  ab  plazent  ris, 

a  Complida  de  plasents  beutats, 

«  Humilment  vos  prey  quem  digats 

«  Si  fos  nul  temps  anamorada?  445 

—  En  gay,  oc,  e  son,  e  no  m' 

[agrada 
«  Nul  hom  si  anamorat  no  es. 

—  Ma  dona,  doncs  tindriets  près 

«  Null  missatge  qui  tremes  fos  449 
«  Per  amor.  ■ —  No  ha  entre  nos, 
«  En  gay,  »  dix  ella,  «  tan  vill 

[usatge 
«  C'on  tingues  près  d'amor  mis- 

[satge, 
«  Que  ans  [be]  lo  delivraria      4$  3 
«  Si  près  ni  liât  lo  sabia, 
«  0  y  faria  tôt  mon  poder. 

—  Madona,  doncs  sabjats  per  ver 
«  Qu[e]  eu  suy  tremes  per  amor 

«  Del  plus  valent  e  del  mylor  458 
«  Cane  âmes  dona  ni  donseyla,  b 
«  D'ur.a  donseyla  la  pus  beyla  460 
"  Don  hom  nul  temps  ausis  parlar. 
"  Perqueus  prey  quem  lexets  anar, 
«  Ffe  que  devets  al  Deu  d'amor.  » 
E  eylla  qui  d'aytal  dolor  464 


MEYER 

Sabia,  mantinent  lexet 
Lo  gay  anar  qui  s'en  anet 
A  Gint  Senay  en  la  ciutat 
On  fo  mant  rey  e  mant  honrat, 
E  mant  compte  e  mant  baro.    469 
E  jay  vench  ell  de  gran  rendo 
Lay  on  l'emperayre  sezia 
E  l'emperayrits,  qui  dizia         472 
Qu'enassen  lur  fiyla  veser. 
E  anet  se  en  un  ram  seser 
D'un  pi  on  ells  tots  sols  staven, 
Que  d'altres  afers  no  parlaven  476 
Ne  dizien  ser  ne  mati. 
El  gay  lurs  dix  en  pla  lati, 
Ses  lonc  sermo  e  ses  lonch  play  : 
Emperayre  de  Gint  Senay,    480 
Auges  mereveyla  moût  granda  :  c 
Ta  fiyla  molts  saluts  te  manda 
E  l'emperayrits  atretal; 
E  creats  que  no  ha  nul  mal,  484 
Ans  la  trobarets  viva  sana. 
Ane  [en]  null  temps,  de  crestiana 
Ne  d'autre,  no  ausi  hom  dire  487 
Que  posques  vivre  après  morir, 
Mas  Deus  ho  ha  fayt  per  t'onor, 
Ez  eu  qui  n'ay  mal  tret  major 
C'om  trasques  per  fayt  mal  ni 
[bo.  » 
E  comptais  la  rayso  con  fo,      492 
Con  Frayre-de-joy  [en]  anet 
En  Roma  e  dins  la  tor  intret, 
E  con  tant  amet  la  donzela, 
Qu'era  franca,  plazent  e  beyla,  496 
Corn  [a]  per  aver  son  cors  bell 
Lin  det  .j.  e  près  lo  seu  anell, 
E  per  aver  la  sua  amor  granda 
Donet  lo  reyne  de  Florianda,   500 


4;  1  Corr.  que  l[o].  —  446  Sappr.  En.  De  même  au  vers  45 1,  —  473  Suppr. 
en.  —  485  Corr.  viv'e  s.  ?  —  498  On  pourrait  corriger  lo  seu  en  son,  mais  la 
construction  «  lui  donna  un  [anneau]  el  prit  son  anneau  »  semble  forcée.  —  499  Suppr. 
aver?  —  500  Corr.  Det. 


NOUVELLES    CATALANES    INEDITES 


E  com  ell  mantinent  iria  à 

A  Ffrayre-de-joy,  e  quel  faria 

Venir  per  far  lo  maridatge 

Ab  gran  honor  e  baornatge,      504 

Si  con  tany  a  fïyll  de  rey  valent. 

E  l'emperayre  mantinent 

Comptet  0  [tôt]  breument  als  seus 

E  la  honor  que  li  feya  Deus,     $08 

E  tantost  lo  fayt  atorguet. 

El  cortes  gay  tost  s'en  anet 

A  la  tor  on  mester  ha  gran. 

E  la  dompna  planyent  ploran   5 1  2 

Se  fo  sezen  al  sol  gitada; 

El  gay  cant  venc  l'ach  atrobada, 

E  dix  li  azaut  e  gent  :  $  1 5 

«  Ffrancha  donaab  cors  covinent, 

«  Gentil,  levats,  qu'eu  suy  ayci.  » 


E  cant  lo  viu  no  poch  parlar 

De  gaug,  con  lo  viu  retomar;  520 

Sobre  un  siti  d'aur  se  assech; 

El  gay  de  la  preso  li  dix, 

E  de  la  dompne  se  lauset, 

E  con  ab  son  payre  parlet 

Del  fayt  e  con  li  atorgat. 

E  pus  que  ell  0  acabat, 

Tornar  se  va  [a]  son  senyor 

Ffrayre-de-joy  qui  per  amor    528 

Plorant  e  sospirant  languia, 

El  dix  que  l'atendria 

Tôt  jorn  vas  lo  cami  gardant. 

«  Madona,  «  dix  ellabaytant,  532 

0  Eu  tornaray  a  mon  senyor; 

«  Mas  [ans]  per  la  vostra  honor 

«  Ffaray  .j.  castell  rie  e  gran 


285 

«  On  vull  que  stien  ab  l'infan    5  36 
«  Mil  dones  covinens  e  beyles, 
«  E  .m.  donseyls  e  .m.  donseyles. 
«  m.  clerchs  e  .m.  juglars  cortes 
«  E  .m.  cassadors  ab  auceylls.  » 
De  mantes  guises  lo  castell       541 
Fo  fayt,  que  anc  non  vis  tan  bell, 
Ab  tors,  ab  cambres,  ab  palays; 
Certes  tan  bell  non  vis  anc  mays. 

[544 
Mas  hom  no  y  comprava  no  y  ve- 
[nia,  b 
Mas  quant  hom  demanar  sabia 
Avia  hom  lay  mantinent. 
El  pont  fo  fayt  tan  fermement  $48 
Que  tôt  hom  lay  passar  pogues. 
E  l'infant  aparech  agues, 
Cant  fo  al  castell,  be  .v.  anys. 
El  gay  dix  quel  faria  anans       552 
Betejar  qu'el  d'aqui  partis, 
E  det  li  lo  castell  con  peyris; 
E  dix  quel  nom  quel  seu  voler 
Que  dels  dos  noms  dévia  aver  5  56 
Que  lo  payre  e  la  mayre  avien 
524      A  cuy  Fraire-de-joy  dizien 
E  Sor-de-plaser  examen, 
E  dels  dos  noms  egualmen,       560 
E  mes  li  nom  Joy-de-plaser, 
De  que  la  don'  ac  gran  plaser, 
Car  tuyt  cells  del  castell  l'ameron 
Con  lur  senyor,  e  s'azauteron  564 
Volent  lo  tots  [los]  jorns  veser. 
E  la  don'  ab  aquest  plaser 
Ez  ab  gaug  romas  dins  la  tor,      c 
El  gay  tornet  a  son  senyor       08 
Aytant  con  poc  delivrament, 


/•7 


$03  e  quel,  corr.  el.  —  ^04  baornatge  pour  baronatge.  —  ^05  Suppr.  Si. — 
5  !  $  Corr.  Esi  li  dix.  —  521  assech,  corr.  assix.  —  5  30  Corr.  E  l'avia  dich  ?.  — 
544  Suppr.  Mas.  —  554  li  lo,  prou,  lil  ;  con  peyris  (parrain),  ms.  cô  apeyris. 
—  $$$  Corr.  del  nom  qu'ai? —  560  Corr.  E  d'amdos  los? 


284  P.    MEYER 

E  l'emperayre  mantinent 

E  l'emperayrits  s'en  aneron 

Devert  la  tor,  c'anc  no  parleron 

Ab  lur  conseyll  tro  saberon  per  ver 

De  lur  fiyla,  qu'enquer  veser 

Viva  no  la  cuyaven  may, 

Sitôt  los  ho  ac  dit  lo  gay.         $76 

E  mantinent  en  la  tor  intreron 

E  lur  fiyla  lay  troberon 

Viva  e  sana  e  rient. 

Ane  may  no  fo  de  nuyla  gent    580 


Tant  gran  gaugeon  ellsne  meneron. 
Mantinent  l'infant  demanderon; 
E  ella  mostret  lurs  la  tor, 
L'infant,  lo  castell  e  la  honor    584 
Gran  qu[e]  el  fazien  tôt  jorn  ; 
Esgardaran  lay  tôt  en  torn, 
E  viron  la  major  riquesa  ci 

Del  mon  e  la  pus  gran  noblea  588 
Que  null  emperayre  anc  âges. 
Apres  duret  lo  joy  ell  pies 
Lonc  temps,  en  la  ciutat  torneron. . . 

Paul  Meyer. 
La  suite  prochainement). 


573  Vers  trop  long  que  je  ne  sais  comment  corriger.  Du  reste  l'idée  ici  exprimée 
est  en  contradiction  avec  le  vers  $07.  —  577  Suppr.  E.  —  579  Corr.  E  [!aj  lur  f., 
Iay[n]s  ?  —  591  Le  reste  de  la  colo  ne  est  reste  blanc. 


MÉLANGES  ESPAGNOLS 


REMARQUES  SUR   LES  VOYELLES  TONIQUES 


A. 

En  ancien  espagnol  -asti  est  devenu  -esti  -este  -est.  La  longueur  ou, 
pour  mieux  dire,  l'acuité  de  Vi  final  nous  dit  pourquoi  Va  s'est  changé 
en  e:  -asti  a  passé  par  -aisti  ou  aesti  qui  devait  donner  esti1.  La 
seconde  personne  plurielle  ayant  -astcs,  une  base  -avisti  n'est  pas 
vraisemblable.  L'impératif  vi  ne  peut  être  que  *vadî2. 

J'avais  cru  d'abord,  en  rédigeant  ces  remarques,  pouvoir  expliquer 
alerce  cité  par  Diez,  Gramm.  I,  p.  146,  et  Dict.  élym.  II  b,  par  une  forme 
intermédiaire  Mairice,  mais  ensuite  je  me  suis  aperçu  que  Dozy  l'avait 
admis  dans  le  Glossaire  des  mots  espagnols  et  portugais  dérivés  de  l'arabe 
ip.  98).  M.  A.  Socin,  professeur  à  Tubingue,  m'a  confirmé  cette  éty- 
mologie  du  regretté  orientaliste,  car  Ve,  m'écrit-il,  appartient  au  radical 
comme  le  montre  l'hébreu  crez.  Ce  mot  qui  désigne  en  arabe  non  seu- 
lement le  cèdre,  mais  aussi  d'autres  conifères,  est  arez  dans  la  Gran 
Conquista  de  Ultramar  (p.  1741  :  Linza  traia  de  palo  que  dicen  cedro  en 
latin  e  en  arabigo  le  llaman  arez. 


1  On  pourrait  penser  aussi  que  l'e  a  été  amené  par  la  première  personne. 
Schuchardt  rejette  cette  manière  de  voir,  Literaturblatt  fur  germ.  und  rom.  Phi- 
lologie, 1883,  p.  110,  et  dans  une  lettre  qu'il  vient  de  m'adresser.  Mais,  à 
cause  des  formes  portugaises  et  castillanes,  il  m'est  impossible  d'admettre  avec 
lui  que  -este,  -êmos,  -estes  du  dialecte  de  Miranda  et  de  l'ancien  léonais  soient 
-a(v)isti,  -a(v)imus,  -a ( v) i s 1 1  s. 

2  Dans  nos  recherches  sur  la  conjugaison  espagnole  nous  montrerons  que  la 
seconde  personne  singulière  de  l'impératif  de  la  seconde  et  troisième  con- 
jugaison avait  emprunté  sa  terminaison  à  la  quatrième. 


2  86  J.    CORNU 


e  =  ê.  Diez,  Gramm.  I,  p.  iji,  cite  consigo  comme  un  exemple  où 
Yê  se  serait  changé  en  i.  J'attribuerais  ce  rétrécissement  à  l'influence 
de  Vu.  Mais  il  est  peut-être  plus  prudent  de  regarder  conmigo,  contigo 
et  consigo  comme  formés  sur  les  datifs  mi,  ti,  si'..  Quant  à  l'ancien  esp. 
venino,  Fôrster  en  a  donné  la  bonne  explication,  Zeitschrift  fur  rom.  Phi- 
lologie. III,  Beitrâge  zur  rom.  Lwtlehre,  p.  516,  en  attribuant  à  la  nasale 
ce  rétrécissement  de  Ve  en  i.  La  diphtongaison  dans  siembro  se  min  0  est 
une  erreur  de  conjugaison  qui  se  trouve  déjà  dans  Juan  Ruiz  et  dans 
Fern.  Gonz.,  mais  que  Berceo  et  l'auteur  de  VAlex.  ne  commettaient  pas2. 

ie  =  e.  Les  exceptions  sont  assez  nombreuses.  Sans  les  énumérer  ici 
toutes,  nous  pouvons  dire  que  la  diphtongaison  de  Ve  tonique  n'a  pas 
lieu  : 

a)  quand  la  syllabe  suivante  avait  en  latin  un  i  long  ou  aigu  :  tri 
herî  \Milagros  5841,  se*sedî,  anc.  esp.  sey  de  deux  syllabes,  {en 
*ten'i,  ven  venî,  converti  (Loores  227),  defendi  [S.  Dom.  761  768,  S. 
Millan  1 19Ï,  rendi  IMilagros 26 il; 

b  quand  la  syllabe  posttonique  renferme  ou  renfermait  un  ï  suivi 
d'une  voyelle  qui  a  ou  avait  jadis  la  valeur  d'un  y  :anc.  esp.  tebio  tepi- 
dus  (Alex.  112$  1 53 1),  anc.  esp.  premia,  apremio,  precio,  prez,  preçio 
v.,  herege,  medio,  anc.  esp.  mege  ou  menge  me  die  us,  remedio,  seyia 
[S.  Dom.  45),  seo  =  seyo  sedeo,  sea  =  seya  sedeam,  cereza  Cere- 
sea', espejo  4  port,  espelho,  pron.  èxpeilhu\  anc.  esp.  espeio  [espeiio 
Alex.  390),  emperio,  madera,  anc.  esp.  engeno  [enienno  Alex.  17  19I, 
tengotenga,  vengo  vengai,  especia,  anc.  esp.  membrios,  formé  sur  nervios 


1.  77  et  51  ont  subi  l'influence  de  m;.  On  est,  je  le  sais,  accoutumé  à  regarder  mi, 
ti,  si,  comme  des  accusatif.  Mais  la  syntaxe  espagnole  me  semble  exiger  le  datif. 
Le  datit  seul  explique  d'une  manière  naturelle  sipse  du  L.  de  los  buenos  proverbios  : 
Quando  vicies  al  fhico  que  el  trac  mal  a  sipse,  ;  como  puede  mtlezinar  a  cire? 
p.  18  ;  dezir  mal  de  sipse,  p.  19  ;  Çhiien  diz  su  poridat  0  non  deve  enganna  a  sipse, 
p.  23. 

2.  Semnan  S.  Dom.  r]-],s:mbran  Alex.  261  2395,  siembra  JR.  160  538  809, 
sicnbrcn  F'G.  53. 

3.  On  se  trompe,  à  mon  avis,  en  admettant  que  ceresea  vient  de  cerasea. 
Cerasus  est  devenu  de  bonne  heure  ceresus,  d'où  ceresea,  cf.  citera  du  Probi 
AppenJtx  et  d'autres  formes  pareilles  citées  par  Schuchardt,  Vokalismus,  I, 
p.  195-196  et  III,  p    ioi-io2. 

4.  Mais  pourquoi  viejo  Iport.  vilho)}  Parce  que,  m'écrit  M.  Schuchardt,  il  a  été 
dévié  de  son  développement  normal  par  *  viedo  *  viedro  vêtus  vetere.  Cf.  Mur- 
viedro  murum  veterem.  On  lit  Icy  veya,  S.  Dom.  27,  mais  c'est  un  cas  isolé. 

5.  L'Alex,  a  tiengo  1 104  2498,  tien  738,  vienga  59  722.  viengas  570,  qui  sont 
des  formes  analogiques. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  287 

JR.  581  ),  setembrio  [Alex.),  novembrio  [Alex.),  dezembrio  [Alex.],  necio, 
nenio,  port,  nêrvo,  prorcrbio,  soberbia,  soberbio-a,  port,  sobêrba,  sobêrbo- 
a,  tercio-a,  port,  têrço,  gorernio  \Apol.  273  455  629,  Alex    224V; 

c)  quand  le  g  devient  v  :  grey,  ko  =  leyo,  lea  =  leya  \Jeo  Milagros, 
76,  JR.  6  ;  leies  legis  S.  Oria  54  ;  le-y  legit  Sacrif.  37  ;  leen  Sacrif. 
40,  JR.  1364;  leye  imp.  JR.  417),  entero  iport.  inteiro  ; 

dj  quand  l'ë  est  devant  ct  ou  es  :  ajeito,  deleito,  peine,  despecho, 
lecho,  pechos,  provecho,  sospecha,  acecho  v.  [açecha  S.  Oria  \2,asecha 
JR.  848,  assechan  Duelo  181,  Alex.  2 1771,  exe  exit  Sacr//.  32,  P.  de/ 
Cz'</  1 09 1 ,  exen  Sacrif.  191,  m/s,  sesto,  port.  smfo. 

Ajoutons  encore:  Peydro  [Berceo,  P.  del  Cid),  Pedro,  Pero  port. 
Pedro  et  Pêro\ 

C'est  par  la  même  influence  de  l'Z  sur  Pc  qu'il  faut  expliquer  septimo, 
pertiga'  [percha  Alex.  2 39 il,  port,  pirtiga,  perdida  (port,  pêrda),  persigo 
port.  pêssego\  lermino   port.  /m/?o  =  anc.  port,  termho). 

Dans  preces  preeçes  Milagros  773,  cf.  /eemi  4 /ex.  21 3  il,  rezo  i/eza 
Sacn/.  69  76,  rezds  JR.  371),  il  faut  sans  doute  aussi  admettre  l'in- 
fluence d'un  /  palatal  sur  la  voyelle  tonique. 

La  conclusion  à  tirer  de  tous  ces  exemples  est  que  VI  ou  l'y  fait  de 
Ye  (ouvert!  un  e  fermé. 

Après  ces  données  il  est  à  peine  besoin  de  dire  pourquoi  -ero  de 
-ario  n'a  pas  subi  la  diphtongaison. -ario  est  devenu  dans  le  domaine  his- 
pano-portugais-airio-airo,  d'où  le  port.  -eiro.  -eiro,  commun  jadis  au 
portugais  et  à  l'espagnol,  n'a  pu  devenir  que  -ero  avec  un  e  fermé2  dans 


1.  Mais  piertega,  Milagros  39,  à  cause  de  Ye. 

2.  L'e  qui  provient  de  ei  et  de  ai  a  le  même  son  :  fecho,  contreclw,  malt r écho, 
pecho  pactum,  riment  avec  assecho,  despecho,  lecho,  provecho,  ilerecho,  techo, 
estrecho.  Que  cet  c  soit  fermé,  c'est  ce  qui  ressort  avec  évidence  des  rimes  et 
des  assonances  des  plus  anciens  poètes  espagnols.  Il  est  si  bien  fermé  que 
atone  il  devient  i,  cf.  dixaremos  P.  del  Cid  1438,  et  dixassen  S.  Dom.  3 18  629. 
Comme,  en  dépit  des  lumières  qu'elles  peuvent  nous  donner,  l'étude  en  a  été 
négligée  jusqu'à  ce  jour,  j'ose  penser  que  les  indications  ci-dessous  ne  seront 
pas  mal  accueillies. 

Seo  rime  avec  creo,  deseo,  veo,  S.  Dom.  757,  Loores  95,  Duelo  123,  et  avec 
Berçeo,  S.  Dom.  757.  Voir  aussi  Apol.  515  el  les  rimes  suivantes  de  G.  de 
Berceo  : 

créa,  sea,  pelea,  correa,  S.  Dom.  715. 

seas,  h  rropeas,  meas,  créas,  S.  Dom.  664. 

Beso  rime  avec  preso,  seso,  Sacrif.  209. 

Queso  rime  avec  peso,  preso,  seso,  S.  Laur  76,  Alex.  404  532. 
Remarquons  quexa  et  dexa  : 

abbad.ssa,  quessa  (=  quexa),  promessa,  prioressa,  Milagros  531. 

juglaresa,  essa,  quexa,  promessa,  Apol.  483. 

promessa,  joglaressa,  dexa,  quexa,  Alex.  1722. 


J.    CORNU 


cette  dernière  langue.  Cf.  lecfw  =  'leytyo,  port,  leilo  >  et  voir  Ascoli, 
Archivio  glottologico  italiano,  I,  p.  82  et  suivantes 


I. 


e  =  1.  Mais  17  reste  quand  il  est  suivi  d'un  i  long  ou  aigu  ou  d'un  y  : 
-isti  -iste  -ist,  seconde  personne  singulière  des  parfaits  dits  forts,  pour 
me  servir  d'un  terme  reçu,  mais  que  je  n'approuve  pas  [ovisti  oviste 


Riment  avec  les  infinitifs  en  -cr,  les  mots  suivants  : 
alloguer,  S.  Millan,  226; 
loguer,  Apol.  429  $35; 
çcllercr,  S.  Laur.  34  ; 
chancelier,  Alex.  182  1  ; 
cracher,  Alex.  2050  ; 
menester,  S.  Millan  140,  S.  Laur.  38,  Milagros  354,  Dutlo  69,   Apol.  6$ 

90  400  429,  Alex.  $39  ; 
mester,S.  Dom.  769,  S.  Millan  226  2-]S,Apol.  160,  Alex.  37  67  21  1  367 

m  68; 
volemer,  volunter,  Loores  48,  Milagros  628,  Alex.  64  211. 
Les  adjectif  en  -cro  -ario  riment  avec  espero,  S.  Dom.  4  650,  ^/.x.  1041, 
et  avec  vero  S.  Dom.  753,  Milagros  309. 

Les  adjectifs  et  substantifs  en  -era  -aria,  ainsi  que  era  area,  riment  avec 
espéra  v.  S.  Oria  167,  /l/«c.  200  2032,  avec  espéra  subst.  S.  Dom.  709,  avec 
fera  S.  Dom.  297.,  S.  M/7/drt  346,  Milagros  84S,  /l/>o/.  217  222  281,  avec  era 
aéra  S.  Millan  363,  avec  singera  S.  Millan  163,  avec  vera  5.  Dom.  626,  S. 
Millan  71,  Sacrif.  175,  /I/70/.  481  $08  543,  et  avec  pera  S.  Dom.  330,  S. 
Millan  407,  Alex. 2]  12. 

Companyera  assone  avec  calleia,  conseia.  erveia,  Apol.  367. 
Il  est  singulier  de  voir  rimer  era  eram  ou  erat  avec  era  area  et  -era  -aria  . 
L'e  de  prez  est  également  fermé  comme  le  montrent  les  rimes  suivantes  : 
mnnez,  pez,  prez,  befez,S.  Dom.  $$. 
ninnez,  prez,  rrafez,  gentilez,  Alex.  7, 
vez,  prez,  gravez  (gravescit),  rafez,  Alex.  49. 
L'e  en  question  ne  rime  pas  avec  le.  A  peu  d'exceptions  près,  cette  diphtongue 
ne  rime  qu'avec  elle-même.  Des  rimes  telles  que  les  suivantes  sont  isolées  : 
cjuieio,  sendero,  verdadero,  çellero,  Milagros  668. 
primeros,fieros,  caberos,  guerreros,  Alex.  1065. 
ençierra,  tierra,  sierra,  era  (area),  Alex.  1065. 
Stella,  mollera,  cuchiella,  fabriella,  Alex.  493. 
Elles  ne  peuvent  en  aucun  cas  ébranler  l'autorité  des  premières,  même  si 
j'ajoutais  encore  les  rares  passages  où  ic  rime  avec  e  (Sacrif .  104  245,  Loores  3 1 , 
Milagros  370  373,  Ap  l.  361,  Alex.  428). 

1.  Schuchardt,  Vokalismus,  II,  p.  528,  a  donné  le  premier  la  bonne  explication. 
Je  n'ai  fait  que  l'appuyer.  —  Une  base  PRIMAERO  qui  existerait,  d'après 
Ascoli,  Archivio  glottologico,  I,  p.  485,  dès  l'époque  romaine,  n'est  pas  possible 
pour  l'Espagne,  même  si  l'on  attribuait  quelque  importance  à  la  graphie  isolée 
leida  laeta,  Milagros 448. —  Cf.  W.  Fœrster,  Umlaut,  Zeitschrift  fur  romanische 
Philologie,  1879,  p.  507-512.  Le  savant  professeur  de  Bonn  est,  quant  à -ario, 
de  l'avis  d'Ascoli,  voir  p.  507. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  289 

ovist,  mais  oviestes),  firme,  adjectif  qui  vient  probablement  de  l'adverbe 
firme,  prononcé  firmi  dans  la  péninsule  ibérique  '  ;  cf.  tarai,  fréquent  dans 
les  anciens  textes,  et  voir  Schuchardt,  Vokalismus,  I,  p.  254-255; 
Dimio  DïdymusS.  Millau  75,  cobdicia  (port,  cubiça),  viçio  (port,  viço), 
serricio  (port.  serriço\  envidia,  ancien  espagnol  embidia  ou  enbidia, 
porfia,  anc.  esp.  porfidia,  maravilla  \marariia,  Alex.  1374),  mijo2,  omil- 
lom  (P.  del  Cid),  martirio,  virio  \ireo  ou  vïrio,nom  d'un  oiseau,  vidrio 
vitreus  iport.  vidro),  deliçio,  delïcium  [P.  del  Cid\,juicio  (port,  juizo), 
lio  lï go,  navio,  fimbriaî,  virgen,  absincio  [Duelo  45,  peut-être  un  mot 
savant),  cincha  (port,  cinta),  pinta. 

Les  adjectifs  en  -ible  ont  gardé  Vi,  parce  que  1'/  posttonique  s'est 
maintenu  longtemps,  comme  le  prouvent  les  formes  telles  que  estavil, 
perduravil,  aborrecivil,de  l'ancien  portugais. 

Marisma  maritima  a  gardé  Vi  à  cause  de  Vi  suivant  et  à  cause  de  Vs 
(*maridima*maridma  'marizma). 

Mismo  metipsimus  est  plus  compliqué.  La  contraction  des  deux 
premières  syllabes  qu'on  rencontre  dès  les  plus  anciens  textes  n'est 
possible  que  si  l'on  admet  dans  le  latin  vulgaire  de  l'Espagne  une  forme 
medipsimus,  d'où  'midissimo  *miismo4.    En  portugais  la  forme 


1.  Une  forme  firmis,  qu'on  rencontre  dans  les  textes  latins  du  moyen  âge  et 
admise  par  Diez,  Gramm.,  II,  p.  64,  ne  lève  pas  la  difficulté,  cf.  verde.  L'adjectif 
infirmus  qui  continue  à  vivre  dans  l'esp.  cnfcrmo,  port,  enjêrmo,  rend  du  reste 
cette  base  peu  probable. 

2.  Pourquoi  avons-nous  manccbo,  ccjo  ou  ce/a,  concejo,  consejo,  ncçio?  Pour 
les  trois  premiers  exemples,  Schuchardt  pense  à  une  influence  dissimilative  de  ç 
(tje  au  iieu  de  tji).  Le  port,  invéja  m'a  d'abord  singulièrement  embarrassé.  Mais 
on  l'a  peut-être  pris  pour  un  substantif  verbal  dérivé  à'invejar,  et  alors  Ye  ouvert 
n'offrirait  rien  d'extraordinaire. 

3.  J'avais  d'abord  cité  aussi  limpio  (port,  limpo),  mais  si  lindo  vient  aussi  de 

1  i  m  p  i  d  u  s ,  il  est  évident  que  Vi  était  long. 

4.  Le  changement  de  Ye  en;  dans  la  formule  e-i  a  dû  être  très  répandu  en  Es- 
pagne, comme  nous  le  voyons  par  plusieurs  formes  verbales  dont  nous  parlerons 
prochainement.  Aujourd'hui  il  ne  reste  que  des  débris  de  cette  assimilation. 
Mais  peut-être  faut-il  ici  attribuer  Yi  à  l'influence  de  Y  m  et  de  Ys.  —  Pour 
l'adoucissement  ancien  du  t  en  d  on  pourrait  citer  l'anc.  esp.  meaia,  anc.  port. 
mcalha,  si  l'étymologie  de  Diez,  qui  propose  metallea,  était  assurée.  Mais 
medialia,  rejeté  par  Diez,  est,  comme  me  l'écrit  mon  ami  Schuchardt,  une 
base  excellente  exigée  aussi  par  le  sens.  Medialia  est  devenu  de  bonne 
heure  par  dissimilation  medalia  qui  se  rencontre  dans  un  forai  de  l'an  1 1 86 
(voir  Santa  Rosa  de  Viterbo  s.  v.).  L'it.  medaglia,  le  prov.  mcalha,  l'anc. 
fr.    maaille,  fr.  mod.  maille,  l'anc.  port,  mcalha,  l'anc.  esp.  mcaia  (S.  Millan 

2  423  474)  et  miaja  (JR.  1502),  s'expliquent  par  medalia.  Du  reste,  si  nous 
considérons  -met  comme  syllabe  finale  dans  egomet  ipsimus  par  exemple, 
le  d  au  lieu  du  l  n'offre  rien  d'anormal,  comme  le  montrent  les  nombreuses 
graphies  recueillies  par  Schuchardt,  Vokalismus,  I,  p.  118-122. 

Romania,  XIII.  19 


290  J.    CORNU 

devrait  être  là  même  qu'en  espagnol.  Si  elle  est  mêsmo  ' ,  c'est  que  \'e 
aura  été  amené  par  medes  de  l'anc.  port. 

L'i  reste  aussi  quand  la  syllabe  suivante  renferme  ou  renfermait  un 
a  :  virtos  P.  del  Cid,  contino,  minguà  [P.  del  Cid  11 78,  L.  de  los 
buenos  proverbios,  Gran  Conquista  de  ultramar],  viuda,  Domingo,  mais  le 
fém.  a  e  [Domenga  Milagros  38  2,  Menga  JR.  9781,  -iguo  =  iuguo 
-ivgo  -ivego  -ifico  dans  apaciguo,  santiguo,  testiguo,  areriguo  s. 
Dans  Esidro,  obispo,  discolo,  le  poids  des  deux  syllabes  atones  a  peut- 
être  aidé  à  maintenir  Vi,  mais  les  nombreuses  graphies  recueillies 
par  Schuchardt,  Vokalismus  des  Vulgàrlateins,  II,  p.  1 50  et  suivantes, 
rendent  sûres  des  formes  intermédiaires  Esiduro,  episcupo  4,  disculo  et 
donnent  une  explication  plus  vraisemblable. 

La  diphtongaison  dans  nieve  (port,  néve  avec  un  e  ouvert)  n'est  pas 
plus  étonnante  que  celle  de  ï'ê  dans  l'anc.  fr.  endieble  des  piez,  debilis 
pedibus,  QLDR  p.  135  et  149,  fieble  QLDR  p.  72,  Rolland  2228, 
fieblement  Rolland  2104.  Fôrster  cite  d'autres  exemples  de  la  même 
influence  de  la  labiale,  Cliges,  remarque  sur  le  vers  3850.  J'avoue  que 
je  ne  comprends  pas  pourquoi  Baist  veut  tirer  nieve  de  nivea.  Voir 
Zeitschrijt  fur  rom.  Philologie  1883,  p.  121.  Quanta  pliego  et  riego, 
comienzo,  compieço  et  empieço,  ce  sont  des  erreurs  de  conjugaison,  qui 
ont  donné  naissance  aux  substantifs  verbaux  pliego,  pliegue,  riego  et 
comienzo.  Riega  se  trouve  déjà  dans  VAlex.  (1633)  et  les  substantifs 
riego  et  comienzo  sont  déjà  employés  par  Berceo  [Milagros  22,  S.  Dom. 
31,  Sacrif.  1  38). 

0. 

0  =  ô.  Mais  nous  avons  u  dans  yuso  et  ociubre,  dans  conusco  et  con- 
vusco,  aujourd'hui  vieillis,  et  dans  nudo,  qui  serait  nuedo  dans  le  Can- 
cionero  de  Baena.  Le  premier  exemple  s'explique  par  l'effet  assimilatif 
du  y.  Octubre  est  une  forme  à  demi  savante.  Anciennement  on  disait 


1.  Mcsmo  se  rencontre  aussi  en  espagnol,  dans  JR.  par  exemple. 

2.  Non  es  nomne  ninguno  que  bien  derecho  venga 
Que  en  alguna  guisa  a  ella  non  avenga  : 

Non  a  tal  que  raiz  en  ella  n:n  la  tenga, 

Nin  Sancho  nin  Domengo,  nin  Sancha  nin  Dominga,  Milagros  38. 

3.  En  portugais  nous  avons  encore  Imgua.  Si  Yi  de  quinque  n'était  pas  mis 
hors  de  doute  par  les  inscriptions,  je  citerais  aussi  cinco.  Mais  les  latinistes  ont 
tort  de  dire  que  i'i  de  qu i nque  est  long  de  nature.  L'/  a  été  amené  et  maintenu 
par  -nque.  Pringuc  s'explique  de  même  Dans  les  exemples  que  nous  avons  cités 
nous  voyons  la  continuation  d'une  loi  de  phonétique  latine  et  la  confirmation 
d'une  loi  de  phonétique  générale. 

4  Obispo  vient  de  episcopus  par  *ebiscubo  *ebisbugo  *ebisbuo 
"obisbuo. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  29 I 

ochubre  ou  bien  ochubrio  iport.  oitabro),  où  le  ch  [=  ty)  a  également 
rétréci  la  voyelle  '.  Quant  a  l'anc.  esp.  conusco  et  convusco,  je  n'hésite 
pas  à  y  reconnaître  l'influence  de  Va  sur  l'ô.  Mais  comment  se  fait-il 
que  nôdus  soit  nudo  ?  L'ancien  espagnol  avait  iiudo,  comme  l'observe 
Schuchardt.  Il  n'est  donc  pas  plus  singulier  que  yuso.  Dans  un  seul 
exemple,  en  omettant,  cela  s'entend,  les  erreurs  de  conjugaison,  nous 
trouvons  ue  au  lieu  de  o.  Cuemo,  qui  se  rencontre  dans  quelques  an- 
ciens textes 2,  vient  de  ce  que  qnomo  quomodo  a  été  confondu  avec  les 
mots  où  Vô  était  devenu  uo,  diphtongue  qui  a  précédé  ue.  Diez  a  cité 
par  inadvertance  cuemo  parmi  les  exemples  de  Vô  (Gramm.,  I,  p.  160). 

ue  =  ô.  La  diphtongaison  ne  s'opère  pas  quand  Vô  se  trouve  dans 
les  conditions  déterminées  pour  Ve  : 

Solvi  imp.  =  *solvî  [Himno,  II,  91,  proprio,  -a,  hoya  hoyo,  anc.  esp. 
foya  fovea  (port,  fôjo),  novio  -a,  odio,  enojo  v.  [enoyas  v.  Miîagros  778, 
anc.  esp.  enoyo  s.),  hoy  (port,  ho  je),  anc.  esp.  oy,  de  deux  syllabes, 
joyo  lolium  (port,  joyo),  moyo,  iport.  môyo),  poyo  (port,  pôyo),  olio, 
hoja  (port,  fallu),  anc.  esp.  foya  foia  (Berceo),  foiia  [Alex.  1820),  anc. 
esp.  cordoio  [S.  Dom.  540,  JR.  51),  despojo  v.  3  ,  co/'o  v.  (port.  cô///o), 
0/0,  anc.  esp.  oyo  [S.  Dom.  192),  port,  olho,  ostra,  ostia  ostrea  ;port. 
ôstra)  orrio  horreum  (S.  Dom.  225  238),  forçia  Alex.  (port,  força), 
ordio  [S.  Dom.  689,  Miîagros  552,  Alex.  2396,  Fera.  Gonz.  236),  coc/20 
coctus,  noche  [nochï  Miîagros  732  733),  ocho,  coxa,  coxo  (coyxo  S. 
Millan  278),  port,  côxa,  coxo. 

L'anc.  portugais  comho  corne  (d)o  nous  apprend  pourquoi  como  n'a 
pas  subi  la  diphtongaison  4. 

VI  ou  l'y  rétrécit  l'ô  (ouvert) s.  Aussi  oyos  rime-t-il  avec  ynoios, 
manoios,  annoios,  S.  Dom.  587. 


1.  Cf.  le  port.  chumbo,esp.  plomo. 

2.  Voir  plus  bas,  p.  299. 

3.  Le  port,  despojar  est  emprunté  à  l'espagnol. 

4.  Selon  Diez,  Gramm.,  II,  p.  179,  l'espagnol  n'offrirait  aucune  trace  d'in- 
finitifs delà  troisième.  Outre  fer  facere  nous  pouvons  citer  corner  qui  ne 
peut  pas  venir  de* comedèr,  mais  que  comedere  *comeire  corner  expli- 
que parfaitement.  Cf.  Pero  Pet  ru  s.  Le  portugais  a  encore  morrer,  qui  est 
*  morere  d'où  *  m  orre  -f-  -er  de  la  seconde  conjugaison. 

5.  L'o  qui  provient  de  au  est  également  fermé,  comme  nous  le  montrent  les 
assonances  : 

otro,  ombro,  logro,  Alex.  987. 
poifsosos,  espumosos,  ombros,  otios,Alex.  536, 
todas,  bodas,  olras,  devotas,  Alex.  270, 
et  comme  nous  le  voyons  par  un  grand  nombre  de  rimes  : 

Cosa  rime  avec  prosa,   S.   Dom.    1,  S.   Millau  359;  Miîagros   302  697, 
Duelo    10,   Alex.    ï 794  ;   avec  esposa,   S.  Dom.  103,  S.   Millan  223, 


292  J.    CORNU 

Il  reste  encore  un  assez  grand  nombre  de  mots  qui  se  sont  soustraits 
à  la  diphtongaison.  Après  avoir  éliminé  cofino,  qui  est  savant  —  la 
forme  populaire  est  cuebano,  —  moro  qui  est  une  erreur  de  conjugaison, 
don  et  dofia,  qui  dans  don  Juan,  do  fia  Maria,  sont  proclitiques,  conde 
lanc.  esp.  aussi  cuende),  qui  peut  s'expliquer  de  même,  contra,  procli- 
tique aussi,  mais  qui,  en  dépit  de  cuentra  de  l'Alex.,  et  de  encuentra, 
Duelo  152,  semble,  comme  monte,  avoir  eu  un  0  long  ',  il  reste  encore 
Cristoval,  colera,  golpe,  calonge,  monge,  reloj,  torno,  horma,  rosa,  coma 
icoma),  domo~as  -a  -an,  Mayordomo,  estomago,  hombre  et  roble.  L'o 
dans  les  huit  premiers  exemples  répond  à  l'omicron  qui  généralement 
a  été  traité  comme  l'û.  Mais  même  si  calonge,  monje  et  reloj  avaient 
eu  un  0  ouvert,  ils  auraient  néanmoins  gardé  l'o  à  cause  de  1')'  qu'ils 
avaient  jadis.  A  l'égard  de  rosa,  je  n'ai  point  de  raison  à  donner  du 
maintien  de  l'o  qui  a  persisté  à  peu  près  dans  tout  le  domaine  roman. 
Quant  à  coma,  domo,  Mayordomo,  estomago2,  hombre  lanc.  esp.  omne, 
port,  homem),  c'est  Y  m  qui  a  fermé  l'o  et  empêché  la  diphtongaison.  Cf. 
qucmo  crëmo,  frenme  frémit  Apol.  20, eltrcmen  dans  l'Alex.  Roble  enfin 
n'a  pas  subi  la  diphtongaison  à  cause  de  Yu  posttonique  qui,  en  latin 
vulgaire,  appartenait  à  tous  les  cas  de  rôbur,  comme  nous  le  montrent 
les  graphies  recueillies  par  Schuchardt,  Vok.ilismus,  II,  p.  138. 

Dans  les  exemples  que  voici  Yô  est  devenu  u  :  cubro,  puia  [Fern. 
Gonz.  6$8,  JR.  52 il,  puian  (P.  del  Cid  2698),  nuzo  noceo  [Milagros 


Loorcs  204,  Milagros  63,  Duelo  10,  S.  Oria   120,  et  avec  les  adjectifs 
en  -osa. 
Posa  rime  avec  les  adjectifs  en  -osa,  S.  Dom.  1   103,  Milagros  351. 
Poso,  subst.,  rime  avec  les  adjectifs  en  -oso,  S.  Dom.  268,  Alex.  149  1 524. 
Loca,  poca,  toca,  riment  avec  boca,  S.  Dom.  293  981,   Milagros  688  898. 
Poccos  assonne  avec  lotos,  dcvoios,  corrotos,  Milagros,  404. 
Ajoutons  encore  : 

bozes,  conosçes,  alfozes,  gozcs,  Apol.  586, 
et  bozes,  alfozes,  coçes,  gozes,  Alex.  4^3, 

et  remarquons  que  rosa  rime  avec  cosa,  csposa  et  les  adjectifs  en  -osa  (Loores 
204,  S.  Oria  28,  Alex.  2438). 
La  contraction  de  au  en  0  fermé  est  tout  à  fait  pareiiie  à  celle  de  ai  en  e 
fermé.  Lors  même  qu'on  ne  rencontrerait  pas  de  traces  de  la  diphtongue  inter- 
médiaire ou,  il  serait  aisé  de  prouver  qu'elle  a  dû  jadis  exister  en  espagnol.  Le 
portugais  tel  qu'il  se  parle  à  Lisbonne  est  arrivé  naguère  au  même  point:  ouro 
équivaut  à  Cru  et  cantou  à  cantô.  En  français  et  en  italien  l'o  ouvert  résultant 
de  au  me  paraît  devoir  être  expliqué  par  les  intermédiaires  ao  et  où,  d'où  l'o. 
Dans  ces  deux  langues  c'est  Va  qui  a  modifié  Vu,  en  espagnol  et  en  portugais 
c'est  Vu  qui  a  fermé  Va. 

1  Contra  n'est  pas  assuré.  D'après  une  communication  de  Schuchardt,  l'o 
était  bref  mais  fermé.  La  graphie  xouvxpa,  Vokalismus,  II,  p.  1 30,  n'a  donc 
de  l'importance  que  pour  la  qualité  de  la  voyelle. 

2.  Coma  et  estomago  pourraient  du  reste  aussi  faire  partie  des  premiers 
exemples. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  295 

$2<;),  huvias  obvias  [Alex.  $68,  J  R.  222],  uvia  obvia  [Looies  196), 
aburra  abhorreat  iJR.  104Ï.  Ces  mots,  qui  appartiennent  tous  à  la 
conjugaison,  étant  en  désaccord  avec  ceux  où  l'y  a  fermé  l'o  ouvert  et 
ces  exceptions  manquant  de  raison  phonétique,  je  suis  porté  à  croire  que 
cubrir,  puiar,  nuzir,  uviar,  aburrir,  avec  un  u  tout  à  fait  régulier,  et  les 
autres  formes  accentuées  sur  la  terminaison  ont  petit  à  petit  donné  Vu 
aux  exemples  ci-dessus.  Car  il  s'agit  ici  de  u  -f-  i :  =  o  -|-  /  et  de 
u  -J-  y  =s  0  -f-  i  (atone). 

U. 

0  =  ti..Les  exceptions  que  voici,  étudiées  déjà  par  Fôrster  :  dubio, 
ruvio,  lluvia,  deluvio ,  estudio ,  huyo,  turbio,buitre,escucho,muclw,azufre  — 
'  azuifre  ',  cumbre2  (port,  came)  =  * cuimine  culmine,  lucha,  trucha,  ducho 
[duecho  Milagros  149  =  *duytyo1,  qui  ne  peut  pas  venir  de  doctus, 
prouvent,  avec  ce  que  nous  avons  dit  du  maintien  de  Ve,  de  \'i  et  de  l'o, 
que  le  savant  professeur  de  Bonn  a  tort  d'expliquer  Duero,  aguero,  sal- 
muera,  ciguena,  comme  il  le  fait'.  Diez  a  vu  le  vrai,  Gramm.,  I,  p.  183 
et  J5  8,  en  admettant  pour  tous  ces  mots  l'attraction  4.  Cuero  et  muero 


!.  Vu  posttonique  de  su  1  f  u  r  suffit  peut-être  à  expliquer  azufre  qui  aurait 
perdu  17  par  dissimilation.  Le  portugais  a  enxâfre,  comme  aussi  dôce. 

2.  Il  est  inutile  d'admettre  que  la  nasale  a  maintenu  l'a.  Cf.  Fôrster,  Umlaut, 

p.  si4-  . 

3.  Beitrdge  zur  romanischen  Lautlehre,  p.  498  et  p.  516,  où  il  pense  que  Vu 
s'est  changé  en  0  ouvert.  Nous  ne  croyons  pas  non  plus  que  l'o  (fermé)  soit 
devenu  ouvert  dans  le  suffixe  -orio.  Asmaduero  S  Millan  306,  et  cobdiçiaduero 
Milagros  2,  s'expliquent  très  bien  par  le  changement  de  -oiro  en  uiro,  d'où 
-ucro  avec  déplacement  d'accent.  Les  formes  en  -cro  que  nous  rencontrons  dès 
le  xme  siècle  (cobdiciadero  Milagros  333,  monedera  monitoria,  Milagros  290) 
sont  tout  à  fait  conformes  à  la  phonétique  espagnole  qui  en  ce  point  rappelle 
la  transformation  de  ol  en  e  en  français. 

4.  ui  est  devenu  ué,  cf.  l'anc.  esp.  cucta  =  cuita,  cuédo  =  cuido  et  les  rimes  de 
J  R.,  rueda,  pueda,  coeda,  denueda  275,  mucdo,  cuedo,  pucdo,  dcnuedo  975. 
Cette  dipthongue  a  donné  aussi  a  comme  le  prouvent  les  rimes  de  Juan  Ruiz  : 

rnuda,  aiuda,  cuda  (à  rétablir  au  lieu  de  coida),  rtcubda,  490, 

ayuda,  muda,  cuda,  muda,  669, 

se  muda,  cuda,  desnuda,  acuda,  1  $06, 
et  les  graphies  cudé,  Duelo  139,  et  cudava,  Alex.  331,  463. 

Nous  trouvons  aussi  fréquemment  uci.  Les  mêmes  textes  offrent  des  variations 
comme  celles-ci  :  cuydo  cogito  Apol.  477,  cuydan  P.  delCid  301 1,  cuejido  S. 
Dom.  851,  cueydd  S.  Millan  262,  cucdo  P.  del  Cid  2130,  Alex.  25  94  914, 
FG.  305  444,  cueda  P.  dcl  Cid  556,  aiedan  P.  del  Cid  1839  3622  3687,  cuedô 
Alex.  161  339;  cuita  cocta  =  coacta  (cf.  Caper  cité  par  Schuchardt, 
Vokalismus,  II,  p.  516  :  coactus  non  coctus  dicendum  2240  P,  Gram- 
matici  latini,  éd.  Keil,  vol.  VII,  p.  94,  16.  Diez  tire  ce  mot  de  cocta re, 
fréquentatif  hypothétique  de  coquere,  étymologie  que  je  ne  puis  approuver 
à  cause  du  sens)  S.  Millan  208,  Apol.  481,  cueyta  S.  Millan  128  135   \\i  230. 


294  J-  C0RNU 

présentent  peut-être  à  la  fois  la  diphtongaison  et  l'attraction,  comme 
semble  l'indiquer  la  graphie  cueyro  du  Fuero  Juzgo  '.  Il  est  possible  que 
hue  ou  vue  hodie  de  l'Alex.  (58  66  1014Ï  doive  s'expliquer  de  même. 
Nuech,  dans  le  même  texte  (v.  1263I,  répondrait  exactement  au  fr.  nuit. 

L'élément  palatal  a  maintenu  Vu  de  yugo.  Cruz  a  probablement  gardé 
Pu  par  l'influence  de  l'Eglise  (Schuchardt). 

Les  cas  où  Vu  est  devenu  ue,  si  je  laisse  de  côté  les  erreurs  de  con- 
jugaison, se  réduisent  à  un  seul  plus  que  douteux.  Cueva,  port,  côva, 
n'a  rien  à  faire  avec  cubare,  comme  Schuchardt  l'a  vu  depuis  long- 
temps, voir  Vokalismus,  1,  p.  178.  Mais  cueva  n'est  pas  *covea  au 
lieu  de  cavea.  Le  port,  côva,  qui  a  Vo  ouvert,  s'y  oppose.  C'est  ou 
bien  un  substantif  verbal  tiré  de  covare  =  cavare,  ou  bien  un  fém. 
formé  sur  covus.  Nuera,  comme  il  me  semble  l'avoir  lu  quelque  part,  a 
subi  de  bonne  heure  l'influence  de  soror.  Culebra  a  également  été 
expliqué.  Reste  nuez,  port,  nôz,  qui  me  paraît  bien  exiger  une  base 
'nocem.  Mais  il  n'est  pas  plus  extraordinaire  que  le  port.  vôz. 

Les  faits  viennent  donc  confirmer  de  la  manière  la  plus  brillante  la 
théorie  de  Schuchart,  théorie  d'après  laquelle  Pu  exercerait  sur  les 
voyelles  la  même  influence  que  Pi2. 

L'essence  du  phénomène  étudié  est  V assimilation,  quel  que  soit  le  nom 
qu'on  lui  donne.  Nous  l'avons  nommé  ainsi  sur  l'exemple  d'Ascoli, 
lorsque,  il  y  a  une  dizaine  d'années,  nous  consacrions  nos  loisirs  à 
l'étude  des  dialectes  des  Alpes  fribourgeoises  et  vaudoises,  qui  en  offrent 
de  nombreux  échantillons. 

Les  voyelles  ouvertes  engendrent  des  voyelles  ouvertes  et  les  voyelles 
fermées  des  voyelles  fermées  (port,  mêdo,  novo,  mais  ora,  fertnôsa),  et 
certaines  consonnes  exercent  sur  les  voyelles  une  action  toute  pareille 
[cama  en  port,  avec  un  a  fermé).  Si  en  théorie  toutes  les  voyelles  peu- 
vent se  colorer  ou  se  nuancer  réciproquement,  le  rôle  prépondérant  dans 
ces  modifications  appartient  à  Pi  et  à  Pu,  les  voyelles  les  plus  fermées,  et 
il  est  à  remarquer  que  Pi,  à  cause  de  son  acuité,  agit  avec  plus  de  force 
que  Vu.  L'iï  exerce  aussi  une  influence  puissante  dans  les  langues  qui 
possèdent  cette  voyelle.  En  recherchant  pourquoi  il  en  est  ainsi,  nous 
remarquons  que  la  bouche  éprouve  un  certain  effort  à  prononcer,  par 
exemple  a-i,  è-i,  à-i,  a-u,  è-u,  o-u,  que  l'effort,  diminué  pour  é-i,  o-i, 
6-u,  est  moindre  encore  pour  u-i,  i-u,  i-i,  u-u.   Supposons  les  deux 


cueitado  S.  Millau  196,  cucta  P.  del  Cid  1189  2360,^/^.490;  vueytrrcFG.  175 
=  buitre.  —  Diez  ne  cite  pas  sutno  somnium,  qui  présente  aussi  l'attraction. 

1.  J'abandonne  maintenant  cette  explication.  Cuao  remonte  à  *  cuiro,  côiro. 

2.  Zeitschrift  fur  rom.  Philologie,  1880,  p.  114. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  29$ 

formules  a-i  et  i-a  que  nous  trouvons  réunies  dans  mirabilia.  L'a  dans 
l'une  deviendra  /  en  passant  par  è  et  é  :  mirivilha  ;  Yi  dans  l'autre  se 
changera  en  a,  en  passant  par  é  et  è  :  maririlha. 

Quoique  nous  ayons  sur  l'assimilation  des  voyelles  des  matériaux 
abondants  entre  les  mains,  nous  ne  pouvons  pour  le  moment  en  faire 
usage.  Mais  si  nous  pensions  à  faire  une  étude  générale  sur  le  sujet, 
nous  la  diviserions  en  trois  chapitres,  dont  le  premier  embrasserait  les 
cas  étudiés  en  partie  par  Fôrster,  c'est-à-dire,  ceux  où  la  voyelle  pas- 
sive ou  assimilée  est  tonique,  le  second  ceux  où  elle  est  atone 
tandis  que  l'assimilante  est  tonique,  et  le  troisième  ceux  où  les  deux 
voyelles,  l'assimilante  et  l'assimilée,  sont  atones.  A  la  suite  viendraient 
les  phénomènes  analogues  produits  par  les  consonnes. 


Ayant  lu  et  relu  l'importante  étude  que  Fôrster  a  consacrée  au  même 
sujet  dans  ses  Beiîràge  zur  romanischen  Lautlehre  [Zeitschrift  fiir  rom. 
Philologie,  1879)  et  m'étant  trouvé  sur  plus  d'un  point  en  désaccord  avec 
lui,  j'ai  cru  devoir  joindre  à  ces  remarques  celles  que  cette  lecture  m'a 
suggérées  et  où  je  ne  contredis  point  pour  le  plaisir  de  contredire.  Mais 
il  me  reste  peu  à  glaner  après  les  excellentes  observations  de  Schuchardt 
[Zeitschrift  fur  rom.  Philologie,  1880,  p.  1 13-12  3)  et  de  G.  Paris  (Romania, 
1880,  p.  330-332). 

P.  494.  Fôrster  fait  venir  les  parfaits  portugais  li  etcndelêgi  et 
crêdi.  Ils  sont  identiques  aux  parfaits  espagnols  lei  et  crei  et  étaient 
anciennement  lu  et  crû  avec  une  assimilation  des  voyelles  extrêmement 
répandue  en  vieux  portugais.  C'est  en  vertu  de  cette  même  assimilation 
que  ténia  et  venia  sont  devenus  tinia  et  vinia,  d'où  *tii~ha  *  vii~ha,  tiinha 
viinha.  Ces  dernières  formes,  qui  sont  celles  des  anciens  textes,  ont  été 
contractées  ensuite  en  tinha  et  vinha.  Cf.  ladainha. 

Punha,  anc.  port,  pointu,  d'où  puinha,  n'offre  pas  non  plus  un  dé- 
placement d'accent.  Voir  p.  506,  où  Fôrster  se  range  à  l'opinion  de 
Diez  [Gramm.,  II,  p.  195). 

L'esp.  ai  ne  vient  pas  de  dëdi,  mais  est  dëdi,  d'où  dedi  avec  un  e 
fermé,  d'où  *didi,  d'où  *dii  contracté  de  très  bonne  heure  en  ai.  Cf. 
l'anc.  esp.  vini,  qui  est  venui,  comme  le  prouve  la  troisième  personne 
vieno,  qui  est  une  forme  assez  répandue  dans  les  anciens  textes  et  qui 
vit  encore  en  asturien,  comme  me  l'apprend  Schuchardt.  Vendi  serait 
d'après  Fôrster  formé  sur  le  parfait  de  la  quatrième.  Rien  ne  s'oppose 
à  une  base  vendcdi.  Je  crois  même  qu'il  y  a  de  bons  arguments  pour 


296  J.    CORNU 

l'établir'.  Dans  tout  ceci  Fôrster  part  du  principe  erroné  que 
IV  fermé)  -f-  i  peut  seul  devenir  /'.  Mais  si  Vi  change  Ve  ouvert  en 
e  fermé,  je  ne  vois  pas  pourquoi  le  même  i,  continuant  à  vivre,  ne 
pourrait  pas  faire  un  i  d'un  e  fermé.  Les  formes  espagnoles  iibio  te pi- 
dus,  tidio  taedium  [Berceo)  et  les  portugaises  dizima,  pirtiga  confirment, 
je  crois,  ma  manière  de  voir. 

P.  497.  Exilio,  arbitrio  et  familia  en  esp.  et  en  port,  sont  d'origine 
savante. 

P.  496.  A  ajouter  aux  exemples  l'esp.  cirio. 

P.  496.  J'aurais  cité  ici  outil,  anc.  fr.  ostil,  ustil  =  *utisl,  qui  est, 
malgré  Diez  2,  certainement  utensile. 

P.  499.  L'esp.  rojo  iport.  rôxo)  ne  vient  pas  de  rubeus,  comme  dit 
Forster,  ni  de  russus,  comme  dit  Diez,  Etym.  Wôrterbuch.,  I.  C'est  le 
latin  russeus. 

Calumnia,  esp.  et  port.,  est  d'origine  savante. 

Pueyrê  ne  demande  pas  nécessairement  une  base  *  pavoria,  comme 
je  l'ai  admise  aussi,  Phonologie  du  bagnard,  72.  *  Pavura  au  lieu  de 
pavore-  suffit  à  expliquer  cette  forme.  Le  français  peur  ne  peut  pas 
être  *  pavoreum. 

P.  503.  Sur  le  port,  siso,  l'esp.  et  le  port,  sisa,  voir  plus  bas,  p.  305. 

P.  504.  Sentes,  dormes  et  sobes  en  port,  ne  peuvent  être  que  des 
formes  analogiques.  Sentis,  dormis  et  subis  auraient  dû  donner 
sintes,  durmes  et  subes.  Cf.  les  anciens  impératifs,  sinte,  durme  et  sube. 

Une  forme  crejo  m'est  inconnue,  c'est  creio  qu'il  fallait  dire.  Auço  et 
auça  sont  des  fautes  d'impression  au  lieu  de  ouço,  ouça, 

P.  505-506.  En  portugais  presque  tous  les  0  atones  avant  et  après 
l'accent  se  prononcent  u.  Dormimos  devrait  s'écrire  durmimux  pour  être 
conforme  à  l'usage.  Cubrir,  cuspir,  tussir,  représentent  la  prononciation 
actuelle,  et  cobrir,  cospir,  tossir,  l'ancienne  orthographe,  conforme  une 
fois  aussi  à  l'usage. 

P.  507.  Les  formes  esp.  siento  et  duermo  ne  s'expliquent  pas  aussi 
simplement  que  le  pense  Forster.  Ni  siento  n'est  sentio  ni  duermo  d or- 
mi  0.  Siento  est  né  de  siente  et  duermo  de  duerme.  *  Petio  ne  pourrait  en 


1.  Grober  {Zcitschri/t  fur  rom.  Phil.,  1882,  p.  174)  est  du  même  avis  que 
Forster  et  rejette  l'explication  que  nous  avons  donnée,  Romania  1881,  p.  217, 
des  parfaits  en  -di.  L'analogie  joue  un  grand  rôle  dans  la  déclinaison  et  la  con- 
jugaison (et  aussi  dans  la  syntaxe),  mais  il  n'est  permis  d'y  recourir  que  quand 
ia  phonétique  nous  laisse  en  délaut.  Si  Grober  sortait  du  domaine  français,  il 
verrait  que  notre  manière  de  voir  est  confirmée  par  des  faits  aussi  nombreux  que 
probants. 

2.  Etym.  Wôrterbuch,  II  c,  s.  v. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  297 

aucun  cas  donner  à  l'origine  ni  piedo  ni  pido.  La  conjugaison  théorique 
serait  * peço,  p'uies,  piede  'qui  se  rencontre),  pedimos  ou  pldimos,  pedides 
ou  pidides,  pieden  [Vi  de  la  troisième  personne  plurielle  s'étant  perdu  de 
très  bonne  heure).  Pido  ne  peut  venir  de  *  petio  que  si  nous  admettons 
que  la  dentale  a  persisté,  maintenue  qu'elle  était  par  toute  la  con- 
jugaison à  l'exception  du  présent  du  subjonctif;  mais  il  me  paraît  plus 
simple  de  tirer  pido  de  pides  et  de  l'imp.  pide  que  d'admettre  cette 
irrégularité  phonétique. 

Si  Ve  reste  dans  la  formule  c-î,  il  n'en  était  pas  de  même  en  ancien 
espagnol.  Il  y  a  eu  une  époque  où  elle  devenait  régulièrement  i-i.  Mais 
pourquoi  dit-on  sintiô,  sintieron,  mais  vendiô,  vendieron?  C'est  une  ques- 
tion que  Fôrster  ne  pose  point.  Je  crois  cependant  qu'elle  devait  être 
posée.  Les  motifs  d'euphonie  que  Diez  '  fait  valoir  pour  expliquer  les 
premières  de  ces  formes  n'existent-ils  pas  pour  les  secondes  et  leurs 
pareilles  ? 

P.  514.  En  citant  astilla,  mejilla,  martillo,  cuchillo,  il  n'eût  pas  été 
inutile  de  rappeler  les  anciennes  formes  en  -iello  -iella  et  de  dire  pour- 
quoi bellus  est  resté  bello. 

Pour  finir,  une  remarque  toute  personnelle  relative  à  ce  que  j'ai  dit 
de  l'influence  de  Vi  atone  sur  les  voyelles  toniques,  Romania,  1878, 
p.  360-361.  Ce  que  Forster  dit  en  passant  que  je  ne  savais  pas  (p.  493), 
je  le  savais  fort  bien.  S'il  voulait  citer  Diez,  il  ne  devait  pas  parler  du 
Dictionnaire  étymologique,  mais  de  la  Grammaire  des  l.  r. ,  vol.  II,  p.  83, 
que  j'avais  eue  sous  les  yeux  en  traitant  accidentellement  de  l'it.  egli, 
quegli  et  questi,  de  l'anc.  esp.  elli  et  esii,  et  de  l'anc.  port.  eli.  Je  n'avais 
du  reste  nullement  la  prétention  de  dire  quelque  chose  de  neuf,  en  les 
rapprochant  des  bases  latines  en  -ic  et  en  voulant  appuyer  l'explication 
de  Mussafia,  rejetée  par  Diez,  au  sujet  de  1'/  de  il,  icil,  cil,  ist,  icist, 
cist. 


OBSERVATIONS    ETYMOLOGIQUES 

ARIENZO. 

Le  Dictionnaire  de  l'Académie  espagnole  cite  comme  vieilli  un  mot 
arienzo  qu'il  explique  par  «  moneda  antigua  de  Castilla  »,  mot  que  nous 
avons  rencontré  dans  un  passage  de  S.  Millan  (473)  : 


1  Gramm.,  I,  p.  195. 


298  J.    CORNU 

Monzon  e  Baltanàs  deven  cada  posada 
Con  todas  sus  alfoçes  arienzos  en  soldada. 

L'ancien  portugais  a  la  forme  correspondante  arenzo  qui  se  trouve 
dans  un  passage  du  forai  de  Folgosinho  de  1 187  cité  par  Santa  Rosa  de 
Viterbo  :  Et  de  Ma  carregadura  dent  in  portatico  uno  arenzo.  C'est  le  latin 
argenteus. 

CALANNO-A. 

Diez  cite  dans  le  Dict.  étym.,  II,  b,  un  mot  calcina,  sur  lequel  le  Dic- 
tionnaire de  l'Académie  espagnole  s'exprime  comme  il  suit  :  «  Muestra, 
modelo,  patron,  forma,  met.  fndole,  calidad,  naturaleza  de  la  persona  6 
cosa;  y  asi  se  dice  :  es  de  buena  6  mala  calaiïa.  »  Les  poètes  des  xme 
et  xive  siècles  n'ont  pas  ce  substantif,  mais  bien  un  adjectif  calanno-a 
avec  le  sens  «  pareil,  semblable  »,  adjectif  qui  a  évidemment  la  même 
origine  et  qui  est  cité  également  par  le  Dictionnaire  de  l'Académie  espa- 
gnole. Gonz.  de  Berceo  l'emploie  souvent  : 

Cuntiô  en  essi  tiempo  una  buena  hazanna  : 


Bien  es  de  los  miraclos  semeiant  e  calanna,  Milagros  j  $  2 . 
Panno  era  de  preçio,  nunca  vid  su  calanno,  Milagros  609. 
Vio  grandes  quirolas,  proçessiones  tamannas 
Que  nin  udiô  nin  vîo  otras  desta  calannas,  Milagros  700. 

Voir  aussi  S.  Dom.  $6  273,  Sacrif.  202,  Milagros  1 59,  S.  Oria  20  52, 
Apol.  259,  Alex.  874,  Fera.  Gonz.  $43. 

Diez  tire  avec  une  certaine  hésitation  calaha  de  qualis,  mais  le  suf- 
fixe -ANE A,  le  seul  auquel  nous  puissions  penser,  nous  paraît  ici  bien 
peu  probable.  Calanno-a  renferme  qualis.  Il  est  formé  sur  tamano-a 
tam  magnus-a.  On  s'attendrait  à  quaîanno,  mais  tamano  a  causé  la  chute 
anormale  de  Vu. 

COSECHA. 

Diez,  Dict.  étym.,  II  b,  tire  l'esp.  cosecha  «  moisson  »  de  consecta, 
quoique  le  sens  de  consecare  «  couper  en  menus  morceaux  »  ne  con- 
vienne nullement,  et  Baist,  Zeitschrift  fin  rom.  Pail.,  1S81,  p.  236,  ac- 
cepte cette  étymologie.  Cependant  l'auteur  de  la  Grammaire  des  langues 
romanes  était  bien  près  du  vrai,  car  dans  le  même  article  il  a  reconnu 
que  cogecha  (La  semienza  es  poca,  la  cogecha  granada,  Sacrif.  132),  écrit 
aussi  coyecha,  est  le  même  mot  que  le  port,  colhcita.  Plus  tard  Car.  Mi- 
chaelis  de  Vasconcellos,  Sludien  zur  romanischen  Wortschopfung,  p.  $8,  a 
affirmé  avec  raison  que  cosecha  avait  la  même  origine  que  l'anc.  esp.  co- 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  299 

gecha.  Mais  je  ne  puis  approuver  en  tout  point  la  genèse  de  cosecha  pro- 
posée par  la  savante  dame  \collcct.i  coliccha  cogecha  cohecha  cosecha^. 
Collecta,  après  avoir  subi  l'influence  de  collier,  qui  a  précédé  coyer  et 
coger,  est  devenu  coyecha,  cogecha,  coxecha  (x  =  ch  fr.),  puis  par  dissi— 
milation  coscch.i. 

Comme,  malgré  cet  exposé,  il  n'est  point  impossible  que  quelqu'un 
continue  à  prétendre  que  cosecha  vient  de  consecta,  je  demande  à 
mon  futur  contradicteur  qu'il  veuille  bien  montrer  que  cosecha  a  existé 
en  anc.  esp.  à  côté  de  coyecha. 

CUEMO. 

Quômôdo  a  donné  en  ancien  espagnol  quomo  [Sacrif.  257,  Duelo  67 
68  99',  commo  ou  como,  la  forme  la  plus  fréquente,  cumo  dans  le  Mys- 
tère des  Rois  Mages  (vv.  69  90  141  de  l'édition  de  Hartmann),  corn  ou 
ciim1  P.  del  Cid  1753,  3518,  et  souvent  dans  Gonz.  de  Bercco,  où  les 
copistes  l'ont  plus  d'une  fois  changé  en  como),  et  cuemo,  qui  est  la 
forme  ordinaire  de  l'Alex.,  et  dont  il  y  a  plusieurs  exemples  dans  le  P. 
du  Cid  : 

Cuemo  lo  mandé  myo  Cid,  assi  lo  an  todos  ha  far,  322. 

O  cuemo  saiiera  de  Castiella  Albarfanez  con  estas  duenas que  trahe!  1512. 

Assi  lo  otorga  don  Pero,  cuemo  se  alaba  Ferrando!  2340. 

Cuemo  la  una  de  la  carne  ellos  partidos  son,  2642. 

Cuemmo  de  buen  seso  a  Molina  se  tornô  !  2688. 

Cuemo  yo  so  su  vassallo,  e  el  es  myo  senor,  2905. 

Hya  vos  sabedes  la  ondra  que  es  cuntida  a  nos, 

Cuemo  nos  han  abiltados  yfantes  de  Carrion,  2942. 

Lengua  sin  manos,  cuemo  osas  fablar?  3328. 

Que  cuemo  es  dicho  assi  sea  0  meior,  3426. 

Dans  le  P.  du  Cid  l'emploi  de  commo  ou  de  cuemo  est  déterminé  par 
le  sens.  La  première  de  ces  formes  est  sans  accent.  C'est  la  particule 
comparative  pure  et  simple  :  assi  commo  par  exemple  est  constant.  La 
seconde  est  fortement  accentuée  parce  qu'elle  est  ou  interrogative,  ou 
exclamative,  ou  emphatique  (v.  2942),  ou  corrélative  de  assi  en  tête  des 
comparaisons 2.  Mais  quômôdo,  avec  un  0  long,  ne  peut  pas  donner  cuemo , 


1.  Cf.  quand  ou  yuan,  quando,  dans  Gonz.  de  Bcrceo. 

2.  Mais  cette  règle  souffre  quelques  exceptions  : 

Commo  a  la  mi  aima  yo  tanto  vos  queria,  275. 
Veyenlo  los  de  Alcoçer,  Dios  commo  se  alaban  !   580. 
I  Commo  son  las  saludes  de  Alfonsso  myo  senor  ?  1921. 
Si  dans  ces  trois  exemples  nous  trouvons  commo  au  lieu  de  cuemo,  en  revanche 
Jamais  cuemo  n'est  mis  au  lieu  de  commo. 


JOO  J.    CORNU 

et  pourtant  il  le  donne.  Reportons-nous  à  l'époque  où  Yô  était  uo,  nous 
trouverons  tout  naturel  que  quomodo  ait  suivi  la  même  marche  que 
cette  diphtongue.  Cuemo  est  une  preuve,  superflue  il  est  vrai,  que  Yô  a 
passé  par  uo  pour  devenir  ne. 

DENODARSE. 

Diez,  Etym.  Wôrt.,  II  b,  tire  de  nôdus  le  verbe  denodarse  «  atre- 
verse,  esforzarse,  mostrarse  feroz  y  osado  »,  d'où  l'adj.  denodado  «  in- 
trepido,  atrevido  »  et  le  subst.  verbal  denuedo  (port,  denodo)  «  brio, 
esfuerzo,  valor,  intrepidez  ».  Sans  parler  du  sens  discutable  qu'aurait 
une  base  *denodare,ilya  deux  objections  à  faire  à  cette  étymologie. 
La  diphtongaison  de  Yo  en  ancien  espagnol,  dans  Gonz.  de  Berceo  et  Juan 
Roiz,  suffirait  à  elle  seule  à  la  rendre  douteuse,  sinon  impossible  : 

Maguer  que  se  denucden,  regnarâ  sivuel  quando,  Loores  55. 

La  negra  por  ser  blanca  contra  si  se  denueda,  Juan  Roiz,  275. 

Quando  a  la  lucha  me  abaxo, 

Al  que  una  vez  trabar  puedo, 

Derribol,  si  me  denuedo.  Juan  Roiz,  97$. 

L'autre  difficulté  est  la  persistance  du  d  dans  l'adjectif  portugais  deno- 
dado (le  verbe  manquel,  adjectif  qui  est  ancien  dans  la  langue,  comme 
on  peut  le  voir  dans  Santa  Rosa  de  Viterbo,  et  n'est  pas  un  emprunt  de 
l'espagnol. 

Nota  et  nôtula  ayant  passé  en  portugais  sous  la  forme  nôda  et  nôdoa, 
je  crois  qu'il  n'y  a  pas  d'obstacle  à  admettre  comme  base  de  denodarse 
le  latin  se  denôtare,  se  distinguer  d'une  manière  quelconque  et  spé- 
cialement, dans  le  combat,  se  distinguer  par  le  courage. 

DESTORPAR,    ESTORPAR. 

Destorpar  et  estorpar  signifient  «  estropier  »  dans  les  deux  passages 
suivants  : 

La  forma  destorpada  tornô  toda  complida,  S.  Miltan  328. 
Estorpô  mas  de  mill,  enforcô  mas  de  çiento,  Alex.   146. 
Ces  deux  verbes  viennent  de  disturpare  ' .  Si  Diez  les  avait  remar- 
qués, il  n'aurait  pas  voulu  faire  venir  l'it.  storpiare  ou  stroppiare  de  ex- 
torpidare,  et  il  aurait  accepté  l'étymologie  turpis  donnée  jadis  par 


1  On  s'étonnera  que  je  ne  donne  pas  à  estorpar  ex  tu  r  pare  pour  base.  Mais 
nous  sommes  amenés  par  d'autres  doublets  du  même  genre  à  considérer  estorpar 
comme  une  modification  récente  de  destorpar.  Il  y  a  eu  changement  de  préfixe 
et  non  double  création. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  30I 

Muratori.  Voir  Dict.  étym.,  I.  L'esp.  et  le  port,  estropear,  de  même  que 
le  français  estropier,  sont  empruntés  à  l'italien. 


EMBAIR. 

Diez,  Etym.  W'ôrt.  I,  rattache  l'espagnol  embair  à  l'italien  baire  et 
sbaire,  au  provençal  esbahir,  au  français  ébahir,  il  est  vrai  avec  une  cer- 
taine réserve.  Dans  les  passages  où  j'ai  rencontré  ce  verbe,  je  ne  puis  y 
voir  autre  chose  que  le  latin  invadere,  et  je  dois  donner  raison  à  San- 
chez.  S'il  peut  être  traduit  par  «  ébahir  »,  Sacrif.  70  : 

Esta  significançia  vos  querria  dezir, 
Razon  es  neçessaria,  debedes  la  oyr, 
Que  se  vos  preguntaren  sepades  recodir, 
A  muchos  buenos  clerigos  podades  embair, 

ce  sens  n'est  pas  admissible  dans  les  vers  suivants  : 

Las  azes  de  Ios  moros  ya  eran  embaydas, 

Ca  la  ira  de  Cristo  las  avie  confondidas,  S.  Millan  434. 

Dixole  que  vêlasse,  soviesse  perçebida, 

Que  de  temptacion  mala  non  fusse  embaida,  Sacrif.  72. 

Muchos  tovieron  por  embaydos  los  yfantes  de  Carrion,  P.  del  Cid  2309. 

Ebayr  le  cuydan  a  myo  Cid  el  Campeador,  P.  del  Cid  301 1. 

Fueron  de  fiera  guisa  Ios  Griegos  embaydos,  Alex.   590. 

ESCUELLAS. 

On  rencontre  quatre  fois  dans  le  P.  du  Cid  un  mot  escuellas,  dont  le 
Campeador  se  sert  en  adressant  la  parole  à  ses  guerriers  et  que  le  roi 
don  Alfonse  emploie  en  parlant  des  soldats  du  Cid  et  en  haranguant  sa 
cour  et  son  entourage  : 

Quitar  quiero  Casteion,  oyd,  escuellas  e  Minaya,   529. 
Oyd  me,  escuellas,  e  toda  la  mi  cort,   1360. 
A  todas  las  escuellas  que  a  el  dizen  sefior, 
Porque  los  deseredé,  todo  gelo  suelto  yo,   1632. 
Oyd  me,  las  escuellas,  cuendes  e  yfançones,  2072. 

Malgré  les  deux  //' ,  escuellas —  toujours  au  pluriel  —  est  évidemment 
le  scholae  des  écrivains  de  la  décadence.  C'était  un  terme  militaire  qui 
avait  le  sens  de  «  divisions  »,  comme  nous  l'apprend  Végèce  :  in  legio- 
nibus  plures  scholae  sunt,  quae  litteratos  milites  quaerunt,  II,  XVIIII  ;  quasi 


1.  Berceo  a  aussi  escuclla,  S.  Dom.  37. 


302  J.    CORNU 

in  orbem  per  diversas  cohortes  et  diversas  scholas  milites  promoventur,  II, 
XXI;  primi  pili  centurio,  postquam  in  orbem  omnes  cohortes  per  diversas  ad- 
ministraverit  scholas,  in  prima  cohorte  ad  hanc  perveniî  palmam,  in  qua  ex 
omni  legione  infinita  commoda  consequatur,  ibidem.  Il  désignait  aussi  les 
gardes  du  palais,  ainsi  qu'il  ressort  du  passage  suivant  de  Procope  [De 
bello  got.,  IV,  27)  :  "Ap^ovrccre  y.rt.xzQxr^y-o  évoç  tiùv  îià  tou  Tra/aT.'ou 
muÂODCîjç  TîTxyy.svcov  \6/ow,  oû'(J7tsa  g/oVj.ç  ovov.y.Çour.v.  Sur  scholae  voir 
Ducange  s.  v.,  Forcellini  s.  v.,  Notifia  dignitatum,  éd.  Bôcking,  1, 
p.  234,  Pauly,  Real-Encyclopaedie  der  classischen  Alterthumswissenschaft, 
s.  v. 

EXORADO,  P.  dcl  Cid,  v.  733. 

Quai  lidia  bien  sobre  exorado  arzon 
Mio  Cid  Rruy  Diaz  e!  buen  lidiador! 

Dans  les  Etudes  sur  le  P.  du  Cid  \Romania  1881,  p.  85],  j'ai  eu  tort 
de  vouloir  rattacher  exorado  au  prov.  cissaurat  et  de  ne  pas  suivre  San- 
chez  et  Damas-Hinard,  qui  traduisent  ce  mot  par  «  dorado  »  et  «  doré  ». 
Dans  le  Fragmento  de  un  poema  castcllano  antiguo  publié  d'abord  par  le 
marquis  de  Pidal  et  une  seconde  fois  par  Octavio  de  Toledo,  Zeitschrift 
fur  rom.  Philologie  1878,  p.  60-62,  je  trouve  los  frenos  esorados,  où  le 
sens  «  doré  »  est  le  seul  qui  convienne.  Ce  qui  m'avait  embarrassé  n'était 
point  l'épithète  ',  mais  bien  la  composition  du  mot. 

GOLONDRINA. 

Quelle  est  Pétymologie  de  l'espagnol  golondrina,  dont  le  primitif  go- 
londro  signifie  convoitise,  désir?  demande  Diez,  Dict.  étym.  I,  s.  v. 
rondine. 

En  dépit  de  l'apparence,  je  crois  que  ces  deux  mots  n'ont  entre  eux 
aucune  parenté.  Golondrina,  dont  je  n'ai  pas  d'exemples  antérieurs  au 
xive  siècle  [Juan  Roiz  201  719  720),  est  identique  au  portugais  ando- 
rinha.  Tous  les  deux  ont  pour  base  une  forme  hypothétique  *  urundrina 
ou  * orondrina,  qui  est  hirundo,  *urundo,  *urundre  [cf.  alguandre), 
urundr  -|-  îna.  En  portugais,  pour  arriver  à  andorinha,  ^orondrina 
est  devenu  par  dissimilation  *  orondina,  *  arondinha,  et  par  une  forte  mé- 
tathèse  andorinlia,  à  moins  que  ce  mot  n'ait  subi  l'influence  du  verbe 
andar.  Quant  à  l'espagnol  golondrina,  il  reproduit  exactement  la  base 


1.  Il  est  fait  mention  ailleurs  de  selles  dorées,  voir  Juan  Roiz,  234  : 
Do  es  tu  noble  freno  e  tu  dorada  silla? 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  303 

hypothétique,  si  l'on  tient  compte  de  ce  que  le  premier  r  a  été  changé 
en  /  par  dissimilation  et  que  le  g  initial  est  intercalaire  da  *  olondrina,  la 
golondrin.i  .  Cf.  agora  ' ,  à  côté  de  ahora  ou  aora  que  je  rencontre  ici  et 
là  dans  les  anciens  textes  espagnols  S.  Dom.  1 34,  Duelo  78,  Alex.  2485, 
Juan  Roiz  24^,  Conde  Lucanor,  éd.  Ketteri,  cadaguno  dans  le  P.  de  José, 
fagueno  favonius,  mangual,  menguar,  regunçar  renuntiare  dans Gonz. 
de  Berceo2,  et  voir  à  ce  sujet  Diez,  Gramm.,  I,  p.  189,  et  Schuchardt, 
Zeiischrift  fur  rom.  Philologie,  1881,  p.  312. 

PECHOS.    —  VIRTOS. 

Pechos  est  la  forme  constante  des  plus  anciens  textes  espagnols  : 

Metiél  la  lança  por  los  pechos,  P.  del  Cid  3633. 
Quando  fiere  en  sus  pechos,  clamase  por  culpado,  Sacrif.   33. 
Queria  bâtir  sus  pechos,  mas  non  habia  sazon,  S.  Oria  138. 
Grandes  feridas  diô  a  sus  pechos,  Maria  egipc.  p.   310  b. 
Echo  sus  braços  sobre  sus  pechos,  Maria  egipc.  p.  317  b. 
Escudo  contra  pechos,  en  mano  (\a)  su  espada,  Fern.  Gonz.  497. 
Catô  contra  sus  pechos  el  aguila  ferida,  Juan  Roiz  262. 

Voir  aussi  S.  Dom.  2^2  550,  S.  Millan  440,  Sacrif.  46  206  227  228 
229,  Milagros  386  808,  Duelo  20,  Himno  I,  3,  Apol.  469,  Maria 
egipc.  p.  313  a,  Alex.  987  994  2331,  Juan  Roiz  11  13,  Sem  Tob  45, 
presque  tous  des  passages  où  le  singulier  serait  plus  naturel.  La  première 
exception  que  nous  ayons  rencontrée  est  de  l'archiprêtre  de  Hita, 
1 520,  fazes  enronquecer  el  pecho. 

Le  pluriel  n'est  qu'apparent,  car  pectus  devait  devenir  à  l'origine  pe- 
chos, forme  qui  venait  se  ranger  tout  naturellement  parmi  les  pluriels  en 
-os  et  exigeait  en  conséquence  l'article,  le  démonstratif,  le  possessif  et 
l'adjectif  au  pluriel.  Uebos,  S.  Millan  162  : 

Embiôlo  Tuençio  de  sos  uebos  guisado  5, 

doit  être  expliqué  de  la  même  manière. 


i.  Que  ceux  qui  veulent  voir  dans  ^gora  le  latin  hac  ora  expliquent  d'abord 
pourquoi  nous  trouvons  toujours  en  ancien  espagnol  ogr.no  et  en  ancien  portu- 
gais ogcno.  Ahora  et  agora  ne  peuvent  guère  venir  de  ad  horam,  mais  sont 
l'adverbe  ora  lad  horam)  précédé  de  la  préposition  a,  comme  Diez  l'a  dit  de 
la  première  de  ces  formes. 

2.  Les  formes  auucros  P.  ddCid  2615,  auoreroS.  Dom.  701,  et  aueraniUAN 
ROIZ  1 185  me  paraissent  prouver  que  g  de  aguero,  agorero  et  agorar  n'est  pas 
le  g  latin,  mais  est  intercalaire. 

3.  Cet  exemple  a  déjà  été  relevé  par  Wilhelm  Meyer,  Schicksaledes  lat.  Neu- 
trums  im  Romanischcn,  p    40. 


304  J.    CORNU 

Les  raisons  que  nous  avons  données  jadis  [Romania,  1881,  p.  ji] 
pour  établir  que  le  virtos  du  P.  du  Cid  est  le  latin  virtus  nous  paraissent 
aujourd'hui  aussi  convaincantes  qu'alors.  Quand  ni  le  sens  ni  la  forme 
ne  font  difficulté,  pourquoi  chercherions-nous  midi  à  quatorze  heures? 
Les  objections  que  Baist  présente  contre  notre  étymologie,  Zeitschrift  fur 
rom.  Philologie,  1882,  p.  169,  nous  ne  les  attendions  pas  d'un  confrère 
qui  se  distingue  par  l'étendue  des  connaissances  et  un  esprit  judicieux. 
Le  singulier  virto,  «  force,  violence  »,  mot  qui  m'était  bien  connu,  ne 
vient  pas  de  virtud,  qui  ne  pourrait  avoir  l'accent  que  sur  la  dernière  ; 
c'est  un  nouveau  singulier  tiré  de  virtos,  comme  pecho  de  pechos, 
cucrpo  de  *corpos,  lado  de  *lados,  tiempo  de  *  tempos.  Alléguer,  pour 
rendre  cette  explication  vraisemblable,  les  formes  ital.  tempésta  et  po- 
désta  et  vouloir  les  tirer  de  tempestdt  et  potesîât,  c'est  nier  la  persistance 
de  l'accent,  ce  que  Baist  ne  voudra  pas  faire  '. 

Quant  au  sens,  virto  est  à  virtos  comme  vis  à  vires  et  force  à  forces. 
Il  désigne  des  forces  militaires.  —  Sur  Vi  de  virtos  voir  repiso,  note. 

APOS,  EMPOS,  PUES,  DESPUES. 

Post  se  retrouve  dans  les  deux  prépositions  vieillies  apos  et  empos, 
écrites  souvent  en  deux  mots  (port,  apôs,  depôs  vieilli,  empôs),  dans  la 
conjonction  pues  (port,  pois),  dans  l'adverbe  despues  ou  depues  (anc.  port. 
despois,  port.  mod.  depois). 

Pourquoi  tantôt  pues,  tantôt  pos?  Comme  prépositions,  apos  et  empos 
sont  proclitiques  :  apos  esto,  enpos  nos,  empos  ellos,  et  en  vertu  de  la  pro- 
clise  l'o  ne  subit  pas  la  diphtongaison,  tandis  que  l'individualité  de  la 
conjonction  et  de  l'adverbe  la  provoque.  Les  prépositions  portugaises 
apôs  et  empôs,  où  l'o  reste  ouvert,  semblent  s'opposer  à  cette  manière  de 
voir,  mais,  quand  plusieurs  monosyllabes  se  suivent  unis  étroitement  par 
le  sens,  dans  jd  là  vou  par  exemple,  le  portugais  a  la  particularité  de 
pouvoir  donner  l'accent  fort  à  chacun  d'eux 

REPISO.  —   S1SA. 
Repiso  en  ancien  espagnol  est  le  participe  passé  de  repentirse.  Voir  S. 


1.  Au  sujet  du  nominatif  carJo,  je  dois  m'excuser  de  l'avoir  cité  sans  con- 
trôle d'après  Diez,  Gramm.,  II,  p.  S,  car  il  n'est  pas  enregistré  par  les  diction- 
naires que  j'ai  sous  la  main.  Quant  à  sastrc,  je  continuerai  à  y  voir  le  latin 
sartor  (*sartro,  *sastro)  avec  la  même  dissimilation  que  dans  pesquerir  au 
lieu  de  perquerir,  aussi  longtemps  qu'on  ne  nous  indiquera  pas  une  étymologie 
plus  vraisemblable. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  305 

Dom.  62  219,  S.  Millan  443,  Loorcs  61,  Milagros  392  437  774782,  P. 
del  Cid  3569,  Apol.  $92,  Maria  egipc.  p.  311,  Alex.  190,  Juan  Ro/z  67. 

Quoique  les  textes  du  moyen  âge  ne  nous  donnent  ni  un  parfait,  sisi 
de  sensi,  ni,  sous  l'empire  de  cette  forme,  un  participe  siso  au  lieu  de 
scsû,  sensus1,  nous  n'hésitons  pas  à  considérer  repiso  comme  né  de 
de  *siso  par  analogie. 

Il  est  probable  que  sisa,  espagnol  et  portugais,  s'il  vient  de  censa, 
comme  je  crois,  a  un  i  pour  la  même  raison.  Le  parfait  censi  devait 
devenir  *cisi,  d'où  le  participe  *ciso. 

SIESTO,   SIESTA,   SESTAR,   ASESTAR,   ENSESTAR. 

Diez,  Dict.  étym.,  I,  s.  v.  sesta,  attribue  à  l'ancien  espagnol  siesto  le 
sens  de  «  ordre,  mesure  »,  mais  les  passages  que  voici  prouvent  qu'il 
signifie  «  assiette  »  ou  «  l'espace,  l'endroit  occupé  par  un  objet  quel- 
conque »  : 

Assaz  queria  la  carne  el  diablo  con  ella 

Tollerlo  de!  buen  siesto,  meterlo  a  la  pella,  S.  Dom.   250. 

Avie  de  la  grant  coyta  los  miembros  enflaquidos, 

Las  manos  e  los  piedes  de  su  siesto  exidos,  5.  Dom.   $40. 

Quando  ovo  el  buen  omne  los  oios  apremidos; 

Tovieron  bien  el  siesto  los  falsos  descreidos,  S.  Mdlan  215. 

A  mesura  del  cuerpo  fue  la  penna  taiada, 

En  ancho  e  en  luengo  a  siesto  compassada,  S.  Millan  313. 

Fo  en  su  voluntat  fierament  conturbado, 

Avielo  la  envidia  de  su  siesto  sacado,  Milagros  719. 

Monstraronge  el  siesto  do  paravan  sus  redes, 

Quando  robô  el  aguila  al  ninno  Ganimedes,  Alex.   301. 

Madurava  don  Junio  las  miesses  e  los  prados, 


Eran  a  mayor  siesto  los  dias  allegados,  Alex.  2396. 


1.  Le  substantif  sensus  est  en  espagnol  seso  et  en  portugais  siso.  Le  portu- 
gais (et  l'espagnol,  quoique  dans  une  moindre  mesure),  ayant  une  tendance  à 
rétrécir  les  voyelles  devant  lu,  comme  le  montre  mêdo,  metus,  avec  un  é  fermé, 
la  forme  siso  mentionnée  par  Diez,  Gramm.,  I,  p.  1  ^  1 ,  et  Dict.  étym.,  II  b,  est 
une  exception  bien  justifiée.  Virtos,  dans  le  P.  du  Cul,  est  à  plus  forte  raison 
virtûs.  Avant  de  trouver  une  difficulté  dans  \'i  et  de  rejeter  cette  étymologie, 
Wilhelm  Meyer,  Schicksale  des  Lit.  NeiUrums  im  Romanischen,  p.  40,  note,  au- 
rait bien  fait  de  tenir  compte  de  cette  loi  de  phonétique  espagnole  et  portugaise. 
Si  je  n'en  ai  rien  dit,  c'est  parce  que  je  ne  supposais  pas  qu'un  phénomène  si 
connu  pût  être  ignoré  de  quiconque  voudrait  discuter  cette  étymologie.  La 
critique  que  le  même  savant  m'adresse  dans  son  ouvrage,  p.  79,  ouvrage  que 
j'ai  lu  du  reste  avec  beaucoup  d'intérêt,  est  aussi  peu  fondée.  Dans  les  anciens 
textes  portugais  on  trouve  à  chaque  pas  des  formes  telles  que  amavil.  Qu'il 
prouve  donc  qu'elles  n'existent  pas. 

Romania,  XIII.  20 


$06  J.    CORNU 

Quant  à  siesta,  il  a  déjà  au  moyen  âge  le  même  sens  qu'aujourd'hui  : 

Sera  enforcado  (I.  enforcado  sera)  hasta  la  siesta  caya,  Duelo  23. 

Van  coger  por  la  siesta  a  los  prados  las  flores,  Alex.    1791. 

Fazia  la  siesta  grande,  mayor  que  orne  non  vido,  JR.  43$. 

Buscaba  casa  fria ,  fuia  de  la  siesta,  JR.   1263. 

Venido  es  el  estio,  la  siesta  afincada 

Que  ya  non  habia  miedo  de  viento  nin  de  elada,  JR.    1326. 

Domingo  en  la  siesta,  JR.  867,  signifie  «  dimanche  après  midi  »,  sans 
qu'apparaisse  l'idée  de  chaleur. 

Mais  il  a  de  plus  un  sens  qui  le  rapproche  fort  de  celui  de  siesto.  Il 
signifie  «  espace  de  temps  ». 

Vivien  de  malas  bestias  en  ellas  grant  conçeio, 

Era  por  end  grand  siesta  un  bravo  logareio,  S.  Millan  28. 

L'idée  primitive  de  siesta  nous  paraît  être  «  temps  qu'on  passe  assis 
on  couché  »,  tandis  que  l'idée  de  chaleur  et  d'après-midi  est  accessoire. 
Les  étymologies  de  siesto  et  de  siesta  tentées  par  Diez,  Dict.  étym.,  I,  s. 
v.  sesta,  et  II  b,  s.  v.  siesta,  ne  pouvant  être  admises  parce  que  la  pho- 
nétique et  l'idée  s'y  opposent,  nous  pensons  que  ces  deux  mots  sont 
tirés  du  verbe  classique  sessitare  qui,  devenu  transitif,  a  donné  l'ancien 
espagnol  sestar  avec  un  sens  spécial,  car  qu'est  scstar,  «  viser  »  (espagnol 
moderne  asestar),  dans  les  passages  qui  suivent,  sinon  «asseoir  une  arme, 
diriger  un  coup  »  ? 

El  diablo  en  esto  de  balle  non  sestido,  S.  Dom.   164. 
El  infant(e)  lue  artero,  sopolo  bien  sestar, 
Aiudol  su  ventura  e  ovolo  a  matar,  Alex.   127. 
Colpôlje]  el  infante  a  guisa  de  baron 
Nol[e]sestô  a  al  se  non  al  coraçon,  Alex.    162. 
Quando  yazia  a  prieçes,  ovolfo]  a  sestar, 
Tirôl  una  saeta  onde  ovo  a  finar,  Alex.  680. 
Aventô  un  venablo  quel  avie  fincado, 
•   Sestôl[e]  a  los  dientes  e  fuel  dando  de  mano,  Alex.   1210. 

Le  sens  primitif  est  encore  mieux  reconnaissable  dans  ensestar  las 
vêlas  «  plier  les  voiles  »,  Apol.  453  : 

Fueron  luego  las  ancoras  a  las  naves  tiradas, 
Los  rimos  aguisados,  las  vêlas  ensestadas. 

Scheler  tire  le  prov.  assestar  et  l'it.  assestare  d'un  type  assessiiare  (voir 
Dictionnaire  d'étymologie  fr.,  s.  v.  assiette).  Les  substantifs  et  les  verbes 
espagnols  que  nous  venons  d'étudier  sont  de  la  même  famille. 


MELANGES    ESPAGNOLS 


YANTAR. 


>u/ 


Les  infinitifs  employés  comme  substantifs  étaient  masculins  en  ancien 
espagnol  tout  comme  aujourd'hui.  Pourquoi  yantar  est-il  féminin  dans 
les  textes  des  xiiib  et  xive  siècles,  comme  on  le  voit  dans  des  passages 
comme  ceux-ci  ? 

Daban  le  yantar  mala  e  non  buena  la  çena,  S.  Dom.  355. 
Non  combredes  por  ella  vuestra  yantar  mas  fria,  S.  Dom.   376. 
Diestes  me  yantar  buena,  S.  Laur.   105'. 

Le  genre  de  cena  a-t-il  peut-être  modifié  celui  de  yantar  ? 


LE    POSSESSIF    EN    ANCIEN    ESPAGNOL 


§  Ier.  —  Adjectif  possessif  conjoint. 

Devant  le  substantif,  sans  ou  avec  l'article  et  les  démonstratifs,  le  pos- 
sessif a  les  formes  suivantes  : 


PREMIERE    PERSONNE. 

M.  myo,  myos  P.  dcl  Cid; 

el  myo,  los  myos  P.  del  Cid  ; 

mio  S.  Millan  80,  Duelo  28,  Fragm.  8,  Apol.  126  171  191  414  435 

$40,  Alex.,  Juan  Roiz  1232  1276; 
mios  Apol.  441  491  53S; 
el  mio  Milagros  29$,  Apol.  73  74  172  218  (retrancher  bueri)   383, 

Alex.; 
los  mios  Apol.  54^  546,  Juan  Roiz  560  (une  seule  fois)  ; 
mi  P.  del  Cid.  1605*  2046*  2129*  2916*,  Berceo,  Apol.   38  357 

490,  Alex.   39  1  18  2478  (exceptionnel),  F  cm.  Gonz.,  Juan  Roiz.; 
mis  P.  del  Cid.  T49*  3487*,  Berceo,  Apol.  127  1 30  379  602,  Alex. 

377,  1990,  Fera.  Gonz.,  Juan  Roiz; 
el  mi  Berceo,  Alex.  1009,  Fern.  Gonz.,  Juan  Roiz; 
los  mis  S.  Dom.  624,  Apol.  449,  Fern.  Gonz.,  Juan  Roiz. 


1.  Voir  aussi  Milagros  425  429,  P.  del  Cid  304,  Apol.  235  529,  Juan  Roiz 
282  744  1087  1 346  1 349. 


308  J.   CORNU 

Que  myo  soit  de  deux  syllabes  dans  la  Geste  du  Cid,  c'est  ce  que 
mettent  hors  de  doute  les  nombreux  hémistiches  formules  tels  que  ceux- 
ci  : 

myo  Çid  el  de  Bivar, 
Myo  Çid  e  sus  conpanas, 
Myo  Çid  Rruy  Diaz, 
myo  Çid  yva  posar, 
myos  fiios  sodés  amos, 
myo  vassallo  de  pro. 

J'avais  cru  en  trouver  une  autre  preuve  dans  les  deux  hexamètres  du 
poème  latin  sur  le  siège  d'Almeria  : 

Ipse  Rodericus  mio  Cid/  semper  [/.  saepe)  vocatus. 
Meo  Cidi  primus  fuit  Alvarus  atque  secundus. 

Mais  ce  que  dit  Milâ  y  Fontanals  de  la  mesure  de  mio  (De  la  poesia 
heroico-popular  castellana,  p.  229,  noteî  est  digne  d'être  pris  en  considé- 
ration :  «  El  mio  parece,  »  dit-il,  «  que  no  pudo  ser  contado  por  dos  silabas 
largas  :  creemos  que  aqui  y  abajo  donde  no  se  comprende  un  Meo  nomi- 
nativo  y  principio  de  exametro,  dijo  mio  Cidi  contando  io  como  dip- 
tongo,  y  por  consiguiente  como  sflaba  larga.  » 

La  mesure  des  vers  120-126  du  Mystère  des  Rois  Mages,  où  nous 
trouvons  mio  et  mios,  est  trop  peu  certaine  pour  que  nous  nous  per- 
mettions une  affirmation.  Mais  l'âge  de  ce  texte,  qui  est  beaucoup  plus 
moderne  qu'on  ne  le  pense,  nous  porte  à  croire  que  mio  et  mios  y  sont 
d'une  syllabe. 

Ailleurs  il  me  paraît  que  mio  de  deux  syllabes  doit  être  rejeté  comme 
fautif. 

L'hémistiche  myos  anteçessorcs,  Dom.  54,  est,  selon  toute  vraisem- 
blance, trop  court  d'une  syllabe,  et  dans  les  passages  suivants  :  mio  leyal 
amigo  Apol.  38,  mio  seso  dezir  Alex.  14^, Symon, mio  notario  Alex.  2472, 
il  faut  ajouter  el.  Par  este  miogladio  Alex.  2055,  doit  probablement  aussi 
être  corrigé,  mais  c'est  peut-être  une  de  ces  formules  traditionnelles 
qui  ne  changent  pas. 
F.  mia  S.  Millan  2  ; 

la  mia  Apol.  220; 

mie  S.  Millan  19; 

mies  Duclo  28; 

mi^mis  )  P.  del  Cid,   Berceo,   Apol.,  Alex.,  Fern.  Gonz., 

la  mi,  las  mis  \    Juan  Roiz. 

Dans  deux  passages  de  Y  Alex,  [è  mia  consçiençia  1 543,  mia  cosa  acabar 


(  Berceo,  Apol.,  Alex.,  Fern.  Gonz.,  Juan  Roiz. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  ]OÇ) 

2435),  mia  serait  de  deux  syllabes.  Cette  forme  est-elle  possible?  Peut- 
être  dans  le  premier  exemple,  mais  dans  le  second,  on  fera  mieux  de 
lire  mia  cosa/acabar.  En  tout  cas  ils  ne  sont  pas  assez  sûrs  pour  que 
nous  puissions  lire  por  esta  mi[à\barva,  vers  1 529. 

Remarquons  encore  que  mi  se  retrouve  dans  le  composé  mienna 
S.  Dom.  241  et  Milagros  669.  Voir  Romania  1880,  p.  154,  et  1881, 
p.  404. 

DEUXIÈME    PERSONNE. 

M.  to  (P.  del  Cid),  Fragm.  70,  S.  Millau  87,  Alex.  '  ^xceptionneh; 

tos  (P.  del  Cid),  Fragm.  39  40  53,  S.  Millan,  Alex,  (exceptionnel1; 

el  to  (P.  del  Cid).  Milagros  54.)  774,  Alex,  ^exceptionnel); 

los  tos  P.  del  Cid),  Milagros  459  542; 

tu,  tus 

el  tu,  los  tus 
F.  tue  S.  Millan  ; 

tues  S.  Millan  269; 

las  tues  5.  Millan  115; 

tu,  tus  )  P.  del  Cid,  Berceo,  Fragm.  43,  Apol.,  Alex.,  Fern. 

la  tu,  las  tus    j      Gonz.,  Juan  Roiz; 

tos  Duelo  8 1  ; 

tas  Fragm.  71. 

TROISIÈME    PERSONNE. 

M.  so,  sos  }  P.  del  Cid,  S.  Millan,  Milagros,  Alex.  '  [Apol.  94*); 

el  so,  los  sos    )      cf.  dos  duos; 

sue  S.  Millan  154  1  $6  298; 

el  sue  S.  Millan  515; 

su  sus  P.  del  Cid*,  Berceo,  Apol.,  Alex.,  Fern.  Gonz.,  Juan  Roiz; 

el  su,  los  sus  Berceo,  Apol.,  Alex.,  Fern.  Gonz.,  Juan  Roiz; 
F.  sue,  sues  j  s   M///       cf<  dues  duas  s   MllLm    }J  4  ,  ^  . 

la  sue, las  sues)  — 

su,  sus  I  P.  del  Cid,  Berceo,  Apol.,  Alex.,  Fern.  Gonz.,  Juan 

la  su,  las  sus    )      Roiz; 

so  S.  Millan  122,  Signos  687,  Milagros  677  719  742; 


1.  To  et  tos,  so  et  sos  sont  plus  fréquents  dans  la  seconde  que  dans  la  pre- 
mière moitié  du  poème.  —  Je  ne  cite  pas  la  forme  conjointe  suyo  399  (.4 vie  un 
suyo  ombre  e  mal  fablado),  car  sino  ne  peut  jamais  précéder  le  substantif.  Le 
passage  est  évidemment  corrompu. 


3  10  J.    CORNU 

sos  P.  del  Cid  1791  2 171,  S.  Millan  215  307,  Milagros  713,  Alex. 

2392; 
[sa  Alex.  2053.] 

Mio,  de  deux  syllabes,  vient  de  meus  qui,  comme  proclitique,  est  de- 
venu * mius.  De  mio  viennent  mio  et  mi  avec  chute  de  Yo  protonique 
souvent,  et  toujours  plus  faible  que  la  syllabe  initiale  de  son  substantif. 

To  et  so  sont  des  contractions  de  *too  ou  *tou  et  *  soo  ou  *  sou  et  s'ac- 
cordent dans  leur  genèse  avec  dos  de  duos.  Mos  du  Mystère  des  Rois 
Mages  (v.  23)  est  formé  sur  to  et  so. 

Mia,  tua  et  sua  sont  d'abord  devenus  mia,  tua  et  sua,  puis  mie, 
tue  et  sue  où  Va  est  affaibli  en  e  comme  dans  l'imparfait  querie  et  dans 
dues  de  du  as,  et  plus  tard  cet  e  est  tombé. 

Privé  des  voyelles  caractéristiques  du  genre,  le  féminin  a  été  dit  pour 
le  masculin  et  le  masculin  pour  le  féminin.  Ainsi  s'expliquent  les  formes 
masculines  tu  et  su  et  les  féminines  los,  so  et  sos. 


§  2.  —  Adjectif  possessif  suivant  le  substantif. 

Quand  le  possessif  suit  le  substantif,  il  a  les  formes  mio  mia,  tuyo 
tuya  (tua),  suyo  suya  (sua).  Mais  les  exemples  où  il  le  suit  sont  très 
rares  en  ancien  espagnol.  Il  n'y  en  a  pas  dans  le  P.  du  Cid,  il  y  en 
a  peu  dans  Berceo,  Y  Apol.,  Y  Alex,  et  Fera.  Gonz.,  mais  ils  sont  déjà  assez 
nombreux  dans  YArchiprêtre  de  Hita  '.  Voici  tous  ceux  que  j'ai  recueillis 
et  où  l'on  remarquera  le  manque  fréquent  de  l'article  : 

ire  pers.  :  por  cançellario  mio  Milagros  109,  Cristo  que  fue  Salvador 
mio  Milagros  766,  por  la  fe  mia  S.  Dom.  18$,  por  culpa  mia  S.  Dom. 
751,  la  gracia  mia  S.  Laur.  36,  Madré  de  Jesu  Cristo,  que  marno" 
lèche  mia  Milagros  109,  la  missa  mia  Milagros  231,  por  las  palabras 
mias  Milagros  2  5  8,  par  la  cabeza  mia  Milagros  292,  la  esperanza  mia 
Duelo  9,  las  hermaniellas  mias  Duelo  20,  ca  de  la  lèche  misma  mia  lo 
apaçiera  Duelo  22  2,  ofiçio  m'ioApol.  507,  Yo  vos  faré  serviçiocommo 
ha  madré  mia  Apol.  319,  Estrangilo  es  mi  padre,  su  muger  madré 
mia  Apol.  3^7,  en  el  tiempo  mio  Alex.  2462,  par  la  cabeça  mia  Alex. 
652,  palas  çapatas  mias  Alex.  1660,  par  las  barvas  mias  Alex.  2202, 
Fuy  yo  a  la  hermita  por  amigo  mio  ver  * Fern.  Gonz.  422,  Querryate 


1 .  Dans  les  Proverbes  moraux  de  Don  Scm  Tob,  ils  sont  aussi  assez  fréquents 
pour  l'clendue  du  texte. 

2.  Carnes  meas  :  ereas  S.  Dom.  684,  est  un  latinisme  amené  par  le  besoin  de 
la  rime. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  311 

aguardarcommo  a  aima  mia  Fera.  Gonz.  342,  la  gran  coyta  mhFern. 
Gonz.  499,  la  grand  culpa  mia  Juan  Roiz  24,  la  comadre  mia  JR. 
31$,  lasoveias  mias  JR.  32$,  la  muerte  mia  JR.  644,  la  ventura  mia 
JR.  661,  las  compannas  mias  JR.  1046,  con  arte  mia  JR.  1437,  Los 
gatos  e  las  gâtas  son  muchas  aimas  mias  JR.  1448,  las  coytas  mias 
JR.  1661.  Accompagnant  le  vocatif,  le  possessif  a  plus  souvent  la  ten- 
dance à  suivre  le  substantif  :  sennora  mia Loores  21  etJR.  1425,  madré 
mia  Duelo  91  92,  fiiuela  mia  S.  Oria  124,  Dios  mio  JR.  3,  Vasallo, 
dixo,  mio,  la  mano  tu  me  besa  JR.  288. 

2e  pers.  :  las  oraçiones  tuyas  S.  Dom.  718,  Vassalo  tuyo  me  soe  tornado 
Alex.:  873. 

3e  pers.  :  la  peticion  sua  S.  Dom.  604,  en  memoria  suya  Saciif.  168, 
Quai  bien  séria  tan  grande  commo  la  cara  suya  veer*  Loores  189,  la 
madré  suya  Milagros  418,  el  solaz  suyo  Milagros  806,  el  cuello  suyo 
Juan  Roiz  543,  el  comienzo  suyo  JR.  777,  vos  sed  muger  suya  JR. 
864,  una  freyla  suya  JR.  1440. 

§  3.  —  Pronom  possessif. 

Les  anciens  textes  donnent  pour  le  pronom  possessif  absolu  les  formes 
que  voici  : 

PREMIÈRE    PERSONNE. 

N.  lo  myo  P.del  Cid.  157  1073  2568  (asson.)  3433  (asson.); 

M.  los  myos  P.  del  Cid  2080  2358  3047,  con  iodos  aquesîos  miôs  3 1 19 

(asson.);  cf.  Dios  et  iudiôs  rimant  avec  Dios  dans  l'intéressant 

petit  poème  qui  fait  partie  du  Duelo  de  la  Virgen  (178)  et  avec  nés, 

Dios  et  a  vos  dans  Juan  Ruiz,  1 167. 

Avons-nous  la  même  forme,  Milagros  644,  Alex.  853  1850,  Fern.  Gonz. 

248,  Juan  Rois  400  1674?  Mais  comme  elle  est  toujours  à  la  césure 

et  n'est  jamais  à  la  rime,  il  n'est  pas  aisé  de  se  prononcer.  Le  vers  417 

de  VApol.  :  Mientrelo  mio  durare,  non  vos  faldrd  aver,  est  trop  isolé  pour 

que  nous  nous  permettions  d'en  tirer  une  conclusion. 

F.  la  mia,  las  mias  Milagros  189,  Alex.  80  916  1628,  Jzw/z  Roiz  989. 

DEUXIÈME    PERSONNE. 

N.  lo  to  P.  del  Cid  409  ^asson.); 

M.  los  tos  Alex.  5573  [Se  lo  que  Dios  non  quiera  que  los  tos  se  movieren)  ; 
N.  lo  tuyo  Juan  Rois  294,  del  tuio  Milagros  640  [Mas  se  tu  me  qui- 
siesses  del  tuio  acreer)  ; 


3  12  .1.    CORNU 

M.  los  tuyos  S.  Dom.  764  [A  los  tuyos,  clamantes,  tu  los  quieras  oir 

Duelo  102,  Alex.  876,  Juan  Roiz  294; 
F.  la  tuya  S.  Dom.  766. 


TROISIEME  PERSONNE. 

N.  lo  so  P.  del  Cid  948978  1557  1326  (asson.)  3205   (asson.)  3489 
(asson.)  ;  lo  so  est  à  rétablir  vv.  3098  3  248  ; 
elo  so  Alex.  1733  (Y  el  que  sacarie  [el]o  so  de  buen  grado)  ; 
M.  el  so  P.  del  Cid  3590  (asson.);  al  so  3614  =  3620  (asson.)  ; 
los  sos  P.  del  Cid  589  609  666  etc.,  1915  (asson.)   3022  (asson.) 
2399  (asson.),  et  à  rétablir  vv.  96  et  2399;  Loores  86  (Sacô  los  sos 
de  Egipto  con  muy  grant  potençia),  Alex.  829  839  [Teniengelo  a  mal 
los  sos  e  los  estrannos)  1760  [De  Ddrio  hères  quito,  de  los  sos  (texte 
suyos)  bien  vengado). 
N.  lo  suyo  P.  del  Cid  3098*  3248",  Milagros  628,  Alex.   1734  1736 
(Pues  lo  suyo  metie  el[li]  ennafoguera),  Fern.  Gonz.,  Juan  Roiz; 
del  suyo  Milagros  23  3  (E  gelo  mandarè  del  suyo  mismo  dar)  ; 
M.  el  suyo  Milagros  827  (Sancto  es  el  tu  nombre,  mas  el  suyo  medrado)  ; 
al  suyo  Alex.  1 391  ; 
los  suyos  Loores  57,  Apol.  471  (Si  de  los  suyos  fuesse,  reçibria  mal 
daiïo),  Alex.  473  1275,  Juan  Roiz; 
F.  la  sua,  las  suas  Alex.  460  635  1987;  cf.  duas  425  ; 
la  suya  Loores  218,  Alex.  1855,  Fern.  Gonz.  339. 

|  4.  —  L'adjectif  possessif  comme  attribut 

Comme  attribut  de  seer  et  avec  les  prépositions,  nous  rencontrons 
mio  mia,  tuyo  tuya  (Alex,  aussi  tuas  1 541),  suyo  suya  (Alex,  sua 
77  831),  et  môme  dans  le  P.  du  Cid  nous  lisons  suyo  cru  el  cuidado 
(2975),  dans  un  seul  vers  il  est  vrai.  Cependant  il  y  a  sos  dans  un  pas- 
sage de  VAlex.  (v.  1424)  : 

Que  farien  de  grado  pleyto  e  omenaie 
De  seer  siempre  sos  por  leal  vassallaie. 

Si  levers  :  Yo  esto  promctia,  quando  mios  vos  tornastes,  Loores  186, 
n'est  pas  altéré,  nous  y  aurions  aussi  la  forme  miôs.  Mais  il  est  trop  aisé 
de  changer  quando  en  quand. 


1.  clamantes  ne  peut  s'unir  à  los  tuyos;  car  cette  forme  n'est  jamais  celle  de 
l'adjectif  possessif  conjoint. 


MÉLANGES    ESPAGNOLS  } !  5 


CONCLUSION. 


En  présence  des  formes  conjointes  et  absolues  to  et  so  de  la  Geste  du 
Cid,  de  l'Alexandre  et  du  Fragmento  de  un  poema  castellano  antiguo,  ainsi 
que  du  plus  ancien  manuscrit  du  Fuero  juzgo,  il  n'est  plus  permis  de  re- 
garder avec  Diez  '  tuyo  et  suyo,  où  le  y  serait  intercalaire  comme  dans 
arguyoi,  comme  les  primitifs  de  tu  et  su.  Mio  seul  est  une  forme  primi- 
tive qui,  prononcée  miyo,  a  bien  pu  donner  naissance  à  tuyo  et  suyo.  Ou 
bien,  comme  je  suis  amené  à  le  croire  par  l'emploi  de  suyo  comme  attri- 
but dans  le  P.  du  Cid,  tuyo  et  suyo  sont  formés  sur  le  possessif  interro- 
gatif  cuyo  auquel  ils  répondent  si  souvent.  De  la  fonction  d'attribut  tuyo 
et  suyo  ont  passé  au  possessif  absolu. 


COSA  pronominal. 

Au  lieu  du  pronom  personnel,  l'anc.  fr.  et  le  provençal  se  servent 
souvent  de  cors  accompagné  du  possessif,  comme  Diez  l'a  remarqué, 
Gramm.  III,  p.  66.  L'espagnol  cuerpo  est  susceptible  d'un  emploi,  sinon 
pareil,  du  moins  assez  semblable.  Il  est  plus  étonnant  que  cosa  ait  été 
employé  pour  désigner  des  personnes  : 

Curies  nie  a  Diego  e  curies  nie  a  don  Fernando, 

Myos  yernos  amos  a  dos,  las  cosas  que  mucho  amo,  P.  dcl  Cid  2353. 

Eran  en  essi  tiempo  Ios  moros  muy  veçinos, 

Non  ossaban  los  omnes  andar  por  los  caminos, 

Daban  las  cosas  malas  salto  a  los  matinos, 

Levaban  crua  mientre  en  soga  los  mezquinos,  S.  Dom.  353. 

Asmaron  un  trabuco  las  cosas  fadeduras  (una  companna  de  desnudos 

De  Enebreda  era  una  mugier  lazrada,  [romeros),  S.  Dom.  480. 


1.  Gramm.,  II,  p.  93. 

2.  Gramm.,  I,  p.  179. 

Romania,  XIII.  20. 


314  J.    CORNU 

Avie  la  mano  seca,  la  lengua  embargada, 

Nin  prendie  de  la  boca,  nin  podie  fablar  nada, 

Avie  assaz  lazerio  cosa  tan  entecada,  S.  Dom.  606. 

Vidieron  el  conféssor,  que  era  alla  cosa, 

Que  tan  grant  virtut  fizo  e  tan  maravillosa,  S.  Dom.  673. 

Cuemo  se  yva  a  Ector  la  ora  allegando, 

Yval  cor  enflaqueçiendo  (I.  enflaquiendo),  los  braços  apesando, 

Fue  perdiendo  la  fuerça,  los  golpes  apretando, 

El  otra  cosa  mala  (Achilles)  yva  mas  esforçiando,  Alex.  661. 

Quiere  la  cosa  mala  (donna  yra)   quebrar  con  el  despecho,  Alex.   2195, 

Voir  aussi  S.  Dom.  590  656  680. 

J.  Cornu. 


LE  TRADIZIONI  CAVALLERESCHE    POPOLARI 

EN  SICILIA 


A  Gaston  Paris 

MlO   CARO    ED   ILLUSTRE    AMICO, 

Visitando,  nel  settembre  del  1875,  la  Sicilia,  Ella  rimaneva  proton- 
damente  impressionata  délia  popolarità  e  freschezza  délie  tradizioni 
cavalleresche  tra  noi  ;  e,  sapendomi  già  da  parecchi  anni  occupato  nel 
raccoglierle,  mi  facea  amorevole  premura  perché  ai  lettori  délia  Ro- 
mania  io  partecipassi  il  frutto  délie  mie  ricerche. 

Ott'  anni  son  passati,  ed  io  non  ho  mantenuto  la  promessa  ;  di  che  le 
ragioni  son  moite,  e  questa  sopratutto  :  che  certe  cose  non  avrei  saputo 
affermare  senza  prima  vederle  e  sentirle  personalmente  ;  e  questo  ho 
potuto  solo  in  questi  ultimi  due  anni. 

Eccole  ora  il  mio  lavoro,  frutto  di  pazientissime  ricerche  e  di  non 
sempre  graditi  ritrovi,  visite  e  conversazioni.  Conformemente  al  pri- 
mitivo  disegno,  l'ho  divisato  ne'  seguenti  capitoli  :  I.  Il  teatro  délie  ma- 
rionctte.  —  II.  /  contastorie.  —  III.  La  poesia  popolare.  —  IV.  Tradizioni 
varie.  —  V.  /  cantastcrie  in  Italia.  —  VI.  Fonii  délie  tradizioni  cavalle- 
resche in  Sicilia.  —  Conclusione. 

A  Lei,  che  conobbe  e  udi  in  casa  mia  il  più  valoroso  contastorie 
siciliano,  e  forse  la  prima  novellatrice  dell'  isola,  a  Lei,  che  insieme 
con  me  fu  spettatore  délie  rappresentazioni  cavalleresche  de'  nostri 
teatrini  di  marionette,  riuscirà  gradito,  spero,  il  ricordo  di  tante 
curiosità  demografiche  quante  ne  sono  raccolte  e  messe  in  evidenza  in 
queste  pagine  ;  le  quali,  con  antico  immutabile  affetto,  io  Le  offro  e 
raccomando. 

Giuseppe  Pitre. 

Palermo,  settembre  1883. 


3  I <5  G.    PITRE 


Il  teatro  delle  marionette. 


L'opra,  cioè  il  teatrino  delle  marionette,  è  un  piccolo  magazzino, 
aile  cui  pareti  sono  piantati  de'  palchetti,  comodi  e  puliti  ail'  esterno, 
ma  assai  disagiati  per  chi  avrà  a  prendervi  posto,  essendovi  una  panca 
molto  angusta  per  sedervi,  e  poco  spazio  per  distender  le  gambe  ;  ne 
la  palcatura  è  divisa  ;  e  gli  spettatori  corne  in  un  corridoio  siedono  l'uno 
accanto  dell'  altro.  Nel  mezzo  del  teatrino  sono  egualmente  piantate  un 
certo  numéro  di  panchette,  sostenute  da  assi  verticali;  panchette,  che, 
tutte  insieme,  guardate  dalla  porta,  danno  l'idea  d'una  énorme  graticola 
di  legno,  nei  cui  interspazi  ficcano  piedi  e  gambe  gli  spettatori.  Il  corri- 
doio mediano  dei  teatri  ordinari  qui  manca  allô  spesso,  ma  ve  n'è  uno 
che  tutto  lo  gira  intorno,  ed  è  chiamato  passettu.  Palchi  [gaUaria)  e 
platea  danno  luogo  dove  a  un  centinaio,  dove  a  un  centocinquanta 
persone;  ma  in  quelli  di  Catania  ve  n'entrano  di  più. 

In  fondo,  di  fronte  alla  porta  d'entrata,  è  il  palcoscenico,  che  ha 
piena  armonia  con  le  proporzioni  dell'  opra.  Una  volta  esso  era  un  po' 
disadorno,  e  la  tela  (tiluni)  appena  colorata  ;  erano  bensi  dipinte,  e 
d'una  maniera  popolarmente  graziosa,  le  scène  e  le  quinte,  rappre- 
sentanti  quel  che  meglio  convenisse  alla  storia  delle  giorno.  Da  un  tren- 
tennio  in  qua  il  tiluni  è  anch'  esso  dipinto,  e  cosi  bene,  che  nel  suo 
génère  puô  dirsi  qualche  cosa  di  artistico.  Ivi  son  ritratte  scène  cavalle- 
resche  :  lo  scontro  di  Rinaldo  con  Agramante,  che  lo  assale  di  dietro 
(nelP  opra  délia  Vucciria  nova  in  Palermo1;  l'entrata  del  conte  Ruggiero 
il  Normanno  in  Palermo  (nell'  opra  di  via  Formai]  ;  Rinaldo,  che  offeso 
abbandona  la  corte  di  Carlomagno  inell'  opra  di  via  Callegio  di  Maria 
al  Borgo)  ecc. 

Spettatori  son  per  lo  più  ragazzi  del  popolino,  iniziati  quali  sî,  quali 
no  in  un  mestiere  ;  gli  altri  son  giovani  e  adulti.  Uno  studioso  di  statistica 
non  avrebbe  modo  di  farsi  un  criterio  esatto  di  quelli  che  veramente 
usano  ail'  opra;  perché  in  una  vanno  più  monelli  che  giovani,  in  un' 
altra  più  giovani  che  ragazzi  ;  in  un  sestiere  son  servitori,  camerieri  e 
guatteri  ;  in  un  altro  pescatori  e  pescivendoli  [rigatteri);  qua  facchini 
[vastasi,  vastaseddi),  fruttivendoli  ;  là  lustrini,  mozzi  di  stalla,  manovali 
ed  altri  siffatti,  ovvero  opérai  de'  meno  modesti  e  de'  meno  bassi.  Tutto 
dipende  dal  sestiere,  dalla  contrada  dell'  opra  ;  dove,  perô,  non  si  vede 
mai,  o  rare  volte,  una  donna,  e  dove  una  persona  del  mezzo  ceto 
sarebbe  argomento   di  osservazioni   e   di  commenti   degli  spettatori, 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICIL1A  JI7 

corne  di  maraviglia  a  coloro  de'  suoi  amici  o  conoscenti  che  venissero  a 
saperlo  '. 

L'opra  ha  per  tutta  questa  gente  un'  attrattiva  irresistibile  ;  ed  i 
ragazzi  che  non  abbiano  da  pagare  altrimenti  il  diritto  di  entrata  met- 
tono  in  serbo  il  granu  cent.  2  di  lira)  0  il  soldarcllo  délia  colezione  0 
del  companatico  d'uno  0  più  giorni  per  andarlo  a  deporre  nella  mano 
del  padrone  del  teatrino  loro  favorito;  chè  per  essi  Vopra  è  una  gran 
bella  cosa,  ed  uno  degli  spettacoli  più  graditi.  Un  tempo,  prima  del 
1860,  con  due  0  tre  grana  (cent.  6  di  lira)  si  entrava  ;  adesso  non  ci 
vogliono  meno  di  cinque  grana  (cent.  10 2);  e  siccome  non  tutti  i 
ragazzi  possono  disporre  giornalmente  di  dieci  centesimi  di  lira,  accade 
che  solo  la  domenica  e  in  qualche  altro  giorno  délia  settimana  ci  va- 
dano,  quando  cioè  abbiano  raggruzzolata  quella  sommarella,  che  pro- 
cura loro  una  sera  di  divertimento 

Che  intendere  non  pu6  chi  non  la  prova. 

I  più  assidui  ottengono,  a  volte,  qualche  buon  passaggio,  corne  si  suol 
dire,  cioè  il  ribasso  d'un  paio  di  centesimi.  Ma  la  spesadi  entrata  cresce 
in  circostanze  straordinarie,  corne,  p.  e.,  la  sera  délia  rappresentazione 


1 .  Le  persone  cosi  dette  avili  parlano  dell'  opra  corne  di  luogo  e  spettacolo 
plebeo  ;  e  solo  per  caricatura  un  comitato  palermitano  di  beneficenza  un  giorno 
del  maggio  1882  porto  una  di  queste  rappresentazioni  nel  mercato.  Nel  Gior- 
nalc  diSicilia  dell'  8  di  quel  mese  leggesi  questo  annunzio  : 

«  Il  Comitato  délia  Fiera  di  Beneficenza  a  favore  dell'  Ospizio  Marino  ci 
comunica  che  secondando  il  desiderio  espresso  da  moite  gentili  signore,  ha 
invitato  Don  Niccolô,  figlio  del  célèbre  Don  Gaetano,  proprietario  delTeatrino 
di  pupi  a  Ballarô,  per  dare  al  Mercato  una  rappresentazione. 

»  Don  Niccolô  volentieri  ha  aderito  alla  domanda,  e,  trattandosi  di  bene- 
ficenza, ha  dichiarato  con  squisita  gentilezza  che  presterà  gratuitamente  Topera 
sua. 

»  La  rappresentazione  avrà  luogo  stasera  7  maggio,  aile  ore  9  pom. 

»  L'opéra  scelta  è  la  tragedia  spettacolosa  tratta  dalT  Enéide  di  Virgilio  col 
titolo  :  Incendio  di  Troja  con  cavallo  di  legno  e  combattimenti  di  guerrieri  e 
tagliatine  di  testa  a  vista  ! 

»  Indi  seguirà  il  famoso  Duello  del  paladini  Rinaldo  ed  Orlando. 

»  Ingresso  lira  una.  Posto  distinto  lire  due  oltre  l'ingresso.  » 

L'Incendio  di  Troja,  è  un  episodio,  che  appena  una  volta  ogni  tanto  si  vede 
rappresentare,  e  non  da  tutti  gli  opranti. 

A  soddisfazione  di  curiosità  per  le  feste  di  Sa  Rosalia  in  Palermo,  entro  le 
ville  délie  congregazioni  di  S.  Luigi,  del  Fervore,  de'  SS.  Pietro  e  Paolo,  di 
S.  Filippo  Neri,  si  sogliono  dare  spettacoli  paladineschi,  che  fanno  parte  da  se. 
Cosi  solamente  certuni,  che  nol  possano  0  vogliano  altrimenti,  riescono  a  ve- 
dere  ed  a  formarsi  un'  idea  di  queste  rappresentazioni. 

2.  Fuori  Palermo  c'è  qualche  differenza.  In  Messina  si  paga  10  contesimi  ; 
ma  ne'  posti  di  mezzo,  cent.  1  $  e  20  ne'  palchi.  In  Catania,  dove  i  teatrini 
accolgono  maggior  numéro  di  spettatori,  cent.  5,  e  ne'  palchi   10. 


JIO  G.    PITRE 

délia  morte  de'  paladini,  per  la  quale  bisogna  inesorabilmente  pagare 
]o  centesimi,  e  sui  palchi  40. 

È  l'ora  délia  rappresentazione  ;  e,  se  vent'  anni  fa  se  ne  dava  avviso 
al  non  troppo  colto  pubblico  del  sestiere  con  un  tamburo  che  si  battea 
alternamente  di  sopra  con  una  mazzuola  e  di  sotto  con  un  mozzicone 
di  verga,  tamburo  che  andava  in  giro  pel  sestiere,  e  poi  si  fermava 
innanzi  al  teatrino,  oggi,  proibiti  in  Palermo  i  tamburi  e  mandati  a 
spasso  i  tamburini  ed  i  tradizionali  banditori,  s'invita  il  pubblico  con  la 
frase  elittica  :  Trasemu,  ch'è  ura  lentriamo,  chè  è  già  ora);ed  il  pubblico, 
che  se  n'è  stato  per  un  bel  pezzo  ad  attendere  innanzi  la  porta  riguar- 
dando  alla  debole  luce  il  cartellone  dipinto,  e  chiacchierando  sulla  rappre- 
sentazione délia  sera  précédente  e  su  quella  che  dovrà  seguire  tra  poco, 
s'affretta  ad  andare  a  prender  posto  facendo  scorrere  sulla  palma  del 
cerbero  i  due  preziosi  soldi.  Cerbero  è  uno  délia  famiglia  delP  oprante, 
spesso  il  capo,  il  proprietario,  il  factotum,  e  deve  aprir  tanto  d'occhi 
per  non  lasciar  passar  di  straforo  qualche  furbacchiotto,  il  quale  tra  la 
impossibilité  di  pagare  e  la  bramosia  di  vedere  sguiscia  tra  le  gambe 
délia  folla  ed  entra  franco;  salvo  poi  a  toccare  qualche  buona  sferzata 
quando  Cerbero,  ripassando  gli  entrati,  concepisca  dei  sospetti  su  lui. 

In  poco  d'ora  i  posti  sono  occupati,,  il  chiacchierio  incomincia,  s'im- 
pegnano  le  discussioni  sulla  storia  ;  Pacquaiuolo  è  in  moto  passando  da 
una  panca  ail'  altra,  mescendo  nell'  unico  bicchiere  di  vetro  che  porta 
con  se,  e  schizzandovi  dentro  il  fumetto  che  serba  in  una  boccetta.  Il 
venditor  di  semé  tostato  \siminzaru)  grida  :  simenza!  l'unico  gradito 
passatempo  permesso  ail'  opra  e  uno  dei  preferiti  da'  Palermitani  aile 
feste  popolari  e  soprattutto  al  Festino  di  Sa  Rosalia.  I  violinisti  [sunatura] 
aprono  lo  spettacolo  co'  soliti  pezzi  del  loro  solito  repertorio  ;  ma  il 
violino  un  poco  alla  volta  va  sparendo  dall'  opra,  soppiantato  dall'  or- 
ganetto.  Questa  innovazione  riesce  sgradita  agli  spettatori  più  antichi  ; 
ma  bisogna  rassegnarsi,  perché,  corne  dicevami,  interrogato  da  me  sul 
proposito  un  oprante,  «  questi  orvi-cicati  (si  ricordi,  per  chi  lo  sappia,  che  i 
violinisti  ambulanti,  i  cantastorie  sono  in  Sicilia  ciechi,  «  orvi-cicati  », 
quasi  tutti)  sono  la  classe  più  tiranna  e  dispettosa  del  mondo.  Nonsi; 
contentavano  di  4  tari  iL.  I,  681  la  sera,  e  pretendevano  di  più,  forse 
i  guadagni  dell'  intera  rappresentazione,  adducendo  che  a  girar  per  le 
strade  e  sonare  in  qualche  casa,  guadagnavano  due  volte  tanto.  E  poi 
ora  venivan  presto,  e  volevano  anticipare  Y  opra,  ora  tardi,  e  i  picciott 
doveano  stare  ad  attendere  questi  signori.  Coll'  organetto  la  faccenda  va 
meglio  ;  e,  sebbene  non  s'abbiano  quelle  sonate  che  sono  veramente 
g raziose  (perché  questi  orbi  i  violini  li  fanno  proprio  parlare),  pure  la 
musica  piace  sempre.  »  Qualche  oprante  disprezza  la  novità,  e  s'attacca 
talmente  ail'  uso  tradizionale  che  non  ha  voluto  smettere  non  dico  i 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  3  I Ç) 

violini,  ma  neanche  il  tamburo,  igià  stato  smesso  da  oltre  mezzo  secolo 
anche  da  chi  ritiene  i  violini  i  corne  quello  che  produce  maraviglioso 
effetto  nelle  marciate  degli  eserciti,  checchè  ne  pensi  in  contrario  l'ex- 
ministro  Ricotti.  Onore  ail'  oprante  délia  Piazza  Ballarô  in  Palermo,  ed 
ail'  oprante  di  via  S.  Agata  in  Catania,  i  quali,-pur  di  rispettare  le  an- 
tiche  consuetudini,  non  ricusano  di  spendere  tre  volte  più  degli  altri  ! 
Onore  a  quanti  seguono  il  patriottico  esempio  di  costoro  ! 

Il  segno  è  dato  ;  alza  la  tela  :  silenzio  perfetto.  Ecco  un  palcoscenico 
piccolo  si  ma  pulito.  Il  fondo  rappresenta  una  spiaggia,  un  bosco,  una 
città,  una  fortezza  dipinta  con  evidenza  singolare.  Quanta  naturalezza 
in  quella  vallata  e  in  quel  fîume  che  vi  scorre  nel  mezzo  !  Quanta  verità 
in  quell'  accampamento  e  nelle  sue  tende  bianche  e  rosse  piantate  in- 
nanzi  la  città  assediata  !  Quanta  eleganza  in  quelle  régie  sale  destinate 
a  ricevimento  di  principi  e  di  ambasciatori  !  Le  quinte,  mobili,  mutano 
al  mutar  di  scène,  e  concorrono  mirabilmente  ail'  illusione  che  fa  parer 
vero  il  lungo  fîlare  di  stanze,  veri  i  padiglioni  che  l'uno  accanto  ail' 
altro  si  levano,  vero  il  distacco  tra  il  castello  e  la  rocca  sulla  quale  esso 
sorge,  mentre  l'aria  vi  si  sente  corne  alitare  ail'  intorno  senza  muta- 
mento. 

La  rappresentazione  è  diretta  dal  proprietario  del  teatrino  assistito  da 
parecchi  altri  che  reggono  il  ferro  e  tirano  i  fili  de'  personaggi  che  si 
portano  sulla  scena,  e  si  fanno  muovere  ed  agire.  La  parola  è  ora  di 
un  solo,  ora  di  due  modificata  a  secondo  del  sesso,  délia  condizione  so- 
ciale, délia  dignità,  délia  religione  del  personaggio  medesimo  ;  e  perô 
voci  forti  e  concitate  e  voci  deboli  e  tarde,  con  tutte  le  gradazioni  che 
possono  immaginarsi.  Le  donne  hanno  vocine  sottili  sottili,  contrapposto 
dei  vocioni  stentorei  di  qualche  gigante  corne  Ferraù,  o  grossi  e  cupi 
di  qualche  infedele.  Ma  il  popolino  che  capisce  dà  Iode  di  verità  ail' 
opra  délia  Vucciria,  perché  là  le  voci  femminine  son  proprio  di  donna  ; 
e  si  sa  che  una  congiunta  di  Achille  Greco,  dietro  le  scène,  prende  parte 
alla  rappresentazione  reggendo  i  pupi,  e  parlando  per  Rosetta,  per 
Angelica,  per  Gallaciella,  per  Berta,  per  Rovenza  e  pertutto  il  femmineo 
sesso. 

L'uditorio  è  tutto  orecchi  per  sentire,  tutto  occhi  per  vedere  chi  entra 
e  chi  esce  dal  palcoscenico,  seguendo  l'azione  e  prendendo  parte  per 
uno  de'  personaggi.  Questo  interesse  per  un  paladino,  per  un  eroe,  è 
uno  de'  fatti  più  caratteristici  dell'  opra  ;  e  rivela  le  tendenze  e  le  in- 
clinazioni  del  pubblico.  Questi  s'appassiona  per  uno,  quegli  per  un  altro  ; 
i  seguaci,  gli  amici,  i  vassalli  di  questo  paladino  sono  simpatici  ;  ostili  i 
seguaci,  gli  amici,  i  vassalli  del  personaggio  contrario.  La  simpatia  è 
per  l'eroe  o  pel  debole  che  subisce  la  forza  del  prepotente  o  che,  in- 
docile di  freno,  gli  si  ribella.  Rinaldo  con  le  sue  audacie  è  sempre 


}20  G.    PITRE 

l'eroe  accetto.  Il  suo  apparir  sulla  scena  è  un  avvenimento  ;  di  lui  si 
studiano  e  prevedono  le  mosse,  l'incesso,  le  parole;  i  suoi  amici  ed 
alleati  sono  la  simpatia  personificata.  Quando  egli  ottiene  un  trionfo,  lo 
si  applaudisce  con  frenetico  scoppiettar  di  mani,  e  clamorosi  evviva  gli 
si  fanno  la  sera  in  cui,  prima  di  assalir  Trebisonda,  riceve  rinforzi  in- 
sperati,  duce  di  migliaia  di  prodi  quell'  Orlando  che.  lui  esule  e  mendico, 
non  aiutô  ne  in  fatti  ne  in  parole.  La  generosità  cavalleresca  di  Orlando 
che  corre  in  soccorso  del  cugino,  la  nobiltà  di  Rinaldo,  che  in  un  istante 
dimentica  un  passato  doloroso,  e  lo  abbraccia,  riscuote  battimani  che, 
per  dirla  sicilianamente,  fanno  cader  la  volta  del  teatro.  Ma  dopo  Ri- 
naldo ben  pochi  godono  la  stima  dell'  uditorio.  Piace  Orlando  per  la 
forza  soprannaturale,  che  lo  rende  straordinario.  Si  ammira  nella  sua 
sovranità  impériale  Carlomagno,  ma  non  si  ama,  perché  non  puô 
amarsi  un  sovrano  che  bandî  Rinaldo  e  lo  costrinse  a  mendicare,  un 
sovrano  che  in  certe  storie  a  la  figura  d'un  rimbambito  ;  si  détesta  Gano 
di  Maganza  per  le  sue  arti  subdole  e  per  le  infamie  di  cui  è  capace.  Un 
guerriero,  già  lungamente  benamato  per  le  sue  imprese,  perde  tutto  per 
un  atto  che  non  è  conforme  alla  dignità  cavalleresca,  salvo  a  riabilitarsi 
per  altri  atti  che  a  dignità  s'accostano.  Vedremo  nel  capitolo  sui  con- 
tastorie  corne  queste  simpatie,  trasmodando  in  passioni,  diano  luogo  ad 
ire,  di  parte. 

Mano  mano  che  i  personaggi  vengono  sulla  scena,  tutti  sanno  chi  egli 
sia  :  avendo  ogni  guerriero  un  carattere  fisico  distintivo.  Quello  è  Oli- 
viero,  perché  ha  tanto  di  trippone  ;  quell'  altro  è  Orlando,  perché  ha 
un  occhio  torto  ;  quell'  altro  ancora  è  Carlomagno,  non  tanto  perché  ha 
il  pallio  impériale,  quanto  perché  ha  chiusa  costantemente  la  mano 
destra  ;  onde  Oliviero  è  detto  Panz.i  di  canigghia,  Orlando  cicata,  e  via 
di  questo  passo.  Altro  carattere  è  la  divisa.  Rinaldo,  Salardo,  Riccardo 
e  Ricciardetto  si  conoscono  al  leone ;  Orlando  ail'  aquila,  Oggeri  alla 
Stella,  al  sole  e  luna  Olivieri,  alla  palma  il  cugino  d'Orlando,  Astolfo  ; 
Carlomagno  anche  alla  corona  e  al  fiore  in  petto. 

Agli  appassionati  dell'  opra  tutto  riesce  serio  e  grave,  anche  ciô  che  è 
addirittura  una  parodia.  Ma  gli  imprudenti  non  mancano  neppure  ail' 
opra  ;  e  quando  un  aneddoto,  una  scena  supera  i  limiti  del  verisimile  o 
del  credibile,  qualche  esclamazione  délia  platea  suona  rimprovero  al 
personaggio  che  parla  e  per  esso  a  chi  dietro  le  quinte  parla  per  lui.  Se 
la  voce  délia  platea  è  un'  accusa  alla  verità  storica  del  racconto,  il 
personaggio  stesso  o  il  buffo  del  teatro,  'Nofriu,  fatto  venir  subito  subito 
sul  palcoscenico,  rimbecca  l'imprudente  esponendolo  al  ridicolo.  Tra  attore 
e  spettatore  impegnasi  talvolta  un  battibecco  abbastanza  comico  per 
l'uditorio,  tutto  a  scapito  di  chi  ebbe  la  malinconia  d'interrompere  la 
diceria  o  la  rappresentazione,  nel  quai  battibecco  i  motteggi  pepati, 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SIC1L1A  ?2I 

anche  sboccati  di  'Nôfriu,  forte  délia  storia  e  del  suo  carattere,  ridu- 
cono  al  silenzio  l'interlocutore,  fatto  altrimenti  tacere  dalla  disappro- 
vazione  pubblica. 

Spiritoso  quel  'Nôfriu  ! 

A  rallegrare  la  scena  egli  viene  fuori  ora  a  combattere  contro  un 
gigante,  in  faccia  al  quale  tréma  corne  una  foglia,  ora  a  far  da  becchino 
dopo  una  terribile  strage,  ora  a  dar  la  burletta  a  un  soldato  di  guardia, 
o  a  qualche  persona  del  criminale,  e  sempre  che  giovi  interrompere  !a 
monotona  serietà  dei  fatti  che  si  svolgono.  'Nôfriu  rappresenta  il  bell' 
umore  del  popolino,  di  cui  prende  anche  il  vestire  :  berretto  [scarzetta), 
giacchetta,  panciotto.  In  siciliano  scherza,  chiacchiera,  si  bisticcia  ;  alla 
siciliana  gesticola  e  schiamazza  ;  da  buon  siciliano  si  rappacia  ;  è  scaltro, 
sospettoso,  diffidente,  non  si  lascia  di  leggieri  cogliere  in  trappola,  e 
l'accocca  a  chi  présume  accoccarla  a  lui.  Non  parla,  non  si  muove  per 
poco  che  non  esca  in  lazzi,  in  frasi_,  in  gesti  ridicoli,  in  motti  ed  arguzie 
nate  specialmente  dallo  stroppiamento  délie  parole.  Che  se  poi  sconfina 
motteggiando,  e  qualcuno  dell'  uditorio  lo  disapprova  con  un  certo 
suono  inarticolato  délie  labbra,  'Nôfriu  ricorda  alla  sua  maniera  il  gala- 
teo  rincarando  la  dose.  Una  sera  nell'  opra  di  Catania  che  è  rimpetto 
l'Università,  Orlando  esce  in  un  vantamento  di  questafatta  :  Con  un  corpo 
(colpo)  délia  mia  spata  fazzo  (faccio  sartare  la  testa  acento  paladini.  Qui  un 
facchino  [porta  )  dell'  uditorio  imita  con  la  bocca  quel  tal  suono  inarticolato, 
e  'Nôfriu,  li  présente,  lo  apostrofa  :  Figghiu  di  scarana!  lèggiti'a  storia  si 
non  ci  cridi  !  ed  il  facchino,  beffato  dal  pubblico,  rimane  scornato.  Scène 
corne  questa  accadono  allô  spesso,  e,  se  non  per  gli  espedienti  di  'Nô- 
friu, si  troncano  per  opéra  di  un  uomo  che,  corne  gli  antichi  pedagoghi, 
sta  li  con  una  piccola  sferza  in  mano  a  mantenere  Pordine  meglio  d'un 
questurino,  battendola,  secondo  i  casi,  sur  una  panca  o  trave,  o  sulla 
spalla  d'un  monello  ineducato.  Ed  è  notevole  questo  :  che  nessuno 
reagisce  o  si  querela  di  questo  trattamento,  mentre  fuori  il  teatro  il  cus- 
tode verrebbe  altrimenti  caricato  d'ingiurie  e  peggio.  Ma  ail'  opra  biso- 
gna  abbozzare  e  striderci  sopra. 

Qualche  oprante  amico  délia  novità  hamesso  da  parte  'Nôfriu  e  preso 
Peppi-e-Ninu,  altra  maschera  che,  sott'  altro  nome,  riproduce,  senza  che 
ne  scatti  un  pelo,  'Nôfriu;  ma  i  buongustai  e  gli  amici  del  passato  non 
ponno  lodare  questa  sostituzione  ingrata  verso  un  carattere  che  per 
secoli  li  ha  fatti  ridere  e  divertire.  Al  Peppi-e-Ninu  s'è  anche  sostituito 
Virticchiu,  che  è  sempre  l'erede  legittimo  di  'Nôfriu;  ma  consôlati^  o 
buon  'Nôfriu,  chè  sei  sempre  tu  l'antico  genio  burlesco  dell'  opra;  e 
tutti  i  Peppi-e-Nini  e  tutti  Virticchi  nati  e  nascituri  spariranno  di  fronte 
alla  tua  sicilianesca  figura  ! 

Ma  che  cosa  si  rappresenta  ail'  opra  ? 

Romanïa,  XIII.  21 


J22  G.    PITRE 

«  La  storia  de'  paladini,  »  si  dice  comunemente  ed  ail'  ingrosso,  in- 
tendendosi  quella  série  di  storie  prosastiche  e  poetiche,  le  quali  si  chia- 
mano  Cronaca  di  Turpino,  Reali  di  Francia,  M  or  gante  maggiore  del  Pulci, 
Orlando  innamorato  del  Bojardo,  Orlando  furioso  dell'  Ariosto,  Prime 
imprese  del  conte  Orlando  del  Dolce  ed  altri  siffatti,  che,  rappresentati 
sera  per  sera  senza  veruna  interruzione,  durano  più  d'un  anno.  Dopo  la 
morte  de'  paladini,  si  rappresentano  le  storie  di  Guerin  detto  il  Meschino, 
de'  Figli  del  Meschino,  di  Guelfo  ed  Alfeo  re  di  Negroponte,  di  Trebatio, 
di  Ardente  Spada,  di  Alessandro  Magno  II,  del  Calloandro  Fedele  ecc. 
ecc,  che  si  svolgono  in  undici  mesi  e  pochi  giorni.  Se  non  che,  gli 
ultimi  cinque  romanzi  non  son  patrimonio  di  tutti  gli  opranti,  man- 
cando  a  certuni  i  copioni,  a  cert'  altri  la  disposizione  ad  intrattenere 
altrimenti  che  con  Carlomagno,  Rinaldo  e  Guerino  gli  uditori  avidi  di 
illustri  imprese  e  di  campioni  notissimi. 

Confuso  in  mezzo  a  tanti  biricchini  e  giovani  d'ogni  risma  e  mestiere, 
moite  e  moite  volte  in  vari  tempi  io  seguii  queste  rappresentazioni 
studiando  quello  che  ora  partecipo  a'  lettori  e  mostrandomi  ora  igno- 
rante délia  storia  in  corso,  ora  bene  informato  d'un  aneddoto  affin  di 
cattivarmi  la  fiducia  di  qualche  habitué,  e  d'informarmi  di  cose  che  i 
dotti,  novantanove  su  cento,  non  sanno.  Che  importa  che  di  estate  io 
ho  sudato,  ansato  in  mezzo  a  questa  troppo  modesta  sfera  sociale  , 
ragione  anch'  io  di  spettacolo  al  pubblico,  stranizzato  di  vedere  un  pro- 
fano  in  mezzo  a  loro?  Io  ne  sono  uscito  ricco  di  notizie  e  di  cono- 
scenze,  che  invano  avrei  cercato  nei  libri.  Ed  ecco  qua  un  saggio  délie 
rappresentazioni  da  me  vedute  e  riassunte  sopra  luogo  in  quest'  ultimo 
décennie  Trascrivo  qualche  appunto  preso  di  straforo  quando  in  uno, 
quando  in  un  altro  teatrino. 


MORTE    DI    LANFROI    ED   OLDERIGI    BASTARDI. 
(la  sera   de'   29   novembre    1872,   in  via  Formai). 

Atto  1°.  Campagna  aperta,  con  fiume  nel  mezzo.  Carlotto  aringa  da- 
vanti  a  Milone  d'Anglante,  a  Bernardo  di  Borgogna  suoi  fratelli,  a 
Oggeri  danese,  persuadendoli  che  è  già  tempo  di  rivendicare  il  regno 
di  Parigi  statogli  usurpato  da  Lanfroi  e  da  Olderigi  bastardi  di  Pipino.  I 
due  nemici  aiutati  da  Gano  di  Maganza  e  dai  Maganzesi  si  fanno  avanti 
per  impedire  che  Carlo  si  muova;  e  Tannunzio  ne  viene  per  un  soldato 
di  lui  mentre  si  odono  da  lontano  le  grida  confuse  delP  esercito  nemico. 
La  scena  muta.  In  distanza  è  la  città  di  Parigi,  circondata  da  baluardi. 
I  nemici  escono  in  campo  aperto  ;  Carlotto  non  volendo  di  buon'  ora 
sparger  sangue  di  soldati  che  potranno  più  tardi  essergli  utili,  si  fa  cono- 


LE   TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  }2} 

scere  per  il  figlio  vero  di  Pipino  e  pel  legittimo  erede  del  trono  di 
Parigi.  I  soldati  gli  s'inginocchiano  a'  piedi  e  lo  proclamano  re.  Un 
capitano  sopraggiunge,  e  vuol  punire  i  traditori  ;  viene  a  duello  con 
Carlotto  e,  due  volte  abbattuto,  lascia  da  ultimo  la  vita  sul  campo  di 
battaglia. 

Atto  2.  La  città  di  Parigi  in  fondo.  Accampamenti  e  tende  di  Carlotto. 
Gano  di  Maganza  è  impaziente  di  scontrarsi  con  Carlotto;  ma  nel  meglio 
un  messo  gli  reca  la  nuova  che  l'esercito  s'è  reso  quasi  in  massa  e  un 
capitano  è  rimasto  morto.  Gano  sdegnato  attende  lo  assalto  ;  giungono  i 
soldati,  già  resisi,  di  Carlotto,  e  moltissimi  ne  vengon  morti  da  Gano. 
Giunge  ultimo  Carlotto,  che,  dopo  d'averlo  accusato  di  tradimento  e 
d'infamia,  si  misura  con  lui.  Il  combattimento  è  lungo  ed  incerto,  ma 
finalmente  Gano  (con  grande  soddisfazione  e  gioia  del  pubblico]  è  atter- 
rato;  ma  tosto  si  rialza  e  fugge  corn'  è  costume  de'  vili.  Carlotto  lo  in- 
segue,  ma  non  riesce  a  raggiungerlo.  Ed  eccolo  in  una  campagna  soli- 
taria,  dolente  di  non  aver  ucciso  il  codardo  fuggiasco.  Fa  ritorno  al 
campo  e,  compiuti  vari  fatti  d'arme,  s'imbatte  in  Lanfroi.  Squillano  le 
trombe  ;  Carlotto  parla  parole  di  fuoco  contro  ii  parricida,  l'assassino, 
l'usurpatore,  e  dice  esser  giunto  il  momenîo  délia  vendetta  e  délia  giu- 
stizia  di  Dio  :  AW  armi!  Si  battono  con  fiero  accanimento;  Lanfroi  perde 
la  vita.  Olderigi  prende  il  posto  del  fratello.  Nuove  recriminazioni  e 
nuove  minacce  :  ed  Olderigi  cade  ferito,  e  serbato  a  spettacolo  del 
popolo  parigino.  Invano  egli  prega,  supplica  che  gli  si  dia  ora  la  morte, 
ben  poca  cosa  a  paragone  délia  futura  vergogna  ;  egli,  l'assassino  del 
padre  inerme,  l'usurpatore  del  trono,  carico  di  catene  è  trascinato  dietro 
a  Carlotto.  L'entrata  in  Parigi  è  condotta  con  le  possibili  cautele  per 
evitare  un  nuovo  tradimento.  (L'uditorio  è  commosso  e  sospeso.) 

Atto  3.  Reggia  di  Parigi  splendidamente  addobbata.  Ivi  si  raccolgono  i 
fratelli  di  Carlotto  e  i  baroni  che  furono  alla  impresa.  Carlotto  con  una 
corona  sull'  elmo  monta  sul  trono  ;  la  moglie  sopraggiunge.  Berta, 
sorella,  riabbraccia  il  fratello  teneramente  ;  tutti  siedono.  Si  fa  chiamare 
Olderigi  perché  dia  ragione  de'  deiitti  commessi.  Olderigi,  disarmato  ed 
incatenato,  risponde  violentemente  aile  interrogazioni  di  Carlotto  dan- 
dogli  del  bastardo,  dell'assassino,  dell'  usurpatore  ;  ladri,  avventurieri 
i  suoi  baroni,  tra'  quali  mascalzone  Chiaramonte.  Carlotto  non  sa  più 
resistere  a  tanta  temerità  ;  e  di  propria  mano  lo  fredda. 

Questa  rappresentazione  lascio  delusi  gli  spettatori,  perché  Carlotto 
non  toise  di  mezzo  anche  quel  birbone  di  Gano,  che,  corne  qualche  mio 
vicino  ebbe  a  dire,  si  la  scuffau  ise  la  svignô). 

Veniamo  a  giorni  più  vicini,  ad  altre  storie,  ad  altro  teatro.  Siamo 
dentro  il  teatrino  di  via  Alloro,  rimpetto  la  chiesa  de'  Cocchieri  ;  vi  si 
rappresenta 


324  G.    PITRE 

FEBO   CHE    LIBERA    LA    DUCHESSA    DI    VILLANGOSA. 

(3  settembre  1883). 

Atto  1 .  Campagna.  Febo  cerca  Trebazio  per  rimproverarlo  délie 
infamie  che  gli  ha  fatte.  Alfonsina,  sorella  di  Villangosa,  s'  incontra  con 
Febo,  il  quale,  vedendola  afflitta  per  la  sorella  in  pericolo  di  vita,  le 
promette  aiuto  e  soccorso  andando  a  combatlere  contro  il  conte  Gai. 

Campagna  con  ponte.  Febo  con  Alfonsina  s'awia  per  liberare  la  Du- 
chessa  di  Villangosa.  Presso  un  ponte  un  Lonardo  [sic]  d'Ungheria,  in 
compagnia  d'una  brutta  donna,  vieta  loro  che  passino  avanti  se  non 
prima  faranno  le  lodi  délia  donna.  Febo  si  rifiuta,  il  duello  è  inevita- 
bile  ;  Lonardo  è  perditore. 

Reggia.  Giunge  alla  corte  del  re  Tiberio  la  nuova  dell'  arrivo  d'un 
cavalière  con  una  donna  per  isfidare  il  conte  Gai.  Il  cavalière  ottiene 
che  il  duello  abbia  luogo  non  già  nella  pubblica  piazza ,  ma  sotto  le 
mura  délia  città  d'Ungheria  (sic). 

Atto  2.  Mura  d'Ungheria  (sic).  Febo  si  misura  col  conte  Gai,  che, 
atterrato,  confessa  in  pubblico  la  innocenza  délia  calunniata  duchessa 
di  Villangosa,  la  quale,  per  pretesa  infedeltà  coniugale,  dev'  esser  bru- 
ciata  viva.  Il  conte  è  finito  per  mano  dello  stesso  Febo,  ed  il  popolo 
batte  le  mani  per  la  punizione  meritamente  toccata  al  calunniatore 
esecrato. 

Carcere.  La  duchessa  di  Villangosa  geme  in  prigione.  Alfonsina  scende 
a  consolarla  e  a  liberarla.  Uscite  libère,  Tiberio,  le  sorelle  e  Febo,  in 

Corte  festeggiano  la  liberazione  délia  duchessa.  Tra'  presenti  è 
anche  Lonardo  d'Ungheria,  l'abbattuto  del  ponte,  il  quale,  riconosciuto 
da  Febo,  è  costretto  a  confessare  lo  scorno  avuto.  La  moglie  di  Tiberio 
per  un  messaggio  annunzia  le  nozze  délia  figlia  con  Trebazio  impe- 
ratore  di  Costantinopoli.  Lonardo  ad  una  parola  coglie  occasione  di 
offendere  Febo  ;  Febo  lo  uccide.  Tiberio  lo  manda  in  carcere  giuran- 
dogli  perô  sulla  propria  corona  che  lo  libérera  al  più  presto  (Il  pub- 
blico conoscendo  il  soggetto  lo  chiama  infâme). 

Atto  3.  Carcere.  Febo  si  rammarica  délia  sua  triste  condizione, 
ma  è  sicuro  che  il  re  mandera  presto  a  liberarlo.  La  duchessa  di  Villan- 
gosa, penetrata  in  carcere,  gli  rivela  il  perfido  disegno  del  Re  di  farvelo 
morire.  Febo  la  prega  che  vada  a  spiare  quel  che  si  fa  e  dice  per  lui 
nella  Reggia. 

Reggia.  Le  due  sorelle  sono  alla  presenza  di  Tiberio.  Giunge  il  fra- 
tello  del  conte  di  Gai,  che  per  vendicare  il  fratello  chiede  di  misurarsi 
con  Febo,  già  condannato  a  morte. 

Mura  d'Ungheria.  Duello  nel  quale  Febo  uccide  il  conte  di  Gai  e,  ris- 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  }2$ 

pondendo  con  eguale  infedeltà  alla  infedeltà  del  Re,  parte   coi  suoi 
senza  restituirsi  in  carcere. 

Un  mio  egregio  amico  venuto  con  me  a  questa  rappresentazione  era 
tutto  occhi  per  tener  dietro  alla  scena  ed  ail'  uditorio,  quella  sera  com- 
posto  d'una  settantina  di  ragazzi  con  qualche  giovane,  che  sgusciava 
placidamente  il  suo  semino.  Veramente  non  era  una  bella  sera  per 
istudiare  questo  uditorio,  perché  il  passaggio  non  era  di  molto  interesse; 
ma  ebbe  a  pensar  molto,  cinque  giorni  dopo,  quando  meco  stesso  venne 
ail'  opra  di  via  Formai,  dove,  grato  trattenimento,  si  rappresentava  il 

COMBATT1MENTO    DI    ORLANDO    E    RINALDO. 

(8  settembre  1883). 

Atto  1 .  Anîicamera  di  una  reggia.  Angelica  cerca  aiuto  e  protezione 
da  Orlando,  che  gliela  promette,  intanto  che  si  parte  per  andare  a  com- 
battere  con  Rinaldo  di  Montalbano  nel  campo  di  Marfisa  impératrice  di 
Persia.  Angelica  sceglie  Sacripante  quai  campione  di  Orlando  in  questo 
duello. 

Acaimpamento.  Astolfo  recandosi  al  campo  di  Marfisa  riconosce  ed 
abbraccia  il  cugino  Rinaldo.  Sacripante  reca  la  sfida  di  Orlando,  che 
Rinaldo  accetta  pur  deplorandone  con  calde  parole  le  insufficienti  ca- 
gioni.  Marfisa,  da  guerriera  che  è,  si  offre  a  campione  di  Rinaldo  corne 
Sacripante  lo  è  di  Orlando. 

Anticamera  di  Reggia.  Orlando  riceve  Sacripante  reduce  dal  campo  di 
Rinaldo.  Angelica  ripete  la  preghiera,  innanzi  fatta  ad  Orlando,  d'una 
grazia  che  ora  non  dichiara  e  che  Orlando  torna  a  promettere  incon- 
dizionatamente. 

Atto  2.  Mura  di  città  in  distanza;  accampamcnto  [di  Marfisa].  Pre- 
senti  le  genti  loro,  Orlando  e  Rinaldo  son  di  fronte  l'uno  ail'  altro.  Vo- 
gliono  rimaner  soli  ;  e,  sgombrato  il  posto,  i  due  guerrieri,  chiarite 
prima  le  ragioni  del  duello,  si  battono  accanitamente.  Nessuno  cade  de' 
due.  A  certo  punto,  Orlando,  per  un  accesso  di  pazzia,  fugge,  e  Ri- 
naldo grida  :  «  Conte,  il  Cielo  è  sdegnato  di  te  ;  e  tu  vuoi  difendere  il 
torto  !  » 

Campagna.  Angelica  va  in  follia  per  amor  di  Rinaldo  ed  è  lieta  del 
buon  successo  di  lui,  perché  Orlando  è  fuggito  dal  campo. 

Mura,  corne  sopra.  Orlando,  tornato  in  sensi,  torna  ail'  assalto,  che  si 
ripiglia  più  accanitamente  che  mai.  Rinaldo  cade  ferito  (commozione 
générale  nell'  uditorio^.  Accorre  nel  luogo  Angelica,  e  confusa  e  smar- 
rita,  chiede  ad  Orlando  la  grazia  desiderata  e  promessa  :  che  egli  vada 
a  distruggere  il  giardino  incantato  di  Federina,  ov'  è  un  terribile  ser- 
pente divoratore.   Orlando  ubbidisce  per   amor  suo.   Partitosi  egli  da 


326  G.    PITRE 

lei,  Angelica  soccorre  Rinaldo,  présente  Marfisa.  Rinaldo  risensa,  e  rico- 
nosciuta  Angelica,  cui  egli  détesta,  la  respinge  impetuosamente  e  segue 
Marfisa,  la  quale  prende  cura  del  ferito.  Angelica  addoloratissima  si 
rammarica. 

Intermezzo.  Terigi  annunzia  che  nella  rappresentazione  di  domani  sera 
Rinaldo  cadra  nell'  incanto  délia  fata  Morgana.  Virticchiu,  il  buffo  sici— 
liano  dell' opra,  ripetea  suo  modo  e  con  commenti  e  chioseil  preavviso; 
ma  ecco  un  suo  compare  precipitargli  con  grandissimo  rumore  davanti, 
e  gli  racconta  corne  qualmente  è  caduto  da  non  so  quale  altezza,  ma  in 
conclusione  s'è  trattato  d'un  sogno,  e  nient'  altro.  Qui  i  due  compari 
con  un  discorso  concitato  scagliano  frecciate  agli  uomini  del  municipio 
ed  ai  nobili  spiantati  Baruni  Lampazza,  Marchisi  Dibulizza,  Duca  Miseria. 
Gli  astanti  ridono  e  batton  le  mani. 

Atto  3.  Campagna.  Angelica,  afflitta  dell'  inesplicabile  rifiuto,  pensa 
ingraziarsi  Rinaldo  mandandogli  il  cavallo  Baiardo,  smarrito  nel  duello 
con  Orlando. 

Accampamento.  Marfisa  chiede  a  Rinaldo  délia  sua  salute.  Rinaldo  è 
sempre  addolorato  di  non  poter  prender  la  rivincita  sopra  Orlando. 
Uno  scudiere  di  Angelica  gli  reca  a  nome  di  lei  Baiardo;  ma  Rinaldo, 
per  quanto  gli  pesi  di  farlo,  rifiuta,  in  odio  di  Angelica,  il  benamato 
cavallo,  e  fugge.  Astolfo  prende  il  cavallo  per  non  farlo  perdere  al  cu- 
gino,  e  astutamente  persuade  lo  scudiere  che  Baiardo  non  è  di  Rinaldo, 
ne  di  Angelica,  ne  d'  altri,  ma  di  lui  Astolfo,  che  lo  perdette  una 
volta  combattendo. 

Sala.  Angelica  riceve  lo  scudiere,  e  s'abbandona  a  nuovi  rammarichii 
per  si  ostinati  ed  inqualificabili  rifiuti  dell'  amatissimo  Rinaldo. 

La  serata  fini  un  po'  triste  per  la  magra  figura  fatta  da  Orlando  fug- 
gendo  benchè  senza  coscienza,  e  più  pel  ferimento  di  Rinaldo,  che  per 
quanto  previsto  non  riusci  meno  doloroso  per  i  suoi  ammiratori  ;  tutta- 
via  confortava  il  pensiero.che  presto  si  sarebbe  rimesso  in  campo  bell'  e 
guarito. 

Queste  sono  le  rappresentazioni  più  brevi  e  più  semplici  dell' 
opra  ;  ma  qualcuna,  solamente  qualcuna,  è  assai  più  lunga  e  com- 
plicata,  tipo  la  Rotta  di  Roncisvalle,  più  comunemente  intesa  La  morti 
di  li  paladini. 

Lungamente  aspettata,  questa  rappresentazione  è  la  più  clamorosa  e 
la  più  intéressante.  Quindici  giorni  prima,  nelle  due  domeniche  prece- 
denti  quella  in  cui  dovrà  eseguirsi,  la  si  annunzia,  tra  il  secondo  ed  il 
terz'  atto,  per  bocca  di  Terigi,  scudiere  di  Orlando,  secondo  la  tra- 
dizione  dell'  opra  ;  il  quale,  per  ragione  del  suo  simpatico  padrone,  non 
puô  non  riuscire  simpatico  ed  accetto  ail'  uditorio,  e  perché  accetto, 
impiegato  sempre  a  dare  gli  avvisi  seri  che  l'oprante  vuol  dare,  salvo 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLAR1    IN    SICILIA  327 

ad  esser  seguito,  corne  abbiam  visto,  dal  buffù  per  accentuare,  esage- 
rando  e  ridendo,  la  réclame.  Dell  annunzio  s' impadronisce  il  piccolo 
pubblico,enc  parla  dentro  e  fuori  il  teatro  ;  e  se  ne  pasce  e  préoccupa. 
L'oprante  ne  discorre  un  po'  la  parte  sua  agli  affezionati  che  gli  fanno 
ressa  prima  délia  solita  rappresentazione  ;  un  pochino  ne  chiacchierano 
anche  gli  adulti  e  molto  i  ragazzi,  non  per  desiderio  che  abbiano  di 
vederlo,  ma  per  l'avvenimento  in  se  stesso  ;  anzi  vorrebbero  quasi  non 
venisse  mai  quel  giorno,  perché  è  per  loro  crudele  il  veder  morire  tutti 
gli  eroi  ch'  essi  han  seguiti  per  lunghi  mesi,  ch'  essi  hanno  accom- 
pagnati  nelle  loro  imprese  guerresche,  palpitando  e  gioendo  con  essi  e 
per  essi.  Per  assistere  a  un  loro  combattimento,  chi  sa  quanti  sagrifici 
hanno  fatti  questi  poveri  ragazzi  !  Forse  pel  soldarello  del  diritto  d'en- 
trata  si  saran  privati  del  pane  délia  colezione  ;  fors'  anche  avran  dovuto 
lavorar  di  più  nel  giorno,  pur  di  esser  liberi  la  sera. 

Una  volta  l'anno  è  certo  che  la  Rotta  si  ha  da  rappresentare  in  un 
teatrino  ;  e  più  d'una  di  queste  rappresentazioni  ho  io  vedute  solo  o  in 
compagnia  di  qualche  amico  ne'  vari  teatrini  di  Palermo.  Una  sola  ne 
ricorderô  per  non  esser  lungo,  délia  sera  de'  12  dicembre  1875  nell' 
opra  di  Piazza  Nuova.  Il  prezzo  di  entrata  era  stato  portato  fmo  ad 
8  soldi  ;  il  posto  ne'  palchi,  10.  Era  di  Domenica,  e  si  facevano,  corne 
di  solito,  due  recite.  La  prima,  cominciata  aile  ore  22  d'Italia,  non  era 
peranche  finita  a  3  ore  di  sera.  Piovea  a  dirotto,  e  chi  non  era  giunto 
in  tempo,  non  potendo  far  altro,  rimanea  fuori  ad  attender  la  fine, 
mentre  i  nuovi  venuti  sospiravano  la  seconda  rappresentazione,  che 
pure  era  stata  annunziata  per  un'  ora  di  sera  \un'  lira  di  nottï*.  Io  volli  e 
dovetti  attendere  anch'  io.  Un  ragazzo,  che  mi  parve  un  venditor  di 
erbaggi,  venne  a  riparar  dalla  pioggia  in  un'  entrata  ov  io  era  ;  e  fu 
buono  per  la  mia  insaziabile  curiosità,  perché,  toccatogli  dell'  argomento 
délia  sera,  mi  disse  cose  che  a  me  rincresce  di  non  aver  potuto  nella 
loro  schietta  ingenuità  conservare  nel  mio  taccuino.  La  morti  di  li  pala- 
dïnï  (dicevami)  è  la  cchià  bella  cosa  di  stu  munnu,  e  cci  nni  vonnu  occhi 
pi  ialialla  !  Io  mostrai  non  saperne  nulla  ;  ed  egli,  corne  tutti  i  ragazzi 
suoi  pari,  che  io  richiedo  di  notizie  paladinesche,  sfoderô  un'  erudizione 
da  fare  sbalordire.  Quel  ragazzo  ne  avea  dodici  anni  ;  avea  frequentato 
l'opra  dal  suo  quinto  anno,  e  tutti  i  centesimi  che  avea  ottenuti  dalla 
mamma,  avea  sempre  pagati  ail'  oprante  di  quella  piazza  ;  sicchè  avea 
imparata  e  conoscea  a  menadito  tutta  tutta  la  storia  de'  Paladini.  La 
Rotta  era  per  lui  la  meraviglia  délie  meraviglie  ;  il  povero  Rinaldo  la 
vittima  innocente  d'un  tradimento  dei  più  infami  ;  Gano  di  Maganza 
l'assassino  che  cento  volte,  in  cento  guise  tutte  basse,  tutte  vigliacche, 
avea  attentato  alla  vita  di  lui.  Parlando  di  Gano,  il  mio  ignoto  perso- 
naggio  accendeasi  di  sdegno.   Dolente  che  il  suo  carissimo  Rinaldo 


328  G.    PITRE 

dovesse  presto  rimaner  sotto  il  crollo  d'una  fabbrica,  egli  si  rallegrava 
perô  che  due  sera  appresso  Gano  finirebbe  squartato  da  quattro  cavalli. 
E  classa,  soggiungea,  si  la  miritava  pi  tutti  li  'nfamitati  chifici! 

Ma  finalmente,  dopo  lungo  ed  utile  conversare,  venne  l'ora  délia 
seconda  rappresentazione  :  ed  il  teatrino  in  men  che  non  si  dica  si  riempi 
una  seconda  volta  di  gente.  Gli  spettatori  erano  242  d'ogni  età  e 
mestiere,  su  i  banchi,  ne'  passetti,  alla  porta,  sopra  di  essa,  sui  palchi. 
Si  andava  stivati,  non  c'entrava  neppure  un  ago,  per  esprimermi  alla 
siciliana.  Era  d'inverno  forte,  e  si  sudava  maledettamente  dal  caldo. 
Nel  palchetto  a  sinistra  erano  due  donne  in  compagnia  de'  loro  mariti 
0  fratelli  che  fossero,  fatto  ben  raro,  che  chiamava  l'attenzione  di  due- 
centotrentotto  spettatori,  me  compreso.  Prima  che  la  tela  s'alzasse  [e 
se  n'era  impazienti  discorrevan  délia  imminente  rappresentazione.  Chi 
ne  diceva  una  e  chi  un'  altra.  Alzando  un  po'  più  la  voce,  un  manovale 
chiese  in  quale  tiluni  (atto1  Gano  morrebbe.  Gli  fu  risposto  :  Dumani 
assira  Romani  sera).  Un'  imprecazione  a  Gano  e  a  la  so  settima  mma- 
liditta  fu  la  controrisposta.  Quell'  uomo  era  venuto  proprio  per  vedere 
squartare  il  traditore  de'  Paladini,  e  batter  le  mani  a'  cavalli  ;  ora  a 
sentir  che  ce  ne  voleva  ancora  per  ventiquattr'  ore,  indispettito  abban- 
donô  il  posto,  e  se  ne  parti. 

La  morte  de'  paladini  è  divisa  in  6  teloni  :  il  doppio  délie  rappresen- 
tazioni  ordinarie.  Ne  do  qui  un  rapido  ed  imperfetto  cenno  quale  mi  è 
concesso  raccoglierlo  dagli  appunti  presi  furtivamente  quella  sera. 

LA    ROTTA  DI  RONCISVALLE. 

Atto  i.  Reggia.  Carlomagno  délibéra  d'andare  a  convertire  0  ridurre 
alla  fede  i  pagani,  e  intima  a'  paladini  la  partenza  per  Roncisvalle,  ove 
l'opéra  sua  dovrà  aver  piena  riuscita. 

Partenza  da  Parigi.  Carlo  è  accompagnato  da  60  re  di  corona,  venuti 
dall'  Asia,  e  da  500  paladini,  300  de'  quali  rinomati  per  grandi  im- 
prese,  capo  tra  tutti  Orlando. 

Campagna.  L'esercito  s'avanza  verso  Roncisvalle.  A  un  miglio  di  dis— 
tanza  da  questa  Carlo  si  ferma  col  suo  seguito  e  aringa  i  valorosi  guer- 
rieri.  Si  procède  attraverso  gli  accampamenti  nemici  ;  Orlando  co'  suoi 
s'accorge  che  un  agguato  è  teso  a  loro,  e  ode  confuse  ma  alte  grida  di 
morte  ai  paladini  !  Tutti  giurano  di  morire  da  prodi  per  la  religione  di 
Cristo.  L'arcivescovo  Turpino  li  benedice  poco  prima  che  essi  s'avven- 
turino  allô  sbaraglio. 

Atto  2.  Tende.  Carlo  allontanatosi  dalle  bocche  di  Roncisvalle  si 
ritira  nelle  sue  tende  per  darsi  svago  con  altri  coronati.  Gano  è  con 
lui  ;  e  con  Gano  Carlomagno  giuoca  ai  dadi,  tutto  assorto  in  quel  gra- 


LE    TRAD1ZI0NI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  329 

dito  passatempo,  che  il  traditore  ad  arte  rende  più  intéressante  per 
l'imperatore. 

iQuest'  atto  è  brevissimo,  e  in  alcuni  teatrini  si  sostituisce  con  altra 
scena,  in  cui  hanno  luogo  i  primi  combattimenti  tra  paladini  e  pagani,  e 
la  morte  d'uno  di  quelli.l 

Atto  3.  Roncisvalle.  Ricciardetto  entra  in  sospetto  che  il  fratello  Ri- 
naldo  viva  tuttora.  Malagigi  gli  toglie  qualunque  dubbio  rivelandogli 
che  Rinaldo  fa  vita  di  penitenza  in  Armenia,  ed  imponendogli  che  corra 
subito  a  trovarlo  ed  avvertirlo  che  un  tradimento  si  prépara  a'  paladini. 
Ricciardetto  crede  di  aver  sognato,  ma  pure  si  parte.  Cammina,  cam- 
mina,  cammina;  trova  il  fratello  eremita,  il  quale  comandato  da  Dio  per 
mezzo  di  un  angelo  che  gli  appare,  tiene  l'invito  di  Ricciardetto,  e  vola 
a  Roncisvalle  avendo  nel  partire  ricevuto  l'antica  sua  spada  ed  il  suo 
benamato  Baiardo. 

Atto  4.  Roncisvalle  è  coperta  di  armati.  I  primi  scontri  avvengono 
con  perdita  délie  due  parti.  I  paladini  ne  hanno  la  peggio,  ed  i  migliori 
di  essi,  uno  dopo  l'altro,  vanno  cadendo  soverchiati  dal  numéro  sempre 
crescente  de'  nemici.  Ecco  sopraggiungere  Rinaldo  e  Ricciardetto,  e 
furiosi  slanciarsi  nel  forte  délia  mischia.  Muore  Baldovino  figlio  di 
Gano;  e  muoiono  anche  i  figli  di  Rinaldo;  questi  in  un  dato  momento 
s'incontra  e  si  rivede  con  Orlando. 

Atto  5.  Roncisvalle.  I  due  fratelli  fanno  carnificina  terribile,  e  a  notte 
avanzata  s'adagiano  sopra  un  monte  di  cadaveri  non  avendo  più  nemici 
da  combattere.  I  nemici  perô  ci  sono,  ma  quasi  sappiano  che  in  Rinaldo 
troveranno  la  morte,  non  s'attentano  di  farglisi  innanzi. 

Atto  6.  Roncisvalle  è  una  desolazione  spaventevole  ;  solo  pochi  eroi 
rimangon  vivi,  ma  per  piangere  gli  eroi  caduti.  Orlando  non  vuol  so- 
pravvivere  a  tanto  scempio,  e,  fatta  pubblicamente  la  sua  confessione, 
benedetto  da  Turpino,  e  benedicendo  il  suo  cavallo,  preparasi  a  morire. 
Conficca  la  sua  durlindana  sul  vivo  sasso,  e  ne  vien  fuori  acqua  lim- 
pidissima.  Un'  onda  di  luce  céleste  piovegli  sopra;  l'anima  di  Orlando 
vola  al  cielo. 

Non  ho  mai  visto  la  morte  de'  paladini  senza  ricevere  forte  im- 
pressione  del  contegno  degli  spettatori.  È  raro,  estremamente  raro,  che 
l'uditorio  serbi  mai  tanto  silenzio  e  tanto  raccoglimento  quanto  in 
quella  sera.  La  tristezza  è  sul  volto  di  tutti  ;  le  stesse  parole  che  l'un 
l'altro  gli  spettatori  si  barattano  sono  sommesse  per  riverenza  al  luogo 
ed  al  momento  sacro  e  sollenne.  Lo  stesso  rosticciaio  tra  atto  ed  atto 
non  vocia,  non  ischiamazza,  non  fa  neppure  uno  zitto.  AU'  apparir 
dell'  angelo  a  Rinaldo,  al  benedir  che  fa  Turpino  il  conte  Orlando, 
tutti  si  scoprono  il  capo  corne  la  sera  del  Venerdi  santo  rappresentandosi 
il  Mortorio  di  Crisio.  Anzi  tra  il  Mortorio  di  Cristo  e  la  Morte  de'  pala- 


330  G.    PITRE 

dini  c'  è  taie  riscontro  e  identità  d'impressioni  negli  spettatori  che 
mai  forse  la  maggiore.Le  due  rappresentazioni  sono  egualmente  grandi, 
luttuose,  lagrimevoli.  Il  suono  del  corno  d'Orlando  scuote  le  fibbre  di 
chicchessia,  la  squillo  délia  tromba  che  chiama  ail'  ultima  battaglia  è 
orribile  quale  non  fu  mai  durante  l'anno.  Io  chi  cci  pozzu  fari  (diceva, 
una  sera  [  14  ottobre  1877]  tra  un  crocchio  di  amici  uscendo  dall'  opra 
un  operaioï  ?  Quantu  votihaju  'ntisu  sunari  lu  cornu  di  Orlannu  pila  morti 
di  U  paladini,  m'  haju  'ntisu  arrizzari  li  carni!  E  io  laggiungea  un 
altro1,  'un  sugnu  lu  stissu  !  A  vldiri  lu  ciuri  di  li  paladini  ddà  'nia  ddu 
'nciarru,  macari  mi  veni  di  chiànciri!  Eppure  tutti  questi  guerrieri,  chi  per 
molto  e  chi  per  poco  sono  stati  in  mezzo  a  sbaragli  e  ad  imprese  d'ogni 
génère.  Eppure  in  tutto  il  corso  délia  storia  non  una  volta  sola  s'è  udito 
quel  corno.  Ma  in  veruna  sera  tanti  eroi,  tutti  conosciuti,  tutti  illustri, 
sono  stati  insieme  per  correre,  infamemente  traditi,  a  morte  sicura. 

Ma  lasciamo  queste  impressioni  dolorose,  e  continuiamo  la  nostra 
descrizione. 

Vi  son  teatrini  ne'  quali  è  caratteristica  l'entrata  in  scena  d'un  per- 
sonaggio  d'importanza.  1  suoi  passi  sono  e  devono  essere  misurati  e 
gravi,  senza  di  che  l'uditorio  non  rimane  soddisfatto.  In  Catania  è 
tanta  la  premura  per  questi  passi,  che  il  popolino  li  reclama,  se  non  li 
sente  e  non  li  vede,  gridando  (dico  gridando!  :  'U  passu  !  e  allora  il 
pezzo  grosso  venuto  sulla  scena  deve  ritirarsi  e  tornare  ad  uscire 
facendo  il  passo  misurato  e  con  gravita  solenne. 

La  chiamaîa  a  battaglia  è  una  musica  molto  semplice,  sonata  solo  con 
la  tromba  in  si  bemolle  senza  soccorso  di  cilindro  0  pistone,  e  basato  sull' 
accordo  di  3*  e  jà.  Il  suo  tempo  è  2/4  moderato. 

Prima  dello  scontro  v'  è  sempre  una  marciata,  anch'  essa  a  suono  di 
violino  0  di  tamburo.  È  di  uso  imprescindibile  che  le  spade  nel  cozzarsi 
l'una  con  l'altra  facciano  rumore,  e  si  accompagnino  col  battere  iso- 
crono  de'  piedi.  Incalza  la  pugna  e  più  frequenti  si  fanno  i  colpi,  finchè, 
avvicinandosi  alla  fine,  i  ferri  cominciano  a  roteare,  a  far  mulinello 
pronti  a  ferire.  Quanto  più  han  fama  di  valenti  i  guerrieri,  tanto  più  si 
protrae  Passalto,  e  chi  è  colpito  piomba,  corne  fulminato  a  terra,  ma 
non  muore  subito.  È  proprio  de'  semplici  soldati  il  morire  a  primo 
colpo;  e,  se  trattasi  di  pagani,  d'infedeli,  di  mori  e  di  altri  siffatti,  le 
loro  teste  saltano  per  aria  e  rotolano  per  terra  corne  palle  da  giuoco. 
(L'invocazione  di  Maometto  è  l'ultima  parola  del  morente).  E  allora,  a 
uno,  a  due.  a  tre  per  volta  questi  soldati  s'avanzano  a  morte  sicura,  e 
i  lor  cadaveri  s'ammassano,  s'ammonticchiano  ingombrando  la  scena. 
Quando  un  oprante  in  Catania  ebbe  la  grande  idea  di  sostituire  i  per- 
sonaggi  viventi  a'  burattini  ^an.  1859),  i  combattenti  caduti  morti, 
allorchè  il  palcoscenico  era  pieno  di  morti-vivi,  quatti  quatti  s'alzavano 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  }}  I 

e  andavan  via  coi  propri  piedi  per  far  posto  a  nuovi  combattenti  che 
doveano  farsi  massacrare. 

Durante  la  baitaglia  i  violini  suonano  molto  affrettatamente,  vorrei 
dire  precipitosamente,  e  non  tacciono  se  non  a  combattimento  finito. 
Un  lieve  batter  di  piedi  dell'  oprante  dietro  la  scena  impone  silenzio  a' 
sonatori,  e  ricomincia  il  dialogo. 

Tra  atto  ed  atto  corre  un  quarto  d'ora  di  riposo,  rallegrato  da  qualche 
sonatina  favorita  degli  spettatori  ;  e  frattanto  si  beve  acqua  e  fumetto, 
si  torna  a  sgusciar  semé  di  zucca,  si  chiacchiera,  si  cicaleggia  corne  ne' 
teatri  ordinari.  In  due  ore  i  tre,  i  quattro  atti  délia  rappresentazione  son 
finiti.  Solo  Don  Alberto  Canino,  il  Robespierre  dell'  opra  de'  pupi  in 
Palermo,  la  fa  durare  un'  ora  e  mezzo,  con  brevissimi  intervalli  di 
riposo  tra  un  atto  e  l'altro. 

Le  rappresentazioni  si  fanno,  corne  si  dice,  a  braccio,  senza  copione. 
S' intende  che  l'oprante  è  padrone  délia  favola,  e  sa  bene  quel  che  deve 
dire  e  fare. 

In  relazione  agli  altri  teatri,  l'opra  è  molto  primitiva.  Non  unità  di 
tempo,  non  unità  di  luogo  e,  che  è  più,  non  unità  di  azicne'.  Sto- 
ria  drammatizzata,  l'azione  si  svolge  per  fatti  corne  vengono  senza 
che  si  guardi  più  che  tanto  a  un  fatto  principale,  a  un  protagonista,  a 
colpi  di  scena.  I  colpi  di  scena,  se  cosi  s'hanno  a  dire,  sono  i  frequenti  com- 
battimenti  di  uno  contr'  uno,  contro  due,  contro  un  intiero  esercito,  duelli 
di  molti  contro  molti.  Quel  che  specialmente  prévale  è  la  parlata,  l'aringa 
d'un  principe,  d'un  capitano,  d'un  re.  Scarsi  i  dialoghi  ;  rade  le  semplici 
risposte  a  monosillabi,  a  brevi  parole.  Chi  risponde,  si  rifà  da  quel  che 
ha  detto  chi  domanda.  Qualche  cosa  che  si  allontana  da  questa  pratica 
è  intrusione  siciliana,  e  forma  il  grottesco  d'una  scena.  Il  re  Carvusello 
[sic]  avvenutosi  in  un  paladino  in  campo  aperto  vuol  sapere  chi  egli  sia. 
Il  paladino,  poco  paladinescamente  risponde  :  «  E  che  devo  dirlo  a  te 
chi  sono  io  ?...  »  Poco  appresso  Carlomagno  entrato  in  una  città,  dopo 
la  disfatta  e  morte  di  Carvusello,  aringa  i  suoi  cavalieri  lodandoli  di  lor 
valore  ;  giunge  Malagigi,  e  dati  e  ricevuti  i  complimenti  di  Carlomagno 
gli  spiattella  chiaro  e  tondo  che  egli  vuol  esser  compensato  de'  servizi 
resigli  in  tutta  la  impresa,  nella  quale  riusci  persino  a  far  morire  An- 
gelica.  Carlomagno  ne  maraviglia,  ma  pure  accondiscende.  Malagigi 
chiede  per  suo  cugino  Rinaldo  il  présente  di  sette  pesé  d'oro;  Carlomagno 
le  crede  troppe  ;  Gano  dice  che  ne  aggiunge  altre  due  lui,  memore  di 
essere  stato  liberato  da  Rinaldo.  Rinaldo  finge  di  sbagliare  nella  somma 


i.  Valgono  qui  le  osservazioni  fatte  dal  D'Ancona  a  pp.  391-92  délie  Origini 
dd  teatro  in  Italia,  vol.  I.  Firenze,  1877. 


}}2  G.    PITRE 

e  cresce  il  numéro  délie  pesé,  che  porta  a  dodici.  Carlomagno  non  vuol 
darne  tante,  e  i  paladini  che  lo  attorniano  canzonandolo  affermano 
averne  egli  promesse  dodici,  anche  quattordici  ed  anche  quindici...  A 
questo  punto  Carlomagno,  l'imperatore  Carlomagno  esclama  infastidito  : 
«  E  dite  che  mi  voleté  levare  la  corona  di  Parigi  dal  capo  !  Se  io 
sapeva  tutto  questo,  il  meno  pensiero  che  avea  [era]  di  mettermi  a 
combattere  con  Carvusello.  Per  non  si  dire  che  io  rifardo',  dono  a 
Rinaldo  dodici  pesé  d'oro  !  »  Testuale1.  E  poichè  Rinaldo  oppone  che 
devono  essere  quattordici  le  pesé,  Malagigi  lo  persuade  a  contentarsene, 
chè  le  altre  avrà  modo  lui  di  fargliele  avère  altrimenti  :  «  Contentati  di 
queste  dodici  pesé  ;  chè  poi  il  resto  te  lo  fo  venire  io  da  un'  altra 
parte.  » 

Ho  stile,  corne  si  vede,  è  molto  semplice,  e  ritrae  dai  Reali  di 
Francia. 

Gli  opranti  che  sanno  leggere  si  servono  qualche  volta  di  scenarî 
manoscritti  propri  o  d'altrui,  ne'  quali,  atto  per  atto,  è  indicata  la 
scena,  la  parte  de'  vari  personaggi  che  devono  venir  fuori,  o  qualche 
motto  importante  délia  parlata  loro.  Ho  sott'  occhio  parecchi  di  questi 
scenarî,  e  posso  farne  parte  a'  miei  lettori  sicuro  che  nessuno  di  essi, 
divenutone  padrone,  vorrà  rubare  il  mestiere  e  le  forme  letterarie  e 
grammaticali  degli  anonimi  autori  ;  le  forme,  poco  più  poco  meno,  si 
conoscono  nelle  nostre  scuole,  comprese  quelle  di  Liceo  ;  ma  il  mestiere 
è  un  po'  difficile  per  chi  non  ci  sia  nato  o  non  ci  abbia  una  grande 
vocazione.  Trascrivo  alla  lettera  i  preziosi  mss.  di  cui  dispongo,  met- 
tendo  di  mio  soltanto  i  punti. 

atto  i . 

Scena  i .  Canpangna . 
Girardo  sia  ccorge  corne  ra  assediata  Vienna.  Vanno  con  i  fratelli. 

Scena  2.  Canpo  turco. 
Troiano  ascolta  che  arrivavano  Tre  cristiane  edistruggevano  tutte  i 
Pagane.  Troiano  va  addaffrontarle. 

Scena  3.  Canpangna. 
Troiano  abbatte  Girardo  e  don  Caro.  Fugono  per  dentre  la  citta. 
Don  Chiaro  venguro  (?)  attensione  (?)  con  Troiano.  Abbatteno  tutti  e 
due  puggeno. 


2.  Rifardarc  in  siciliano  vale  venir  meno  fraudolentemente  ad  una  promessa, 
ad  un  debito  già  dichiarato. 


LE    TRAD1Z10NI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SIC1L1A  }}$ 

Scena  4.  Bosco  con  fonte. 
Troiano  viene  in  se,  il  quale  grede  quello  essere  Orlando.  Va  nel 
canpo. 

Scena  5.  Canpangna. 
Don  Chiaro  in  se  venuto  incontra  Balante. 

ATTO  2. 

Scena  1.  Mura  di  Vienna. 

Oronte  re  affronta  Arnaldo  che  fugge.  Rinardo  affronta  don  Curo  e 
fugge.  Ritorna  troiano.  Cran  battaglia  canpale. 

Scena  2.  Canpangna. 
Balante  affronta  Troiano  che  le  dice  tra  ditore  contro  il  pâtre  suo. 
Lo  ferisce.   Arrivo  da  [di]    don   Chiaro.    Cran   battaglia.    Fugge  don 
Chiaro. 

Scena  3.  Bosco. 
Troiano  viene  assaltato   da    Rainiere.   Arnaldo   don   buso    Balante 
fugono  tutti. 

Scena  4.  Canpangna. 
Troiano  fa  fuggire  don  Chiaro. 

atto  3. 

Scena  1 .  Canpangna. 
Do  Chiaro  in  se.   Intranto  [intanto]  sia  scolta  marcia.  Arriva  Carlo, 
don  Chiaro  va  alli  ncontro  da  limperatore. 

Scena  2.  Canpangna. 

Orlando  quarda  la  posizzione  dal  [deï]  canpo.  Pagano  le  pianta  il 
canpo  in  facci. 

Qui  manca  una  carta  al  ms.,  ed  io  non  oso  andare  avanti  per  com- 
pletare  il  terzo  atto.  Do  invece  un  altro  scénario,  padronissimo  il  lettore 
di  saltarlo  a  piè  pari  0  di  seguirmi. 

atto   1 . 

Scena  1 .  Campangna. 
Orlandino  e  Carlo  parlano  dei  prodezzi  da  suo  Pâtre  Milone. 


334  G-  PITRÈ 

Scena  2.  Campangna. 
Donchiaro  minaccia   distrugge  i  pagan.  Donbuoso  distrugge  i  pa- 
gane  pagane. 

Scena  4.  Campo  cristiano. 

Donchiaro  e  donbuso  si  allontannano  sensiche  \senza  che<  i  paladini 
le  vedono. 

Campo  cristiano. 

Rainiere  vede  venire  Orlando  e  Carlo.  Che  dendo  (credendo)  che 
quello  è  Monte  lo  vogli  ono  luccidore.  Ma  Carlo  lo  fa  conoscere  peste 
\presto  ?)  nelcanpo. 

atto  2. 

Scena  1 .  Caméra  délia  serra. 
Girardo  riceve  donbuso  donchiaro. 

Scena  2.  Campo  cristiano. 

Carlo  manda  per  battugliare  \pattugliare)  ad  Uggiero  amone  buono 
Salamone  per  vedere  se  vi  sono  ancora  gente  pagane. 

Scena  3.  Caméra  délia  serra. 
Girardo  ascoltà  che  li  Cavalière  arrivavano.  Manda  a  don  Chiaro. 

Scena  4.  Mura  délia  serra. 

Don  Chiaro  viene  intenzone  ma  arrivato  ad'  uggiero  le  fasal  tare  lele- 
mo   l'clmo)  e  lo  conosce  cosi  le  porta  dentro. 

Scena  5.  Caméra  serra. 
Girardo  fa  ritornare  i  cavalière  al  canpo. 

Scena  6.  Campo. 

Carlo  ascolta  la  notizzia  d'auggiero  che  nella  torre  délia  serra  vi 
errano  erano^  i  fratelle  di  donchiaro.  Carlo  manda  uggiero  a  girardo 
per  farlo  venire  inabboccamento. 

atto  3. 

Scena  1 .  Caméra  serra. 
Girardo  ascolta  limbasciata  duggiero  e  va  al  campo. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLAR!    IN    SICILIA  }}$ 

Scena  2.  Canpo  cristiano. 

Carlo  viene  apprette  [a  petto)  con  Girardo  che  lui  nonera  e  non  vo- 
leva  stare  sottoposte  a  Carlo  ma  occupava  un  posto  e  corne  un  secondo 
imperatore. 

Scena  3.  Reggia  di  Risa. 

Agolante  songna  che  vedeva  suo  figlio  Almonte  impericolo.  Si  sveglia 
ecchiama  consiglio.  Manda  anbasciatore  per  aspromonte.  Ritornano 
laralde.  Uno  le  rapporta  che  morte  \è  morto)  e  luccide.  E  altro  le  dice 
che  [è]  prigioniero  cosi  li  fa  mandare  un  altro  in  viena  ossia  inaspro- 
nonte  nel  canpo  di  Carlo  per  dargli  suo  figlio. 

Scena  4.  Campo  Cristiano. 

Carlo  riceve  la  raldo  il  quale  le  dice  che  almonte  era  morto.  Don 
chiaro  po  lo  fa  cchiamare  nascostamente  e  le  dona  [aW  araldo]  la  testa 
dalmonte. 

Scena  5.  Campo  Cristiano. 

Carlo  riceve  Bulante  e  i  suoi  figli  il  quale  ascolta  che  il  ne  mico  si 
vedeva  venire  da  lontano.  Si  priparano  Ma  poi  balante  racconta  che  non 
fece  bene  mundargli  la  testa.  Orlando  si  offende  facchianare  [fa  chia- 
mare]  don  Chiaro  il  guale  fanno  buttaglia.  Arriva  Carlo  le  divide  le 
pacifica  cosi  si  pri  parano  alla  difesa. 

Al  mio  ms.  segue  quest'  altro.  che  è  un'  altra  recita  : 


1 .  ATTO. 

Scena  1.  Reggia  di  Risa. 
Agolante  parte  con  i  suoi. 

Scena  2 .  Campo  Cristiano . 
Carlo  ascolta  che  arrivava  il  Pagano.  vanno. 

Scena  3.  Canpangna. 
Orlando  distrugge  la  schiera  d'Agolante.  Agolante  quella  da  stolfo. 

Scena  4.  Canpangna. 
Donchiaro  viene  abbattuto  da  Agolante.  fugge. 


}}6  G.    PITRE 

2.    ATTO  2. 

Scena  i .  Bosco . 
Astolfo  viene  preso  prigioniero  dar  le  negorino. 

Canpo  Cristiano.  Scena  2. 

Orlando  scolîa  la  priggionia  dastalfo.  Va  allibberarlo. 

Astolfo  il  mago  lamaga.  Carlo  con  i  suoi  don  chiaro  con  i  suoi  Ago- 
lante  suprino  negorino  4  redicorona  Orlando  la  maga  Voltiera. 

Canpangm,  Caméra,  Bosco,  Risa  reggia  Canpo  cristiano  Spiaggia. 

Per  domare  Orlando  libbera  astolfo  con  la  morte  del  pratre  di  rodo- 
monte  Ulino. 

Scena  3.  Spiaggia. 
Il  re  negorino  porta  astolfo  per  inbaccarlo.  Orlando  luccide  e  llo 
libéra . 

Scena  4.  Canpangna. 
Agolante  abbatte  carlo.  Donchiaro  lo  libbera. 

atto  3. 

Scena  1.  Canpangna. 
Battaglia  canpale  Agolante  viene  abbattuto  d'Orlando. 

Scena  2.  Canpangna. 
Astolfo  incontra  un  mago  che  lo  manda  inuna  crotta  che  vi  era  una 
donna  fatta  priggioniere.  Astolfo  va. 

Scena  3.  Bosco  con  Crotta. 
Astolfo  entra  nella  crotta  uccidendo  il  gigante. 

Scena  4.  Caméra  con  letto. 

La  maga  Valtiero  che  dorme.  Astolfo  la  vede.  Cosi  si  porse  affare 
lamore.  Via  tutto 

Questi  scenarî  ci  richiamano  si  noti  bene  :  ci  richiamano!  a  quelli 
délia  commedia  improvvisa  dell'  arte,  «  che  probabilmente  si  recitô  per 
tutto  il  medio  evo  dagli  strioni  più  volgari,  mezzi  commedianti  e  mezzi 
saltimbanchi,  e  sali  in  grande  onore  verso  la  fine  del  sec.  XVI.  »  ' 


1.  Bartoi.i,  Scenari  inediti  délia  commedia  dell'  arte .Contnbuto  alla  storia  del 
tcatr.i  popolare  ilaliano,  p.  IX.  Firenzc,  Sanzoni,  1880. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  }}7 

Forse  il  lettore  pensera  che  il  manoscritto  capitato  nelle  mie  mani 
sia  venuto  da  qualcuno  degli  opranti  di  Palermo  o  di  fuori.  Tutt'  altro. 
Gli  opranti  son  molto  gelosi  di  queste  carte,  che  essi  ereditarono  forse 
dai  padri  loro  o  da  fratelli  o  da  amici.  A  prestarle  solo  un  mornento, 
parrebbe  loro  di  togliersi  un  ms.  prezioso  ;  ma  che  dico  io  a  prestarle? 
a  mostrarle  ;  perché  non  c'  è  persone  gélose  dell'  arte  loro  più  degli 
opranti,  che,  pochi  e  del  mestiere  per  eredità,  vorrebbero  formare  una 
specie  di  casta,  i  cui  membri  discendano  in  linea  retta  da  opranti,  e  porti- 
no  nel  sangue  il  genio  cavalleresco  teatrale. 

Questa  casta  è  conosciutissima  tra  noi.  Essa  è  composta  de'  figli  del 
célèbre  Don  Gaetano  Greco,  del  non  men  célèbre  Don  Federico  Luc- 
chese,  suo  scolare  e  degno  rappresentante,  che  in  un  mornento  di  mal- 
umore  andô  a  piantare  le  sue  tende  in  Trapani  ;  di  Don  Gaetano  (gli 
opranti  hanno  tutti  il  Don\  La  Marca,  di  Don  Alberto  Canino  e  di  pochi 
altri  privilegiati.  Un  tempo  iparlo  dello  scorcio  del  secolo  passato  o  de' 
primi  del  nostro  c'  era  un  Don  Domenico  Scaduto,  vero  genio;  ma  non 
lasciô  eredi,  e  fu  una  perdita  per  la  tradizione  rinaldesca.  Don  Gaetano 
ha  una  storia,  che  il  popolo  conosce  ne'  più  minuti  particolari.  1  suoi 
figli  la  raccontano  in  punti  e  virgole.  A  sentire  Don  Nicolo  e  Don 
Achille,  che  tengono  i  loro  teatrini  l'uno  a  Ballarô,  l'altro  alla  Vucciria 
(parlo  sempredi  Palermo),  i  più  accreditati  e  insieme  i  più  famosi  opranti 
in  tutta  la  città,  Don  Gaetano  loro  padre  sarebbe  stato  il  Cristoforo 
Colombo  dell'  opra  dei  pupi;  e  cosi  la  pensa  anche  un  loro  cognato, 
genero  del  fu  Don  Gaetano,  oprante  anche  lui.  Una  volta  che  io  fa- 
cendo  con  altri  ressa  alla  porta,  perché  non  era  peranche  l'ora  délia 
rappresentazione,  oscuro  spettatore  e  povero  ignorantello,  chiesi  di 
questa  faccenda,  egli  usci  in  esclamazioni  ed  apostrofi  tenerissime.  «  Mè 
soggiru  —  diceva  — fici  pupi,  cacci  vulèvanu  occhi  atalialli,  pirchi'nta  li 
pupi  cci  studiava  ;  e  prima  di  môriri,  lasso  belli  carti  di  storia  di  pala- 
dini.  Chiddi  c'  hannu  vinutu  ddoppu  d'iddu  mancu  cci  ponnu  stujari  li 
scarpi.  Lu  s6  megghiu  scularu  è  Don  Fidiricu  :  e  Don  Fidiricu  è  gra- 
ziusu  (valente)  e  li  pupi  li  sapi  maniari.  Ora  cui  ce'  è  valenti  'nta  st'arti  ? 
Tutti  sunnu  'na  maniata  di  smenna-c  ...  [una  manata  di  guastamestieri); 
tantu  veru,  ca  nun  si  nn'  affruntanu  di  lassari  Palermu,  e  jiri  a  gràpiri 
opra  fora,  macàri  'n  Cagghiari  e  'n  Tùnisi;  pirchî  li  picciotti  chi  vannu 
ail'  opra  significanu,  e  vidinu  eu'  sapi  fari  e  eu'  nun  sapi  fari.  »  E  dopo 
altre  osservazioni,  vere  rivelazioni  per  me,  fini  sentenziando  che  «  l'arti 
di  li  pupi  è  difficili  assai,  e  'un  è  cosa  di  tutti  ». 

A  corroborare  la  pubblica  opinione  intorno  alla  abilità  dei  Greco,  ri- 
ferirô,  cosa  da  me  udita  più  volte,  che  il  vecchio  Don  Gaetano  lasciô 
morendo  due  consigli  a'  figliuoli  :  i"  che  studiassero  la  mattina  per- 
tempo   la  storia   che  dovevano   rappresentare  la   sera  ;  2°  che  divi- 

Romania,  XIII.  22 


3  J 8  G.    PITRE 

dessero  serapre  eguale  il  tempo  in  cui  la  tela,  tra  atto  ed  atto,  resta 
calata. 

Il  padre  di  Don  Gaetano,  Don  Giovanni,  fu  un  genio  anche  lui  ;  e  la 
sua  vita  comincia  a  diventare  leggendaria.  Don  Giovanni  fabbricava 
pupi  bellissimi.  Una  volta  ne  fece  uno  che  apriva  e  chiudeva  la  bocca  e 
gli  occhi,  e  parea  proprio  che  parlasse.  Entusiastato,  infiammato  dell' 
opéra  sua,  novello  Michelangelo  :  Parra  !  gli  disse  ;  e  tanto  si  incocciô 
nell'  idea  di  farlo  parlare,  che  perdette  la  testa.  Questo  racconta  la  tra- 
dizione  palermitana  ;  ma  la  tradizione  di  Catania  lo  racconta  pel  cata- 
nese  Don  Gaetano  Crimi,  da  cui  il  nostro  D.  Gaetano  avrebbe  poi  imitato 
qualche  cosa,  e  che  mori  pazzo  volendo  ad  ogni  costo  far  parlare  i  suoi 
paladini. 

Tant'  è,  i  più  ricchi  teatrini  di  pupi  in  Palermo  son  quelli  de'  di- 
scendenti  di  D.  Gaetano  ;  e  dico  ricchi  per  le  armature  che  hanno  in- 
dosso.  Prima  del  Greco  i  paladini  vestivano,  secondo  il  popolo,  alla 
buona,  corne  vien  viene,  a  furia  di  trine,  galloni,  orpelli  ed  altro.  Se  la 
tradizione  è  vera,  Don  Gaetano  prese  a  coprirli  di  armature  di  rame 
bianco,  che  danno  ad  essi  un  bell'  effetto.  Carlomagno  è  il  più  splendido 
tra  tutti  :  ed  in  gambali,  bracciali,  corazza,  elmo  ecc.  ha  ben  quattro 
chilogramni  di  rame  lavorato  addosso,  e  costa  non  meno  di  120  lire  : 
e  non  è  caro.  Il  più  povero  paladino  dell'  opra  Greco  è  da  20  a  2  5  lire, 
prezzo  del  migliore  di  altri  teatrini  di  Palermo. 

Per  questo  lato,  di  fatti,  c'è  un  notabile  progresso.  Un  tempo  nastri 
inargentati  e  fili  d'oro  che  facevan  le  veci  di  armature  ;  adesso,  se  non 
si  è  dei  miserabili,  i  pupi  si  vestono  elegantemente  esempre  a  un  modo. 
E  dico  sempre,  perché  il  vestire  d'ogni  personaggio  è  caratteristico,  e 
l'oprante  che  s'attentasse  di  modificarlo  andrebbe  incontro  aile  disap- 
provazioni  del  pubblico.  Da  qui  l'uso  degli  opranti  di  fabbricar  da  se 
i  pupi,  di  vestirli  essi  stessi,  occupazione  di  tutte  le  ore  libère  del 
giorno  '. 


1.  Tuttavia  v'è  qualche  persona  che  in  Palermo  si  occupa  di  questo  génère 
di  lavori,  altri  scolpendo  teste  0  mani,  altri  costruendo  armature,  altri  ves- 
tendo  di  tutto  puntc  pupi.  Un  certo  Pietro  Mignosi,  bella  figura  michelan- 
giolesca,  scolpisce  teste  e  mani.  In  via  Albergheria,  n.  181,  presso  l'Ospedale 
di  S.  Saverio,  v'è  da  più  di  }o  anni  una  fabbrica  di  pupi  ;  altra  ve  n'è  in  via 
Scavuzzo  n.  27.  I  ragazzi  che  vogliono  divertirsi  a  fare  in  casa  l'opra,  li  com- 
perano.  Il  paladino,  sia  Orlando,  sia  Rinaldo,  sia  Carlomagno  ccc,  è  uno  degli 
oggetti  favoriti  ed  inevitabili  nelle  fiere  di  Palermo,  e  si  vende  corne  qualunque 
altra  cosa  gradita.  Una  bottega  di  burattini  dipingeva  testé  e  mandava  ail' 
Esposu'one  di  Messina  (  1 88 2)  il  valente  pittore  palermitano  Sig.  Ettore  Di 
Maria,  cd  il  suo  quadro,  un  lavoro  di  grande  verità,  venne  acquistato  dal  cav. 
Pasquale  Libertini  di  Caltagirone,  artista  anche  lui. 

Un  tratto  che  al  sig.  W.  R.  S.  Ralston  parve  caratteristico  nelle  fiabe  sici- 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  ?  39 

I  migliori  pupi,  poi,  in  tutta  la  Sicilia  lo  sappiano  i  dilettanti  paler- 
raitanî)  sono  incontrastabilmente  quelli  di  Catania  Al  teatrino  di  via 
S.  Agata,  che  di  preferenza  vidi  e  rividi  nel  settembre  del  1882.  ve  n'è 
parecchie  dozzine  belli  da  vero  e  di  costumi  molto,  anzi  troppo  ricchi 
per  gli  spettatori  che  accoglie  e  pel  meschino  prezzo  di  entrata  (cent. 
5).  Già  sono  il  doppio  de'  pupi  di  Palermo  un  terzo  del  naturale1,  e 
perché  tali  richiedono  tanti  giovani  che  li  reggano  e  li  giochino  sulla 
scena  quanti  sono  essi,  non  potendo  un  uomo  tenerne  e  maneggiarne 
più  d'uno.  Ed  in  proporzione,  grande  il  palcoscenico,  meta  d'un  palco- 
scenico  comune,  e  cosi  spazioso  il  magazzino  da  acccogliere  un  mezzo 
migliaio  di  spettatori.  Questo  ci  dà  a  vedere  che  la  paladineria  in  Cata- 
nia non  piace  meno  che  in  Palermo,  e  che  il  mestiere  dell'  oprante  dà 
qualche  cosa  di  più  che  non  sembri  a  prima  vista  '. 

Altro  riformatore  dell'  opra  è  Don  Alberto  Canino  ivulgo  Don  Li- 


liane è  il  fréquente  apparir  di  pope  t  marionctte  incantate,  e  citava  Pitre, 
Fiabe,  nn.  5  e  109;  Gonzenbach,  Sicil.  Mârchcn,  28,  35  ;  Fraser's  Magazine, 
aprile  1876.  Vedi  pure  la  nota  del  D1"  K.oh!er  alla  Gonzenbach,  vol.  II,  p.  227. 
Dei  pupi  discorse  P.  A.  M.  Lupi  nelle  Memorie  per  servire  alla  storia  lett.  di 
Sicilia,  t.  I,  parte  2a,  p.  5  !  . 

1.  Il  mio  egregio  amico,  sig.  Conte  de  Jacquemont,  che  in  Sicilia  è  venuto 
più  d'una  volta  a  studiare  la  storia,  l'arte  ed  i  costumi,  il  29  settembre  1882 
da  Parigi  mi  scriveva  :  «  Lasciando  Palermo,  andai  a  Catania  poco  prima  che 
vi  si  recasse  Lei,  ed  ebbi  la  fortuna  di  vedere  i  tanto  desiderati  buratlmi.  Li 
vidi  sul  miglior  teatrino  popolare  délia  città.  Belli  e  grandi  i  burattini,  molti 
personaggi  ed  anche  mostri  délia  selva  incantata,  pubblico  numerosissimo, 
attento,  e  che  pareva  godesse  moltissimo  dello  spettacolo.  Peccato  solamente 
che  il  protagonista  parlasse  la  lingua  italiana  !  Mi  dispiacque  assai  di  non  sen- 
tire  li  quel  caro  dialetto,  e  mi  parve  quell'  incivilimento  un  primo  passo  verso 
il  decadimcnlo  del  teatrino.  » 

Dell'  opra  e  de'  contastorie  in  Catania  abbiamo  un  cenno  in  un  poeta  che, 
vecchio  ed  ignorato,  vive  tuttora  in  Caltagirone.  G.  Borrello,  in  un  suo  Diti- 
rambo  siciliano,  che  descrive  gli  usi  del  rione  catanese  detto  Clvita,  tutto  di 
pescatori  e  marinai,  cosi  canta  : 

Ma  lu  zu  Turi  Comis, 

Ca  si  sintia  cacôcciula, 

Saputu-Allittricutu 

Varvasapiu 

C  avia  jutu  a  la  scola.  E  avia  liutu  (leîto) 

Lu  Reali  di  Francia,  e  sapia  a  menti 

Li  disgrazii  tutti  e  l'accidenti 

Di  Rinardu  e  Rizzeri 

Ed  autri  paladini 

Chi  ghieva  spissu  spissu 

Quisi  fissu 

Ail'  opira 

Di  li  famusi  pupi  a  filu 

Si  'ntisi  pizzicari  ecc. 

Poésie  siciliane  di  G.  Borrello  da  Catania,  p.  111.  Catania.  Tip.  dei  Fra- 
telli  Giuntini.  1855. 


340  G.    PITRE 

bertu).  La  sua  riforma  consiste  nell'  aver  attaccato  un  lampadare  [ninfa] 
alla  volta  del  suo  teatro,  dove  prima  erano  solo  dei  lumi  corne  quelli 
del  palcoscenico  ;  e  di  aver  fatto  dipingere  da  Giovanni  Di  Cristina,  che 
di  queste  cose  se  ne  intende,  sulla  tela,  invece  d'un  episodio  délia  storia 
dei  paladini,  un  episodio,  come  s'è  detto  innanzi,  délia  storia  di  Sicilia  : 
l'entrata  di  Ruggiero  il  Normanno  in  Palermo.  Ma  persone  sapute  in 
queste  faccende  affermano  che  la  vera  riforma  di  Don  Libertu  consiste 
particolarmente  nella  corazza  e  nell'  elmo,  che,  non  gia  il  Greco,  ma 
lui  avrebbe  primo  fatto  di  métallo  ;  e  nell'  aver  sostituito  da  qualche 
anno  in  qua  le  sedie  aile  panche,  e  reso  più  accessible  degli  altri  il  suo 
teatrino,  il  quale  per  la  via  Formai  ov'  è,  e  per  il  piccolo  atrio  nel 
quale  dà,  è  per  avventura  il  meno  chiassoso,  e  riesce  ad  attirare  un 
pubblico  meno  scamiciato,  meno  biricchino  che  i  teatrini  congeneri,  un 
pubblico  che  non  ha  bisogno  d'un  questurino  per  istar  buono,  e  che  si 
rassegna  a  pagare  tre  soldi  tanto  in  platea,  quanto  nei  palchi,  senza 
distinzione. 

A  proposito  di  riforme,  eccone  una  da  far  epoca  nella  storia  de1 
paladini  in  Sicilia. 

Verso  il  1859  il  notissimo  Don  Angelo  in  Catania  voile  sostiluire  i 
personaggi  viventi  ai  burattini  di  legno  ;  ed  egli  fu  il  primo  a  darne 
l'esempio  rappresentando  da  Carlomagno.  Erano  attori,  giovani  bar- 
bieri,  marinai,  braccianti  d'ogni  génère.  La  sorella  di  lui  era  una  prin- 
cipessa.  La  novità  fece  furore,  specialmente  per  la  lingua  degli  artisti  e 
per  quella  faccenda  de'  morti  che  sgombravano  il  palcoscenico  andando 
via  coi  proprî  piedi.  Don  Angelo  se  ne  avvantaggiô,  e  fece  costruire 
armature  stupende  per  tutti  i  paladini.  Egli  stesso  era  una  maraviglia  a 
vedere.  In  quai  tempo  capito  a  Catania  Ernesto  Rossi  con  la  sua  com- 
pagnia  drammatica,  e  dovendo  rappresentare  XOlcllo,  vista  la  corazza  e 
l'elmo  di  Carlomagno  mandô  a  pregare  D.  Angelo  che  glieli  volesse 
prestare  per  una  sera.  Don  Angelo  fu  sollecito  a  contentarlo,  e  quando 
il  Rossi  ringraziandone  gliene  annunziô  la  prossima  restituzione,  Don 
Angelo  cavallerescamente  rifiutô  dicendo  :  Questa  restituzione  non  c'entra 
fra  di  noialtri  artisti  !  E  la  cosa  si  riseppe  e  ripetè  subito  per  tutta  Ca- 
tania e  fuori.  L'armatura,  bellissima,  costava  più  di  600  lire  ! 

Se  e  quanto  piaccia  al  popolo  siciliano  l'opra  de'  paladini,  puô  ben 
rilevarsi  dal  numéro  dei  teatrini  in  tutta  l'isola.  Non  meno  di  2$  io  ne 
conosco  finora,  di  cui  due  in  Messina,  tre  in  Catania,  nove  nella  sola 
Palermo,  la  città  santa  délia  cavalleria  médiévale,  dove  nascono  e  donde 
partono  quasi  tutti  gli  opranti  délia  Sicilia.  Carini,  Balestrate,  Alcamo, 
Trapani,  Marsala,  Girgenti,  Terranova,  Caltanissetta,  Termini,  Trabia, 
hanno  ciascuna  il  suo  teatrino  stabile.  Tre  0  quattro  opranti  passano  da 
paese  a  paese  fermandovisi  quanlo  giova  a'  loro  interessi  ;  quando  uno, 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  341 

quando  un  altro  di  essi  o  un  solo  dei  nove  di  Palermo  si  reca  a  Cagliari 
e  in  Tunisi  fermandovisi  una  buona  meta  dell'  anno  '  ;  il  che  non  è 
cosa  lodevole  agli  occhi  degli  opranti  palermitani  ;  e  dice  il  pro- 
verbio  : 

Si  lu  monacu  nun  è  tintu  (cattivo) 
Nun  nesci  di  lu  cummentu. 

Ho  toccato  de'  grandi  cartelloni  che  ogni  teatrino  tiene  tuttodî 
esposto  sopra  la  porta  di  entrata.  Vengo  ora  a  dirne  qualche  cosa. 

Questi  cartelloni  dipinti  ad  acquarello  ritraggono  varie  scène  délia 
storia  in  corso  di  rappresentazione,  e  servono  a  chiamare  l'attenzione 
dei  ragazzi,  i  quali  si  fermano  a  bocca  aperta  a  contemplarli  ed  a  spie- 
garli.  L'uomo  di  affari,  il  dotto,  la  gente  séria  guarda  questi  cartelloni 
e  sorride  forse  di  pietà  pe'  poveri  di  spirito  che  si  fermano  innanzi 


i .  Ecco  qui  le  indicazioni  che  ho  potuto  mettere  insieme  dopo  moite  ricer- 
che  ed  informazioni  prese  : 

Opranti  di  Palermo  nel  1  gennaio  1883. 

1 .  Via  Alloro,  n.  84  :  Gaetano  La  Marca. 

2.  Via  Albergheria,  n.  60  :  già  al  n.  6  :  Francesco? 

3.  Via  Ballarô,  n.  40  :  Nicolô  Greco  di  Gaetano. 

4.  Via  Formai,  n.  49  :  Alberto  Canino. 

5.  Piazza  Nuova,  n.  84  :  Achille  Greco  di  Gaetano. 

6.  Via  Borgo,  230  :  Giovanni  Di  Cristina. 

7.  Via  Collegio  di  Maria  al  Borgo,  n.  4,  già  al  corso  Scinà,  n.  33  :  Sal- 
vatore  Pernice. 

8.  Piazza  S.  Onofrio,  n.  17  :  già  in  via  Sedie  Volanti  n.  33  :  Francesco 
Russo. 

9.  Via  Castro,  n.  80. 

Opranti  fuori  Palermo  nel  1882. 

10.  Cariai  (prov.  di  Palermo)  :  D.  Salvatore  Tabbita. 
1  1 .    Batestrate  (id.). 

12.  Alcamo  (id.)  :  un  dilettante  alcamese. 

13.  Trapani  :  D.  Federico  Lucchese  da  Palermo. 

14.  Marsala  (prov.  di  Trapani)  :  D.  Salvatore  Taormina  da  Palermo. 
1$.  Girgenti  :  Don  Pietro  Pollicino  da  Palermo. 

16.  Caltanissetta  :   un   parente  di  D.  Gaetano  Greco,  da  Palermo,  in  via 
Scribani. 

17.  Terranova  (prov.  di  Girgenti)  :  D.  Giuseppe  Brùcoli  da  Palermo. 
18-20.  Catania  :  D.  Gaetano  Mazzagghia  da  Catania  ;  D.  Pasquale  Grasso 

in  via  Mancuso  ;  D.  Angelo  Grasso,  in  via  S.  Agata,  n.  8. 

21-22.  Messina  :   D.  Giovanni,  soprannominato   lu  foddi  in   via   Alighieri, 
n.  9  ;  e  un  altro  di  cui  ignoro  il  nome. 

23.  Termini-Imerese  :  D.  Giuseppe  Maglio  da  Palermo. 

24.  Trabia  :  D.  Emanuele  Maglio  da  Palermo,  fratello  dei  précédente. 

25.  Tunisi  :  D.  Angelo  Mollica  da  Palermo. 
Diciannove  opranti  palermitani  su  venticinque  in  tutta  l'isola! 


342  G.    PITRE 

a  queste  cose  ridicole  ;  i  ragazzi  sorridono  délia  gente  séria  che  guarda 
e  passa.  Cosi  va  il  mondo  ! 

Per  Catania  il  cartellone  ha  proporzioni  molto  modeste  (un  métro  e 
mezzo  quadrato,  ail'  incircai,  ed  offre  una  sola  scena,e  tutto  al  più  due, 
corne  lo  vuole  l'oprante  ;  ma  Catania,  in  questo,  fa  eccezione. 

In  Palermo,  il  cartellone  è  largo  due  metri,  lungo  tre,  quattro  o  più 
metri  ;  ed  è  diviso  in  6,  8  o  più  settori,  volgarmente  detti  scacchi  ;  solo 
quello  délia  Rotta  Ai  Roncisvalle  ne  ha  fino  a  12.  Il  più  accreditato  pït— 
tore  di  questo  génère,  lu  veru  oturi  (autore'1,  per  dirla  col  popolo,  è  il 
palermitano  D.  Nicola  Faraone,  antonomasticamente  inteso  Rinaldo, 
corne  il  più  noto  illustratore  délie  imprese  di  Rinaldo,  che  è  il  nome  più 
conosciuto  délie  storie  cavalleresche  (si  ricordi  che  anche  in  Napoli  si 
chiamano  Rinaldi  i  cantatori  di  piazzaï. 

Il  Faraone  è  un  ometto  magro,  asciutto,  mingherlino.  Con  una  testa 
calva  addirittura.  con  un  viso  angoloso  corne  il  suo,  con  quegli  occhiali 
che  tiene  perennemente  inforcati  sul  naso,  lo  si  direbbe  uno  di  quei 
sapienti,  di  quegli  eruditi  che  certe  incisioni  di  due,  tre  secoli  fa  ci 
rappresentavano  corne  martiri  volontari  délia  scienza.  Eppure  egli  non 
è,  strettamente  parlando,  ne  uno  scienziato,  ne  un  erudito,  ne  un  dotto 
qualsisia.  Martire  involontario,  vittima  délia  capricciosa  fortuna  si, 
perché  deve  lavorare  da  mattina  a  sera  per  dar  da  mangiare  alla  moglie, 
a'  figli,  alla  figlie,  per  quanto  quelli  si  sforzino  già  ad  alleggerire  le 
spalle  dell'  amato  genitore.  E  perô  non  potendo  tirare  innanzi  dipin- 
gendo,  dovette  acconciarsi,  quando  sotto  la  sindacatura  Balsano  in  Pa- 
lermo furono  istituite  le  guardie  daziarie,  a  far  da  guardia  ivulgo  bava- 
risi  tanto  per  guadagnare  un  paio  di  lire  il  giorno  prestando  servizio 
meta  del  mese,  un  giorno  si,  un  giorno  no,  nel  quale  stava  a  lavorare 
in  casa.  I  suoi  commilitoni  non  lo  intesero  altrimenti  che  Rinaldo,  non 
ostante  che  ne'  ruoli  e  negli  appelli  lo  si  chiamasse  Faraone  ;  e  mi  ci 
voile  del  bello  e  del  buono  per  conoscerlo  quando  io  nel  1873  ne  chiesi 
col  nome  del  casato. 

Vedete  un  po'  se  i  soprannomi  hanno  valore  nel  popolo  ! 

Il  Faraone  non  ha  mai  letto  libri  di  cavalleria,  ma  ricorda  tutto  quello 
che  giovinetto  udï  al  Cuntu  e  vide  ail'  Opra,  la  quale  adesso  riconosce 
dalla  singolare  abilità  ed  immaginazione  di  lui  la  maggiore  pubblicità. 
Egli  dipinge  tutto  di  suo,  créa,  personifica,  anima,  muove  a  suo  modo 
di  vedere  e  di  sentire.  persuaso  di  non  far  nulla  che  non  sia  cavalle- 
rescamente,  paladinescamente  vero.  Incaricato  di  ridipingere  una  storia 
ch'  egli  altra  volta  dipinse,  non  si  ripete  che  di  rado,  ma  modifica,  varia 
senza  offender  mai  quella  che  a  lui  pare  verità  storica.  Ogni  teatrino 
possiede  da  70  ad  80  cartelloni  usciti  alcuni  dalle  mani  di  un  Don 
Nunzio  soprannominato  Coppolone,  del  quale  il  nostro  D.  Nicola  non 


LE    TRADIZIONl    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  ^43 

vuol  giudicare  ;  ma  gran  parte  dal  suo  pennello.  Ed  ecco  centinaia, 
migliaia  di  scène,  di  quadri  da  lui  creati,  che  nessun  libro  gli  offerse 
mai,  e  che  egli  non  vide  se  non  nella  sua  immaginazione.  Questa  si 
chiama  fantasia  inesauribile,  fenornenale. 

Gli  opranti  lo  conoscono  tutti  tutti,  ed  a  lui  fanno  capo  da  tutta  la 
Sicilia,  salvo  Catania,  che  anche  in  argomento  di  cavalleria  popolare 
pensa  a  rendersi  indipendente  dalP  antica  capitale  dell'  isola.  La  spesa 
non  è  gran  cosa  :  3$  grani  (cent.  75  ogni  scacco  ;  e  un  cartellone  da 
otto  scacchi,  quattordici  tari  e  due  grani  L.  6.).  La  mano  d'opéra  in 
ogni  altra  arte,  0  mestiere,  0  manifattura  dal  1 860  in  qua  tra  acquistato 
maggior  prezzo  in  Sicilia,  ma  i  cartelloni  costano  sempre  3  5  grani  lo 
scacco  !  ed  il  Faraone  non  ha  torto  di  lagnarsene. 

Trattandosi  d'uno  de'  fatli  più  curiosi  e,  per  certi  aspetti,  più  in- 
teressanti  del  Folk-Lore  in  Sicilia,  un  saggio  di  questi  cartelloni  non 
dovrebbe  mancare  alla  présente  pubblicazione  ;  ma  non  lo  si  potendo 
ora,  basterà  un  cenno  di  due  di  essi,  se  non  altro  perché  s'abbia  una 
certa  idea  délie  scène  che,  secondo  i  pittori  cavallereschi,  rsono  più 
drammatiche  e  più  degne  di  essere  ritratte. 

Prendiamo  il  cartellone  che  porta  il  titolo  : 

MORTE    DI    RUGGIERO  DI    RISA. 

1  quadro  :  Città  di  Parigi.  Milone,  padre  d'Orlando,  abbatte  gli  Spa- 
gnuoli,  e  vince  la  giostra  ; 

2.  Campagna  con  mura.  Assedio  délia  città  di  Biserta;  morte  del 
gigante  moro  Caramazza  per  mano  di  Milone,  essendo  bandito  da  Car- 
lomagno.  Vittoria  di  Agolante  e  Troiano  africani  ; 

3 .  Plana  di  Sutri.  Orlandino  vestito  a  quattro  colori  giostra  con  alcuni 
giovanotti  ; 

4.  Piazza  di  Biserta.  Força  e  soldati  schierati  ;  Ruggiero  a  cavallo 
libéra  Milone  dalla  morte  prendendolo  sul  suo  cavallo  ; 

5.  Sicilia.  I  due  giganti  Saftar  e  Olinferno  cadono  per  mano  di  Rug- 
giero di  Risa  ; 

6.  Mura  di  Risa.  Accampamento  africano  ;  Ruggiero  fuga  Galliacella 
sorella  d'Almonte  portandola  sopra  il  suo  cavallo  ;  Almonte  rimane  stu- 
pito  a  questo  fatto  inatteso  ; 

7.  Caméra  del  palazzo  realedi  Risa.  Gli  Africani  uccidono  a  tradimento 
Ruggiero  portando  prigione  sulle  braccia  Galliacella  ferita; 

8.  Mura  di  Risa,  Accampamento  africano.  Beltramo  fratello  di  Rug- 
giero è  squartato  da  quattro  cavalli  per  vendetta  di  esso,  assistito  da 
Almonte  e  dal  Re  Subrino  d'Africa. 

Questi  otto  quadri  racchiudono  i  fatti  più  important!  che  formeranno 


344  G-  PITRE 

argomento  di  attrettante  rappresentazioni  consécutive.    In    capo  agli 
otto  giorni,  il  cartellone  si  muta  con  un  altro  che  fu  seguito  alla  storia. 
Un  altro  cartellone,  che  vuol  esser  conosciuto,  corne  quello  che  con- 
corre  alla  illustrazione  dell'  episodio  innanzi  riassunto  è 


LA  ROTTA  DI  RONCISVALLE. 

i°  quadro.  Giardino  in  Ispagna.  Gano  ed  i  tre  fratelli  spagnuoli  Mar- 
silio,  Bulgarante  e  Falserone  congiurano  contro  Carlomagno  ; 

2.  Campagna  con  grotta.  L'angelo  ordina  a  Rinaldo,  già  eremita,  di 
recarsi  in  Roncisvalle  insieme  con  Ricciardettoa,  ffin  di  vendicare  i  pala- 
dini  che  per  tradimento  di  Gano  saranno  massacrati. 

Questi  due  quadri  occupano  due  intiere  rappresentazioni. 

3.  Imboccatura  [sic]  di  Roncisvalle.  I  paladini  guidati  da  Orlando  en- 
trano  in  Roncisvalle  ;  palchetto  degli  Spagnuoli  ; 

4.  Roncisvalle.  Prime  prodezze  di  Astolfo  contro  gli  Spagnuoli  ; 

5-6.  [Quadro  doppio).  Orlando  uccide  tre  giganti  ;  muore  Astolfo  per 
mano  degli  Spagnuoli  ; 

7-8.  (Quadro  doppio).  Roncisvalle.  Orlando  e  Oliviero  vendicano  la 
morte  di  Grifone  e  di  Aquilante  figlio  di  Oliviero.  Morte  de'  due  giganti 
Olinferno  e  Feburro.  Rinaldo  e  Ricciardetto  scendono  alla  pianura  a 
soccorso  e  vendetta  de'  Paladini,  de'  quali  nuoiono  Dudone,  Sansone  e 
Sansonetto,  e  i  fratelli  di  Rinaldo,  Salardo  e  Riccardo; 

9.  Palchetto  con  Bulgarante.  Morte  di  lui  per  mano  di  Rinaldo  ;  Or- 
lando uccide  un  gran  visir,  mentre  Ricciardetto  uccide  uno  spagnuolo  ; 

10.  Campagna  con  grotta.  Orlando  presso  a  morire  è  assistito  dall' 
arcivescovo  Turpino  e  da  Rinaldo  e  Ricciardetto,  in  quella  che  di  gran 
corsa  giunge  Carlomagno  con  l'esercito.  Dal  sasso,  sul  quale  Orlando 
vuol  rompere  la  sua  spada  infiggendovela,  scaturisce  acqua. 

Questi  sette  quadri  (4-10),  che  dovrebbero  svolgersi  in  altrettante 
sere,  si  svolgono  in  una  sola,  corne  sopra  è  stato  detto  ; 

1 1 .  Incendio  di  Saragozza  per  opéra  de'  paladini  ;  uccisione  degli 
Spagnuoli  ; 

12.  Campagna  e  mura  di  Parigi.  Gano  squartato  da  quattro  cavalli, 
presenti  allô  spettacolo  di  giustizia  Carlomagno  ed  altri  cavalieri  ' . 


1  .  Il  soggetto  del  cartellone  suol  essere  dipinto,  0  meglio  scritto  nel  mezzo 
del  cartellone  stesso.  Eccone  qua  alcuni  di  questi  soggetti  che  ho  scrupolosa- 
mente  ma  senz'ordine  trascritti  nel  mio  taccuino  : 

1 .  Il  sbarco  di  Rodomonte  in  Francia. 

2.  Carinda  distruge  il  tempio  di  Sdegno.  —  I  paladini  liberano  la  città  d' 
Animarca. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  345 

Tutta  questa  spiegazione  non  è  mia,  ma  parte  del  Faraone,  parte 
de'  ragazzi,  che  ne  sanno  più  di  me.  Si  discuta  quanto  si  vuole  sulla 
esecuzione  di  questi  cartelloni,  ma  non  si  neghi  la  grande,  la  straordi- 
naria  fantasia  di  chi  li  dipinge,  gli  ardimenti  di  certe  mosse,  l'efficacia 
di  certi  atti,  che  hanno  del  mirabile.  E  si  che  l'artista  li  improvvisa 
corne  vien  viene  tanto  per  rispondere  aile  csigenze  premurose  di  chi 
glieli  commette.  Non  altri  che  un  grande  conoscitore  délia  materia, 
puô  li  per  li  buttar  giù  una  scena,  che  è  tutto  un  portato  di  imma- 
ginazione.  Il  Faraone  sa  a  menadito  tutte  le  storie  che  dipinge.  Il 
committente  gli  fornisce  il  soggetto  del  cartellone  ;  ed  egli  ha  subito 
fatta  la  partizione  degli  scacchi,  stabilendo  la  scena  da  rappresentare  in 
ciascuno  di  essi.  Solo  chi,  corne  lui,  vive  in  questa  vita  fantastica,  poe- 
tica  del  medio  evo,  puô,  senza  sussidio  di  disegni  o  di  schizzi,  ritrarre 
giganti  e  pigmei,  combattenti  e  soldati  in  riposo,  reggie  e  campi  di 
battaglia,  fortezze  e  vallate,  e  cavalli  alati,  e  serpenti  a  sette  teste,  e 
mostri  con  lingue  di  fuoco,  sogni  di  poeti  e  foie  di  romanzi,  che  allie- 
tarono  bizzarramente  gli  anni  primi  délia  sua  fanciullezza.  Felice  lui, 
anche  nelle  strettezze  in  cui  tira  la  vita,  che  puô  per  qualche  ora  del 
giorno  dimenticare  in  questo  mondo  immaginario  le  amarezze  del  mondo 
reale  ! 

In  casa  Faraone  la  cavalleria  è  anch'  essa  ereditaria.  Un  figlio  di  lui 
ha  fatto  ne  più  ne  meno  quello  che  il  padre  fanciullo  :  ha  frequentato 
per  molti  anni  i  teatrini,  ed  imparato  quello  che  imparô  il  padre,  e  che 
in  famiglia  è  argomento  cotidiano  di  novelle  e  di  racconti.    Anche  lui 


3.  Le  battaglie  di  Mont'  Albano  contra  Agramante. 

4.  Rinaldo  Imperatore  di  Trabisonda. 
$.  Orlando  sogetta  Morgante. 

6.  Incanto  di  Angiolina.  Vittoria  dei  paladini. 

7.  Le  battaglie  di  Orlando  e  Rinaldo  in  Persia. 

8.  Orlando  e  Rinaldo  contro  il  Soldano,  padre  di  Antea. 

9.  Buovo  d'Antona  uccide  Lucafiero.  —  Morte  di  Pilocane. 
10.  Angiula  e  Corbolas. 

1  1 .  Prime  imprese  di  Calloandro  e  Leonilda. 

12.  Trabazio  uccide  Eduardo. 

13.  La  vita  del  Meschino  di  Costantinopoli. 

14.  Gran  battaglia  di  Rinaldo  e  morte  di  Agricane. 

1 5 .  La  vita  di  Costantino  e  Fuovo. 

16.  Morte  di  Rodomonte. 

17.  Morte  di  Madricardo. 

18.  Prime  imprese  di  Orlandino. 

19.  Vittorie  di  Agrantinoe  Rinaldo  in  Asia  contro  i!  figlio  di  Gradasso. 

20.  Malaguera  uccide  il  padrt. 

2  1 .  Prodigi  d'Orlandino  e  perdono  di  Berta  e  Milone. 
22  .  Angelica  in  Parigi. 


346  G.    PITRE 

il  figliuolo  dipinge,  e  promette  di  conservare  le  buone  tradizioni  pa- 
terne. Nei  casi  dubbî  il  padre  illumina,  consiglia,  corregge  il  figliuolo. 


II.    —    I    CONTASTORIE. 

Tre  secoli  e  qualche  anno  fa  un  poeta  siciliano,  cantando  un  po' 
prima  di  Giovanni  Milton  la  Battaglia  céleste  di  Michèle  e  Lucifero,  notava 
non  senza  tacito  dispetto  corne  qualmente  agli  argomenti  religiosi  e 
divoti  poco  0  nulla  inclinassero  i  poeti  ed  i  lettori  del  suo  tempo, 
mentre  «  per  le  piazze  aile  volte  ragionar  s'ode  dell'arme  d'Orlando  e 
di  Rinaldo   sogni  e  favole  di  poeti').  » 

È  évidente  che  A.  Alfano  cosî  scrivendo  intendeva  di  quei  contastorie 
che  in  Palermo,  dov'  egli  viveva  e  scrivea,  e  forse  in  Sicilia  narravano 
le  imprese  eroiche  del  ciclo  carolingio,  le  quali  con  titolo  molto  vago  e 
générale  son  dette  Storia  di  Rinaldo. 

Questi  contastorie,  che  qualcuno,  senza  comprendere  il  significato 
délia  parola,  assomigliô  ai  bardi,  vivono  sempre  in  Sicilia  e  godono 
d'una  perpétua  giovinezza,  rinverdendo  sempre  per  nuovi,  vigorosi  ram- 
polli.  Il  contastorie  è  un  mestiere  corne  qualunque  altro,  e  per  lo  più 
s'abbraccia  per  vocazione,  per  genio  ;  perché,  se  générale  è  tra  noi  la 
passione  per  le  imprese  eroiche  e  romanzesche,  e  per  tutto  ciô  che 
sappia  di  maraviglioso,  non  è  e  non  puô  esser  comune  l'attitudine  a 
ritenere  il  racconto,  e  quella  di  comunicarlo.  Chi  si  dà  a  questo  me- 
stiere vuol  avère,  oltre  che  amore  sviscerato  per  la  cavalleria,  ritentiva 
felicissima,  facile  e  pronta  parola,  maniera  particolare  di  porgere. 
L'uditorio,  composto  tutto  di  opérai  e  mestieranti  d'ogni  génère,  di  pe- 
scatori,  di  contadini,  ha  odorato,  e  conosce  a  bella  prima  se  chi  conta  sa 
0  non  sa,  se  piglia  la  storia  pel  suo  verso,  se  parla  bene  0  maie,  se 
prende  le  giuste  e  vere  pose  degli  antichi  contatori.  Cammini  quanto  e 
corne  vuole  il  mondo,  il  racconto  di  Rinaldo  dev'  esser  recitato  sempre 
a  un  modo,  con  le  medesime  pause,  con  la  medesima  cantilena,  con  una 
declamazione  spesso  concitata,  più  spesso  affannosa,  intenzionalmente 
oratoria  ;  talora  lenta,  alcuna  volta  mutata  d'improwiso  in  discorso  fa- 
miliare  e  rapido.  Testa,  braccia,  gambe,  tutto  deve  prender  parte  al 
racconto  :  la  mimica  essendo  parte  essenziale  del  lavoro  del  narratore. 
Sopra  una  specie  di  predella,  che  fa  da  bigoncia,  0  pergamo,  0  tribuna, 
0  palcoscenico  corne  meglio  piace,  sul  quale  si  possa  muovere,  il  conta- 
storie coi  movimenti  degli  occhi,  délia  bocca,  délie  braccia,  de'  piedi  con- 


1 .  Stampato  in  Palermo  per  Giovan  Matteo  Mayda  MDLXVI1I, 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  347 

duce  i  suoi  personaggi,  li  présenta,  li  fa  parlare  corne  ragion  vuole  ;  ne 
répète  per  punto  e  per  virgola  i  discorsi,  ne  déclama  le  aringhe;  fa 
schierare  in  battaglia  i  soldati,  li  favenire  a  zuffa  agitando  violentemente 
le  mani  e  pestando  coi  piedi  come  se  si  trattasse  di  vera  e  reale  zuffa.  In 
tanta  concitazione,  egli  dà  un  passo  addietro,  un  altro  in  avanti,  le- 
vando  in  alto,  quanto  più  alto  puô,  i  pugni  chiusi  o  slungando  e 
piegando  convulsamente  le  braccia.  Il  bollore  cresce:  gli  occhi  dell'  ora- 
tore  si  spalancano,  le  nari  si  dilatano  per  la  frequenza  del  respiro  che 
sempre  più  concitata  fa  la  parola.  I  piedi  alternativamente  pestano  il 
terreno,  che  pel  vuoto  che  c'è  sotto  rintrona  ;  alternansi  i  movimenti  di 
va  e  vieni  délie  braccia,  e  tra  mozze  parole  e  tronchi  accenti,  muore 
chi  ha  da  morire,  ed  il  racconto,  monotono  sempre,  ritorna  calmo  come 
se  nessuno  fosse  morto,  come  se  duecento,  quattrocento  uditori  non 
fossero  stati  sospesi,  palpitanti,  crudelmente  incerti  dell'  esito  délia  pu- 
gna  pendendo  dalle  labbra  dell'  infocato  narratore.  Questa  si  chiama 
arte  vera  :  e  questa  comprende,  sente  e  vuole  il  popolo  adulto. 

Il  contastorie  non  parla  se  non  siciliano  ;  tutt'  al  più,  quando  ha  per 
le  mani  qualche  pezzo  grosso,  crede  di  levarlo  a  dignità  oratoria  facen- 
dogli  dire  qualche  parola,  che  dalle  finiture  in  are  o  in  o  vorrebbe  essere 
italiana  ;  cosï,  se  non  altro,  è  rispettata  la  situazione  eroica  |un  profano 
direbba  eroicomica)  del  personaggio  in  discorso. 

Il  cuntu  cominciato  col  segno  délia  croce,  al  quale  1'  uditorio  religio- 
samente  si  scopre,  dura  un  paio  d'ore,  nelle  quali  non  lascia  di  far 
qualche  brève  pausa,  tanto  per  prender  lena  e  riposo.  In  questi  brevi 
intervalli,senza  scendere  dalla  sua  tribuna,  smette  di  essere  quel  che  è, 
fiuta  qualche  pizzico  di  quello  che  gli  esibisce  qualcuno  de'  vicini,  ed 
attacca  conversazione,sopra  un  passaggio  délia  storia  in  corso;  e  succède 
che 

.  .  .Intorno  ascoltano  i  primieri, 
Le  viste  i  più  lontani  almen  v'han  fisse. 

Egli  scioglie  dubbi,  dirime  questioni,  accorda  fatti  apparentemente  con- 
tradittorî  :  e  questo  è  momento  difficile  per  chi  non  sia  profondamente 
istruito  délia  storia,  e  potrebbe  compromettersi  con  una  risposta  che  non 
abbia  l'appoggio  délia  storia,  a  molti  uditori  ben  nota.  Ma  il  contastorie 
siciliano,  per  quanto  lavori  di  memoria,  non  si  smarrisce  facilmente. 

Mentre  questo  accade,  il  siminzaru  e  Yacquaiuola  mestieri  che,  senza 
permessi  di  ministri  di  finanze,  si  cumulano  allô  spesso  in  un  solo1, 
vanno  in  giro  col  sacchettto  di  semé  tostato  e  coi  bicchieri,  e  l'uno  o 
l'altro,o  persona  del  contastorie,  raccogliendo  i  due  centesimi  [ungranu] 
che  ogni  seduto  deve  pagare  per  aver  posto.  Un  accorto  contastorie, 
quando  gli  astanti  son  li  tutti  orecchi  per  sentirlo,  e 


548  G.    PITRE 

Tanta  dulcedine  captos 

Afficit  ille  animos,  tantaque  libidine  vulgi 
Auditur 

per  dirla  con  Giovenale  (VII,  851,  rompe  improvvisamente  il  racconto  e 
scende  col  berretto  in  mano  raccogliendo  i  soldarelli  che  a  piacere  gli  dà 
ciascuno  di  essi  ;  tornato  al  posto,  va  a  ripigliare  il  filo  délia  storia 
interrotta. 

Quale  e  quanta  difficoltà  sia  nel  narrare  per  quasi  due  ore  di  seguito, 
corne  i  contastorie  fanno,  sempre  di  memoria  e  senza  il  benchè  menomo 
sussidio  di  libri,  non  è  chi  nol  veda.  E  qui  appunto  sta  la  differenza  del 
contastorie  siciliano  e  del  contastorie  napoletano.  Questi  legge,  spiega, 
commenta  un  poema  di  cavalleria  ;  il  siciliano  recita  tutto  a  mente, 
quasi  sempre  senza  aver  letto  mai  un  libro,  essendo  egli  ignaro  perfino 
dell'  alfabeto  ;  e  se  non  lo  è,  e  sente  bisogno  di  rinfrescare  le  sue  idée 
intorno  alla  storia  délia  giornata,  leggicchia  e  si  prépara  qualche  cosa  ; 
ma  si  guarderà  bene  dal  presentarsi  al  pubblico  con  un  libro  in  mano, 
e,  peggio  ancora,  dal  farne  lettura  se  non  vuol  perdere  il  prestigio  e 
mandare  a  monte  la  illusione  che  nasce  narrando,  e  si  perde  leggendo. 
Bensi  puô  citare,  corne  cita  allô  spesso,  la  storia,  e  ad  essa  appoggiarsi 
per  corroborare  l'autenticità  dei  fatti  e  la  veridicità  délie  sue  afferma- 
zioni.La  narrazione  di  questi  ultimi  contastorie  ritrae  dal  testo  di  guida, 
e  non  è  un  molto  colorita  e  smagliante.  Il  popolano  che  sa  leggere,  legge 
poco,  e  quel  poco  ritiene  fermamente  e  bene,  e  non  se  ne  scosta  gran 
fatto.  Suoi  libri  sono,  poichè  parlo  di  cavalleria,  i  Reali  di  Francia, 
Guerrin  detto  ilMeschino,  II  Calloandro  Fedele,  e  pochi  altri  romanzi  caval- 
lereschia,  i  quali  tanto  pel  narratore  quanto  per  gli  uditori  sono  archivi 
storici.  Questi  libri  corsero  ed  in  parte  corrono  ancora  stampati  0  mano- 
scritti  ;  e  dei  manoscritti  qualcuno  probabilmente  inedito  ;  e  ci  metto  la 
probabilité,  perché  sul  proposito  non  posso  aver  fatto  délie  ricerche  con- 
ducenti  a  conclusioni  certe  e  sicure  ;  la  gelosia  con  la  quale  i  contastorie 
guardarono  i  loro  libri  e  mss.  è  invincibile.  La  Sicilia  avrebbe  una 
buona  contribuzione  da  recare  alla  bibliografia  de'  romanzi  cavallereschi 
se  pubbliche  e  private  biblioteche  avessero  conservata  qualcuna  délie 
edizioni  che  i  nostri  tipografi  per  parecchi  secoli  vennero  allestendo.  / 
Reali  ed  il  Meschino  ebbero  a  dozzine  ristampe  in  Palermo  ed  a  Mes- 
sina  ' .  In  uno  de'  suoi  volumi  miscellanei  di  Opuscoli  siciliani  il  marchese  di 


1 .  Per  quel  che  vale,  ecco  qua  una  bizzarria  che  trovo  in  una  cronaca  sici- 
liana  del  sec.  XVII.  Un  Giovanni  Domenico  Cociola  scrive  da  Milazzo  sopra 
un  attacco  contro  l'armata  francese  fatto  nell'  agosto  de!  1677  dal  forte  di 
quella  città  durante  la  ribellione  di  Messina,  e  mette  in  burla  coloro  che  senza 


LE   TRAD1ZI0N1    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  349 

Villabianca  notô  di  aver  fatto  per  suo  uso  una  ricca  collezione,  che  pos- 
siamo  dire  perduta,  délie  edizioni  popolari  nel  secolo  scorso  tra  noi,  e 
fra  le  altre  gli  parvero  pregevoli  la  Storia  del  Meschino  e  la  Storia  di 
Orlando1.  In  questo  secolo  avemmo  tipografie,  le  quali  più  volte  pro- 
dussero  i  Reali,  libro  sul  quale,  fino  al  1860,  i  nostri  illetterati,  amanti 
di  storia  cavalleresca,  sillabicavano  in  edizionacce  di  Napoli  e  adesso  in 
iscorrette  edizioni  di  Milano. 

La  penuria  di  libri  cavallereschi  d'altro  génère  fu  pei  contastorie  e  per 
gli  opranti  una  «  felix  culpa.  «Un  uomo  provvidenziale,  che  sapea  tutte 
le  storie,che  conosceva  tanti  libri  quanti  non  ne  conosceva  nessuno,  che 
avea  letto  Turpino,  Berni,  Boiardo,  Ariosto  ed  altri  assai,  lamentando  la 
difficoltà  altrui  di  procurarseli  stampati  0  mss.,  voile  ripararvi  compo- 
nendo  un'  opéra  di  grande  mole,  che  molli  comprendesse  de'  lavori  del 
ciclo  di  Carlomagno,d'Orlando  e  via  discorrendo,  non  indocili  di  legame 
tra  loro  ;  lavori  che  egli  vedeva  rappresentaii  ail'  Opra  0  sentiva  narrare 
al  Cuntu.  Quest'  uomo  sgobbô  chi  sa  per  quanti  anni  !  ed  un  bel  giorno 
del  1858  cominciô  a  dar  fuori  la  célèbre  Storia  dei  paladini  di  Francia 
cominciando  da  Milone  conte  d'Anglante  sino  alla  morte  di  Rinaldo,  che 
dopo  tre  anni  era  già  quattro  grossi  volumi  in  ottavo  piccolo  di  quasi 
3,000  pagine2  ! 

Don  Giusto  Lodico  chi  più  di  lui  ha  diritto  al  Don?  E  Don  Giustu  lo 


essere  uomini  d'arme  s'armavano  e  faceano  gli  spaccamontagne  :  «  e  non  so 
dire  (egli  scrive)  se  erano  cacati  di  sotto,  o  pure  estrenui  guerrieri.  Et  sino  a 
ore  22  la  cavalleria  era  squatrunata  fori,  comandata  dalla  bizzarria  di  capitan 
Caccio  del  Brigo  di  Garraffa,  e  dalla  positura  spagnola,  con  tutti  altri  coman- 
danti  et  estrenui  guerreri,  che  appunto  mi  pullula  la  lettura  delli  libri  dclli 
Reali,  che  io  avendo  letto  et  ora  visto,  son  for  di  me.  »  Vedi  Di  Marzo, 
Biblioteca  storica  e  letteraria  di  Sicilia,  vol.  VI,  pp.   1  18-1  19. 

1 .  Nelle  Miscellanee  erudite,  che  fan   parte  del  tomo  XIV  de'  suoi  Opuscoli 
palermitani,  egli  scrivea  : 

Poeti  orbi. 
«  Li  poveri  orbi  e  ciechi  di  tutti  due  occhi,  che  corne  è  notissimo,  soglion 
invece  col  mestiere  di  cantare  e  recitare  per  le  strade  orazioni  sacre  e  profane 
e  sopra  tutto  improvesar  poésie  nelle  teste  plebbee  in  onore  de'  Santi,  che  fuori 
de'  tempii  nelle  piazze  e  contrade  espongonsi  délia  città,  son  l'istessi  poeti  po- 
polari appellati  Cyclici  Poetae,  che  fecero  figura  presso  gli  antichi  in  Italia  a' 
tempi  antichi  de'  Greci  e  de'  Romani.  De'  parti  e  composizioni  di  tai  bassi 
poeti  di  volgo  per  me  Vdlabianca  al  volume  piccolo  di  n°  82  di  mie  erudizioni 
se  ne  tiene  una  buona  raccolta.  Per  lo  più  sono  queste  Orazioni  di  orbi  e 
recite  di  canzoni,  ridicolose  e  prodotte  in  poesia  sicola  bernesca,  e  fra  esse  che 
son  date  alla  luce  délie  pubbliche  stampe,  riescon  pregevoli  Lu  Calac'wn  a  tri 
cordi,  che  {che  c)  lo  stesso  di  lu  Curnutu  cuntenti,  la  Storia  del  Meschino,  il  Mer- 
codante  fallito,  e  Demonio  tcnlatore,  la  Storia  di  Orlando,  Aromatario  e  taverni:re 
ed  altri.  » 

2.  Palermo,  Stamperia  di   Gio.    Batt.  Gaudiano.  Parte  P,  1858,  p.    583  ; 
p.  IK  1858,  p.   580  ;  p.  III»,  1859,  p.  728  ;  p.  IV',  p.  900. 


350  G.    PITRE 

chiaman  tutti,  anche  ora  che  egli  è  lontano  dai  rumori  délia  città)  «  nella 
présente  storia  «  trattô  «  di  quanto  soffrî  la  Francia  allorchè  gover- 
nava  Carlo  Magno,  e  délie  avventure  singolari  che  dovettero  superare  i 
Paladin!  ;  i  quali,  or  pugnando  con  gl'  infedeli,  or  per  amore,  non  fu- 
rono  mai  perdenti  ».  Accennô  «  eziandio  tutti  i  tradimenti  che  ordi  il 
conte  Gano  di  Maganza  contro  Carlo,  e  la  sua  Corte,  tenendo  occulta 
corrispondenza  coi  Saraceni,  per  abbattere  la  grandezza  di  lui  e  dei  suoi 
Eroi  »,  senza  nascondere  «  quel  che  Malagigi  oprô  colla  sua  magica  po- 
tenza  a  pro  dell  invitto  Carlo  »,  onde  «  l'inferno  tutto  egli  comanda  per 
la  salute  dei  Chiaramontani  e  Montalbanesi.  » 

«  La  descrizione  che  io  intraprendo  egli  aggiunge  nel  suo  preambolo) 
non  è  mio  parto,  ne  moderna  n'è  l'invenzione  di  quanto  essa  racchiu- 
de;  ma  è  quella  che  da  più  secoli  si  è  raccontata  :  in  fatti  chi  non  ha  udito 
strepitare  le  armi  di  Orlando  e  Rinaldo  ?  E  quanti  traggono  il  vivere, 
narrando  le  grandi  imprese  di  si  fatti  Eroi  ?  Una  dimanda  potrà  farmi 
il  benigno  lettore  :  Se  eglino  narrano  il  vero  ?  Nô,  essi  tanto  ne  sanno 
quanto  formar  puô  alquanti  giorni  di  trattenimento,  e  ciô  non  si  dovrà 
aver  a  colpa  loro,  ma  più  tosto  dei  tempo,  che  ne  ha  disperso  le 
copie,  e  perô  tutti  gli  amatori  di  questa  storia  non  saranno  mai  soddis- 
fatti  se  pria  non  scorreranno  il  mio  libro,  perlocchè  nessuno  ignora  che 
se  antica  è  stata  questa  cronaca,  perô  non  mai  intiera  ne  ridotta  ad  un 
ordine  logico  progressivo  corn'  ora  la  presento. 

«  L'unica  mia  fatica  è  stata  di  riunire  tutti  gli  autori  che  di  essa 
discorrono,  e  che  vollero  si  faite  venture  illustrare  col  bel  genio  di 
poesia,  omettere  ciô  che  fu  parto  délia  fantasia  poetica,  e  descrivere 
quello  che  sembra  verisimile.  o 

Da  queste  poche  linee  non  è  difficile  rilevare  che  la  vecchia  arte  degli 
scrittori  di  attenuare  il  merito  délie  opère  altrui  per  far  risaltare  la  né- 
cessita di  un'  opéra  congénère  e  la  importanza  di  quella  che  si  pubblica 
non  è  estranea  al  Lodico.  Affine  di  rendere  più  gravi  le  ragioni  che  lo 
indussero  alla  compilazione  dei  lavoro,  egli  strema  l'intelligenza,  la 
facoltà  mnemonica  de'  contastorie,  dando  a  credere  che  «  essi  tanto  ne 
sanno  quanto  formar  puô  alquanti  giorni  di  trattenimento,  »  afferma- 
zione  senza  fondamento,  corne  s'  è  potuto  vedere  nelle  pagine  prece- 
denti,  e  corne  si  vedrà  in  quelle  che  seguiranno  ;  e  con  forme  troppo 
secche  accenna  alla  dispersione,  non  già  dei  popolo  ebreo,  ma  délie 
copie  dei  romanzi  che  costituiscono  la  storia  dei  paladini.  Vedremo 
presto  quanto  ci  sia  di  vero  in  siffatta  dichiarazione. 

Quest'  opéra  di  grande  mole  fu  presa  a  stampare  per  cura  di  tre  edi- 
tori  palermitani,  ed  usci  a  quindicinali  puntate  da  40  pagine  l'una,  al 
prezzo  di  un  tari  cent.  42  .  Noto  questo  particolare  per  la  diffusione 
che  essa  acquistô  in  tutta  la  città.  Presso  a  tremila  furono  i  soscrittori, 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  35  I 

appartenenti  ad  ogni  classe  sociale  e  ad  ogni  età.  Il  sig.  G.  B.  Gau- 
diano  che  la  stampô  racconta  di  quel  tempo  aneddoti  molto  gra/.iosi.  Il 
giorno  délia  pubblicazione  délia  puntata,  la  sua  tipografia,  l'atrio,  il 
piazzaletto  délia  via  Celso  era  sin  dalle  prime  ore  del  mattino  affollato 
di  gente,  che  attendeva,  reclamava  il  sospirato  fascicolo.  Cominciata  la 
consegna,  si  faceva  a'  pugni  ed  a'  gomiti  per  esser  de'  primi  ad  averlo, 
previo  il  debito  pagamento.  Molti  non  sapevano  leggere,  ma  compra- 
vano  l'opéra  pel  piaceie  di  possederla,  e  se  la  facevano  leggere  da 
amici  e  conoscenti,  o  l'apprestavano,  corne  anche  oggi  usano,  alla 
lettura  d'un  crocchio  di  curiosi  e  di  appassionati.  E  chi  non  credette  di 
acquistare  un  tesoro  con  una  opéra  che  era  la  storia  délie  storie,  il 
libro  dei  libri  ?  Lo  stesso  D.  Gaetano  Greco,  allora  trai  vivi,  ne  pren- 
deva  cinque  esemplari,  temendo  che  un  giorno  o  l'altro  si  perdesse  la 
forma  (itipii  di  questo  libro. 

Un  bel  giorno  con  serietà  imperturbabile  si  présenta  al  Gaudiano  un 
padre  di  famiglia  con  tre  dispense  délia  storia  e  gli  dice  :  «  Caro  signore, 
io  ho  un  figlio  studente,  associato  a  questa  storia.  Dal  di  che  essa  si 
pubblica,  mio  figlio  non  ha  più  testa,  leggendola  e  rileggendola.  La 
sera,  guardando  dal  buco  délia  serratura,  lo  veggo  invece  che  coi  libri 
di  scuola,  con  la  Storia  dei  Paladini.  Egli  non  vuol  più  saperne  di 
studio.  Fatemi  il  favore  :  ripigliate  queste  tre  dispense,  e  ridatemi  i 
miei  tre  tari...  »  Il  tipografo  sorrise,  ed  osservô  che  essendo  state  tra' 
coeditori  conteggiate  tutte  le  copie,  egli  non  poteva  riprenderla  neanche 
gratuitamente  ;  e  dovette  spolmonarsi  a  persuadere  quel  dabbenuomo 
che  la  sua  proposizione  era  inaccettabile.  Ando  colui  ;  ma  in  capo  ad 
una  settimana  ritornô  in  cerca  di  nuovi  fascicoli  e  premuroso  d'averli. 
Letti  i  fogli  pubblicati,  egli  era  restato  vivamente  preso,  innamorato 
délia  storia,  e  non  voleva  leggere  altro,  perché  altro  non  trovava  di 
meglio  in  tutti  i  libri  di  questo  mondo.  Fece  délie  offerte  al  Gaudiano 
acciô  rendesse  più  fréquente  la  pubblicazione,  e  ne  avrebbe  voluta  una 
ogni  quattro  giorni.  E  per  tre  anni  di  seguito,  quanti  ce  ne  voile  al 
compimento  dell'  opéra,  quest'  uomo,  non  unico  ne  singolare,  non 
jstette  un  giorno  e  cosi  fu  pure  durante  la  rivoluzione  del  1860;  senza 
far  capolino  alla  tipografia  di  via  Celso,  divenuta  piena  di  attrattive 
per  lui. 

Io  non  so  chi  degli  uomini  di  lettere  in  Sicilia  abbia  mai  svolto  questj 
quattro  volumi  per  la  semplice  curiosità,  almeno,  di  vedere  il  filo  délia 
storia  e  i  libri  de'  quali  giovossi  il  compilatore  ;  ne  di  ciô  oso  farne 
colpa  a  nessuno,  perché  ci  vuole  una  gran  pazienza,  una  pazienza 
veramente  giobbica,  per  leggere  tante  migliaia  di  fitte  pagine  d'un 
uomo,  illustre  si  presso  i  leggicchiatori  d'un  libro  solo,  ma  poco  cono- 
sciuto  dai  dotti,  coi  quali  egli  non  ebbe  mai  da  far  nulla.  Ci  vuol  poco 


552  G.    PITRE 

per  vedere  che  il  Lodico  non  è  un  letterato,  ne  si  tardera  a  prestargli 
fede  quando,  alla  prima  pagina  del  suo  primo  volume,  ingenuamente 
confessa  :  «  Non  ho  scritto  per  fare  pompa  del  mio  debole  ingegno  ; 
ma  per  passatempo  di  tutti  coloro  che  vanno  in  traccia  di  udire  cose 
piacevoli,  o  che  [sic]  la  loro  mente  non  sia  tanto  [sic)  da  potere  aprire  i 
libri  dei  dotti.  »  Nondimeno  io  ho  fatta  quell'  improba  lettura,  e,  pur 
diffidando  délie  mie  conoscenze  epiche  cavalleresche,  noto  qui  somma- 
riamente  i  poemi  che  fornirono  la  grande  tela  délia  compilazione 
lodichiana.  Apresi  Topera  con  Le  prime  imprese  di  Orlando  di  Lodovico 
Dolce  ;  segue  con  L'Orlandino  di  Teofilo  Folengo,  al  quale  si  lega  il 
Mambriano  di  Francesco  Bello  detto  il  Cieco  da  Ferrara,  ove  moite  cose 
sono  innestate  dell'  Avino  relative  a  Mambriano,  ed  il  Mambrino.  Quasi 
tutto  segue  L'Orlando  innamoraio  rifatto  dal  Berni  e  VOrlando  furioso.  E 
poichè  L'Angelica  innamorata  di  Vincenzo  Brusantino  ha  stretta  paren- 
tela  con  l'Angelica  dell'  Ariosto,  da  essa  son  presi  alcuni  de'  migliori 
tratti,  corne  dalP  Amadigi  di  Bernardo  Tasso  altri  che  appianano 
qualche  lacuna  e  fanno  scomparire  il  distacco  che  risulta  dal  passaggio 
dal  Furioso  ail'  Angelica.  Il  Mor gante  maggiore  di  Luigi  Pulci  fa  seguito 
immediato,  ma  gli  ultimi  canti,  che  paiono  quelli  accodati  da  ultimo  dal 
poeta  al  suo  poema  già  dato  in  luce,  son  messi  da  parte,  per  far  posto 
a  Madama  Rovenza  di  Francesco  Tromba,  che  si  chiude  con  la  Rotta  di 
Roncisvalle,  presa,  non  già  dal  Pulci,  ma  da  Turpino.  Altro  non  oso 
affermare,  e  lascio  che  fornisca  maggiori  particolarità  chi  è  molto  saputo 
di  questi  studi. 

Ma  non  perdiamo  d'occhio  i  constatorie.  Vincenzo  Linares,  osser- 
vatore  accurato  délia  vita  siciliana,  dalla  quale  adoprossi  a  trarre  gio- 
vamento  pei  suoi  Racconti  popolari,  uno  con  moka  verità  sebbene  con 
poca  intelligenza  di  cose  cavalleresche  ne  scrisse  col  titolo  //  Contas- 
torie.  A  quel  tempo,  nel  quarto  decennio  di  questo  secolo,  un  certo 
Maestro  Pasquale  divideva  con  un  Maestro  Antonino  Manzella  il  plauso 
del  numeroso  stuolo  di  uditori,  questi  in  un  magazzino  di  via  Candelai, 
quegli  in  una  stamberga  del  Piano  Santa  Oliva,  che  oggi  guarda  la  via 
del  Politeama  ;  ed  ecco  un  brano  del  racconto  del  Linares,  che  per  noi 
ha  valore  di  documento  : 

«  Maestro  Pasquale  è  il  narratore  délie  storie  più  piacevoli  che  si 
sieno  mai  udite.  Orlando,  Rinaldo,  Fioravanti,  Rizzeri,  le  donne,  i  cava- 
lieri,  l'arme,  gli  amori,  le  corteue,  le  audaci  imprese  imprese  ei  canta. 
Altro  che  Berni,  altro  che  l'Arcivescovo  Turpino.  Gli  esce  di  bocca  un 
fiume  di  eloquenza,  un  diletto,  un  sapore  che  incanta  e  commuove  i 
cuori  niente  teneri  degli  uditori.  Ora  li  vedete  silenziosi,  immobili  corne 
a  una  melodia  di  Bellini,  ora  scoppiare  in  grandi  scrosci  di  risa,  in 
esclamazioni  di  sdegno  e  di  maraviglia,  e  agitarsi  corne  se  scossi  da  un 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  ]<rf 

ardore  febbrile.  Che  sguardi  feroci  aile  volte,  che  gesti  smodati  !  Cosî 
vediamo,  e  non  di  rado  ai  di  nostri,  i  giovani  in  teatro  animarsi  a'  gor- 
gheggi  di  una  donna,  parteggiare  per  questa  o  per  quella,  dar  fiato  aile 
trombe  od  ai  fischi,  difendere  anche  col  sangue    la  precisione  di  un 
trillo,  urlare,  romper  le  panche,  minacciare  e  spesso  venire  aile  mani. 
Collo  stesso  fervore  i  nostri  personaggi  prendon  parte  al  racconto,  inar- 
cano  le  ciglia,  battono  le  mani,  e  corne  viene  in  campo  questo  o  quell' 
esercito,  e  si  azzuffano  cristiani  e  saraceni,  cosi  parteggiano  o  per  gli 
unio  per  gli  altri,  applaudiscono  ai  bei  colpi,  si  dolgono  délie  disfatte. 
Il  vecchio,  impassibile  quanto  un  usuraio,  ispirato  più  di    un  poeta, 
ameno  sempre  e  facondo,  infiora  il  racconto  di  facezie,  si  scalda,  grida, 
schiuma,  e  dà  colpi  disperati  sulla  bigoncia  ;  e  quando  l'estro  lo  tras- 
porta,  si  alza  dalla  sedia,  imbrandisce  un'  asta  di  legno,  e  figura  i  duelli 
dei  suoi  personaggi.  Quel  demonio  di  maestro  Pasquale,  se  non  ha  stu- 
diato  il  Walter  Scott,  ne  ha  certo  l'estro  e  lo  spirito  :  descrive  i  luoghi, 
le  truppe,  i  paladini,  dispone  le  fila  del  suo  racconto  meglio  che  non 
farebbe  il  romanziere  scozzese.  E  quando  ha  eccitato  il  desiderio  dj 
udirne  la  fine,  allora,  punto  e  basta.  Cosi  commuove  e  tien  sospesi  gli 
uditori  per  impegnarli  a  tornare  il  giorno  dopo  con  la  piccola  oblazione 
di  un  grano  [2  cent.)  per  essere  ammessi  allô  spettacolo.  Gran  lodatore 
délie  cose  nostre  a  quando  a  quando  fa  paragoni,  rammenta  antiche 
memorie,  ricorda  quel   po'  ch'  ei  sa  délia  nostra  storia.  L'entrata  di 
Ruggiero,  la  rivoluzione  di  Alesi  qualche  fiata  fan  seguito  aile  gesta  di 
Rizzieri  e  di  Fioravanti.  Se  maestro  Pasquale,  invece  di  dire  in  prosa, 
cantasse  versi,  se  avesse  una  lira  nelle  mani,  sarebbe  un  rapsoda,  un 
bardo  iscusate  il  paragone)  dei  tempi  nostri !  ». 

Men  fortunato  di  Maestro  Pasquale,  Maestro  Antonino  non  trovô  un 
Linarès  che  ne  serbasse  viva  la  memoria  e  ne  lodasse  la  valentia  non 
comune.  Ma  rallegrati,  anima  cavalleresca  ;  chè  la  tradizione  ti  fa  giu- 
stizia  !  E  la  tradizione  ti  dice  molto  più  valente  di  Maestro  Pasquale,  a 
cui  la  conoscenza  di  ciô  che  si  diceva  e  scriveva  di  lui  dava  un  po'  di 
pretenzione.  Onde  più  tardi,  quando  la  fama  correva  pei  quattro  venti 
délia  città,  al  suo  conto  non  più  un  grano  si  pagava,  ma  due,  cioè  un 
bajocco  (cent.  41,  il  doppio  del  pagamento  dovuto  a  Maestro  Antonino. 
Ela  tradizione  aggiungeche  la  pronunzia  di  lui  era  chiara  ed  aperta,che 
molta  la  naturalezza,  grandissima  la  padronanza  délia  materia,  tutta  sua 
la  maniera  di  descriver  le  battaglie  :  ed  ho  sentito  dire  più  d'una  volta 


1.  Maestro  Pasquale,  novella,  nel  Vapore,  di  Palermo,  30  gennaio  1837, 
an.  IV,  v.  IV,  p.  17-19.  Pa!.,  30.  V.  Linarès,  Racconti  popolari.  Quarta 
edizione,  p.  92  e  119.  Palermo,  G.  Pedone-Lauriel,  1867. 

Romania,  XIII.  23 


354  G-  pitre 

che  «  Mastr'  Antuninu  'nta  la  battagghiacci  travagghiava,  e  avia  bona 
gôrgia.  » 

Questi  due  contastorie  furono  scolari  di  un  vecchio  calzolaio,  un 
certo  Maestro  Giovanni,  che  raccontava  a  Porta  S.  Antonino.  Dopo  del 
quale,  e  contemporaneo  a'  suddetti.  fu  un  Maestro  Luvicu  >Ludovico), 
che  chiamava  molta  gente  a  Porta  Reale  ;  e,  per  non  dire  di  altri,  un 
Maestro  Camillo  Lo  Piccolo  che  fini,  non  so  perché,  frustato  a  cavallo. 
con  tanta  vergogna  dei  suoi  compagni  di  mestiere.  Fanciullo,  io  co- 
nobbi  al  Borgo,  in  un  magazzino  del  vicolo  dei  Lombardi,  Compare 
Camillo  Camarda  (lo  chiamavano  compare  e  non  maestro- ,  di  mestiere 
batti-sego  ;  e  non  potrô  mai  più  dimenticare  la  energia  brusca  de' 
suoi  movimenti  ed  il  suo  fervore  guerresco.  Io  mi  recavo  a  scuola 
fino  al  1859  si  andava  a  scuola  due  volte  il  giorno),  e  mi  fermavo  allô 
spesso  sul  limitare  del  sacro  magazzino,  dov'  era  tutta  gente  di  mare,  e 
pescatori  specialmente.  Il  Camarda,  rivolto  verso  l'uscio,  narrava  e  nar- 
rava  senza  scomporsi  per  nulla  :  carrette  che  sul  guasto  acciottolato 
ribaltavano,  donnicciuole  del  prossimo  cortile  di  Palma  che  ciarlavano 
0  si  prendevano  pei  capelli,  monelli  che  gridavano  e  schiamazzavano  ; 
tutto  era  nulla  per  lui.  Una  volta  pero,  messo  con  le  spalle  al  muro, 
perdette  la  pazienza  e  uscî  in  una  sfuriata  che  anche  me,  che  non  ci 
entravo  per  nulla,  mi  fece  fuggire  impaurito.  Era  irritabile  e  collerico, 
e  quando  usciva  dai  gangheri  bestemmiava  corne  un  turco  ;  ed  allora 
facea  paura,  perché  la  voce,  naturalmente  rauca  in  lui,  gli  si  sprigio- 
nava  aspra  e  chioccia  dalla  gola  :  ed  il  viso,  d'ordinario  rubicondo,  gli 
diventava  di  bragia.  Lo  biasimano  di  troppa  licenza  nel  racconto,  e  nel 
Borgo  se  ne  parla  corne  di  uomo  che  non  sapesse  0  non  volesse  mai 
tenere  la  lingua  a  freno. 

Conobbi  pure,  e  chi  de'  Palermitani  nol  conobbe  ?  quel  Raisi  Turi  (il 
pescatore  Salvatore,  che  per  esser  gobbo  e  scontraffatto  era  sopranno- 
minato  ed  inteso  Lu  jimmurutu  e,  per  antonomasia,  Re  Pippinu.  Là,  al 
Foro  Borbonico  oggi  Italico,  sotto  un  grand'  albero  fronzuto.,  alla  vista 
del  pittoresco  golfo  di  Palermo,  sopra  un  alta  sedia  esponeva,  rarissima 
avis,  la  storia  sacra.  Era  di  estate,  e  poichè  ai  24  giugno,  per  antica 
consuetudine  palermitana,  quel  sito  delizioso  si  popola  di  gente  a  piedi, 
a  cavallo,  in  vettura,  che  cerca  un  po'  d'aria  fresca  e  di  svago,  molti 
s'accostavano  al  piccolo  contastorie,  desiderosi  di  udirlo.  Raisi  Turi, 
seduto  con  molta  proprietà,  dominava  non  con  la  figura  infelice,  ma 
con  la  voce  insinuante  e  la  parola  scultoria  un  migliaio  di  uditori,  nei 
quali  chi  bene  avesse  osservato  avrebbe  potuto  discernere  classi  varie  e 
diverse  :  i  più  vicini,  pieni  di  raccoglimento,  a  bocca  aperta,  pescatori 
e  mestieranti  in  riposo  0  senza  lavoro  [a  spassir  ;  i  più  lontani,  curiosi, 
non  mai  indiscreti,  una  folla  di  bassi  impiegati,  di  pensionati  che  non 


LE    TRAD1ZI0NI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  35$ 

sanno  corne  ammazzare  il  tempo.  La  passeggiata  diurna  (ve  n'  è  una  di 
sera)  era  piena,  ed  il  buon  gobbetto  contava  sempre,  ne  smettava  se 
non  sull'  imbrunire. 

Nella  piazza  S.  Oliva,  a  sinistra  di  chi  va  alla  via  délia  Libertà,  rac- 
contô  per  oltre  venti  anni,  fino  a  un  decennio  addietro,  quel  Giacomo 
Mira  che  tutta  Palermo  conobbe  e  ricorda  sempre  sotto  il  nome  di 
Rinaldo.  Egli  sapea  leggere,  e  forse  da  giovane  non  fu  povero  corne 
tutti  il  conoscemmo.  Ardito  nell'  aspetto,  tendente  al  magro,  avea 
occhi  grifagni  e  d'una  mobilità  non  ordinaria.  Pensi  ognuno  che  giuoco 
gli  dovessero  fare  questi  allorchè  trovavasi  in  esercizio  délie  sue  fun- 
zioni.  Sfrenato  beone,  il  giornaliero  guadagno  spendeva  alla  bettola,  e 
non  gli  si  sarebbe  trovato  indosso  neppure  un  quattrino.  Raccontava 
ail'  aperto  anche  nei  giorni  buoni  d'inverno,  perché  non  avea  tanto 
da  prendere  a  pigione  una  stamberga;  otto  pancacce  venutegli  chi  sa 
d'  onde  e  corne,  gli  faceano  quadrato;  e  Rinaldo,  sul  nudo  terreno,  mo- 
vendo  sempre,  e  non  mai  alternativamente,  le  braccia  e  pur  sempre 
ritto  délia  persona,  mandava  innanzi  la  sua  storia  preoccupato  forse 
più  del  pensiero  di  dover  andare  a  cioncare  che  délia  responsabilità  del 
racconto.  Leggeaglisi  in  volto  un  non  so  che  di  strano  e  di  eccentrico, 
un  piglio  quando  carezzevole  e  quando  superbo,  sicchè  a  poco  a  poco 
gli  vennero  meno  gli  uditori,  ed  egli,  senza  tetto,  ed  ail'  uscio  coi  sassi, 
videsi  costretto  a  chieder  la  carità  pubblica.  Giacomo  Mira  diventô  un 
accattone  di  mestiere  ;  ma  un  accattone  che  nella  miseria  serbava  una 
certa  alterigia,  e  a  volte  un  fare  tra  il  serio  ed  il  burlesco  ;  e  chiedeva 
non  per  se,  ma  per  Rinaldo  di  Montalbano,  che  egli  avea  sempre  lo- 
doto,  celebrato,  portato  aile  stelle,  e  in  nome  di  esso  domandava  senza 
insistenza  e  senza  avvilimento  un  soldo  ;  e  nel  far  ciô  eccolo  scaricarti 
a  bruciapelo  un  brandello  di  storia  del  sire  di  Montalbano,  una  storia 
che  ti  confondeva,  ti  faceva  venir  le  vertigini  per  la  inarrivabile  pron- 
tezza  e  celerità  onde  usciva  dalla  sua  bocca. 

Un  bel  giorno  Rinaldo  non  si  vide  più.  Che  se  ne  fece  ?  Nessuno  lo 
seppe,  nessuno  cercô  mai  saperlo.  Giovanotti  azzimati  e  agghindati  che 
ne'  vostri  domenicali  passeggi  di  Corso  Macqueda  foste  più  volte  fer- 
mati  dal  povero  contastorie,  impiegati  in  attività  di  servizio  cui  egli  ne' 
suoi  maggiori  bisogni  importunô  quando  voi,  in  ritardo  d'orario,  vi 
affrettavate  ail'  ufficio  ;  amabili  signore,  aile  quali  le  lodi  sperticate  di 
Angelica  riuscirono  tante  volte  incomprensibili  o  insulse  in  bocca  di  lui, 
tranquillizzatevi  !  Rinaldo  di  Montalbano  è  morto  povero  e  pazzo  al 
Manicomio  di  Palermo  ! 

Morto  si,  corne  i  suoi  compagni  Maestro  Salvatore  Aiello  e  Maestro 
Francesco  Gagliano,  testé  rapiti  alla  tradizione  dei  paladini  ;  ma  altri 
compagni  son  sempre  vivi,  ad  altri  ne  sorgono  a  raccontare  chi  a  Pie- 


3  $6  G.    PITRE 

digrotta,  chi  dietro  Castellamare  idue  figli  di  Camillo  Camardaï,  chi 
sotto  Porta  de'  Greci,  chi  a  Porta  Montalto,  e  chi  a  Porta  S.  Agata  in 
Palermo  pare  che  i  contastorie  abbiano  una  certa  predilezione  pei  siti 
presso  le  antiche  porte  délia  città}.  Ma  di  essi  e  degli  altri  che  in  Mes- 
sina,  Catania,  Noto  e  nel  restante  dell'  isola  serbano  vivo  con  la  parola 
il  culto  délia  cavalleria  médiévale  sarebbe  troppo  lungo  l'occuparsi.  I 
più  tra  essi  non  valgono  il  maestro  di  tutti,  il  nestore  dei  contastorie 
viventi  délia  Sicilia,  Maestro  Salvatore  Ferreri.  Quel  che  per  la  poesia 
improvvisa  è  l'analfabeta  Stefano  La  Sala 2,  per  le  novelle  e  le  leggende 
1'  Agatuzza  Messia  5,  per  l'opra  de'  pupi  D.  Gaetano  Greco,  e  per  la  pit— 
tura  de'  cartelloni  romanzeschi  D.  Nicolô  Faraone,  è  per  la  storia  de' 
paladini  Maestro  Salvatore  Ferreri,  palermitano  corne  gli  altri. 

Chi  è  egli  ?  Che  cosa  fa  ?  Quali  sono  i  suoi  fasti  ?  Udiamolo  dalla  sua 
stessa  bocca  con  la  certezza  di  udir  la  verità  ;  dacchè  nei  molti  anni 
che  io  lo  conosco  1'  ho  sempre  ammirato  per  l'onestà  e  rettitudine  dell' 
animo.  Traduco  letteralmente  la  schietta  narrazione  che  egli  ha  fatta  a 
me  suo  antico  conoscente,  medico  ed  estimatore. 

«  Io  era  fanciullo  ;  ail'  età  di  quattordici  anni  mi  venne  in  testa  d'an- 
dare  a  sentire  il  cunîu.  A  quei  tempi  c'era  un  contastorie  davvero  buono, 
un  certo  Maestro  Antonino  Manzella  muratore,  che  era  il  vero  maestro 
del  conto.  Curioso,  andai  ;  ed  egli  raccontava  il  Calloandro  ;  il  passo 
mi  piacque,  e  mi  venne  voglia  di  tornarci  per  sapere  corne  andasse  a 
finire.  Ci  tornai  ancora  dell'  altro,  e,  per  farla  corta,  ci  andai  sempre 
pel  corso  di  nove  anni  continui.  lo  imparavo  a  fare  il  funaiuolo  ;  a 
mezzogiorno  smettevo  di  lavorare  e  correvo  pel  conto.  Dopo  un  certo 
tempo,  il  conto  cominciava  a  20  ore,  ed  io,  qualunque  lavoro  avessi  per 
le  mani,  avvolgea  il  fîlo  che  cosi  era  stato  stabilito  colmiomaestro),  e 
me  ne  andavo  al  conto.  V'erano  giorni  che  il  mio  maestro  mi  mandava  a 
Monreale  a  vendere  il  rumaneddu  [Canapelloï  ;  ma  io  a  20  ore  lasciava 
tutto  in  asso,  ed  ero  li  al  conto.  Lasciavo  i  divertimenti,  lasciavo 
qualche  spasso  a  Boccadifalco,  a  Scannaserpi  e  altrove,  purchè  mi  pren- 
dessi  i  quattrini  che  mi  dava  mia  madré  e  me  ne  andassi  al  conto. 

«  Maestro  Manzella  per  la  sua  bella  comica  avea  gran  folla.  Avvenne 
che  egli  dovette  lasciare  il  magazzino  di  via  Candelai,  e  ne  prese  a 
pigione  uno  di  Giovenco,  sotto  il  campanile  di  S.  Francesco  di  Paola. 
Maestro  Antonino  mi  conoscea  già,  e  sapea  la  mia  nascita  ;  entrammo 
in  dimestichezza  e  prese  a  volermi  bene,  tanto  che  io  cominciai  a  pa- 


1.  Vedi  Pitre,  Studi  di  poesia  popolarc,  p.   102-108,  Pal.  1872. 

2.  Vedi  Pitre,  Fiabe.  Novell c  e  Racconti   pop.  sicil.,  vol.  I,  pp.  XVII-XX. 
Pal.  1875. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  j  $7 

garlo  a  mese  ;  ci  accordammo  per  un  tari  cent.  42  il  mese,  andassi  0 
no.  E  di  persone  ce  n'  era  !  Giovanni  di  Quarto,  Messeri,  Don  Bene- 
detto  Gianferrara,  persone  da  vero  civili. 

«  Un  giorno  Maestro  Antonino  mi  disse  :  «  Oh  tu  non  hai  mai  nulla 
da  fare  che  non  manchi  mai  al  conto  ?  Dio  di  passione  !  Se  i  giorni  del 
mese  son  50,  tu  ci  vieni  31  !  E  che  ti  scappa  via  !  »  —  «  Io  vengo  per 
rubarle  1'  arte,  »  riposi  io  ;  ed  egli  :  «  E  tu  vuoi  rubar  1'  arte  a  me  senz' 
esser  letterato  ?  »  —  «  E  lei  vedrà,  che  lei  pezzo  grosso,  ed  io  roba 
da  nulla,  io  le  ruberô  1'  arte!  » 

«  Ora  io  tutto  ciô  che  imparavo  andavo  raccontando  per  le  case  per 
capriccio  e,  tanto,  per  isfacciarmi.  Una  volta  il  cavalière  Settimo,  cieco 
di  tutti  e  due  gli  occhi,  mi  chiamô  perché  gli  contassi  il  conto.  A  Latta- 
rini  alcuni  mercantuoli  aveano  un  gran  gusto  a  sentirmi,  ed  io  mi  sfac- 
ciavo.  Questo  andava  ail'  orecchio  di  Maestro  Antonino,  il  quale  dice  : 
«  Salvatore  Ferreri  va  raccontando  il  conto  per  le  case  ;  »  e  quando  mi 
vedea,  mi  canzonava.  Alla  fine  del  nono  anno,  tutte  le  storie  io  le  sa- 
pevo  benissimo,  e  al  conto  non  ci  andai  più.  Che  mi  venne  in  capo  ?  la 
chitarra.  Per  altri  ott'  anni  io  non  feci  altro  che  divertirmi  con  la  chi- 
tarra,  e  quando  qualcuno  volea  divertirsi,  mi  mandava  a  chiamare.  In 
quel  frattempo  ammalô  Maestro  Antonino  ;  la  malattia  era  séria  :  gli 
cadde  il  naso  ;  mi  fece  chiamare  :  «  Senti,  Turiddo  ;  tu  di  abilità  ne 
hai,  ed  io  lo  conosco.  Sai  che  ti  dico  ?  Racconta  tu  il  conto,  ed  il  guada- 
gno  lo  divideremo.  »  Io  m'  ero  ammogliato  ;  e  Maestro  Antonino  fece 
venire  mia  moglie  da  lui  perché  la  mi  persuadessc  a  raccontare  il  conto 
dicendo  che  io  avevo  una  bella  loquela,  e  ci  avevo  modo  a  contare,  e 
la  storia  la  sapevo  ;  e  soggiungea,  che  quando  io  non  potevo  raccontare, 
mi  avrebbe  supplito  lui.  Ma  io  risposi  di  no. 

«  A  quel  tempo  veniva  al  conto  anche  un  certo  Giacomo  Mira.  Diss'  io 
a  Maestro  Antonino  :  «  Ma  Lei  si  rivolge  sempre  a  me.  Perché  non  in- 
vita Giacomo  Mira,  il  quale  è  grazioso  nel  raccontare  ?  »  E  Maestro 
Antonino,  a'  miei  costanti  rifiuti,  si  vide  costretto  a  chiamare  Giacomo 
Mira.  Costui  perô  era  un  gran  beone,  e  tutto  quel  che  guadagnava 
spendea  in  vino  ;  onde  non  poteva  pagare  la  pigione,  era  sempre  cac- 
ciato  via  dalle  case,  e  si  ridusse  a  raccontare  la  storia  al  Piano  di 
S.  Oliva,  e  morî  ail'  ospedale.  ...Ed  io  mi  divertivo  con  la  mia 
chitarra  !... 

«  L'anno  i844contava  il  conto  un  certo  Maestro  Rafïaele  pastaio,che 
avea  posto  proprio  alla  cantoniera  di  S.  Francesco  Saverio.  Era  costui 
pazzesco,  piantava  gli  uditori  del  suo  magazzino,  e  andava  a  raccontare 
a  Porta  di  Castro,  e  cosi  si  vendicava  del  suo  padrone  di  casa,  il  quale 
si  pagava  la  pigione  del  magazzino  con  la  somma  che  si  riscoteva  ogni 
giorno.  Don  Giacomo  Lanza,  padrone  del  magazzino,  avea  un  compare, 


358  G.    PITRE 

fallegname  ail'  Origlione  e  cugino  mio.  Questi  udendo  i  lamenti  del 
Lanza  venne  a  pregarmi  di  raccontare  io  il  conto  ;  e  tra  il  si  e  il  no,  mi 
persuase  ;  ed  io  ci  andai,  avendo  avuto  le  sedie  necessarie  anche  da  lui. 
Il  primo  giorno,  non  me  ne  dimentichero  mai  più,  fu  l'indomani  di 
S.  Rosalia  i  16  Luglio1,  e  guadagnai  34  grani  cent.  72),  e  mi  sfacciai  la 
prima  volta.  La  fama  si  sparse,  ed  il  magazzino  cominciô  a  popolarsi  : 
venivano  soldati,  galantuomini,  anche  donne,  e  persino  due  preti.  Un 
giorno  io  raccontava  corne  qualmente  Rinaldo  fosse  stato  messo  in  car- 
cere,  e  Carlomagno  l'avea  condannato  a  morte;  mi  si  avvicina  uno  con 
le  lagrime  agli  occhi  e  mi  dice  :  «  Turiddu,  per  te  c'  è  un  carlino 
(cent.  2  1 1  se  tu  liberi  presto  Rinaldo.  »  Ammirando  tanta  tenerezza  per 
Rinaldo,  io  affrettai,  précipitai  il  racconto,  e  feci  scarcerare  Rinaldo  da 
Malagigi  per  mezzo  délia  sua  arte  diabolica.  Appena  colui  vide  scar- 
cerato  Rinaldo  si  alza  e  grida  :  «  Viva  Turiddu  !  che  ha  liberato  Ri- 
naldo! Vai  a  farti  friggere-Carlomagno  minchione!  »  Lascia  il  suo  posto 
e  mi  viene  a  regalare  un  carlino1. 

«  Mio  cugino  dovette  demolire  un  solaio  dentro  il  monastero  dell'  Ori- 
glione ;  prese  le  tavole  e  le  mise  a  disposizione  mia  ;  e  cosi  mi  provvidi 
di  panche.  Nel  1854  venne  il  colera,  ed  io  passai  nel  cortile  di  Carella 
iChiasso  Caruso).  Li,  nel  fosso,  trovai  un  partito  contrario,  perché  ci 
era  cola  Maestro  Raffaele,  che  poi  si  trapiantô  nel  piano  del  Castello. 
Io  perô  non  mi  perdetti  d'animo  ;  chè  anzi  tolsi  certi  abusi  che  si  erano 
introdotti,  di  fumare,  giocare  a  carte...  ;  la  quai  cosa  spiacque  a  qual- 
cuno,  e  si  malignô  a  danno  mio  spacciandosi  che  io  non  sapea  bene  il 
conto.  Tra  gli  altri,  un  cocchiere  cercava  soverchiarmi  contraddicendo  a 
quai  che  dicevo  io.  Una  volta  perô  ne  usciscornato,  perché  avendo  rigettato 
un  fatto  che  io  conoscevo  benissimo,  io  mi  giocai  il  collo,  ed  il  coc- 
chiere dovette  confessare  che  la  ragione  stava  per  me  :  e  da  nemico 
acerbo  che  mi  era,  mi  divenne  amicissimo. 

«  Le  cose  mie  andavano  a  vêle  gonfie  :  e  Maestro  Raffaele  cacciava 
mosche  al  Castello,  e  volea  tornare  al  Fosso  dov'  era  prima,  e  dove 
avevo  preso  posto  io.  Il  magazzino  era  pieno  sino  alla  porta,  sino  aile 
scale  del  cortile,  ed  il  venditore  di  semé  mi  rubava  a  man  salva.  Si 
trattava  di  8  tari  e  15  grana  (L.  3.  72)  di  guadagno,  ed  egli  me  ne 
facea  vedere  poco  meno  di  meta.  Io  capii  che  in  questa  faccenda  c'  era 
la  mano  di  Maestro  Raffaele,  e  lasciai  il  magazzino. 

«  Io  stavo  di  casa  rimpetto  Sant  'Annuzza  via  Pignatelli  Aragona»  ;  e 
i  miei  affezionati  vennero  cola  a  sentire  il  conto  :  e  Maestro  Raffaele  ri- 
mase  con  quattro  gatti,  che  non  capivano  nulla. 


1.  Un  aneddoto  simile  troviamo  in  Muratori,  Antiquité  diss.  XXIX. 


LE    TRAD1ZI0NI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICII.IA  359 

a  Al  1860  un  amico  mi  fece  vedere  la  storia  dei  Paladini  di  D.  Giusto 
Lodico.  lo  non  sapevo  e  non  so  leggere  ;  ma  uno  che  sapea  di  lettera 
me  ne  lesse  qualche  pagina.  Ora  ci  si  crederebbe  ?  prima  che  1'  amico 
mio  leggesse,  io  diceva  quel  che  dovea  seguire.  Dice  1'  amico  : 
«  Diàscolo  !  voi  ne  sapete  più  del  libre  ! 

Qui  il  Ferreri  più  del  consueto  s  'accese  in  volto  ;  poi  continue  . 

«  Io  guadagnavo  la  grazia  di  Dio,  perché  oltre  che  a  contare  il  conto 
m' industriavo  a  fare  il  funaiuolo,  che  è  il  mio  mestiere  ;  e  m'  ero  fatto 
un  capitaluccio.  Certi  amïcï,  che  conosco  e  devo  fingere  di  non  cono- 
scere,  durante  i  fatti  del  settembre  1866  mi  rubarono,  e  mi  lasciarono 
povero  e  pazzo.  Adesso  son  mezzo  cieco,  e  racconto  per  nécessita.  Per 
via  di  quel  dispiacere  m'  assoggettai  ail1  asma  che  Lei  sa  ;  e  quando  parlo 
mi  manca  il  fiato,  e  vi  son  giorni  che  dalla  forte  tosse  non  posso  andare 
avanti.  Campo  la  vita  Dio  sa  corne...   » 

A  questo  punto  gli  chiesi  délie  storie  ch'  egli  sa.  e  délia  maniera  onde 
egli  le  coordina  e  fa  progredire  ;  ed  il  buon  vecchio  prosegui  : 

«  Tutte  le  storie  che  io  so  sono  di  eredità  ;  si  comincia  con  Costan- 
tino  Magno  e  si  finisce  con  Calloandro  ;  poi  si  ripiglia.  Se  la  vuol  sapere 
tutta  questa  eredità,  gliela  dico  in  quattro  parole:  Costantino  Magno; 
suo  figlio  Fioro  ;  poi  Fiorillo,  poi  Fieravante;  Fieravante  fa  Giberto  ; 
Giberto,  Michèle  ;  Michèle,  Luigi  ;  Luigi,  Pipino  ;  Pipino,  Carlotto 
Magno.  E  questo  è  un  punto.  Ottaviano  fa  Bovetto  ;  Bovetto  fa  Gui- 
done  ;  Guidone  fa  Buovo  d'Antona  ;  Buovo  d'Antona  fa  quattro  figli,  ed 
il  maggiore  è  Sinibaldo  ;  questi  fa  un  figlio  :  Chiaramonte,  e  fabbrica  il 
regno  di  Chiaramonte.  Chiaramonte  fa  Eernardo  ;  Bernardo  porta 
cinque  figli,  e  sono  Ottone,  che  gorerna  V  Inghilterra,  Bovetto,  Amone, 
Leone  IV  pontefice  di  Roma  e  Milone  d'Anglante.  Milone  porta  Or- 
lando  ;  Ottone  porta  Astolfo;  Buovo  d'Asmonte  porta  Malagigi  e  Vi- 
viano  ;  Amone  porta  Salardo,  Biscardo,  Ricciardetto,  Rinaldo  e 
Bradamente  femina,  e  son  cinque.  Carlomagno  porta  pure  un  figlio,  e  si 
chiama  Durando  ;  Durando  porta  un  figlio,  e  gli  dà  per  nome  Luigi. 
Luigi  fa  quattro  figli  :  Cafiero  Baglione,  Sinibaldo  padre  di  S.  Rosalia 
nostra  protettrice,  Balduino,  la  principessa  Ester  francese,  e  questa 
diviene  sposa  di  Rinaldo  il  furioso,  che  diventô  re  di  Gerusalemme  per 
Torquato  Tasso ,  ma  questa  non  è  una  storia  molto  antica,  e  coi  pala- 
dini non  ci  ha  nulla  che  fare. 

«  Ma  qui  lasciamo,  perché  corriamo  pericolo  di  perderci.  Se  volessimo 
toccare  solo  di  tutte  le  famiglie,  una  giornata  intiera  non  ci  basterebbe; 
una  cosa  dico  soltanto  :  che  i  paladini  più  valorosi  son  dodici,  e  sono  : 
Orlando,  Rinaldo,  Olivieri,  Oggeri,  Salomone,  Guglielmo,  Marco, 
Matteo,  Gulio  sic),  Vilia  e  Bilinceri,  Sansone,  Sansonetto  e  Astolfo  d' 
Inghilterra,  chiamato  il  Granduca  del  Pardo.  » 


}6o  G.    PITRE 

Se  qualche  cultore  di  storia  cavalleresca  ha  nulla  da  osservare,  si  ri- 
volga  a  Salvatore  Ferreri,  via  Pignatelli  Aragona,  n.  76;  ma  ci  pensi 
due  volte  a  mettersi  in  discussione  con  lui  soprattutto  in  argomento  di 
genealogia.  Il  Ferreri  non  la  cède  a  nessuno  per  memoria,  e  sa  quanti 
peli  ebbe  in  barba  fin  1'  ultimo  de'  cavalieri  cristiani,  e  chi  di  essi  la  por- 
tasse lunga,  e  chi  corta  e  chi  rasa  affatto.  Lo  sbaglio  di  numéro  nella 
rassegna  dei  dodici  paladini  maggiori  è  una  mistificazione,  che  pur  ri- 
comparisce  nella  poesia  popolare  cavalleresca. 

Il  nostro  contastorie  prosegue  le  sue  informazioni  : 

«  Il  mio  racconto  dura  due  ore,  due  ore  e  mezzo,  secondo  la  storia 
che  ho  per  le  mani  e  la  gente  che  viene.  Quando  salgo  là  sopra.  la 
storia  1'  ho  bell'  e  pronta,  perché  le  cose  mi  vengono  in  testa  come  se 
io  le  vedessi  ;  e  una  parola  non  è  finita  che  1'  altra  è  lî  ail'  ordine 
pronta  .  Com'  è  il  gomitolo  del  refe  ?  svolto  da  un  lato,  prosegue  a 
svolgersi  dall'  altro,  fir.chè  poi  ne  viene  i!  capo  ;  ma  nella  mia  testa 
questo  capo  del  refe  non  viene  mai,  perché  la  storia  non  ha  fine. 

«  Qualche  volta  poi  fo  qualche  parabola  paragone  ,  perché  nello  sto- 
maco  délia  roba  ce  n'  ho,  ed  agli  uditori  queste  cose  non  dispiacciono.  » 

—  Ma  queste  storie  che  si  contano  de'  paladini  di  Francia,  chiesi  io 
una  volta  al  Ferreri,  sono  esse  vere  ? 

—  «  Queste  cose  che  si  contano  forse  non  tutte  son  vere  ;  ma  un 
fondamento  di  verità  ci  dev'  essere.  Rinaldo,  Orlando,  Carlomagno 
esistettero  ;  ma  le  storie  poi  li  abbellirono. 

«  Tant'  è,  la  gente  ci  si  diverte  molto,  e  se  io  avessi  a  contar  loro 
altri  fatti,  s'annoierebbe,  e  vorrebbe  sentire  la  storia.  A  Rinaldo  tutti 
vogliono  un  gran  bene,  e  quando  sanno  che  io  l'  ho  per  le  mani  ne 
conto  la  storia  ,  guadagno  di  più.  chè  la  storia  dei  paladini  piace  loro  più 
del  pane.  Se  io  non  contassi  questa  storia,  potrei  chiuder  bottega.  A 
proposito  de7  paladini  tutti  sono  d'un  sentimento.  Ammirano  Orlando. 
ma  non  se  ne  curano  gran  fatto,  perché  cercano  di  Rinaldo.  e  v'  è  il 
motto  :  E  chi  si'  Rirurdu  a  la  munnu  /  e  si  dice  di  chi  se  la  piglia  con  chic- 
chessia,  e  ovunque  si  volga  trova  da  ridire.  Ma  di  questioni  ce  n'  è  sempre. 
e  chi  parteggia  per  uno  e  chi  per  un  altro  de'  paladini,  e  si  discute  su 
qualche  punto,  e  si  è  contenti  quando  si  prépara  qualche  battaglia. 

■  Io  che  conobbi,  a'  miei  tempi,  Maestro  Pasquale  e  Maestro  Anto- 
nino,  posso  dire  che  ebbero  i  loro  scolari,  ma  anch'  io  ho  avuto  i  miei, 
e  qualcuno  è  riuscito  grazioso.  Vito  lo  scarparo,  che  racconta  a  Porta 
Sant  'Agata,  lo  avviai  io,  e  v'  è  pure  il  figliuolo  di  Camillo  Camarda. 
Camillo  era  sboccato.  e  raccontando  parlava  osceno.  Oh  che  è  mai 
questo  !  Se  s'  ha  a  dire  che  quel  taie  svcrginà  una  ragazza,  io  dico  che 
le  fece  uno  sfreggio.  Ed  è  cosi  che  bisogna  fare  !  perché  le  parole  sco- 
stumate  a  chi  piacciono  degli  uditori,  a  chi  no;  ma  più  no  che  si.  » 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  36 1 

A  compimento  di  questa  autobiografia  orale  aggiungo  poche  osserva- 
zioni  mie  ed  il  ritratto  dell'  autore. 

Maestro  Salvatore,  che  vive  in  onorata  povertà,  e  non  lascia  passar 
giorno  senza  udir  messa  nella  vicina  chiesa  di  S.  Francesco  di  Paola, 
racconta  in  un  magazzino  davanti  a  una  settantina  di  uditori.  Coi 
pochi  soldi  che  ricava  paga  la  pigione  e  compra  un  pezzo  di  pane,  e 
nei  giorni  felici  d' inverno,  cuoce  una  minestra  per  lui,  la  moglie  ed  una 
figlia  adottiva,  una  giovane  che  egli  prese  bambina  fra  le  trovatelle  e 
crebbe  e  sposo  ad  un  giovane.  L'inverno,  cosi  crudele  pe'  poveri,  è 
sempre  il  benvenuto  pei  contastorie  ;  gli  uditori  son  più  numerosi,  cre- 
scono  il  doppio,  il  triplo  del  numéro  ordinario,  e  fanno  ressa  attorno  al 
narratore.  Non  sono  essi  venditori  ambulanti  d'acqua,  spacciatori  di 
semé,  fruttivendoli,  pescatori,  che  in  estate  hanno  merce  da  vendere  e 
soldi  da  guadagnare  ?  Ecco  perché  d1  estate  disertano,  per  tornare  di 
inverno. 

Magro  di  corpo  ed  asciutto,  il  Ferreri  ha  una  fisonomia  che  puô  si- 
gnificare  molto  ingegno  naturale  ovvero  qualcosa  di  scimunito  o  di 
fatuo.  Fronte  larga,  occhi  rientranti,  nascosti  sotto  folte  sopracciglia, 
ed  uno,  in  certa  guardatura,  un  po'  tendente  allô  strabismo;  bocca 
larga,  mento  schiacciato  e  corto.  La  vista,  indebolita  o,  piuttosto,  tra- 
vagliata  da  incipiente  cateratta,  non  gli  fa  discernere  chiaramente  gli 
oggetti,  e  nell'  affissare  alcuno  a  controlume  fa  riparo  délia  mano  ail' 
occhio  faticato.  L'asma  ch'  egli  accusa  è  invecé  uno  spasmo  délia 
glottide,  che  in  certi  giorni  gl'  impedisce  di  raccontare  più  oltre  ;  cosa 
di  che  egli  rimane  desolato  più  che  délia  perdita  materiale  de'  pochi 
soldi  délia  giornata  ;  perché  è  proprio  nel  meglio  che  il  respiro  gli 
manca,  quando,  disposti  i  suoi  eserciti,  générale  in  capo,  li  dee  con- 
durre  alla  mischia,  o  spingerli  ail'  assalto,  ed  ha  maggiore  bisogno  di 
forza,  vigore  e  fiato  per  gridare,  agitarsi,  commuovere.  Egli,  che  s'in- 
téressa tanto  de'  suoi  personaggi,  non  sa  rimanere  tranquillo  ;  e  sic- 
corne  la  battaglia,  il  duello  è  condimento  necessario  délia  storia  in  corso, 
cosi  le  cause  occasionali  dell'  accesso  non  sono  infrequenti.  Nella  morte 
de'  paladini  ,  p.  e,  un  parosismo  è  quasi  inevitabile,  perché  egli  piange 
davvero.  Me  ne  appello,  tra  gli  altri  miei  amici  che  1'  hanno  voluto  co- 
noscere,  al  conte  de  Jacquemont,  che  anche  lui  ebbe  vaghezza  di  udirlo. 
Il  mio  egregio  amico  non  mi  darà  dell'  indiscreto  se  dirô  che  la  com- 
mozione  con  la  quale  il  Ferreri  gli  raccontô  la  Rotta  gli  fece  asciugare 
qua'.che  lagrima  involontaria.  Nel  settembre  del  1875  '°  conobbe  in 
casa  mia  il  carissimo  e  dotto  Gaston  Paris,  e  rimase  letteralmente  stu- 
pito  di  quest'  uomo,  che,  analfabeta,  sa  raccontare  per  più  di  18  mesi 
di  seguito  storie  sempre  diverse  senza  omettere  una  circostanza,  senza 
dimenticare  un  nome  ! 


JÔ2  G.    PITRE 

Al  conto  di  Maestro  Salvatore  assiste  sempre  una  donna,  magra 
quanto  lui,  ma  più  di  lui  spedita  nel  parlare,  nel  gesticolare  :  sua  moglie. 
Chi  pratica  con  lo  zoppo,  impara  a  zoppicare,  dice  il  proverbio  ;  e  Donna 
Rosalia  Genova  (in  Palermo  Donna  si  dice  a  qualunque  donna  che  non 
sia  del  vilissimo  volgo,  ma  del  basso)  ha  imparato  tutto  quello  che  sa 
Maestro  Salvatore,  analfabeta  quanto  e  più  di  lui,  che  è  analfabeta 
tipo.  E  corne  no,  se  nel  magazzino  del  conto  essa  ci  sta,  corne  si  dice,  di 
casa  e  di  bottega,  e  mentre  egli  racconta,  lei  fa  calza  e  sente,  e  con 
lieve  tremolio  délie  labbra  precorre  alla  parola  che  il  contastorie  ha  da 
pronunziare  ?  Quando  gli  è  daccosto,  essa  gli  getta  a  bassa  voce  un  nome, 
che  egli  non  dimenticherebbe  certamente,  ma  che  gli  ricorda  la  pre- 
mura  délia  sua  buona  compagna.  Ella  stessa  si  commuove,  gioisce,  pal- 
pita per  gli  eroi  e  le  eroine  délia  leggenda,  e  non  sa  trattenersi,  a  rac- 
conto  finito,  di  esclamare  che  quel  passaggio  è  veramente  bello,  uno 
dei  più  belli  di  tutta  la  storia.  Donna  Rosalia  sarebbe  buona  a  raccon- 
tare  lei  stessa  se  per  inabilità  fisica  Maestro  Salvatore  non  potesse  più 
farlo  ;  ma  a  ciô  si  opporrebbe  l'uso  e  la  decenza,  che  non  consentono 
aile  donne  di  far  le  contastorie  ;  e  poi  per  lei  sarebbe  una  desolazione, 
non  avendo  al  mondo  altri  che  lui,  il  suo  benamato  Maestro  Salvaturi, 
che  essa  ama,  stima  ed  ammira,  e  col  quale,  secondo  l'antica  abitudine 
domestica,  tratta  con  affetto  rispettoso  dandosi  sempre  del  voi,  che  nelle 
nuove  coppie  délia  présente  generazione  è  stato  sostituito  dal  tu. 

Chi  non  è  in  Palermo  e  vuol  sapere  di  altri  contastorie  siciliani,  ne 
troverà  nei  capi-provincia  e  nelle  principali  città  dell  isola  :  due  in  Mes- 
sina  :  uno  cieco,  al  Gigante,  sotto  il  Nettuno,  nel  Porto  ;  un  altro,  gio- 
vane  sui  quarant'  anni,  rimpetto  la  chiesa  di  Porto  Salvo.  Entrambi 
hanno  il  mare,  immenso  corne  la  loro  memoria,  davanti.  Due  altri  sono 
in  Catania,  uno  de'  quali  alla  Marina,  sotto  il  Seminario  vescovile  ;  uno 
in  Siracusa,  soprannominato  Rinardu,  in  Piazza  Marina  ;  un  altro  ancora, 
fino  a  pochi  anni  sono,  in  Rosolini,  nella  stessa  prov.  di  Siracusa  '  ;  uno 


i .  In  bocca  a  questo  contastorie  ora  morto  è  messo  il  Cala  Farina,  racconto 
popolare  di  Faustino  Maltese,  v.otajo  in  Rosolini  (Firenze,  tip.  del  Voca- 
bolario  1873I,  il  quale  cosi  comincia  : 

«  In  Sicilia,  anche  quel  del  Cantastorie  è  un  mestiere,  col  quale,  specie  i 
ciechi,  trovan  modo,  quanlunque  assai  sottilmente  a  reggere  la  yita. 

»  Tra  il  corredo  dei  loro  racconti,  oltre  quelli  del  Meschin  Guerrino,  dei 
Reali  di  Francia,  dei  Beati  Paoli,  v'  ha  pure  quel  di  Cala  Farina  ;  che,  sebbene 
svisato  dalla  tradizione,  e  dalle  lascivie  délia  immaginazione,  ricorda  un  tratto 
di  storia  siciliana,  e  le  simpatie  del  nostro  popolo  per  Maniace,  capitano  greco 
mandato  dalla  coite  di  Costantinopcli  a  scacciare  i  Saraceni,  non  per  liberare  la 
Sicilia  e  prosperarla  ;  ma  per  averne  il  dominio  e  tornare  a  cavarne  tanto  grano, 
quanto  un  tempo  da  tutta  Italia  »  (p.    j). 

Questo  cantastorie    «   era  un  vecchierello  cieco,   che  stava  di    casa  sotto  la 


LE    TRADIZIONI    CÀVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  565 

in  Castelvetrano  prov.  di  Trapani  ecc.  Salvo  poche  eccezioni,  i  nostri 
contastorie  menano  vita  piuttosto  stentata,  ma  non  sanno  abbandonarla 
anche  coll'  attrattiva  d'unavita  migliore. 

La  storia  de'  paladini  è  raccontata  anche  in  qualche  famiglia,  e  si  sa 
di  un  certo  Patuano  fuori  Porta  S.  Giorgio  che  alcuni  anni  fa  ridusse  a 
dovere  i  figliuoli  indocili  di  freno,  precisamente  col  conto.  Essi  rientra- 
vano  in  casa  la  sera  a  tarda  ora,  e  non  c'era  verso  che  mutassero  vita. 
Che  fare  ?  Un  bel  giorno  il  padre  invita  in  casa  un  contastorie,  e  chiama 
i  figliuoli  a  udirlo.  Nessuno  mancô;  e  tutte  le  sere  prima  che  abbuiasse, 
i  nove  figliuoli  di  Lao  Patuano  faceano  a  chi  primo  tornasse  a  casa  per 
andare  a  sentire  il  simpatico,  il  graditissimo  conto. 

In  forma  di  episodi  e  di  leggende  isolate  alcune  délie  storie  roman- 
zesche  cennate  finora  si  raccontano  corne  novelle  popolari  ;  ma  nes- 
suno le  considéra  corne  novelle,  e  nel  dirle  avverte  che  fanno  parte 
del  taie  o  tal  altro  romanzo  del  ciclo  d'Orlando,  di  Carlomagno,  di 
Rinaldo  e  di  altri  simili.  Il  seguente  esempio,  da  me  trascritto  ad 
literam  dalla  bocca  d'un  arrotino  ambulante,  pu6  dare  un'  idea  délia 
maniera  felicissima  onde  il  nostro  popolo  s'  è  assimilato,  non  dico  le 
più  modeste  leggende  cavalleresche  in  prosa,  ma  i  poemi  romanzeschi 
più  elevati  corne  YOrlando  furioso,  dal  quale  il  nostro  episodio  è  staccato. 

«  C'era  'na  vota  un  re  chiamatu  Galafruni.  Stu  Galafruni  avia  du' 
figghi  :  unu  màsculu,  e  una  fimmina  ;  lu  màsculu  si  chiamava  Argagghia, 
e  la  fimmina  Ancèlica.  Cci  dici  lu  patri  :  «  Va  'n  Parigi  di  Francia  tu  e 
tô  frati,  e  ti  fai  maritari  di  [da]  lu  'mperaturi  Carrumagnu  ;  a  cui  ti  voli 
dari  iddu,  ti  duna.  » 

«  Pàrtinu  e  vannu  'n  Francia  ;  si  prisintaru  a  Carru  e  cci  dissiru  chi 
eranu  figghi  di  Galafruni  :  «  Maistà,  mè  patri  nni  manno  ccà  e  dici  ca  a 
cui  cci  [le  vuliti  dari,  cci  dati.  » 

«  Ora  pi  maritari  a  sta  picciotta,  Carrumagnu  avia  a  fari  'na  festa  ;  e 
mannô  a  'mmitari  a  tutti  li  spagnoli  parenti  d'  iddu  :  Marsiliu,  Bulga- 
ranti  frati  di  Marsiliu,  Farsadonna  e  Beggiardina,  tutti  frati  ;  Farrauttu 
figghiu  di  Farsadonna.  Jamu  ca  cornu  arrivaru  'n  Parigi  di  Francia  tutti 
sti  guirreri  si  'nnamuraru  d'Ancelica  !  Dissi  Carrumagnu:  «  Ora  béni, 
p'  'un  fari  disparità,  niscemu  li  pôlisi  {tiriamo  la  sorte>  ;  cui  nesci,  si 
pigghia  ad  Ancèlica.  »  —  «  Adaciu,  Maistà,  dici  Argagghia.  Cu'abbatti 
a  mia,  io  cci  dugnu  a  mè  soru  pi  mugghieri.  »  Farrauttu  vuleva  ad  An- 
cèlica senza  tirari  ne  bussulu  ne  nenti.  «  Allura,  cci  dissi  Carrumagnu, 
si  tu  vôi  ad  Ancèlica,  tîrati  (combatti  eu  Argagghia  e  finisci.  »  — -  «  Mai 


sagrestia  délia  Chiesa  Nuova  (Rosolini),  e  viveva,  quantunque  3  stecchetto,  dei 
suoi  racconti,  di  lavori  manuali,  e  di  limosina  »  (p.  91. 


364  G.    PITRE 

(no\  'un  pô  essiri  !  La  vogghiu  senza  jiri  a  cummàttiri,  massinnô  mettu  pi 
tutti  altrimenti  comincio  a  picchiar  tutti).  Ail'  urtimata  ifinalmente)  vuàtri 
Francisi  chi  vi  sintiti  ?  Chi  vi  pari  ca  nuàtri  Spagnoli  nni  scantamu  [ab- 
biamo  paura)  a  stari  'n  facci  a  vuàtri  ?  Ma  io  mancu  vi  viju  !  Di  unu  sulu 
mi  scantu  :  di  Rinardu  ;  veru  è  ch'  è  francisi,  ma  joca  chiummusu,  e 
quannu  duna  vastunati,  li  duna  boni.  »  «  Corn  'è  !  dici  Carrumagnu. 
'Unca  (dunque)  Rinardu  'nn  è  francisi  ?  »  —  «  Basta,  Maistà  :  io  vogghiu 
ad  Ancelica.  Vostra  Maistà  chi  dici  :  ch'  hê  ghiri  [che  ho  da  andarc^  'n 
facci  ad  Argagghia  ?  E  io  cci  vaju.  » 

«  Si  prisintô  'n  facci  ad  Argagghia  ;  si  pigghiàru  lilanci  'n  manu,  e  car- 
ricàru  'nta  un  corpu  [e  caricarono  in  un  colpo)  agguali  tutti  dui.  Ma  la 
lancia  d'Argagghia  era  'ncantata,  e  abbattiu  a  Farrauttu,  e  fuiju  pi  lu 
sdisonuri  ch'  aveva.  Argagghia  vidennu  vèniri  poi  tutti  li  paladini,  vitti 
la  carta  mala  pigghiata,  e  fuiju.  Sô  soru  pigghia  l'aneddu  vch'  avia  n' 
aneddu  'nfatatu  ,  si  lu  metti  'mmucca  e  spirisci.  Iddu  si  misi  a  cavaddu  a 
un  cavaddu  ch'  avia  chiamatu  Rabbicanu,e  spin'u.  Lu  Farrauttu  nn'  ar- 
ristô  eu  currivu  ca  'un  potti  fari  zoecu  [cià  che)  aveva  'n  testa.  Mirrinu 
mâu  cumminô  un  scherzu  :  di  fari  'na  funtana  d'amuri  e  'n'  àutra  di 
sdegnu.  L'Ancelica  vippi  a  la  funtana  d'amuri,  e  misi  a  'ddumari  [e  co- 
mincio a  bruciare)  pi  Rinardu  ;  Rinardu  la  java  circannu  di  ccà  e  di  ddà  ; 
arriva  a  la  funtana  di  sdegnu,  vippi,  e  misi  a  sdignari  ad  Ancelica.  Far- 
rauttu java  circannu  ad  Ancelica,  e  si  vippi  puru  l'acqua  d'amuri,  e  cchiù 
di  cchiù  abbampô.  Scontra  a  chistu  Argagghia  'nta  la  voscu  di  Mirrinu. 
«  —  Ti  salutu,  Argagghia,  corne  si'  ?  »  —  «  Io  bonu  »  dici  Argagghia.  — 
«  Ora  tu  m'  ha'  a  dari  a  tô  soru  »  dici  eu  attu  'mperativu  Farrauttu.  — 
«  E  io  chi  l'haju  'nt'  'a  sacchetta,  ca  vôi  a  mè  soru  !  Avemu  a  fari  li 
cosi  beddi  eu  l'occhi  aperti.  Tu  vô'  a  mè  soru  ;  ma  sai  ca  a  mè  soru 
l'havi  a  maritari  Carrumagnu,  pi  ordini  di  mè  patri.  »  —  «  0  tu  mi  duni 
a  tô  soru,  0  ail'  armi  !»  —  «  Ail'  armi  !  » 

E  qui  lasciamoli  picchiarsi  l'un  l'altro,  sicuri  che  la  vittoria  sarà  per 
Argalia. 


III.  —    LA     POESIA    POPOLARE. 

Se  i  ricordi  ed  i  cenni  più  0  meno  letterarî  potessero  formar  documento 
di  popolarità  délie  leggende  cavalleresche,  importerebbe  anzitutto  spigo- 
lare  di  qua  e  di  là  i  lavori  editi  ed  inediti  de'  principali  poeti  siciliani 
delcinque  e  del  seicento.  Le  citazioni  sarebbero  moite  e  di  un  certo  va- 
lore  anche  pei  nostri  studi,  rivelando,  se  non  altro,  quale  influenza  possa 
aver  esercitata  la  letteratura  erudita  sulla  popolare,  quali  fatti  abbia  po- 
tuto  quella  togliere  a  prestito  da  questa.  In  una  poesia  di  Antonio  Ve- 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  36$ 

neziano  11543-92)  non  mai  finora  pubblicata,  e  che  si  conserva  ms. 
nella  Biblioteca  Comunale  di  Palermo,  si  leggono  questi  terzetti  : 

Lu  forti  Brandamanti  di  Ruggeri 
Di  lu  so  Ricciardettu  Fior  di  Spina, 
Fiardaliggi  happi  lu  so  cavaleri. 

La  bella  donna  di  Catai  Reina 
Angelica  non  fu  preda  d'un  moru  ? 
Di  quanti  fu  Ginevra  ?  Quanti  Alcina  ?  '. 

Quest'  altro  è  in  un'  altra  poesia,  egualmente  inedita,  dello  stesso  poeta  : 

Ment:  happi  Astolfu  di  'nnimici  xhiauru  : 
Tuccau  lu  cornu  so  di  Logisditta, 
E  di  li  danni  soi  fici  ristauru  3. 

In  una  poesia  di  Paolo  Maura  da  Mineo  nella  provincia  di  Catania 
(1638-171  il,  scrittore  che  seppe  appropriarsi  moite  forme  spontanée  ed 
efficaci  del  popolo, 

Un  birru 

Paria  lu  stissu  Orlannu  'nfuriatu, 

ed  un  altro 

Assumigghiava  a  :n  'autru  Ferrautu  4. 

Le  citazioni  potrebbero  moltiplicarsi  ;  ma  quel  che  fa  per  noi  sono  i 
ricordi  conservati  in  mezzo  al  popolo.  Fuori  Sicilia,  nell'  alta  Italia 
particolarmente,  c'è  tutto  un  gruppo  di  canzoni  popolari  sotto  vari  nomi 
e  titoli,  canzoni  quando  esatte  e  quando  sformate,  le  quali  si  fanno  age- 
volmente  riconoscere  del  ciclo  di  Rinaldo  0  di  altro  guerriero.  Tali  sono, 
p.  e.,  quelle  raccolte  anni  fa  dal  Nigra  in  Piemonte  e  pubblicate  testé 
nella  Romania  di  Parigi  s,  dove  pure  délie  altre  egualmente  italiane  ne 
sono  state  pubblicate  6.  Questo  non  è  in  Sicilia.  Qui  la  canzone  caval- 


1.  Segnato  2.  Q_q  D  68,  p.  510  :  Pultanismu. 

2.  Mentr'  ebbe  Astolfo  odore  (sentore)  di  nemici. 

3.  Ivi,  p.  526  :  Cornaria. 

4.  La  Pigghiata  e  li  canzuni  di  Paulu  Maura  di  Miniu,  nova  edizioni,  ecc, 
p.  5.  Catania  Galatula  1871  ;  ed  anche:  Paolo  Maura  Poésie  in  dialeîto  sici- 
liano,  con  alcunc  di  altn  poeti  mineoli,  una  prefaz.  di  L.  Capuaxa  c  un  fac-si- 
milé, p.  9.  Milano,  Brigola,  1879. 

5.  T.  XI,  p.  391-398.  Aprile-Luglio  1882. 

6.  Ivi,  p.  585.  In  tutte  queste  versioni  l'eroe  è  chiamato  Rinaldo,  Rinald, 
Luggieri,  Luis,  Carlin.  Nelle  versioni  francesi  pubblicate  dal  conte  dePuymaigre 
nei  Chants  pop.  recueillis  dans  le  pays  messin,  t.  I,  p.  39,  Paris,  1881,  da 
V.  Smith  e  da  G.  Paris  nella  stessa  Romania,  X,  581  ;  XI,  97,  egli  è  Arnaud, 
Renaud,  Renom,  Louis,  Leouis  ;  nella  portoghese  di  J.  Leite  de  Vasconcellos 
(Romania,  XII,  114)  Don  Pedro;  e  nella  catalana  di  D.  M.  Milâ  y  Fontanals 
(Romancerillo  catalan,  2»  edic,  p.  156-158)  Don  Joan  de  Sevilla,  Don  Olalbo, 


566  G.    PITRE 

leresca  propriamente  detta  manca,  o  se  vi  fu  importata,  non  riusci  mai 
ad  acclimarsi,  ne  a  prender  mai  forma  dialettale.  In  Sicilia  la  poesia  ro- 
manzesca,  cavalleresca,  corne  vuole  intendersi  in  questo  studio,  riceve 
la  ispirazione  dai  motivi  e  dalla  storia  dei  libri,  rarissimamente  dalla  tra- 
dizione  ;  ma  la  forma  che  prende  dico  forma,  badiamo  è  tutta  siciliana, 
in  ottave  ora  a  rime  alterne,  ora  a  rime  baciate. 

Altrove  io  pubblicai  per  la  prima  volta  una  ventina  di  versi,  che  mi 
parvero  «  frammenti  di  qualche  poemetto  romanzesco  in  ottava  rima,  » 
e  che  io  ricordai  e  ricordo  sempre  «  di  aver  uditi  nella  mia  fanciullezza; 
e  so,per  sentita  dire,  appartenenti  ad  una  storia  molto  lunga  sopra  i  Pa- 
ladini  di  Francia,la  quale  dal  primo  ail'  ultimo  verso  andavano  cantando 
per  tutta  la  Sicilia  poveri  ciechi  per  procurarsi  da  vivere1.  »  Undici 
anni  di  ricerche  hanno  accresciuto  di  quattro  tanti  i  pochi  versi  da  me 
trovati  fino  al  1 87  3  ;  cosicchè  abbiamo  più  lunghi  frammenti  in  ottave 
ora  epiche,  ora  alla  siciliana,  ora  a  rime  baciate,  alla  maniera  dei  rispetti 
toscani.  Corrono  sotto  il  titolo  di  Storia  dei  paladini,  a  pezzi  e  a  bocconi, 
legate  nelle  interruzioni  da  poche  parole  in  prosa,  che  formanola  tela,  e 
che  devono  essere  stati  de'  versi  ora  dimenticati.  É  facile  il  vedere  che 
la  parte  prosastica  è  tutta  narrativa  mentre  la  poetica  è  tutta  dramma- 
tica.  Tra  le  moite  versioni  che  ne  ho  udite  e  potuto  avère,  tre  son  le 
migliori.  raccolte,  una  dal  prof.  Corrado  Avolio  in  Noto,  ed  ha  cin- 
quanta  versi  ;  una  da  me  in  Palermo,  e  ne  ha  ottantatrè,  una  dal  Salo- 
mone-Marino  in  Borgetto,  ed  è  di  novanta.  Tutte  e  tre  presentano  le  me- 
desime  interruzioni  ;  e  délia  notigiana  l'Avolio  miscrivevaaverla  raccolta 
«  da  un  contastorie,  che  avea  appreso  il  Cuntu  di  Rinardu  in  prosa 
scontando  non  so  che  pena  nel  bagno  di  Noto  ;  il  quai  contastorie  la  re- 
citava  declamando,  ed  arrivato  ad  un  certo  punto  cantava  la  prima 
délie  ottave  ;  poi,  continuato  il  racconto,  cantava  la  seconda,  e  cosi  in- 
tercalando  prosa  e  poesia,  declamazione  e  canto,  finiva  ilsuo  Cuntu  2.  » 
Presso  che  il  medesimo  è  délia  lezione  palermitana,  che  io  colsi  a  volo 
dalla  bocca  d'  un  cieco,  notissimo,  particolarmente  al  Borgo,  e  da  tutti 
chiamato,  ed  egli  stesso  lieto  che  lo  chiamassero  cosi,  Cumpari  Vannettu 
icompare  [Giojvannetto1  ;  ma  i  versi  non  eran  cantati,  corne  altra  volta 
mi  accadde  di  udire,  e  corne  mi  è  stato  ripetutamente  confermato.  ma 


Don  Francisco.  Altre  versioni  spagnuole  ne  ricordo  nel  Folk-Lorc  AnJiiluz,  1882- 
83.  Una  imitazione  ne  présenté  il  sig.  A.  Germain  alla  Félibréc  de  la  Mainte- 
nance de  Languedoc  dei  14  maggio  1883  ;  vedi  Revue  des  langues  rom.,  p.  149, 
Montpellier,  sept.  1883. 

1 .  Stiuli  di  poesia  popolarc,  p.  14  e  seg. 

2.  Lettera  de'  6  novembre  1875. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  367 

declamati  con  una  certa  solennità  e  accompagnati  da  movimenti  rapi- 
dissimi  ed  agilissimi  che  egli  facea  con  una  sua  inseparabile  canna  ameri- 
cana  isenza  délia  quale  non  l'ebbi  a  veder  mai  finchè  visseï  imitando  gli 
assalti  de'  guerrieri  délia  storia. 

La  lezione  di  Borgetto  è  la  men  brève  e  la  meno  irregolare  :  ed  io  la 
preferisco  alla  mia,  dalla  quale  perè  riporto  tra  parentesi,  perché  si  pos- 
sono  agevolmente  distinguere,  i  versi  che  vi  mancano  e  che  trovo  nella 
palermitana. 


STORIA    DEl    PALADINI    DI    FRANCIA 

1  Borgetto  '). 

«  Un  guerriero  pagano  a  nome  Aquilante  era  amico  di  altro  guerriero 
pur  esso  pagano,  a  nome  Arcadio  [Argalia\  che  possedeva  un'  armatura 
bellissima  e  d'ottima  tempra.  Aquilante  ardentemente  desiderandola,  non 
trovo  altro  mezzo  se  non  quello  di  ricorrere  al  tradimento  ;  invitato 
quindi  Arcadio  ad  un  duello  corne  per  semplice  esercizio  e  prova  reci- 
proca  di  maestria,  nel  correr  la  lancia,  mentre  Arcadio  mirava  allô 
scudo,  egli  mirô  dritto  al  di  sopra  dell'  arcione  e  passa  da  banda  a 
banda  l'avversario.  Spogliatolo  délie  armi  lo  butta  spirante  in  un  fiume; 
ma  il  tradito  Arcadio  ebbe  la  forza  di  dirgli  :  «  Pensa  che  non  col  tradi- 
mento, ma  col  valore  si  acquistano  le  armi  ;  e  perô  se  onorato  uomo 
d'arme  ti  vanti  e  desideri  conservarti,  acquistati  un'  armatura  migliore 
délia  mia,  ma  col  coraggio  e  la  virtù  ;  e  questa,  che  scelleratamente  mi 
rubi,  restituiscimi  qui  nel  fiume,  dopo  un  anno,  un  mese  e  un  giorno.  » 

Ail'  anno,  mese  e  giorno  preciso,  Angelica,  sorella  d'Arcadio,  in 
agguato  tra  le  canne  e  le  frasche  presso  il  fiume  pensava  corne  poter 
recar  la  morte  ad  Aquilante  :  ma  in  questo,  giungendo  egli  al  fiume,  ella 
gli  rivolge,  dal  suo  nascondiglio,  la  parola,  e  simulando  Arcadio,  dice  : 

«  Pensa,  paganu,  e  pensa  a  eu'  ocidisti  : 

Lu  fratellu  d'Ancelica  sugn'  iu  ; 

Dunami  l'ermu  chi  mi  prummittisti 

Pri  'nsina  dintra  di  lu  ciumi  riu  : 

Fari  lutô  duviri  nun  vulisti,  5 

Ma  l'ermu  dunamillu,  pirchi  è  miu  ; 

Nun  ti  trubbari  si  trubbatu  sta 

Chi  tu  di  fidi  mancatu  mi  hài  -. 


1.  Dettata  da  Pietro  Giàimo  fabbro-ferraio  di  Borgetto,  raccolta  dal  Dr  S. 
Salomone-Marino. 

2.  Ca  di  parola  tu  mancatu  m'  hai  [var.  Palermo). 


368  G.    PITRE 

«  Ma  si  tu  vô'  acquistari  un  ermu  finu 
Guadagnalu  ed  acquistalu  eu  onuri;  10 

Unu  1'  havi  Rinaldu  Paladinu, 
N'  àutru  Orlannu  e  forsi  cchiù  migghiuri  ; 
Unu  è  d'Almunti,  l'autru  di  Mambrinu, 
L'hannu  acquistatu  eu  lu  sô  valuri.  » 

Cci  passau  l'arma,  cci  firîu  lu  cori  1 5 

Sintennu  ora  d'Arcadiu  sti  palori.  « 

Dici  :  —  «  Un  pattu  ti  fazzu  eu,  Aculanti  :  ' 
Chi  nuddu  ermu  copra  la  mè  lrunti, 
Ma  sulu  chiddu  di  Orlannu  [lu  ?j  conti, 
Chi  l'ha  livatu  a  lu  famusu  Almunti.  »  20 

«  Udite  queste  parole,  il  pagano  si  parte,  avviandosi  verso  Parigi  a 
portare  un'  imbasciata  del  suo  re  a  Carlomagno.  Giunto  a  Parigi,  trova 
levati  i  ponti  ed  è  costretto  a  chiamare  il  capitano  di  guardia  :  2 

—  «  Cala  li  ponti,  0  Capitan  maggiuri, 
Cala  li  ponti  e  lassami  passari.  » 

—  «  Hacci  pacenza,  caru  'mmasciaturi, 

Sina  chi  vaju  a  Palazzu  riali  ; 

Si  pirmissu  mi  dà  lu  mè  Signuri,  2$ 

Ca!u  lu  ponti  e  ti  lassu  passari  ; 

Si  pirmissu  nun  dà  lu  mè  Signuri, 

Dunni  vinisti  ti  la  pôi  cumprari.  » 

—  «  Cala  li  ponti,  Capitan  maggiuri, 

Cala  li  ponti  e  lassami  passari  ;  ?o 

Cà  m'  ha  mannatu  Re  Sbardu-di-ciuri, 
Cà  'na  'mmasciata  vi  vinni  a  purtari; 
Ed  havi  (c)  chi  dumannu  stu  favuri 
Di  stamatina  a  punta  d'  agghiurnari. 


—  «  Hacci  pacenza,  caru  'mmasciaturi,  3$ 

Sina  chi  vaju  a  Palazzu  riali  ; 
Cu  Iicenza  di  Carru  'mperaturi 
Calu  li  ponti  e  ti  fazzu  passari  ; 


1 .  Variante,  forse  preferibile  : 

Dici  :  —  «  Un  pattu  ti  fazzu  ora  pronti. 

2.  Qui  son  da  riportare  i  primi  quattro  versi  délia  prima  ottava  délia  seguente 
lezione  di  Noto. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  $69 

Si  licenza  nun  dà  lu  mè  Signuri, 

Dunni  vinisti  ti  nni  pôi  turnari.  40 


[—  «  A  pedi  vostri,  altu  'Mperaturi' 
Io  'na  'mmasciata  vi  vegnu  a  purtari  : 
Spur.tari  vitti  un  féru  'mmasciaturi 
Chista  matina  a  punta  d'agghiurnari. 

Si  lu  viditi  quantu  è  tradituri  !  4$ 

Ca  si  tramuta  a  lu  sulu  parrari  ; 
Dici  ch'  è  mannatu  di  Bardu  di  Ciuri 
Ca  'na  'mmasciata  vi  vinni  a  purtari.  ]  '  » 

—  «  Sai  chi  cci  ha'  diri  a  ssu  féru  latruni  ? 
Ca  dunni  vinni,  si  nni  pô  turnari,  $0 

Si  no,  pri  l'arma  di  lu  Diu  Macuni, 
Pri  spassu  e  jocu  lu  fazzu  'mpicari.  » 

—  «  Hacci  pacenza,  caru  'mmasciaturi, 
Ca  haju  statu  a  Palazzu  riali, 

Sai  chi  mi  dissi  Carru  'mperaturi?  $$ 

Dunni  vinisti  ti  la  pô  cumprari  2 

Si  no,  pri  l'arma  di  lu  Diu  Macuni 

Pri  spassu  e  jocu  ti  farrà  'mpicari.  » 

[A  sintirisi  fari  stu  parrari, 

L'arma  cci  abbruciau  a  lu  'mmasciaturi],  60 

Varva  e  capiddi  si  misi  a  tirari 

Bistimiannu  lu  sô  Diu  Macuni: 

—  «  Chi  tutta  Franza  si  mittissi  'n  sella 
A  corpu  a  corpu  la  disfidu  'n  guerra  !  5 

Vegna  Rinardu,  ddu  féru  latruni  !  4  6$ 

E  vegna  Orlannu  eu  lu  s6  quarteri 
[Vegna  'u  Marchisi  Oliveri  ed  Amuni 
E  di  la  Francia  li  primi  guirreri]  ; 
Di  la  Brittagna  vegna  Salamuni, 
Vegna  Villa,  Vôlia  e  Bilincieri,  70 


1.  Corne  variante,  sarebbe  da  inserire  qui  tutte  la  terza  ottava  délia  lezione 
di  Noto. 

2.  Dunni  vinisti  ti  la  pô  seuffari  (var.  Palermo). 

3.  Facissi  corpu  a  corpu  serra-serra  [var.  Pal.). 

4.  Nella  lezione  palermitana  è  quest'  altro  verso  : 

Chiddu  ch'  arrobba  regni  a  li  signuii. 

Roman'ui,  XIII.  24 


370 


G.    PITRE 


Di  l'Inghilterra  Astolfu  lu  maggiuri, 
Tutti  li  paladini  e  li  guirreri. 


Si  tu,  o  Carru,  tributu  nun  duni. 

Eu  muntiroggiu  la  mia  Alfana  bella, 

Cci  muntiroggiu  eu  furia  e  timpesta  75 

E  di  lu  bustu  ti  scippu  la  testa  '. 

«  A  questo  punto  s'affaccia  Rinaldo,  e  sentendo  tante  spacconate 
risponde  : 

—  «  Talà  chi  fidi  ch'  havi  stu  paganu, 
A  ch'  havi  'ntinzioni  di  muriri  ! 
Accosta  e  venitinni  'ntra  stu  chianu, 

Ca  di  Rinaldu  pruvirai  li  manu  -.  80 

Eu  su*  Rinaldu  e  su'  di  Muntalbanu, 
Chiddu  chi  desi  morti  a  re  Mambrinu, 
Morti  cci  desi  ad  Acula  e  Truianu, 
E  puru  desi  morti  a  Custantinu, 

Morti  cci  desi  a  lu  féru  Tristanu  85 

E  puru  desi  morti  a  Niculinu  s 
Sett'  anni  tinni  eu  lu  munnu  'n  guerra 
Pri  guadagnari  Ancelica  la  bella. 

»  Il  pagano  a  queste  parole  s'  infiamma  ancora  piu,  e,  abbassando  la 
visiera,  grida  : 

—  «  Largu,  largu,  lassatimi  passari, 

Nun  mi  faciti  la  rabbia  acchianari,  90 

Si  no,  pri  l'arma  di  lu  diu  Macuni 
La  testa  a  tutti  vi  vegnu  a  livari  4.  » 


1 .  Più  spavalda  la  variante  palermitana  : 

E  muntu  eu  gran  furia  e  timpesta, 
Supr3  lu  tronu  ti  scippu  la  testa. 

2.  Nella  lezione  palermitana  Rinaldo  parla  del  pagano  in  terza  persona. 

3.  Due  varianti  di  Borgetto  : 

1.  Morti  cci  desi  a  la  fera  Riggina. 

2.  E  puru  desi  morti  a  Niculuni. 
Variante  di  Palermo  : 

E  detti  morti  a  dda  troja  Rigginâ, 
la  quale  regina,  secondo  vari  popolani,  è   «  Dama  Ruenza,  guerriera  che  com- 
battea  col  martello.  » 

4.  Più  regolare  la  variante  di  Palermo  : 

«  Largu,  largu,  lassati  passari, 

lo  vi  lu  dieu  a  tutti  'n  curtisia, 

Si  largu  prestu  nun  vuliti  fari, 

Qualcunu  nni  strupplu  'n  cuscenza  mia.  » 


LE   TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  $71 

[Misiru  manu  a  la  puncenti  lanza, 

Pigghiànnusi  lu  locu  e  la  distanza], 

Li  cavalli  si  misiru  a  sprunari,  95 

Si  dèsiru  un  gran  'ncontru  di  valuri  '  ; 

Li  lanci  si  cci  vlnniru  a  spizzari, 

E  'mmanu  cci  arristaru  li  truncuni, 

(Rutti  li  lanzi  e  pi  l'aria  sataru, 

E  li  truncuna  'mmanu  cci  arristaru].  îoo 

Misiru  manu  a  li  tagghienti  spati 
Si  davanu  gran  corpi  di  muriri  : 
Rinaldu  corn'  un  lampu  e  'na  saitta 
Di  ddu  paganu  nni  fada  minnitta  ; 

Jisa  !a  spata  eu  furia  e  timpesta  105 

E  di  lu  bustu  cci  scippa  la  testa2. 


«  Qui  Agramante  ha  notizia  che  il  suo  ambasciatore  è  stato  ucciso  ; 
raduna  i  principali  di  sua  corte,  e  fra  un  anno,  un  mese  e  un  giorno  ra- 
duna  ad  un  suo  porto  i  re  alleati  e  tutti  i  suoi  tribularî.  Fa  la  rassegna  ; 
tiene  consiglio  di  guerra,  indi  salpa  perla  Francia.  Quivi,  avutasi  notizia 
del  poderoso  esercito  nemico  che  giunge,  Carlomagno  raduna  i  suoi  : 
créa  Orlando  gonfaloniere  délia  chiesa,  e  tutti  i  paladini  capi  e  generali 
di  eserciti.  Succède  la  guerra,  e  la  famosa  Rotta  di  Roncisvalle,  ove  pe- 
riscono  tutti  i  paladini,  meno  Rinaldo,  il  quale  conosciuta  tanta  disfatta 
accorre  coi  suoi  a  vendicare  i  paladini  e  la  Francia,  menando  orrenda 
strage  dei  pagani.  » 

Senza  fermarmi  a  discutere  sull  ordine  délia  storia  e  sui  legami  de' 
frammenti  di  essa,  ordine  e  legami  sui  quali  c'  è  molto  ma  molto  da 
dire,  fo  solamente  osservare  corne  i  novanta  versi  délia  lezione  borget- 
tana  qui  riferita,  sommano  a  centosei  con  le  aggiunte  che  ci  sono  nella 
lezione  palermitana  ;  aggiunte  non  capricciose,  ma  indicate  a  me  da" 
contastorie  e  dalle  moite  versioni  che  ho  potuto,  durante  una  decina 
d'anni,  mettere  insieme. 

Differenze  notevoli  ed  una  dozzina  di  versi  di  più  offre  la  lezione  di 
Noto,  la  quale  mérita  percio  di  essere  qui  pubblicata  tutta  quanta. 


1.  Variante  palermitana  : 

Lu  primu  'ncontru  di  lu  sô  valuri. 

2.  Variante  palermitana  : 

Lu  paganu  addivintô  'na  gran  saitta, 
Ca  di  Rinardu  nni  vulia  minnitta  ; 
Rinardu  addivintô  'na  gran  timpesta, 
Jetta  c'  un  corpu  e  cci  livô  la  testa. 


372  G.    PITRE 


STORIA    DEI    PALADINI 


INOTOI. 


Si  partiu  di  Parigghi  stu  campiuni 
Ch'  era  lu  ciuri  di  li  malantrini, 
Si  partiu  e  ghiu  unni  Bardu  di  Fiuri, 
'Na  'mmasciata  purtau  eu  granni  ardiri, 

—  «  Cala  lu  ponti,  Capitan  magghiuri,  $ 
Cala  lu  ponti,  e  làssimi  passari. 

Mannatu  su'  di  Carlu  'mperaturi, 
Purtari  'na  'mmasciata,  e  nun  tardari.  » 

—  «  'Bbiati  pacenza,  Franchi  'mmasciaturi, 

Sina  ca  vagghiu  a  Palazzu  riali  ;  10 

Licenza  pigghiu  a  Re  Bardu  di  Fiuri 

Calu  sti  ponti,  e  vi  lasciu  passari. 

Su  licenza  'un  mi  duna  'u  mè  Signuri, 

D'  unni  vinisti,  ti  la  puoi  cumprari.  » 

Pi  pigghiari  licenza  eu  primuri  1 $ 

Curri  ed  arriva  a  Palazzu  riali. 

—  «  A  pedi  vostri,  0  Re  Bardu  di  Fiuri, 
Chi  stamatina  a  punta  d'agghiurnari 
'Ncugnari  hê  vistu  dui  ammasciaturi 

C  un  fogghiu  'mmanu  e  vi  vonnu  parrari.  20 

Unu  ha  la  tigri,  e  l'àutru  lu  liuni 
Mi  pàrunu  du'  Franchi  capitani; 
Cu'  ha  lu  liuni  teni  spata  'mmanu, 
Rinardu  è  chissu,  criju,  di  Muntarbanu.  » 

Varva  e  capiddi  si  misi  a  pilari  i\ 

Malidicennu  lu  sô  Diu  d'amuri. 

—  «  Chi  tutta  Scontia  (sic)  si  mittissi  'n  sella 
Di  corpu  a  corpu  la  disfidu  'n  guerra. 

Cala  li  ponti  e  làssili  passari, 

Ca  li  disfidu  a  st  'empia  latruni  !»  30 

Li  ponti  in  chiddu  istanti  su'  abbassati 

E  hannu  trasutu  du'  cani  arrabbiati, 

—  «  Ju  cu  tia  parru,  Re  Bardu  di  Fiuri, 
Dammi  lu  tô  tributu  e  nun  tardari  ; 

Mannatu  su'  di  Carru  'mperaturi  :  3  $ 

Lu  tributu  pi  sira  hâ'  a  cunsignari. 


LE    TRADIZI0N1    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  573 

Si  lu  tributu  'un  duni  'mmanu  ammanu, 
La  tô  testa  la  portu  a  Muntarbanu.  » 

Muntàru  'n  sella  e  ghieru  'nti  'n  gran  chianu  40 

E  si  dùnanu  corpi  di  valuri, 
Lu  Turcu  un  lampu,  e  Rinardu  saitta, 
Di  li  pagani  nni  fici  minnitta. 
Quannu  Trubbetta  pigghiau  'nta  li  manu 
Cornu  'na  fogghia  trimau  lu  paganu. 

Poi  duna  corpi  cornu  'na  timpesta  4$ 

E  di  lu  pettu  cci  scippau  la  testa. 
—  «  Largu,  largu  !  Rinardu  dicia, 
Ca  vi  struppiu  'n  cuscenzia  mia. 
Su  mi  faciti  la  rabbia  acchianari, 
Tutti  v'  amazzu  pi  la  fidi  mia!  »  50 

Questa  lezione,  brève  corn'  è,  ci  dà  facoltà  di  affermare  che  le  due 
lezioni  précèdent!  di  Palerrno  e  Borgetto  e  le  alire  che  corrono  nella 
nostra  provincia  mancano  di  unità  e  danno  in  uno  stesso  corpo  ottave 
che  appartengono  a  due  corpi  di  storie  diverse.  Tutto  il  motivo  délie 
due  prime  ottave  è  tolto  di  peso  ail'  Orlando  furioso  dell'  Ariosto  ;  i  versi 
son  tradotti  parola  per  parola,  e  qui  e  qua  fraintesi  e  mistificati  '  ;  il  re- 
stante è  una  storia  che  con  l' Orlando  furioso  nonhaniente  da  fare.  Forse 
non  si  andrebbe  lontani  dal  probabile  supponendo  che  quei  versi  sieno  il 


i.  Ne  giudichi  il  lettore.  Ecco  le  ottave  27,28,29  de!l'  Orlando  furioso,  c.  I: 

Ricordati,  Pagan,  quando  uccidesti 
D'  Angelica  il  fratel  (che  son  quell'io), 
Dietro  a  l'altr'  arme  tu  mi  promettesti 
Fra  pochi  di  gittir  l'elmo  nel  rio. 
Or  se  Fortuna  (quel  che  non  volesti 
Far  tu)  pone  ad  effetto  il  voler  mio, 
Non  ti  turbar  ;  e  se  turbar  ti  dèi, 
Tùrbati  che  di  fè  mancato  sei. 

Ma  se  désir  pur  liai  d'un  elmo  fino, 
Trovane  un  altro,  ed  abbil  con  più  onore  ; 
Un  tal  ne  porta  Orlando  paladino, 
Un  tal  Rinaldo,  e  forse  anco  migliore  : 
L'un  fu  d'Almonte,  e  l'altro  di  Mambrino  : 
Acquista  un  di  quei  due  col  tuo  valore, 
E  questo,  ch'  hai  già  di  hsciarmi  detto, 
Farai  bene  a  lasciarmelo  in  effetto. 

Ail'  apparir  che  fece  ail'  improvviso 
De  l'acqua  l'ombra,  ogni  pelo  arricciosse 
E  scoiorosse  al  Saracino  il  viso; 
La  voce,  ch'  era  per  uscir,  fermosse. 
Udendo  poi  da  l'Argalia,  ch'  ucciso 
Quivi  avea  già  (chè  l'Argalia  nomosse) 
La  rotta  fede  cosi  improverarse, 
Di  scorno  e  d'  ira  dentro  e  di  fuor  arse. 


574  G-    PITRE 

risultato  del  continue»  e  mal  compreso  ripetersi  délie  ottave  ariostesche 
in  bocca  ai  più  antichi  contastorie.  Chi  ha  un  po'  di  pratica  in  queste 
cose  non  avrà  difficoltà  a  vedervi  una  ripetizione  del  processo  incon- 
sciente del  popolo  nel  ripetere  certe  etimologie,  che  sono  argomento  di 
studio  pel  demopsicologo.  Ma  le  altre  ottave  han  tutta  l'aria  di  cosa  si- 
cilianaofelicemente  sicilianizzata.  Siano  esse  artificiale  fattura  del  poeta, 
siano  opéra  accidentale  de'  contastorie  e  di  quanti  le  hanno  ripetute,  la 
tessitura  de'  versi  ha  molta  rassomiglianzacon  quella  délia  notissima  leg- 
genda  délia  Principessa  di  Cariai;  fatto  da  nontrascurarsi  da  chi  si  vorrà  di 
proposito  occupar  di  questo  argomento.  Devesi  anche  notare  qualche 
reminiscenza  classica  d'intieri  versi  appartenenti  al  Pulci,  là  dove  si 
dice  : 

Jisa  la  spata  eu  furia  e  timpesta 
E  di  lu  bustu  cci  scippa  la  testa  ; 

versione  de'  due  endecasillabi  : 


Il  verso  : 


è  in  Ariosto  : 


Irato,  con  tal  furia  e  con  tempesta 
Che  gli  spiccô  dall'  imbusto  la  testa 


Vegna  Vilia,  Volia  e  Bilinceri 


Avino,  Avolio,  Ottone  e  Berlinghiero  2 
e  un  po'  dissimile  in  Pulci  : 

Astolfo,  Avino,  Avolio  e  Ulivieri 
Piangevan  questo,  e  cosi  Berlinghieri  5. 

Ne  questi  sohanto  sono  i  frammenti  di  canti  o  di  poésie  eroiche  con- 
servateci  dalla  tradizione.  Le  insistenti  ricerche  da  me  fatte  su  questo 
punto  mi  danno  ragione  di  ritenere  che  altri  non  pochi  devono  essercene 
qua  e  là  per  tutta  l'isola.  So  di  uomini  del  popolo  délia  nostra  provincia 
che  conoscono  una  storia  délia  Morte  de'  Paladini  «  in  consonanti  »,  cioè 
in  poesia;  ma  non  son  riuscito  ad  averla  finora.  Nel  racconto  de'  conta- 
storie è  caratteristica  la  descrizione  di  certe  battaglie,  dove  la  forma  so- 


i.  Morgante  maggiore,  C.  III,  8. 
2.  Orlando  furioso,  C.  XVII,  16. 
5.  Morgante  magg.,  C.  III,  20. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    S1CIL1A  375 

lenne  è  misurata  cosi  che  non  di  rado  présenta  le  tracce  di  una  forma 
poetica  oramai  obliterata.  Tra'  vari  brani  che  potrei  addurre,  mi  rimango 
al  seguente  esempio  di  prosa  mista  a  poesia  : 

«  Sona  la  trumma  a  forti  tonu  d'ira 
E  eu  Rinardu  chiama  la  disfira  ; 

cumincia  la  cummattimentu  ;  si  jettanu  di  carrera  stisa, 

E  vennu  di  timpesta  e  di  ruina  : 
Tréma  la  terra  di  [dd]  la  carpistina 

di  li  pedi  di  li  cavaddi.  Li  'ncontri  su'  tirribuli,  paranu  eu  li  scuti,  rum- 
pinu  li  lanzi  e  nuddu  cadi  ;  lu  nnimicu  cci  duna  un  gran  corpu  a  Ri- 
nardu, 

Ca  si  'un  avia  l'ermu  di  Mambrinu 
Nn'  avia  di  certu  lu  malu  matinu. 

«  Rinardu  vidennu  ca  'un  putia  vinciri  lu  nnimicu,  munta  in  ira  e  su- 
perba,  jetta  la  scutu  arreri  li  spaddi,  pigghia  la  spatu  a  du'  manu,  cafudda 
un  tirribili  corpu,  e  lu  nnimicu  stà  di  càdiri  e  nun  càdiri  ;  replica  la 
botta  ;  cadi  cornu  'na  turri  pi  terra  ;  l'assalta  di  supra,  tàgghiacci  li  cati- 
netti  di  l'ermu;  cci  trunca  la  testa.  » 

Qui  c'è  una  lacuna  ;  ed  il  racconto  continua  :  «  Rinardu  cummattennu 
e  truvannusi  'nta  Pacquadi  l'aranci  [in  brutte  acque),  la  storia  ripigghia  a 
Malagigi,  lu  gran  prufettu  nigrumanti  di  Malagigi,  p'  ajutari  a  Rinardu. 

Malagigi  stava  'nta  li  so'  spilunchi 
E  quantu  senti  'na  vuci  tunanti  : 
Maistru,  maistru,  cumanna  la  maggia, 
Vegna  lu  ciuri  di  la  cavallaria  ! 
—  Chi  è  sta  vuci  tunanti  a  sta  cuntrata 
Dumanna  ajutu  'nta  la  mè  casata  ; 
Cu  lu  mè  cosi  e  lu  mè  'nternu 
Mittirô  suttasupra  tutta  la'nfernu. 

«  Si  vesti  di  li  Sculopii,  a  pedi  scàusi,  fa  un  circu,  batti  la  terra,  cun 
setti  spiriti  maligni  :  Nacaluni,  Tricchignaziu,  Varvarizza,  Machabeu, 
Occhi-sicchi,  Gamma-curta  e  Sbarra-cipuddi.  Dicinu  allura  li  spiriti  : 
«  Maistru,  maistru, 

Ha'  gridatu  'nta  sti  lochi  forti  'ntrammi, 
Obbedienti  semu  a  to'  cumanni  '  !  » 


1.  Declamato  da  G.  B.  Di  Stefano  servitore  e  raccolto  dall  egregio  giovane 
sig.  Pier  Caronna. 


376  G.    PITRE 

Più brève,  ma  più  gagliardo  è  il  racconto  del  combattimento  tra  Rinaldo 
e  Orlando,  corne  l'ho  udito  dal  Ferreri,  racconto  che  si  sente  sempre  che 
ci  sia  un  duello  tra  due  prodi  e  invincibili  paladini  : 

«  'Mpugnanu  li  lanzi  ;  si  jettanu  a  la  carrera  stisa  :  tréma  la  terra  di 
la  carpistina  di  li  pedi  di  li  cavaddi  ;  spezzanu  li  lanzi  e  nuddu  cadi  ; 

Rutta  la  lanza  e  li  truncuna  'n  terra, 
Braccia  a  la  scutu,  e  durlindana  afFerra.  » 

Se  non  che  se  invece  d'Orlando  è  Rinaldo  che  afferra  la  spada,  il  con- 
tastorie  dice  fuberta,  e  se  Oliveri  altachiara. 

Abbiamo  inoltre  fugacissimi  ricordi  ed  allusioni  più  0  meno  vaghe  a 
persone  e  cose  cavalleresche  ;  ma,  che  io  sappia,  non  facienti  parte  di 
poésie  0  canzoni  di  cavalleria.  Famosa  è  la  durlindana  di  Orlando  : 

Dui  cosi  nnuminati  su'  a  lu  munnu  : 
La  tè  billizza  e  la  spata  d'Orlannu  '. 

e  v'è  chi  la  desidera  per  andare  in  giro  pel  mondo  : 

M'addisiassi  la  spata  d'Orlannu 
Quantu  girassi  pi  tuttu  lu  munnu2  : 

Il  quale  Orlando,  valorosissimo  tra'  valorosi  eroi  délia  leggenda,  è 
quant'  altri  mai  potente,  benchè  non  sia  re  di  corona  ;  onde  ne'  nostri 
canti  popolari,  uno  dice  alla  bella  : 

E  si'  niputi  di  lu  Conti  Orlannu  ; 

ed  un  altro,  celebrando  la  grandezza  di  Carlo  : 

Figghia  di  Carrumagnu  'mperaturi. 

Non  c'è  da  tener  conto  di  consimili  ricordi  consacrati  nel  popolaris- 
simo  Contraste  tra  la  Morte  e  l'Ignorante,  perché  là  si  parla  pure  di  per- 
sonaggi  del  vecchio  0  del  nuovo  Testamento,  délie  storie  antiche  e  me- 
dievali.  Speciosa  è,  piuttosto,  la  seguente  notizia  che  si  ricava  da  una 
storia  divota  di  Casteltermini  iprov.  di  Girgentil,  forse  del  zolfataio  Giu- 


1.  Nei  miei  Canti  pop.  sic,  n.  46,  c'è  stiliper  spata. 

2.  Pitre,  Canti  pop.  siciliani,  v.  I,  p.  191 .  Qu^sti  versi  corrono  in  un  canto, 
che  perô  fece  e  fa  parte  di  un'  antica  (sec.  XVI)  Historia  di  la  bella  Agata  prisa 
da  h  cursali  di  Barbarussa  nelli  praij  vicinu  a  la  Licata  (In  Palermo,  per  le 
stampe  di  Mattea  Mayda,  1 566),  st.  8a  : 

Eu  mi  disiu  la  spata  d'Orlannu 
Ca  girandu  vincia  tuttu  lu  munnu. 
vedi  pure  Salomone-Marino,  Storie  popolari  i  1  poesia,  p.  10.  Bologna,  1875. 


le  tradizioni  cavalleresche  popolari  in  sicilia  577 

seppe  Antinoro,  dove  si  mettono  in  combutta  Maria  ed  Alcina  in  questa 


stranissima  maniera  : 

Maria  ni  lu  munnu  studiava, 
Ed  a  lu  Iibru  s5  tuttu  scrivia, 
Cugnomu  Mariutta  si  chiamava, 
Era  'nsignata  di  la  Fata  Arcina. 

La  Fata  Arcina  la  'ntisi  a  rusari  (?) 
Sintiennu  eu'  era  la  Matri  di  Diu, 
Li  libra  ni  lu  fuoeu  li  jittava, 
Tantu  la  vamba  e  l'arduri  ch'avia  ; 

dondesi  pare  che  l'Alcina  avealibri  di  fatagione  o  di  stregheria,  e  che  li 
bruciava  appena  conosciuto  essere  la  Maria  sua  allieva  madré  di  Dio. 

E  qui  finirebbe  la  parte  délia  poesia  popolare  romanzesca  se  la  for- 
tuna  non  mi  avesse  arriso,  e  premiato  i  miei  sforzi  con  la  scoperta  di  un 
prezioso  cimelio,,  che  corre  tuttavia  nelle  bocche  del  popolo  :  la  Storia  di 
Fieraranti  e  Rizzeri,  poemetto  in  98  ottave  siciliane  'nlruccate,  cioè  legate 
tra  di  loro  in  guisa  che  la  parola  ultima  dell'  ultimo  verso  d'una  ottava 
faccia  rima  con  una  parola  del  mezzo  0  délia  fine  del  primo  verso  dell' 
ottava  seguente.  Questo  poemetto  racconta,per  servirmi  degli  argomenti 
del  II0  libro  de'  Reali  di  Franchi,  i°  corne  il  Re  Fiorello  regnava  in  Francia 
eil  Re  Fiore  in  Darbena,e  corne  a  Fiorello  nacque  un  figliuolo  col  niello 
sopra  una  spalla  dritta  da  una  donna  di  Baviera  sua  moglie  chiamata 
Biancadora,  e  il  nato  figliuolo  ebbe  nome  Fioravante.  2°  Corne  Fiorae 
vante  tagliô  la  barba  a  Salardo,  e  corne  il  re  Fiorello  suo  padre  lo  fec- 
mettere  in  prigione.  30  Corne  il  re  Fiorello  giudicô  Fioravante  suo 
figliuolo  a  morte  per  aver  tagliato  la  barba  a  Salardo.  40  Cerne  la  regina 
riscontrô  Fioravante  suo  figliouolo,  che  andava  alla  morte,  e  corne  fu 
scampato.  $°  Corne  il  re  Fiorello  diede  bando  a  Fioravante  suo  figliuolo, 
e  corne  la  regina  lo  armô,  ed  armato  parti  verso  Balda.  6"  Corne  Rizieri 
primo  paladino  di  Francia,  andô  dietro  a  Fioravante  e  corne  la  regina  gli 
diede  un'  erba  virtuosa  contro  i  veleni.  70  Corne  Fioravante  pati  gran 
famé  e  corne  liberô  una  sua  eugina  dalle  mani  di  tre  Saraceni  che  l'avevano 
rubato.  8°  Corne  Fioravante  lottô  con  Finau,  e  corne  fu  preso.  90  Corne 
Rizieri  uccise  quel  Saraceno  che  era  fuggito  a  Fioravante  nel  bosco.  »  La 
storia  continua  fino  al  XIV"  capitolo  del  secondo  libro  suddetto,  e  rimane 
improvvisamente  troncata,  corne  potrebbe  credersi  senza  preamboliinco- 
minciata  ;  il  che  farebbe  sospettare  questa  storia  de'  Reali  essere  stata 
nei  secoli  passati  tutta  0  parte  ridotta  in  poesia  e  divenuta  patrimonio 
del  popolo;  poesia,  per  chi  la  sappia  gustare,  di  vero  carattere  popolare, 
senza  artificio,  senza  ombra  di  stento,  senza  neppure  una  parola  che  non 


$-8  G.    PITRE 

sia  del  dialettp  siciliano,  di  quel  dialetto  che  il  popolo  ha  tuttodi  in  bocca 
schietto,  efficace,  colorito.  In  tanta  povertà  di  poemi  siciliani  originali 
sull'  argomento  chetrattiamo,  questo  qui  è  proprio  un  acquisto  forsenon 
grande  per  la  storia  de'  poemi  cavallereschi  in  Sicilia,  ma  certo  impor- 
tante per  la  nostra  poesia  e  pel  nostro  dialetto  popolare. 

Chi  ne  sia  l'autore,  finchè  non  si  trovino  documenti  scritti  che  ci 
diano  un  po'  di  luce,  è  quasi  impossibile  il  saperlo,  si  perché  ci  manca, 
se  pure  c'è,  il  principio,  e  certo  la  fine,  e  si  perché,  anche  trovando 
l'uno  e  l'altra,  molto  probabilmente  vi  si  cercherebbe  invanoil  nome  del 
poeta,  che  nove  volte  su  dieci  manca  nelle  leggende  e  storie  popolari 
profane  in  poesia.  Quanto  al  tempo  in  cui  nacque,  la  ricerca  potrebbe 
condurre  a  qualche  soddisfacente  risultato,  ma  la  esperienza  mi  rende 
ognidipiùriguardosoin  questistudi,  edio  sfuggo  a  indagini  di  tal  natura, 
abbastanza  pericolse  per  chi  si  ostini  a  volerne  trarre  qualche  frutto. 
Questo  è  certo  perô  :  che  chi  la  recitô  dapprima  e  poscia  dettô  al  sig. 
Antonino  Amico,  fratello  del  caro  e  valoroso  prof.  U.  A.  Amico,  un  tal 
Paolo  Messina  del  fu  Antonio  da  Monte  Erice  (prov.  di  Trapani),  moriva 
due  anni  fa,  dopo  averla  dettata  (e  fu  fortuna  !)  alla  grave  età  di  85  anni 
nel  1880.  Il  Messina,  contadino,  aveala,  corne  tanti  altri  campagnuoli, 
appresa  in  gioventù  da  un  vecchio  (e  ne  diceva  il  nomei,  che  nei  suoi 
freschi  anni,  corne  dichiarava  al  Messina  ed  a  tutti  gli  altri,  aveala  im- 
parata  da  persona  di  età,  molto  appassionata  di  cose  antiche.  Queste  vi- 
cende  mnemoniche  formano  délie  Storia  di  Fieravanti  e  Rizzeri  un  pre- 
zioso  documento  demografico,  un  documento  dialettale  vivo  eparlante. 
Il  prof.  Amico,  a  cui  lo  devo,  ed  al  quale  me  ne  professo  cordialmente 
grato,  avrebbe  saputo  darmene  più  minuti  particolari,  ma  distratto  da 
cure  scolastiche  e  di  famiglia,  non  lo  ha  potuto  mai  altrimenti.  Ora  poi, 
che  uno  de'  migliori  depositarî  di  questo  canto  tradizionale  in  Erice,  dove 
probabilmente  nacque  e  meglio  si  conserva,  è  morto,  questi  ragguagli 
resteranno  forse  per  sempre  un  desiderio. 

Ma  di  ciô  basta  per  ora,proponendomi  io  di  tornarvi  ancora  tra  poco 
per  pubblicare  questo  poemetto  0  episodio.  I  miei  amici  si  abbiano  qui 
tre  sole  ottave,  tanto  per  vedere  di  che  valore  sia  tutto  il  canto.  È  la 
madré  di  Fioravante,  che  scorge  il  figliuolo  in  mezzo  alla  compagnia  de' 
Bianchi  assistenti  a  ben  morire. 

'Sennu  'mmezzu  li  Bianchi  accumpagnatu, 
Chiancianu  ognunu  eu  cori  dulenti 
Dicennu  :  —  «  Miu  Gesù  verbu  'ncarnatu, 
Scanzàtilu  di  morti  a  stu  'nnuzzcnti  !  » 
E  'ntra  stu  'stanti  sô  matri  ha  'rrivatu, 
Ca  di  sta  cosa  'un  ni  sapîa  nenti. 


LE    TRADIZ10NI    CAVALLERESCHE    POPOLAR1    IN    SICIL1A  379 

Dicennu  :  —  «  Cornu  fu  ?  Chi  cosa  ha  statu  ?  » 
E  iddu  cci  arrispusi  amaramenti  : 

—  «  Vaju  a  la  morti  'mmezzu  tanti  genti 
Strittuliatu  'ntra  sta  surdatia, 

Pi  'un  essiri  di  Cristu  ubbidicnti, 
Haju  offisu  a  lu  Figghiu  di  Maria. 
Vaju  a  la  morti  e  patirô  turmenti, 
Accussî  voli  la  furtuna  mia. 
A  vu',  matri,'un  v'  arraccumannu  nenti, 
Matri,  v'  arraccumannu  l'arma  mia  !  » 

—  «  Figghiu  di  lu  mè  cori  e  l'arma  mia, 
Figghiu  di  lu  mè  cori  e  lu  mè  ciatu, 
Strittuliatu  'ntra  sta  surdatia  : 

Stu  corpu  tantu  beddu  ndilicatu  ! 

Sciugghitimillu  pi  ordini  mia, 

Quantu  sentu  la  cosa  cornu  ha  statu  !  » 

Jiu,  e  ha  truvatu  lu  Re  'n  prucunia  (?) 

Cci  dissi  :  —  «  'Un  ce'  è  pirdunu  a  stu  piccatu.  » 

Prima  di  lasciare  i  Reali  di  Francia  va  notata  quest  'altra  notizia. 

Un  campagnuolo  del  comune  di  Partinico,  Giuseppe  Emma,  che  fan- 
ciullo  imparô  a  leggere,  marimase,  già  prima  del  1839,  illetterato  ed  in- 
colto,  riportô  nel  corso  di  tre  anni  in  ottave  epichesiciliane  tutti  i  Reali. 
Questo  poema,  intieramente  ignoto  a  quanti  si  occupano  di  siffati  studi, 
è  compreso  in  un  volume  di  680  pagine  in  piccolo  ottavo  ',  e  puô  dar 
campo  a  qualche  confrontocon  la  Storia  di  Fieravanîi  e  Rzizeri;  ma,  che 
io  sappia,  il  poema  dell'  Emma,  dopo  dodici  anni  che  è  stampato,  ri- 
mane  impopolare,  per  quanto  comune  nel  suo  paese,  e  non  entra  nella 
cerchia  délie  nostre  ricerche  demografiche. 

IV.  —  Tradizioni  varie. 

Tanto  rigoglio  e  freschezza  di  vita  cavalleresca  nel  teatro,  nel  rac- 
conto  e  ne'la  poesia  popolare  armonizza  pienamente  con  le  tradizioni, 
le  quali  assai  cose  ci  conservano  nella  toponomastica  e  nel  dialetto  sici- 
liano. 


1.  Li  Reali  di  Francia,  opéra  riportata  in  ottave  siciliane  da  Giuseppe  Emma. 
Palermo,  Stab.  tipogr.  di  Franc.  Giliberti,  1871.  È  noto  che  anche  I'Altis- 
simo  compose  sui  Reali  di  Francia  un  poema  in  98  canti,  riducendo  in  ottave 
italiane  il  testo. 


380  G.    PITRE 

Le  più  antiche,  se  non  mi  fallo,  son  quelle  di  luoghi.  Sulla  fine  del 
sec.  xn,  Goffredo  da  Viterbo  molto  grossolanamente  cantô  nel  suo 
Panthéon  che,  tornando  di  Gerusalemme,  Carlomagno  capitô  a  Palermo, 
dove  «  Omne  solum  Siculi  munera  solvit  ei,  »  e  che  tenne  al  fonte 
battesimale  un  re  dell'  isola.  Erano  con  lui,  tra  gli  altri  prodi  capitani, 
Oliveri  ed  Orlando  :  e  da  essi  presero  nome  due  monti  '.  Questi  anche 
eggi  si  appellano  Munti  Oliveri  e  Capu  d'Orlannu;  il  primo  al  lato  set- 
tentrionale  délia  Sicilia,  presso  la  foce  del  fiume  detto  esso  pure  Oliveri 
[Helicon  degli  antichi,  Oliverias  di  Mauri;  il  secondo,  un  promontorio 
sulla  costa  orientale  a  pari  distanza  tra  Palermo  e  Messina,  sulla  cima 
del  quale  è  un  castello.  Quest'  ultima  tradizione  corre  tuttora,  benchè 
sformata2,  ed  il  capo  Orlando  è  consacrato  nel  motto  leggendario  sici- 
liano  : 

Capu  d'Orlannu  e  Munti  Piddirinu, 
Miati  l'occhi  chi  vi  vidirannu  5. 

Una  Turri  d'Orlannu  fu  anche  nell'  isola  di  Lampedusa,  ed  un  ca- 
stello Oliveri  tra  Patti  e  Milazzo.  Massa  Oliveri,  detto  anche  volgarmente 
Visula  dai  Siracusani,  è  il  promontorio  Plemnirium  di  Tolomeo,  una 
penisoletta  che  sporge  nel  porto  maggiore  di  Siracusa4.  Il  fiume  Oli- 
veri, che  nasce  dal  fonte  Pulvirello,  è  intorno  a  cinque  miglia  sopra  il 
Castello  Montalbano  prov.  di  Messina  ;  e  Montalbano  è  nome  d'un 
popoloso  comune  délia  provincia  messinese,  d'una  antica  torre  di  Pa- 
lermo, d'un  gran  numéro  di  casati  in  tutta  l'isola  corne  lo  sono  cento 
altri  nomi  cavallereschi  s.  Titoli  romanzeschi  presero  altresi  parecchie 


1 .  Mons  ibi  stat  magnus,  qui  dicitur  esse  Rolandus  ; 
Alter  Oliverius  simili  ratione  vocandus. 

Haec  monumenta  truces  constituere  Duces. 

2.  Pasqualino,  Vocabol.  Ski!.,  III,  369,  scrive  :  «  Orlannu,  promontorio 
con  castello  in  memoria  di  Orlando,  il  più  célèbre  guerriero  di  Carlo  Magno, 
il  quale  venue  una  volta  in  Sicilia.  » 

3.  Pitre,  Provcrbi  siciliani,  v.  IV,  p.  353.  e  III,  136;  e  Nuovc  Effemeridi 
siciliane,  série  III,  vol.  X,  p.  31 5. 

4.  Pasclualixo,  op.  cit.,  III,  70;  Mortillaro,  Nuovo  Yocab.  sicil.  ital., 
p.  966,  2a  ediz. 

5.  Nel  suo  Palermo  restaurato,  lib.  II,  il  gentiluomo  palermitano  Vinc.  Di 
Giovanni  (sec.  xvi)  ricorda  una  Torre  di  Montalbano  presso  la  chiesa  délia 
Mercè  in  Palermo.  —  D'altro  lato,  «  scorrendo  la  topografia  d'italia,  trove- 
remo  valli  e  montagne,  antri,  edifizi  e  ruine,  dove  tradizioni  e  framme'iti  d'e- 
popea  carolingia  si  abbarbicarono.  »  Vedi  Una  leggenda  araldica  e  l'Epopea 
carolingia  nell'  Umbria.  Documento  antico  pubblicato  da  A.  D'Ancona  ed 
E.  Monaci,  p.  7-8.  Imola,  tip.  I.  Galeati  e  figlio.  27  novembre  1880.  Vedi 
pure  Torraca,  Studi  di  Stona  Letter.iru  rupoletana,  pp.  151-164.  Livorno, 
1 884 . 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLAR1    IN    S1CILIA  3OI 

délie  più  diffuse  nostre  novelline,  corne  Re  Fioravanti,  YAneddu  d'An- 
celica  ',  e  più  d'una  di  esse  parlan  di  giostre  e  di  tornei. 

Meno  antichi,  ma  certo  secolari,  sono  alcuni  tra'  nomi  personali  più 
celebri  nella  storia  de'  paladini,  divenuti  nomi  comuni  ed  appellativi  in 
tutta  l'isola.  La  pessima  fama  délia  casa  di  Maganza  si  traduce  nella 
ingiuriosa  qualificazione  di  Cani  di  Mangaza  (Gano  di  Maganza1,  ov- 
vero  di  Maganzisi,  che  è  la  peggiore  délie  ingiurie,  perché  accusa  di 
tradimento,  il  delitto  più  infâme  anche  per  Dante  non  che  pel  nostro 
popolo.  Re  Pippinu  significa  gobbo  ;  Pilucani  dicesi  di  persona  che  vada 
cercando  e  fiutando  dappertutto,  Giganti  Farrauitu  di  uomo  sproposi- 
tatamente  alto  e  materiale  ,  Malagigi,  nomignolo  di  prête  magro,  stec- 
chito,  con  abito  talare  molto  corto,  nicchio  ed  occhiali,  il  quale  nell' 
andatura,  nel  parlare  abbia  del  negromante  ;  Brunellu,  di  sciocco  spre- 
gevole.  E  non  mancano  le  perifrasi,  le  antonomasie  proverbiali.  Già  nel 
secolo  xviii  qualcuna  ne  fu  scritta  e  conservata  ;  e  notevole  tra  tutte  è 
la  qualifica  di  avarizia  e  di  tirchieria  che  s'intende  nel  motto  Carru- 
magnu  eu  lu  pugnu  chiusu2,  comunissimo  anche  oggidi.  Il  modo  pro- 
verbile  Farinai  quanîu  Carru  'n  Francia  si  usa  da  noi  corne  in  tutta 
Italia  e  in  Francia  5  per  significare  :  far  moite  e  grandi  cose,  far  mira- 
bilia  ;  e  non  occorre  fermarcisi.  L'altro,  usato  quando  si  vuol  mutar 
discorso  :  Parramu  di  Re  Carru,  non  sarebbe  anch'  esso  un'  allusione  a 
Carlomagno  ?  A  me  pare  di  si,  e  lo  credo  se  non  nato,  probabilmente 
perpetuato  dai  contastorie  nei  passaggi  délie  loro  narrazioni.  Nel  ritratto 
del  Ferreri  c'è  un  motto  che  si  riferisce  a  Rinaldo.  Allô  stesso  sire 
di  Montalbano  allude  il  motteggio  che  si  è  usi  rivolgere  a  chi  vuol  far 
lo  gnorri,  a  chi  braveggia  :  Chi  ii  senti  Pdnardu  di  Muntarbanu  ?  —  Ri- 
chiamandosi  poi  alla  leggenda  di  Buovo,  che  andava  in  cerca  délia  sua 
Drusiana,  divenuta  Trusullina  nella  tradizione  [Donna  Trusullina  chia- 
miamo  una  donna  volgare  e  pettegola,  che  metta  mani  e  bocca  in  tutto 
e  per  tutto),  a  chi  domandi  per  Dio  qualche  favore,  in  tono  canzonatorio 


i .  Pitre,  Fiabe,  Novelle  e  Racconti  pop.  sicil.,  vol.  II,  p.  316,  e  I,  p.  404, 
n.  XLVIII. 

2.  Alessi,  Notizie  délia  Sicilia,  lettera  B.  dei  «  Gerghi,  Espressioni  e  frasi 
siciliane  usate  principalmenîe  in  Palermo  ».  Ms.  segnato  Qq  H  44  délia  Bi- 
blioteca  Comunale  di  Palermo.  Cf.  Castagnola,  Fraseologia  sicolo-toscana, 
p.  32$ .  Catania,  1863. 

3.  Fan  pià  che  Carlo  in  Francia,  ital.  —  //  a  fait  plus  que  Charles  en  France, 
franc.  Le  Roux  de  Lincy,  Proverbes  franc.,  v.  II,  p.  32,  scrive  :  «  Questo  pro- 
verbio  che  si  applica  a  persona  che  abbia  compito  grandi  imprese  allude  aile 
lunghe  e  disastrose  guerre  che  Re  Carlo  VII0  sostenne  con  gP  Inglesi  per  ri- 
conquistare  i!  suo  regno.  »  Ma  non  potrebbe  invece  alludere  a  Carlomagno 
secondo  la  tradizione  romanzesca  ? 


}82  G.    PITRE 

usa  ricantare  :  Facitilu  pi  i'amuri  di  Diu  e  di  Bovu  d'Antona,  ch'  era  un 
bravu  cavaleri  a  stu  munnu  !  Il  quai  Buovo  è  pure  consacrato  nella  frase 
popolare  :  Fari  lu  Bovu  d'Antona  ;. 

Raccomando  a'  futuri  vocabolaristi  siciliani  questa  dozzina  di  modi 
proverbiali,  da  me  ripescati,  non  già  nei  libri  de'  poeti  più  0  meno 
celebri,  come  finora  s'è  fatto,  ma  nella  fonte  viva  e  perenne  del  dialetto 
parlato.  Poco  importa  poi  se  issi  torneranno  a  registrare  l'antica  qualifi- 
cazione  di  paladinu  per  uomo  di  statura  alta  2,  uomo  valoroso*,  ed  il 
modo  avverbiale  a  la  paladina,  come  a  dire  :  subito,  stans  pede  in  uno, 
sur-le-champ,  e  la  voce  pupiddu  e  jocu  di  li  pupiddi,  registrati  nella  meta 
del  settecento  dal  Del  Bono,  quello  come  un  ce  fantoccio  di  cenci  0 
legno,  di  cui  si  vagliono  i  ciarlatani  a  rappresentar  commedia  :  burat- 
tino  »;  questo  per  :  «  Commedia  rappresentata  da  tali  fantocci  ». 

Ne  ciô  è  tutto. 

Uno  de'  passatempi  più  graditi  de'  nostri  fanciulli  è  quello  del  Jocu  di 
li  paladini.  Quindici,  venti  0  più  di  essi  scelgono  un  capo,  padrone  asso- 
luto  di  ordinare  quel  che  crede  pel  buon  andamento  del  giuoco.  Egli 
rappresenta  Carlomagno,  e  divide  in  due  schiere  i  giocatori  :  una  di 
cristiani,  una  di  pagani,  battezzando  gli  uni  Rinaldo,  Ricciardetto,  Mi- 
lone,  Ruggiero,  ecc;  gli  altri  Agolante,  Ferraù,  Tamburlano,  Pulicardo, 
Learco  ecc.  Un'  Angelica,  0  Marfisa,  0  altra  dama  non  puô  mancare. 
Compartite  le  schiere,  Carlomagno  aringai  paladini  eccitandoliabattaglia 
contro  gl'  infedeli  nemici  deila  cristianità.  Finita  la  diceria,  che  è  un'  in- 
vettiva  contro  i  pagani,  comanda  che  uno  alla  volta  i  suoi  paladini  s'avan- 
zino,  altro  di  parte  contraria  avanzandosi  anch'  esso.  Chi  primo  riceve  un 
colpo  mortale  cade  per  terra,  e  vi  rimane  sino  alla  fine  del  duello,salvo  ad 
alzarsi  subito  se  ingombra  il  terreno.  Al  caduto  altro  ne  subentra  di  parte 
stessa,  che  ne  prenda  il  posto  nella  pugna  ;  e  quando  non  c'è  più  nes- 
suno  in  piedi  altro  che  il  vincitore,  questi  riceve  da  Carlo  la  dama  in 
premio.  Accade  che  qualche  giostrante  chè  in  fondo  non  si  crede  di 
fare  se  non  una  giostra  e  di  giustra  parla  sempre  l'imperatore  prenda 
la  fuga  ,  allora  1'  avversario  lo  insegue,  e  se  lo  raggiunge  e  ghermisce, 
lo  atterra.  La  fuga_,  secondo  la  cavalleria,  non  è  comportabile  nel  pala- 
dino,  ma  solo  nel  pagano,  che  rappresenta  sempre  la  parte  odiosa  del 
vile,  dello  spavaldo  e  del  perditore. 


1.  I  Bolognesi  dicono  ironicamente  :  Siu  dla  razza  d'  Bou  d'  Antouna? 
(siete  délia  razza  di  Buovo  d'Antona?)  per  dire  :  siete  di  stirpe  antichissima 
e  valorosa  ? 

2.  M.  Del  Bono,  Dizionario  siciliano-italiano,  alla  voce.  Palermo,  1 75 1— 
1752. 

3.  A.  Traîna,  Nuoro  vocabolario  siciliano-ital.,  alla  voce. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  }8} 

Nel  giuoco  A  lu  'mmasciaturi  un  numéro  indeterminato  ma  non  pic- 
colo  si  divide  del  pari  in  due  schiere,  dette,  una  di  Re  Pippinu, 
l'altra  del  Re  Partugallu.  Re  Pipino  è  innamorato  délia  figlia  del  re  di 
Portogallo,  e  manda,  senza  tanti  complimenti,  un  messaggio  chieden- 
dola  in  isposa.  Il  fanciullo  che  fa  da  messaggio,  giunto  alla  presenza 
del  re,  s'inginocchia,  e  dice  :  A  pcdï  di  So  Mais  ta  !  mi  marina  lu  mè  Re, 
re  Pippinu,  ca  voli  a  vostra  figghia,  masinno  si  fa  guerra  cor  pu  a  corpu. 
Re  di  Portogallo  lo  rimanda  indietro,  e  per  un  suo  messaggiere  manda 
la  risposta  :  A  pedi  di  Sa  Mais  ta  !  Mi  manna  lu  mè  Re,  re  di  Partugallu. 
Dici  ca  a  sa  figghia  'un  vi  la  voli  dari  dice  che  non  vuol  darvi  sua  figlia); 
e  torna  indietro.  Re  Pipino  scatta  corne  molla,  e  sbuffando  ira  da  tutte 
le  parti,  chiama  a  vendetta  i  suoi.  Un  suo  nuovo  messaggio  reca  la  di- 
chiarazione  di  guerra  al  temerario  re  del  Portogallo,  il  quale  pronto 
alla  sfida.  s'avanza  bellicoso  con  la  sua  schiera.  1  due  re  dirigono  per- 
sonalmente  il  duello,  che  si  fa  di  uno  contro  uno,  di  due  contro  due, 
ecc.  Caduti  tutti  i  campioni,  vengono  a  fronte  i  due  re,  e  quale  di  essi 
abbatte  l'avversario,  riesce  vincitore  ;  se  re  Pipino,  egli  sposa  la  prin- 
cipessa  ipotetica.  È  superfluo  il  dire  che  armi  son  le  braccia,  e  che  le 
leggi  cavalleresche  popolari,  secondo  la  tradizione  del  Cuntu  e  dell' 
Opra,  vi  sono  scrupolosamente  osservate  '. 

Altri  simili  passatempi  veggiamo  per  le  piazze  e  per  le  campagne.  1 
fanciulli  parodiano  i  guerrieri  cristiani  e  i  saraceni  atteggiandosi  a  ne- 
mici  gli  uni  degli  altri.  Con  sciabole  di  strisce  di  legno  vengono  a  tenzone, 
fanno  le  voci  grosse,  battono  i  piedi,  rotan  le  braccia,  s'ammazzano, 
rivivono,  e  tornano  a  morire,  sotto  gli  occhi  d'un  Carlomagno  qua- 
lunque2.  I  mûri  esterni  délie  case  sui  quali  possa  farsi  qualche  sgorbio, 
a  marcio  dispetto  dei  proprietari,  pigliano  anch'  essi  parte  a  queste 
rappresentazioni  paladinesche  ;  chè  i  monelli  li  scarabocchiano  col  car- 
bone o  col  gesso  di  figure,  secondo  le  intenzioni  loro,  di  guerrieri  che 
si  picchiano  l'un  l'altro.  Il  personaggio  prediletto  è  sempre  Orlando, 
sempre  Rinaldo  :  modelli  i  cartelloni  de'  teatrini  popolari. 

Nella  'Mperatrici  Trebisonna  finalmente,  Beppe  marito  délia  impé- 
ratrice va  incognito  per  tre  giorni  di  seguito  a  giostrare  in  un  regno 
senza  farsi  conoscer  mai.  Quivi  si  concède  la  principessa  reale  a  chi 
vincerà  la  prova>.  In  un'  altra  novellina  Biamonte,  principe  ereditario 
d'un  grosso  regno,  sotto  il  falso  nome  di  Giuseppe  va  ad  acconciarsi 
con  un  fornaio.  Un  giorno,  sconosciuto,  recasi  ad  una  giostra,  ove  si 


i.  Pitre,  Giuochi  fanciullcschi  siciliani,  nn.  202  e  203 

2.  Lo  stesso,  Studi  di  poesia  pop.,  p.   14. 

3.  Lo  stesso,  Fiabe,  n.  XXXI. 


384  G.    PITRE 

promette  al  vincitore  la  figlia  del  re.  Giostra  e  vince;  ma,  ferito,  riceve 
una  pezzuola  dalla  principessa,  per  la  quale  pezzuola  Biamonte  riesce 
poi  a  sposarla  '.  La  etimologia  popolare  del  comune  di  Francavilla 
(Franca,  vigghia  =  Franca,  veglia)  nella  provincia  di  Catania,  richiama 
ad  una  leggenda  romanzesca  délia  guerra  del  vespro  siciliano2.  Nel 
Borgo  Nuovo  in  Palermo  la  via  Del  Canto  è  intesa  via  d'Argante,  che 
secondo  il  popolo  era  un  gran  guerriero. 


V.    I    CANTASTORIE    IN    ITALIA?. 

Prima  di  venire  ad  una  conclusione,  giova  vedere  quali  reliquie  délia 
epopea  cavalleresca  abbia  il  popolo  d'Italia  uscendo  dalla  Sicilia.  Proce- 
diamo  con  l'ordine  tenuto  finora. 

Di  teatri  di  marionette,  ne'  quali  costantemente,  giorno  per  giorno,  si 
rappresentino  imprese  de'  paladini  di  Francia  corne  tra  noi,  io  non  ho 
sentore  alcuno4.  Episodi  staccati  si  recitano  qua  e  là,  specialmente  nel 
contado  ;  ma  non  hanno  mai  seguito,  e  grandemente  differiscono  dalla 
nostra  opra  si  perché  gli  attori  son  vivi  e  parlanti  0  grandi  marionette,  e  si 
perché  l'opéra  da  recitarsi  ha  tutta  la  forma  di  dramma  o  di  tragedia. 

Un  accenno  del  P.  Bresciani,  nell'  Edmondo,  farebbe  credere  a  qual- 
cosa  di  simile  alla  nostra  opra  in  Roma  molto  prima  del  1870,  ma  ora- 
mai  è  un  semplice  ricordo  storico.  Ecco  questa  pagina,  che  a  noi  intéressa 
tanto  :  «  Né  la  plèbe  romana  dimenticô  il  suo  genio  induttivo  al  teatro  ; 
e  vi  s'affolla  non  solo  la  festa,  ma  eziandio  ne'  giorni  di  lavoro,  special- 
mente gli  sfaccendati,  i  carrettieri,  i  muratori,  gl'  imbiancatori  e  tutti 
quelli  che  hanno  opéra  da  pieno  giorno.  Costoro  nonvanno  mai  ai  teatri 
cittadini  ma  a  quello  délie  muse  in  via  del  Fico,  0  d'Emiliani  in  piazza 
Navona  :  pagano  i  loro  due  baiocchi,  e  s' impancano  nella  platea  scami- 
ciati  e  col  farsetto  sulla  spalla,  e  sinchè  s'  alzi  il  ripario  sguscian  noci, 
sbucciano  castagne,  sgretolano  avellane  e  nocciuole,  0  biascian  lupini  e 


1.  Lo  stesso,  Fiabe,  n.  LXXI,  vol.  II,  p.    136-57. 

2.  Lo  stesso,  Fiabe,  n.  CCXIV  ;  con  qualche  variante  è  in  Giulio  Filoteo 
degli  Omodei,  Descrizione  délia  Sicilia  nel  sec.  xvi,  lib  I,p.  55-57,  vol.  XXIV 
délia  Biblicieca  storica  e  letter.  di  Sicilia;  argomento,  se  mal  non  ricordo,  d'un 
romanzo  cavalleresco  del  sec.  XVI. 

3.  Secondo  i  vocabolaristi  italiani,  Cantastorie  è  «  colui  che  per  sua  arte  va 
attorno  cantando  al  popolo  storie  0  leggende  scritte  in  poesia.  »  La  voce  Con- 
tastoru  da  me  sempre  usata  per  la  Sicilia  non  è  registrata  da  essi;  ma  corne  s'è 
potuto  vedere,  il  Cantastorie  dei  vocabolaristi  non  è  il  Contastorie  siciliano. 

4.  Ricordisi  il  cap.  XXVI  del  Don  Quijote  di  M.  Cervantes,  ov'  è  descritto 
uno  spettacolo  paladinesco  di  marionette. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICIL1A  585 

semi  di  zucca.  Già  su  pe'  canti  aveano  veduti  i  cartelli  dipinti  ;  che  son 
mascheroni  fatti  col  granatino,  e  figurano  i  Reali  di  Francia  in  lotta  coi 
giganti  e  coi  draghi  alati  ;  o  Astolfo  suIP  ippogrifo,  o  Rodomonte  che 
duella  con  Rinaldo,  o  Marfisa  che  s'accapiglia  con  Bradamante,  od  Or- 
lando  che  contro  una  frotta  d'assassini  abbranca  un  lastrone  di  macigno,  e 

...  il  grave  desco  da  se  scaglia 
Dove  piu  folta  vede  la  canagiia. 

«  Tutte  coteste  rappresentazioni  sono  recitate  in  volgar  romanesco,  e  la 
plèbe  assistendovi  parteggia  per  un  paladino  o  per  un  altro,  e  fa  le  scom- 
messe  d'una  foglietta  o  d'un  fiasco,  come  qualmente  Orlando  stramazzerà 
Ferrautte,  o  Rinaldo  da  Montalbano  darà  sulle  corna  a  Rodomonte.  Essa 
ama  pocole  commedie  d'amorazzi  e  di  matrimonii  :  vuol  duelli,  vuol  bu- 
glie,  vuol  capiglie  di  guerrieri  e  di  scherani  ;  vuole  incioccamenti  di 
spade,  scagliamenti  di  dardi,  accoltellamenti  e  mucchia  di  feriti  e  di 
morti.  Più  ne  casca  e  più  è  contento.  Indi  Pippo,  il  gobbetto,  traduce 
parecchie  tragédie  in  Trasteverino,  come  la  Franccsca  da  Rimini,  la  Me- 
dea  e  la  Didone,  e  v'accorrono  e  s'accalcano  a  vederle,  e  ne'  fondachi  e 
nelle  botteghe  ne  recitan  poscia  o  ne  cantano  le  scène  intese,  massime  le 
più  sanguinose  :  e  quelli  ch'  hanno  un  po'  di  tinta  di  disegno  le  deli- 
neano  col  carbone  sui  mûri  délia  Saburra,  sulle  cinte  délie  ville  intorno 
ai  S.  Quattro,  alla  Novicella  e  a  S.  Stefano  Rotondo,  luoghi  remoti  del  monte 
Celio.  »  Più  in  là,  nello  stesso  romanzo  e  nello  stesso  capitolo  una  Lu- 
crezia  dice  :  «  Jersera,  per  togliere  un  po'  di  dosso  la  mestizia  alla  mia 
Carlotta,  che  piange  perché  il  suo  amante  ha  un  poco  d'indisposizione,  la 
condussi  meco  e  con  essa  la  Ceccarella  al  teatro  délie  Musc,  ove  face- 
vansi  i  Paladini  di  Francia,  che  in  virtù  délie  loro  spade  salvarono  la 
figliuola  di  un  re,  che  aveano  rubato  li  Saracini.  Un  battibuglio,  vi  dico, 
da  tremare  :  ma  Orlando  ne  ammazzô  dodici  :  eh  che  mucchio  !  ed  usci 
fuori  con  quella  reginetta,  ch'  era  pallida  come  una  pezza  lavata  '.  »  «  Il 
popolo  di  Romapoi,  che  ha  delP  eroico  e  tiene  ancora  dell'  indole  antica, 
ama  sopra  ogni  altra  gente  italiana  gli  spettacoli,  nei  quali  trionfa  la  virtù 
e  la  forza  :  onde  ha  caro  di  vedere  ne'  suoi  teatri  i  paladini  che  combat- 
tono  in  difesa  del  debole  e  delP  oppresso  :  le  battaglie  commesse  per  li- 
berareun  popolo  ingiustamente  assediato  ;  la  Lucrezia,  che  violata  s'uc- 
cide  ;  la  Virginia,  che  per  serbarla  inviolata  dal  Decemviro,  è  scannata 
dal  padre  in  mezzo  al  Foro.  Cosi  cotesto  popolo  assiste  volentieri  ai 
giochi  di  forza,  ai  salti  su  i  cavallij aile  prodezze  dei  ballatori  di  corde,  » 


1.  Edmonào,  0  dd  costunu  del  popolo  romano,  del  P.  Antonio  Bresciani, 
vol.  II,  c.  vin.  Milano,  Muggiani,  1872. 

Romania,  XIII.  2$ 


386  G.    PITRE 

ecc.  Questo  ôsserva  il  Bresciani  ',  e  potrebbe  osservare  qualunque  altro 
scrittore  di  qualunque  altra  città  d'Italia  e  di  fuori  ;  ne  occorre  far  com- 
menti  per  dimostrare  corne  nella  apparente  identità  di  spettacolo  in  Roma 
e  in  Sicilia  sia  differenza  notabile  negli  uditori,  nelle  rappresentazioni, 
nel  tempo  ed  in  motte  altre  cose  :  ma  in  questa  soprattutto  :  che  là  il 
teatro  era  uno  e  qui  nella  sola  Palermo  son  nove;  là  fu,  qui  fu  ed  è. 

Non  ritorno  sulla  poesia  eroica  di  cui  si  ha  tuttavia  qualche  avanzo, 
nell'  alta  Italia  particolarmente.  Questa  poesia,  corne  abbiam  visto,  non 
ha  nulla  di  comune  con  la  siciliana,  ed  assai  più  délia  nostra  è  antica. 

Non  cosi  è  del  racconto  popolare,  ilquale  in  Chioggia  fino  a  ieri,  e  in 
Napoli  e  fors'  anche  in  Calabria  fino  ad  oggi,  si  ode.  Importanti  notizie  sui 
contastorie  di  Chioggia  ci  dava  testé  il  prof.  Guido  Fusinato  in  una  mo- 
nografietta  dal  titolo  :  Un  Cantastorie  Chioggiotto2,  riassunta  dal  prof. 
Rodolfo  Renier  in  una  nota  alla  dotta  sua  prefazione  d'un  poema  franco- 
italiano  da  lui  messo  in  luce  3;  nota  che  opportunamente  rileva  corne  il 
Fusinato  parli  del  vecchio  Ermenegildo  Sambo  ora  morto,  il  quale  con 
una  memoria  veramente  prodigiosa  narrava  al  popolinole  sue  storie,  tal- 
volta  lunghissime,  corne  i  Reali  di  Francia  che  a  due  ore  al  giorno  occu- 
pavano  un  buon  mese.  La  storia  délia  Rotta  di  Roncisvalle,  che  il  buon 
vecchio  entro  il  Ricovero  di  S.  Lorenzo  a  Venezia  racconto  al  Fusinato, 
e  che  egli  fa  conoscere  a'  suoi  lettori,  ha  particolari  assai  notevoli,  spe- 
cialmente  la  morte  di  Orlando  e  quella  di  Gano,  che  si  discostano  dalle 
redazioni  scritte.  Il  fatto  avrebbe  importanza  grandissima  se  si  riuscisse 
a  provare  che  questi  racconti  passarono  oralmente  dai  poemi  franco-veneti. 
Tra  gli  altri  cantastorie  di  Chioggia  va  segnalato  un  certo  Pispo,  che 
mette  ogni  cura  nel  rifare  i  racconti  che  gli  pervennero  mss.,  e  nella  nar- 
razione  non  rifugge  dall'  inventare  episodi  4.  Se  non  che  non  è  esatto 
quello  che  afferma  il  Fusinato,  cioè  che  i  cantastorie  chioggiotti  si  chia- 
mino  tutti  cupidi.  «  Questo  nome,  corne  osserva  il  Renier,  fu  dato  a  Vin- 
cenzo  Veronese,  i!  quale  verso  il  1829  leggeva  e  spiegava  in  pubblica 
piazza  V Orlando  furioso,  YOrlando  innamorato,  i  Reali  di  Francia,  il  Guerin 
meschino,  ecc.  Questo  Vincenzo  fu  il  più  célèbre  dei  cantastorie  chiog- 
giotti e  fu  chiamato  cupido,  perché  i  suoi  di  famiglia  portavano  il  so- 
prannome  di  cupidi.  La  memoria  di  Vincenzo  è  ancoravivatraqueibuoni 
pescatori.  Egli  raccontava  sempre  in  piedi,  accompagnando  i  colpi   di 


1.  Op.  cit.,  vol.  III,  cap.  xvii. 

2.  Giornalc  di  F'ilologta  romanza,  9,  pp.  170-183. 

3.  La  Disccsa  di  Ugo  d'Alvernia  allô  infcrno  sccondo  il  coJice  Jranco-italiano 
délia  Nazionalc  di  Torino  per  cura  di  Ronoi.ro  Renier,  pp.  clxii  clxxv.  Bologna 
Romagnoli,  1883. 

4.  R.  Renier,  op.  cit.,  p.  clxxiii ;  Fusinato,  loc.  cit  ,  pp.  181-183. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARl    IN    SICILIA  587 

Rinaldo  e  di  Orlando  con  una  mimica  teatrale,  a  cui  corrispondeva  col 
gesto  tutta  la  turba  ammirante  congregata  in  circolo  a  lui  d'intorno.  Gli 
ascoltatori  erano  tutti  uomini  :  le  donne  non  usavano  fermarsi,  quantunque 
lo  potessero.  I  racconti  erano  divisi  indue  parti, chiamate  batûe,  dall'  uso 
di  andarraccogliando  durante  la  pausa  un  centesimo  da  ogni  ascoltatore. 
Essendo  un  giorno  di  festa  arrivata  a  Chioggia  la  Sand,  si  fermô  ad 
ascoltar  questo  cantastorie,  e  ne  rimase  cosi  ammirata  che  ne  fece  cenno 
in  uno  dei  suoi  romanzi.  A  ricordo  dei  viventi,  il  primo  che  abbia  tratte- 
nuto  in  questo  modo  il  popolo  chioggiotto  fu  un  certo  Tonon,  cui  accenna 
anche  il  Fusinato.  Questo  Tonon  non  recitava  ne  leggeva  ;  ma  cantava 
il  Tasso.  Il  Pispo  ora  vivente  lascia  luogo  ai  rimpianti  per  il  perduto  Cu- 
pido.  Egli  oramai  usa  attenersi  di  preferenza  a  fatti  moderni,  fra  cui  spe- 
cialmente  le  guerre  di  Napoleone  '.  » 

Scorrendo  per  lungo  e  per  largo  la  penisola  dalla  Venezia  a  Roma 
non  incontriamo  nessun  cantastorie  che  per  la  materia  dei  racconto  e  per 
la  maniera  onde  racconta  possa  stare  col  Sambo.  con  Tonon,  con  Pispo 
0  con  qualsivoglia  altro  délia  generazione  de'  cantastorie.  Ma  io  dubito 
forte  non  possa  avervene  qualun  in  Roma,  dove  la  passione  pel  maravi- 
glioso,  pel  fantastico,  pel  guerresco  dee  aver  trovato  esca  in  cosiffatte 
storie2.  Ma  in  Napoli  la  rinalderia  è  accetta,  e  più  volte  ha  chiamato  l'at- 
tenzione  di  visitatori  e  di  litterati. 

Tra  gli  anni  1 8 1 8  e  1821  Plnglese  J.  Blunt  fermandosi  qua  e  là  in 
Italia,  osservô  in  Napoli  un  Rinaldo  (cosi  cola  si  appella  il  contastorie), 
il  quale  con  grand'  enfasi  ed  accentuata  gesticolazione  leggeva  V Orlando 
furioso  e  traducevalo  e  commentavalo  a  numerosa  adunanza  che  pendea 
dalle  sue  labbra  3 .  Quasi  il  medesimo  notava  nel  1 8  3  $  il  francese  J .  Mainzer, 
in  uno  scritto  poco  conosciuto  e  discretamente  fatto  sopra  la  Musique 
et  les  chants  populaires  de  l'Italie,  osservando  che  i  lazzaroni,  al  Molo, 
s'accalcavano  per  sentir  leggere  e  spiegare  l'Ariosto  ed  il  Tasso  corne  a 
Venezia  i  pescatori  sulla  Ripa  Grande 4.  Dieci  anni  dopo,  l'Italo-albanese 
G.  E.  Bidera,  vissuto  lungamente  nell'  antica  capitale  dei  Regno,  due 
affettuose  pagine  consacrava  aquesti  «  poeti  dei  Molo,  dove  uno  ti  narra 
la  storia  dei  mezzi  tempi,  l'altro  racconta,  corn'  egli  dice,  li  fatti  de  lo  sc- 
colo  nuosto,  che  aggio  'ntiso  alla  Vicaria.  »  Il  canta- Rinaldo  «  dai  capelli 
scarmigliati  e  dal  lacero  abito  scuote  una  verga  che  s'intende  esser  la 


1.  Lo  stesso,  op.  cit.,  pp.  clxxiv-clxxv. 

2    Sui  Rinaldi  in  Roma  vedi  La  Corte  e  la  Socutà  romana  nei  secoli  XVIII  t 
XIX,  per  David  Silvagni,  vol.  I,  p.  64.  Firenze,  1882. 

3.  Vestiges  of  ancient  Manntrs  and  Customs  descoverable  in  modem  Italy  and 
Sicily,  c.  xv,  pp.  290-292.  London,  Murray,  1823. 

4.  Revue  des  Deux-Mondes,  IVe  série,  t.  1,  pp.  $17-519. 


}88  G.    PITRE 

fusberta  di   Rinaldo,  passeggia,  s'infiamma,  déclama,    leggendo  in  un 
vecchio  ms.  i  gesti  memorabili  del  signor  di  Montalbano... 

Rinaldo  allora  un  gran  fendente  abbassa, 

E  il  Saracin  percuote  sulla  testa  : 

La  spada  trincia  il  capo  ed  oltre  passa, 

Trincia  in  due  parti  il  ccrpo,  e  non  si  arresta. 

Anche  il  cavallo  in  due  meta  trinciô 

E  sette  palmi  sotto  terra  entrô. 

r  Declamato  il  testo,  lo  spiega  il  cantore  in  lingua  napolitana,  inseren- 
dovi  molti  casi  faceti  da  muovere  a  riso  i  severi  ingegni  di  Anassagora  e 
di  Crasso.  I  suoi  uditori,  altrimente  detti  gli  appassionaîi  di  Rinaldo, 
tornando  a  casa,  ripetono  aile  mogli  e  ai  loro  figli  le  avventure  dell'  eroe. 
Essi  apprendono  sin  da  fanciulli  da  quell'  anziano  l'eloquenza  del  gesto, 
la  declamazione,  e  quell'  aria  da  gradasso  tanto  comune  alla  nostra  gente 
minuta  '.  »  Altri  particolari  sul  Cantastorie  napolitano  ci  dava  nel  1853 
C.  T.  Dalbono2.  Quivi  son  ripetute  le  solite  notizie,  e  detto  special- 
mente  degli  appassionaîi,  del  tipico  canta-Rinaldo  e  délia  materia  délie 
sue  letture,  argomento  inesauribile  di  chiose,  schiarimenti,  e  barzellette. 
Ma  in  quell'  anno  «  il  campo  di  Rinaldo  incomincia  sotto  l'Arco  délia 
neve,  in  uno  spazio  che  précède  l'edifizio  délia  Dogana.  I  suoi  cultori 
sono  scemati,  i  suoi  cantori  van  cedendo  lentamente  al  fato,  e  taluni  di 
essi,  scordando  la  gloriosa  origine,  immemore  degli  avi  cantori,  degene- 
rato  cantastorie,  veste,  indovinate  che  cosa  ?  Una  giubba  detta  giacca  e 
talora  bianca  a  simiglianza  di  quella  che  indossano  i  cuochi.  Ma  il  fato  è 
maggiore  degli  eroi,  perô  gli  eroi  morivano  invocando  le  stelle.  Gli  altri 
cantastorie  che  decorano  la  città  délia  Sirena,  vista  la  scacciagione  de' 
lor  compagni  han  cangiato  sistema.  Essi  vanno  erranti,  corne  una  volta 
errava  la  progenie  perseguita  di  certi  Califfi  in  Oriente.  Quando  trovano 
un  pubblico  con  uditori  cortesi  ed  inclinati  a  render  giustizia  al  merito, 
stendono  ampio  cartellone  sul  muro  d'una  casa  e  col  mezzo  di  una  bac- 
chetta,  mostrando  le  figure  che  su  vi  stanno  dipinte,  dicono  e  canîan  pro- 
digi,  0  storie  lacrimevoli,  accompagnati  talvol'a  da  un  violino  che  vera- 
mente  strappa  le  lagrime.  Questa  seconda  generazione  di  cantastorie  è 
più  moderata  negli  atti,  più  nelle  forme  modesta.  più  compléta.  Essa  al- 
meno  ha  un  fondo  di  scena  ed  un'  orchestra  (il  cartellone  ed  il  violino).  » 

Nel  1861  l'argomento  fu  amorosamente  colto  da  Marc  Monnier,  che 
v'  innestô  i  dolci  ricordi  délia  sua  infanzia,  quando  il  cantastorie  Maestro 


1.  Passcggiata  per  Napoli,p.  $1.  Napoli,  1845. 

2.  F.  de  Bourcard,  Usi  e  costumi  di  Napoli  c  contorni,  v.  I,  pp.  49- 56.  Na- 
poli, Nobile,  1853. 


LE   TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARl    IN    SIC1LIA  589 

Michèle  avea  tutta  cura  di  trovargli  il  miglior  posto  fra  gli  uditori.  Ma  egli 
credette  tramontata  la  rinalderia  non  ostante  che  il  caro  Maestro  Michèle 
avesse  avuto  un  successore1.  Neri  Tanfucio,  cioè  l'ingegnere  Renato  Fu- 
cini,  se  ne  occupô  molto  dipoi,  più  per  metterlo  in  burla  che  per  farne 
soggetto  di  considerazione  e  di  studio2  ;  ed  il  suo  esempio,  forse  non 
nuovo,  è  stato  seguito  da  curiosi  che  spingono  il  loro  sguardo  profano 
sopra  questi  rapsodi  per  far  gli  spiritosi  0  per  gridare  allô  scandalo. 
Solo  Pio  Rajna,  il  più  profondo  e  sagace  critico  italiano  dell'  epica  ro- 
manzesca,  ha  guardato  e  osservato  da  pari  suo  questi  Rinaldi*,  che  ha 
incontrati  ancora  una  volta  sul  Molo,  presso  il  Carminé  e  fuor  di  Porta 
Capuana.  Le  sue  osservazioni  sul  proposito  hanno  per  noi  valcre  scien- 
tifico  in  ordine  alla  giulleria  médiévale,  sopravvissuta  in  mezzo  a  tante 
traversie,  smarrimenti  ed  obblivioni  fmo  alla  nostra  età  scettica  e  ridi- 
colosamente  sprezzante.  Di  un  Cosimo  Salvatore,  il  Rinaldo  del  Molo, 
corne  il  rappresentante  più  puro  délia  razza,  s'intrattiene  diffusamente  e 
ne  prende  occasione  per  imparar  benea  conoscere  la  specie.  Il  pubblico 
è  tutto  quanto  mascolino  corne  alla  rappresentazione  délia  commedia  greca  : 
camorristi  (?),  gente  di  mare,  dilettanti  di  vario  génère  e,  qualcuno,  a 
giudicare  dagli  abiti,  appartenente  alla  borghesia.  Cosimo,  il  Deus  loti, 
non  è  un  genio,  ma  quando  parla  dà  prova  d'una  mente  non  ottusa.  Di 
estate  è  scamiciato;  d'inverno  avrà  la  solita  giacchetta.  Una  lunga  pre- 
ghiera  in  ottave  segue  il  cominciamento.  Egli  legge,  non  espone  ail'  im- 
provviso,  e  forse  questo  gli  fa  gran  giuoco  presso  i  fedeli  appassionati,  ai 
quali  starà  a  cuore  di  sapere  la  storia  proprio  quai  'è,  vale  a  dire  corne  sta 
nel  libro  ;  chè  il  libro  è  per  essi  qualche  cosa  di  soprannaturale,  che  in- 
cute  loro  un  rispetto  tanto  più  profondo,  ed  ottiene  daessi  una  profonda 
fiducia  tanto  più  illimitata  quanto  meno  siano  in  grado  di  decifrarne  i 
misteriosi  ghirigori.  Ma  leggendo  déclama,  gesticola,  chiosa.  Al  termine 
d'uncantare  mastro  Cosimo  s'interrompe  eraccoglie  tornotorno  qualche 
soldarello  per  un  povero  cieco  che  assiste  alla  recita  ;  e  compiuta  l'opéra 
di  carità,  ripiglia,  e  si  protrae  fino  a  che  l'abbuiarsi  non  glielo  impe- 
disca.  La  domenica  le  recitazioni  son  due,  ma  la  storia,  p.  e.,  di  Ca- 
loandro,  di  Troiano  s'interrompe  per  far  posto  a\Guerrino  per  un  pubblico 
più  numeroso  e  in  gran  parte  diverso  dal  giornaliero.  Un  trecento  ottave 
sono  il  pasto  che  egli  offre  ogni  giorno  a'  suoi  uditori  :  ed  il  tempo  è  il 


1.  Naples  et  les  Napolitains,  c.  iv,  nel  Tour  du  Monde,   del  1 86 1 ,  sem.  II, 
pp.  210-21  i.  Paris,  Hachette,  1861. 

2.  Napoli  a  occhio  nudo,  p.  148  e  seg. 

3.  /  Rinaldi  0  Cantastork  di   Napoli,   nella  Nuova  Antologia,  fasc.   XXIV. 
1$  dec.  1878. Cf.  Romania,  VIII,  137. 


39°  G.    PITRE 

misuratore  dispotico  délia  sua  recitazione.  I  libri  di  testo  son  quasi  tutti 
jn  ottava  rima,  e  di  alcuni  inediti  si  dice  autore  un  Andréa  Auriemmo  Es- 
posito,  vecchio  marinaio  morto  circa  tra  il  1846  ed  il  1847.  M.  Cosimo 
ha  una  buone  raccolta  di  romanzi  cavallereschi  editi  ed  inediti,  non  inu- 
tile a  chi  coltivi  ilmestiere.  Conosciuto  lui  s'è  conosciuta  la  famiglia  tutta 
dei  Rinaldi  napoletani,  dei  quali  egli  è  iltipo.  Tuttavia  il  Rajna  ce  ne  pré- 
senta ancora  altri  due  :  Rocco  Pezzella  e  un  certo  Tore  0  Salvatore,  che 
recita  di  memoria  storie  da  lui  lette  in  libri  prestatigli  ;  ma  recita  in 
prosa  lardellata  di  versi.  Dei  tre  cantastorie  egli  è  senza  dubbio  il  più 
plebeo.  A  questi  maestri  si  riduce  adesso  la  rinalderia  napoletana,  che  in 
questi  ultimi  tre  anni  ha  avuto  onorevoli  ricordi  non  pur  di  scrittori  ', 
ma  altresi  di  scrittrici 2,  ricordi  che  tutti  insieme  non  valgono  quello 
solo  dell'  autorevole  Rajna. 

Ma  se  in  tutta  lTtalia  peninsulare  solo  in  Napoli  s'incontrano  can- 
tastorie e  Rinaldi,  tutte  le  città  italiane,  fin  le  meno  popolose,  anzi  queste 
più  che  le  altre,  conoscono  romanzi  cavallereschi  corne  i  Realidi  Francia, 
Guerino,  CaloanJro  fedele,  delizia  e  passatempo  onesto  délie  generazioni 
che  ci  hanno  precessi.  Il  popolo  —  scriveva  testé  il  De  Castro  —  ha  una 
singolarissima  attitudine  ad  appropriarsi,  a  vivificare,  a  trasformare  ciô 
che  legge  ;  già  legge  poco  0  più  spesso  rilegge  ;  molto  ci  aggiunge  di  suo  ; 
la  fantasia  lasciata  in  riposo,  umiliata  dal  lavoro  quotidiano,  ringagliar- 
disce  in  quei  radi  momenti  ;  il  più  meschino  librattolo  diviene,  quasi 
direi  un  capo-lavoro  ;  massime  che  chi  legge  poco  non  sa  fare  confronti, 
ja  storia  più  dozzinale  diviene  un'  epopea  ;  i  personaggi  pigliano  con- 
torni  spiccati,  straordinari.  Corne  spiegare  altrimenti  il  successo  secolare 
di  libri  che  i  lettori  intelligenti  neppure  degnano  d'un'  occhiata  ?  Corne 
spiegare  altrimenti  la  perpétua  giovinezza  di  quel  romanzo,  il  Guerino 
Meschino,  che  è,  per  il  volgo,  una  specie  di  enciclopedia  storico-geogra- 
fica,  un  libro  indispensabile,  un  compagno  indivisibile 3  ?...  » 

Nel  Friuli  «  il  popolo  ricorda  Buovo  d'Antona  e  Orlando.  Perché,  se 
un  contadino  sa  e  vuol  leggere,  si  puô  esser  certi  che  gli  si  trovano  tra 
mani  i  Reali  di  Francia  e  simili  romanzi  0  leggende,  corne  Paris  e 
Vicnna,  Guerrino  il  Meschino.  Ciô  vuol  dire,  che  questa  è  la  letteratura 
che  più  gli  si  confà,  e  ch'ei  vive  ancora  (cotanto  è  restio)  nel  ciclo  epico 


1.  Yorick  figlio  di  Yorick  (avv.  P.  C.  Ferrigni).  Vedi Napoli  e  poi...  Ri- 
cordo  dell'  Esposizione  nazionale  di  Belle  Arti,  cap.  xxix  :  AIL:  Lanterna  dei 
Molo,  pp.  282-289.  Napoli,  Riccardo  Marghieri  di  Gius.,  1883. 

2.  N.  Zampini  Salazar,  nelle  Memorie  di  Napoli  storiche,  archcologiche,  monu- 
mentali  e  di  eoslumi  popolari,  pp.  xcvi-xcvii.  2a  edizione.  Napoli,  Bronncr,  1882. 

3.  G.  de  Castro,  La  Storia  nel  la  poesia  popolarc  milanese,  nell'  Archivio  sto- 
rico  lombardo,  an  V,  fasc.  III. 


LE    TRADIZI0N1    CAVALLERESCHE    POPCLARI    IN    S1CILIA  59 1 

délia  cavalleria.  La  Gerusalemme  del  Tasso,  per  esempio,  agli  occhi  del 
filosofo  e  delcritico  è  un  parto  serotino  ed  anormale  del  genio,  un  ana- 
cronismo  poetico,  dacchè  ora  mai  contro  aile  fisime  cavalleresche  faceva 
già  mestieri  il  flagello  di  Cervantes.  Pure  desso  è  l'unico  poema  che  stia 
cogli  altri  sovrammenzionati,  e  che  tuttodi  dimostrisi  popolare ;  corne  lo 
provano  i  rapsodi  di  Napoli  e  di  Chioggia  vchè  dei  gondolieri  di  Venezia 
non  si  puô  dir  più)  e  la  îurba  che  gli  ode  palpitando  '. 

Mi  passo  da  altre  citazioni  in  fatto  cosi  ovvio  in  Italia,  e  mi  limito  a 
raccomandare  la  lettura  di  unrecentissimoraccontocalabresedi  Pasquale 
Martire  :  /  Reali  di  Francia,  ove  l'amore  di  un  giovane  e  di  una  giovane 
è  contrariato  dai  rispettivi  padri  a  causa  d'un  vecchio  libro,  i  Reali,  favo- 
rita  lettura  del  contadino  calabrese  2. 


VI.   ~   NATURA  DELLE  TRADIZIONI  CAVALLERESCHE    IN    SlCILlA 
CONCHIUSIONE. 

Riandando  su'  ricordi  cavallereschi  fin  qui  passati  a  rassegna,  chiaro 
si  vede  che  solo  la  splendida  epopea  carolingia  è  quella  che  tra  noi  ha 
favore  e  diffusione  per  via  di  rappresentazioni  teatrali,  di  racconti,  di 
poesia,  di  tradizioni  topografiche  e  paremiografiche.  Le  leggende  del 
ciclo  brettone  mancano  quasi  del  tutto. 

Eppure  esse  trovarono,  più  che  non  si  pensi  ora,  tanta  popolarità 
nei  secoli  passati  quanta  ne  han  forse  ai  di  nostri  le  leggende  caro- 
lingie.  Gervasio  di  Tilbury  fu  assicurato  dai  Siciliani  che  il  grande  re 
Arturo  fosse  apparso  (verso  il  1200)  sui  pendii  dell1  Etna  5. 

Cesareo  di  Heisterbach  racconta  che  al  tempo  d'  Enrico  Imperatore  e 
re  di  Sicilia,  il  decano  délia  chiesa  palermitana,  perduto  un  cavallo,  ne 
commise  ad  un  suo  servo  la  ricerca.  Questi  incontrossi  con  un  vecchio, 
e,  richiesto  dove  andasse  ed  a  che  fare,  gliene  disse  la  ragione.  «  Non  ti 
dar  pena,  ripigliô  il  vecchio.  Il  cavallo  del  decano  è  sulP  Etna  in  potere 
del  re  Arturo...  Di'  al  tuo  signore  che  fra  quattordici  giorni  si  trovi 
alla  adunanza  che  dovrà  tenersi  in  quel  monte;  sii  diligente  nel  portar 
l'imbasciata,  se  non  vuoi  essere  severamente  punito.  »  Ritornato  a 
casa  il  servo,  e  riferito  al  padrone  Paccaduto.  questi  l'ebbe  in  conto  di 


1.  Pietro  Ellero,  Délie  superstizioni  rolgari  nel  Friuli,  c.  vi.  Lo  scritto  è 
datato  da  Pordenone,  6  agosto  1859. 

2.  Veglie  Calabresi.  Napoli,  1883,  Cav.  Morano  editore. 

3.  Otia  impërialia,  pubblicati  da  F.  Liebrecht,  p.  12. 


592  G.    PITRE 

scemo  ;  ma  da  li  a  poco,  colto  da  grave  maie,  nel  giorno  designato 
mori  '. 

Queste  due  leggende  mi  richiamano  ad  una  poesia  del  dugento,  con- 
servataci  da  un  codice  magliabechiano  di  Firenze  -.  Un  taie,  che  si 
nomina  gatto  lupesco,  andando  in  pellegrinaggio  s'avviene  in  due  cava- 
lieri  breltoni,  che  ritornano  in  Inghilterra  dopo  essere  stati  gran  tempo 
nel  Mongibello  in  cerca  ed  aspettazione  de!  re  Arturo  : 

Cavalieri  siamo  di  Bretangna 
ke  vegnamo  de  la  montagna 
ke  ll'omo  apella  Mongibello. 
Assai  vi  setno  stati  ad  ostello 
per  apparare  ed  invenire 
la  veritade  di  nostro  sire, 
lo  re  Artù  k'avemo  perduto 
e  non  sapemo  ke  ssia  venuto. 
Or  ne  torniamo  in  nostra  terra, 
ne  lo  reame  d'Inghilterra  3. 

Senz'  avventurarci  nel  mare  pericoloso  délie  ipotesi.  con  buone  ra- 
gioni  storiche  possiamo  affermare  che  i  Normanni  portarono  Ira  noi  e 
popolarizzarono  la  leggenda  Arturiana.  Essi,  corne  opportunamente 
osserva  G.  Paris,  non  portavano  soltanto  le  abitudini  poetiche,  ma 
anche  il  tesoro  délia  epopea  francese  già  formata.  Non  si  contentarono 
di  proseguire  a  cantare  di  Carlomagno  e  dei  suoi  vassalli  corne  face- 
vano  i  loro  fratelli  a  Hastings,  ma  localizzarono  (e  questo  abbiam  veduto 
innanzi  a  proposito  del  passo  di  Gofredo  da  Viterbo>  la  leggenda  ca- 
rolingia  nella  lor  nuova  patria,  e  con  essa  la  leggenda  arturiana  del 
ciclo  brettone  ;  ne  Arturo  è  il  solo  personaggb  d'origine  celtica  che 
stette  nell'antica  dimora  dei  Ciclopi  •». 

Ora,  che  cosa  restô  délia  leggenda  carolingia  del  tempo  de'  Norma- 
ni  in  Sicilia  ?  Se  vogliamo  stare  aile  testimonianze  storiche  ed  aile  re- 
liquie  viventi,  poco,  assai  poco.  Nessun  documento,  che  io  conosca, 
parla  di  codesta  leggenda  tra  noi,  nessuna  autorità  ci  sorregge  per 
istabilire  quali  fatti  vi  fossero  stati  compresi,   e  le   vere    e  principali 


i.  Lib.  12  Miracul.,  presso  Gaetaxo  in  Animad.  v.  II,  SS.  Siculorum, 
p.  24,  e  Jsagoge,  c.  12,  p.  87. 

2.  II,  IV,  III. 

3.  Vedi  Le  Rime  inédite  dei  sccoli  xm  t:  xiv  pubblicate  da  T.  Casini  nel 
Propugnatore  di  Bologna,  an.  XV,  disp.  6a,  pp.  3 3^-3 39. 

4.  La  Sicile  dans  ta  littérature  française  du  moyen  âge,  nelle  Nuove  Effemeridi 
Sicilianc  di  Palermo,  série  III,  vol.  II,  p.  217  e  seg.,an.  1875,6  nella  Romania, 
t.  V,  p.   108. 


LE    TKADIZIONI    CAVALLERESCHE    l'OPOLARI    iN    SICIL1A  JÇ)} 

fonti  di  essi.  Probabilmente  avemmo  pur  noi,  corne  i  popoli  dell'  alta 
Italia,  cantatori,  i  quali  cantabant  de  Rolando  et  Oliveiio1,  ma  nessun 
Muratori  ce  ne  reca  documento  in  Sicilia,  e  dobbiamo  supporre  che 
questa  leggenda  non  costituisse  un  vero  e  proprio  ciclo.  Sembra  poi  che 
le  reliquie  popolari  vivent]  confermino  questa  supposizione,  perché  non 
ad  antichissime  e  primitive  fonti  sono  esse  da  riportare,  ma  bensi  a 
quelle  produzioni  che  cronologicamente  e  letterariamente  non  hanno 
da  far  nulla  con  i  racconti  normanni.  Un  accurato  e  minuto  studio  sulle 
tradizioni  leggendarie  del  popolo  siciliano  porta  a  conclusioni  tutt'  altro 
che  dubbie  su  questo  punto.  Le  favole  rappresentate  nei  teatrini  popo- 
lari, raccontate  dai  contastorie,  celebrate  nella  storia  di  Fieravante  e 
Rizzieri  e  ne'  riferiti  frammenti  poetici,  perpetuate  nei  nomi  di  luoghi, 
applicate  ad  uomini  e  cose,  ci  richiamano,  oltre  che  a  Guerrino  e  ad 
altri  protagonisti  di  romanzi  e  poemi  cavallereschi  che  non  formano 
un  ciclo,  a  Carlomagno,  ad  Orlando,  a  Rinaldo  e  ad  altri  astri  minori. 
Un  motivo  nei  quale  uditori  e  spettatori  s'imbattono  del  continuo  è 
quello  di  un  re  pagano  (sinonimo  di  infedele,  africano,  moro,  saracino  , 
che  bandisce  un'  invasione  délia  cristianità  ;  e  contr'  essa  s'avanza  coi 
suoi  vassalli.  In  un  altro  motivo,  un  paladino,  offeso  da  Carlomagno,  ne 
abbandona  indispettito  la  corte,  e  va  pel  mondo,  particolarmente  per 
l'Oriente,  in  cerca  di  avventure.  Tipo  di  questo  paladino  è  Rinaldo,  il 
quale  lasciato  Parigi,  vagabondo  e  audace,  compie  imprese  strane,  pro- 
digiose,  impossibili.  Ecco  i  primi  accenni  aile  fonti  a  cui  alludiarno. 
Gaston  Paris,  nella  sua  magistrale  Histoire  poétique  de  Charlanagne 2, 
notô  corne  questi  due  motivi,  ripetuti  fino  alla  sazietà  nell'  epica  ca- 
valleresca  italiana,  s'incontrino  il  primo  neW  Aspramonte,  il  secondo  nella 
Spagna.  V Aspramonte  è  opra  di  Andréa  da  Barberino,  l'autore  de'  Reali 
di  Francia,  e  la  Spagna  è  un  poema  basato  sopra  il  poema  franco-ita- 
liano  dell'  Entrée  de  Spagne  e  appartenente  alla  grande  compilazione 
dei  Reali  stessi.  È  noto  che  i  Reali  non  vengono  direttamente  dalle 
Chansons  de  geste  francesi,  ma  da  un  gruppo  intermedio  di  poemi  franco- 
italiani  ;  tuttavia  saremmo  in  errore  se  volessimo  riferirci  a  questi  corne 
a  sorgenti  immédiate  délia  materia  délie  nostre  tradizioni  teatrali,  leg- 
gendarie, poetiche,  topografiche.  Accettiamo  addirittura  i  Reali,  e  non 
cerchiamo  fonti  anteriori,  per  la  storia  di  Sicilia  inaccettabili. 

Il  secondo  de'  due  motivi  citati,   sviluppatissimo  nell'  isola,  prende 
forma,  colore  e  personificazione  in  Rinaldo  ed  Orlando  Rinaldo,  che  non 


i.  Muratori,  Antiquitates  italicae,  Dissertazione  XXIX.  Vedi    anche  Ru- 
bieri,  Storia  délia  poesia  popol.  in  Italia,  p.  I,  c.  IX. 
2.  Chap.  IX.  Paris.  1865. 


594  G-   pitre 

si  trova  mentovato  nell'  epopea  francese  altro  che  nella  Chanson  délia 
quale  egli  e  i  suoi  fratelli  sono  gli  eroi,  diventa  in  Sicilia  e,  corne 
pur  vedremo  in  Italia,  personaggio  di  straordinaria,  di  principalissima 
importanza,  attorno  al  quale  e  pel  quale  si  muove  tutto  un  mondo  di 
uomini  e  di  esseri  soprannaturali.  Qualunque  sia  la  potenza  di  Carlo- 
magno,  il  ciclo  délie  leggende  non  prende  più  le  mosse  da  lui,  ma  dal 
signor  di  Montalbano.  Tipo  ragguardevole  di  cavalière,  costretto  ad  im- 
pugnar  per  propria  difesa  le  armi  in  presenza  stessa  di  Carlo,  egli  è 
bandito  dalla  Corte  impériale  e  pellegrino  e  guerriero  è,  anche  in  esilio, 
oggetto  di  persecuzioni  e  di  odii.  Altri  lo  seguono  nella  sua  vita  fortu- 
nosa,  cagione  perenne  il  tristo  Gano  di  Maganza,  che  tenendo  le  chiavi 
del  debole  cuore  di  Carlo,  perfidia  a  danno  dei  figli  d'Amone  e  dei  loro 
amici  e  vassalli.  Da  qui  gli  odii  implacabili  tra  la  casa  Chiaramonte  e  la 
casa  di  Maganza,  dove  lo  indomito  Rinaldo  è  perpetuo  bersaglio  del 
vile  consigliere  di  Carlo.  E  Carlo  non  è  il  saggio,  il  valoroso,  il  magna- 
nimo  principe  délia  storia,  ma  un  vecchio  ribambito,  un  essere  fiacco, 
sîolto,  capriccioso  ed  anche  infido. 

Tutto  questo  ed  i  casi  svariatissimi  che  s'aggruppano  al  suo  nome 
non  che  a  quello  di  Orlando  ci  menano  senz'  altro  al  secondo  periodo 
dell'  epopea  cavalleresca  in  Italia,  nella  quale  i  poeti  partendo  dai  Reali 
e  forse  de  poemi  franco-italiani  non  giunti  fino  a  noi,  tolsero  ad  argo- 
mento  di  cantari  d'ogni  specie  le  avventure  di  Rinaldo  :  primo  tra  tutti, 
Luigi  Pulci  col  suo  Morgante  Maggiore.  Da  lui  dobbiamo  riconoscere 
gran  parte  délia  materia  rinaldesca  di  Sicilia,  da  lui  e  dai  suoi  seguaci 
ed  imitatori  i  tratti  caratteristici  dell'  epica  romanzesca  popolarissima 
tra  noi.  Ben  è  vero  che  la  materia  del  Morgante  è  quasi  tutta  in  un 
poema  anteriore  al  Pulci,  corne  fu  luminosamente  dimostrato  dal  Rajna, 
onde  al  Pulci,  non  più  creatore  ma  imitatore,  resta  solo  il  vanto,  certo 
grandissimo,  di  qualche  episodio  di  sua  invenzione  e  délia  forma  stu- 
penda  '  ;  ma  non  c'  è  nessuna  ragione  per  derivare  da  un  manoscritto 
sconosciuto  finora  e  forse  inedito,  piuttosto  che  dal  célèbre  poema  pul- 
ciano,  la  storia  tra  le  storie  di  Rinaldo  in  Sicilia.  D'altro  lato  è  évidente 
che  le  storie  molteplici  e  svariate  dell'  indomito  paladino  provengono  da 
poemi  che  continuarono,  imitarono,  ovvero  tennero  sempre  di  vista  il 
Morgante.  Se  non  nel  Dodonello  e  nello  'Mpcrador  d'Aldelia,  e  nella 
Calidonia,  e  nel  Castcllo  del  gran  Lago  e  in  altre  storie  poetiche  del  ciclo 
di  Rinaldo,  nell'  Altobello  e  Re  Trojano,  nella  Regina  Anchroja,  nell'  In- 
namoramento  di  Carlomagno,  nella  Leandra  Innamorata,  nel  Rinaldino,  nel 


i.  Raina,  La  materia  del  Morgante  in  an  ignoto  poema  cavallercsco  del  sec. 
xv,  nel  Propugnatorc,  an.  2a,  disp.   1-30.  Bologna,  1869. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLARI    IN    SICILIA  }9$ 

Rinaldo  appassionato,ecc.,ecc.,è  da  cercare  la  tela  di  assai  altri  racconti 
di  origine  schiettamente  italiana,  done  Rinaldo  è  tuîto  o  quasi  îutto. 
Imperciocchè  nelP  Italia,  e  perô  in  Sicilia,  il  favore  del  pubblico  fu 
sempre  rivolto  a  Rinaldo  più  che  agli  altri  paladini  ;  e  se  questi  vollero 
mantenersi  in  fa  m  a  e  non  esser  posti  da  parte  come  vieti  arnesi,  do- 
vettero  tramutarsi  a  sua  simiglianza  deponendo  le  spoglie  antiche  '.  E 
pero  le  simpatie  per  Orlando,  cugino  di  lui  e  come  lui  indomito,  audace, 
prode  anche  senza  la  fatata  Durlindana,  indocile  délia  insipiente  prepo- 
tenza  dello  zio.  Orlando  dà  luogo  ad  altri  motivi  sviluppatisi  nell'  Or- 
lando innamorato,  nel  Furioso  e  negli  altri  poemi  minori  del  cinque 
e  del  seicento,  per  Ruggiero,  per  Bradamante,  per  Marfisa,  per 
Angelica,  imitazioni  quale  del  Boiardo,  quale  dell'  Ariosto.  E  non  mi 
fermo  più  che  tanto  su  questo,  perché  la  cosa  appare  chiarissima  dai 
fatti  che  precedono.  Ed  in  ragione  di  queste  fonti  riuscirà  agevole  darsi 
ragione  dello  spirito  prédominante  in  tutte  le  tradizioni  in  Sicilia,  del 
costante  loro  indirizzo  vuoi  nel  teatro,  vuoi  nel  racconto  délie  imprese 
svariate  ma  ripetentisi  sempre  dei  paladini,  dell'  intervento  di  esseri 
soprannaturali,  dell'  ambiante  tutto  nel  quale  vivono  e  si  muovono  uo- 
mini  e  donne,  cristiani  e  saraceni,  eroi  e  gente  volgare.  Dai  Reali  final- 
mente  ritrae  la  tendenza  perpétua  dei  contastorie  alla  genealogia,  le 
troppo  ingénue  cognizioni  geografiche,  l'accozzo  impossibile  di  fatti  e 
di  nomi  in  un  dato  gruppo  di  storie  da  questi  raccontate  ;  come  dall' 
Innamorato  e  dai  Furioso  conviene  riconoscere  gli  arditi  e  più  che 
virili  scontri  di  saracene  e  di  cristiane,  gl'  incanti  continui,  i  colpi  stre- 
pitosi,  l'arrischiosa  e  fantastica  valentia,  e  i  sogni  e  le  visioni  e  la  corsa 
inconsiderata  e  tumultuosa  verso  sbaragli  temerari,  complicati,  in- 
credibili. 

Frattanto  quale  sarà  l'avvenire  délie  tradizioni  cavalleresche  tra  noi  ? 

Nessuno  puô  prevederlo  ;  ma  l'avvenire  non  lontano  sarà  probabil- 
mente  non  dissimile  dai  présente.  Il  tesoro  délie  leggende  non  si  accre- 
scerà  più  di  quello  (ed  è  già  molto-  che  è,  perché  l'era  délia  poesia  ca- 
valleresca  in  Italia  è  già  chiusa  da  un  pezzo,  prima  ancora  degli  ultimi 
sforzi  parodiaci  del  Forteguerri,  coi  quali  il  popolo  siciliano  fu  ed  è 
assai  più  giusto  che  i  letterati.  Non  resta  se  non  Yopra  ed  il  conto  : 
questo  inalterato,  immutato,  quella  ail'  apice  délia  sua  fortuna. 

Da  centinaia  d'anni  quest'  opra  sta  aperta  al  popolino  minuto,  e  nes- 
suno mai  ha  levata  la  voce  contro  di  essa  ;  ne  so  che  altri  mai  l'abbia 
creduta  alla  morale  ed  ai  costumi  nociva.  Solo  pochi  anni  addietro  i 


1.  Rajna,  Rinaldo  dai  Montalbano,  nel   Prapugnatore,  vol.    III,   par.    2a 
p.   125. 


596  G.    PITRE 

delicati  nervi  di  qualche  rappresentante  la  quarta  0  quinta  potenza  dello 
stato  se  ne  son  risentiti.  Un  diarista  scrivea  :  0  I  teatri  di  burattini  délia 
nostra  città  fanno  vedere  troppe  spade  e  troppi  pugnali  (?)  ai  nostri 
monelli.  Non  è  tra  le  cose  possibili  che  il  pascolo  degli  occhi  produca 
certi  effetti  pericolosi  sul  sistema  nervoso  e  contribuisca  con  cifre  alte 
alla  statistica  dei  reati  di  sangue  ?  L'autorità  municipale  e  quella  di 
P.  S.  dovrebbero  d'accordo  studiare  il  quesito  e  cercarne  la  soluzione'.  0 
Un  altro  non  si  contentô  di  proporre  il  quesito,  ma  protestô  «  per  im- 
pulso  d'amor  patrio  »  fin  dove  non  va  a  ficcarsi  l'amor  di  patria!) 
«  contro  il  secolare  malvezzo  délie  vandaliche  rappresentazioni,  che 
giornalmente  hanno  luogo  nei  teatrini  di  marionette...  Di  Rinaldi  ma- 
landrini  e  ladri,  di  Rinaldi  ribelli  ed  assassini  e  di  quelle  madornali 
assurdità  che  fanno  perdere  perfino  la  divina  particula,  avea  bisogno 
solo  il  medio  evo  ;  »  e  conchiuse  reclamando  «  il  pronto  e  immediato 
divieto  »  di  cosiffatte  rappresentazioni  2;  esigenza  speciosa  anche  pei 
diaristi  non  siciliani  ?.  Anche  i  poeti  chiamiamoli  cosi  per  maniera 
d'intenderci  hanno  avuto  il  patrio  zelo  di  denunziare  aile  autorità  di 
pubblica  sicurezza  e  municipale  questi  poveri  opranti.  Ho  sott'  occhio  una 
diceria  in  versi  del  sig.  Giovanni  D'Albis  palermitano,  che  è  una  re- 
quisitoria  contro  /  teatrini  di  marionette,  dai  quali  prende  il  titolo.  Sa- 
rebbe  curioso  il  conoscerla,  non  già  per  quello  che  vuole  contro  gli 
opranti,  ma  per  quello  che  dice  intorno  ad  essi,  confermando  in  ende- 
casillabi  le  notizie  che  io  ho  date  in  prosa  4. 

Studiando  con  intendimenti  scientifici  la  vita  del  popolo,  io  non  entro 
per  nulla  a  discutere  affermazioni  che  dimostrano  poca,  assai  poca  co- 
noscenza  di  questi  teatrini  e  dello  spirito  cavalleresco  délie  storie  che  vi 
si  rappresentano.  Un  tratto  di  penna  del  primo  questore  0  del  primo 
sindaco  che  capiti  potrà,  è  vero,  chiudere  i  teatrini  di  Palermo,  questi 
«  ispiratori,  »  «  consiglieri,  »  «  istigatori  di  delitti  e  d 'immoralité,  » 
ma  non  si  cessera  per  questo  dal  raccontare  la  storia  dei  paladini,  ne 
si  perderà  cosi  presto  la  tradizione  che  codesti  teatrini  ha  fatto  fre- 
quentare  fino  ad  ora.  Se  un  divieto  officiale  non  avrà  luogo,  il  teatro  délie 
marionette  durera  ancora  dell'  altro  ;  e  se  un  divieto  ci  sarà  in  Palermo, 
chi  dice  che  altro  simile  ce  ne  sarà  anche  in  Messina,  Catania,  Tra- 
pani,  Sicilia  tutta?  I  contastorie  palermitani  cacciati  via  da  alcune  piazze 
in  Napoli,  si  pensava  testé  a  fornir  loro  un  posto  a  cura  del  municipio 


1.  Lo  Statuto,  an.  I,  n.   17.  Palermo,  16  aprile  1876. 

2.  L'Am       '  V),  an.  XVIII,  n     326.  Palermo,  26  novembre  1877. 

3.  //  Faufulla,  an.    VIII,  n.    333.  Roma,   9   dicembre    1877  \Cosc  di  Pa- 
lermo) . 

4.  Poésie  diGiov.  D'Alms,  p.   56.  Palermo,  Stamp.  Militare  1878. 


LE    TRADIZIONI    CAVALLERESCHE    POPOLAR1    IN    SîCILIA  597 

si  ridussero  al  coperto,  nelle  loro  case,  dove  nessuno  ha  diritto  di  scio- 
gliere  riunioni  disarmate  ed  innocue.  Alcuni  opranti  forse  farebbero  vita 
da  zingari  per  l'isola,  ma  non  rinunzierebbero  ad  una  occupazione  che 
è  per  essi  mestiere,  mezzo  di  sussistenza,  passione  géniale.  Le  tra- 
dizioni  non  si  perdono  facilmente  !  Le  cagioni  che  le  mantennero  finora, 
persistono  ;  ne  i  grandi  fatti  contemporanei  accaduti  sotto  gli  occhi  de' 
popolani  passati  e  presenti  hanno,  per  quanto  grandi,  il  maraviglioso,  il 
soprannaturale  che  costituisce  l'attraltiva  dell'  epopea  del  ciclo  di  Carlo, 
di  Rinaldo,  di  Orlando.  Questo  teatro  ha  una  ragione  storica  nello  spi- 
rito  del  popolo  méridionale  d'Italia  ;  ed  è  mantenuto  vivo  da  ragioni 
psicologiche  ed  etniche  ad  un  tempo,  ed  in  tutto  relative  ail'  indole  délia 
gente  nostra.  Se  la  materia  di  esso  è  accetta  fin  da  quando  venne  in- 
trodotta,  anche  allora  che  la  passione  per  le  storie  cavalleresche  comin- 
ciava  a  intiepidire  nella  penisola  perché  è  un  fatto  particolare  offerto 
dalla  nostra  storia  che  quando  nel  continente  italiano  la  sacra  rappre- 
sentazione  diventa  opéra  d'arte,  in  Sicilia  acquista  straordinaria  popo- 
larità,  e  quando  l'epica  cavalleresca  déclina,  si  fa  strada  e  divulga  tra 
la  gente  nostral,  ciô  vuol  dire  che  trovô  terreno  propizio  al  suo  tra- 
piantamento,  pur  rimanendo  quale  fu  portata,  senza  notevole  sviluppo 
e  solo  con  considerevoli  spostamenti  ed  intrusioni. 

Qui  corne  in  altro  studio  di  demopsicologia  la  teoria  è  presso  che  la 
medesima.  Affinchè  una  poesia  diventi  canto,  una  narrazione  leggenda, 
bisogna  che  l'una  e  l'altra  abbiano  in  se  le  condizioni  favorevoli  alla 
diffusione  ed  alla  popolarità.  Si  accolsero,  mano  mano  che  si  conobbero 
dai  nostri  contastorie  ed  opranti,  certe  finzioni  cavalleresche  ?  Trova- 
rono  esse  uditori  presso  quelli,  spettaîori  presso  questi ?  Ebbene  esse 
doveano  portare  in  se,  corne  portano,  elementi  che  si  affanno  alla 
fantasia,  ail'  immaginazione  ardente  del  popolino  siciliano. 

La  passione  per  la  cavalleria  del  medio  evo  ha  un  certo  addentellato 
anche  in  un  fatto  religioso.  La  lotta  eterna  dei  personaggi  dell'  epopea 
cavalleresca  si  aggira  sempre  tra  cristiani  ed  infedeli.  La  religione  c'en- 
tra  sempre  in  prima  linea,  o  almeno  affacciasi  attraverso  gli  amori  e  le 
imprese  più  profane.  Questo  non  è  poco  per  un  popolo  profondamente 
cristiano  e  devoto  corne  il  nostro.  Quando  si  pensi  che  la  Vergine  pa- 
trona  di  Palermo,  figlia  di  Sinibaldo  signore  di  Rose  e  di  Quisquina, 
S.  Rosalia,  si  fa  discendere  in  linea  retta  da  Carlomagno,  non  è  a  ma- 
ravigliare  che  il  popolo  siciliano,  tenace  nelle  s'je  credenze  corne  nelle 
sue  tradizioni,  tenga  in  tant'  onore  il  ciclo  epico  carolingio,  e  parli  con 
tanto  entusiasmo  di  Rinaldo  e  di  Orlando,  e  ricordi  con  un  orgoglio  che 
ha  del  nazionale  : 

Le  donne,  i  cavalier,  l'arme,  gli  amori, 
Le  cortesie.  l'audaci  imprese 


398  G.    PITRE 

No,  non  concorriamo  anche  noi  a  mandar  a  maie  questi  ultimi  avanzi 
di  un  passato  che  è  storia  letteraria,  civile  e  morale  d'italia.  Essi  rap- 
presentano  pel  popolo  ciô  che  per  la  gente  che  sa  leggere  e  scrivere 
sono  i  libri  più  favoriti  in  un  tempo,  il  génère  di  moda.  L'uomo  è 
sempre  lo  stesso,  e  i  suoi  gusti  e  le  sue  tendenze  si  modificano,  mu- 
tano,  ma  egli  rimane  uomo. 

«  La  differenza,  dice  il  Rajna,  anzichè  nella  cosa  in  se  medesima, 
sta  negli  accidenti.  Gl'  italiani  del  quattrocento  non  si  sarebbero  mai 
saziati  di  udir  descrivere  battaglie  e  duelli,  e  noi  porgiamo  sempre 
avido  orecchio  a  chi  ci  narri  di  adulteri  amori  ;  essi  amavano  i  Rinaldi 
e  le  Galazielle,  noi  gli  Armandi  e  le  signore  délie  Camelie  ;  essi  senti- 
vansi  allettati  dai  draghi  e  dai  grifoni,  noi  dai  mostri  in  forma  umana  ; 
essi  dalle  fellonie  dei  Maganzesi,  noi  dagli  avvelenamenti  e  dai  suicidii. 
Mutarono  i  gusti,  ma  l'uomo  rimase  sempre  quel  desso,  e  del  pari  che 
allora,  oggidi  mai  non  è  sazio  di  vedere  rappresentati  quei  sentimenti 
che  gli  stanno  nel  cuore.  Quindi  è  che  siccome  nei  giuochi  si  rivelano 
più  manifeste  le  tendenze  dei  fanciulli,  cosl  ci  è  d'uopo  ricorrere  ai 
libri  destinati  a  sollievo  dell'  animo,  se  vogliamo  acquistare  perfetta 
conoscenza  dei  costumi  e  dei  sentimenti  di  un'  età  '.  » 

Giuseppe  Pitrk. 


1  .  //  Propugnatore,  loc.  cit.,  p.   124. 


MÉLANGES 


i. 

UN  POÈME  RETROUVÉ  DE  CHRÉTIEN  DE  TROYES. 

Le  vendredi  7  mai,  j'ai  fait  à  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  la 
communication  suivante,  que  je  reproduis  ici. 

Dans  un  passage  bien  souvent  cité,  au  début  de  son  poème  de  Cligès, 
Chrétien  de  Troyes  rappelle  les  ouvrages  qu'il  a  composés  antérieu- 
rement : 

Cil  qui  fist  d'Erec  et  d'Enide, 

Et  les  comandemenz  d'Ovide 

Et  l'Art  d'amors  en  romanz  mist, 

Et  le  Mors  de  l'espaule  fist, 

Del  roi  Marc  et  d'Iseut  la  blonde, 

Et  de  la  hupe  et  de  l'aronde 

Et  del  rossignol  la  Muance 

Un  autre  conte  recomence. 

Nous  avons  bien  Eree  et  Enuie,  mais  les  autres  ouvrages  ont  tous,  jus- 
qu'à présent,  été  regardés  comme  perdus.  Je  viens  d'avoir  le  plaisir  de 
retrouver  le  dernier,  la  Muance  de  la  hupe  et  de  l'aronde  et  del  rossignol, 
c'est-à-dire  l'histoire  de  Térée,  de  Procné  et  de  Philomèle.  A  la  fin  du 
xme  siècle  ou  au  commencement  du  xiv%  un  compatriote  et  homonyme 
de  l'auteur  de  Cligès,  Chrétien  Legouais  de  Sainte-More,  près  Troyes, 
composa  d'après  les  Métamorphoses  d'Ovide  un  immense  poème,  dans 
lequel  les  fables  d'Ovide  sont  d'abord  traduites,  puis  accompagnées  d'in- 
terprétations, d'explications  allégoriques  et  de  «  moralisations.  »  A  deux 
reprises,  Legouais  a  inséré  dans  son  œuvre  des  versions  plus  anciennes 
des  fables  d'Ovide  :  l'une  est  celle  de  Pyrame  et  Thisbé,  dont  on  connaît 
trois  manuscrits  isolés,  et  qui  a  été  publiée  par  Méon;  l'autre  est  la  Phi- 
lomèle ou  Philomena  de  Chrétien  de  Troyes.  Legouais  n'a  pas  prétendu, 


400  MÉLANGES 

d'ailleurs,  s'approprier  l'œuvre  d'autrui  ;  il  dit  très  ouvertement  qu'il  re- 
produit le  conte  de  Pyrame  «  si  comme  uns  autres  l'a  ditté  »,  et  celui  de 
Philomena  a  si  corn  Crestiens  le  raconte.  »  Le  volume  de  l'Histoire  litté- 
raire de  la  France  actuellement  sous  presse  contiendra  une  notice  sur  la  Phi- 
lomena de  Chrétien  de  Troyes;  j'ai  voulu  seulement  en  signaler  l'existence 
à  l'Académie.  Il  est  intéressant  de  remarquer  que  le  poète  se  nomme  lui- 
même  dans  le  cours  du  récit  «  Crestiens  li  rois,  »  et  que  ce  surnom  est 
attesté  par  la  rime.  Il  était  inconnu  jusqu'à  présent  et  se  rattache  peut- 
être  à  la  profession  de  héraut  d'armes  que  certains  indices  portent  à  at- 
tribuer à  l'auteur  du  Chevalier  au  lion  ' . 

Je  connais  jusqu'à  présent  quatorze  manuscrits  de  Y  Ovide  moralisé,  il 
faudra  les  consulter  pour  donner  une  édition  de  la  Philomena.  Malheu- 
reusement on  ne  sera  pas  sûr,  malgré  des  sources  en  apparence  aussi 
abondantes,  de  pouvoir  restituer  le  texte  original  de  Chrétien  de  Troyes; 
on  ne  pourra  rétablir  que  le  texte  du  manuscrit  où  Chrétien  Legouais  a 
copié,  pour  le  faire  entrer  dans  son  Ovide,  le  poème  de  son  devancier. 

G.   P. 


II. 
LA  VIE  DE  SAINTE  CATHERINE 

DE  SŒUR  CLÉMENCE  DE  BARKING. 

Arthur  Dinaux,  dans  son  volume  intitulé  Les  Trouvères  brabançons,  etc. 
p.  670-67  3  j ,  a  le  premier,  en  1 86  3 ,  signalé  une  vie  de  sainte  Catherine 
en  vers  français  qui  se  trouve  dans  un  ms.  delaSorbonne  du  commence- 
ment du  xivc  siècle,  et  dont  l'auteur  se  désigne  comme  «  Suer  Dimence, 
nonain  de  Berchinge.  »  D'après  Dinaux,  «  c'est  probablement  à  nos  pro- 
vinces du  Nord  ou  de  la  Belgique  que  cette  femme  inspirée  apparte- 
nait. »  Il  est  vrai  qu'on  ne  trouve  pas  de  couvent  de  Berchinge  dans 


1.  Quand  cette  notice  a  été  rédigée,  je  n'avais  vu  qu'un  seul,  et  le  moins 
bon,  des  manuscrits  qui  contiennent  V Ovide  moi  alise.  En  consultant  les  autres, 
j'ai  été  fort  surpris  de  voir  qu'au  lieu  de  ce  conte  Crestiens  li  rois,  ils  portent 
Crestiens  ligois,  ou  le  gois,  ou  /;'  gais.  Ce  surnom,  qui  rappelle  singulièrement 
celui  que  deux  manuscrits  attribuent  à  l'auteur  même  de  Y  Ovide  moralisé, 
«  Chrestien  Legouais  de  Sainte-More,  »  est  fait  pour  jeter  les  critiques  dans 
de  grands  embarras.  J'ai  touché  plus  longuement  la  question  dans  l'article,  main- 
tenant imprimé,  de  l'Histoire  littéraire.  Je  me  borne  à  dire  qu'il  n'en  est  pas 
moins  assuré  que  la  Philomena  est  bien  de  Chrétien  de  Troyes. 


LA    VIF.    DE    SAINTE    CATHERINE  40 1 

cette  région,  où  on  ne  relève  que  des  localités  appelés  Berblinghem, 
Berghem  ou  Barchem,  dans  lesquelles  on  ne  signale  aucune  communauté 
de  femmes  ;  mais  «  qui  nous  dit  que  le  temps  n'a  pas  pu  changer  et 
détruire  une  maison  religieuse  de  peu  d'importance  dans  nos  contrées 
qui  en  furent  si  surchargées  à  certaines  époques?  » 

D'après  l'initiative  de  Dinaux,  V Histoire  littéraire  de  la  France  a  at- 
tribué «  sœur  Dimence  »  au  nord-est  de  la  langue  d'o'il  et  au  commen- 
cement du  xive  siècle,  et  lui  a  consacré  une  notice  à  cette  date  (t.  xxvm, 
p.  253-261^.  L'auteur  de  cette  notice  a  seulement  fait  remarquer  que 
sœur  Dimence  s'était  bornée  à  remanier  un  poème  plus  ancien  sur  le 
même  sujet,  dont  les  expressions  vieillies  et  sans  doute  aussi  les  rimes 
trop  libres  choquaient  ses  contemporains. 

L'opinion  de  Dinaux,  dont  il  n'allègue  d'ailleurs  aucune  preuve,  si  ce 
n'est  la  date  du  manuscrit  actuellement  B.  N.  fr.  16,565!  où  cette  vie  est 
conservée,  est  cependant  doublement  erronée,  comme  le  hasard  vient  de 
m'en  fournir  la  preuve.  Le  ms.  1 1  2  du  fonds  Libri  dans  la  collection  d'Ash- 
burnham-Place,  ms.  qui  a  été  soustrait  à  la  bibliothèque  de  Tours,  où 
il  provenait  des  Lesdiguières  (voy.  ci-dessus,  p.  265),  contient,  comme  on 
sait  (voy.  mon  Alexis,  p.  4]  :  i°V  Assomption  delà  vierge  Marie  de  Herman 
de  Valenciennes  ;  20  La  Vie  de  saint  Alexis;  3°  La  Vie  de  saint  Brandan; 
40  La  Vie  de  sainte  Catherine.  L'été  dernier,  les  manuscrits  de  lord  Ash- 
burnham  ayant  été  déposés  provisoirement  au  British  Muséum,  j'obtins 
l'autorisation  de  faire  copier  ce  manuscrit;  j'avais  demandé  cette  auto- 
risation en  vue  du  Saint-Brandan,  mais  je  priai  miss  Lucy  T.  Smith, 
à  qui  je  dois  adresser  ici  tous  mes  remerciements,  de  vouloir  bien  aussi 
transcrire  pour  moi  la  Vie  de  sainte  Catherine.  Je  ne  fus  pas  peu  surpris, 
quand,  il  y  a  quelques  mois,  j'examinai  ce  texte,  d'y  reconnaître  le  poème 
attribué  à  sœur  Dimence,  lequel  se  trouvait  ainsi  considérablement  plus 
ancien  qu'on  ne  l'avait  jugé.  Si  en  effet  le  manuscrit  en  question  ne  re- 
monte pas  au  milieu  du  xne  siècle  [Alexis,  1.  c.) ,  il  est  de  la  fin  de  ce  siècle 
ou  tout  au  plus  du  commencement  du  suivant.  L'auteur  peut  donc  être 
regardé  comme  appartenant  au  xne  siècle.  Cette  circonstance  donne  un 
grand  intérêt  au  passage  déjà  indiqué,  et  que  je  reproduirai  ci-dessous, 
dans  lequel  elle  déclare  ne  faire  que  rajeunir  une  œuvre  plus  ancienne. 

Le  nom  de  l'auteur  n'est  pas  non  plus  le  même  dans  le  ms.  de  Tours 
que  dans  celui  de  Paris  :  le  premier  donne  Clémence  et  non  Dimence,  et 
ce  nom  me  paraît  le  meilleur.  L'original  portait  sans  doute  Climence,  qui 
est  la  forme  la  plus  usitée  au  moyen  âge,  et  on  sait  combien  il  est  fré- 
quent que  cl  ait  été  lu  d. 

Enfin  le  ms.  de  Tours  nomme  le  couvent  où  habitait  sœur  Clémence 
Berekinge  et  non  Berchinge,  ce  qui  donne  au  vers  le  nombre  de  syllabes 
qu'il  lui  faut.  Comme  il  n'y  a  d'ailleurs  aucune  espèce  de  raison  pour 
Romania,  XIII.  26 


402  MELANGES 

faire  de  Clémence  une  Flamande,  et  que  le  plus  ancien  texte  de  son 
œuvre  nous  apparaît  en  Angleterre,  nous  reconnaîtrons  tout  naturel- 
lement dans  Berekinge  le  Berecinge,  Berekinge  anglais,  aujourd'hui  Bar- 
king,  tout  près  de  Londres,  où  existait  en  effet  une  célèbre  abbaye  de 
Bénédictines. 

Voici,  d'après  les  leçons  comparées  des  deux  manuscrits,  les  passages 
où  Clémence  parle  d'elle-même  : 

Uns  Deus  en  sainte  trinité 
Par  sa  pité  me  deint  aidier 
A  ceste  oevre  que  vueil  traitier 
D'une  sue  veraie  amie, 
De  cui  vueil  translater  la  vie, 
De  latin  espondre  en  romans, 
Pur  ço  que  plus  plaise  as  oians. 
Ele  fu  jadis  translatée, 
Sulunc  le  tens  bien  ordenée  ; 
Mais  ne  furent  dune  si  veisdus 
Li  hume  ne  si  envius 
Cum  il  sunt  al  tens  qui  est  ore, 
Et  après  nus  peiur  encore. 
Pur  ço  que  li  tens  est  mués 
E  des  humes  la  qualités 
En  est  la  rime  vil  tenue, 
Car  ele  est  alques  corrumpue. 
Pur  ço  si  l'estuet  amender, 
Le  tens  sulunc  la  gent  user. 
Ne  l'ament  pas  pur  mun  orgueil, 
Car  point  prisée  estre  n'en  vueil  : 
11  suis  en  det  loenge  aveir 
De  cui  sai  mon  povre  saveir. 


Je  ki  la  vie  ai  translatée 

Par  nun  sui  Climence  '   numée, 

De  Berekinge  sui  nunain  ; 

Pur  s'amur  pris  ceste  oevre  en  main. 

A  tu/,  cels  qui  cest  livre  orrunt 

E  qui  de  bon  cuer  l'entendrunt 

Pur  amur  Deu  pri  et  requier 

Qu'il  vueillent  Deu  pur  mei  preier 

Qu'il  m'anme  mete  en  pareis 

E  guart  le  cors  tant  cum  est  vis, 

Qui  vit  e  règne  e  régnera 

Et  est  et  ert  e  parmaindra. 


i  T  clémence,  P  dimence. 


UNE    TRADUCTION    D'ANDRÉ"    LE    CHAPELAIN  403 

J'ai  remis  à  M.  U.  Jarnik,  professeur  à  l'université  tchèque  de  Prague, 
l'excellente  copie  du  manuscrit  de  Tours  que  je  dois  à  miss  L.  T.  Smith  ; 
il  a  copié  le  manuscrit  de  Paris,  et  il  prépare  de  la  Vie  de  sainte  Cathe- 
rine de  sœur  Clémence  de  Barking  une  édition  critique  que  ce  poème 


mérite  a  tous  égards. 


G.  P. 


III. 

KACHEVEL. 

Comme  nous  nous  en  sommes  aperçu  après  coup,  l'étymologie  que 
nous  avons  donnée  de  kachevel  [Romania,  t.  XI,  p.  109)  avait  déjà  été  indi- 
quée par  A.  Tobler,  p.  42  de  sa  Darstellung  der  lateinischen  C obligation 
und  ihrer  romanischen  Gestaltung  nebst  einigen  Bemerkungen  ziun  provenzalis- 
chen  Alexanderliede,  Zurich,  1857). 

J.  Cornu. 


IV. 
UNE  TRADUCTION  D'ANDRÉ  LE  CHAPELAIN 

AU  XIIIe  SIÈCLE. 

J'ai  indiqué  récemment  ici  (xii,  526)  la  mention  faite  par  Nicole  de 
Margival,  l'auteur  du  roman  de  la  Panthère  d'Amours,  d'une  version  du 
livre  «  qu'on  appelle  en  français  Gautier,  »  c'est-à-dire  du  traité  d'André 
le  Chapelain  sur  l'amour,  composée  avant  la  fin  du  xiu*  siècle  par  un 
poète  dont  Nicole  fait  l'éloge,  et  auquel  le  seul  des  deux  mss.  de  la  Pan- 
thère qui  ait  conservé  les  vers  afférents  donne  le  nom  étrange  de  Diex  de 
la  vache.  Ce  que  je  ne  savais  pas  l'an  dernier,  et  ce  que  j'ai  trouvé  depuis, 
c'est  que  cette  traduction  nous  est  parvenue  en  entier,  avec  le  nom  de 
son  auteur,  moins  bizarre  qu'il  ne  l'est  dans  le  ms.  de  la  Panthère. 

On  a  signalé  plus  d'une  fois,  comme  contenant  une  version  de  l'Art 
d'aimer  d'Ovide,  le  ms.  de  l'Arsenal  3122  (anc.  B.  L.  Fr.  91).  Faisant, 
pour  YHistoire  littéraire  de  la  France,  un  travail  sur  les  versions  d'Ovide  au 
moyen  âge,  j'ai  examiné  ce  manuscrit,  et  j'ai  reconnu  qu'il  contenait  une 
traduction  en  vers  du  livre  d'André  le  Chapelain.  L'auteur,  dans  une 
énigme  assez  singulièrement  disposée,  mais  très  facile  à  déchiffrer,  qui 
termine  son  poème,  donne  son  nom  et  son  «  seurnon  »  ou  nom  de  fa- 
mille :  il  s'appelait  DrouartLa  Vache,  et  c'est  évidemment  le  nom  qui  est 


404  MÉLANGES 

défiguré  dans  le  passage  cité  de  h  Panthère  d'Amours.  Il  nous  apprend  en 
outre  qu'il  termina  son  poème  le  mercredi  8  novembre  1290.  Il  résulte 
de  là  que  Nicole  de  Margival  écrivit  le  sien  après  1290,  puisqu'il  nous 
dit  du  traducteur  du  Gautier  :  mors  est. 

Je  n'ai  fait  que  parcourir  la  version  de  Drouart  La  Vache  :  je  dois 
dire  qu'elle  m'a  paru  médiocre,  et  que  je  n'y  ai  remarqué  aucun  trait 
ajouté  à  l'original  et  qui  ait  de  l'intérêt  pour  les  mœurs  et  les  idées  de 
l'époque  où  vivait  le  traducteur. 

G.  P. 

V. 

SAQUEBUTE  (ANGLAIS  SACKBUT,  ESPAGNOL  SACABUCHEl 

Ce  mot  n'apparaît  en  français  qu'au  commencement  du  xive  siècle,  et 
désigne  une  espèce  de  crochet  que  les  gens  de  pied  adaptaient  au  bout 
de  leurs  lances  pour  agrafer  les  gens  de  cheval  et  les  précipiter  à  terre  : 

A  crochez  et  a  saqucboulcs 

Le  trébuchent  entre  leur  routes. 

[G.  Guiart,  dans  Sainte-Palaye.) 

Saquebute,que  Sainte-Palaye  explique  à  tort  par  «lance,  épée  »,  est  net- 
tement défini  dans  l'exemple  suivant,  tiré  d'un  historien  anonyme,  con- 
temporain de  Guiart  :  «  Adont  (li  Rous  de  Fauquemont'  fist  sa  gent 
armer,  et  il  aussi  s'arma  et  fist  fere  delés  le  fier  de  se  lanche  un  grau  de 
fier  pour  les  garchons  sacquier  jus  de  leurs  chevauls,  et  celle  lanche  au 
grau  de  fier  fu  appellée  saque-boute,  dont  puis  firent  li  Flamenc  faire 
de  tels  bastons  »  [Istore  et  chron.  de  Flandres,  I,  242,  Kervyn). 

Ainsi  les  gens  de  pied  sacquaient,  c'est-à-dire  tiraient  à  eux,  puis 
poussaient  ou  boutaient  le  cavalier,  afin  de  le  désarçonner.  Ils  faisaient 
exactementle  mouvementdujoueurde  trombone  qui  tantôt  allonge,  tantôt 
accourcit  son  instrument,  selon  les  intonations  qu'il  veut  exprimer.  De  là 
sans  aucun  doute  le  nom  de  saquebute  donné  plaisamment  au  trombone 
dès  le  xvc  siècle  : 

Feste  a  Gogo, 

S'on  joue  de  la  sacqueboate. 

(Farce  de  Colin,  Ane.  Théât.  fr.,  I,  243.) 

Au  regard  des  instruments  de  musique,  il  apprit  jouer  du  lue. . .  de  la  viole 
et  de  la  saqueboulte. 

(Rabelais,  1,  23,  Burliaud.) 

Une  saquebute  ou  trompette  de  six  pieds  de  fin  estain. 

(1614).  Puce  cita  dans  les  Mini,  des  ant.  de  Normandie,  t.  xxv.  p.  69). 


ROQUETTE,    BOUQUETTE  40$ 

Ce  mot,  auquel  Littré  ne  donne  ni  historique  ni  étymologie,  est  com- 
posé, comme  on  l'a  vu  plus  haut,  de  deux  impératifs  :  saque  et  boute. 
Scheler  [Dict.  Et  y  m.)  s'est  rendu  compte  du  premier  élément  qui  entre 
dans  la  composition  de  saquebute,  mais  non  du  second,  puisqu'il  a  cru 
voir  dans  l'espagnol  sacabuche  «  quelque  chose  comme  tire-bedaine  ». 
Saquebute  a  échappé  à  M.  Darmesteter  dans  son  très  savant  ouvrage  : 
Formation  des  mots  composés  en  français. 

A.  Delroulle. 


VI. 

BOQUETTE,   BOUQUETTE. 

«  Bouquette,  s.  f.,  l'un  des  noms  vulgaires,  dit  Littré,  du  blé  sarrasin 
dans  le  Nord.   » 

«  Boquette,  s.  f.,  blé  sarrasin  ou  noir  »,  dit  de  son  côté  Louis  Ver- 
messe  ',  dans  son  Dictionnaire  de  la  Flandre  française  ou  wallonne  ;  «  au- 
trefois bouquette  »,  remarque-t-il,  ignorant  sans  doute  que  cette  dernière 
forme,  indiquée  par  Littré  je  ne  sais  d'après  quelle  autorité,  est  usitée  à 
Verviers 2. 

Quelle  est  l'origine  de  ce  mot  ?  Après  avoir  mentionné  la  forme  bou- 
quette, L.  Vermesse  ajoute  :  «  sans  doute  parce  que  la  fleur  de  cette 
plante  forme  un  bouquet.  »  Il  est  à  peine  besoin  de  dire  que  cette  étymo- 
logie n'est  pas  sérieuse  et  que  tout  autre  doit  être  celle  de  boquette  ou 
bouquette  ;  elle  ne  me  paraît  pas  d'ailleurs  difficile  à  trouver.  Si  l'on  re- 
marque que  le  sarrasin  s'appelle  bôkwete  ou  bôkweite  en  moyen  bas-alle- 
mand, bcekweit  en  flamand,  bockwheat  en  anglais,  buchweizen  en  allemand, 
c'est-à-dire  «  froment  hêtre  »  ou  plutôt  «  froment  faîne  »,  «  from  the 
resemblance  of  its  triangular  seeds  to  beechnuts  »,  dit  Prior  3,  on  incli- 
nera tout  naturellement  à  dériver  bouquette  du  radical  b.  a.  bôk*,  ags. 


i.  «  C'est  avec  la  farine  de  boquette,  ajoute-t-il,  que  l'on  fait  les  couques- 
baques  (pâtisserie  fort  estimée  à  Lille).  » 

2.  Lejeune,  Flore  de  Verviers.  Ce  renseignement  m'a  été  donné  par  mon  ami 
et  confrère  de  la  Société  de  linguistique,  M.  E.  Rolland. 

h  Cité  par  J.  Britten  et  R.  Holland  :  A  dictionary  of  english  plant-naines,  s. 
v.  bockwheat.  Skeat  (An  ctymological  dictionary  of  the  english  language)  ne  donne 
que  la  forme  buckwheat.  L'un  et  l'autre  indiquent  aussi  buck  comme  dénomination 
du  sarrasin  ;  «  in  the  central  parts  of  the  East-Norfolk  district  its  only  name», 
dit  Britten. 

4.  Dr.  Karl  Schiller  und  Dr.  August  Lûbben,  Mittelnicderdeutsches  War- 
terbuch,  s.  v. 


406  MÉLANGES 

bôc  «  fruit  du  hêtre  »,  radical  qu'on  retrouve  aussi  sans  doute  dans  le 
vocable  bokettci,  nom,  d'après  Bridel,  du  sarrasin  dans  le  patois  de  la 
Suisse  romande.  C'est  en  partant  du  même  ordre  d'idées  que  le  sarrasin  a 
reçu  le  nom  scientifique  de  fagopymm  [Polygonum]  et  qu'il  porte  en  ca- 
talan le  nom  de  fajol  ',  mot  évidemment  tiré  de  fagus  (hêtre). 

On  pourrait  se  demander  toutefois  comment  il  se  fait  que  le  radical  bôc 
a  pu  servir  ainsi  à  désigner  le  sarrasin,  quand  notre  langue  n'y  a  pas  eu 
recours  pour  dénommer  le  hêtre  :  la  réponse  est  facile  ;  le  français  a 
adopté  le  vocable  bas-allemand  heister,  hester  «  junger  Baum,  namentl. 
von  Eichen  und  Buchen,  »  disent  Schiller  et  Lùbben  2  ^vocabie  qui  se 
joint  souvent  au  radical  bôk  ou  êk,  ainsi  ckheister,  bôkheister)  comme 
nom  du  hêtre,  c'est-à-dire  qu'il  a  pris  le  second  élément  du  composé 
bôkheister  dans  le  sens  même  de  ce  composé  ou  qu'il  a  donné  à  heister, 
au  lieu  du  sens  général  de  «  jeune  arbre  »,  qui  lui  appartient  d'ordinaire, 
le  sens  particulier  de  «  |  jeune)  hêtre  »,  qu'il  n'a  habituellement  que  réuni  à 
bôk}.  On  voit  comment  ce  dernier  radical  est  devenu  inutile  pour  la  dési- 
gnation du  hêtre  ;  il  n'est  point  néanmoins  complètement  inconnu  dans 
nos  patois  :  M.  E.  Rolland  m'a  indiqué  le  mot  boaocha  ibouohha'i,  donné 
par  Oberlin  comme  nom  du  hêtre  au  Ban-de-la-Roche,  et  on  le  trouve 
aussi,  je  crois,  dans  Bouquetot,  nom  d'une  commune  du  Roumois,  où 
j'ai  eu  le  tort  jadis  4  de  voir  un  double  diminutif  du  germ.  bosc  ;  si  Bou- 
quetot,en  effet  dérivait  de  bosc,\\  aurait  eu  autrefois  la  forme  Bosketot;  or  les 
seules  formes  que  l'on  connaisse  sont  Bochetot  1 1 80,  Bouketot  1 198,  Bo- 
quethot  1205,  Boketot  1243,  etc.  s  ;  il  faut  donc  décomposer  ce  mot  non 
en  Bouque-et  o/,mais  en  L'oiique-tot, comme  le  proposait  d'ailleurs  Depping, 
toutefois  en  voyant  dans  bouque  un  dérivé  non  de  bosc,  mais  de  bôc  b  ; 
tôt  est  le  radical  norois  topl,  «  a  grassy  place  »,  employé  si  souvent 
comme  suffixe  dans  la  toponomastique  normande  7. 

Ch.  Joret. 


1.  D.  Jaume  Angel  Saura:  Novissim  dkcionàri  manual  de  las  llenguas  cala- 
lana-castcllana,  s.  v. 

2.  Mittelnieaerdeutsches  Wœrtcrbuch,  s.  v.  heister. 

3.  Il  est  arrivé  ici  quelque  chose  d'analogue  à  ce  qui  s'est  passé  pour  bôhreite; 
de  ce  composé  le  premier  élément  seul  a  servi  à  former  le  nom  wallon  et  picard 
du  sarrasin  ;  de  bôkheister,  le  second  élément,  au  contraire,  est  passé  en  français 
comme  nom  du  hêtre. 

4.  Des  caractères  et  de  l'extension  du  patois  normand,  p.  30,  note  2. 

$.  De  Blosseville  :  Dictionnaire  typographique  du  département  de  l'Eure,  s.  v. 

6.  Ce  radical  sous  sa  forme  bas  ou  haut-allemande  joue  d'ailleurs  un  rôle  con- 
sidérable dans  la  toponomastique  allemande  ;  ainsi  Andoltisbuoch,  Buochbach, 
Buchberg,  Bocholt,  etc.Voy.  Forstemann,  Altdeutsches  Namenbuch,  II,  286,  etc., 
s.  v.  boc. 

7.  Cf.  Des  caractères  et  d-  l'extension  du  patois  normand,  p.   52. 


BOQUET,    BOCHJETTE,    BOQUETIER  407 

VII. 

BUCAILLE. 

«  Blé  sarrasin  »,  dit  Littré,  sans  indiquer  dans  quelle  région  est  usité 
ce  mot  qu'on  rencontre  en  Picardie,  en  particulier  dans  le  canton  de 
Corbie'.  Quelle  en  est  l'étymologie  ?  Littré,  qui  donne  un  passage  d'Oli- 
vier de  Serres  dans  lequel,  d'après  lui,  il  se  trouverait  («  Le  millet 
sarrasin  en  est  une  autre  espèce  que  l'on  appelle  bucail  »),  cite  aussi 
l'opinion  prétendue  du  savant  agriculteur  sur  l'origine  probable  de  ce 
vocable  :  «  D'après  Olivier  de  Serres,  dit-il,  de  bockent,  nom  qu'on  don- 
nait de  son  temps,  en  Hollande,  au  blé  sarrasin.  »  Il  est  évident  que  ce 
soi-disant  bockent  est  le  fl.  boekweit  que  j'ai  donné  plus  haut  ;  mais  je  ne 
sais  sur  la  foi  de  quelle  autorité  Littré  attribue  à  Olivier  de  Serres  l'ex- 
plication étymologique  que  je  viens  de  rapporter  ;  on  ne  trouve  rien  de  sem- 
blable dans  le  Théâtre  d'agriculture  et  Mesnagedes  champs;  voici  du  reste  le 
passage  tel  que  le  donne  l'édition  in-fol.  de  1600,  p.  1 10  :  «  Le  millet- 
sarrazin  en  est  une  autre  espèce  (de  millet),  toutefois  très  différente  des 
précédentes  en  toutes  parties:  c'est  celui  qu'en  France  l'on  appelle  bucail: 
il  a  la  paille  rouge,  etc.  :.  »  L'opinion  d'Olivier  de  Serres  n'a  donc  rien 
à  voir  ici  ;  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  bucaille  vient,  non  du  fl. 
boekweit,  mais  du  radical  b.  a.  bôk,  à  l'aide  du  suffixe-alia,  qui  a  sou- 
vent dans  nos  patois  le  sens  de  diminutifs.  Quant  à  la  présence  de  u 
pour  0  ou  ou,  elle  s'explique  par  une  différence  dialectale  ;  il  y  a  là  tout 
simplement  un  fait  analogue  à  celui  que  présentent  les  dialectes  haut- 
allemands  qui  ont  changé  en  u  l'o  de  bôk. 

Ch.  Joret. 

VIII. 

BÔOJJET,  BOQUETTE,  BOQUETIER. 

«  Bauquet,  s.  m.  (Orne)  :  Pommier  qui  n'est  pas  greffé,  sauvageon  », 
lit-on  dans  Duméril  {Dictionnaire  du  patois  normand,  s.  v.). 
«  Bauquette,  s.  f.  (Orne)  :  fruit  du  bauquet  »,  ibid. 


1.  En  particulier  à  Warloy,  comme  M.  H.  Carnoy  l'a  indiqué  à  M.  E.  Rol- 
land. 

2.  Voici  le  texte  donné  par  Littré  :  «  Le  millet  sarrasin  en  est  une  autre  es- 
pèce que  l'on  appelle  bucail,  etc.  »  Au  mot  sarrasin  le  texte  est  rétabli  à  peu 
près  en  entier,  mais  on  n'y  trouve  point  le  mot  bockent.  L'édition  in-8  de  1639, 
soi-disant  «  revue  et  augmentée  par  l'auteur  »,  donne  p.  96  brucaïl.  Peut- 
être  Olivier  de  Serres  a-t-il  été  induit  à  écrire  bucail  et  non  bucaille,  parce 
qu'on  dit  le  et  non  la-bncaillc  en  picard. 

3.  Ainsi  pescalc,  pour  pescaille,  dans  le  patois  du  Bessin,  petit  poisson. 


408  mélanges 

B auquel  et.bauqucttc  —  ou  plutôt  hoquet  et  hoquette  '  —  ne  sont  pas 
usités  uniquement  dans  le  département  de  l'Orne,  on  les  rencontre  aussi 
dans  d'autres  parties  de  la  Normandie  ;  ils  ne  sont  pas  non  plus  les  seuls 
mots  qui  servent  à  désigner  dans  cette  province  le  pommier  sauvage  et 
son  fruit  ;  Duméril  indique  lui-même  les  mots  bouchillon  —  ajoutez 
boucillon  —  et  suret,  employés,  dit-il,  le  premier  dans  l'Orne,  le  second 
dans  l'arrondissement  de  Valognes  ;  enfin  le  nom  de  boquetier,  qui  se 
trouve  dans  Littré  sans  indication  de  localités,  est  aussi  donné  parfois  en 
Normandie  au  pommier  non  greffé.  Suret  est  usité  surtout  dans  le  Co- 
tentin,  le  Bessin,  la  plaine  de  Caen  et  le  nord  du  Bocage;  baquet  m'a  été 
indiqué  dans  le  sud  du  Bocage,  le  Houlme,  le  pays  d'Auge,  le  Lieuvin 
et  le  Roumois 2  ;  il  est  remplacé  par  hochet  au  sud  du  pays  d'Ouche,  par 
bouchillon  ou  boucillon  dans  le  Corbonnais  ;  enfin  boquetier  se  rencontre 
dans  le  pays  de  Caux  et  le  pays  de  Bray.  Quant  à  hoquette,  ce  mot  est 
usité  dans  l'est  du  pays  d'Auge,  le  Lieuvin,  le  Roumois  et  le  pays  de 
Caux.  Quelle  est  l'origine  de  ces  différents  noms  ?  Lorsqu'on  compare 
les  formes 

baquet,  hoquette,  boquetier 
aux  formes  analogues 

noix,  noyer,  noisette,  noisetier, 
on  est  naturellement  porté  à  tirer  boquetier  de  hoquette  —  dérivation  qui 
d'ailleurs  a  déjà  été  proposée  i  —  tout  comme  noisetier  vient  de  noi- 
sette. Mais  de  même  que  noisette  dérive  de  noix,  on  s'attendrait  à  trouver 
un  simple  bdque,  d'où  hoquette  serait  tiré  ainsi  que  hoquet.  Duméril 
donne  boque,  auquel  il  attribue  le  sens  de  «  coquille  de  noix,  noisette  », 
mot  analogue  au  boque  hypothétique  dont  je  parlais  tout  à  l'heure,  mais 
dont  l'o  est,  à  ce  qu'il  semble,  bref.  Si  ce  vocable,  que  je  n'ai  ni  entendu 
ni  recueilli,  existe  réellement,  on  pourrait,  je  crois,  le  dériver  du  b.  a. 
et  nor.  bok  «  faîne  »,  radical  qui  a,  comme  je  l'ai  montré  dans  un  article 
précédent,  donné  naissance  dans  nos  patois  à  un  certain  nombre  de  dé- 
rivés. Mais  comme  l'o  de  boque  est  bref,  ce  mot  ne  peut  être  le  radical 


i.  L'orthographe  bauquet,  bauquctte  d'Ed.  Duméril,  montre  qu'il  faut  un  o 
long;  mais  parfois  on  prononce  aussi,  en  particulier  dans  l'est,  o  bref;  j'ai  du 
moins  reçu  de  cette  région  la  forme  hoquette.  N'ayant  pas  entendu  prononcer 
boquetier,  je  ne  puis  dire  quelle  est  la  valeur  de  l'o  qui  s'y  trouve  ;  étymologi- 
quement  il  est  long,  comme  on  va  le  voir. 

2.  Le  mot  boquetier  est  aussi  usité  dans  le  Boulonnais,  mais  les  fruits  y  por- 
tent le  nom  de  hoquets. 

3.  En  particulier  par  M.  A.   Darmesteter.  Cf.  Bulletin  22  de  la  Société  de 
astique,  p.  XLVIII. 


BOQUET,  BOQUETTE,  BÔQUET1ER  409 

de  hoquet,  par  suite  il  faut  le  laisser  de  côté  et  chercher  une  autre  éty- 
mologie  à  ce  dérivé. 

Boquet  ne  signifie  pas  seulement  pommier  sauvage  ;  Littré  lui  attribue 
aussi  le  sens  de  «  pelle  creuse  à  l'usage  des  jardiniers  »,  et  dans  le  pays 
de  Bray  ce  mot  désigne  aussi  un  petit  bois;  il  est  alors  le  synonyme,  en 
même  temps  que  le  primitif,  de  boqueteau,  anciennement  bosquetel'.  De 
même  hoquette  n'a  pas  seulement  le  sens  de  «  pomme  sauvage  », 
Littré  indique  un  hoquette  qui  signifie  «  sorte  de  pince  »  2  ;  il  semble  évi- 
dent que  ce  hoquette  n'est  qu'une  autre  forme  du  norm.  bùquette  =  fr. 
bûchette,  tout  comme  boquillcn,  anciennement  bosquillon,  se  rattache, 
d'après  Littré,  à  bûcheron  >.  Mais  baquet,  hoquette  ne  sont  pas  seulement 
employés  comme  noms  communs,  ils  le  sont  encore  comme  noms  pro- 
pres. Il  y  a  dans  le  département  de  l'Eure  plusieurs  «  localités  »  qui 
portent  le  nom  de  Boqueis  et  un  plus  grand  nombre  encore  qui  s'ap- 
pellent Bosquet,  Bosquets  —  ou  même  au  sud  de  l'Evrecin  Boschet*  — 
mots  identiques,  dont  le  second  seulement  a  conservé  Ys  étymologique 
perdu  par  le  premier.  Cet  s,  on  le  sait,  est  également  tombé  dans  bou- 
quet, mais  ici  en  déterminant  le  changement  de  o  en  ou  s.  Les  mots  Bo- 
quet, Bosquet  ou  Boschet  et  bouquet  dérivent  du  germanique  bosc,  b.  lat. 
*  bosco  bois1»,  lequel  a  donné  d'ailleurs  bosc  en  normand  ;  ils  sont  donc 
le  diminutif  de  ce  dernier  et  signifient  «  petit  bois  »,  sens  conservé  dans 
le  pays  de  Bray,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  au  mot  boquet6  et  qu'avait 
encore  bouquet  au  xvne  siècle  i . 

Il  est  impossible  de  ne  pas  identifier  hoquet  «  pommier  non  greffé  » 
avec  hoquet,  bosquet  «  petit  bois  »  ;  mais  comment  est-on  passé  de  ce 
dernier  sens  au  premier  ?  On  pourrait  supposer  qu'il  y  a  là  un  procédé 
analogue  à  celui  qui  a  fait  donner  à  certains  oiseaux  par  exemple  un  nom 


1 .  «  Et  s'en  vinrent  loger  en  un  petit  bosquetel.  »  Froissart,  Chroniques,  X, 
124  (Kervin  de  Lettenhove),  cité  par  Littré,  s.  v.  boqueteau. 

2.  Malheureusement  Littré  ne  dit  pas  dans  quelle  région  ce  mot  est  usité. 

3.  Dictionnaire,  s.  v.  boquillon:  «  A  loi  de  bosquillon  ont  chargié  lor  ramée,  » 
Guescl.,  901,  cité  par  Littré.  M.  Fr.  Godefroy  (Dictionnaire  de  l'ancienne  langue 
française,  s.  v.)  donne  boskillon  avec  le  sens  de  «  petit  bois.  » 

4.  De  Blosseville,  Dictionnaire  topographique  de  l'Eure,  s.  v. 

5.  Les  doublets  normands  boquet,  bosquet  et  bouquet  ont  leurs  équivalents 
dans  les  noms  propres  également  normands  Tôtain,  Tostain,  Toutain.  Il  y  a  même 
Toustain  [nor.  Tursten]. 

6.  M.  Fr.  Godefroy  (op.  cit.)  indique  un  autre  diminutif  boschel,  bosqu(i)el, 
formé  à  l'aide  du  suffixe  cl,  au  lieu  de  ett,  mais  ayant  comme  bosquet  le  sens  de 
«  petit  bois.  » 

7.  «  Il  a  voulu  vendre  un  petit  bouquet  qui  faisait  une  assez  grand  beauté,  » 
Sév.,  429,  cité  par  Littré,  s.  v.  Du  sens  de  petit  bois  on  est  passé  à  celui  de 
réunion  d'arbres;  l'expression  «  bouquet  d'arbres  »  est  encore  très  usitée. 


410  MÉLANGES 

tiré  de  la  plante  sur  laquelle  ils  se  tiennent  de  préférence  ou  dont  ils  vi- 
vent :  ainsi  chardonneret  de  chardon,  linotte  de  lin,  etc.  ;  c'est  d'ailleurs 
aussi  probablement  pour  cela  que  l'écureuil  s'appelle  en  rouchi  boqué, 
anciennement  bosquet  '  ;  s'il  en  est  ainsi,  le  hoquet  serait  le  pommier  des 
bois,  et  ici  le  suffixe-ett  n'éveillerait  pas  l'idée  de  diminutif  comme  dans 
boquet  «  petit  bois  » ,  il  indiquerait  l'extraction,  l'habitat  2.  C'est 
évidemment  le  sens  qu'ont  pris  ett  et  ott  dans  chardonneret  et  linotte, 
ainsi  sans  doute  que  dans  bosquet  «  écureuil  »  ;  mais  on  peut  et  on  doit 
peut-être  expliquer  l'origine  de  boquet  «  pommier  non  greffé  »  d'une 
manière  un  peu  différente  ;  l'idée  d'extraction  qu'à  l'instant  j'attribuais  à 
-ett  a  dû  permettre  aux  dérivés  formés  à  l'aide  de  ce  suffixe  de  jouer  le 
rôle  d'adjectifs  ;  M.  Fr.  Godefroy  5  a  cru,  mais  en  hésitant,  que  bosquet 
pouvait  être  employé  comme  adjectif;  j'ai  recueilli  les  exemples  les  plus 
probants  qui  prouvent  que  le  féminin  hoquette  s'emploie  comme  tel  ;  ainsi 
à  Orbec,  Courtonne-la-Ville  (Lieuvin),  Epreville  (Roumois),  le  fruit  du 
pommier  sauvage  s'appelle  «  pomme  boquette  »,  dans  cette  dernière 
localité  les  noisettes  s'appellent  aussi  «  noix  boquettes  »,  à  Courtonne- 
la-Ville  on  donne  également  le  nom  de  «  surelle  boquette  »  à  l'oseille 
sauvage  [Rumex  acetosa).  On  ne  peut  douter  que  ce  qui  a  lieu  pour  la 
forme  féminine  hoquette  ne  soit  arrivé  aussi  pour  la  forme  masculine 
boquet 4,  et  de  même  qu'on  a  dit  «  pomme  boquette  »,  on  aura  dit 
«  pommier  boquet  »,  et  plus  tard  tout  simplement  «  boquet  »  et  «  bo- 
quette ».  Quoi  qu'il  en  soit,  la  forme  boquette  étant  donnée,  bôquetier  en 
sortait  naturellement  comme  nom  du  pommier  sauvage;  c'est  ce  qui  a  eu 
lieu,  je  l'ai  dit,  dans  le  pays  de  Bray  et  le  pays  de  Caux,  où  cependant, 
chose  surprenante,  la  pomme  sauvage  ne  s'appelle  guère  boquette,  mais 
porte  plutôt  le  nom  de  cafignette. 

Ch.  Joret. 


i .  «  Le  bosquet  (aime)  la  noisette  »  {Le  sec.  mariage  de  Dieu  et  de  l'âme,  cité 
par  M.  Fr.  Godefroy,  op.  cit.,  s.  v.  bosquet).  C'est  par  une  erreur  évidente  que 
cette  phrase  se  trouve  citée  aussi  A  l'article  bochet  et  que  bosquet  y  est  donné 
comme  synonyme  de  bouquet  «  chevreau.  » 

2.  Si  boquet  «  pelle  creuse  »  dérive  bien  de  bosc,  ce  que  l'ignorance  de  l'an- 
cienne forme  de  ce  motet  de  la  quantité  actuelle  de  Vo  qui  s'y  trouve  m'empêche 
de  dire  avec  certitude,-;//  y  a  le  sens  de  diminutif,  boquet  serait  alors  un  «  petit 
(morceau  de)  bois.  »  Dans  boskillon  «  petit  bois  »,  -on  a  aussi  le  sens  diminutif, 
mais  dans  bosquillon  il  sert  à  désigner  l'agent,  tandis  que  dans  bôclullon  «  pom- 
mier sauvage  »  il  marque  l'extraction  ou  l'habitat;  quant  à  -il,  c'est  une  simple 
syllabe  de  liaison. 

3.  Op.  ci?.,  s.  v.  bosquet,  1 . 

4.  «  Les  fruits  sauvages,  m'écrit  l'instituteur  d'Epreville-en-Roumois,  sont 
généralement  connus  sous  le  nom  de  fruits  boquets  ;  ainsi  on  dit  «  mêle  bo- 
quette »  pour  nèfle  des  bois,  «  noix  boquette  »  pour  désigner  la  noisette,  etc.  » 


LE    MYSTÈRE    DE    LA    PASSION    A    MARTEL  411 

IX. 
LE  MYSTÈRE  DE  LA  PASSION  A  MARTEL  (LOT) 

EN  1526  ET  1536 

Dans  le  second  volume  de  son  beau  travail  sur  les  mystères, 
M.  Petit  de  Julleville  a  publié  une  liste  des  représentations  données  en 
France  entre  les  années  1290  et  1603.  Cette  longue  liste,  fruit  de 
recherches  personnelles  ou  de  communications  obligeantes,  ne  saurait 
prétendre  à  être  complète;  M.  Petit  de  Julleville  le  sait  mieux  que 
personne,  et  je  n'ai  qu'à  citer  ses  propres  paroles  pour  servir  de  préface 
à  la  communication  qui  va  suivre.  «  Il  n'y  eut  peut-être  pas  une  seule 
«  ville  au  moyen  âge  qui  n'entreprît  de  jouer  des  mystères.  Beaucoup 
«  de  ces  représentations  n'ont  dû  laisser  aucune  trace;  mais  combien 
«  d'autres  ont  pu  avoir  lieu  dont  la  mention  ou  la  description  demeure 
«  enfouie  dans  des  archives  publiques  ou  privées,  encore  inexplorées  ! 
«  Le  temps  les  en  fera  sortir,  et  tour  à  tour  elles  s'ajouteront  à  notre 
«  liste  imparfaite'.  » 

Les  mentions  de  représentations  de  mystères  réunies  par  M.  Petit  de 
Julleville  se  rapportent  en  majorité  aux  pays  de  langue  d'oïl.  Dans  les 
pays  de  langue  d'oc,  les  mentions  les  plus  fréquentes  concernent  la 
région  située  sur  la  rive  gauche  du  Rhône  :  la  Provence,  le  Dauphiné 
et  la  Savoie  ne  nous  offrent  pas  moins  de  trente-deux  représentations 
assurées  à  Aix,  Auriol  ^Bouches-des-Rhône),  Chambéry,  Die,  Dragui- 
gnan,  Forcalquier,  Grasse,  Grenoble,  Marseille,  Modane,  Montélimar, 
Romans,  Saint-Jean-de-Maurienne,  Salterbrand  ^vallée  d'Oulx),  Seyssel, 
Toulon,  Valence  et  Vienne.  Au  contraire,  la  région  bien  plus  vaste  qui 
s'étend  du  Rhône  à  l'Océan,  et  du  plateau  central  aux  Pyrénées,  ne 
nous  en  donne  que  seize.  Ces  seize  mentions  se  rapportent  à  un  très  petit 
nombre  de  localités  :  Caylux  (Tarn-et-Garonne),  Clermont-Ferrand, 
Limoges,  Mende,  Montauban  et  Rodez;  en  outre  elles  sont  loin  de 
présenter  toutes  le  même  degré  de  certitude  et  de  précision. 

Limoges  ouvre  la  série  des  représentations  datées,  aussi  bien  pour  le 
nord  que  pour  le  midi,  grâce  à  la  note  suivante  insérée  dans  les  chro- 
niques de  Saint-Martial,  et  plusieurs  fois  publiée  avant  M.  Petit  de 
Julleville  :  Nota  quod  burgenses  de  Caturco  setnel,  scilicct  tercio  idus  maii, 
in  vigilia  Ascensionis  Domini  miïlesimo  cc°  nonagesimo,  item  et  alia  vice  ter- 
cio kal.  junii,  in  vigilia  Ascencionis  Domini,  anno  Domini  M0  CCC°  se- 


1 .  Les  Mystères,  II,  1  et  2. 


412  MÉLANGES 

cundo,  fecerunt  ludurn  de  miraculis  beau  Marcialis  in  cimiterio  sancti 
Marcialis  prope  crucem  lapideam  dicti  cimiterii1.  Cette  note  a  vraisembla- 
blement été  écrite  en  1 3 10,  par  Simon  de  Châteauneuf,  moine  de  Saint- 
Martial,  qui  recopiait  des  notes  contemporaines  de  ces  deux  représenta- 
tions2. Ainsi  s'explique  facilement  l'erreur  chronologique  de  la  première 
mention  :  en  1290,  l'Ascension  tombe  le  1 1  mai,  par  suite  la  veille  de 
cette  fête  est  le  six  des  ides  de  mai  et  non  le  trois,  comme  le  dit  le 
chroniqueur.  Ainsi  doit  s'expliquer  à  mon  sens  une  autre  bizarrerie  de 
cette  note,  qui  nous  montre  les  bourgeois  de  Cahors,  de  Caturco,  jouant 
à  Limoges,  à  deux  reprises  différentes,  un  mystère  des  miracles  de 
saint  Martial  :  j'imagine  que  Simon  de  Châteauneuf  a  eu  une  distraction 
et  qu'il  a  écrit  burgenses  de  Caturco  quand  l'original  portait  burgenses  de 
Castro,  les  bourgeois  du  château  de  Limoges.  Les  chroniqueurs  limou- 
sins ont  toujours  soin,  en  effet,  de  distinguer,  à  Limoges,  le  castrum  et 
la  civitas,  qui  possédaient  deux  administrations,  deux  juridictions  dis- 
tinctes, et  formaient  deux  véritables  villes,  souvent  en  guerre  au  moyen 
âge  l'une  contre  l'autre.  Le  cimetière  de  Saint-Martial  où  furent  repré- 
sentés ces  mystères  était  le  centre  du  château,  comme  l'église  cathédrale 
de  Saint-Étienne  était  le  centre  de  la  cité). 

Les  mentions  de  Clermont-Ferrand  (1477),  Mende  (1508)  et  Rodez 
(1440)  se  rapportent  plutôt  à  des  moralités  qu'à  des  mystères;  celle  de 
Montauban  (1440)  me  paraît  convenir  bien  mieux  à  un  mystère  mimé 
qu'à  une  véritable  représentation  scénique.  Les  témoignages  relatifs  à 
Caylux  sont  plus  précis  et  se  rapportent  incontestablement  à  de  véri- 
tables mystères  joués  par  des  confréries  :  mais  il  serait  à  désirer  que 
M.  Dumas  de  Rauly,  le  zélé  archiviste  de  Montauban,  qui  les  a  signalés 
à  M.  Petit  de  Julleville,  les  publiât  in  extenso  en  les  groupant  et  en  les 
commentant  avec  soin. 

Il  semble  donc  permis  de  conclure  des  listes  de  M.  P.  de  Julleville 
que,  dans  les  pays  de  langue  d'oc,  le  goût  des  mystères  ne  fut  très  vif 
et  les  représentations  ne  furent  très  fréquentes  qu'entre  le  Rhône  et  les 
Alpes.  La  même  conclusion  s'impose  si  on  étudie  les  rares  mystères  en 
langue  d'oc  qui  nous  sont  parvenus  :  le  mystère  de  Sainte  Agnès  a  été 
écrit  probablement  à  Arles  ;  le  mystère  de  Saint  Jacques  a  été  trouvé  à 


1 .  Historiens  de  France,  XXI,  81  1  ;  H.  Duplès-Agier,  Chron.  de  Saint-Martial, 
p.  137.  Ces  deux  éditions  sont  faites  d'après  le  ms.  original,  B.  Nat.  Lat. 
1  1019. 

2.  Voyez  Duplès-Agier,  pp.  LV  et  LVI. 

3.  Comparez  dans  le  recueil  de  M.  Duplès-Agier  les  passages  suivants  : 
Conibusta  est  civitas  Lcmoviccnsis  ab  honunibus  de  Castro  sancti  Martialis  (p.  1881, 
in  Castro  employé  absolument  pour  dire  dans  le  château  de  Limoges  (p.  199). 


LE   MYSTÈRE    DE    LA    PASSION    A    MARTEL  41} 

Manosque  i Basses-Alpes^  en  1855  ;  le  mystère  de  Saint  Pons,  le  mystère 
de  Saint  Pierre  et  Saint  Paul  viennent  de  l'arrondissement  de  Brian- 
con  ;  les  mystères  de  Saint  Eustache  et  de  Saint  André,  récemment  dé- 
couverts, ont  également  une  origine  briançonnaise. 

Il  ne  faut  pas  oublier  cependant  que  nous  avons  un  mystère  de  la 
Passion  du  xive  siècle,  écrit  en  pays  gascon,  et  des  fragments  d'un 
autre  mystère  joué  au  xuie  siècle  dans  la  cathédrale  de  Périgueux. 

D'autre  part,  les  mentions  si  curieuses  des  archives  de  Caylux  et  les 
extraits  des  archives  de  Martel  que  je  publie  ci-dessous  ne  nous  auto- 
risent-ils pas  à  supposer  des  représentations  analogues  dans  le  reste  du 
Quercy  ?  Ne  soyons  donc  pas  trop  absolus  dans  la  conclusion  indiquée 
plus  haut  :  songeons  que  si  le  Languedoc  et  la  Guyenne  nous  paraissent 
très  déshérités  au  moyen  âge  en  fait  de  représentations  théâtrales,  ils  ne 
sont  pas  moins  déshérités  aujourd'hui  de  travaux  d'érudition.  Il  y  a  là 
un  immense  champ  à  fouiller,  dont  j'attaque  aujourd'hui  un  point  isolé, 
et  les  fouilles  donneront  peut-être  quelque  jour  des  résultats  inattendus. 

Les  registres  de  Martel  nous  fournissent  d'intéressants  détails  sur  la 
représentation  du  mystère  de  la  Passion,  dans  cette  petite  ville,  en 
1526  :  quelque  intéressants  que  soient  ces  détails,  il  est  inutile  de  les 
faire  ressortir  ici,  car  ils  concordent  avec  les  indications  réunies  çà  et  là 
par  M.  Petit  de' Julleville.  Cette  représentation  de  1526  a-t-elle  été 
précédée  de  représentations  analogues  ?  Tout  porte  à  le  croire,  notam- 
ment l'expression  como  es  acostumat,  dont  se  servent  les  conseillers  de 
ville,  en  établissant  dans  quelle  mesure  ils  veulent  bien  concourir  à  la 
représentation.  Toutefois  le  registre  qui  nous  donne  ces  précieux  rensei- 
gnements ne  nous  fournit  rien  de  semblable  pour  les  années  antérieures, 
de  1525  à  1 5  2 1 .  Le  registre  précédent  s'étend  de  1 5 1  o  à  1 5 1 8  :  je  n'en 
puis  rien  dire,  ne  Payant  pas  eu  entre  les  mains.  Les  délibérations  manquent 
pour  le  xve  siècle.  Pour  le  xiv°  siècle  nous  avons  six  registres  ou  frag- 
ments de  registres,  de  1322  à  1389  :  M.  Louis  Combarieu,  archiviste 
du  Lot,  en  a  tiré  de  précieux  renseignements  historiques,  mais  il  n'y  est 
pas  question  de  mystères  '.  Après  1526,  nous  avons  dans  les  délibéra- 
tions une  note  intéressante  que  nous  reproduisons  :  elle  constate  qu'en 
1  ^36  on  dut  jouer  le  même  mystère  de  la  Passion  qu'on  avait  joué  en 
1526.  De  1537  à  1577  nous  avons  une  lacune  de  quarante  ans  dans 


1  .  Une  ville  du  Quercy  pendant  la  guerre  de  cent  ans.  Cahors,  1881 .  —  Nous 
ne  parlons  que  des  registres  de  délibérations.  Les  archives  de  Martel  possèdent 
en  outre  dix  registres  de  comptes,  de  1 294  à  1 5  50,  qui  ne  paraissent  pas  avoir 
été  dépouillés  au  point  de  vue  qui  nous  occupe.  Nous  appelons  l'attention  de 
M.  Combarieu  sur  l'intérêt  qu'il  y  aurait  à  faire  ce  dépouillement,  le  résultat 
dût-il  en  être  purement  négatif. 


414  MELANGES 

nos  registres,  et  le  dernier,  qui  s'étend  de  1 5 77  à  1636  est  muet  en  ce 
qui  nous  intéresse  :  les  mystères  étaient  évidemment  passés  de  mode  à 
cette  époque. 

En  quelle  langue  était  le  mystère  représenté  en  1 526  et  1 $36?  Il  me 
paraît  certain  qu'il  devait  être  en  provençal.  Le  français  n'était  pas  alors 
assez  familier  aux  bourgeois  de  Martel  et  aux  bonnes  gens  des  environs 
qui  durent  accourir  à  la  fête,  pour  qu'on  suppose,  sans  preuves,  que  la 
représentation  ait  été  donnée  en  cette  langue. 

L'an  susdit  [152g]  et  lo  penulteme  jour  dei  mes  de  jenier 

Es  estât  remostrat  que  plusors  de  la  présent  ville  avian  fach  enrollar  la  Pas- 
sion per  la  jogar  la  caresma,  et  avian  demandât  de  quant  volia  ajudar  la  vila  a 
jogar. 

Restât  que  on  appelle  lo  surconselh  (f°  134  v"). 

L'an  susdit  et  lo  premié  jour  de  fevrié (en  présence  du  conseil  et  du  sur- 
conseil.) 

Los  dichs  mess01-»  cossols  [an  demostrat]  que  certains  habitans  avian  fach  en- 
rollar la  Passion,  et  cal  beylar  los  rolles,  et  los  jogados  avian  demandât  a  la 
villa  de  quan  y  volia  ajudar. 

Restât  que  la  villa  ajude  de  far  lo  postât  '  et  totas  fustas,  et  los  manestriés  et 
doas  trompetas  lo  dijos  et  lo  vendre  sanct,  et  los  habilhamens  dels  démons, 
como  es  acostumat,  et  aussi  lo  pinctre  per  far  las  fintas  (f°  135  r°). 

Lo  quart  jour  de  abrial  l'an  mil  cinq  cens  vingt  et  cinq  (lisez  six)... 

Per  losdichs  messors  cossols  es  estât  remostrat  que  lo  mestre  reveren  fra 
Jehan  Carpuchat  de  Doma  avia  prédicat  en  la  présent  villa  la  carema  passada  et 
avia  fag  jogar  la  Passion  et  s'en  volia  anar  et  lo  calia  contentar. 

Restât  que  on  ly  done  aytan  coma  l'autra  vegada,  que  so  X  1.  X  s. 

Item  lodich  jor,  mestre  Bartholmy  La  Chieza,  mestre  pinctre,  avia  baylat 
una  requesta  que  per  so  que  lo  avian  logat  a  far  las  fintas  de  la  Passion,  et  que 
so  que  lui  avian  donat  era  petit  et  que  avia  despendut  aquo,  et  suplicava  que  la 
villa  lo  recompensés. 

Restât  que  on  ly  done  XX  s. 

Item  que  on  bayle  a  Moss.  Peire  Bodoy,  per  so  que  a  governat  le  misteri  de 
la  Passion,  II  1.  t. 

Item  que  on  bayle  als  enfans  que  an  enrolada  la  Passion  XX  s.  t. 

Item  lodich  jour  Johan  Beu,  borgés,  a  remostrat  que  per  comandamen  de 
mess°rs  los  cossols  el  avia  jogat  un  rolle  Ioqual  el  avia  jogat,  et  en  aquel  jogan 
era  estât  injuriât  per  mestre  Estienne  Gauterii,  notari,  et  que  lodit  Gauterii  se 
jactavade  lo  far  convenir  per  davan  lo  seneschalou  ailhors  queperdavan  messors 
cossols,  as  quais  la  cognoyssensa  aperté  coma  juges  ordinaris  de  las  causas 
comunales,  combé  que  lodit  Gauteri  fus  [conseihié]  et  agués  sagramen  a  la  mayso, 
et  demanda  que  sia  inhibit  aldit  Gauteri  de  no  trayre  lodit  Beu  ailhors  que  per 
davan  losdichs  cossols  de  las  causas  de  lasquals  la  cognoissensa  aperté  alsdits 

1 .  L'échafaudage,  appelé  plus  bas  cstaudictz. 


LE    MYSTÈRE    DE    LA    PASSION    A    MARTEL  4 1  5 

messors  cossols.  Et  reportada  ladicha  requesta,  per  Iosdichs  messors  cossols  es 
estât  fach  inhibition  et  deffensa  aldich  Gauteri,  a  pena  de  vingt  et  cinq  liuras,  de 
no  trayre  ny  convenir  lodich  Beu  per  las  causas  dont  la  cognoissensa  aperté  a 
messors.  Lodich  Gauterii  non  consentit,  et  appellavit  ;  responsum  quod  est  in 
forma  (f°  136  v11). 

Lo  XVI  jour  de  abrial... 

Johan  Beu,  borgés,  a  dich  et  remostrat  en  ladicha  maiso  que  mestre  Esteve 
Gauterii,  notari  et  conselhié  de  la  dicha  mayso,  combé  qu'el  fus  del  conselh  et 
agués  jurât  de  gardar  las  preheminensas  de  la  villa,  et  que  mess",s  cossols  sian 
juges  ordenaris  de  lad.  villa  en  las  causas  criminalas  et  lor  aparté  la  cognois- 
sensa de  totas  causas  criminalas  mogudas  en  la  présent  juridiction  en  première 
instance,  disen  davantage  que  a  causa  que  lo  misteri  de  la  Passion  se  era  jogat 
en  la  présent  villa  et  lodich  Beu  avia  jogat  ung  rolle  deldich  misteri  et  a  causa 
que  los  jogados  avian  fach  davalar  lodich  Gauterii  de  sus  lo  postât,  lodich 
Gauterii  avia  injuriât  et  autrajat  lodich  Beu  grandamen,  a  causa  de  que  lodich 
Beu  se  era  rancurat  a  la  mayso  de  céans  et  per  lo  graffié  ero  estadas  fâchas  las 
informations,  mas  lodich  Gautié,  per  fugi  la  punition  delsdichs  excès,  a  im- 
petrat  certanas  letras  de  la  court  de  Moss.  lo  Seneschal,  per  vertut  de  las 
qualas  avia  fach  inhibi  Mess°<"s,  lo  graffié  et  al  dich  Beu,  disen  per  lasdichas 
letras  que  Messors  ero  juges  incompetens,  contravenen  a  son  sagramen,  et  per 
so  a  demandât  lodich  Beu  que  son  dire  sia  escript  en  lo  présent  libre  et  a 
baylat  lo  doble  de  lasdichas  letras  per  lo  layssar  en  ladicha  mayso  a  fi  de  me- 
moria  (f°  138  r°). 

Lo  XXVe  jour  de  février  (1 535)... 

Item  lodich  jour  es  estât  remostrat  que  la  plus  grand  part  dels  habitans  de  la 
pressen  villa  volo  et  so  de  oppinion  que  l'on  jogue  la  Passion  la  carerr.a  prop- 
chana,  et  per  so  que  no  aven  de  predicayre,  et  se  séria  bo  de  la  jogar,  et  que 
baylarian  als  joguados. 

Restât  que  la  Passion  se  joguara,  et  sera  agut  ung  predicayre,  se  s'en  troba, 
et  que  la  villa  lor  fara  far  lo  estaudietz. 

(Reg.  des  délibérations  de  la  commune  de  Martel,  côté  BB<),  provisoirement 
déposé  à  Cahors,  aux  archives  départementales  du  Lot). 

Ant.  Thomas. 

X. 

UN   DOCUMENTO  IN   DIALETTO  PIEMONTESE   DEL    1410. 

LA    RESA    DI    PANCALIERI. 

In  un  manoscritto,  conservato  negli  archivii  délia  città  di  Torino,  che 
porta  il  titolo  :  Ordinati,  anno  1410,  vol.  5 1 ,  si  legge  la  seguente  com- 
posizione. 


416  MÉLANGES 

Que  lo  caste!  de  panchaler 

Que  tuyt  temp  era  fronter 

E  de  tute  maluestay  fontana 

Per  mantenir  la  bauzana 
E  al  pajs  de  peamont  trater  darmage 
E  li  segnour  de  chel  castel  nauen  lor  corage 
Ore  le  bon  princi  de  la  morea  loys 
Elia  descaza  e  honoreuolment  conquis 

Que  ogla  so  host  ferma 

E  tut  entorn  enuirona 
De  gent  dape  e  de  gent  darme 
Unt  eren  trey  coglart  e  quatre  bombarde 
Ma  per  la  vertuy  de  madona  luysa 
Chel  castel  ha  cambia  deuisa 
Si  que  lan  mille  ccccx  circa  le  xxm  hore 
Lo  mercol  ady  vint  nof  de  ottoure 
Chigl  del  castel  se  son  rendu 
E  ala  marcy  del  dit  princi  se  son  metu 
Que  glia  de  dintre  soe  gent  manda 
E  la  soa  bandera  sussa  lo  castel  an  buta 
La  quai  na  la  banda  bioua  trauersa 
En  criant  aute  vox  viua  lo  princi  e  part  versa 
Al  quai  dee  per  la  soa  bonta 
Longament  dea  vitoria  e  bona  santa.       Amen. 

Traduzione. 
('    Egli  è?)  il  caslello  di  Pancalieri, 
Che  ogni  tempo  era  frontiero, 
E  di  tutte  malvagità  fontana, 
Per  mantener  la  balzana 
E  al  paese  di  Piemonte  trattar  danno; 
E  i  signori  di  quel  castello  ne  avevano  lor  coraggio2. 
Ora  il  buon  principe  délia  Morea,  Luigi, 
Ei  li  ha  scacciati  ed  onorevolmente  conquisi; 

Ch'  ei  ci  fermô  (la)  sua  oste, 

E  tutt'  intorno  circondô 
Di  gente  da  piede  e  di  gente  d'arme  ; 
Ove  erano  tre  cogliardi  e  quattro  bombarde. 
Ma  per  la  virtù  di  Madonna  Luisa 
Quel  castello  ha  cambiato  divisa  ; 
Sicchè  l'anno   1410  circa  le  23  ore 
Il  mercoldi  ventinove  di  ottobre, 


1.  Non  so  spiegare  questo  que  del  testo,  a  meno  che  significhi  ecco. 

2.  Cioè  :  ne  traevano  la  loro  baldanza. 


UN    DOCUMENTO    IN    DIALETTO    PIEMONTESE    DEL    1410  4I7 

Quei  del  castello  si  son  resi 
Ed  alla  mercè  del  detto  principe  si  son  messi; 
Che  ci  ha  mandato  dentro  (le)  sue  genti, 
E  la  sua  bandiera  sul  castello  hanno  posto, 
La  quale  ci  ha  la  banda  azzurra  attraverso, 
Gridando  (ad)  alte  voci  :  viva  il  principe  e  la  parte  avversa  ! 
Al  quale  Dio  per  la  sua  bontà 
Lungamente  dia  vittoria  e  buona  salute. 

Questo  componimento,  non  dira  poetico  ne  metrico,  ma  semplice- 
mente  rimato,  fu  pubblicato  per  la  prima  volta  dal  Datta  nella  sua 
Storia  dei  principi  di  Savoja  del  ramo  d'Acaja1,  con  qualche  errore  di 
trascrizione.  Fu  poi  riprodotto,  quasi  cogli  stessi  errori2,  dal  Vallauri 
nella  Storia  délia  poesia  in  Piemontei,  dal  Casalis  nel  Dizionario  storico  e 
gcographico  degli  Staîi  sardi4,  e  dal  Biondelli  nel  Saggio  sui  dialetti  gallo- 
italiciï  Non  ha  carattere  popolare,  e  certamente,  per  l'irregolarità  o  me- 
glio  per  l'assenza  di  métro,  si  vede  che  non  fu  mai  cantato.  Fu  proba- 
bilmente  opéra  d'uno  scrivano  o  d'un  segretario  del  comune.  Non  ha 
merito  letterario.  Ma  è  sincrono,  e  conferma,  coll'aggiunta  di  partico- 
lari,  un  avvenimento  conosciuto  per  altri  documenti.  È  poi  uno  dei  più 
antichi  testi  del  dialetto  piemontese,  e  contiene  alcuni  vocaboli  degni  di 
nota,  che  non  furono  dichiarati  dai  precedenti  editori.  Questo  serva 
di  scusa  per  la  nuova  pubblicazione  che  qui  ne  è  fatta,  e  pel  commento 
storico  e  biographico  aggiuntovi. 

Délie  guerre  tra  il  Marchese  Tommaso  III  di  Saluzzo  e  Lodovico  o 
Luigi  di  Savoja,  principe  d'Acaja  e  di  Morea,  ajutato  dal  conte,  poi 
duca  di  Savoja,  Amedeo  VIII,  délie  quali  la  resa  di  Pancalieri  fu  un 
episodio,  scrissero,  fra  gli  altri,  Gioffredo  Délia  Chiesa,  Muletti,  Monsi- 
gnor  Délia  Chiesa  e  specialmente il  Datta6. 

Gioffredo  Délia  Chiesa,  scrittore  contemporaneo,  cosi  narra  la  resa  di 
Pancalieri  nella  sua  cronica  di  Saluzzo  : 


1.  Torino,  1832,  vol.  II,  287. 

2.  Temps  per  temp;  lo  corage  =  lor  corage;  ercnt  =  eren;  coglant  (Casalis, 
Vallauri)  =  coglart ;  cccx  =  ccccx;  chil  =  chigl;  mercy  =  marcy  ;  dintre  = 
de  dintre;  sue  =  soe;  bandiera  =  bandera;  su  (Biondelli  siïra)  =  sussa;  broua 
(Casalis  brocca)  =  bioua;  versa  (Biondelli)  =  versa  ;  Dieu  (Biondelli  Dio)  = 
dee . 

3.  Torino,  1841 ,  I,  44. 

4.  Torino,  1846,  articolo  Pancalieri. 

5.  Milano,  1854,  Parte  III,  603. 

6.  Gioffredo  délia  Chiesa,  Cronica  di  Saluzzo.  Monumenta  historiae  patriae. 
Aug.  Taurin.  1848,  t.  III.  Scriptorum.  —  Muletti,  Memorie  storico-diploma- 
tiche,  vol.  IV.  —  Monsig.  délia  Chiesa,  Corona  Reale  di  Savoja,  cap.  VI.  — 
Datta,  op.  cit.,  vol.  I  et  II. 

Romania,  XIII.  27 


41 8  MÉLANGES 

i  A  20  dy  ottobre  queli  del  Principe  (Ludovico  di  Savoja),  cum  Bucicaldo 
(Giovanni  Boucicaut,  governatore,  pel  Re  di  Francia,  délia  città  di  Genova), 
meseno  campo  a  Panchaleri  cum  quatro  bonbarde  e  doy  cogliardy  e  a  28  de 
ditto  meyse  ly  hominy  feceno  la  fidelità  al  principe,  et  haueno  la  villa  a  patto, 
et  il  giorno  apresso  el  castello  cum  conditione  che  Missere  Anthonio  e  Frate 
Anthonio  caualiere  di  Rodes,  signory  de  ditto  loco,  potessero  cauare  doe  car- 
rate  di  roba.  E  cossi  ly  poueri  gen(tiI)homeni  se  ne  partirono  cum  tutta  la 
fameglia  loro  auiandosi  verso  Carmagnola  '.  » 

Le  ragioni  délia  guerra  sono  esposse  nel  sequente  passo  délia  storia 
del  Datta  -  : 

I  Marchesi  di  Saluzzo,  per  sostenere  la  loro  signoria  nel  Piemonte,  eransi 
posti  sotto  la  soggezione  dei  Delfini  di  Vienna.  Estinta  la  Iinea  dei  Delfini, 
col  contado  Viennese  passé  questa  soggezione  nella  famiglia  reale  di  Francia. 
Ora  eccitatosi  coi  conti  di  Savoja  la  questione  a  chi  dovesse  il  Marchese  di  Saluzzo 
prestare  il  giuramento  di  fedeltà,  se  ai  conti  di  Savoja  oppure  ai  re  di  Francia, 
ne  fu  fatta  facoltà  al  parlamento  di  Parigi  di  sentenziare.  Pronunciô  quel  tri— 
bunale  nel  1390,  ed  annullando  i  trattati  per  cui  i  marchesi  di  Saluzzo  dichia- 
ravansi  dipendenti  dai  conti  di  Savoja,  profferi  che  il  diretto  dominio  del  mar- 
chesato  spettava  alla  corona  di  Francia.  Si  fu  allora  che  Amedeo  principe 
d'Acaja  (fratello  del  Lodovico  mentovato  nella  canzone)  dovette  armarsi  nuova- 
mente  contro  il  marchese  di  Saluzzo  non  tanto,  per  sostenere  gli  omaggi  suoi 
pei  luoghi  di  Revello,  Racconigi,  e  Carmagnola,  quanto  per  concorrere  a  difen- 
dere  i  diritti  del  conte  di  Savoja. 

Sopraffatto  il  marchese  di  Saluzzo  dalle  armi  del  principe  Amedeo,  venne 
a  patti,  ma  ridestô  nuovamente  la  corte  di  Francia  a  mantenere  il  pronunciato 
dal  Parlamento.  Per  laquai  cosa  nel  1404  il  parlamento  di  Parigi  per  l'esecuzione 
di  quella  sentenza  prescrisse  che  fosse  sequestrato  quanto  possedeva  in  Francia 
il  conte  di  Savoja,  e  quanto  in  quel  reame  apparteneva  al  principe  Lodovico 
d'Acaja;  e  spedl  due  uscieri  a  pubblicare  quest'  ordine  anche  nel  Piemonte.  Il 
principe  mal  comportando  che  ne'  suoi  dominii  fossero  pubblicati  ordini  ema- 
nati  da  tribunali  forestieri  decretô  che  gli  uscieri  fossero  carcerati  e  li  tenne  pri- 
gioni  per  giorni  quarantaquattro. 

Quando  il  parlamento  di  Parigi  emanô  il  sequestro  sopra  i  béni  dei  principi 
Sabaudi,  essi  erano  già  corsi  aile  armi  per  proteggere  i  proprii  diritti.  In 
questo  guerreggiare  seguitando  l'uso  dei  tempi  non  fu  mai  combattuta  battaglia 
campale,  ma  bensi  arrecavansi  danno  facendo  scorrerie  nelle  terre  del  nemico. 
Lo  peggio  sempre  toccava  ai  popoli,  i  quali  non  sapevano  in  quelle  tristi  cir- 
costanze  a  chi  avessero  ad  ubbidire.  Finalmente  per  mediazione  di  Giovanni 
Boucicaut,  governatore  pel  re  di  Francia  délia  città  da  Genova,  alli  8  marzo  del 
1410  si  convenne  tra  li   belligeranti   una  tregua  da  perdurare  per  cinque  mesi. 


1.  Op.  cit.,  p.  1056. 

2.  Vol.  I,  326. 


UN    DOCUMENTO    IN    DIALETTO    PIEMONTESE    DEL    14IO  419 

Spirato  il  tempo  délia  tregua  ritornarono  i  principi-a  combattere.  Nell'  ottobre 
di  quest'  anno  il  Principe  Lodovico  s'impadroni  a  danno  del  Marchese  de' 
luoghi  di  Polonghera  e  Pancalieri,  avendo  dovuto  portarsi  in  quei  contorni  per 
sloggiare  il  Marchese  Tommaso  dall'  assedio  che  aveva  posto  a  Scarnafiggi.  » 

Pancalieri  era  in  allora  tenuto  da  uno  deivarii  rami  délia  famiglia  dei 
Provana,  che  da  quella  terra  appunto  pigliavano  il  nome  '.  I  signori  del 
castello,  accennati  dalla  canzone,  erano  due  cugini  Provana,  entrambi 
col  nome  di  Antonio,  di  cui  uno  cavalière  di  Rodi.  Essi  seguivano  la 
parte  del  Marchese  di  Saluzzo,  da  cui  erano  tenuti  in  gran  conto,  se 
dobbiamo  giudicarne  dalla  fréquente  menzione  che  si  fa  di  essi  nei  docu- 
menti  che  ci  rimangono  di  quel  Principe2.  Antico  era  nella  famiglia  dei 
Provana  il  rancore  contro  i  principi  d'Acaja  e  di  Piemonte,  i  quali,  pro- 
vocati  da  continue  ribellioni,  l'avevano  spogiiata  di  molti  feudi  e  ne 
avevano  diminuito  la  potenza  3.  Non  reca  quindi  meraviglia  se  i  dis— 
cendenti  di  quegli  antichi  capi  ghibellini,  che  di  tanti  mali  andavano 
debitori  alla  guelfa  casa  di  Savoja,  ligii  ora  al  Marchese  di  Saluzzo, 
macchinassero  dal  loro  castello  di  Pancalieri,  posto  a  confine  fra 
Piemonte  e  il  Marchesato,  ogni  danno  contro  i  principi  d'Acaja,  e  con 
ogni  mezzo  li  osteggiassero.  A  questo  accenna  il  nostro  componimento, 
là  dove  dice  che  il  castello  di  Pancalieri  era  sorgente  d'ogni  malvagità  e 
nido  d'insidie  al  Piemonte  per  mantenere  la  bandiera  Saluzzese. 

Chi  fosse  Madonna  Luisa,  a  cui  l'autore  attribuisce  il  merito  délia  resa, 
non  è  agevole  l'indovinare.  Si  puô  supporre  che  qui  si  tratti  délia  sorella 
del  conte  di  Savoja  Amedeo  VIII,  la  quale,  fin  d'allora  fidanzata  a 
Giangiacomo,  figlio  del  Marchese  Teodoro  di  Monferrato,  e  con  quello 
sposata  nell'  aprile  del  seguente  anno,  contribuî  a  por  termine,  col  suo 
matrimonio,  aile  guerre  piemontesi.  Vero  è  che  la  sorella  d'Amedeo  VIII, 
che  era  pure  cognata  di  Lodovico  d'Acaja,  è  generalmente  designata, 
nei  documenti  contemporanei,  col  nome  di  Giovanna.  Ma  in  uno  dei 


1.  «  I  Provana  si  moltiplicarono  tanto  e  si  divisero  in  tanti  e  tanti  rami,  che 
già  nei  secolo  XIII  formavano  più  di  dieci  famiglie;  e  occorse  intorno  al  1300 
che  in  un'  assemblea  convenissero  più  di  sedici  capi  di  casa,  i  quali  non  erano 
fratelli  e  forse  neppur  cugini  in  primo  grado.  »  Sulle  famiglie  nobili  délia 
Monarchia  di  Savoja,  p.  1219;  e  Monsig.  Délia  Chiesa,  Corona  Reale  di 
Savoja,  cap.  VI. 

2.  Muletti,  op.  cit.,  vol.  IV. 

3.  «  Et  circa  dieci  iorny  a  presso  (Febbrajo,  1365),  andô  (il  principe  Giaco- 
mo  d'Acaja)  a  torno  a  Pianeza  e  Ihaue  infra  try  giorni  la  villa  et  il  cassello,  el 
quale  logo  era  di  Stephano  Prouana  e  suo  fratello  Joanne,  e  fece  inpichare  14 
hominy  de  quali  cinque  0  sey  erano  de  Prouana.  Poi  toise  tuty  ly  casaly  dy  essy 
gentilhomini  de  Prouana.  »  Gioff.  Délia  Chiesa,  I.  cit.,  p.  1010. 


420  MÉLANGES 

codici  délia  cronica  di  Gioffredo  délia  Chiesa,  in  quello  appunto  che  fu 
pubblicato  nei  Monumenti  di  storia  patria,  è  nominata  Luisa  '. 

Dei  cogliardi,  di  cui  è  fatto  cenno  nel  componimento,  parla  ilCibrario 
in  un  luogo  del  suo  scritto  sulle  artiglierie,  che  giova  qui  citar  per 
intiero  :  «  Convien  distinguere  le  macchine  da  gitto  {ingéniai  dalle  armi 
da  gitto.  Nei  documenti  délia  monarchia  di  Savoja  di  qua  e  di  là  dall' 
Alpi  non  trovo  memoria  che  di  due  specie  di  macchine,  troje  e  trabocclu. 
La  prima  balestrava  sassi  immani  col  ministero,  corne  credo,  di  più 
fionde.  La  seconda,  formata  di  un'  asta  in  bilico  con  uno  o  due  contrap- 
pesi,  non  aveva  che  una  fionda,  e  non  gettava  che  un  projettile,  ma 
poteva  governarsi  cosi  aggiustatamente  che  andava  ad  investire  in  ogni 
rninimo  segno.  Verso  il  secolo  XV  trovo  mentovati  i  cogliardi,  la  cui 
corda  principale  aveva  nome  di  candela;  ma  perché  non  veggo  più  me- 
moria di  troje,  dubito  che  fosse  la  stessa  macchina,  denominata  alla 
francese  couillars.  Di  fatto  vediamo  in  Cristina  da  Pizzano  che  il  couil- 
lars  era  macchina  da  gittar  sassi,  armata  di  tre  fionde.  E  forse  la  troja  o 
cogliardo  risponde  al  mangano  degl'  Italiani,  ed  il  trabocco  alla  bric- 
cola2.  » 

Ecco  ora  le  parole  che  ci  pajono  più  digne  di  nota  in  quest'  antico 
componimento. 

2.  tuyt  (si  legga  tujt),  tutti,  è  il  plurale  di  tut,  ed  è  forma  ancor 
viva  in  varie  parti  del  Piemonte. 

2.  fronter,  limitwfo,  aggetivo. 

3.  maluestay,  malvagità.  Voce  presa  dal  provenzale,  com'  era  il  tos- 
cano  antico  malvestà,  usato  da  Guitton  d'Arezzo,  lett.  2  5  : 

«  Ricchezza  crescere  a  misero 
Malvagio  uomo  è  misera  malvestà.   » 

4.  bauzana,  balzana.  Significa  la  bandiera  del  Marchesato  di  Saluzzo, 
che  era  di  bianco  [argento\  col  capo  d'azzurro.  Balzano  è  aggettivo,  e 
propriamente  vuol  dire  orlato  0  fasciato  d'an  colore  diverso  dal  fondo, 


1.  «  A  21  dy  aprile  el  signor  Jo.  Jacomo  figl|i)oIo  dil  Marchese  Theodoro 
dy  Monferato  sposa  la  sorella  dil  conte  dy  Savoya,  sorella  de  la  principessa  dy 
Achaya  (Bona  di  Savoja),  chiamata  (la  sposa)  Leuiseta,  e  fureno  fatte  le  noce  a 
Chiuasso.  »  Gioff.  délia  Chiesa,  I.  cit.,  p.   1057. 

2.  L.  Cibrario.  Délie  artiglierie  dal  1500  al  1770.  Lione,  L.  Perrin,  1854, 
p.  45.  [Le  mot  coillart  signifie  proprement  «  bélier  »  (non  pas  en  général  «  ani- 
mal non  coupé  »,  comme  le  dit  M.  Godefroy),  et  la  machine  de  guerre  a  pris 
de  là  son  nom  métaphorique.  —  Sur  un  autre  sens  de  coillart,  voyez,  outre 
Sainte-Palaye  et  Godefroy,  P.  Meyer,  dans  Y  Annuaire-Bulletin  de  la  Société  de 
l'Histoire  de  France  pour  1882,  sur  le  v.    1 1  $97  du  poème  de  Guillaume  le 

kal\  add.  Adam  delà  Halle,  éd.  Coussemaker,  p.  148.  —  G.  P.J 


UN    DOCUMENTO    IN    DIALETTO    PIEMONTESE    DEL    I4IO  42 1 

e  più  specialmento  di  color  bianco  sopra  altro  colore.  Applicato  al  ca- 
vallo,  0  ad  altro  animale,  balzano  significa  pezzato  di  bianco  ne'  piedi,  0 
al  capo,  0  al  fianco.  Corrisponde  nel  senso  ail'  antico  francese  baucent. 
Applicato  alla  bandiera,  balzano  indica  la  bandiera  bicolore,  con  uno  dei 
colori  bianco1,  corne  quella  dei  Templarii,  che  era  bianca  e  nera  :  «  Vexil- 
lum  bicolorum  quod  dicitur  bauçant  2  ;  »  quella  di  Saluzzo,  che,  corne 
s'è  detto,  è  di  bianco  col  capo  d'azzurro,  che  è  la  bauzana  dei  nostro 
componimento;  quella  di  Monferrato,  che  è  di  bianco  col  capo  di  rosso, 
e  che  è  pur  detta  bauzaine  in  un  antica  poesia  francese,  inserita  nella 
sua  Historia  Montisferati  da  Benvenuto  da  San  Giorgio  : 

«   Le  Marquiz  (de  Monferrat)  a  sur  son  enseigne 
La  bauzaine  que  Dieu  mantiegne  3   ». 

Altri  esempii  nel  Ducange  :  «  albo  et  nigro  interstinctus  vel  biparti- 
tus  »;  «  vexillum  bipartitum  ex  albo  et  nigro  quod  nominant  bau- 
ceant4  ».  La  forma  balsanum  vexillum  (in  alcuni  mss.  erroneamente 
baldanumï  è  pure  data  dal  Ducange  s.  Non  so  se  da  quest'  ultimo 
esempio,  e  da  altri  citati  nel  glossario  di  Gay6,  si  possa  desumere  che 
questa  voce,  dal  significato  spéciale  di  vessillo  bicolore,  di  bianco  cioè 
e  d'  altro  colore,  sia  poi  passata  a  significare  il  vessillo  in  génère. 
Lascio  ai  romanisti  francesi  la  cura  di  spiegare  la  forma  baucent  bau- 
ceanîi  che  parrebbe  corrispondere  ad  un  italiano  balzantes.  A  me  basta 
notare  che  la  forma  italiana  balzano  présenta  una  regolare  connessione 
con  balza,  balzo,  che  è  propriamente  orlo  di  veste,  di  stoffa,  di  parete,  e, 
nell'  uso  più  vivo,  di  rupe  o  di  precipizio.  Da  balza  derivano  poi  le 
forme  verbali  balzare,  sbalzare,  e  tutte  questi  voci  appartengono  ail' 
idioma  vivente.  Il  senso  originario  di  orlo  0  striscia  si  trova  in  balza 
corne  in  balzano.  Non  intendo  qui  tentare  la  dimostrazione  dell'  etimolo- 
gia,  e  mi  limito  a  ricordare  che  Diez  fa  derivare  balza  dal  lat.  balteus, 
baltius,  nella  quale  ipotesi  consente  anche  Littré. 


1.  «  Erano  al  suo  tempo  venti  i  gonfaloni,  che  n'  era  uno  balzano.  »  G.  Villa- 
ni,  87,  8,  2  (cit.  nel  Dizionario  di  Tommaseo  e  Bellini). 

2.  Martene,  Anecd.,  III,  276. 

3.  Muratori,  Rer.  Ital.  Se,  XXIII,  484. 

4.  GIoss.  ad  voc.  baucens,  bauceant,  baucennus. 

5 .  Ad  voc.  baldanum . 

6.  V.  Gay,  GIoss.  ad  voc. 

7.  [Je  noterai  seulement  que  la  forme  ancienne  du  franc,  a  un  £  :  bakent; 
peut-être  le  suffixe  -ent  a-t-il,  comme  dans  plus  d'un  cas,  remplacé  ici  un  ancien 
-au,  répondant  à  un  germanique  -inc.  —  G.  P.] 

8.  Balzante  per  balzano  è  indicato  nei  Dizionario  di  Tommaseo  e  Bellini,  ma 
senza  citazione. 


422  MÉLANGES 

21.  banda  bioua,  banda  azzura.  È  qui  indicata  la  bandiera  dei  prin- 
cipi  d'Acaja,  che  eraquella  délia  casa  di  Savoja,  croce  bianca  in  campo 
rosso)  coll'  aggiunta  d'una  banda  azzurra,  come  segno  di  ramo  secondo- 
genito.  La  voce  biô,  fem.  biôva,  azzurro  -a  è  viva  in  Canavese,  insieme 
col  diminutivo  biôvet.  Nella  lingua  scritta  abbiamo  il  ritlesso,  pretta- 
mente  italiano,  biavo  : 

«   E  Pulican  nella  bandiera  biava 

Dipinta  avea  d'argento  una  corona.  » 

«  Colui  che  vien  davanti  è  paladino, 

Porta  ne!  biavo  la  luna  d'argento1    ». 

Ed  accanto  a  biavo  si  ha  pure  biado  :  «  lana  biada,  tabarretto  de 
biado2  »  ;  che  fa  esatto  parallelo  a  brado  =  bravo. 

21.  Dee,  Dio.  Era  l'antica  forma  regolare  piemontese,  ora  surrogata 
dalla  toscana,  ma  non  del  tutto  scomparsa.  Rimane,  p.  e.,  nell'  intéres- 
sante composto  Butadè,  che  èil  nome  tradizionale  del  legendario  Ebreo 
errante  in  Piemonte. 

C.  Nigra. 


XI. 

N  prosthétique. 

On  a  ici  même  ?  expliqué  la  forme  n'en,  qu'on  rencontre  quelquefois 
pour  l'en  =  il  le  homo,  par  le  changement  de  17  initial  de  l'en  en  n  ; 
c'est  là  une  simple  supposition  et  non  une  conclusion  nécessaire  de  la 
seconde  de  ces  formes  à  la  première.  Je  crois  qu'on  peut  voir  dans  Vn 
de  n'en  un  n  prosthétique  ou  adventice,  qui  s'est  peut-être  développé 
sous  l'influence  de  Vn  final  de  en  ou  de  son  e  nasalisé.  Cette  manière  de 
voir  trouve  sa  confirmation  dans  un  fait  curieux  du  patois  picard  du  Bou- 
lonnais. Dans  ce  patois  n  s'est  développé  devant  en  =  inde;  ainsi  : 

j'n'en  veïi  :  j'en  veux, 
j'n'en  voué  :  j'en  vois. 

On  comprend  que  le  même  phénomène  ait  pu  se  produire  devant  en  = 
homo. 

Aux  exemples  que  je  viens  de  citer,  j'en  joins  quelques  autres  où  n'en 


i.  Berni,  Orl.  j8.  14.  —  Bojardo,  II,  37. 
2.  Muratori,  Ant  It.,  III,  273. 
2.  T.  XII,  p.  344. 


N    PROSTHÉTIQUE  423 

est  précédé  d'un  autre  pronom  que  je  et  suivi  d'un  verbe  commençant 
par  une  voyelle  : 

0  n'n  avon  :  nous  en  avons. 
0  n'n  avce  :  vous  en  avez, 
0  n'n  a  :  on  en  a  ' . 

On  voit  que  devant  une  voyelle  nen  se  réduit  à  n'n,  dont  le  premier  n 
s'appuie  plus  ou  moins  sur  la  voyelle  qui  précède. 

Mais  ce  qui  est   plus  important  à  remarquer,  c'est   l'identité2   des 
pronoms   de  la  première  et   de   la   seconde    personne  ;  le    v  de  vos) 
=  vos  tombant  fréquemment  dans  nos  patois,  Vo  de  la  seconde  per- 
sonne peut   s'expliquer  sans  peine  de  cette  manière  et  est   dès   lors 
égala   (v)  0  (s)  ;  Yn  initial  persistant,  au  contraire,  on  ne  peut  guère 
tirer  Vo  de  la  première  personne  de  (n)o(s)   et  il  vaut  mieux  y  voir 
l'emploi  de  la  seconde    personne   à  la   place    de    la   première.    Mais 
comment  expliquer  o  =  on?  Le  pronom  indéfini    n'est  pas   o   dans 
tous  les  patois  picards;  il  est. souvent  in,  en  particulier  dans  le  Ver- 
mandois  et  le  Cambrésis;  si  in  avait  perdu  sa  nasale,  il   n'aurait  pu 
donner  que  i  ;  or  nous  avons  o.  Je  crois  qu'il  faut  voir  dans  cet  o,  qui 
ne  peut  sortir  de  in,  le  pronom  de  la  seconde  personne  du  pluriel,  lequel, 
après  avoir  servi  de  première  personne,  est  encore  employé  comme 
pronom  indéfini.  On  aurait  ainsi  une  confirmation  de  l'explication  que 
j'ai  donnée,  d'après  M.  L.  Havet,  de  no  =  on  =nos>,  ou  du  moins  un 
fait  analogue,  puisque  nous  avons  ici  o  =on  =  vos 4. 

G.  Joret. 


i.  Ces  exemples  m'ont  été  fournis  par  M.  Haigneré,  curé  de  Menneville, 
canton  de  Desvres. 

2.  Ce  fait  est  bien  connu,  mais  il  n'est  pas  propre  à  tous  les  patois  picards; 
dans  le  Cambrésis  on  dit  :  no,  vo.  Je  dois  ce  renseignement  à  M.  Ricouart, 
d'Arras. 

3.  Cf.  Mélanges  de  phonétique  normande,  p.  62  (Paris,  in-8,  1884). 

4.  [J'ai  encore  trouvé  nen  pour  l'en  dans  le  ms.  B.  N.  fr.  756  du 
Tristan  en  prose  (par  ex.  f°  38  b  :  car  nen  ne  set  les  aventures)  et  souvent 
dans  la  Clef  d'amours,  poème  du  xuie  siècle  publié  par  M.  Tross  d'après  un  ma- 
nuscrit certainement  normand.  Nen~  inde  est  tout  autre  chose  et  provient  de 
(on)  en  :  j'në  vo  à  cause  de  5  (ou  0)  ne  vo.  Il  est  singulier  que  M  Joret,  au  lieu 
d'appliquer  aux  locutions  boulcnnaises  la  théorie  qu'il  continue  à  défendre  pour 
le  normand  avec  une  si  remarquable  ténacité,  prétende  l'y  retrouver  renversée. 
O  n'n  a  est  évidemment  on  en  a,  et  dès  lors  0  n'n  avô,  0  n'n  avé  nous  pré- 
sentent, mais  dans  un  cas  unique,  le  curieux  transfert  de  on  à  la  première  (mais 
aussi  à  la  deuxième!  personne  du  pluriel.  Cela  montre,  ainsi  que  le  cas  précé- 
dent, l'importancequ'aeue  dans  le  parler  boulonnais  la  locution  on  en. . .  Cela  ne 
peut  d'ailleurs  changer  en  rien  la  solution  de  la  question  du  no  normand,  solu- 
tion qui  ne  fait  plus  de  doute,  probablement,  que  pour  un  seul  philologue.  — 
G.  P.j. 


424  MÉLANGES 

XII. 

NOUS  =  ON. 

Dans  le  n"  48  de  la  Romania  (t.  XII,  p.  $88),  j'ai  essayé  de 
montrer  combien  il  était  peu  probable  que  no  =  on  fût  une  transfor- 
mation de  on  et,  —  ce  que  je  m'étais  efforcé  de  prouver,  d'après 
M.  L.  Havet,  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique,  V,  149,  — 
combien  il  était  vraisemblable,  au  contraire,  que  ce  no  fût  la  simple  at- 
ténuation de  nous  =  nos  ;  mais  à  quelle  époque  ce  no  =  nous  se  serait- 
il  substitué  à  on?  Sans  chercher  à  établir  le  fait  historiquement,  je  me 
suis  borné  à  dire  que  nous  avait  probablement  été  employé  comme  pro- 
nom indéfini  depuis  qu'il  avait  cessé  d'être  usité  comme  pronom  per- 
sonnel sujet  et  avait  été  dans  ce  cas  remplacé  par  je;  cela  nous  repor- 
terait au  xvi°  siècle.  Dans  une  note  de  la  Romania  [ibid.,  p.  $90), 
M.  Gaston  Paris  a  donné  deux  exemples  de  no  pour  on  tirés  de  la  Muse 
normande,  ce  qui  montre  que  no  =  on  était  usité  dans  le  premier  tiers 
du xvne  siècle  ;  mais  no,  ou,  ce  qui  vaut  mieux  encore  pour  la  thèse  que 
je  défends,  nous  se  trouve  employé  pour  on  bien  avant  cette  époque. 
Dans  un  texte  dont  j'ai  eu  déjà  occasion  de  citer  des  formes  curieuses  ', 
un  des  morceaux  les  plus  connus  du  recueil  des  Chansons  normandes  du 
xve  siècle  publiées  par  M.  Armand  Gasté,  on  rencontre  à  la  fois  on  et 
nous  employés  absolument  de  la  même  manière  ;  le  poète  anonyme  de 
cette  «  Marseillaise  des  Normands  »,  peut-être  Olivier  Basselin,  encou- 
rageant ses  compatriotes  à  combattre  les  Anglais, 

Ces  godons,  panches  a  pois, 

ajoute  : 

Afin  qu'on  les  esbafoue, 
Autant  qu'en  pourrez  trouver 
Faites  au  gibet  mener 
Et  que  nous  les  y  encrouc. 

Comme  me  l'écrit  M.  Gasté,  qui  a  eu  l'amabilité  d'appeler  mon  at- 
tention sur  ces  formes,  et  ainsi  que  je  l'ai  vérifié  moi-même,  le  manuscrit 
dit  de  Bayeux  porte  en  toutes  lettres  nous.  On  ne  peut  donc  douter 
qu'on  n'ait  ici  le  pronom  de  la  première  personne  employé  à  la  place 


i .  Des  caractères  et  de  l'extension  du  patois  normand,  p.  136. 


TOUT    VIENT    A    POINT   QUI    SAIT   ATTENDRE  42$ 

de  on,  pour  donner,  à  ce  qu'il  semble,  un  pied  de  plus  '.  Quoi  qu'il  en 
soit,  il  est  intéressant  de  constater  l'usage  de  nous  pour  on  dans  un 
dialecte  qui  remplace  aujourd'hui  ce  dernier  pronom  par  no,  no-z,  preuve 
nouvelle  et  irréfutable,  je  crois,  que  no,  no'z  n'est  autreque  nous  =  nos  -. 

Charles  Joret. 

XIII. 

TOUT  VIENT  A  POINT  QUI  SAIT  ATTENDRE. 

S'il  est  un  proverbe  souvent  et  mal  cité,  c'est  assurément  celui-ci. 
Que  l'on  cherche  dans  Littré  sous  les  mots  «  venir,  point,  attendre  »,  on 
le  trouvera  trois  fois  estropié  :  «  Tout  vient  à  point  à  qui  sait  attendre.  »  On  a 
même  fait  une  comédie  sous  ce  titre.  Tout  récemment  encore,  dans  un 
compte  rendu  de  la  séance  annuelle  de  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres  [Journal  des  Débats  du  24  novembre  1883),  M.  H-  Houssaye 
écrivait  :  «  D'autre  part,  il  ^Mariette)  était  pauvre,  marié  et  père  de 
trois  enfants.  Comment  donc  entreprendre  un  voyage  en  Egypte?  Tout 
vient  à  point  à  qui  sait  attendre.  »  Je  n'ai  point  d'exemples  de  ce 
proverbe  antérieurs  au  xvie  siècle,  mais  voici  comme  je  le  trouve  cité 
invariablement  à  cette  époque  : 

Tout  vient  à  point  qui  peut  attendre  (Clément  Marot,  II,  328,  édit.  1731). 
Tout  vient  à  point  qui  peut  attendre  (Cyre  Foucault,  Traduct.  d'Aristcnet, 

74.  Liseux). 
Tout  vient  à  point  qui  peut  attendre  (Gabriel  Meurier,  ap.  Le  Roux  de  Lincy, 

Prov.,  II,  428). 
Tout  vient  à  point  qui   peult  attendre  (Adages  et   Prov.  de   Hernan  Nunez, 

ap.  Génin,  Récréations  philologiques,  II,  250). 
Tout  vient  à  point  qui  peult  attendre  (Oudin,  Dict.,  p.  334,  Favre). 

Qui  en  ancien  français,  comme  on  sait,  se  prenait  pour  «  si  on,  si  l'on  »; 
mais  comme  on  ne  comprenait  plus  la  valeur  de  ce  mot,  on  défigura, 
quand  elles  se  conservèrent,  les  locutions  où  il  se  rencontrait.  Rien  n'est 
moins  rare  pourtant  que  l'emploi  de  qui  =  si  on,  aux  xvc  et  xvie  siècles  : 


1 .  [Nous  est  purement  graphique,  \'s  ne  se  prononçant  pas  ;  l'original  avait 
sans  doute  non,  qu'un  copiste  qui  ne  comprenait  pas  a  lu  non  et  transcrit  nous. 
—  G.  P.] 

2.  En  effet,  comme  me  le  dit  encore  M.  A.  Gasté,  avec  on  on  a  : 

Et  qu'on  les  y  encroue, 
vers  de  six  syllabes,  tandis  que  nous  donne  le  vers  de  sept  syllabes  : 

Et  que  nous  les  y  encroue. 
J'ai  à  peine  besoin  d'ajouter  que  encroue  signifie  «  pendre  »  et  vient  de  in-f-nor, 
krôkr  (crochet). 


426  MÉLANGES 

Qui  me  payast,  je  m'en  allasse  (Patheliu,  p.  $8,  Jacob). 

L'heur  passe  tost  qui  n'en  a  soing  (Baïf,  Mimes,  I,  20,  Blanchemaim. 

Tout  vient  à  tems  qui  attend  l'heure  (Ibid.,  I,  46). 

Il  faut  apprendre  qui  veut  savoir  (Gabriel  Meurier,  ap.  Le  Roux  deLincy). 

C'est  surtout  dans  Montaigne  que  l'on  trouve  les  exemples  les  plus 
nombreux  et  les  plus  variés  de  cet  emploi  de  qui.  Il  donnait  à  la  phrase 
je  ne  sais  quoi  de  vif  et  de  léger,  comme  on  en  pourra  juger  par  les 
exemples  suivants  : 

11  (l'écolier)  praticquera  par  le  moyen  des  histoires  ces  grandes  âmes  des 
meilleurs  siècles.  C'est  un  vain  estude  qui  veut,  mais  qui  veut  aussi  c'est 
un  estude  de  fruit  estimable  (Montaigne,  Essais,  I,  12,  Louandre). 

Il  la  fault  secourir  (l'imagination)  et  flater,  et  piper,  qui  peut  (Ibid.,  III,  13). 

Les  vices  s'entretiennent  et  s'entr'enchaisnent  pour  la  plus  part  les  uns  aux 
aultres,  qui  ne  s'en  prend  garde  (Ibid.,  II,  11). 

Ce  qui  teint  les  mariages  à  Rome  si  longtemps  en  honneur  et  en  sécurité, 
feut  la  liberté  de  les  rompre,  qui  voudrait  (Ibid.,  II,  15). 

Or  qui  voudroit  toutesfois  juger  par  les  apparences,  si  c'est  par  toutes,  il  est 
impossible  (Ibid.,  II,  9). 

Cette  construction  n'est  pas  encore  complètement  disparue  au  xvip 
siècle  : 

Qui  lui  pourroit  un  peu  tirer  les  vers  du  nez, 
Que  nous  verrions  demain  des  gens  bien  étonnés! 

(Corneille,  La   Veuve,  IV,   $.) 
A.   Delboulle. 


XIV. 
QUELQUES  TRAITS  PHONÉTIQUES  DU   PATOIS  HAGUAIS. 

On  a  beaucoup  parlé  du  patois  normand  dans  les  derniers  numéros  de 
la  Romania.  Qu'il  soit  permis  à  un  Normand,  qui  a  prèchiei  assez  long- 
temps le  patois  de  son  pays  avant  de  parler  le  français,  de  réclamer  une 
place  dans  le  domaine  du  patois  normand  pour  une  variété  très  carac- 
térisée, que  M.  Gilliéron  n'a  pas  eu  occasion  de  connaître  et  que  M.  Jo- 
ret  n'a  pu  voir  que  superficiellement  dans  ses  courts  voyages  au  pays  où 
on  le  parle.  C'est  celui  du  nord  du  département  de  la  Manche,  lequel 
est  apparenté  de  très  près,  autant  que  j'en  puis  juger,  avec  celui  des 
îles  anglaises  du  voisinage. 

Ce  patois  présente  la  plupart  des  caractères  que  M.  Joret  attribue  au  patois 
normand  :  le  son  oi  ipour  ei)  lui  est  à  peu  près  inconnu,  et  il  le  remplace 
par  ï\  il  emploie  souvent  le  c  dur  là  où  le  français  emploie  le  cli,  et  ch 


QUELQUES    TRAITS    PHONÉTIQUES    DU    PATOIS    HAGUAIS  427 

là  où  le  français  donne  au  c  le  son  del'5;  le  son  ui  lui  est  antipathique;  il 
remplace  la  terminaison  eau  par  et  ou  iaou,  etc.  Il  n'y  a  guère  en  dehors 
des  caractères  assignés  au  normand  par  M.  Joret  que  ce  qui  regarde 
le  t  prononcé  q  :  lu  on  ne  dit  jamais  amiquié  pour  amitié. 

Mais  ce  patois  offre  d'assez  nombreuses  particularités  très  caractéris- 
tiques dont  M.  Joret  ne  parle  pas.  C'est  beaucoup  moins  par  le  conson- 
nantisme  que  par  le  vocalisme  qu'il  se  distingue  du  français  et  des  autres 
variétés  du  patois  normand. 

Il  a  toutes  les  diphtongues  faibles  du  français,  ici,  ié,  io,  iou,  ieu,  iu, 
mais,  ce  que  le  français  n'a  plus,  s'il  l'a  jamais  eu,  il  a  des  diphtongues 
fortes,  de,  ai,  âou,  du  :  aimaë,  frdise,  dune  idoune),  etc. 

Quand  les  mots  de  ce  patois  sont  longs,  ils  ont  ordinairement  deux 
accents  toniques,  l'un  fort  sur  la  dernière  syllabe,  comme  en  français, 
l'autre  faible  dans  le  corps  du  mot,  et  chacune  des  syllabes  accentuées 
peut  être  suivie  d'un  petit  e  enclitique.  Cet  e  enclitique  ne  se  place 
qu'à  la  fin  des  mots  quand  il  accompagne  a:  de;  mais  après  ou,  u,  il 
peut  se  trouver  à  l'intérieur  des  mots,  surtout  devant  les  sons  mouillés 
ou  chuintants. 

L  se  mouille  après  toutes  les  labiales  et  souvent  après  les  gutturales. 
Cette  lettre  a  alors  le  son  qui  est  exprimé  en  italien  par  gl. 

A  côté  de  1'/  aigu,  ce  patois  possède  un  /  grave.  Cet  i  s'entend  quel- 
quefois en  anglais,  mais  il  est  très  usité  dans  les  idiomes  slaves.  Les 
Polonais  le  représentent  par  y.  Il  est  avec  Vi  aigu  dans  le  même  rapport 
que  l'è  avec  IV  en  français. 

Ce  patois  a  aussi  en  commun  avec  les  idiomes  slaves  une  r  mouillée. 
L'r  prend  le  son  adouci  entre  deux  voyelles  et  après  certaines  con- 
sonnes, à  peu  près  comme  s  en  pareil  cas  prend  le  son  de  z.  Les  Russes 
l'emploient  absolument  dans  les  mêmes  cas  que  les  Haguais.  Les  An- 
glais ont  aussi  une  r  qui  s'en  rapproche,  mais  dont  le  son  est  encore 
plus  atténué. 

Dans  ce  patois  an  ne  se  prononce  jamais  comme  en.  Cette  dernière 
nasale  se  prononce  comme  en  français,  mais  dans  la  première,  on  en- 
tend d'abord  an,  puis  un,  d'une  seule  émission  de  voix.  Les  Portugais, 
qui  ont  identiquement  ce  son,  l'écrivent  âo. 

Au  se  prononce  aussi  en  diphtongue,  dou,  et  jamais  o,  excepté  dans 
quelques  mots  importés  récemment  du  français. 

Il  y  a  encore  d'autres  différences,  même  à  première  vue,  entre  ce  pa- 
tois et  celui  que  M.  Joret  a  si  soigneusement  recensé.  Ce  n'est  pas  le  lieu 
de  les  indiquer  ici.  Ce  à  quoi  je  tiens  essentiellement,  c'est  à  bien  mar- 
quer la  place  de  ce  langage,  qui  doit  probablement  à  l'isolement  du  pays 
où  il  se  parle  le  caractère  archaïque  et  original  qu'il  a  conservé. 

Jean  Fleury. 


428  MÉLANGES 

XV. 

LES  TROIS    MOINES  ET  LES  TROIS  BOSSUS 

Contes  de  Vals  (Ardèche) 


Un  meunier  avait  une  femme  qui  se  montrait  trop  aimable  à  l'égard 
des  moines.  Le  mari  jaloux  résolut  d'en  finir  et  il  en  tua  deux  coup  sur 
coup.  Mais  il  ne  savait  comment  se  débarrasser  de  leurs  corps,  et  il  était 
très  perplexe,  lorsqu'un  détachement  de  soldats  arriva  dans  le  pays.  On 
annonça  que  chacun  aurait  à  en  loger.  Le  meunier  prit  les  devants  et 
demanda  à  loger  le  plus  enragé.  On  lui  envoya  un  soldat  qu'on  appelait 
le  diable.  Le  meunier  lui  offrit  une  grosse  somme  d'argent  à  condition 
qu'il  irait  jeter  dans  la  rivière  le  corps  d'un  moine  qu'il  lui  montra.  Le 
marché  fut  accepté,  et  le  soldat  emporta  le  cadavre.  Pour  aller  à  la  rivière 
il  fallait  passer  devant  le  couvent.  Le  veilleur  demanda  au  soldat  qui  il 
était  et  ce  qu'il  faisait  ;  il  répondit  :  «  C'est  le  diable  qui  emporte  le  moine 
du  couvent.  »  On  le  laissa  aller.  Le  soldat  alla  jeter  le  moine  dans  l'eau 
et  revint  au  moulin;  il  dit  au  meunier  :  «  C'est  une  corvée  que  je  ne 
recommencerais  pas  volontiers.  »  «  Que  voulez-vous  dire,  reprit  le  meu- 
nier ?  vous  n'avez  pas  fait  votre  commission.  »  Et  il  lui  montra  le  deuxième 
cadavre.  «  Il  est  donc  revenu  ?  »  dit  le  soldat  stupéfait,  et  sans  rien  dire 
il  alla  porter  le  moine  à  la  rivière.  Interrogé  par  le  veilleur  du  couvent, 
il  fit  la  même  réponse  que  la  première  fois,  et  après  avoir  accompli  sa 
mission,  il  s'en  revint  par  le  même  chemin.  Or  le  frère  veilleur  avait 
raconté  dans  le  couvent  que  le  diable  avait  emporté  deux  moines.  En 
effet  on  constata  qu'il  en  manquait  deux,  et  ce  fut  une  terreur  générale. 
Un  moine  plus  effrayé  que  les  autres  dit  :  «  Moi  je  ne  reste  pas  ici.  »  Il 
prit  un  âne  et  quitta  le  couvent  en  se  dirigeant  du  côté  du  moulin.  A  ce 
moment  le  diable  l'aperçut  et,  croyant  que  c'était  son  moine  qui  revenait 
pour  la  troisième  fois,  il  courut  à  sa  poursuite,  l'atteignit  et  lui  dit  :  «  Ça 
ne  m'étonne  pas  si  tu  es  toujours  arrivé  au  moulin  avant  moi  :  tu  as  qua- 
tre pattes  et  moi  je  n'en  ai  que  deux.  »  Là-dessus  il  saisit  le  moine  et 
l'âne  et  alla  les  jeter  tous  deux  dans  la  rivière. 


Il  y  avait  une  fois  trois  frères  qui  étaient  bossus.  L'un  d'eux  était 
aubergiste  et  marié.  Un  jour  qu'il  était  absent,  ses  deux  frères  se  glissè- 
rent dans  sa  cave,  où  ils  burent  tant  qu'ils  en  moururent  sur  place.  La 


CHANSONS    POPULAIRES  429 

femme  de  l'aubergiste  les  ayant  trouvés  morts  dans  sa  cave  dit  :  «  On 
ne  manquera  pas  de  m'accuser  d'avoir  causé  leur  mort,  si  on  les 
trouve  ici  ;  il  faut  que  je  me  débarrasse  de  leurs  corps.  »  Elle  envoya 
quérir  un  portefaix  et  lui  proposa  une  somme  d'argent  pour  emporter  un 
bossu  et  le  jeter  à  la  rivière.  Il  accepta  et  accomplit  sa  mission.  «  Quelle 
corvée!  »  disait-il  en  revenant  chez  l'aubergiste;  «  c'est  bien  lourd  un 
bossu  !  »  «  Mais,  dit  la  femme,  vous  ne  l'avez  pas  emporté.  »  Et  elle  lui 
montra  le  deuxième  bossu,  qu'elle  avait  substitué  au  premier.  «  Il  est 
donc  revenu?  o  dit  le  portefaix  stupéfait,  et  il  se  mit  en  devoir  de  le  rem- 
porter à  la  rivière.  Quand  il  eut  accompli  sa  besogne,  il  revint  pour  tou- 
cher son  argent,  mais  il  fut  tout  étonné  de  rencontrer  sur  son  chemin  un 
bossu  qui  ressemblait  parfaitement  à  celui  qu'il  venait  de  jeter  à  l'eau. 
C'était  le  mari  qui  rentrait  chez  lui.  Le  portefaix,  croyant  que  c'était 
son  fardeau  qui  s'en  retournait  pour  la  troisième  fois  à  la  maison,  le  saisit 
et  lui  attacha  une  grosse  pierre  au  cou  avant  de  le  jeter  à  la  rivière.  C'est 
ainsi  que  moururent  les  trois  bossus. 

Eugène  Rolland. 

XVI. 
CHANSONS  POPULAIRES 

RECUEILLIES    A    COURSEULLES-SUR-MER   (ARR.    DE   CAEN,    CALVADOS) 
EN    AOUT    1882. 

I. 

Auprès  de  ma  Blonde. 
Au  jardin  de  mon  père, 
Les  lauriers  sont  fleuris; 
Tous  les  oiseaux  du  monde 
Y  vienne  y  fair'  leur  nid. 
Auprès  de  ma  blonde 
Qu'il  fait  bon,  qu'il  fait  bon, 
Auprès  de  ma  blonde 
Qu'il  fait  bon  dormi  ! 

Tous  les  oiseaux  du  monde... 
La  caill',  la  tourterelle, 
Et  l'aimable  perdrix; 

La  caill',  la  tourterelle... 
La  charmante  colombe 
Qui  chante  jour  et  nuit  ; 


4?o 


MÉLANGES 

La  charmante  colombe... 
Eli'  chante  pour  ces  filles 
Qui  n'ont  pas  d'bons  amis. 

Eli'  chante  pour  ces  filles... 
E'  n'chant'ra  pas  pour  moi, 
Car  le  mien  est  choisi  ; 

E'  n'chant'ra  pas  pour  moi... 
Il  est  dans  la  Hollande 
Les  Hollandais  l'ont  pris. 

Il  est  dans  la  Hollande... 
Que  donneriez-vous,  belle, 
A  qui  vous  l'a  quéri  ? 

Que  donneriez-vous,  belle... 
Je  donnerais  Versailles, 
Paris  et  Saint-Denis  ; 

Je  donnerais  Versailles... 
Et  ma  jolie  fontaine 
Qui  coule  jour  et  nuit. 
Auprès  de  ma  blonde 
Qu'il  fait  bon,  qu'il  fait  bon, 
Auprès  de  ma  blonde 
Qu'il  fait  bon  dormi  ! 


La  jolie  Batelière. 

Ce  sont  ces  messieurs  de  la  cour        )  . 
Qui  vont  le  soir(e)  faire  un  tour,         ) 
Un  tour,  un  tour,  le  long  de  la  rivière, 
Pour  voir  passer  la  jolie  batelière. 

«  Batelière,  aleste  ton  bateau  : 

Voudrais-tu  bien  me  passer  l'eau  ? 

—  Oui,  oui,  Monsieur,  entrez  dans  ma  nacelle, 

Je  vous  promets  de  vous  passer  la  Seine.  » 


CHANSONS    POPULAIRES  43 I 

Dès  que  le  monsieur  fut  entré, 

Il  commenç'  par  la  caresser. 

«  Reculez-vous,  Monsieur,  de  moi  arrière, 

Car  vous  saurez  que  je  suis  fill'  sincère.  » 

Le  monsieur  ôta  ses  beaux  gants  blancs, 
Compta  de  l'or  et  de  l'argent, 
Et  puis  :  «  Là-bas,  là-bas,  dans  ma  chambrette, 
De  nos  amours  nous  caus'rons  tête  à  tête.  » 

Dès  que  l'on  fut  pour  débarquer, 
Le  monsieur  passa  le  premier. 
Qu'a  fait,  Monsieur,  la  jolie  batelière  ? 
Elle  a  reculé  sa  barque  en  arrière. 

«  Batelier',  que  vont  dir'  mes  parents 
De  me  voir  rentrer  sans  argent  ? 

—  Vous  leur  direz  qu'en  passant  la  rivière, 
Vous  avez  joué  d'avec  la  batelière. 

—  Batelier',  si  je  peux  t'attraper, 
Tu  peux  compter  me  le  payer. 

—  Non,  non  !  Monsieur,  le  long  de  la  rivière 
Vous  ne  verrez  jamais  la  batelière.  » 


III. 

Sur  le  bord  de  l'Ile. 

La  belle  se  promène  le  long  de  son  bateau  (bis), 
Le  long  de  son  bateau,  sur  le  bord  de  l'île, 
Le  long  de  son  bateau,  sur  le  bord  de  l'eau, 
Sur  le  bord  du  vaisseau. 

Aperçoit  une  barque  de  trente  matelots  (bis). 

Le  plus  jeune  des  trente  chantait  une  chanson  (bis). 

«  La  chanson  que  tu  chantes,  je  voudrais  la  savoir,  (bis) 

—  Entrez  dedans  ma  barque,  je  vous  l'apprenderai.  »  (bis) 


4^2  MÉLANGES 

Quand  ell'  fut  dans  la  barque,  ell'  se  mit  à  pleurer;  (bis) 
«  Ah  !  qu'avez-vous,  la  belle,  qu'avez-vous  à  pleurer  ?  (bis) 

—  Je  pleur'  mon  cœur  volage  que  vous  m'avez  gagné,  [bis) 

—  Ne  pleurez  pas,  la  belle,  je  vous  le  remettrai,  (bis) 

—  Comment  me  le  remettre  ?  ç'n'est  pas  dTargent  prêté.  »  (bis) 


IV. 

Je  m'suis  levée  de  grand  matin 
A  la  rosée  tombante. 
C'est  pour  aller  à  not'  jardin 
Cueillir  de  la  lavande, 
Pour  danser  la  et  la,  la,  la, 
Pour  danser  l'Allemagne. 

Je  n'en  ai  pas  cueilli  trois  brins 
Que  mon  amant  y  entre. 
En  me  disant  :  «  Mon  petit  cœur, 
Nous  nous  marierons  ensemble. 

—  Je  n'me  marierai  pas 
Qu'vous  n'en  parliez  à  ma  tante  ; 
Si  ma  tante  ne  veut  pas 
Au  couvent  j'irai  me  rendre. 

«  Je  prendrai  la  robe  grise 
Et  la  cornette  blanche  ; 
Mon  livre  sous  mon  bras, 
Mon  chapelet-z'-à  ma  manche. 


«  Je  prierai  Dieu  pour  mon  amant 
Et  au  diable  ma  tante.  » 
Pour  danser  la,  et  la,  la,  la, 
Pour  danser  l'Allemagne. 


CHANSONS    POPULAIRES  433 


Au  beau  clair  de  la  lune 
Allant  m'y  promener, 
J'ai  rencontré  la  belle 
Qui  allait  se  coucher; 
Desur  son  blanc  visage 
J'ai  pris  un  doux  baiser.     \ 


bis 

bis 

bis 


J'ai  passé  par  sa  porte 

A  l'heure  de  minuit. 

«  Belle,  ouvrez  votre  porte, 

La  belle,  à  votre  amant 

Qui  revient  de  la  guerre      ), . 
,        .  .  .  }bis 

Sur  un  beau  bâtiment.         ) 

—  Je  n'ouvre  pas  ma  porte  ),  • 
A  l'heure  de  minuit;  ) 
Je  suis  couchée,  mon  père, 
Ma  mère  et  moi-z'-aussi. 
Allez  par  la  fenêtre  ), . 
Qui  est  près  de  mon  lit.       ) 

—  Je  suis  par  la  fenêtre;    h  - 
La  belle,  y  êtes-vous  ?         ) 
Je  suis  couvert  de  neige 

Et  d'boue  jusqu'aux  genoux. 
Voilà  la  récompense,  ),  ■ 

La  bell',  que  j'ai  de  vous,    j 


—  Le  manteau  de  mon  père, 
Est  à  la  chambre  en  haut  : 
Attendez  un  instant, 
Je  vais  vous  le  chercher. 
Dessur  vos  deux  épaules 
Je  vais  vous  le  jeter.  » 


bis 


bis 


Le  pèr'  par  la  fenêtre  L  • 

Entend  ce  discours-là  :  ) 
«  Tout  beau,  tout  beau,  la  belle! 
Pas  tant  de  complaisance. 

Mais  à  votre  réveil,  ),  ■ 

Vous  irez  au  couvent.  ) 
Romania,  XIII.  28 


4$4  MELANGES 

—  Au  couvent) 'n'y  ai  qu'faire,), . 
Au  couvent  j'n'irai  pas;  ) 

J'aimerais  mieux  avoir 
Homme  à  mon  content'ment 
Que  tout'stes  vieill's dévotes/,  • 
Qui  sont  dans  ton  couvent.  »j 


VI. 

Trois  p'tits  tambours  revenant  de  la  guerre,  [bis] 
Plan! 
Plan,  rataplan,  plan,  plan  ! 
Revenant  de  la  guerre. 

L'plus  jeun'  des  trois  port'  un'  rose  à  sa  bouche,  [bis] 

La  fill'  d'un  prince  était  par  la  fenêtre,  [bis] 

«  Petit  tambour,  veux-tu  m'donner  ta  rose  ?  bis) 

—  Petit'  princess',  veux-tu  m'donner  ton  cœur  ?  [bis) 

—  Petit  tambour,  demandez  à  mon  père,  [bis) 

—  Ah  !  mon  bon  prinç',  veux-tu  m'donner  ta  fille?  [bis) 
-  Petit  tambour,  tu  n'es  pas  assez  riche,  [bis] 

—  J'ai  trois  vaisseaux  desur  la  mer  si  belle,  [bis) 
L'un  chargé  d'or  et  l'autre  d'argent'rie,  bis 

Et  le  troisièm',  c'est  pour  prom'ner  ma  mie.  (bis) 

—  Petit  tambour,  je  te  donne  ma  fille,  [bis) 

—  Ah  !  mon  bon  prinç',  tu  peux  garder  ta  fille  :  (bis) 
J'en  ai-z'-une  aut' qui  est  bien  plus  jolie,  »  [bis) 

Charles  Benoist. 


COMPTES-RENDUS 


Zwei  recensionen  der  Vita  Akxandri  magni,  interprète  Leone  archipresbytero 
Neapolitano,  von  Karl  Kinzel.  Berlin,  Gaertner,  1884,  in-4,  33  pages  (programme 
de  gymnase). 

La  Vita  Akxandri  ou,  selon  les  éditeurs  du  xve  siècle,  YHistoria  Akxandri  de 

praliis,  ou  encore  le  Liber  Alexandri  de  praliis,  est  un  des  ouvrages  qui  ont  le 
plus  contribué  à  répandre  en  Occident,  surtout  à  partir  du  xme  siècle,  les 
fables  qui  avaient  cours  dans  l'Orient  grec  sur  Alexandre.  Il  se  présente  dans 
les  manuscrits  sous  des  formes  assez  diverses.  Deux  anciens  manuscrits,  ceux 
de  Bamberg  et  de  Munich  (ce  dernier  copié  sur  le  premier)  offrent  un  préam- 
bule où  se  trouve  tout  ce  qu'on  sait  du  traducteur  et  des  circonstances  dans 
lesquelles  la  traduction  a  été  faite.  Un  manuscrit  récemment  acquis  par  la  Biblio- 
thèque nationale  n'a  que  la  première  moitié,  la  moins  intéressante,  de  ce  préam- 
bule ;  d'autres  offrent  un  prologue  tout  différent  et  visiblement  plus  récent.  La 
plupart  n'ont  pas  de  prologue  du  tout.  Les  variantes  d'un  texte  à  l'autre  sont 
si  considérables,  qu'il  serait  impossible  de  faire  une  édition  qui  résumât  l'état 
des  divers  textes.  Mais  il  doit  être  possible  de  répartir  la  masse  des  manuscrits 
et  des  anciennes  éditions  en  quelques  groupes  bien  déterminés.  Ce  travail  per- 
mettra d'éliminer  une  infinité  de  variantes  récentes  et  déchargera  d'autant  l'édi- 
tion. Mais  actuellement,  et  en  attendant  une  édition  critique  qui  ne  saurait  être 
improvisée,  c'eût  été  faire  une  œuvre  méritoire  que  de  mettre  au  jour  le  texte 
du  manuscrit  de  Bamberg,  qui  incontestablement  présente  l'état  le  plus  ancien 
de  la  version  du  Pseudo-Callisthènes  faite  par  l'archiprêtre  Léon.  Ce  texte,  s'il 
était  rendu  accessible  par  une  édition,  deviendrait  le  type  auquel  on  compa- 
rerait les  innombrables  variantes  que  nous  possédons  de  la  même  version. 

Au  lieu  de  publier  ce  texte  qu'il  avait  entre  les  mains,  M.  Kinzel  a  entrepris 
de  le  comparer  tant  avec  un  manuscrit  du  xve  siècle  appartenant  à  la  Biblio- 
thèque de  Berlin1,  qu'avec  les  anciennes  éditions,  et  de  cette  comparaison  il  a  tiré 
l'idée,  indiquée  par  le  titre  de  sa  dissertation,  qu'il  existait  deux  recensions  de 
l'œuvre  de  l'archiprêtre  Léon.  Mais  qu'en  sait-i!  ?  Comment  tirer  des  conclusions 


i.  C'est  un  ms.  précédé  d'un  prologue  (Inc.  Quoniam  tam  philosophorum  quam 
poetarum  dogma  (ou  doctrina)  pronuntiat  antiquorum  vitam  formam  esse  posteris. ..)  qui 
se  trouve  encore  dans  trois  ms.  de  Milan  et  dans  un  ms.  de  Venise,  tous  du  XIVe  ou  du 
XVe  siècle. 


436  COMPTES-RENDUS 

probables  d'un  si  petit  nombre  de  textes  quand  du  même  ouvrage  il  existe  plus 
de  soixante  manuscrits  '.  Il  est  donc  évident  que  M.  K.  n'avait  pas  à  sa  portée 
les  éléments  nécessaires  à  l'accomplissement  du  travail  qu'il  a  entrepris.  Il  y  a 
plus  :  il  n'a  pas  procédé  selon  une  bonne  méthode.  Sa  méthode  consiste  à  diviser 
le  texte  de  Léon  en  une  série  de  paragraphes  qu'il  analyse,  citant  de  temps  en 
temps  des  fragments  du  texte  d'après  les  manuscrits  qu'il  a  eus  à  sa  disposition  et 
les  rapprochant  du  texte  grec,  intercalant  les  citations  dans  son  exposé  sans  la 
moindre  entente  des  procédés  typographiques  par  lesquels  on  fait  ressortir  aux 
)eux  les  passages  sur  lesquels  on  veut  appeler  l'attention.  Il  en  résulte  que  sa 
comparaison,  non  seulement  repose  sur  des  bases  insuffisantes,  mais  encore  ne 
présente  aucune  clarté.  C'est  l'image  de  la  confusion.  Il  aurait  dû  se  contenter 
de  publier  en  colonnes  parallèles,  d'après  ses  textes,  un  petit  nombre  de  passages. 
Le  lecteur  y  eût  gagné  une  vue  bien  autrement  nette  des  différences  qu'il  y 
avait  à  signaler.  C'est  ce  qu'avait  commencé,  il  y  a  cinquante  ans,  F.  Jacobs,  en 
mettanten  regard,  pour  deux  passages  d'une  longueursuffisante,  les  textes  de  deux 
éditions  d'Utrecht  (1473  ?)  et  de  Strasbourg  (i486)  2.  Du  rapprochement  ins- 
titué par  Jacobs  se  dégagent  des  notions  précises  sur  la  grande  différence  de  ces 
deux  textes.  Des  33  pages  de  la  dissertation  de  M.  K.,  il  ne  ressort  rien  de 
précis  ni  de  définitif.  Il  n'y  a  pas  lieu  de  s'arrêter  davantage  à  un  travail  tout 
à  fait  manqué.  Je  me  borne  à  dire  en  terminant  que  M.  Kinzel  n'est  aucu- 
nement au  courant  de  ce  qui  a  été  écrit  avant  lui  sur  le  même  sujet,  qu'il  fait 
de  nombreuses  fautes  de  lectures  dans  les  textes  qu'il  cite,  et  qu'il  écrit  avec 
une  négligence  dont  on  peut  se  faire  une  idée  par  la  première  phrase  de  son 
travail  où  il  dit,  à  deux  lignes  d'intervalle,  que  la  Vila  Alcxandri  n'a  pas  été 
imprimée  et  qu'il  en  existe  plusieurs  éditions  ^. 

P.  M. 


L'Emigration  bretonne  en  Armorique  du  Ve  au  VIIe  siècle   de 
notre  ère,   par  J.  Loth,  docteur  es  lettres.  Paris,  Picard,  1883,  in-8,  260  pages. 

La  question  de  l'occupation  de  l'ouest  de  la  péninsule  armoricaine  par  les 
Bretons  touche  par  plusieurs  côtés  aux  études  romanes.  Elle  se  lie  d'abord  à 
celle  de  la  romanisation  plus  ou  moins  complète  de  cette  région  avant  l'immi- 
gration insulaire,  puis  à  celle  de  la  romanisation  de  la  Grande-Bretagne  elle- 
même;  elle  intéresse  l'histoire  des  limites  et  des  rapports,  au  moyen  âge,  des 
populations  parlant  celtique  et  roman;  enfin  elle  se  rattache  à  la  question  géné- 
rale des  origines  de  cette  épopée  bretonne  qui  devait  prendre  dans  la  littérature 
française  une  place  si  importante.  C'est  pour  cela  que  nous  signalons  à  nos 


1.  On  en  trouvera  l'indication  dans  monHistoire  (sous presse)  de  la  légende  d'Alexandre 
le  Grand. 

2.  Btitrage  zur  JEliern   Litteratur,  oder  Merkwûrdigkeiten  der  Bibliothek  zu  Gotha,  I, 
416-7. 

3.  c  Von  der  noch  immer  ungedruckten  Vita  Alexandri  Magni...  sind  mir  folgende  Hand- 
»  scrhiften  und  Drucke  naher  bekannt  geworden.  » 


loth,  L'Emigration  bretonne  en  Armorique  du  Ve  au  VIIe  siècle    437 

lecteurs  la  thèse  instructive  et  solide  de  M.  Loth.  II  n'a  pas  complètement  dis- 
sipé les  obscurités  qui  entourent  le  sujet,  et  dont  plusieurs  ne  se  dissiperont 
jamais;  on  peut  trouver  douteuses  ou  excessives  quelques-unes  de  ses  solutions; 
mais  il  a  établi  la  controverse,  longtemps  vague  et  presque  chimérique,  sur  un 
terrain  net  et  solide,  et  il  a  dégagé  certains  résultats  qu'on  peut  regarder  comme 
acquis  à  la  science.  Nous  relèverons  surtout  ceux  qui  intéressent  plus  directe- 
ment la  Ronuuua. 

Après  avoir  dans  l'Introduction  (pp.  i-xxn)  brièvement  résumé  les  longues 
et  confuses  discussions  auxquelles  a  déjà  donné  lieu  le  point  d'histoire  qu'il 
traite,  et  avoir  dans  le  chapitre  I  (pp.  23-45)  énumeré  les  sources  où  on 
peut  puiser  et  apprécié  leur  valeur,  l'auteur  expose  dans  le  chapitre  II  (pp. 
46-94)  l'état  de  la  péninsule  armoricaine  avant  l'invasion  bretonne,  puis 
dans  le  chapitre  III  (pp.  95-141)  celui  de  la  Bretagne  insulaire  et  de  ses  habi- 
tants de  race  celtique  avant  l'essaimage  qui  en  transporta  une  partie  en  Gaule; 
enfin,  dans  le  chapitre  IV  (pp.  149-234),  que  suit  une  courte  Conclusion 
(pp.  235-241),  il  passe  en  revue  successivement  les  causes  de  l'émigration  bre- 
tonne, les  régions  d'où  sont  partis  les  émigrants,  la  façon  dont  s'est  opérée  la 
prise  de  possession  de  l'ouest  de  l'Armorique  par  les  insulaires,  l'étendue  du 
territoire  occupé  par  eux  et  leur  distribution  sur  ce  territoire,  et  enfin,  à  tous 
les  points  de  vue,  les  résultats  de  l'immigration.  Partout  l'auteur  fait  preuve 
d'une  bonne  méthode,  d'une  critique  judicieuse  et  impartiale  '  ;  à  l'étude  des 
documents  de  première  main,  auxquels  seuls  il  accorde  de  la  valeur,  il  joint  une 
critique  linguistique  qui  jusqu'à  présent  avait  à  peine  été  appliquée  à  ces  ques- 
tions et  qui  y  apporte  une  lumière  toute  nouvelle. 

Dans  le  premier  chapitre  nous  remarquons  que  M.  Loth  ne  mentionne  pas  les 
études  si  intéressantes  de  M.  de  La  Borderie  sur  Nennius  et  Gaufrei  de  Mon- 
mouth  (voyez  Rom.,  XII,  367,  et  ci-dessous,  p.  475);  il  avait  sans  doute  écrit  sa 
thèse  avant  qu'elles  eussent  paru,  mais  il  aurait  eu  le  temps  d'en  ajouter  au 
moins  la  mention.  Ce  qu'il  dit  sur  la  date  de  la  naissance  de  Gildas  est  d'accord 
avec  ce  qu'en  a  écrit  M.  de  La  Borderie  (cf.  Rom.,  XII,  628)  :  il  accorde  aussi, 
me  semble-t-il,  trop  d'importance  aux  synchronismes,  le  plus  souvent  fictifs, 
de  l'hagiographie  bretonne.  Sa  liste  des  vies  des  saints  bretons  est  intéressante, 
elle  offre  une  première  tentative  de  porter  la  critique  dans  ce  difficile  sujet; 
mais  il  faut  avouer  que  cette  tentative  est  encore  bien  incomplète,  et  qu'il  reste 
là  un  grand  travail  à  faire;  pour  ne  citer  qu'un  point,  je  ne  puis  admettre  que 


1.  On  peut  trouver  qu'il  n'est  pas  assez  au  courant  des  études  étrangères  à  son  sujet 

spécial.  Ainsi  il  parle  (p.  25)  d'  «un  moine  saxon auteur  d'un  poème  latin  De  gestis 

Caroli  magni,  publié  par  Dom  Bouquet  »,  sans  dire  que  ce  poème  bien  connu  n'est  en 
général  que  la  Vita  Karoli  d'Eginhard  mise  en  vers,  et  sans  renvoyer  à  l'édition  de 
Pertz  (il  ne  cite  jamais  d'ailleurs  les  Monumenta  Germaniae);  —  il  dit  (p.  20)  qu'  «  on 
a  prétendu  que  le  manuscrit  original  des  Annales  Cambriae  était  postérieur  au  xe  siècle»; 
c'est  un  fait  certain;  —  p.  4s,  il  explique  par  le  celtique  YOrmesta  Britanniae,  titre 
donné  au  livre  de  Gildas,  sans  savoir  que  ce  nom  d'Ormesta  est  attribué  dans  plusieurs 
manuscrits  au  célèbre  ouvrage  d'Orose,  et  a  déjà  donné  lieu  à  bien  des  discussions  ;  — 
p.  58,  il  cite  Aquin  d'après  l'Histoire  littéraire,  sans  paraître  connaître  l'édition  de 
M.  Joûon  des  Longrays,  qui  pouvait  cependant  lui  être  utile. 


438  COMPTES-RENDUS 

la  vie  de  saint  Mélaine,  qui  nous  montre  à  Vannes  un  roi  appelé  Eusebius  avec 
sa  fille  Aspasia,  soit  antérieure  à  Grégoire  de  Tours:  elle  porte  à  mon  avis 
toutes  les  marques  du  xie  siècle,  et  il  est  bien  difficile  de  dire  ce  qui  a  pu, 
dans  la  rédaction  actuelle,  être  conservé  d'une  Vie  plus  ancienne.  Il  faudrait 
soumettre  toutes  ces  pieuses  biographies  à  un  examen  général  et  comparatif, 
voir  où,  par  qui,  d'après  quels  documents,  dans  quelles  vues  chacune  d'elles  a  été 
écrite;  rechercher  les  rapports  qui  existent  entre  elles  et  désigner  celles  qui  ont  été 
copiées  sur  d'autres;  distinguer  autant  que  possible  le  travail  des  auteurs  pri- 
mitifs et  celui  des  remanieurs,  etc.  C'est  une  tâche  que  M.  Loth,  qui  est  chargé 
d'enseigner  à  la  Faculté  des  lettres  de  Rennes  l'histoire  et  la  littérature  bre- 
tonnes, pourra  entreprendre  et  exécuter  à  loisir. 

Dans  le  chapitre  II,  l'auteur  recherche  la  division  de  la  péninsule  sous  les 
Romains  et  conteste,  avec  avantage  à  ce  qu'il  me  semble,  le  système  de  M.  Lon- 
gnon,  qui  veut  retrouver  exactement  dans  les  évêchés  bretons  les  anciennes  ci- 
vitates.  Il  se  demande  ensuite  quelle  langue  on  parlait  dans  la  péninsule  armo- 
ricaine avant  l'invasion  insulaire,  et  il  conclut  avec  toute  vraisemblance  que  le 
gaulois  y  avait  disparu  aussi  bien  que  dans  le  reste  de  la  Gaule1.  Sur  la  persis- 
tance en  Gaule  de  l'ancien  idiome  national,  il  présente  quelques  remarques  qui 
ne  sont  ni  complètes  ni  toujours  aussi  approfondies  qu'on  pourrait  le  souhaiter  : 
il  y  a  longtemps,  par  exemple,  qu'on  a  réduit  à  sa  vraie  valeur  le  témoignage 
de  saint  Jérôme2.  Ici,  comme  en  quelques  autres  points,  M.  Loth  ne  se  montre 
pas  suffisamment  au  courant  des  derniers  travaux  de  la  science.  Mais  ses  con- 
clusions n'en  sont  pas  moins  justes,  et  nous  admettons  avec  lui  que,  si  les  Bre- 
tons insulaires  n'avaient  pas  conquis  l'ouest  de  la  péninsule  armoricaine,  on  y 
parlerait  aujourd'hui  roman  comme  dans  le  pays  voisin. 

Passant  à  la  Bretagne  insulaire,  M.  Loth  montre,  dans  le  chapitre  III,  con- 
trairement à  l'opinion  excessive  de  Thomas  Wright,  qu'elle  a  été  beaucoup 
moins  profondément  romanisée  que  la  Gaule  5.  Il  exagère  quelque  peu  à  son 
tour4  en  sens  inverse,  et  se  trompe  quand  il  dit  (p.  103)  qu'on  ne  trouve  dans 
la  langue  des  Saxons  établis  en  Bretagne  aucune  influence  romaine.  Au  con- 
traire, les  mots  latins  ne  sont  pas  rares  dans  les  textes  anglo-saxons  et  prouvent 


1.  A  ce  propos  l'auteur  donne  un  aperçu  des  langues  celtiques  et  de  leur  rapport.  Il 
conteste  l'opinion,  admise  depuis  Zeuss,  d'après  laquelle  le  gaulois  formait  avec  le  bri- 
tannique une  branche  distincte,  opposée  au  gaidhélique;  mais  les  raisons  qu'il  donne  ne 
sont  pis  bien  fortes,  et  il  n'aurait  dû  attaquer  une  théorie  aussi  vraisemblable  qu'avec  un 
appareil  plus  solide.  Ce  qu'il  dit  sur  la  forme  hypothétique  ancienne  de  Cyrnri,  Combroges, 
est  emprunté  à  Zeuss;  mais  il  y  ajoute  la  constatation  intéressante  de  la  forme  elle- 
même:  in  Combronensi  'pour  Combrogensi?)  regione  dans  la  vie  de  sainte  Ninnoc.  Il  res- 
terait d'ailleurs  à  faire  des  recherches  précises  sur  l'emploi  le  plus  ancien  de  ce  mot  comme 
ethnique  et  sur  ses  formes  diverses. 

2.  Voy.  Revue  critique,  1873,  l-  '>  P-  297-- 

3.  Tous  les  arguments  dont  il  se  sert  ne  sont  pas  également  bons.  Dans  le  passage 
d'Ammien  Marcellin  allégué  p.  99,  desertores  me  paraît  avoir  le  sens  ordinaire  de  «  déser- 
teurs »  militaires,  et  nullement  celui  que  lui  donne  M.  Loth  de  «  Bretons  qui  ont  aban- 
donné la  cause  romaine.  » 

4.  Il  trouve  avec  raison,  p.  100,  que  M.  Hûbner  va  trop  loin  endisantque  les  Ro- 
mains étaient  simplement  «  campés  »  en  Bretagne;  mais  il  ne  va  guère  moins  loin  lui- 
même  deux  pages  après. 


loth,  L'Emigration  bretonne  en  Armorique  du  Ve  au  VIIe  siècle  439 

que  les  envahisseurs  germaniques  trouvèrent  dans  l'île  une  population  qui  n'avait 
pas  encore  complètement  oublié  la  langue  latine.  Le  nom  même  qu'ils  donnèrent 
à  cette  population,  Vealli,  était  celui  que,  dans  leur  pays  d'origine,  ils  étaient 
habitués  à  donner  aux  Romains  ',  et  prouve  qu'ils  les  regardèrent  d'abord  comme  à 
peu  près  identiques  aux  Romani  qu'ils  connaissaient  2.  Mais  la  persistance  de 
l'élément  celtique  indigène  dans  une  grande  partie  de  l'île,  surtout  hors  des 
villes,  est  un  fait  incontestable,  et  après  le  départ  des  légions  cet  élément  reprit 
rapidement  la  prépondérance.  —  Le  second  paragraphe  de  ce  chapitre  est  oc- 
cupé par  un  tableau  sommaire,  mais  bien  présenté,  de  la  société  celtique  dans 
la  Bretagne  insulaire,  telle  que  nous  la  montrent  du  xc  au  xne  siècle  les  textes 
juridiques  et  historiques,  et  telle  que,  d'après  l'auteur  (qui  nous  semble 
ici  conclure  un  peu  vite),  elle  devait  être  à  peu  près  au  y"  et  au  yic  siècle. 
M.  Loth  a  heureusement  assuré  et  précisé  quelques  traits  de  ce  tableau  en 
signalant  les  analogies  qu'on  trouve  en  Irlande,  où  ne  pénétrèrent  pas  d'in- 
fluences étrangères.  Il  en  conclut  que  les  coïncidences  si  frappantes  qu'on  a 
relevées  entre  les  lois  bretonnes  et  les  lois  germaniques,  notamment  anglo- 
saxonnes,  ne  tiennent  qu'à  l'origine  commune  et  au  développement  parallèle 
des  deux  races.  Je  crois  qu'une  étude  attentive  restreindrait  la  portée  de  cette 
assertion,  sans  en  détruire  cependant  la  justesse  générale.  La  société  celtique  a 
dû  présenter  bien  des  ressemblances  avec  la  société  germanique  quand  toutes 
deux  étaient  à  la  même  période  de  civilisation;  mais  il  paraît  difficile  de  nier 
que  la  seconde  ait  exercé  sur  la  première,  à  partir  de  l'établissement  des  Saxons 
en  Bretagne,  une  influence  assez  considérable.  Pour  n'en  citer  qu'un  exemple, 
la  fauconnerie  joue  chez  les  Gallois  du  xe  siècle  un  rôle  aussi  grand  que  chez  les 
Saxons  leurs  voisins  :  il  n'est  guère  possible  que  ce  soit  là  une  rencontre  acci- 
dentelle, et  il  est  bien  probable  que  la  chasse  à  l'oiseau,  avec  les  institutions 
qui  s'y  rattachent,  a  été  introduite  dans  l'île  de  Bretagne  par  les  Germains, 
qu'elle  fût  d'ailleurs  chez  eux  indigène  ou  empruntée  5.  —  Le  troisième  para- 
graphe traite,  fort  bien  à  ce  qu'il  me  semble,  de  l'église  bretonne,  de  ses  diver- 
gences avec  Rome  et  de  son  organisation;  ce  sont  là  d'ailleurs  des  questions 
sur  lesquelles,  après  de  longues  discussions,  la  lumière  est  faite  aujourd'hui.  — 
Le  quatrième  paragraphe  est  consacré  à  la  distribution  des  peuples  celtiques  sur 
le  sol  de  la  Grande-Bretagne  aux  ve  et  vi°  siècles  :  il  est  un  peu  court  pour  un 
sujet  aussi  difficile  et  aussi  compliqué,  mais  il  paraît  fait  avec  soin  et  méthode  ; 
il  aurait  gagné  en  clarté  à  être  accompagné  d'une  carte. 

Le  chapitre  IV  est  le  véritable  noyau  du  livre.  Après  nous  avoir  fait  connaître 
la  scène  (péninsule  armoricaine),  puis  les  acteurs  (Bretons  insulaires),  M.  Loth 
raconte  le  drame;  c'est  aussi  la  partie  la  plus  neuve,  la  plus  importante  et  la 
plus  méritoire  de  son  travail,  mais  c'est  en  même  temps  celle  qui  s'éloigne  le 


1.  Voy.  Romania,  I,  j  ss. 

2.  La  continuité  de  l'organisation  ecclésiastique  et  les  inscriptions  chrétiennes  des  ve 
et  vie  siècles  sont  une  autre  preuve  que  le  «  vernis  »  romain  en  Bretagne  était  plus  pro- 
fond et  plus  durable  qu'on  ne  l'a  dit. 

3.  Cf.  Romania,  XII,  99. 


440  COMPTES-RENDUS 

plus  de  nos  études.  Nous  n'en  parlerons  que  très  brièvement.  M.  Loth  met  en 
relief  le  caractère  violent  que  dut  avoir  l'occupation  bretonne:  les  insulaires 
commencèrent  bien  par  demander  et  obtenir  une  admission  bénévole  à  titre 
d'exilés  et  de  chrétiens,  et  ils  s'établirent  d'abord  dans  des  parties  de  la  pénin- 
sule qui  étaient  presque  désertes;  mais  peu  à  peu,  leur  nombre  grossissant,  ils 
changèrent  de  ton,  chassèrent  les  anciens  habitants  ou  en  firent  leurs  serfs,  et 
résistèrent  aux  revendications  des  rois  francs  :  c'est  l'histoire  de  la  lice  et  de  sa 
compagne.  Mentionnons  les  remarques  ingénieuses  sur  la  distribution  des  noms  de 
lieux  en  -ac  en  Bretagne;  ces  noms  ne  sont  pas  bretons,  mais  gallo-romains  d'origine, 
les  Bretons  insulaires  n'ayant  pas  l'usage,  si  répandu  en  Gaule,  du  suffixe  -a  eu  s; 
ils  ne  sont  pas  français  de  forme,  le  français,  dans  la  Bretagne  moderne,  les 
changeant  en  -é ;  or  ils  abondent  dans  la  région  intermédiaire  entre  le  pays  bre- 
tonnant  et  le  pays  français  (région  aujourd'hui  française  elle-même),  et  ils  y 
sont,  d'après  M.  Loth,  les  témoins  d'une  ancienne  britannisation,  qui  a  disparu 
trop  tard  pour  que  les  anciens  noms  changeassent  leur  terminaison  -ac  en  -è, 
mais  qui  n'avait  pas  été  assez  profonde  pour  empêcher  les  noms  gallo-romains 
en  -ac  de  se  maintenir.  L'hypothèse  est  séduisante  ;  mais  elle  soulève,  si  je  ne  me 
trompe,  des  difficultés  assez  sérieuses  :  ces  noms  auraient  été  conservés  dans  la 
région  en  question  parce  qu'une  population  romane  s'y  serait  toujours  main- 
tenue en  assez  grande  masse  sous  la  domination  bretonne,  laquelle  aurait  disparu 
vers  le  xe  siècle,  lors  des  incursions  normandes;  mais  comment  cette  population 
romane  n'a-t-el!e  pas  transformé  le  suffixe  -ac  comme  l'ont  fait  ses  voisines  de 
l'est?  comment  a-t-elle  conservé  intact  le  c  final,  que  nous  voyons  tomber  de 
si  bonne  heure  dans  toute  la  Gaule  du  nord?  J'avoue  ne  pas  m'en  rendre 
compte.  —  Comparant  ensuite  l'organisation  de  l'Eglise  et  de  la  société  civile  dans 
l'ancienne  et  dans  la  nouvelle  Bretagne,  l'auteur  en  montre  la  grande  ressem- 
blance. Les  différences  ne  manquent  pas  non  plus  et  je  dois  dire  qu'elles  me  sem- 
blent beaucoup  plus  importantes  qu'à  l'auteur  ;  on  remarque  ici  dans  l'exposition 
un  certain  vague  qui  tient  en  bonne  partie,  il  faut  le  reconnaître,  à  l'absence 
de  documents.  On  pourrait  souhaiter  que  M.  Loth  eût  insisté  davantage  sur  les 
rapports  qui  subsistèrent,  longtemps  après  la  période  de  l'invasion,  entre  les 
deux  Bretagnes;  il  a  trouvé  sans  doute  que  cette  étude  dépassait  les  limites  de 
son  sujet.  Il  parleen  terminant  du  peu  de  traces  du  bardisme  qu'on  découvre  dans 
la  Bretagne  armoricaine;  le  nom  de  lai  breton  ne  prouve  pas  que  les  musiciens 
qui  exécutaient  des  lais  fussent  des  Armoricains  :  on  sait  qu'au  xnc  siècle  le  mot 
breton  s'applique  aussi  bien  à  la  grande  qu'à  la  petite  Bretagne;  cependant  il 
est  probable,  en  effet,  que  plusieurs  de  ces  lais  étaient  originaires  de  la  Bretagne 
continentale,  et  quelques-uns  nous  ont  conservé  des  traditions  poétiques  qui 
lui  appartiennent  en  propre  '. 

La  Conclusion  résume  nettement  tout  ce  qui  a  été  exposé  dans  le  livre  et  fait 
bien  voir  la  clarté  et  la  simplicité  de  la  thèse  soutenue  par  l'auteur.  Après  son 
travail  et  celui  du  savant  critique  qui  lui  a  montré   la  route,  on  peut  dire  que 


i.  Voy.  Romania,  VIII,  34,  <,<,. 


foerster,  Christian  von  Troyes  sâmtliche  Werke  441 

l'histoire  des  origines  bretonnes  de  l'Armorique  n'est  plus  à  créer  :  les  grandes 
lignes  en  sont  tracées  d'une  manière  probablement  définitive;  il  reste  à  les 
préciser  davantage  et  à  marquer  autant  que  possible  les  traits  plus  déliés.  Le 
volume  de  M.  Loth,  dans  sa  forme  brève,  fait  mesurer  les  progrès  énormes  qu'a 
accomplis  la  science,  depuis  une  vingtaine  d'années,  en  étendue  et  surtout  en 
sûreté;  il  résume  des  recherches  faites  de  divers  côtés  et  y  ajoute  une  part  no- 
table d'investigation  et  de  critique  personnelle  ;  il  doit  être  signalé  comme  un 
excellent  début. 

G.  P. 


Christian  von  Troyes  sâmtliche  Werke.  1.  Cliges,  zum  ersten  Maie  he- 
rausgegeben  von  Wendelin  Foerster.  Halle,  Niemeyer,  1884,  in-8,  LXXVI-353  p. 

L'apparition  du  premier  volume  de  l'édition  si  attendue  des  œuvres  de  Chré- 
tien de  Troyes  causera  à  tous  les  romanistes  un  plaisir  qui,  il  faut  l'avouer,  n'ira 
pas  sans  quelque  mélange  d'amertume  pour  ceux  qui  sont  Français.  Il  nous 
est  assurément  pénible  de  voir  les  œuvres  complètes  du  plus  célèbre  poète 
français  du  xi°  siècle  publiées  pour  la  première  fois  en  Allemagne  dans  une  édi- 
tion vraiment  scientifique  '  ;  mais  si  nous  en  éprouvons  quelque  mauvaise  hu- 
meur, elle  ne  doit  se  tourner  que  contre  nous-mêmes.  La  plupart  des  manuscrits 
de  Chrétien  sont  en  France,  et  si  nous  n'avons  pas  eu  le  courage  de  les  copier 
ou  le  talent  de  les  éditer,  nous  serions  mal  venus  à  exprimera  l'étranger  qui  le 
fait  à  notre  place  un  autre  sentiment  que  celui  de  la  reconnaissance  -.  J'espère 
toujours,  —  mais  on  sait  à  quoi  confine  un  perpétuel  espoir, — qu'un  temps 
viendra  où  on  ne  comprendra  pas  en  France  cet  étrange  renoncement  à  une  tâche 
qui  devrait  nous  être  aussi  agréable  qu'elle  nous  est  naturellement  dévolue,  où 
la  période  actuelle,  dans  laquelle  il  paraît  vingt  fois  plus  de  travaux  sur  l'ancien 
français  à  l'étranger  qu'en  France,  sera  jugée  avec  l'étonnement  et  la  sévérité 
qu'elle  mérite,  et  où  la  reconstruction  scientifique  de  notre  passé  linguistique 
et  littéraire  sera  considérée  à  bon  droit  comme  une  œuvre  éminemment  nationale. 

Ceci  dit,  il  faut  reconnaître  qu'il  est  heureux  que  l'une  des  tâches  les  plus 
importantes  de  la  philologie  française,  l'édition  des  œuvres  de  Chrétien  de 
Troyes,  ait  été  entreprise  par  un  travailleur  aussi  instruit,  aussi  actif  et  aussi 
intelligent  que  M.  Fœrster.  Depuis  quinze  ans  il  s'y  prépare,  non  seulement 
par  la  copie  ou  la  collation  des  manuscrits  du  poète  champenois,  mais  aussi 
par  une  étude  approfondie  et  minutieuse  de  l'ancien  français.  Interrompu  par 
d'autres  travaux,  par  un  état  de  santé  qui  lui  a  fait  craindre  de  ne  pouvoir 


1 .  Au  reste,  les  éditions  partielles  sont  déjà  dues  en  partie  à  des  étrangers  :  un  Hol- 
landais a  publié  la  Chante,  un  Allemand  Erec,  un  autre  le  Chevalier  au  lion,  un  Belge 
Perceval.  Deux  poèmes,  le  Chevalier  au  lion  et  la  Charete,  ont  été  publiés  également, 
mais  fort  inférieurement,  par  des  Français.  Il  faut  y  joindre  le  Guillaume  d'Angleterre, 
dont  nous  dirons  un  mot  plus  loin. 

2.  Il  faut  rappeler  que  depuis  plus  de  trente  ans  M.  Michelant  avait  préparé  une 
édition  de  Chrétien  ;  il  est  bien  regrettable  qu'elle  n'ait  pas  paru  alors  :  elle  aurait  rendu 
des  services  considérables  et  nous  aurait  préservés  d'une  humiliation. 


442  COMPTES-RENDUS 

exécuter  son  entreprise  (voy.  p.  L  de  V Introduction),  il  a  pu  enfin  mener  à  bon 
terme  l'impression  du  premier  volume,  et  il  nous  annonce  celle  du  second  comme 
prochaine.  Ce  premier  volume  est  d'autant  mieux  venu  qu'il  contient  Clighs,  le 
seul  des  poèmes  de  Chrétien  (sans  parler  de  Philomena  récemment  découverte, 
voy.  ci-dessus,  p.  399)  qui  fût  jusqu'à  ce  jour  complètement  inédit.  L'édition 
de  Cliges  répond  en  tout  point  à  ce  qu'on  pouvait  attendre  de  M.  Fcerster  ;  je 
vais  l'examiner  très  brièvement,  après  une  première  et  rapide  lecture.  II  faudrait 
l'étudier  avec  la  plus  grande  attention,  comme  le  feront  nécessairement,  au 
cours  de  leur  travail  quotidien,  tous  ceux  qui  s'occupent  de  philologie  française, 
pour  la  critiquer  dans  le  détail  ;  je  ne  l'essaierai  nullement,  me  bornant  à  exposer 
ce  qu'a  fait  et  ce  qu'a  voulu  l'éditeur,  à  signaler  les  principaux  points  qui,  dans 
son  commentaire,  me  paraissent  nouveaux,  et  à  présenter  çà  et  là  quelques  ob- 
servations, surtout  sur  des  questions  théoriques. 

L'Introduction  commence  par  une  chronologie  des  œuvres  de  Chrétien,  à  peu 
près  identique  à  celle  que  j'ai  donnée  ici  (t.  XII,  p.  462).  On  y  remarqueseulement 
que  M.  F.,  contrairement  à  l'avis  exprimé  par  divers  savants,  incline  à  regarder 
le  Guillaume  d'Angleterre  comme  l'œuvre  de  Chrétien  de  Troyes  :  il  faut  attendre 
pour  discuter  cette  opinion,  qui,  je  dois  le  dire,  me  paraît  peu  vraisemblable, 
l'exposition  qu'il  en  donnera  dans  le  volume  où  il  publiera  le  Guillaume.  Vient 
ensuite  une  analyse  du  roman,  puis  une  étude  sur  le  sujet.  On  sait  (voy.  Rom., 
X,  626)  que  la  donnée  centrale  du  récit,  la  ruse  par  laquelle  Fénice,  femme 
d'Alis,  empereur  de  Constantinople,  se  fait  enlever  par  son  amant  grâce  à  un 
breuvage  qui  lui  donne  l'apparence  d'une  morte,  est  empruntée  à  une  très  an- 
cienne légende  sur  la  femme  de  Salomon.  Seulement,  dans  le  poème  français,  la 
sympathie  est  pour  Fénice,  qu'Alis  a  épousée  malgré  elle  et  contrairement  à 
son  serment,  tandis  que  toutes  les  autres  versions  font  de  cette  histoire  une 
frappante  illustration  de  la  perfidie  des  femmes  et  la  terminent  par  le  châtiment 
de  l'artificieuse  épouse.  Chrétien  dit  avoir  trouvé  son  sujet  dans  un  livre  de 
Wmmaire  de  Saint-Pierre  de  Beauvais,  et  M.  F.  ne  voit  aucune  raison  de  ré- 
voquer en  doute  cette  assertion.  Il  est  certain  en  tout  cas  que  l'histoire  de  la 
femme  qui  se  fait  passer  pour  morte  est  arrivée  à  Chrétien  par  un  intermédiaire 
byzantin  ;  la  conclusion,  dans  laquelle  on  dit  que  c'est  à  cause  de  la  ruse  de 
Fénice  que  les  empereurs  grecs,  depuis  ce  temps,  enferment  leurs  femmes  et 
les  entourent  d'eunuques,  me  fait  croire  que  le  conte  a  été  rapporté  de  Cons- 
tantinople par  quelque  pèlerin,  auquel  on  l'avait  raconté  pour  lui  expliquer  ces 
usages  qui  étonnaient  les  Occidentaux,  et  qui  l'avait  peut-être  couché  en  latin. 
On  comprend  dès  lors  que  cette  narration,  sans  doute  fort  brève,  ne  contînt 
pas  la  seconde  partie  de  l'histoire  suivant  les  autres  versions,  la  vengeance  du 
mari  ;  elle  parlait  seulement  de  l'enlèvement  d'une  impératrice  dans  un  cercueil, 
et  c'est  ce  motif  qui,  développé  par  Chrétien,  lui  a  fourni  l'épisode  principal 
de  son  roman.  Il  s'est  attaché  à  mettre  dans  son  tort  le  mari  de  Fénice  et  à  la 
présenter  au  contraire  comme  ayant  des  sentiments  aussi  élevés  que  passionnés: 
si  elle  recourt  à  son  effrayant  stratagème,  c'est  qu'elle  ne  veut  pas  mener  la  vie 
d'Iseut,  dont  le  corps  appartenait  à  deux  hommes  et  le  cœur  à  un  seul,  et,  par 
surcroît  de  délicatesse,  le  poète  feint  qu'elle  avait  réussi,  au  moyen  d'un  autre 
breuvage  fourni  également  par  sa  «  maîtresse»  Thessala,  à  réduire  son  mari,  pen- 


foerster,  Christian  von  Troyes  sàmtliche  Werkc  443 

dant  leur  cohabitation,  à  ne  la  posséder  qu'en  songe'.  Malheureusement,  pour 
allonger  sa  matière,  le  poète  a  cru  devoir  nous  raconter  tout  au  long  l'histoire 
dénuée  d'intérêt  d'Alexandre,  père  de  son  héros,  et  faire  voyager  cet  Alexandre, 
puis  Cligès  lui-même,  à  la  cour  du  roi  Artu  de  Bretagne,  pour  y  rencontrer 
les  aventures  les  plus  banales.  C'est,  comme  le  dit  M.  F.,  un  sacrifice  à  la 
mode  du  moment,  mais  il  ne  fait  pas  honneur  au  sentiment  artistique  du  poète. 
Il  a  également  flatté  le  goût  de  ses  contemporains  et  suivi  le  sien  propre  en  se- 
mant son  récit  d'interminables  monologues  où  les  personnages  analysent  leurs 
sentiments  contradictoires  avec  toute  la  subtilité  de  la  dialectique  des  écoles. 
On  peut  y  admirer  le  maniement  de  la  langue,  parfois  l'ingéniosité  de  l'imagi- 
nation, presque  toujours  la  finesse  des  détails  ;  mais  il  faut  reconnaître  que  ces 
longs  morceaux,  où  le  poète  ne  cherche  qu'à  faire  bril  er  son  esprit,  manquent 
absolument  de  naturel,  de  chaleur  et  de  vérité;  ils  nous  font  sentir  mieux  que 
tout  le  reste  combien  la  poésie  courtoise  du  xiie  siècle  était  déjà  une  poésie  de 
société,  toute  conventionnelle,  et  cherchant  à  plaire  à  l'esprit  bien  plus  qu'à  sa- 
tisfaire lecceur.  —  Cette  partie  littéraire  de  l'Introduction  se  termine  par  la  ci- 
tation des  passages  français,  provençaux  et  allemands  où  il  est  fait  allusion  au 
roman  de  Chrétien  de  Troyes. 

M.  F.  énumère  ensuite  les  manuscrits  du  Cliges,  au  nombre  de  huit  (six  à 
Paris,  un  à  Turin,  un  à  Tours,  plus  un  fragment  à  Oxford2),  qui  nous  sont  par- 
venus, et  il  rend  compte  du  système  qu'il  a  suivi  pour  constituer  son  texte. 
Après  de  longs  efforts,  il  a  trouvé  impossible  (comme  il  arrive  malheureusement 
dans  la  plupart  des  cas)  d'établir  une  classification  exacte  des  manuscrits  ;  il  a 
cependant  reconnu  qu'ils  se  divisent  généralement  en  deux  groupes,  et  que  l'un 
d'eux  (B.  N.  1 374)  ofire  le  texte  le  moins  composite:  c'est  ce  manuscrit,  quant 
aux  leçons,  qu'il  a  pris  pour  base  de  son  texte,  en  le  contrôlant  naturellement 
sans  cesse  par  les  autres,  dont  il  donne  en  note  toutes  les  variantes  de  sens. 

La  critique  d'un  texte  au  point  de  vue  des  formes  pose,  comme  on  sait,  de 
tout  autres  problèmes  que  la  critique  des  leçons.  M.  Fœrster  examine  ces  pro- 
blèmes et  se  prononce  contre  les  tentatives  faites  pour  donner  aux  œuvres  du  moyen 
âge  une  orthographe  uniforme.  Ces  tentatives,  dit-il,  n'ont  qu'un  but  chimérique: 
restituer  l'autographe  de  l'auteur  est  impossible,  et  il  n'y  a  aucune  raison  de 
croire  que  le  poète  eût  une  orthographe  plus  conséquente  que  n'importe  quel 
autre  scribe  ;  d'autre  part  retrouver  sur  tous  les  points  la  façon  dont  il  a  parlé  et 
prononcé  dépasse  nos  moyens  d'information,  et  si  on  y  arrivait,  la  conséquence 
logique  serait  une  transcription  purement  phonographique,  ce  qui  serait  absurde. 
Cependant  M.  F.  reconnaît  qu'il  y  a  des  cas  où  on  ne  peut  guère  procéder  au- 
trement :  là  est  la  vraie  solution,  tout  est  une  question  d'espèces  ;  mais  je  ne 
puis  admettre  que  le  système  qu'il  préconise  pour  Chrétien  de  Troyes  soit  le 
seul  «  véritablement  scientifique  »,  tandis  que  les  tentatives  d'uniformisation  ne 
devraient  être  considérées  que  comme  des  exercices  utiles  pour  l'enseignement, 


1 .  C'est  d'ailleurs  un  incident  qui  se  retrouve  dans  plusieurs  chansons  de  geste  et  ro- 
mans bretons;  seulement  le  breuvage  est  d'ordinaire  remplacé  par  un  anneau;  voy. 
Nyrop,  Den  oldfranske  Heltedigtn'mg,  pp.  77-7S. 

2.  Et  le  très  court  fragment  de  Florence  imprimé  ici  (voyez  VIII,  631). 


444  COMPTES-RENDUS 

mais  dépourvus  de  caractère  scientifique,  parce  que  nous  n'avons  pas  le  moyen 
de  rendre  nos  restitutions  parfaites  et  assurées  et  que  ies  résultats  qu'on  croit 
acquis  aujourd'hui  seront  renversés  demain,  «  comme  le  montrent  des  faits  con- 
crets appartenant  à  ces  dernières  années.  »  C'est  précisément  le  caractère  de  la 
science  de  changer  toujours,  et  dans  aucun  ordre  d'études  ses  acquisitions  ne 
sont  inébranlables  :  la  constitution  critique  d'un  texte,  au  point  de  vue  des 
formes,  est  une  œuvre  scientifique  si  l'éditeur  l'a  conçue  et  exécutée  avec  de 
bonnes  méthodes  et  une  information  suffisante.  Bien  loin  de  regarder  de  tels 
travaux  comme  de  purs  «  exercices  de  séminaire  »,  je  les  considère  comme 
éminemment  scientifiques  ;  ce  sont  les  publications  pures  de  matériaux  qui  sont 
surtout  utiles  à  l'enseignement  :  elles  constituent  les  moyens  d'atteindre  ce  qui 
est  le  but,  à  savoir  la  restauration  d'une  œuvre  littéraire  ancienne  dans  son  sens  et 
dans  sa  forme.  Plus  la  philologie  française  fera  de  progrès,  — sans  doute  après 
une  longue  période  de  publications  plus  ou  moins  complètement  diplomatiques, — 
plus  elle  osera  donner  aux  textes  une  forme  régulière.  Que  l'on  compare  ce  qui 
se  fait  pour  les  publications  des  textes  de  l'antiquité.  Dès  à  présent,  il  est  à  peu 
près  impossible,  quand  on  n'imprime  pas  d'après  un  seul  manuscrit  et  surtout 
quand  on  restitue  les  leçons  par  la  comparaison  méthodique  des  manuscrits,  de 
ne  pas  uniformiser  plus  ou  moins.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  poursuivre  plus  loin 
cette  discussion,  où  je  crois  qu'au  fond  tous  les  gens  compétents  finiront  par 
s'entendre  et  s'entendent  peut-être  déjà  plus  qu'ils  ne  croient. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  système  que  recommande  M.  Fœrster,  —  suivre  les 
formes  du  plus  ancien  manuscrit  (et  sans  doute  leur  conformer  celles  des  leçons 
empruntées  à  d'autres  ?),  —  il  ne  l'a  pas  mis  cette  fois  en  pratique,  à  la  suite  de 
circonstances  toutes  fortuites.  11  a  donc,  et  je  l'en  félicite  pour  ma  part,  cons- 
titué une  graphie  uniforme,  d'après  le  plus  ancien  manuscrit  d'une  part  (B.  N. 
794),  puis  d'après  l'étude  des  rimes  et  la  comparaison  des  documents  qu'on  peut 
regarder  comme  écrits  à  Troyes  ou  aux  environs  au  xme  siècle  (on  n'en  a  mal- 
heureusement pas  du  xiie).  Grâce  à  cette  détermination,  il  a  dû  établir,  en  une 
vingtaine  de  pages  extrêmement  serrées  de  toutes  façons,  la  phonétique  et  la 
graphie  probable  de  Chrétien,  et  il  l'a  fait  à  l'aide  des  rimes  (et  subsidiairement 
du  mètre)  non  seulement  de  Cliges,  mais  de  toutes  les  œuvres  (sauf  Perceval, 
dont  il  ne  possède  pas  encore  Vapparatus  crilicus).  La  langue  de  Chrétien, 
d'après  ce  relevé,  concorde  à  peu  près  exactement  avec  celle  des  chartes  de  la 
Champagne  orientale  et  aussi  avec  celle  du  manuscrit  indiqué.  M.  F.  en  conclut 
que  Chrétien  a  écrit  dans  son  dialecte  natal  et  n'a  été  que  peu  influencé  par  les 
formes  d'autres  dialectes,  notamment  du  francien.  C'est  là  un  résultat  général 
intéressant  ;  dans  le  détail,  on  trouve  bien  quelques  petites  divergences  et  in- 
conséquences, mais  elles  ne  paraissent  pas  en  ébranler  la  vérité.  Le  «  bel  fran- 
çois  »  de  Chrétien  est  donc  essentiellement  du  champenois,  et  on  voit  que 
M.  Lùcking  avait  tort1  de  chercher  dans  le  langage  de  ce  poète  la  forme  au 
xiic  siècle  du  français  normal  ou  français  littéraire  actuel  -. 


1.  Voy.  Rom.,  VII,  136. 

2.  Les  différences  prouvées  par  les  rimes  et  signalées  par  M.  F.  (p.  liv)  sont  d'ailleurs 


foerster,  Christian  von  Troyes  sàmîliche  Werke  445 

Je  ne  puis  donner  une  idée  du  travail  de  M.  F.  sur  la  langue  de  Chrétien.  Il 
faudrait  le  reproduire.  Je  le  relis  en  prenant  quelques  notes.  Jame=  gamba, 
attesté  par  la  rime  (de  même  Rustebeuf,  etc.)  n'est  pas  francien.  —  La  dis- 
tinction supposée  par  M.  Lùcking  entre  n  nasale  et  n  gutturale  est  démontrée 
fausse  (p.  lv).  —  Fautre,  jaude,  ciievol  ne  sont  pas  franciens  ;  il  faut  peut-être 
en  dire  autant  de  me'ismes,  po  (pauco)  et  autres  mots  pareils  ($  9).  —  Les  re- 
marques sur  Vo  (%  10)  sont  intéressantes  ;  j'y  reviendrai  dans  la  suite  de  mon 
travail  sur  ce  sujet  commencé  il  y  a  longtemps.  —  Je  crois  que  l'auteur  aurait 
mieux  fait  d'imprimer  pour  ai  tantôt  ai  et  tantôt  e,  non  ei.  —  La  question  de 
oi  est  traitée  un  peu  sommairement  ;  je  crois  que  pour  Chrétien  ei  était  encore, 
en  général,  distinct  de  bi,  ce  qui  est  fort  important  pour  l'histoire  de  ce  son.  — 
Chcvoistre  est  une  forme  curieuse,  décidément  orientale.  —  La  remarque  sur  la 
raison  de  la  graphie  oc  pour  ue  à  l'initiale  a  déjà  été  faite  {Rom.,  VII,  136)  ; 
seulement  je  n'explique  pas  de  même  le  choix  fait  de  \'o  pour  remplacer  Vu  (cf. 
Rom.,  XI,  s  3 1).  —  Que  ruie,  huit  viennent  de  rue,  hue  par  l'insertion  d'un  i  des- 
tiné à  éviter  l'hiatus,  c'est  ce  qui  me  paraît  fort  peu  probable  :  on  aurait  alors 
aussi  bien  taie,  et  à  plus  forte  raison  charnue.  —  M.  F.  suit  «  volontiers  »  son 
manuscrit  favori  quand  il  écrit  meniere,  menoir,  mais  non  plus  quand  il  écrit 
memeles  :  on  ne  voit  pas  bien  pourquoi.  Les  remarques  faites  à  ce  propos  sur  la 
rime  riche  sont  très  vraies  ;  cependant,  quand  la  graphie  étymologique  favorise 
la  rime  riche  (chei  ou  chaï:  esba'i),  il  me  semble  indiqué  de  la  préférer.  —  J'aurais 
voulu  un  mot  sur  les  élisions  ou  syncopes  d'atones  intérieures.  —  Il  n'est  pas 
bien  exact  de  dire  que  on  est  «  affaibli  »  dans  volontiers,  volante:  ces  mots  ont 
été  refaits  sur  vol  ente.  —  Le  paragraphe  sur  1'/,  l'un  des  plus  longs  et  des 
plus  difficiles,  contient  bien  des  points  discutables,  sur  lesquels  je  pense  revenir 
prochainement.  —  Sur  la  déclinaison  ancienne  des  féminins  delà  troisième  décli- 
naison, M.  F.  se  prononce  (p.  lxxv)  pour  l'opinion  de  M.  Tobler  contre  la 
mienne  (voy.  Rom.,  VII,  619).  A  quelque  date  qu'on  rapporte  l'addition  d'une 
s  h  grantrertut  devenu  au  sujet  granz  vertu:,  il  faut  bien  l'expliquer  par  l'influence 
du  masculin  ;  c'est  ce  que  fait  aussi  M.  F.,  si  je  le  comprends  bien,  et  je  ne  conçois 
pas  dès  lors  pourquoi  il  traite  cette  analogie  de  «  malheureuse.  »  La  question 
est  à  reprendre  très  attentivement  ;  j'ai  exprimé  à  ce  sujet,  après  une  première 
hypothèse,  des  doutes  qui  ne  sont  pas  encore  entièrement  dissipés  (voy.  Rom., 
I,  317),  mais  je  penche  toujours  pour  mon  ancienne  opinion. 

Je  ne  dirai  rien  du  texte.  Je  ne  l'ai  lu  que  pour  le  plaisir  de  la  lecture,  sans 
consulter  la  Varia  lectio,  et  je  l'ai  trouvé  partout  satisfaisant,  sauf  quelques  dé- 
tails de  ponctuation  '.  L'éditeur  distingue  u  de  v,  i  de  /',  met  des  capitales  aux 


peu  grandes  :  ai  et  ei  sont  identiques  devant  n;  à  côté  de  -ons  on  a  -ornes  pour  la 
i""  pers.  du  plur.;  la  2B  plur.  du  futur  et  du  présent  du  subj.  de  la  ire  conj.  est  en  -oiz; 
l'impf.  du  subj.  de  pooir  est  poisse  et  non  pousse.  A  vrai  dire,  toutes  ces  différences  peu- 
vent être  considérées  comme  purement  chronologiques.  Mais  l'existence  à  la  rime  de  ces 
formes  attestées  aussi  par  les  documents  champenois  porte  à  croire  que  d'autres  formes 
de  ces  documents,  qui  ne  figurent  pas  à  la  rime,  étaient  cependant  celles  de  Chrétien,  et 
je  signalerai  quelques  autres  rimes  non  françaises  que  M.  F.  n'a  pas  relevées. 

1.  Le  système  général  de  ponctuation  est  loin  d'être  celui  que  je  préférerais.  Je  n'ai 


446  COMPTES-RENDUS 

noms  propres1,  emploie  le  tréma  et  la  cédille,  et  place  un  accent  aigu 
sur  \'e  final  ou  suivi  à's,  qu'il  soit  d'ailleurs  ouvert  ou  fermé.  Son  texte  tient 
donc  en  somme  plus  compte  de  la  commodité  du  lecteur  moderne  que  beaucoup 
d'éditions  allemandes,  et  je  suis  loin  de  l'en  blâmer. 

A  la  suite  des  poèmes  de  Chrétien  est  imprimée  une  très  médiocre  rédaction 
en  prose  du  xv°  siècle,  trouvée  par  M.  Kcerting  dans  la  bibliothèque  de  Dresde; 
puis  viennent  quelques  remarques,  entremêlées  de  corrections.  Voici  ce  que  je 
trouve  à  y  signaler.  Puisque  la  leçon  de  S  seul  peut  être  préférée  à  celle  des  autres 
manuscrits  (p.  xlv),  je  l'adopterais  au  v.  199  (en  lisant  nul  pour  nus},  car  mal- 
gré toutes  les  subtilités  on  ne  comprend  rien  à  la  leçon  du  texte.  —  Chopper 
serait  une  forme  «  picarde  »  introduite  dans  le  français  ;  il  faudrait  d'abord 
connaître  l'étymologie  du  mot.  —  A  propos  de  quinancie,  M.  F.  rapproche 
différents  mots  anglais,  espagnols,  portugais  ;  il  fallait  surtout  citer  le  fr.  es- 
quinancie.  —  Bievre  viendrait  de  bl  b  r  u  m  ,  comme  genièvre  dejunïperum  et 
anliefne  de  antïphona  par  «  Ablaut  »  dû  à  la  labiale  (sur  le  v.  3850).  L'au- 
teur retrouve  ici  une  idée  fixe  ;  mais  en  latin,  à  côté  de  la  forme  nationale 
bl  ber  on  a  dit  bëbr  u  s  qui  est  sans  doute  un  mot  étranger  ;  junepirus  pour 
Juniper  us  est  déjà  dans  VAppendix  Probi,  et  an  tep  hona,  comme  A  n  t  e- 
c  h  ris  tu  s ,  provient  de  la  substitution  populaire  du  latin  a  n  t  e  au  grec  an  ti. 
Trbver  de  turbare  s'expliquerait  d'après  M.  F.  comme  il  explique  les  mots 
précédents,  et  ici,  la  voyelle  étant  un  0,  le  voisinage  d'une  labiale  a  pu  réel- 
lement exercer  de  l'influence  (cf.  Rom.,  X,  52),  mais  on  sait  qu'il  y  a  d'autres 
raisons  que  la  voyelle  qui  empêchent  de  tirer  trobar  et  trover  de  turbare.  — 
Relevons  l'intéressante  note  (v.  4453)  sur  quainses  (qui  vient  d'ailleurs  diffici- 
lement de  q  u  a  msi  ).  — ■  Rapprochant  parodie  =  parochiade  baroche,  M.  F. 
se  demande  (v.  6121)  :  «  De  là  basoche?  »  Mais  on  sait  au  contraire  que  ba- 
roche est  pour  basoche  =  basilica  .  —  Sur  entâmes  (v.  6603),  voy.  ma  note 
dans  l'Introduction  à  la  Vit  de  saint  Cilles  (p.  xvni  -  ;  comme  il  parait  bien  pro- 
bable que  enteis  et  cntci(s)me  doivent  être  rapprochés,  il  est  naturel  de  voir  dans 
la  seconde  partie  de  ces  mots  ipso  et  ipsimo;  mais  la  première  partie  reste 
obscure. 

Disons  en  terminant  que  l'exécution  matérielle  de  ce  beau  volume  est  tout  à 
fait  brillante,  et  souhaitons  que  les  autres  poèmes  de  Chrétien  ne  tardent  pas  à 
suivre  Cligls. 

G.  P. 


remarqué  qu'une  véritable  erreur  :  le  vers  5 S75    doit  être  mis  dans  la  bouche  des  mé- 
decins et  suivi  d'un  point  d'interrogation. 

1.  U  en  prive  deu  (Dieu),  comme  tous  les  éditeurs  allemands.  On  peut  cependant  fort 
bien  considérer  ce  mot  comme  un  nom  propre,  et  la  capitale  dont  on  le  munit  facilite 
souvent  l'intelligence. 

2.  Il  est  singulier  que  M.  F.,  qui  cite  le  Saint  Cite,  en  rapportant  les  exemples  connus 
a  jusqu'à  présent  »  du  mot,  n'en  mentionne  pas  deux  que  j'ai  donnés  dans  cette  note, 
et  dont  l'un  (Char.  )??)  est  de  Chrétien  lui-même. 


thomas,  Francesco  da  Barberino  447 


Francesco  da  Barberino  et  la  littérature  provençale  en  Italie 
au  moyen  âge,  thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris  pir  Antoine 
Thomas.  Paris,  Thorin,  1883.  In- 8%  200  pages1. 

L'ouvrage  de  M.  Thomas  est  certainement  l'une  des  meilleures  entre  les 
thèses  présentées  en  ces  dernières  années  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris.  Le 
sujet  est  assez  limité  pour  qu'il  ait  été  possible  de  le  traiter  à  fond  dans  un 
mémoire  de  dimension  raisonnable.  D'autre  part  il  appartient  à  la  fois  à  la  lit- 
térature provençale  et  à  la  littérature  italienne,  un  peu  aussi  à  la  littérature 
française,  et  par  suite  offre  un  intérêt  varié.  La  tâche  exigeait  des  connaissances 
étendues  et  une  critique  exercée;  M.  Th.  s'en  est  acquitté  de  façon  à  justifier 
les  espérances  que  ses  précédents  travaux  ont  fait  concevoir. 

Francesco  da  Barberino,  né  à  Barberino,  dans  le  Val  d'Eisa,  en  1264,  mort 
de  la  peste  à  Florence  en  1348,  était  loin  d'être  un  personnage  inconnu  avant 
le  travail  de  M.  Thomas.  Dès  1640  ses  Documtntï  d'amorc  ont  été  publiés  à 
Rome  par  Ubaldini,  qui  a  joint  à  son  édition  une  biographie  étendue  de  l'au- 
teur. Ses  règles  de  conduite  pour  les  femmes  iDel  reggimento  e  costumi  di  donna) 
ont  eu  deux  éditions2.  Mais  ces  deux  ouvrages,  s'ils  donnent  une  idée  suffisante 
du  talent  poétique,  en  somme  fort  médiocre,  de  Barberino,  laissent  à  peine 
entrevoir  l'activité  intellectuelle  de  ce  personnage,  qui  fut  un  curieux  observa- 
teur des  mœurs  de  son  temps,  et  nous  a  laissé  un  des  documents  les  plus  inté- 
ressants que  nous  possédions  sur  l'état  social  et  littéraire  à  la  fin  du  xin°  siècle 
et  au  commencement  du  xiv°.  Ce  document,  c'est  l'immense  commentaire  latin 
qui  accompagne  ses  Documenti  d'amorc  dans  le  manuscrit  unique  de  cet  ouvrage 
que  possède  la  Bibliothèque  Barberine,  à  Rome.  Ubaldini  s'en  était  servi  pour 
écrire  la  vie  de  Barberino,  mais  sans  jamais  le  citer,  et  en  plus  d'un  endroit  il 
paraît  avoir  mal  lu  ou  mal  interprété  le  texte,  à  la  vérité  difficile  à  lire,  du  ma- 
nuscrit. C'est  M.  Bartsch  qui,  en  1870,  fit  connaître  par  quelques  extraits  la 
teneur  et  le  caractère  de  ce  document  5.  Ces  extraits,  pris  à  la  hâte,  et  souvent 
peu  intelligibles  par  suite  du  grand  nombre  de  mauvaises  lectures  qui  s'y  sont 
glissées,  piquèrent  vivement  la  curiosité.  On  vit  que  Barberino  possédait  une 
connaissance  étendue  de  la  littérature  de  son  temps  et  particulièrement  de  la 
poésie  provençale.  Depuis  M.  Bartsch,  divers  érudits  ont  fait  quelques  fouilles 
dans  cette  mine  si  riche.  M.  Grion  et  M.  Del  Lungo  en  ont  tiré  un  précieux 
témoignage  sur  Dino  Compagni4;  M.  Antognoni  en  a  extrait  deux  courts  mor- 


1.  Cette  thèse  a  été  publiée  aussi  dans  la  Bibliothèque  des  écoles  françaises  d'Athènes 
et  de  Rome,  fasc.  XXXV. 

2.  La  première  par  Mgr  Manzi.  Rome,  181$,  réimprimée  à  Milan,  1842,  dans  !a  Bi- 
bliotheca  scella  de  Silvestri.  Elle  est  fort  incorrecte.  La  seconde,  par  le  comte  Baudi  di 
Vesme,  187$,  dans  la  Collezione  di  ope-e  inédite  0  rare  (Bologna,  Romagnolii.  Elle  offre 
un  texte  revu  avec  soin  sur  le  ms.,  mais  est  dépourvue  de  notes  et  d'index  et  n'est  ac- 
compagnée d'aucun  travail  littéraire. 

3.  Jahrbuch  f.  rom.  u.  engl.  Literatur,  XI,  42-59. 

4.  Voy.  Del  Lungo,  Dino  Compagni  e  la  sua  cronaca,  I,  41 1-3.  Le  passage  avait  déjà 
été  cité,  mais  incorrectement,  par  M.  Bartsch. 


448  COMPTES-RENDUS 

ceaux  qui  concernent  l'art  de  composer  en  vers1.  Mais,  en  attendant  une  pu- 
blication intégrale,  qui,  toute  désirable  qu'elle  soit,  ne  paraît  pas  devoir  se  faire 
très  prochainement,  il  y  avait  lieu  d'entreprendre  une  exploration  complète  de 
ce  vaste  commentaire,  d'en  étudier  la  composition,  d'en  établir  le  rapport  avec 
les  autres  écrits  de  Barberino,  d'en  tirer  tout  ce  qui  peut  servir  à  mieux  faire 
connaître  tant  l'auteur  lui-même  que  son  époque.  C'est  là  le  travail  que  M.  Tho- 
mas a  entrepris  et  qu'il  a  exécuté  de  façon  à  mériter  l'approbation  de  tous  les 
juges  compétents.  Les  dernières  pages  de  sa  thèse  (pp.  169-197)  sont  occupées 
par  des  extraits  nombreux  et  bien  choisis  du  commentaire  des  Documenti  d'a- 
more,  qui  forment  la  base  principale  de  ses  recherches.  La  thèse  elle-même  est 
divisée  en  deux  parties  :  dans  la  première  (pp.  10-84)  M.  Th.  étudie  la  vie 
de  Barberino  et  ses  œuvres;  dans  la  seconde  (pp.  88-161)  il  expose,  d'après 
l'état  le  plus  récent  de  la  science,  l'histoire  de  la  littérature  provençale  en  Italie 
et  fait  ressortir  les  notions  nouvelles  que  nous  apportent  sur  cette  littérature 
les  œuvres  de  Barberino  et  principalement  le  commentaire  des  Docuninti  d'a- 
more.  Tout  n'est  pas  également  neuf  dans  ces  recherches.  Il  est  certain  qu'en  ce 
qui  concerne  l'expansion  de  la  poésie  des  troubadours  au  delà  des  Alpes,  M.  Th. 
ne  fait  guère  que  présenter  avec  critique  et  intelligence  des  résultats  déjà  ac- 
quis. Mais  la  biographie  de  Barberino,  telle  qu'il  a  su  l'établir  sur  des  bases 
solides,  est  nouvelle  en  beaucoup  de  ses  parties,  et  grâce  à  ses  fouilles  dans  le 
commentaire  des  Documenti,  l'histoire  littéraire  et  l'histoire  de  la  civilisation  en 
France,  surtout  au  Midi,  s'enrichissent  d'un  grand  nombre  de  faits  curieux. 

Francesco  da  Barberino  n'était  point  un  esprit  supérieur.  Ses  vers  ne  se  re- 
commandent ni  par  l'élégance  de  la  forme  ni  par  le  sentiment  poétique.  Il  man- 
quait d'originalité.  Mais  c'était  un  homme  attentif  à  tout  ce  qui  se  passait  au- 
tour de  lui.  Avide  de  connaissances,  il  savait  interroger  les  personnes  avec  qui 
les  circonstances  le  mettaient  en  rapport,  et  notait  consciencieusement  sur  ses 
tablettes  toutes  les  informations  qu'il  pouvait  recueillir,  soit  dans  les  livres,  soit 
dans  ses  conversations.  Par  une  heureuse,  fortune  il  a  connu  des  livres  dont 
nous  n'aurions  sans  lui  aucune  notion,  et  il  a  pu  voir  et  entendre  des  hommes 
sur  qui  aucun  témoignage  n'est  à  dédaigner.  Il  s'intéressait  surtout  aux  règles  de 
conduite,  groupant  un  peu  pêle-mêle  les  préceptes  moraux  et  les  lois  de  l'éti- 
quette. Ses  deux  principaux  ouvrages,  le  Reggimento  di  donna  et  les  Documenti 
d'amore,  appartiennent  à  la  classe  si  nombreuse  au  moyen  âge  des  enseignements. 
Il  a  voulu  faire  en  italien  ce  qu'avaient  fait  en  latin  l'auteur  du  Facetus,  en 
français  Robert  de  Blois,  Philippe  de  Navarre  ou  l'auteur  inconnu  d'Urbain  le 
Courtois,  en  provençal  Garin  le  Brun,  Arnaut  de  Mareuil  et  Amanieu  de  Sescas. 
Il  n'a  pas,  à  proprement  parler,  de  doctrine  à  lui,  tous  ses  préceptes  se  retrou- 
vent en  substance  chez  ses  devanciers;  toutefois  il  ne  paraît  pas  qu'il  ait  fait 
d'emprunt  direct  à  aucun  d'eux  :  il  reproduit  à  sa  manière  des  idées  courantes. 
Lorsque,  par  exemple  (Reggimento,  partie  I2),il  expose  longuement  les  raisons 
qui  dissuadent  d'enseigner  aux  femmes  la  lecture  et  l'écriture,  il  ne  sait  proba- 


1.  Giornale  di  Filologia  romanza,  n"  8;  cf.  Romania,  XII.  409. 

2.  Edit.  Baudi  di  Vesme,  p.  40-2. 


thomas,  Fnwcesco  da  Batberino  449 

blement  pas  qu'il  se  rencontre  avec  Philippe  de  Navarre  '  :  l'un  et  l'autre  ex- 
primaient les  idées  de  leur  temps.  Barberino  est  un  homme  consciencieux  qui  a 
coutume  d'indiquer  ses  sources.  S'il  avait  copié  en  quelque  chapitre  l'un  des 
enseignements  ou  des  traités  de  courtoisie  qui  nous  sont  parvenus,  il  n'aurait  vrai- 
semblablement pas  manqué  de  le  dire.  Deux  particularités  le  distinguent  des 
auteurs  qui  avant  lui  ont  traité  des  lieux  communs  de  la  morale  et  des  bonnes 
manières  :  le  cadre  allégorique  dans  lequel  il  dispose  ses  préceptes  et  l'emploi 
des  exemples.  L'allégorie  domine  dans  le  Reggimento.  Là,  chacune  des  condi- 
tions où  la  femme  peut  se  trouver  est  étudiée  en  un  chapitre  spécial  qui  est  placé 
sous  l'invocation  d'un  personnage  allégorique  lequel,  dans  le  manuscrit  original, 
devait  être  figuré  en  tête  du  chapitre.  Ainsi,  la  fancudla  (chap.  I)  a  pour  pa- 
tronne l'Innocence,  la  fille  en  état  de  se  marier  la  Chasteté,  celle  qui  a  passé  l'âge 
du  mariage  la  Patience,  etc.  Barberino  a  trouvé  chemin  faisant  un  trait  spiri- 
tuel :  la  veuve  qui  se  remarie  n'a  pas  de  patronne  (chap.  VII);  elle  est  repré- 
sentée accompagnée  d'une  servante  appelée  Fa  corne  ti  place.  Chacun  des  chapi- 
tres contient  une  historiette  en  prose,  qui  sert  en  quelque  sorte  de  justification 
à  la  doctrine  exposée.  L'allégorie  occupe  moins  de  place  dans  les  Documenti  d'à- 
more.  Elle  ne  se  manifeste  guère  que  dans  le  commencement  de  l'ouvrage,  où 
l'auteur  feint  qu'Amour  l'a  chargé  de  réunir  en  son  château  principal  tous  ses 
serviteurs.  Cela  fait,  Amour  a  fait  choix  d'Éloquence  à  qui  il  a  exposé  ses  pré- 
ceptes, ses  Document!,  et  à  son  tour  Éloquence  les  a  dictés  à  douze  dames  qui 
sont  Docilité2,  Industrie,  Constance,  Discrétion  (au  sens  de  «  discernement  »), 
Patience,  Espérance,  Prudence,  Gloire,  Justice,  Innocence,  Gratitude,  Éternité. 
Ces  douze  dames,  dont  la  dernière  est  singulièrement  choisie,  président  à  au- 
tant de  livres  entre  lesquels  sont  répartis  les  Documenti.  Quant  à  Barberino, 
toujours  modeste,  son  rôle  s'est  borné  à  rédiger  par  écrit  les  préceptes  ainsi 
distribués,  pour  être  transmis  à  ceux  qui  n'ont  point  eu  l'heureuse  fortune  d'as- 
sister au  parlement  d'Amour.  Tout  cela  est  exprimé  très  brièvement  dans  les 
premiers  vers  du  poème.  Barberino  sent  évidemment  que  ces  allégories  sont 
très  froides,  et  il  en  use  avec  une  louable  modération.  Les  Documenti  sont  du 
reste  un  ouvrage  fort  médiocre  :  les  chapitres,  d'une  étendue  fort  inégale,  se 
suivent  sans  lien,  sans  ordre  apparent,  et  le  même  livre  réunit  parfois  les  matiè- 
res les  plus  disparates.  Ainsi,  dans  le  premier  (Docilité),  il  est  question  du  vice  en 
général,  puis  des  vices  qui  ont  de  la  ressemblance  avec  certaines  vertus,  comme 
l'avarice  et  la  prodigalité  qui  confinent  respectivement  à  l'économie  et  à  la  libé- 
ralité. De  là  Barberino  passe  à  ces  vertus  accessoires  pour  lesquelles  il  avait  un 
penchant  marqué  et  qui  appartiennent  plutôt  au  bon  ton  qu'à  la  morale,  et  il  dis- 
cute sur  les  fautes  qu'on  commet  en  parlant,  sur  la  façon  de  converser  de  ma- 
nière à  se  rendre  agréable  à  chacun.  En  somme,  il  y  a  un  peu  de  tout  dans  les 
Documenti  ;  le  sujet  n'est  nulle  part  défini,  et  il  ne  semble  pas  que,  dans  le  choix 


1.  Voy.  le  passage  des  Quatre  âges  de  l'homme,  cité  par  Beugnot,  Bibl.  de  l'École  des 
chartes,  II,  26;  cf.  le  mémoire  de  M.  Jourdain  sur  l'éducation  des  femmes  au  moyen 
âge,  Mém.  de  l'Acad.  des  inscr.  et  belles-lettres,  XXVIII,  1,  123. 

2.  Par  ce  terme  l'auteur  entend  proprement  l'enseignement,  l'aptitude  à  apprendre 
(docere). 

Romania,  XIII.  29 


4^0  COMPTES-RENDUS 

des  matières  à  traiter,  l'auteur  ait  eu  d'autre  préoccupation  que  de  ne  pas  ré- 
péter ce  qu'il  avait  déjà  dit  dans  le  Reggimento. 

Ce  qui  distingue  surtout  les  Documcnti  du  Reggimento,  en  tant  que  procédé 
de  composition,  c'est  que  les  historiettes  qui  donnent  un  certain  agrément  au 
second  de  ces  ouvrages  font  défaut  dans  le  premier.  Mais  si  elles  ne  sont  point 
intercalées  dans  la  teneur  même  du  poème,  c'est  qu'elles  ont  été  rejetées  dans 
le  commentaire.  Ce  commentaire  est  extrêmement  copieux.  L'auteur  y  a  en- 
tassé tous  les  résultats  de  ses  lectures,  de  ses  réflexions,  de  ses  observations  sur 
les  sujets  infiniment  variés  dont  il  s'est  occupé  dans  les  Documenti.  Parfois  un 
seul  mot  du  texte  donne  lieu  à  des  pages  entières  de  dissertations  accompa- 
gnées d'anecdotes  et  de  citations.  Nous  avons  là  les  éléments  en  même  temps 
que  les  pièces  justificatives  du  traité  en  vers.  Ce  procédé  de  composition,  qui 
consiste  à  répartir  entre  deux  ouvrages  juxtaposés,  mais  très  distincts,  les  pré- 
ceptes d'une  part,  les  explications  et  preuves  d'autre  part,  est  assurément  peu 
fréquent.  Il  n'est  cependant  pas  sans  exemple.  M.  Th.  rappelle  à  ce  propos 
(p.  $9)  la  Vita  nuova,  où  les  premières  compositions  lyriques  de  Dante  sont 
comme  encadrées  dans  un  commentaire  explicatif.  Ce  rapprochement  se  fonde 
sur  une  ressemblance  bien  extérieure.  Dans  la  Vita  nuova,  Dante  raconte  l'his- 
toire de  sa  vie,  ou  plutôt  de  ses  sentiments,  depuis  qu'il  eut  atteint  l'âge  de 
raison  jusqu'à  l'époque  de  la  vision.  Il  a  été  tout  naturellement  amené  à  en- 
châsser dans  cette  sorte  d'autobiographie  certaines  des  poésies  qu'il  avait  com- 
posées pendant  cette  période,  mais  la  prose  de  la  Vita  nuova  est  autre  chose 
encore  qu'un  commentaire  de  ces  poésies.  Puis  les  deux  parties,  la  prose  et  les 
vers,  ne  sont  pas  du  même  temps,  et  n'appartiennent  pas  à  la  même  phase  in- 
tellectuelle. Au  contraire  les  Documenti  et  les  commentaires  ont  été  faits  pour 
aller  de  pair.  Ils  sont  indissolublement  liés.  Je  les  comparerais  plutôt  à  certains 
traités  scolastiques  qui  se  composent  aussi  d'un  texte  et  d'un  commentaire  sou- 
vent très  développé,  émanant  l'un  et  l'autre  du  même  auteur.  Tels  sont  par 
exemple  plusieurs  des  traités  de  Jean  de  Garlande,  et  notamment  le  plus  connu 
de  tous,  son  Dictionarius. 

C'est  principalement  à  l'aide  du  commentaire  des  Documenti  que  M.  Th.,  après 
Ubaldini,  mais  avec  plus  de  critique,  a  pu  faire  la  biographie  de  Barberino.  La 
connaissance  de  la  vie  du  personnage  est  ici  particulièrement  nécessaire  à  qui 
veut  se  rendre  compte  de  son  œuvre  littéraire.  11  naquit,  comme  nous  l'avons 
vu,  en  1264.  Trente  ans  après  nous  le  trouvons  établi,  probablement  depuis 
quelques  années,  à  Bologne  où  il  exerce  les  fonctions  de  notaire  en  même  temps 
qu'il  y  poursuit  les  études  de  droit  qui  doivent  un  jour  lui  valoir  le  titre  de 
docteur.  A  la  fin  de  l'année  1296  la  mort  de  son  père  le  rappela  dans  son  pays 
natal,  à  Barberino.  Peu  après  il  s'établit  à  Florence,  où  il  séjourna  de  1297  à 
1 304.  Cette  ville  était  alors  un  centre  littéraire  important,  et  c'est  à  cette  époque 
que  M.  Th.  place  la  composition  d'un  certain  nombre  de  poésies  détachées 
qui  peuvent  sans  dommage  être  négligées  dans  l'œuvre  considérable  de  Barbe- 
rino. A  partir  de  1 304  et  jusqu'en  1 309,  on  ne  trouve  plus  trace  de  lui  dans  les 
documents  florentins.  C'est  qu'alors  notre  auteur  dut  se  transporter  à  Padoue, 
où  sans  doute  il  continua  à  exercer  le  notariat,  bien  que  les  Archives  de  Pa- 
doue,  moins  riches  que  celles  de  Florence,  n'aient  point  conservé  la  trace  de 


thomas,  Francesco  da  Barberino  451 

son  séjour.  Mais  dans  son  Commentaire  aux  Docamenti  il  fait  mention  des  pein- 
tures de  Giotto  à  la  Madonna  dell'  Arena,  chapelle  construite  en  1503,  et  aus- 
sitôt décorée  par  le  grand  peintre  florentin.  Quelques  années  après,  probable- 
ment vers  1 309,  Barberino  partit  pour  la  France,  où  l'appelaient  des  affaires  im- 
portantes auxqulles  il  fait  discrètement  allusion  dans  son  commentaire,  sans  les 
spécifier  autrement  '.  Il  y  séjourna  jusqu'en  1313,  époque  où  nous  le  retrou- 
vons à  Florence,  et  depuis  lors  jusqu'à  sa  mort,  en  1348,  il  ne  paraît  pas  avoir 
quitté  l'Italie.  Son  séjour  en  France  doit  avoir  été  la  période  la  plus  impor- 
tante de  sa  vie  littéraire.  Il  passa  d'abord  quelque  temps  dans  le  Midi,  à  Avi- 
gnon, à  Carpentras.  Un  demi-siècle  ou  trois  quarts  de  siècle  plus  tôt  il  eût 
trouvé  la  poésie  des  troubadours  encore  florissante;  dans  les  premières  années 
du  xive  siècle  la  littérature  provençale  végétait  à  peine  en  quelques  centres  iso- 
lés. M.  Th.  remarque  justement  que  Barberino  ne  paraît  pas  avoir  connu  les 
poètes  en  petit  nombre  qui  de  son  temps  encore  composaient  à  la  manière  an- 
tique dans  quelques  cités  de  Provence.  Mais  un  curieux  tel  que  lui  ne  devait  pas 
manquer  de  recueillir  des  écrits  en  langue  vulgaire  dont  il  n'était  probablement 
pas  aussi  facile  de  se  procurer  des  copies  en  Italie.  Et  en  effet  c'est  sans  doute 
alors  qu'il  eut  connaissance  des  traités  provençaux  dont  il  parle  avec  détail 
dans  le  commentaire  des  Docamenti  et  dont  l'existence  même  serait  ignorée  sans 
lui.  M.  Th.  a  consacré  tout  un  chapitre  aux  auteurs  provençaux  inconnus  cités 
par  Barberino.  Ces  auteurs  sont  :  i°  Raimbaut  le  Provençal,  qui  paraît  avoir 
composé  ou  compilé  un  recueil  d'anecdotes  destinées  à  servir  d'exemples,  ou  de 
Dicta  memorabUia ;  2°  Raimon  d'Anjou,  qui  tirait  certainement  son  surnom, 
comme  l'a  bien  vu  M.  Th.,  d'Anjou,  village  du  Dauphiné  (arr.  de  Vienne);  il 
avait  composé  un  certain  nombre  â'enscnhamcntz,  relatifs  aux  bonnes  manières, 
dont  Barberino  nous  donne  les  titres,  en  latin  malheureusement;  3"  Hugolin  de 
Forcalquier,  qui  avait  glosé  l'un  des  traités  de  Raimon  d'Anjou  ;  40  Folquet,  qui 
avait  écrit  la  vie  de  Hugolin  de  Forcalquier;  $,;Blanchemain,  femme  d'Hugolin, 
laquelle  avait  appris  de  son  mari  l'art  de  composer;  6°  Aimeric,  d'après  qui  il 
raconte  diverses  anecdotes.  En  outre  Barberino  met  sous  le  nom  d'auteurs  pro- 
vençaux bien  connus  certains  ouvrages  dont  nous  n'avions  jusqu'ici  aucune  no- 
tion. C'est  ainsi  qu'il  raconte  d'après  la  comtesse  de  Die  certaines  historiettes, 
qui,  si  elles  sont  authentiques,  modifient  singulièrement  l'idée  que  nous  pou- 
vions nous  faire  de  cette  femme  poète.  Ce  sont  là  de  véritables  révélations,  et 
si  nouvelles,  si  inattendues,  qu'on  serait  porté  à  croire  que  Barberino  a  voulu 
en  imposer,  si  l'honnêteté,  la  candeur,  dont  ses  écrits  portent  l'empreinte,  n'é- 
taient un  sûr  garant  de  sa  bonne  foi,  outre  que,  parmi  les  allusions  qu'il  fait  à 
des  œuvres  provençales,  il  en  est  plusieurs  que  nous  pouvons  contrôler,  et  qui 
sont  parfaitement  exactes.  Un  jour  peut-être  quelque  décou\erte  inespérée  fera 
reparaître  à  la  lumière  tel  ou  tel  des  écrits  perdus  auxquels  Barberino  a  fait  des 
emprunts.  Dès  maintenant  le  commentaire  des  Documcnii  doit  être  considéré 
comme  une  source  précieuse  pour  l'histoire  de  la  littérature  provençale. 


1.  Depuis  la  publication  de  son  ouvrage,  M.  Th.  a  découvert  des  documents  qui 
lui  permettent  d'établir  l'objet  du  voyage  de  Barberino  en  France.  Il  se  propose  d'en 
faire  l'objet  d'un  travail  spécial. 


4$  2  COMPTES-RENDUS 

La  littérature  française  proprement  dite  aura  aussi  quelques  obligations  en- 
vers cet  étonnant  commentaire.  Barberino  a  été  à  la  cour  de  Philippe  le  Bel  et 
à  celle  du  jeune  roi  Louis,  son  fils.  Là  aussi  il  a  fait  une  abondante  moisson 
d'observations.  Il  s'est  trouvé  en  rapport  avec  des  hommes  considérables,  avec 
Jean  de  Joinville  notamment,  dont  il  a  recueilli  l'opinion  sur  divers  points  d'é- 
tiquette. Ces  passages,  soigneusement  relevés  par  M.  Th.  (p.  26),  ne  devront 
point  être  négligés  par  quiconque  écrira  désormais  la  vie  du  célèbre  historien 
de  saint  Louis.  C'est  aussi  dans  la  France  du  Nord  que  Barberino  a  eu  con- 
naissance d'un  traité  «  sur  la  bonté  des  nobles  »,  de  benignitaie  nobilium1,  dont 
l'auteur,  souvent  cité  dans  le  commentaire  des  Documenti,  y  est  appelé  «  Johan- 
nes  de  Bransilva  ».  Cet  écrivain  inconnu  doit  avoir  vécu  au  xme  siècle,  bien 
avant  Barberino.  Sa  vie  avait  été  écrite  par  un  certain  «  Germanus2  ».  C'était 
un  homme  de  manières  singulièrement  raffinées,  pour  le  temps  où  il  vivait,  si  on 
en  juge  par  les  anecdotes  que  Barberino  rapporte  sur  son  compte,  et  qu'il  a 
sans  doute  empruntées  à  son  biographe.  Je  n'ai  pas  mieux  réussi  que  M.  Th.  à 
identifier  ce  personnage.  Toutefois,  comme  Bransilva  n'est  pas,  que  je  sache, 
un  nom,  je  conjecture  que  Barberino  aurait  dû  écrire  Braiasilva  ou  Braisilva,  et 
qu'il  s'agit  d'un  seigneur  de  la  famille  de  Brasseuse,  autrefois  Braisscuve,  dans 
l'arrondissement  de  Senlis  ?. 

A  ces  divers  ouvrages  Barberino  a  emprunté  les  anecdotes,  ou,  comme  on 
disait  alors,  les  nouvelles  (dans  la  littérature  ecclésiastique  on  disait  exempta) 
dont  il  a  parsemé  son  commentaire  aux  Documenti  et  son  Reggimento.il  en  avait 
même  fait  un  recueil  spécial  qu'il  mentionne  dans  son  commentaire  sous  le  titre 
de  Flores  novellarum,  sans  doute  Fiori  di  novelle  en  italien.  Cette  indication,  re- 
levée par  Ubaldini,  a  donné  lieu  à  bien  des  conjectures.  Ubaldini  pensait  que 
certaines  des  nouvelles  de  ce  recueil,  maintenant  perdu,  pouvaient  se  retrouver 
dans  le  Novellino.  Galvani  supposait  que  le  Novellino  tout  entier  pouvait  être 
l'œuvre  de  Barberino.  Cette  hypothèse,  déjà  combattue  par  MM.  Bartoli  et 
d'Ancona4,  est  tout  à  fait  détruite  par  l'examen  des  passages  cités  pour  la  pre- 
mière fois  par  M.  Th.,  où  Barberino  parle  de  ses  Flores.  Il  résulte  aussi  de 
ces  textes  que,  si  l'ouvrage  lui-même  est  perdu,  nous  en  avons  du  moins  des 
parties  tant  dans  le  Reggimento  que  dans  le  commentaire  sur  les  Documenti. 

Barberino  n'a  pas  eu  en  son  temps  un  succès  proportionné  à  la  grandeur  du 
labeur  qu'il  s'est  imposé.  Ses  Flores  ne  se  sont  pas  conservées,  et  de  ses  Documenti 
comme  du  Reggimento  il  ne  reste  qu'un  manuscrit.  11  méritait  mieux,  car  s'il  fut 
un  poète  médiocre,  c'était  du  moins  un  brave  homme.  On  peut  lire,  dans  le  chapi- 
tre de  ses  Documenti  qui  est  placé  sous  l'invocation  d'Innocence,  quelques  vers 
qui  nous  font  pénétrer  dans  son  âme  honnête  et  simple.  «  Il  y  a  », dit-il  en  par- 


;.  P.  177,  fol.  16  b  du  ms.  des  Documenti. 

2.  P.  181  ;  fol.  25  c  du  commentaire. 

3.  «  Willelmus  de  Braisilva  »  ou  «  de  Braieseuve  »  figure  dans  des  actes  de  125s  et 
1239,  voy.  Layettes  du  Trésor  des  chartes,  par  Teulet,  II,  n°s  2335,  2341,  2827.  C'est 
Braiesclve,  dans  l'unique  ms.  de  Gullaume  de  Dole;  voy.  Fauchet,  Œuvres,  (1610)  578, 
et  Arch.  des  Missions,  I,  (1850)287. 

4.  Voy.  Romania,  II,  406. 


thomas,  Francesco  da  Barberino  453 

'ant  de  l'homme  sage  qui  est  arrivé  à  l'heure  delà  mort,  «  il  y  a  trois  choses  qui 
«  t'apportent  une  douce  consolation  :  la  ferme  espérance  du  salut,  le  mépris  de 
«  la  vie  temporelle  qui  est  terminée,  finir  tes  jours  dans  ton  pays  entre  ceux  de 
«  qui  tu  es  né  '  ».  Ces  derniers  mots  rappellent  Dante  parlant  de  Florence,  dont 
il  a  été  exilé  par  la  volonté  de  ses  concitoyens,  et  dans  laquelle  il  voudrait  re- 
poser son  âme  fatiguée  et  terminer  ses  jours  -. 

J'en  ai  dit  assez  pour  faire  ressortir  l'intérêt  du  sujet  traité  par  M.  Thomas. 
Je  n'ai  que  peu  d'observations  critiques  ou  de  remarques  additionnelles  à  faire 
sur  le  mémoire,  qui  est  d'un  bout  à  l'autre  un  bon  travail,  et  ces  observations 
portent  sur  des  points  d'importance  minime.  En  voici  pourtant  quelques-unes. 
Les  extraits  du  commentaire  publiés  en  appendice  ne  sont  pleinement  intelli- 
gibles qu'à  condition  d'être  perpétuellement  mis  en  rapport  avec  les  parties  des 
Documentï  auxquelles  ils  se  rapportent.  M.  Th.  n'a  pas  indiqué  assez  exacte- 
ment cette  concordance.  —  P.  49,  M.  Th.  rapproche  du  sonnet  inséré  dans  le 
Reggimento  (Baudi  de  Vesme,  p.  103)  la  nouvelle  provençale  du  perroquet,  par 
Arnaut  de  Carcasses.  Mais  il  n'y  a  aucun  rapport  quelconque  entre  ces  deux 
pièces.  —  P.  97,  M.  Th.  mentionne  parmi  les  ouvrages  provençaux  dont  la 
conservation  est  due  à  des  Italiens  le  fragment  d'Alexandre  de  la  Laurentienne. 
Mais,  si  les  caractères  paléographiques  ne  me  trompent  pas,  le  manuscrit  tout 
entier  est  d'une  écriture  française;  c'est  donc  fortuitement  qu'il  se  trouve  en 
Italie.  —  P.  98,  le  manuscrit  des  Auzels  cassadors  de  Daude  de  Prades  con- 
servé à  Rome  n'est  pas  unique.  On  en  a  déjà  cité  deux  copies  catalanes,  et  de 
plus  il  y  en  avait  un  manuscrit  à  Tours,  qui  a  été  volé  par  Libri  et  mainte- 
nant est  chez  lord  Ashburnham  5. —  P.  106,  à  propos  de  Raimon  Vidal,  M.  Th. 
aurait  pu  citer  la  mise  en  vers  de  son  petit  traité  par  Terramagnino  de  Pise4. 
—  P.  118,  pour  le  récit  attribué  à  Miraval  par  Barberino,  il  y  aurait  à  exa- 
miner deu>:  témoignages  cités  récemment  par  M.  Chabaneauî.  Le  premier  au 
moins,  celui  de  Sordel,  semble  bien  d'accord  avec  l'analyse  donnée  par  Barbe- 
rino. —  P.  123,  l'historiette  attribuée  à  !a  comtesse  de  Die  (la  femme  qui  a 
eu  plusieurs  maris  tous  de  plus  en  plus  mauvais)  a  des  analogues  dans  la  litté- 
rature des  exempta.  On  peut  citer  par  exemple  une  histoire  recueillie  par  Eude 
de  Shirton^.  —  P.  174,  l'idée  exprimée  par  la  comtesse  de  Die  que  la  femme 
est  plus  noble  que  l'homme  parce  qu'elle  a  été  créée  de  la  côte  d'Adam,  au  lieu 
que  celui-ci  a  été  formé  du  limon  de  la  terre,  est  un  lieu  commun  fréquent  dans 
la  littérature  du  moyen  âge;  voy.  Romania,  VI,  501. 

P.  M. 


1.  Document!,  p.  333. 

2.  Convivio,  I,  m. 

3.  Voy.  Romania,  XII,  339. 

4.  Romania,  VIII,  181. 

5.  Rev.  des  l.  rom.,  3e  série,  IX,  98-9. 

6.  Jahrb.  f.  rom.  u.  engl.  Literatur,  IX,  129-30. 


454  COMPTES-RENDUS 

Dias  géniales  ô  lûdicros,  libro  expôsito  dedicadoâ  DonFadrique 
Enriquez  Afan  de  Rivera,  marqués  de  Tarifa,  por  Juan  Caro, 
presbitero,  rector  del  Colexio  de  la  Sangre  de  Nuestro  Seîïor  Jesu  Cristto  de  su  villa 
de  Bornos  y  su  capellan.  Anode  1884.  Sevilla,  imp.  de  El  Mercantil  Sevillano.  In-4 
de  443  pp.  (Sociedad  de  Bibliôfilos  andaluces.  Primera  série). 

Rodrigo  Caro,  antiquaire  andalous,  né  à  Utrera  en  1 $73,  mort  à  Séville  en 
1647,  est  l'auteur  de  travaux  d'histoire  et  d'archéologie,  en  partie  publiés  de 
son  vivant  ou  de  nos  jours  seulement  sous  les  auspices  de  l'Académie  de  l'His- 
toire ',  et  en  partie  inédits.  La  Société  des  Bibliophiles  andalous,  dont  le  siège 
est  à  Séville,  a  récemment  entrepris  une  édition  complète  des  écrits  non  en- 
core imprimés  de  Caro,  auxquels  elle  a  décidé  de  joindre  quelques  opuscules 
déjà  publiés  mais  devenus  fort  rares  et  tout  ce  qu'elle  réussira  à  retrouver  de 
la  correspondance  de  cet  érudit.  Deux  volumes  ont  paru.  Le  premier  contient 
une  biographie  de  Caro  par  D.  Marcelino  Menéndez  Pelayo,  divers  mémoires 
sur  la  ville  d'Utrera,  le  testamentde  l'auteur  ?.  Le  second,  dont  nous  allons  nous 
occuper  exclusivement,  renferme  l'œuvre  la  plus  importante  de  Caro,  intitulée 
Dias  géniales  ô  lûdicros,  puis  quelques  dissertations  historiques  et  des  poésies 
qui  n'intéressent  pas  nos  études.  C'est  au  livre  célèbre  d'Alessandre  Alessandro 
(Alexander  ab  Alexandre),  les  Dies  géniales,  que  Caro  a  emprunté,  il  le  laisse 
entendre  3,  le  titre  de  son  traité  sur  les  jeux,  mais  il  y  a  ajouté  le  mot  lûdicros, 
pour  en  mieux  déclarer  l'objet.  Dédié  à  D.  Fadrique  Enriquez  Afan  de  Ribera, 
fils  aîné  de  D.  Fernando  Enriquez  Afan  de  Ribera,  duc  d'Alcakî  4,  qui  avait 
alors  dix  ans,  ce  livre  a  été  achevé  en  1626  S.  On  ne  voit  trop  pourquoi,  Ro- 
drigo Caro  ne  le  signa  pas  de  son  nom,  il  le  mit  sous  celui  d'un  Juan  Caro, 
peut-être  un  de  ses  parents,  comme  l'indique  Nicolas  Antonio  ;  et  pourtant, 
dans  deux  ouvrages  publiés,  l'un  en  1622,  l'autre  en  1634,  notre  Rodrigo  en 
revendique  formellement  la  paternité  :  bien  mieux  il  tenait  ces  «  Journées  de 
récréation  »  pour  un  des  écrits  qui  devaient  lui  faire  le  plus  d'honneur,  car 
dans  son  testament,  daté  de  Séville,  le  $  août  1647,  il  le  mentionne  parmi  ses 
legs.  «  Je  lègue,  dit-il,  le  livre  manuscrit  que  je  possède,  intitulé  Dias  géniales, 
et  qui  est  écrit  de  plusieurs  mains,  au  collège  de  San  Alberto  de  cette  ville  de 
Séville,  de  l'ordre  du  Carmel,  et  au  père  recteur,  afin  qu'il  le  garde  avec  les 


1.  Mémorial  histôrico,  t.  I,  p.  345  et  suiv. 

2.  Mémorial  de  la  villa  de  Utrera,  autor  el  licenciado  Rodrigo  Caro.  Ano  de  1883.  Se- 
villa, impr.  de  El  Mercantil  Sevillano,  in-4. 

3.  «  No  sea  que  te  liâmes  â  engano  y  pieuses  que  por  llamarse  Dias  géniales,  como 
el  libro  de  Alexandro  ab  Alexandro,  contiene  cosas  de  mucha  curiosidad  ô  importancia, 
pues  su  duetio  te  desengaîiô  con  anadir  lûdicros.  » 

4.  J'ai  parlé  ailleurs  de  ce  Mécène  andalous,  qui  avait  réuni  une  fort  belle  biblio- 
thèque et  une  riche  collection  d'antiquités;  voir  Zeitschrift  fur  romanische  Philologie, 
t.  III,  p.  37  On  peut  consulter  encore  à  ce  sujet  la  préface  de  D.  Benito  Cano  aux  An- 
tiguedades  d'Ambrosio  de  Morales  (Madrid,  1792,  t.  IX)  et  les  Additions  de  Diego  Ignacio 
de  Congora  aux  Varones  ilustres  de  Sevilla  de  Rodrigo  Caro  (biographie  de  Diego  Ortiz 

iiga);  ms.  Dd  189  de  la  Nacional  de  Madrid.  Ce  qui  subsiste  des  collections  du 
troisième  duc  d'Alcalâ  appartient  aujourd'hui  aux  ducs  de  Medinaceli. 

5.  La  dédicace  est  datée  :  «  De  su  villa  de  Bornos,  6  de  agosto  de  1626.  » 


caro,  Dias  géniales  ô  lùdicros  455 

autres  livres  de  la  librairie  dudit  couvent,  qu'il  ne  l'en  sorte  pas  et  que  les  per- 
sonnes qui  en  auraient  le  désir  puissent  l'y  lire.  »  Dans  un  avis  au  lecteur  de 
l'édition  des  Bibliophiles  andalous,  qui  doit  avoir  été  transcrit  à  la  lettre  d'une 
copie  du  xviie  ou  du  xvmc  siècle,  on  lit  que  I'  «  original  »,  c'est-à-dire  le 
manuscrit  légué  par  Caro,  en  1647,  se  trouve  {esta)  dans  la  bibliothèque  du 
collège  de  San  Alberto  :  il  n'y  est  plus,  cela  va  sans  dire,  et,  ce  qui  ne  doit  pas 
nous  surprendre  davantage,  nul  ne  paraît  savoir  où  il  a  passé.  Heureusement 
diverses  copies  en  ont  été  prises,  qui  se  conservent  aujourd'hui  à  Séville,  à  Ma- 
drid, en  Angleterre.  M.  Menéndez  Pelayo  parle  de  sept  ou  huit  copies,  mais  si 
incorrectes  qu'on  ne  saurait  s'en  rapporter  à  aucune  d'elles  '  et  qu'  «  il  importe 
extrêmement  de  fixer  le  texte  en  l'imprimant.  » 

Comment  les  bibliophiles  de  Séville  ont-ils  compris  leur  tâche,  comment  ont- 
ils  «  fixé  le  texte  »  de  ces  Dias  géniales?  Un  avertissement  de  douze  lignes,  le 
seul  apport  de  l'éditeur,  qui,  pour  le  dire  en  passant,  a  sagement  fait  de  ne  pas 
se  nommer,  semble  destiné  à  nous  l'apprendre.  «  Imparfaites  et  vulgaires  sont 
les  copies  de  cet  important  traité  que  nous  avons  collationnées  pour  la  présente 
édition.  Cet  inconvénient  est  d'autant  plus  regrettable  que  les  textes  latins  de 
plus  de  trente  auteurs  difficilement  accessibles  y  ont  été  si  déplorablement  altérés 
qu'il  nous  a  été  impossible  d'en  entreprendre  la  vérification.  »  Pas  un  mot  sur 
ces  manuscrits.  Où  se  trouvent-ils,  d'où  viennent-ils,  quelle  est  leur  autorité  ? 
C'est  ce  qu'on  a  pas  jugé  utile  de  dire.  Admettrons-nous  maintenant  l'excuse 
que  donne  l'éditeur  en  ce  qui  concerne  l'incorrection  du  texte?  Le  livre  nous 
venant  d'Espagne,  il  n'est  que  juste  sans  doute  de  se  montrer  indulgent  ;  on 
doit  pourtant  établir  ici  une  distinction  :  parmi  les  textes  latins  ou  grecs  (ces 
derniers  toujours  en  traduction  latine)  cités  par  Caro,  les  uns  sont  empruntés 
aux  humanistes  ou  aux  philologues  du  XV,  du  xvi°  et  du  xvne  siècle,  les 
autres  aux  auteurs  de  l'antiquité.  Or,  il  se  peut  qu'aucune  des  bibliothèques  de 
Séville  ne  possède  ni  le  De  arte  gymnastica  de  Girolamo  Mercuriale,  qui,  au  dire 
de  Joseph  Scaliger,  «  étoit  une  grande  beste  »  2,  ni  de  Caelius  Rhodiginus  ses 
Antiquarum  lectionum  hbri  XVI,  et  si  notre  éditeur  n'avait  laissé,  sans  les  véri- 
fier, que  ces  passages  d'érudits  et  de  compilateurs,  on  lui  pardonnerait  aisé- 
ment quelques  fautes;  mais  ce  sont  ici  Virgile,  Horace,  Ovide,  Martial,  l'es- 
pagnol Martial,  l'espagnol  Sénèque  et  tant  d'autres  parmi  les  plus  connus,  les 
plus  maniés,  qui  parlent  la  langue  la  plus  fantastique,  un  charabia  de  tout 
point  inintelligible.  Nul  n'imaginerait,  avant  d'avoir  feuilleté  ce  livre,  ce  qu'a 
réussi  à  faire  du  latin  de  ces  auteurs  le  bibliophile  de  Séville.  Ce  serait  comique, 
si  ce  n'était  vraiment  révoltant.  Et  rien  n'établit  mieux  qu'une  telle  publication 
la  décadence  profonde  des  études  classiques  en  Espagne.  Qu'une  énormité  de  ce 
genre  soit  possible  dans  l'ancienne  Hispalis,  n'excite  pas  un  toile  général,  ne 
couvre  pas  de  ridicule  la  société  qui  en  a  pris  la  responsabilité,  cela  dit  tout.  A 
son  dominé  qui  lui  demande  s'il  a  appris  quelque  chose  de  la  grammaire,  Ge- 


1.  Celle  que  j'ai  eu  l'occasion  d'examiner  il  y  a  quatre  ans  à  la  Bibliothèque  Natio- 
nale de  Madrid  (Ff  159'  ne  m'a  pas  paru  si  mauvaise;  c'est  une  transcription  d'un  ma- 
nuscrit du  comte  del  Aguila  exécutée  en  1776. 

2.  Scaligerana,  Cologne,  1667,  p.  ijj- 


456  COMPTES-RENDUS 

rundio  de  Campazas  répond  :  Ah  !  esso  si,  senor  :  ya  lleguè  hasîa  Musa,  ae.  Le 
bib'iôfilo  andaluz  n'en  sait  pas  si  long,  il  s'en  faut.  Mais  pourquoi  aussi  se 
mê!e-t-i!  d'imprimer  du  latin  ?  Mieux  eût  valu  mille  fois  laisser  dormir  les  Dias 
géniales  au  fond  des  bibliothèques,  où  ceux  qui  ont  à  s'en  servir  savent  aller  les 
prendre,  que  de  déshonorer  un  livre  intéressant,  curieux  et  en  son  temps  méri- 
toire. Le  devoir  d'un  éditeur  sérieux  eût  été  de  vérifier  avec  soin  toutes  les 
citations  des  auteurs  anciens,  d'en  rétablir  le  texte  défiguré  par  les  copistes, 
tâche  facile,  presque  mécanique,  avec  un  Forcellini  et  un  Thésaurus  d'Estienne, 
ou  moins  que  cela,  puis  de  rechercher  et  d'indiquer  exactement  ce  que  Caro 
doit  aux  antiquaires  modernes.  Ce  travail  lait,  on  pourrait  alors  se  prononcer 
en  connaissance  de  cause  sur  la  valeur  du  livre,  l'originalité  des  recherches  et 
des  rapprochements,  ce  qui  n'est  pas  possible  pour  l'instant  ;  aussi,  malgré 
toute  mon  estime  pour  quelques  érudits  espagnols  contemporains,  qui  placent 
très  haut  ces  Dias  géniales,  les  tiennent  pour  un  monument  de  l'humanisme  espa- 
gnol, demanderai-jeà  n'accepter  leur  opinion  que  sous  bénéfice  d'inventaire.  Au- 
tant que  j'en  puis  juger,  Caro  est  redevable,  lui-même  ne  le  dissimule  pas  ', 
des  deux  tiers  (peut-être  plus)  de  son  érudition  gréco-latine  à  ses  prédé- 
cesseurs; le  plus  grand  nombre  des  textes  qu'il  produit  sur  tel  ou  tel  jeu  de 
l'antiquité,  il  les  a  trouvés  déjà  réunis  dans  les  notes  des  commentateurs.  Ce  ne 
sera  donc  qu'après  avoir  consciencieusement  restitué  à  César  ce  qui  est  à 
César  qu'on  verra  clair  dans  cette  «  orgie  érudite  »,  comme  la  nomme  M.  Me- 
néndez  ;  auparavant  il  faut  éviter  de  se  prononcer.  L'évaluation  de  la  science 
archéologique  de  Caro  est  affaire  qui  intéresse  surtout  les  Espagnols,  plus  par- 
ticulièrement les  Andalous,  car  il  va  de  soi  que  le  traité  de  l'antiquaire  d'Utrera 
n'a  plus  aujourd'hui,  pour  ce  qui  concerne  l'archéologie  classique,  la  moindre  im- 
portance ;  le  premier  manuel  venu,  Smith,  Marquardt  ou  Daremberg,  riche  des 
travaux  accumulés  pendant  deux  siècles,  enseigne  en  quelques  pages,  d'une  façon 
autrement  sûre  et  précise,  tout  ce  que  Caro  s'efforce  péniblement  d'expliquer  et 
beaucoup  de  choses  qu'il  n'explique  pas,  mais  la  piété  envers  les  ancêtres  devait 
exciter  l'éditeur  sévillan  à  nous  rendre  l'œuvre  de  ce  compatriote  du  xvne  siècle 
au  moins  telle  qu'elle  a  été  écrite,  à  la  ramener  à  ses  sources,  à  la  commenter 
sobrement.  Hélas!  L'édition  des  bibliophiles,  si  ce  nom  convient  à  un  amas  de 
papier  noirci  comme  au  hasard,  n'est  qu'une  trahison  :  le  pauvre  Caro  ne  s'y 
reconnaîtrait  pas,  il  maudirait  de  bon  cœur  Yingcnio  lego  qui  a  touché  de  ses 
mains  profanes  et  brutales  l'enfant  préféré  de  son  esprit 2.  L'Espagne,  quoi  que 
prétendent  de  jeunes  critiques  pleins  de  leur  sujet,  n'a  eu  ni  Henri  Estienne  ni 


1.  P.  108  :  «  dejé  muchas  cosas  de  propôsito,  que  muy  â  la  larga  escriben  Mercuria 
en  su  Gimndstica  ô  Onofrio  Panvino  y  Bu'.engero  en  el  libro  De  ludis  circensibus  et  De 
circo,  »  etc. 

2.  Donnons,  par  curiosité,  quelques  spécimens  du  latin  et  du  grec  du  bibliôfdo.  Il  fait 
dire  à  Po'itien  (!),  au  prologue  des  Mènechmes  :  Esporgite  lumbostum,  nos  sesum  ibimus 
spectavimus  que  vos  taciti  au!  ridepimus  (p.  54);  le  vers  d'Ovide  {Fast.,  IV,  183)  :  Ibunt 
semimarcs  et  inania  tympana  tundent  est  devenu  Inbunt  seminares  et  in  unia  timpana 
tundent  (p.  197);  Archimède  s'écrie,  par  la  bouche  de  notre  Espagnol  :  EùpfojHo, 
eùpfonctf!  (p.  255).  En  voilà  assez,  je  pense. 


caro,  Dias  géniales  6  lâdicros  457 

Joseph  Scaliger  ni  Casaubon,  mais  elle  a  eu  certainement  un  joli  groupe  de 
bons  humanistes,  qui  savaient  leurs  auteurs,  quelques  doctes  aussi,  qui  sur  des 
points  de  détails  ont  avancé  la  connaissance  de  l'antiquité.  Que  diraient-ils  s'il 
leur  était  permis  de  contempler  les  Dias  géniales  sortis  des  presses  du  Mercantil 
Sevillano  en  l'an  de  grâce  1884?  M'est  avis  qu'ils  diraient  des  choses  dures,  et 
ils  n'auraient  pas  tort. 

C'est  assez  parler  de  la  partie  ancienne  de  l'ouvrage  de  Caro;  cette  partie-là, 
avons-nous  dit,  importe  peu,  sûrs  que  nous  sommes  de  n'y  rien  trouver  de 
nouveau,  rien  qui  ne  soit  mieux  exposé  ailleurs.  L'unique  intérêt  du  livre  con- 
siste dans  les  rapprochements  de  jeux  de  l'Espagne  du  xvne  siècle  avec  ceux  des 
Grecs  et  des  Romains,  dans  les  descriptions  que  l'auteur  s'est  plu  à  nous 
donner  des  ludicra  de  son  époque  et  de  son  pays.  Et  cela  même  ne  nous  mène 
pas  fort  loin.  Pour  curieux  que  soient  certains  renseignements  recueillis  par 
Caro,  je  crains  que  l'attente  des  folk-loristes  ne  soit  quelque  peu  déçue.  En 
premier  lieu,  ces  renseignements,  étouffés  par  un  grand  étalage  d'érudition,  sont 
moins  nombreux  qu'on  ne  serait  porté  à  le  croire,  puis  la  publication  des  biblio- 
philes a  été  sérieusement  déflorée  il  y  a  peu  par  M.  Rodriguez  Marin,  qui,  dans 
le  premier  volume  de  ses  Cantos  populares  a  inséré  et  une  table  détaillée  des 
six  dialogues  et  d'assez  nombreux  extraits  de  ces  Dias  géniales  '.  Il  ne  resterait 
donc  plus  guère  qu'à  glaner  çà  et  là  des  données  omises  par  le  compilateur  des 
chants  populaires  andalous  (plutôt  qu'espagnols);  je  crois  utile  toutefois  de 
donner  comme  le  résumé  de  ce  qui  dans  ce  livre  peut  intéresser  lefolk-lore. 

Ces  «  Journées  de  récréation  »  sont  distribuées  en  six  dialogues,  auxquels 
prennent  part  trois  gentilshommes;  nommés  D.  Fernando,  D.  Diego  et  D.  Pedro, 
puis  un  domestique,  Melchior,  très  compétent  en  matière  de  jeu  et  souvent  con- 
sulté :  ces  quatre  personnes  sont  réunies  dans  une  propriété  des  environs  de 
Séville  2. 

Dialogue  I.  Jeux  olympiques,  pythiques,  isthmiques,  'etc.  ;  rc^vtaBXov  ;  ludi 
circenses  ;  troja,  saltus  et  saltatio.  —  P.  24.  Sur  le  second  exercice  du  iwévcaOXov 
ou  quinquertium,  la  course  (Spdjioç),  Caro  remarque  qu'il  y  avait  un  premier  et 
un  second  vainqueurs  «  comme  ici  dans  les  fêtes  littéraires  ou  lorsqu'on  court  la 
soie  (cuando  corren  la  seda).  »  Quel  était  ce  divertissement?  —  P.  54.  A  cosco- 
jita  ou  n  pie  cojita,  à  cloche-pied  (icr/.wX'.aaad;i .  Caro  distingue  :  1°  âcoscojita, 
à  celui  qui  saute  le  plus  loin  ou  le  plus  grand  nombre  de  fois  sur  un  pied  ;  2° 
espada  lucia,  un  enfant  vient  à  cloche-pied  sauter  sur  un  autre  (cf.  Rodriguez 
Marin,  Cantos  populares,  I,  166)  ;  30  palomita  blanca,  ahao,  semblable  au  jeu 
précédent.  —  P.  57  à  65.  Balles  et  damas.  Le  nom  de  danza  est  réservé  à  la 
saltatio  honesta  ;  ainsi  la  danza  de  espadas,  que  C.  rapproche  de  la  saltatio  pyr- 
rhica,  une  ronde  [aride  la  rueda  y  coces  en  ella),  une  manière  de  chaîne  [Juan  de 
las  Cadenas,  ahao)  et  les  danses  de  la  Fête-Dieu  rentrent  dans  cette  catégorie 


1.  Dans  un  compte-rendu  de  ces  Cantos  populares  publié  ici  même  {Romania,  t.  XII, 
p.  39i\  M.  Milâ  y  Fontanals  a  transcrit  aussi  quelques  paragraphes  du  livre  de  Caro. 

2.  «  En  una  heredad  no  muy  léjos  de  la  antigua  cuidad  de  Bétis.  »  C'est  donc  à  tort 
que  M.  Ménendez  dit  :  «  en  una  heredad  vecina  à  Utrera.  » 


458  COMPTES-RENDUS 

(Rodriguez  Marin,  I,  167).  Aux  danses  de  la  Fête-Dieu  «  qui  ont  lieu  dans 
toutes  les  villes  d'Espagne  »,  C.  assimile  les  pantomimes.  A  ce  propos,  un  des 
interlocuteurs  remarque  :  «  nous  avons  vu  quelque  chose  de  cela  cette  année 
dans  les  théâtres  et  colisées  de  Séville,  avec  cette  seule  différence  que  le  musi- 
cien qui  jouait  du  violon  chantait  l'histoire  et  le  baladin  dansait  les  actions  ;  il 
dansa  ainsi  le  Caballero  de  Olmedo  et  la  Fabula  de  Piramo  y  Tisbe.  »  Le  balle 
est  la  saltatio  lasciva  et  deshonesta,  l'abomination  des  abominations  ;  Caro  cite 
parmi  les  balles,  la  Zarabanda,  la  Chacona,  la  Carreteria,  la  Topona  >,  Juan  Re- 
dondo,  Rastrojo,  Gorrona,  Pipirronda,  Guiriguirigai. 

Dialogue  II.  Des  trois  derniers  exercices  du  -EvxaOXov  (disque,  javelot,  lutte). 
P.  78.  Au  jeu  du  disque  correspond  le  tirar  la  barra;  la  barra  se  dit  aussi  herron 
(augmentatif  de  hierro)  «  qui  est  un  morceau  de  fer  rond,  gros,  troué  par  le 
milieu,  semblable  en  quelque  chose  au  disque.  »  —  P.  86.  A  propos  du  pugilat 
et  des  fanfaronneries  du  parasite  des  Captifs  de  Plaute  :  Nam  meus  est  ballista 
pugnus,  cubitus  catapultast  mihi,  etc.,  Dom  Pedro  observe  que  ce  glorieux  là 
ressemble  «  à  notre  valiente  Rastrollo,  qui  mange  des  coups  de  poing  et  boit 
des  ruades.  » 

Dialogue  III.  Après  les  exercices,  les  jeux  proprement  dits,  surtout  les  jeux 
d'enfant  (niherias)  ;  les  noix  ou  les  amandes  ;  commentaire  d'un  passage  de 
l'élégie  Nux2;  osselets;  dés;  dames  et  échecs.  —  P.  112.  Sur  spargere  nuecs  : 
«  la  même  coutume  s'observe  encore  aux  noces,  surtout  dans  les  villages,  où 
l'on  jette  aux  gamins  des  amandes,  des  noix,  des  châtaignes,  des  pois  chiches.  » 

—  P.  1 1 5  et  suiv.  Jeu  d'amandes,  dit  du  ladrillejo  (petite  brique),  dont  la  règle 
est  donnée  dans  le  vers  73  de  l'élégie  :  Has  puer  aut  certo  rectas  dilaminat  ictu  ; 
comme  celle  du  dedillo  et  des  cuadernas  dans  les  vers  suivants  :  Aut  prônas  di- 
gito  bisve  semelve  ferit.  Quattuor  in  nucibus,  non  amplius,  aléa  îoîa  est,  Cum  sibi 
suppositis  additur  una  tribus  ;  puis  la  chasa  [Per  tabulae  clivum  labi  iubet  alter  et 
optât  Tangat  ut  e  multis  quaelibet  una  suam).  —  P.  117.  Parcs  y  noncs  (par 
impar,  <xpTta<ifjidç)  ;  vers  79  et  80  de  la  Nux.  —  P.  121.  Le  jeu  du  A  (A'hx, 
v.  81-84),  auquel  Caro  compare  la  rayuela.  —  P.  123.  Le  jeu  qui  consiste  à 
lancer  des  noix  ou  des  amandes  dans  un  pot  (Nux,  v.  85-86)  ;  ce  jeu  se  nomme 
en  Espagne  mochilluno,  mais  ici  au  pot  est  substitué  un  trou  creusé  dans  la  terre. 

—  P.  124.  Jeu  de  billes,  qu'un  des  interlocuteurs  décrit  comme  une  nouveauté 
(Este  juego  se  me  hizo  d  mi  muy  nuevo,  vicndole  jugar  en  la  puerta  del  Arenal,  en 
Sevilla,  un  dia  de  estos,  y  lo  tu.it  por  invencion  moderna).  —  P.  129  et  suiv. 
Taba  (osselets).  Il  est  bien  regrettable,  dit  Caro,  que  la  bonne  dame  (la  Tabà) 
ait  été  reléguée  â  la  province  de  Picardie  (le  milieu  des  picaros)  par  Bilvan, 
monarque  suprême  de  la  fainéantise.  »  Il  s'agit  ici  évidemment  du  jeu  de  cartes. 
Mais  qu'est-ce  que  Bilvan?  Le  nom  d'un  fabricant  imprimé  sur  les  cartes?  — 


1.  Topona  doit  être  une  mauvaise  lecture  pour  Capona;  cf.  'p.  102,  et  Casiano  Pe- 
llicer,  Tratado  histôrico  sobre  el  origen  y  progresos  delà  comedia,  etc.  Madrid,  1804, 
t.  I,  p.  126,  qui  précisément  rapporte  ce  passage  de  Caro,  probablement  d'après  un 
manuscrit  de  la  Nacional  de  Madrid. 

2.  Les  vers  ici  rapportés  de  cette  élégie  sont  naturellement  fort  corrompus;  je  suis 
l'édition  Baehrens,  Poetae  latini  minores,  t.  I  (Bibl.  Teubnei). 


caro,  Dias  géniales  6  lûdicros  459 

P.  13$.  Noms  des  coups  au  jeu  des  osselets.  D'après  Caro,  carnicol,  nom  donné 
dans  certaines  localités  de  Castille  à  l'osselet,  viendrait  de  canicula  (coup  du 
chien),  ce  qui  est  notoirement  impossible.  D'enfants  qu'il  a  questionnés,  D.  Fer- 
nando, l'un  des  interlocuteurs,  a  appris  qu'un  des  côtés  de  l'osselet  se  dit  horca, 
c'est  le  coup  malheureux  (canis),  et  que  le  coup  heureux  (  Venus)  se  nomme  carne. 
L'un  des  côtés  est  encore  nommé  chuquc,  ce  qui  rappellerait  -/Xo;  (autre  étymo- 
logie  controuvée).  Le  valet  Melchior,  dont  l'autorité  est  invoquée  par  D.  Fer- 
nando, complète  et  rectifie  ces  renseignements.  Les  noms  des  coups  ne  sont  pas 
toujours  les  mêmes.  Au  jeu  proprement  dit  de  la  taba  on  nomme  carne  le  côté 
qui  a  la  forme  d'un  S  couché  et  chuquc  le  côté  opposé  ;  le  côté  un  peu  concave 
de  l'osselet  se  dit  culo  et  le  côté  convexe  barriga.  Au  {jeu  dit  du  rey,  le  côté 
carne  devient  rey,  l'opposé  alguazil,  la  barriga  est  nommée  zapata  et  le  culo, 
horca.  Caro  traite  encore  de  la  perinola,  sorte  de  dé,  dont  les  quatre  côtés  sont 
marqués  des  lettres  T  S  P  D.  Sur  les  dés  proprements  dits,  les  dames  et  les 
échecs,  il  ne  nous  apprend  rien  d'intéressant. 

Dialogue  IV.  De  la  micatio  ;  toupies  ;  jeux  de  paume  ;  feux  de  la  Saint-Jean  ; 
rondes  et  chœurs.  —  P.  153.  Description  du  jeu  bien  connu  de  la  mourrc 
(morra),  qui,  à  en  juger  par  ce  que  rapporte  Caro,  semble  avoir  été  importé 
d'Italie  en  Espagne.  «  Au  royaume  de  Valence,  dit  D.  Fernando,  j'ai  vu  jouer 
un  jeu  qu'on  nomme  la  morra,  qui  m'était  tout  à  fait  inconnu  ;  depuis  je  l'ai  vu 
jouer  à  des  étrangers  à  l'Arenal  de  Séville  et  en  cherchant  dans  les  livres,  j'ai 
trouvé  qu'il  était  fort  ancien.  »  —  P.  1 56  et  1 59.  Toupies  (trompo,  peonza). — 
P.  166.  A  propes  du  jeu  de  paume,  D.  Fernando  dit  qu'il  a  vu  «  en  nuestro 
lugar  »  des  Mores  de  Barbarie  jouer  à  la  paume  avec  de  gros  bâtons  au  lieu 
de  battoirs  et  la  recevoir  au  bout  de  ces  bâtons  avec  beaucoup  d'adresse.  La 
raquette  n'était  guère  connue  en  Espagne  :  dans  un  jardin  de  Séville,  situé 
près  de  PAlcazar,  D.  Fernando  vit  des  joueurs  s'en  servir,  mais,  dit-il,  la  plu- 
part étaient  étrangers.  —  P.  173.  Caro  compare  au  cpaiv£v8<x na'Çstv,  décrit  par 
Antiphanes  et  Pollux,  Onomasticon,  IX,  105,  le  jeu  de  la  olla,  qui  se  joue  entre 
femmes  dans  la  vieille  Castille,  et  au  datatim  ludere  des  Romains  le  jeu  qui  con- 
siste à  présenter  quelque  chose  à  quelqu'un,  puis  à  retirer  vivement  la  main  en 
disant  mlz,  ou  encore  un  autre  jeu,  dit  al  cacr :  des  enfants  rangés  en  cercle 
mordent  tour  à  tour  un  morceau  de  pain,  de  fromage  ou  un  fruit  planté  au 
bout  d'une  baguette;  celui  qui  le  fait  tomber  est  condamné  à  le  remplacer.  — 
P.  175-176.  Les  jeux  de  paume,  décrits  par  Pollux  (Onornast.,  IX,  104,  105) 
sous  les  noms  d'êîp'axupos  et  d'aTidppaÇiç,  se  sont  conservés  ;  mais  dans  le  pre- 
mier jeu  la  balle,  au  lieu  d'être  d'abord  lancée  de  la  ligne  médiane  qui  sépare 
les  deux  camps,  l'est  de  l'emplacement  d'un  des  deux  camps  à  l'aide  du  battoir. 
—  P.  179.  Un  autre  jeu  consiste  à  lancer  plusieurs  fois  la  balle  contre  un 
mur  en  disant  un,  dos,  très,  Martin  Cortés,  en  la  cabeza  me  dès,  et  à  la  recevoir 
après  cela  sur  la  tête.  Celui  qui  la  manque  fait  l'âne,  c'est-à-dire  va  se  coller  la 
tête  contre  le  mur  :  le  gagnant,  qui  est  dit  roi,  monte  sur  l'âne.  Lorsqu'on  ne 
fait  que  compter  les  bonds  de  la  balle  sans  la  recevoir  sur  la  tête,  le  jeu  se 
nomme  las  bonitas  '.  —  P.  180.  Jeu  du  mail  [mallo,   chucca).   —  P.  180-204. 

1.  Cf.  la  description  du  même  jeu  par  Pollux  (IX,  106)  :  ônoTS  [xe'vxot  repoç  tov  toi- 


460  COMPTES-RENDUS 

Sur  les  feux  de  la  Saint-Jean,  les  rondes  et  les  instruments  de  musique  qui  ser- 
vent à  faire  danser,  rien  de  curieux.  Notons  seulement  ce  commentaire  des  mots 
bombus  et  imbrex.  «  Ce  que  Suétone  nomme  bombi  était  une  manière  d'accla- 
mation, semblable  au  bourdonnement  des  abeilles  ou  des  timbales,  comme  nous 
l'entendons  taire  sur  les  galères,  lorsqu'elles  se  saluent  entre  elles  ou  que  quelque 
capitaine  passe  ;  imbrex,  une  imitation  du  bruit  que  fait  la  pluie  en  tombant, 
sorte  de  sifflement  comme  celui  qu'ont  coutume  de  faire  aujourd'hui  les  étudiants 
lorsque  le  professeur  entre  dans  l'amphithéâtre.  » 

Dialogue  V.  Des  Saturnales,  auxquelles  sont  comparées  les  mascarades  des 
Innocents  et  du  matin  de  la  Saint-Jean,  les  danses  des  matassins,  etc.  —  P.  217. 
Brocarder  (darse  'grita,  pullas).  Caro  ne  parle  que  des  anciens  ;  il  y  avait  ce- 
pendant beaucoup  à  tirer  de  la  littérature  et  des  textes  législatifs  (Cuadernos  des 
Cortès)  sur  les  pouilles  d'Espagne1. —  P.  223.  Grimaces  et  gestes  moqueurs  ou 
obscènes  (ciconia,  higa,  etc.).  —  P.  228.  De  quelques  jeux  décrits  par  Pollux 
comparés  à  des  jeux  d'Espagne.  —  P.  230.  BaatX^'voa  (Pollux,  IX,  no),  le 
jeu  del  Rey  ;  on  tire  au  sort  (à  Castille  ou  à  Léon,  ou  à  pair  et  impair)  à  qui 
sera  roi,  et  le  roi  commande  aux  autres  ce  qu'il  lui  plaît.  —  P.  223.  'Ooxpoc- 
•/.ivoa  (Pollux,  IX,  mi  ressemble  au  jeu  dit  data  la  china,  dont  Melchior 
donne  une  longue  explication.  —  P.  235.  ÀieXxuirtfvSa  (Pollux,  IX,  112), 
hurta  la  ropa.  Les  enfants  se  divisent  en  deux  camps  et,  après  avoir  tracé  une 
raie  à  distance  égale  des  deux  camps,  se  saisissent  par  les  mains  en  criant  gur- 
nmaco  ;  le  plus  fort  prend  l'autre  et  s'efforce  de  l'entraîner  dans  son  camp.  Ce 
jeu,  analogue  à  notre  jeu  de  barres,  se  nomme  encore  sonsoluna,  à  cause  de  la 
position  respective  des  deux  camps  «  l'un  ayant  le  côté  de  l'ombre,  l'autre  celui 
de  la  lune  »  (sum  sub  lima).  —  P.  236.  MufvBa  (Pollux,  IX,  113).  Jeu  de 
l'aveugle,  colin-maillard  [Adivina  qu'un  te  diô,  la  madré  que  te  pat  iù  ou  elesconder). 
—  P.  237.  Xuxpivoa  (Pollux,  IX,  1  14),  la  olla  ou  siembro  y  aviso.  —  P.  238. 
Kuv7]t!.'vc;a  (Pollux,  IX,  1 1 4^ ,  jeu  du  baiser.  Caro  compare  un  jeu  de  rubans 
qui  se  joue  entre  hommes  et  femmes  ou  entre  femmes  seulement  ;  les  joueurs,  qui 
tirent  par  ses  deux  bouts  un  même  ruban,  s'embrassent.  —  P.  240.  E^oivocpi- 
X:'vooc  (Pollux,  IX,  1 1 5),  esconde  la  cinta ;  on  joue  aussi  ce  jeu  avec  une  savate 
au  lieu  d'étrivière.  —  P.  241.  S/.a-sooa  (Pollux,  IX,  1  16),  en  latin  /unis  con- 
tentiosus,  en  espagnol  llevar  cl  gato  al  agua.  —  P.  245.  K^iv'vox  (Pollux,  IX, 
117),  la  rayuela,  se  joue  avec  des  sous  ou  des  amandes  qu'on  lance  dans  un 
creux.  — P.  246.  2 i:p£7CT;'v3a (Pollux,  IX,  1 17),  apatusca,  à  peu  près  le  jeu  du 
bouchon.  —  P.  246.  Yïkzis-ofioKvotx  (Pollux,  IX,  1 17),  las  harinillas,  se  joue 
avec  de  petits  morceaux  d'os  en  forme  de  dés  et  à  six  points  ;  celui  qui  amène 
le  plus  gros  point  gagne.  —  P.  247.  'A-ootopaaxivôa  (Pollux,  IX,  117), 
sal,  salcro,  le  jeu  de  cache-cache.  —  P.  248.  'IijLavTsX'.yuo;  (Pollux,  IX,  118), 


yov  xrjv  aepatpav  KVTi7t^[A7toi6V,  xo  Tzlffio;  twv  ^5r,;j.â-tov  otsXoyiÇovxo.  xal  ô  [uiv 
ijTKiS(xevoî  ovo:  IxaXeîto  xai  reav  inolet  xo  -yjvxxyQiv,  ô  oé  vwcûv  [jaaLXeô;  -es  rçv 
■/.%:  ir.i-y.--zv. 

1.  Les  noms  grecs  de  YOnomasticon  sont  presque  tous  plus  ou  moins  altérés.   Je  les 
corrige  quand  il  y  a  lieu  et  marque  les  renvois  à  l'édition  Bekker  (Berlin,  1846). 


caro,  Dias  géniales  6  lûdicros  461 

la  corregiiela,  jeu  qui  consiste  â  dénouer  deux  courroies  entortillées  autour  d'un 
bâton  et  qu'  «  ont  coutume  de  jouer  les  gitanos,  amis  des  tromperies.  »  — 
P.  252.  'EfeSpiafidç  (Pollux,  IX,  119),  maruca  ou  marichiva,  atteindre  une 
pierre  avec  une  balle  ou  une  autre  pierre.  —  P.  255.  Echar  pclillos.  Coutume 
des  enfants  de  marquer  une  réconciliation  en  s'arrachant  des  cheveux  et  en  les 
jetant  au  vent,  que  Caro  rapproche  de  la  cérémonie  du  pacte  entre  Grecs  et 
Troyens  décrite  dans  V Iliade  (III,  271)  :  'ATpetSrjç...  âpvûiv  Ix  xscpaX&ov  Tap.v£ 
zzi/x;-  aûxàp  ïmixa  wtfpuxeç  Tpcocov  /.al  'Ayatwv  veîpiav  aplaxoiç.  —  P.  256. 
'EjtoaTpaxiopirfç  (Pollux,  IX,  119),  los  panes,  jeu  des  ricochets.  —  P.  258. 
KuvoaX'.^ao;  (Pollux,  IX,  120Ï,  e/  bolillo,  jeu  de  quilles.  — P.  261.  KuÇrjafvSa 
ou  'I~::a;  ou  'Ev  xotiSXr]  (Pollux,  IX,  122).  Un  enfant  met  ses  mains  derrière 
lui  pour  soutenir  les  genoux  d'un  camarade  qui  lui  grimpe  sur  le  dos  et  lui 
bouche  les  yeux.  Le  jeu  se  nommait  en  Espagne  los  caballos  ou  las  galeras 
«  parce  que  celui  qui  fait  le  cavalier  tient  ses  mains  en  forme  de  proue  de  galère 
pour  attaquer  les  autres,  ce  qui  fait  une  gentille  bataille.  »  —  P.  261.  Le 
simple  jeu  du  cavalier  se  nomme  fildcrecho.  —  P.  262.  Muta  /a)./*]'  (Pollux, 
IX,  123),  sorte  de  colin-maillard.  Au  lieu  de  «  mouche  d'airain  »,  les  Espagnols 
disent  par,  par,  gallinetas  al  corral.  Caro  cite  un  passage  de  Pietro  Victorino, 
qui  donne  des  noms  italiens  de  ce  jeu  :  giocare  à  scapucia  le  orbi  (?)  >  et  giocare 
à  la  gâta  ciega  ;  en  Toscane  :  gallina  bu,  bu;  en  Hollande  on  dit  Blindekoe.  Dans 
un  autre  jeu  analogue,  l'enfant,  qui  contrefait  l'aveugle  et  à  tâtons  cherche  à 
frapper  ses  compagnons,  dit  :  «  Yo  soy  ciego  y  no  vco  nada  ;  à  quien  diere  no  se 
me  da  nada.  »  —  P.  264.  Quand  le  soleil  disparaît  dans  les  nuages,  les  enfants 
disent  :  «  Sors,  soleil,  et  frappe  mes  yeux  qui  sont  chassieux,  »  Caro  rapproche, 
d'après  Pollux,  IX,  123,  un  passage  de  Strattis.  —  P.  265.  Mr^oXovOr)  (Pol- 
lux IX,  124),  le  scarabée  doré.  En  Espagne  les  enfants  chargent  des  scarabées, 
des  hannetons  et  des  guêpes  de  «  porter  des  lettres  au  roi.  »  —  P.  266.  XsX-.ys- 
Xwvt)  (Pollux,  IX,  125).  A  ce  jeu  de  la  tortue  répondent  deux  jeux  espagnols  ; 
dans  le  premier,  à  la  jeune  fille  qui  fait  la  tortue,  ses  compagnes  disent  :  «  Aqui 
esta  Da  Sancha  cubierta  de  oro  y  plata.  »  Et  elle  répond  :  «  Quien  es  este 
nombre  que  meanda  persiguiendo  de  noche  y  de  dia  ?  »  Dans  le  second,  entre 
la  tortue  et  les  autres  jeunes  filles  se  passe  le  dialogue  suivant  :  «  A  do  las 
yeguas  ?  —  En  cl  prado  estân.  —  Quien  las  guarda  ?  —  El  malvilan.  —  Y  lo 
que  te  di?  —  Con  putas  y  rufianes  me  lo  comï.  —  A  do  la  puta  ?  —  Ando  y 
ando  y  héla  aqui.  »  Et  lorsque  la  tortue  en  attrape  une,  celle-ci  prend  sa  place 
dans  la  ronde  et  le  jeu  continue.  —  P.  267.  Tô  a/.avoap^iv  (Pollux,  IX,  126), 
donner  une  chiquenaude  sur  le  nez.  En  Espagne  on  a  le  pasagonzalo.  —  P.  267. 
EUv-aÀiûo?  (Pollux,  IX,  126).  C'est  le  jeu,  dit  Melchior,  de  tous  les  garçons  et 
toutes  les  filles.  On  le  joue  aussi  avec  six  petites  pierres  et  on  le  nomme  alors 
Castro  ou  très  en  carro  ou  très  en  raya.  —  P.  269.  nÀaraywv.ov  (Pollux,  IX, 
127).  Au  lieu  de  faire  éclater  des  feuilles  de  pavot,  les  enamorados  d'Espagne 
lancent  dans  le  feu  des  feuilles  d'olivier  ou  de  laurier.  Du  son  de  la  crépitation 
se  tire  le  pronostic. 


1.  Dans  le  texte  (p.  263)  :  «  Giocare,  ascapucia,  leorbo.  » 


462  COMPTES-RENDUS 

Dialogue  VI.  Fêtes  du  printemps  ;   balançoire  ;  contes  de  nourrice  ou  d'en- 
fants ;  poupées  ;  hochets  ;  amulettes.  —  P.  283.  Description  de  la  Maya.  «  Les 
fillettes  d'une  rue  ou  d'un  quartier  se  réunissent  et  choisissent  la  plus  belle  et 
la  plus  gracieuse  pour  en  faire  la  Maya  ;  elles  l'habillent  et  la  coiffent  le  plus 
richement  qu'elles  peuvent,  la  couronnent  de  fleurs,  de  bijoux  d'or  et  d'argent, 
comme  une  reine,  lui  mettent  un  vase  de  parfum  dans  la  main,  la  placent  sur  un 
lit  ou  un  trône  où  elle  s'assied  avec  beaucoup  de  grâce  et  de  majesté  et  prend 
son  air  le  plus  digne.  Les  fillettes,  qui  se  tiennent  à  ses  côtés,  la  servent,  lui 
obéissent  comme  à  leur  reine,  la  distraient  en  chantant  et  en  dansant  et  aussi 
la  conduisent  à  la  danse.  A  ceux  qui  passent  à  l'endroit  où  se  trouve  la  Maya, 
elles  demandent  pour  orner  la  Maya  {para  haccr  rica  à  la  Maya),  et  à  ceux  qui 
ne  donnent  pas  elles  disent  :  barba  de  perro,  que  no  tient  dinero  ',  et  d'autres  in- 
jures sur  ce  ton  là.  »  Quelque  part  (p.  288)  Caro  se  demande  d'où  vient  l'épi- 
thète  rica  que  les  fillettes  donnent  à  la  Maya  en  quêtant  {para  la  rica  Maya  ou 
para  haccr  rica  â  la  Maya).  Suivant  lui  rica  ne  serait  pas  l'adjectif,  car  si  la  Maya 
est  déjà  riche,  pourquoi  quêter  pour  elle?  Ce  mot  serait  le  latin  rica,  voile.  II 
est  à  peine  nécessaire  de  remarquer  combien  cette  opinion  est  absurde,  et  il 
saute  aux  yeux  que  rica  au  contraire   ne   peut  être  ici   qu'adjectif  et  doit  se 
prendre  au  sens  de  «  bon,  beau  »,  etc.,"  qu'il  a  souvent  en  espagnol.  Ne  dit-on 
pas  d'une  orange  douce  qu'elle  est  rica  et  d'un  vin  généreux  qu'il  est  rico  ?  — 
P.  299.  Formules  initiales  de  contes.  «  Erase  lo  que  era,  el  mai  se  vaya  y  el 
bien  se  venga  ;  el  mal  para  los  Moros  y  el  bien  para  nosotros.  »  Caro  compare 
entre  autres  la  formule  donnée  par  Plutarque  (Symp.,  VI,  8,  1)  :  "E;w  (3ouXip.ov, 
Ï5to  oà  jî/outov  xai  uyieiuv.  Autre  formule  :   «  Por  la  mar  corren  las  liebres, 
por  la  tierra  las  anguilas.  »  — P.  300.  Manioc,  fantômes,  lutins,  etc.  San  Anton, 
Carne  pies,  la  Tragamasa,  la  Paparrasoya,  la  Mala  cosa,  la  Mula  ou  la  Ternera 
descabezada,  el  Diablo  cojuelo,  la  Pantasma.  —  P.  302.  «  A  Séville  les  enfants 
croient  voir  Maria  de  Padilla  (la  célèbre  maîtresse  de  Pierre  le  Cruel)  sur  un 
char  environné  de  flammes.  »  —  P.  306.  Jeu  du  papa  sal.  «  On  fait  dans  les 
cendres  de  longues  raies  et  à  leur  extrémité  un  cercle  rond  comme  un  œil.  Un 
enfant,  les  yeux  bandés  et  armé  d'un  bâton  pointu,  cherche  où  se  trouve  papa 
sal  (les  longues  raies)  et  ojo  de  bucy  (le  cercle).  S'il  se  trompe,  on  lui  barbouille 
la  figure  avec  un  tison.  »  —  P.  307.  Jeu  du  soldat,  qui  revient  de  la  guerre  en 
haillons.  —  P.  323.  Amulette  de  la  higa,  d'après  une  description   donnée  par 
Martin  Antonio  del  Rio  dans  ses  Disquisitiones  magicae.  —  P.  327.  Chansons, 
berceuses:  nina,  nina  ;  lala,  lala. 

Tel  est  à  peu  près  le  sommaire  des  observations  de  Caro  sur  les  jeux  en  usage 
dans  son  pays  et  leurs  analogies  avec  ceux  des  peuples  de  l'antiquité.  Le  profit 
qu'en  pourront  tirer  les  spécialistes  ne  me  paraît  pas  très  considérable,  mais  je 
n'en  conclurai  pas  que  le  livre  dût  rester  inédit  ;  il  méritait  d'être  publié  ;  je 
regrette  seulement  qu'il  ne  possède  pas  une  valeur  assez  grande  pour  rendre  in- 
dispensable à  bref  délai  une  édition  nouvelle  et  correcte,  qui  annulerait  à  tout 
jamais  le  gazafaton  du  bibliôfilo  2.  Alfred  Morel-Fatio. 

1.  Ou  encore  :  Barbas  de  gato,  que  no  tiene  cornado. 

2.  Une  chose  toutefois  est  à  louer  dans  ce  volume:  le  papier  fort  à  grandes  marges 
où  l'on  peut  corriger  et  écrire  tout  ce  qu'on  veut. 


vaudin,  Ginut  de  Roussillon,  Histoire  et  légende.  46$ 


Eugène  vaudin.  Girart  de  Roussillon,  Histoire  et  Légende.   Auxerre, 
Rouillé;  Paris,  Champion.  In-8,  vij-64  pages. 

M.  Vaudin  a  trouvé  dans  la  collection  Sauvageot,  au  Louvre,  une  belle  mi- 
niature en  style  flamand  du  milieu  ou  de  la  seconde  moitié  du  XVe  siècle,  accom- 
pagnée de  cette  rubrique  :  Comment  la  guerre  encommença  d'entre  le  roy  Charles 
le  Ckaulf  et  monseigneur  Gérard  de  Roussillon  a  cause  de  la  conté  de  Sens;  et  des 
paroles  injurieuses  que  ung  jour  les  deux  princes  dirent  l'un  g  a  l'autre.  Cette  mi- 
niature, il  l'a  reproduite  en  lithographie  en  tête  de  sa  brochure.  Il  n'a  pas  réussi 
d'ailleurs  à  dire  de  quel  roman  de  Girart  de  Roussillon  elle  était  tirée,  et  M.  de 
Montille,  l'éditeur  du  roman  en  prose  de  Jehan  Wauquelin,  à  qui  il  s'est  adressé, 
ne  l'a  pas  su  davantage.  Le  ms.  auquel  a  appartenu  cette  miniature  était  sûre- 
ment un  bel  exemplaire  de  l'abrégé  de  Wauquelin,  abrégé  qui  a  été  publié  par 
M.  de  Terrebasseen  1856,  et  sur  lequel  je  donne  desdétails  circonstanciés  dans 
l'introduction  de  mon  Girart  de  Roussillon,  p.  cliv  et  suiv.  La  rubrique  rap- 
portée ci-dessus  est  celle  du  chap.  III  (p.  21  de  l'édition  de  M.  de  Terrebasse). 
L'auteur  de  cette  brochure  s'est  bien  imprudemment  engagé  dans  les  questions 
compliquées  que  soulève  la  légende  de  Girart  de  Roussillon.  Ayant  pris  pour 
guides  M.  Mignard  et  M.  de  Montille  (voy.  Romania,  IX,  314),  il  ne  pouvait 
qu'accumuler  les  erreurs.  Il  s'est  embrouillé  de  la  façon  la  plus  inextricable  dans 
son  énumération  des  divers  mss.  des  romans  de  Girart  de  Roussillon,  s'ima- 
ginant(p.  47)  que  le  ms.  du  Musée  Britannique  publié  par  M.  Michel  et  le  ms. 
de  Montpellier  contiennent  le  même  ouvrage.  Il  parle  à  tout  instant  de  livres 
qu'il  n'a  pas  vus,  comme  lorsqu'il  suppose  (p.  30)  que  la  collection  des  anciens 
poètes  dirigée  par  feu  Guessard  comprend  48  volumes  !  Il  n'y  a  pas  lieu  d'exa- 
miner plus  longuement  un  travail  que  nous  aurions  entièrement  passé  sous  silence, 
s'il  ne  nous  avait  paru  utile  d'indiquer  l'origine  de  la  miniature  qui  en  constitue 
le  seul  et  unique  intérêt. 

P.  M. 


1.  La  miniature  de  la  collection  Sauvageot  me  rappelle  tout  à  fait  les  peintures  qui  or- 
nent le  Charles  Martel  de  Bruxelles  (Bibl.  roy.  de  Belg.,  n"  6  à  9)  où  se  trouve  inséré 
l'abrégé  de  Wauquelin.  Comme  cet  ouvrage  a  subi  des  mutilations,  il  se  pourrait  que  la 
miniature  Sauvageot  en  vînt.  C'est  à  vérifier.  —  Ce  qui  précède  était  imprimé  lorsque 
j'ai  eu  le  moyen  de  voir  au  Louvre  la  miniature  en  question,  qui  maintenant  est  classée, 
assez  malheureusement,  dans  l'école  française,  n'  1345  du  catalogue  de  M.  Reiset.  Je 
n'ai  plus  aucun  doute  qu'elle  a  dû  être  arrachée  à  la  partie  du  Charles  Martel  de  Bru- 
xelles, qui  contient  l'abrégé  de  Wauquelin  (ms.  n'  7).  Les  lignes  d'écriture  qui  accom- 
pagnent la  miniature  sont  certainement,  comme  tout  le  Charles  Martel,  de  la  main  de 
David  Aubert.  Je  ferai  remarquer,  à  ce  propos,  que  la  reproduction  lithographique 
de  M.  Vaudin  ne  donne  qu'imparfaitement  l'idée  de  l'original.  M.  V.  place  la  rubrique 
sur  le  côté  de  la  miniature,  au  lieu  qu'elle  se  trouve  en  réalité  au-dessous.  En  outre, 
M.  V.  ne  dit  pas  que  la  miniature  est  encadrée  dans  un  texte,  que  je  vais  transcrire. 
Au-dessus  :  frère  demoura  empereur  des  Allemaignes  et  Charles  le  Chaulf  fut  couronné  roy 
de  France,  Et  par  ce  moyen  les  trois  frères  demourerent  d'accord  et  paisibles  ensemble.  — 
Au-dessous  de  la  miniature  et  de  sa  rubrique  :  La  paix  faille  d'entre  les  trois  frères  par 
la  manière  que  dit  est.  le  roy  Charles  le  Chaulf  confermé  en  son  royaulme  de  France  ne. 
C'est  à  peu  près  le  texte  du  Girart  de  Roussillon  abrégé  publié  par  M.  de  Terrebasse, 
pp.  19  et  21. 


PÉRIODIQUES. 


I.  —  Revue  des  langues  romanes,  30  série.  X.  Décembre  1883.  — 
P.  261-4,  A.  Roque-Ferrier,  Le  langage  de  Villeneuve  d'Agcn.  L'auteur  si- 
gnale, «  un  peu  au  hasard  de  la  plume  »,  quelques  particularités  linguistiques 
d'une  poésie  moderne  dont  le  texte  occupe  les  pages  265-70.  —  P.  289-90. 
X.  Rieux,  Trois  formes  provençales  du  verbe  Tuer.  Ces  formes  sont,  dans  la 
région  du  Luberon  (Vaucluse),  à  l'inf.  tua,  tuia  et  fia. 

Janvier  1884.  —  P.  j8-$i.  P.  Reimann,  Die  Declir.ation  d.  Substanliva  u. 
Adjectiva  in  d.  Langue  d'oc  bis  zum  Jahre  1300.  (Première  partie  d'un  long 
compte  rendu  de  M.  E.  Levy.  Cette  mauvaise  dissertation  ne  méritait  pas  tant 
d'honneur). 

Février  1884.  —  P.  54.  Fesquet,  Monographie  du  sous-dialecte  languedocien  du 
canton  de  la  Salle-Saint-Pierre  {Gard).  Nous  avons  ici  la  première  partie  de  ce 
travail,  contenant  les  textes  :  l'inévitable  parabole  de  l'enfant  prodigue  et  quelques 
fables  de  la  Fontaine  traduites  littéralement,  puis,  ce  qui  vaut  mieux,  des  dictons 
populaires.  —  P.  77-88.  Durand  (de  Gros),  Notes  de  philologie  rouergate 
(suite").  Signale  des  faits  curieux,  mais  dent  l'explication  laisse  parfois  à  désirer. 
—  Bibliographie.  P.  96-104.  Notices  sommaires  de  M.  Chabaneau  sur  diverses 
publications  de  M.  W.  Fœrster,  sur  les  Lapidaires  de  Pannier,  compte  rendu 
plus  détaillé  de  l'édition  du  troubadour  Peire  Rogier  due  à  M.  Appel. 

Mars  1884.  —  P.  105.  Chabaneau,  Sainte  Marie-Madeleine  dans  la  littérature 
provençale  (suite).  Ce  sont  ies  notes  de  textes  publiés  dans  les  nos  de  mai  et 
d'août  1883.  Dans  l'abrégé  de  la  légende  de  Badilon  que  reproduit  Jacques  de 
Varaggio,  il  y  a  bien  749,  et  non  769  comme  le  dit  M.  Ch.  (p.  1  17).  J'ai  fait 
remarquer  ailleurs  '  que  la  date  769  était  une  correction  arbitraire  du  dernier 
éditeur,  M.  Grassse.  P.  118.  M.  Ch.  appelle  l'attention  sur  le  manuscrit  incom- 
plet de  la  chronique  (1423-1 539)  d'Honorat  de  Valbelle  que  possède  la  biblio- 
thèque de  Carpentras.  Mais  il  y  a  du  même  ouvrage  un  manuscrit  complet  à  la 
Bibl.  nat.,  le  fr.  5072,  qui  vient  de  Mazarin  et  de  Peiresc.  —  P.  1 33-52.  Obe- 
denare,  l'Article  dans  la  langue  roumaine;  appelle  l'attention  sur  des  variétés  de 
forme  dont  la  langue  écrite  ne  paraît  pas  tenir  compte. 

P.  M. 


1.  Girart  de  Roussillon,  p.  cxxxvii,  note. 


PÉRIODIQUES  465 

II.  —  Zeitschrift  fur  romanische  Philologie,  VII,  4.  —  P.  481, 
Lettres  de  Die:  à  Grimm,  p.  p.  Tobler  (intéressantes).  —  P.  494,  C.  Michaelis 
de  Vasconcellos,  Nouvelles  recherches  sur  le  livre  des  Elégies  de  Camées.  — 
P.  531,  Decurtins,  Un  poète  du  Val  de  Munster  dans  les  Grisons  (Pitsch,  mort 
en  1865).  —  P.  554,  Gaidoz  et  Sébillot,  Bibliographie  des  traditions  et  de  la 
littérature  populaire  du  Poitou. 

Mélanges.  I.  Phonétique.  P.  572,  Horning,  Une  loi  de  l'accentuation  du  latin 
vul  'aire:  ë,  ï,  u  à  l'antépénultième  devant  une  voyelle  brève  sont  (en  latin  vul- 
gaire) incapables  déporter  l'accent;  de  là  bâttere  côsere,etc,  et  pariéte 
filiôlo,  etc.  ;  de  là  aussi,  quand  les  possessifs  sont  proclitiques,  le  transport  de 
l'accent  sur  la  finale  (m  éa,  mais  meâ  mater).  —  II.  Syntaxe.  1.  P.  57?,  Gas- 
pary, Fane.  fr.  mar,  mal  avec  le  subjonctif  ;  bonne  explication  de  diverses  locu- 
tions difficiles  et  nées  de  confusion  ;  pour  mar  (buer)  fusses  nés  il  faut  ajouter 
que  mar  (buer)  avec  l'imparfait  du  subj.  a  à  l'origine  un  sens  très  clair  et  lo- 
gique :  bor  i  alasses  dans  Alexis  (90  d)  signifie  :  «  lu  aurais  bien  fait  d'y  aller  s; 
de  là,  par  mélange  avec  buer  fus  nés,  la  bizarre  formule  buer  fusses  nés.  —  2. 
P.  $76.  Kade,  Sur  deux  constructions  remarquables  des  verbes  potere,  dovere, 
volere;  il  s'agit  d'un  emploi  singulier  des  auxiliaires  en  italien.  —  3.  P.  579, 
Harczyk.  Une  remarque  sur  l'emploi  de  très  :  la  tragédie  française  (et  en  général 
le  haut  style)  n'emploie  guère  ce  mot;  Racine  ne  s'en  sert  jamais.  —  III.  Ety- 
mologies.  P.  581,  Scheler,  nourrice;  sur  nourriçon,  cf.  Rom.,  XI,  621. 

Comptes  rendus.  P.  582,  Canello,  la  Vita  e  le  Opère  Ai  Arnaldo  Daniello 
■  Bartsch  :  beaucoup  d'observations  de  détail  sur  le  texte  de  quelques  pièces;.  — 
P.  597.  Haller,  Altspanische  Spricluvœrtcr,  I  (Uebrecht  :  remarques  et  rappro- 
chements de  détail).  — ■  P.  604.  Sébillot,  Gargantua  dans  les  traditions  popu- 
laires (Liebrecht).  —  P.  606,  Rolland,  Rimes  et  jeux  de  renfonce  (Liebrecht\ 
—  P.  607,  Fornaciari,  Studi  su  Dante  (Gaspary).  —  P.  618,  Giornale  di  filo- 
logia  rcmanza,  IV,  3-4  (Gaspary).  —  P.  620,  Giornale  storico  délia  lettera- 
tura  italiana,  I,  1,  2,  3  (Gaspary  :  je  remercie  M.  G.  de  la  rectification  qu'il 
apporte  en  passant  à  un  endroit  de  mon  travail  sur  Lancelot  :  l'ordre  chrono- 
logique des  deux  passages  du  Tasse  que  je  citais  (Rom.,  X,  481)  n'est  pas  celui 
que  j'avais  supposé  ;  sur  le  fond  de  la  question,  cf.  Rom.,  XII,  460).  —  Ro- 
mania,  XI,  1  (Grceber,  Baist  (longue  discussion  de  Part,  de  Cornu),  Stenge!  'j'ai 
réparé  depuis  lors  mon  oubli  relatif  au  travail  de  Dcenges,  voy.  Rom.}  XI,  409); 
à  ce  compte  rendu  est  jointe  une  note  additionnelle  de  M.  W.  Meyer  sur  l'ar- 
ticle de  Lambrior  dans  notre  t.  X). 

G.  P. 

III.  —  LlTERATURBLATT  FUR  GERMANISCHE  UND  ROMANISCHE  PHILOLOGIE, 

1883.  —  10.  Octobre.  Wulff,  Nâgra  ord  om  Aksent  (Vising  :  admet  à  peu  près 
complètement  les  idées  de  l'auteur  et  nous  apprend  qu'elles  ont  aussi  l'approbation 
de  J.  Storm).  — -  Geijer,  Om  de  franska  episka  vers  formernas  ursprung  (Vising  : 
s'avance  beaucoup  en  disant  que  l'opinion  de  M.  Geijer,  d'après  laquelle  l'octo- 
syllabe vient  du  dimètre  iambique,  sera  généralement  acceptée;  cf.  Rom.,  XII. 
423).  —  Gartner,  Sulzberger  Wôrter(W.  Meyer). 

11.  Novembre.  Goossens,  Ueber  Sage,  Quelle  und  Composition  des  Chevalier 
Roman'ia,  XIII.  30 


466  PÉRIODIQUES 

au  Lyon  (Settegast).  —  Fischer,  Der  Roman  de  Troie  (Settegast  :  l'auteur 
étudie  presque  exclusivement  le  rapport  de  l'imitateur  allemand  de  Benoit,  Her- 
bort  de  Fritzlar,  à  son  modèle),  —  Kosch witz,  KarlsdesGrossen  Reise  (Stengel). 
—  Voigt,  Die  Briefsammlungen  Petrarca's  (Scheffer-Boichorst).  —  Portioli,  Le 
Opère  macchero niche  di  Merlin  Cocai  (Gaspary  :  édition  qui,  sans  être  parfaite, 
annule  les  précédentes). 

12.  Décembre.  Skeat,  A  rougft  list  0/  english  words  found  in  Anglo-French 
(Vising  :  faible).  —  Schoetensack,  Bcilrag  zu  einer  Grundlage  fiir  etym.  Untersu- 
chungcn  auf  dcm  Gebiete  der franzôsischen  Sprachc  (Karsten  :  absurdel.  —  Goer- 
lich,  Die  siïdwestlichen  Dialekte  der  langue  d'oïl  (Meyer:  éloges  mérités).  —  Al- 
tenbuch,  Versuch  einer  Darstellung  der  trallonischcn  Mundart  (Vising).  — 
Edstrum,  Studicr  ô'ver  uppkommsten  och  utwecklingen  af  fornfranskans  E-ljud}  I 
(Vising  :  grand  éloge  de  cette  dissertation,  qui  est  en  effert  fort  méritoire).  — 
Libro  de'  Sdte  Savi  di  Roma  (Gaspary).  —  Renier,  Liriche  édite  ed  inédite  di  Fazio 
degli  Uberti  (Kcerting  :  grand  éloge).  —  Ulrich,  Engadinische  Chrestomathie 
(Stùrzinger  :  critique  très  sévère).  —  Crâne,  Mediœval  Sermon-Books  and  Slorics 
(Stengel). 

1884.  1.  Janvier.  Knieschek,  Der  cechische  Tristram  und  Eilhart  von  Oberg 
Pfaff).  —  Warnatsch,  Der  Mantel  (Reissenberger  :  pense  que  le  poème  dont 
M.  \V.  étudie  le  fragment  conservé  est  bien  de  Henri  du  Tùrlin,  mais  doute  que 
ce  soit  un  Lancelet ;  cf.  Rom.,  XII,  461).  —  Breul,  Sir  Gowther  (Sarrazin  : 
poème  anglais  du  cycle  de  Robert  le  Diable).  —  Mirisch,  Geschichte  des  sujixes 
-olus  (Meyer;.  —  Freymond,  Ucber  rien  reichen  Reim  bei  der.  altfranzôsischen 
Dichtern  (Wolpert). —  Wiese,  Der  Tesoretto  und  Favoletto  B.  Latino's  (Mussafia  : 
publication  excellente).  —  Casini,  Testi  inediti  di  antiche  rime  volgari  (Gaspary;. 
—  Grùnwald,  Zur  romanischen  Dialektologie,  I  (Baist  :  il  y  a  des  matériaux,  mais 
mal  rangés  et  mal  appréciés). 

2.  Février,  Mussafia,  Zur  Prâ>ensbildung  im  Romanischen  (Schuchardt:  obser- 
vations importantes).  —  Feilitzen,  Li  ver  dû  juïse  (Vising:  très  bonnes  remar- 
ques). —  Schenkler,  Ueber  die  Per/ectbildung  im  Provcnzalischen  (Meyer  :  sans 
valeur).  —  Renier,  La  Discesa  di  Ugo  d'Alvernia  allô  Inferno  (Gaspary).  —  Ul- 
rich, Rhdtoromanische  Texte,  Il  (Schuchardt).  —  Schuster,  Der  beslimmte  Artikel 
im  Romanischen  und  im  Albanesischen  (Jarnik). 

3.  Mars.  Kcerting,  Encyklopaedie  der  romanischen  Philologie.  I  (Breymann).  — 
Appel,  Dégénère  neutro  intercunte  in  lingua  latina  (Meyer  :  article  intéressant). — 
Nyrop,  D:n  oldjranskc  Helledigtning;  Rajna,  Le  Origini  dtll'  epopea  fruncest 
(Bangert).  —  Freymond,  Jongleurs  und  Ménestrels  (Settegast).  —  Heidsiek,  DU 
Gesellschaft  in  Crestien  de  Troies  (Settegast).  —  K.oschwitz,  Les  plus  anciens  mo- 
numents de  la  langue  française  (Neumann) .  —  Nissen,  Der  Nominativ  der  verbun- 
denem  Personalpronomina  in  den  acltesten  franz.  Sprachdeukmaelern  (Settegast). 
—  Landau,  DU  Quellen  des  Dck.imeron.  (Liebrecht).  —  Boehmer,  Romanische 
Studiens  (Schuchardt) . 

4.  Avril.  W. Meyer,  Schicksale  des  lateinischen Nenlrums  im  Romanischen  Thur- 
neysen  :  juste  éloge  mêlé  de  critiques  intéressantes).  —  Stengel,  Die  àlteslen 
franzôsischen  Sprachdenkmàler  (Koschwitz).  —  Schneider,  Die  elliptische  Vcrwen- 
dnng  des  partitiven  Ausdrucks  in  Altfranzôsischen  (Stimming).  —  Rcettiger,  Der 


PÉRIODIQUES  467 

Tristram  des  Thomas  (Vising).  —  D'Ancona,  La  Vita  nuova,  2:1  edizione  (Gas- 
pary).  —  Gellrich,  Die  Intelligenza  (Mussafia  :  travail  consciencieux,  mais  qui 
ne  répond  pas  à  ce  qu'on  attendait). 

5.  Mai.  Etienne,  De  deminutivis  in  francogallico  sermone  nominibusÇW.  Meyer  : 
défectueux  au  point  de  vue  historique).  —  Schiller,  Der  Infinitiv  bei  Chrestien 
(Stimming).  —  Fath,  Die  Lieder  des  Castillans  von  Coucy  (Schwan  :  renonce 
moins  volontiers  que  moi  à  mon  identification  du  châtelain  chansonnier  avec 
Renaut  de  Magni).  —  Rolland,  Recueil  de  chansons  populaires,  I  (Liebrecht). 
—  Suchier,  Denkmdler  prov.  Literatur  und  Sprache,  I  (Levy). 

6.  Juin.  Christensen,  Beilràge  zur  Alexander  sage  (Behaghel).  —  Aus  lateinis- 
cher  Sprachrissenschaft  (W.Mçyçr  :  excellente  et  très  utile  revue  de  ce  qui,  dans 
les  dernières  productions  consacrées  à  la  philologie  latine,  peut  intéresser  les  ro- 
manistes). —  Tobler,  Zum  franzosischen  Versbau  (Wolpert).  —  Knœsel,  Das 
altjranzœsische  Zahhvort  (Tobler  :  article  plein  d'intéressantes  observations).  — 
Wille,  Abriss  der  franzosischen  Etymologie  (Wiïïenberg).  —  Pariselle,  Die  Sprach- 
formcn  der  d'tcstcn  sicilianischen  Chroniken  (Mussafia  :  bon  travail).  —  Meyer, 
Albanesische  Studien,  I  ;  Jarnik,  Beitrâge  zur  Kenntniss  der  aîbanesischen  Dialekte 
(Schuchardt). 

G.  P. 

IV.  —  Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes  français,  1 883 ,  n°  3 .  — - 
P.  76,  P.  Meyer,  Notice  du  manuscrit  A  454  de  la  Bibliothèque  de  Rouen.  Ma- 
nuscrit où  se  trouvent  un  certain  nombre  de  petites  pièces  françaises  en  prose 
ou  en  vers  qui,  pour  la  plupart,  se  rapportent  à  des  croyances  religieuses  ou 
superstitieuses  du  moyen  âge.  Il  y  a  aussi  un  traité  du  comput  en  vers  dont  on 
connaissait  déjà  deux  manuscrits,  et  une  nouvelle  copie  de  la  Pleure-Chante. 
Plusieurs  de  ces  pièces  sont  imprimées  dans  le  Bulletin  et  accompagnées  des 
indications  bibliographiques  ou  autres  que  l'éditeur  a  pu  réunir.  En  appendice 
est  publié  le  comput  en  vers  du  manuscrit  Bibl.  nat.  25408. 

V.  —  Giornale  storico  della  Letteratura  italiana,  diretto  e  redattoda 
A.  Graf,  Fr.  Noyati,  R.  Renier.  Roma,  Torino,  Firenze,  E.  Lcescher.  N°  2 

t.  I,  1883).  —  P.  189-229.  M.  Faloci  Pulignani,  Le  arli  e  le  lettere  alla  Coite 
dei  Trinci  di  Foligno  (premier  article).  Les  lettres  sont  ici  représentées  par  le 
bienheureux  Tomasuccio  (f  1377),  franciscain),  et  par  Pierangelo  Bucciolini 
(7  après  1456),  auteurs  de  poésies  religieuses  médiocrement  importantes.  — 
P.  260.  Scartazzini,  Gli  studi  danteschi  del  professorc  Scheffer  Boichorst.  Dans 
cet  article,  M.  Scartazzini,  commentateur  érudit,  mais  verbeux,  delà  Divine  Co- 
médie, témoigne  pour  le  récent  livre  de  M.  Scheffer-Boichorst  une  estime  que 
nous  ne  partageons  pas  (voy.  Romama,  XI,  614);  il  ne  laisse  pas  toutefois  de 
le  combattre  à  peu  près  sur  tous  les  points.  —  Variétés.  P.  282.  A.  Graf,  // 
Zibaldone  attribuito  ad  Antonio  Pucci.  —  P.  301.  R.  Renier,  Un  codice  mal  noto 
dell'  Acerba.  C'est  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  du  roi,  à  Turin.  —  P.  306. 
A.  Medin,  La  bibliografia  della  Mandragola.  —  P.  310.  C.  Paoli,  Un  sonctto  al 
duca  d'Atene.  —  Comptes  rendus.  P.  312.  U.  Canello,  La  vita  e  le  opère  del 
trovatore  Arnaldo  Daniello  (compte  rendu  de  M.  R.  Renier,  sur  lequel  voy. 


468  PÉRIODIQUES 

R  mania,  XII, '459-60,  note).  —  P.  323.  E.  Celesia,  Storia  délia  letteratura  in 
Italia  nei  secoli  barbari  (G.  ;  mauvais).  —  P.  330-7.  G.  Sinigaglia,  Saggio  di 
uno  studio  su  Pictro  Arctino  (A.  Luzio  ;  mauvais).  —  P.  346.  Bulletin  biblio- 
graphique. —  P.  358.  Dépouillement  des  périodiques.  Disons  une  fois  pour 
toutes  que  ce  dépouillement  est  très  riche  et  lait  avec  discernement.  —  P.  375-9. 
Chronique. 

N°  3.  —  P.  381.  F.  Novati,  La  cronaca  di  Salimbene,  indique  dans  quel  sens 
ont  été  opérées  les  suppressions  dans  l'édition,  jusqu'à  ce  jourunique,  de  Parme, 
1857;  conteste  absolument  l'idée  exprimée  par  M.  Clédat  que  le  manuscrit  de 
catte  chronique  serait  autographe.  En  appendice  sont  publiés  trois  morceaux  de 
la  chronique,  et  de  plus  le  texte  d'une  «  Epistola  Luciferi  principis  Ecclesie  ad 
prelatos  ejusdem  »  qui  se  trouve  en  plusieurs  mss.  et  dont  il  existe  une  im- 
pression des  premières  années  du  xvie  siècle.  Cette  lettre,  qui  parodie  la  forme 
des  builes  pontificales,  sert  d'illustration  à  un  passage  où  Salimbene  (fol.  386 
du  ms.),  cite  une  lettre  du  diable  ainsi  conçue  :  «  Princeps  tenebrarum  prelatis 
»  ecclesiarum.  Gratias  vobis  referimus  copiosas  quia,  quotsunt  vobis  commissi, 
»  tôt  sunt  nobis  transmissi.  »  M.  Novati  s'est  trop  hâté  de  supposer  que  cette 
citation  contenait  une  allusion  à  YEpistola  Luciferi  qu'il  publie  dans  l'appendice 
de  son  mémoire.  La  courte  lettre  des  «  Principes  tenebrarum  »,  plus  ancienne 
que  YEpistola  Luciferi,  était  courante  au  temps  de  Salimbene  qui  a  dû  l'em- 
prunter à  quelque  compilation  antérieure  à  la  sienne.  Le  fait  est  qu'elle  se  ren- 
contre dans  les  sermons  d'Eudes  de  Shirton.  Voici  le  passage  :  «  Diabolus 
»  in  specic  hominis  per  quendam  laïeum  misit  cuidam  arciepiscopo  taies salutes: 
»  Principes  tenebrarum  principibus  ecclesiarum  salutem,  quia  quoi  vobis  commissi 
»  tôt  nobis  missi.  l)nde,in  signum  quod  fides  laïco  adhiberetur,  diabolus  eum  per- 
»  cussit  in  faciem,  ita  quod  vestigia  manus  non  recesserunt  nisi  per  aquam 
»  benedlctam  quam  arciepiscopus  super  faciem  aspersit  »  (Bibl.  nat.  lat.  698, 
fol.  49  £;  ibid.,  16506,  fol.  168  b).—  Variétés.  P.  424.  C.  Cipolla.  Laudes  Ja- 
coponi  layci,  in  un  manoscritto  Toiincse.  D'après  un  manuscrit  du  xve  siècle  ap- 
partenant à  la  bibliothèque  du  roi,  à  Turin  ;  variantes  à  des  éditions  anté- 
rieures. —  P.  440.  R.  Renier,  Cinijue  sonetti  di  Jacopo  da  Monte pulciano. 
D'après  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Parme.  —  446-9.  V .  Crescini,  No- 
tizia  d'una  ignota  biografia  di  Arnaldo  Daniello.  Cette  biographie,  du  reste  sans 
valeur,  fait  partie  d'une  compilation  manuscrite  composée  au  xvie  siècle,  en 
Frioul.  —  Comptes  rendus.  P.  452.  0.  Tommasini,  La  vita  e  gli  scritti  di  N. 
Machiavello  nella  loro  relazione  col  Machiavellismo  (F.  C.  Pelligrini  ;  art.  élo- 
gieux).  —  P.  466.  R.  Renier,  Liricbe  édite  ad  inédite  diFazio  degliUberti  (T.  Ca- 
sini;  très  favorable).  —  P.  477-85.  R.  Fornaciari,  Studi  su  Dante  editi  cd  ine- 
diti  (R.  Renier;  l'auteur  et  son  critique  discutent  des  questions,  par  exemple 
l'idée  de  la  trilogie  formée  par  la  Vita  nuova,  le  Convivio  et  la  Commedia,  sur 
lesquelles  il  nous  semble  que  tout  a  été  dit).  —  P.  497.  Bulletin  bibliogra- 
phique.—  P.  509.  Dépouillement  des  périodiques.  —  P.  521.  Chronique. 

N0^  4-5  (t.  11,  1883].  —  P.  1.  Fr.  d'Ovidio,  Che  il  Donato  provenzale  sia 
slato  serillo  in  Italia.  Prouve  un  peu  trop  longuement  que  le  Donat  d'Hugues 
Faidit  a  été  composé  en  Italie.  Cela  n'avait  guère  besoin  d'être  démontré.  L'ex- 
plicit  où  il  est  dit  que  l'opuscule  a  été  fait  «   precibus  Jacobi  de  Mora  et  do- 


PÉRIODIQUES  4^9 

mini  Coradi  Zhuchii  de  Sterleto  »,  le  démontre  suffisamment  II  y  aurait  à  iden- 
tifier ces  deux  personnages  ;  mais  sur  ce  point  M.  d'Ovidio  ne  peut  nous  offrir 
rien  de  plus  que  les  conjectures  de  Galvani.  Quant  à  l'identification  de  Hugues 
Faidit  avec  le  troubadour  Faidit  de  Belesta,  proposée  dubitativement  par 
M.  Stengel,  elle  est  au  moins  peu  probable,  le  nom  de  Faidit  n'étant  pas  rare. 
Que  d'autre  part  Faidit  de  Belesta  ait  été  Catalan  comme  le  croit  M.  Stengel 
p.  1 3 1  de  son  édition  des  grammaires  provençales1,  c'est  ce  qu'on  ne  saurait 
admettre,  le  Belesta  de  PAriège  auquel  se  réfère  M.  Stengel  n'ayant  jamais  été 
en  Catalogne.  —  P.  28.  M.  P'aloci  Pulignani,  Le  arti  e  le  Ictère  alla  corte  dei 
Trincidi  Foligno  (fin).  Renseignements  précis  sur  les  poètes,  en  généra!  de  faible 
mérite,  qui  fréquentèrent  la  cour  des  Trinci.  Bibliographie  soignée.  —  P.  64. 
M.  Landau,  La  novella  di  Messer  Torello  [Decam.,  X,  9),  e  le  sue  attinenze  mi- 
tl  lie  e  leggendaric.  Erudition  confuse  et  souvent  de  seconde  main,  manque  de 
conclusions  précises.  Les  interprétations  mythologiques  que  l'auteur  adopte  sont 
du  domaine  de  la  fantaisie.  Ce  travail  n'ajoute  rien  d'essentiel  au  mémoire  publié 
sur  le  même  sujet  par  M.  Rajna  dans  la  Romania,  VI,  359.  La  mention  vague 
que  fait  M.  L.  de  ce  mémoire  à  la  fin  de  son  article  donne  à  croire  qu'il 
ne  l'a  pas  lu.  —  P.  79.  L.-A.  Ferrai,  La  giovinezza  di  Lorenzino  da  Medici.  — 
Variétés.  P.  113.  A.  Graf,  A  proposho  d'una  leggenda  Neroniana.  Supplément 
au  livre  du  même  auteur,  Roma  nella  ir.emoria  e  nelle  immaginazioni  del  medio 
evo.  —  P.  115.  B.  Wiese,  Alcune  osservazioni  aile  cantilene  e  ballale  pubblicale 
da  G.  Carducci.  Corrections  et  additions  tirées  d'un  manuscrit  utilisé  par 
M.  Carducci  dans  ses  Cantilene  (voy.  Romania,  I,  115)  et  par  M.  Stickney 
(Romania,  VIII,  73).  Parmi  les  corrections  de  M.  Wiese,  beaucoup  sont  dénuées 
d'importance.  Quant  aux  pièces  inédites  ou  réputées  telles,  données  par  M.W., 
elles  sont  transcrites  diplomatiquement,  ce  qui  n'exigeait  pas  un  grand  effort 
d'intelligence.  C'est  avec  surprise  que  parmi  ces  pièces  supposées  inédites,  on 
voit  figurer  sept  tercets  du  ch.  XXVI  du  Paradis,  que  l'éditeur  n'a  pas  re- 
connus, ni  certainement  compris.  Cette  bévue  a  été  relevée  plus  loin  dans  le 
même  Giornale,  p.  340,  par  M.  Casini,  mais  la  direction  du  Giornale  n'aurait 
pas  dû  la  laisser  passer.  —  P.  129.  Fr.  Novati,  Gli  scoiari  romani  ne'  secoli 
xiv  e  xv.  —  P.  141.  A.  Bertolotti,  Gli  studenti  in  Roma  nel  secolo  xvi.  — 
P.  149.  A.  Ive,  P(  esie  popolari  traite  da  un  ms.  délia  Bibiioteca  nazionale  di  Pa- 
rigi,  poésies  religieuses  et  populaires  tirées  du  ms.  Bibl.  nat.  ital.  1069,  de  la 
fin  du  xve  siècle.  —  P.  1 56.  Scipione  Scipioni,  Di  una  vita  inedita  di  Léon  Bat- 
tista  Alberti.  —  P.  163.  A.  Luzio,  Isabella  d'Esté  e  l'Orlando  inamorato.  — 
P.  168.  Una  lettera  di  Carlo  Witle  ad  Ad.  Bartoli.  Se  rapporte  au  projet  formé 
il  y  a  quelques  années  par  M.  Bartoli  de  publier  un  recueil  d'essais  variés  sur 
Dante  traduits  de  l'allemand.  Ce  projet  n'a  pas  eu  de  suite.  —  Comptes  rendus. 
P.  171 .  Df'e Intelligenza,  einAItitùlienischesGcdicht...hgg.von  D'Gellrich  (A.  Graf; 
critique  sévère).  —  P.  175.  N.  Machiavelli,  Le  lettere  familiari,  publicate  per 
cura  di  Ed.  Alvisi  (A.  Medin).  —  P.  181 .  Merlin  Cocai,  Le  opère  macchero:ùche, 
curait  da  A.  Portioli  (B.  Morsolin  ;  critique  la  partie  de  l'introduction  qui  con- 
cerne la  vie  de  l'auteur).  —  P.  185.  Delisle,  Les  mss.  du  comte  d'Ashburnham; 
Notice  sur  les  mss.  disparus  de  la  bibliothèque  de  Tours  pendant  la" première  moitié 
du  xixe  siècle  (C.  Paoli  ;  insiste  sur  la  certitude  des  démonstrations  fournies  par 


470  PÉRIODIQUES 

l'éminent  directeur  de  !a  Bibliothèque  nationale.  Termine  en  disant  que  le  refus 
du  gouvernement  anglais  d'acheter  en  bloc,  de  concert  avec  le  gouvernement 
français,  les  mss.  de  lord  Ashburnham,  laisse  le  champ  libre  à  l'Italie  et  exprime 
le  vœu  que  le  gouvernement  italien  fasse  des  démarches  en  vue  de  l'acquisition 
de  la  partie  italienne  de  ces  collections  ')■  —  P.  '88.  Scartazzini,  Dante  in  Ger- 
mania  (Fabio  ;  reconnaît  l'érudition  et  l'utilité  de  cet  ouvrage,  mais  y  trouve 
beaucoup  de  longueurs  et  des  observations  d'un  goût  fort  contestable).  — 
P.  193.  Fr.  Torraca,  Studi  ai  storia  letteraria  napoklana  (A.  Graft.  —  P.  197. 
G.  Biadego,  Da  libri  e  manoscritti  (B.  Morsolin).  —  P.  200.  Naborre  Campa- 
nini,  Note  storichc  e  letterarie  (F.  Novati).  —  P.  203.  K.  M.  Sauer,  Geschichte 
der  italienischen  Litteratur  (R.  Renier;  livre  sans  valeur).  —  P.  212.  Bulletin 
bibliographique.  —  P.  250.  Dépouillement  des  périodiques.  —  P.  269. 
Chronique.  Dans  cette  chronique  est  signalée,  d'après  un  journal  allemand, 
1'  «  importantissima  scoperta  »  faite  par  un  sieur  Benrath  à  Dublin  de  docu- 
ments provenant  du  tribunal  de  l'lnquisi;ion  de  Rome.  Si  je  ne  me  trompe,  ces 
documents  sont  connus  depuis  fort  longtemps2. 

N°  6  (t.  II,  1883).  —  P.  273.  G.  Rondoni.  Laudi  dranunatiche  dei  discipli- 
natidiSienna.  Notice  et  extraits  d'après  un  ms.  de  Sienne  daté  de  1330.  Notons, 
p.  287-93,  un  débat  entre  la  Vierge  Marie  et  la  croix,  sujet  sur  lequel  on  peut 
voir  quelques  textes  dans  la  pré.'ace  de  Daurel  et  Bcton,  p.  Ixiij  et  suiv.  La 
Romania  publiera  prochainement  une  pièce  française  sur  le  même  sujet.  — 
P.  303.  V.  Crescini,  Lettere  di  Jacop)  Corbinelli^  contributo  alla  storia  degli 
studi  romanzi.  On  désirerait  trouver  dans  ce  travail  moins  d'observations  d'un 
caractère  général  et  plus  d'indications  précises  sur  les  lettres  de  Corbinelli  de 
Fauchet  et  de  Dupuy  que  renferme  la  correspondance  de  Pinelli  conservée  à 
FAmbrosienne  (T  167).  Pour  apprécier  l'œuvre  de  Corbinelli,  il  eût  été  bon 
aussi  de  consulter  le  recueil  bien  connu  D  46$  inf.  de  FAmbrosienne,  qui  ren- 
ferme des  notes  de  lui.  —  Variétés  P.  334.  T.  Casini,  Di  una  pocsia  attri- 
buita  a  Dante.  Notice  détaillée  d'un  ms.  appartenant  à  un  particulier  de  Bo- 
logne; la  poésie  (Ser  lippo  amico,  se'  tu  che  mi  leggi)  pourrait,  selon  M.  Casini, 
être  adressée  à  un  certain  Lippo  Pasci  de'  Bardi,  connu  d'ailleurs.  —  P.  344. 
Fr.  Novati,  Salimbene  e  il  vin  buono.  M.  Clédat,  voulant  rectifier  la  leçon  de 
trois  vers  français  allittérés  cités  par  Salimbene,  a  transcrit  d'après  le  ms.  ces 
vers  sous  la  forme  suivante  :  E  bons  e  bels  e  blance,  \  Forte  e  jer,  fin  e  frauble,  | 
Fredo  e  fras  e  f[re]misant  1.  En  reproduisant  cette  leçon  4,  j'ai  fait  remarquer 


1.  Ce  vœu  a  été  entendu.  On  sait  que  le  gouvernement  italien  va  proposer  aux  Cham- 
bres l'acquisition  de  toute  la  collection  Libri,  moins  les  cent  mss.  réd?més  par  la  France, 
et  de  dix  mss  de  Dante  contenus  dans  celle  des  collections  de  lord  Ashburham  qui  est 
connue  sous  le  nom  â'Appendix.  Le  prix  convenu  est  de  575,000  francs.  Voy.  Revue  cri- 
tique, n°  du  16  juin  1884. 

2.  Voir  Caidoz,  Quelques  registres  de  l'Inquisition  soustraits  aux  archives  romaines, 
dans  la  Revue  de  l'Instruction  publique.  16  et  23  mai  1867.  Le  tirage  à  part  de  cet  ar- 
ticle a  été  l'objet  d'un  compte  rendu  dans  l'Hist.  Zeitschr.  de  Sybel,  XVIII  (1867) 
428-9.  Cf.  encore  Th.  Henri  Martin,  Galilée,  1868,  p.  413;  Revue  des  Etudes  juives,  VI 
(1883),  313-4. 

3.  Revue  des  langues  romanes,  3   série,  VIII,  100. 

4.  Romania,  XI,  572. 


PÉRIODIQUES  47I 

qu'elle  était  plus  mauvaise  que  celle  de  l'édition  de  Salimbene  publiée  à  Panne 
en  1857.  D'où  la  conclusion  que  l'éditeur  de  Parme  avait,  sans  le  dire,  corrigé 
le  texte  du  ms.,  ce  qui  m'avait  paru  étrange.  «  En  résumé  »,  disais-je,  nous 
"   ne  sommes  pas  encore  très  au   clair  sur  la  leçon  du    ms.  »   M.  Novati,  de 
son  côté,  assure  que  le  ms.  porte  :  El  vin  bons  e  bels  e  blance,  |  Fort  e  fer  et  fin  e 
franche,  |  Freit:  e  frai  e  formiiant.  La  différence  entre  les  deux  lectures  est  telle 
que  je  crus  devoir  faire  vérifier  ce  passage  sur  le  ms.  du  Vatican.  M.  E.  Lan- 
glois,  membre  de  l'Ecole  de  Rome,  qui  a  bien  voulu  se  charger  de  ce  soin, 
m'informe  que  ces  vers  sont  d'une  lecture  difficile,  l'écriture  ayant  été  soumise 
à  l'action  d'un  réactif  chimique.  Il  croit  lire,  à  peu  près  comme  M.  Clédat,  El 
bons  e  bels  el  danec,  |  Forte  e  fer  e  fin  e  frauble,  \  Fredo  c  fras  c. . . .  miiant.  Au 
premier  vers,  en  face  de  l'inexplicable  dance,  une  main  du  xv°  ou  du  xvic  siècle 
a  écrit  en  marge  blancc.  Il  est  sûr  que  vin  ne  se  trouve  pas  dans  le  ms.  S'il  en 
est  ainsi,  M.  Novati  doit  avoir  fait  sa  collation  avec  une  bien  grande  négligence. 
—  P.  350.  L.  Frati,  Di  alcune  rime  attribuite  al  Pctrarca.  Il  s'agit  des  sonnets 
publiés  en  1859  d'après  un  ms.  de  Munich  par  Thomas,  et  qui  sont  certainement 
postérieurs  à  Pétrarque.  M.  Frati  rappelle  les  travaux  dont  ces  sonnets  ont  été 
l'objet  en  Italie,  mais  il  ne  paraît  pas  savoir  que  dès  1864,  dans  le  Iahrbuch  fiir 
englische  und  romanischc  Literatur  (V,   240-7)  !a  non-authenticité  de  ces  mêmes 
sonnets  avait  été  démontrée  par  C.  Witte.  —  P.    358.   I.  Waisz,  Un  codice 
dantesco  in  Unghena.  Ms.  de  la  traduction  latine  en  prose  de  G.  da  Serravalle, 
daté  de  14:7.  On  n'en  connaissait  jusqu'ici  qu'un  seul  exemplaire  et  incomplet, 
au  Vatican.  —  Comptes  rendus.  P.  367,  Editions  de  la   Vita  nuova  par  d'An- 
cona,  Giuliani,  Luciani  (R.  Renier;  l'édition  Luciani  est  sans  valeur;  celle  de 
Giuliani  a  les  défauts  de  tout  ce  qu'écrivait  ce  savant  consciencieux,  mais  trop 
enthousiaste  et  trop  ami  de  la  rhétorique.  L'édition  de  M.   d'Ancona  se  re- 
commande par  la  haute  valeur  de  son  commentaire.  Une  grande  partie  de  l'ar- 
ticle de  M.  Renier  est  consacré  à  renouveler,  après  M.  Bartoli,  la  vieille  idée 
de  l'allégorie  de  la    Vita  nuova.   M.  R.   ne  m'a  pas  convaincu).  —   P.    395. 
O.  Schultz,  Die  Lebensvcrhaltnissc  de  ilalienischen  Trobadors  (T.  Casini;  compte 
rendu  en  somme  favorable  d'un  travail  qui  a  paru  d'abord  à  part  comme  disser- 
tation de  doctorat,  puis  plus  complet  dans  le  Zcitschrij't  f.  rom.  Phil.,  voir  Re- 
mania, XII,  178).  —  P.  407,  M.  Landau,  die  Quellen  des  Dekameron,  2e  édit. 
(A.  Graf;  observations  détachées;  le  livre  est  décidément  mauvais).  —  P.  410- 
4.  Lamenti  de'  secoli  xiv  e  xv,  publication  d'A.    Medin  (L.  D.).  —  P.   417. 
A.  d'Ancona,  Varietà  storiche  e  letlerarie  (A.  Graf;  justes  éloges).  —  P.  422. 
Bulletin  bibliographique.  Notons  (pp.    422-4)   un  compte   rendu  favorable  des 
Nouvelles  recherches  sur  l'entrée  de  Spagne  de   M.  A.  Thomas.  Le  critique  se 
montre  peut-être  un  peu  trop  sceptique  sur  l'identité  de  Nicolas,  auteur  de  la 
Prise  de  Pampelune,  et  Nicolas  de  Vérone,   auteur  de  la  Passion.  —  P.  442. 
Dépouillement  des  périodiques.  —  P.  466.  Chronique.  M.  Novati  répond  aux 
arguments  produits  par  M.  Clédat  dans  la  Revue  historique  de  janvier  1884  pour 
soutenir  que  le  ms.  de  Salimbene  est  autographe. 

P.  M. 

VI.    —   ARCHIV    FUR    LATEINISCHE     LEXIKOGRAPHIE,    t.    I.    —   P.   35-67. 


472  PÉRIODIQUES 

Grœber,  Sprachquclkn  und  Wortquelkn  des  lateinischen  Wœrtertuchs  ;  l'auteur 
essaie  de  tracer  la  limite  où  s'arrête  l'emploi  du  latin  littéraire  comme  langue 
réellement  vivante,  et  montre  en  même  temps  qu'au  delà  même  de  cette  limite 
le  lexicographe  trouve  pour  le  latin,  sinon  des  «  sources  de  langue  »,  au  moins 
des  «  sources  de  mots».  —  P.  204-254,  Grœber,  Vulgarlattmische  Substratt 
romanischer  Wœrter.  Après  une  introduction  remplie  de  vues  excellentes  sur  la 
possibilité  de  reconstruire  le  latin  vulgaire  d'après  la  comparaison  des  langues 
romanes  et  sur  les  principaux  résultats  auxquels  cette  comparaison  permet 
d'arriver  (je  ne  suis  pas  convaincu  par  l'exposition  de  la  doctrine  sur  -erio 
pour  -ario),  M.  Grœber  commence  un  relevé  alphabétique  de  mots  propres  au 
latin  vulgaire,  attestés  par  l'accord  de  tous  les  dialectes  néolatins  ou  de  plu- 
sieurs d'entre  eux.  Cette  liste,  qui  donne  lieu  à  de  très  intéressantes  remarques 
étymologiques  [andare  est  considéré  comme  =  ambitare;  que  pense  l'au- 
teur du  fr.  aler?),  se  termine  provisoirement  au  mot  buttis;  espérons  que 
la  continuation  ne  s'en  fera  pas  attendre.  Elle  fournira  à  la  lexicographie 
romane  une  base  dont  tout  le  monde  aujourd'hui  sent  le  besoin. 

G.  P. 

Vil.  —  Nordisk  Tidskrift  for  Filologi.  Ny  raekke,  VI.  —  P.  234-245. 
Vising,  Quelques  cas  </'umlaut  en  u  en  français  lamus  :  ons,  avu  :  ou  [0]).  Dans 
la  première  partie  de  cette  intéressante  étude,  l'auteur  essaie  de  montrer  que 
-amus  s'est  changé  en  -ons  à  cause  de  l'influence  exercée  sur  Va  par  Vu  atone, 
voyelle  labiale  suivant  une  consonne  labiale.  Le  rapprochement  avec  clavus  == 
clous  n'est  pas  justifié,  la  difficulté  opposée  par  le  traitement  différent  de  amo, 
ramus  est  expliquée  d'une  façon  plus  ingénieuse  que  convaincante,  et  je  ne  vois 
aucune  raison  de  renoncer  à  l'explication  analogique  (influence  de  su  m  us)  que 
j'ai  adoptée  après  Diez  et  à  laquelle  M.  V.  ne  fait  pas  d'objections  solides  '.  — 
La  seconde  partie  traite  de  formes  comme  Anjou  =  Andegavo  ,  oi  =  habui, 
etc.  ;  M.  V.  y  voit  d'autres  exemples  de  Vumlaut  de  l'a  en  u  par  l'influence  de 
labiales  suivantes;  j'expliquerais  tous  ces  faits  autrement  (je  crois  que  Vo  de  ces 
mots  a  passé  par  au,  cf.  le  provençal),  mais  la  discussion  de  ce  point  me  mè- 
nerait trop  loin.  M.  V.  annonce  des  recherches  ultérieures;  elles  mériteront 
certainement,  comme  celles-ci,  l'attention  des  phonétistes. 

G.  P. 


1.  En  passant,  M.  V.  oppose  à  mon  hypothèse  sur -ier  =  ario  (Rom.,  IX,  619)  la  re- 
marque que,  d'après  la  phonétique  pure,  -iario  devrait,  en  passant  par  -kir,  aboutira 
-ir,  comme  lecto,  en  passant  par  liât,  aboutit  à  lit  (et  surtout,  ajouterai-je,  comme 
cacat  aboutit  à  chic,  Paciaco,  etc.,  à  Paci,  etc.;.  Cette  objection,  que  m'avait  déjà 
faîte  oralement  M.  A.  Darmesteter,  est  très  sérieuse,  et  je  ne  suis  pas  en  état,  pour  le  mo- 
ment, d'y  faire  une  réponse  satisfaisante.  Le  cas  d'integro  devenu  entier  ne  peut  être 
allégué,  car  on  trouve  très  souvent  au  moyen  âge  entir  (bien  entendu  en  dehors  des 
textes  qui  changent  ordinairement  U  en  i),  et  entier  me  paraît  dû  à  l'analogie  des  mots  si 
nombreux  qui  ont  le  suffixe  -icr.  M.  Groeber^  Voy.  ci-dessus,  même  page)  n'adopte  pas  mon 
hypothèse  ;  mais  dans  ce  qu'il  dit  à  ce  sujet,  il  oublie  ce  qui  «T'oit  être  le  point  central  de 
toute  discussion  sur  le  sort  de  -ario,  -aria,  à  savoir  la  différence  de  traitement  qui 
existe  entre  vario,  paria  et  les  mots  où  -ario,  -aria  sont  des  suffixes.  Quelle  que 
oit  la  solution  du  problème,  il  est  certain  qu'elle  sera  fournie  par  cette  circonstance. 


PÉRIODIQUES  475 

VIII. —  Miscellanea  di  Storia  Patria,  édita  per  cura  délia  Regia  deputa- 
zionedi  Storia  patria. t.  XXII  |2I>  série,  t. VIL;  1884.—  P.  11-248,  P.Vayra,  In- 
ventari  dci  Castellidi  Ciambcri,  di  Torino  e  di  Ponte  d'Ain,  1497  8  (lisez  1498-9). 
Ces  inventaires,  tous  faits  à  l'avènement  de  Philibert  II,  duc  de  Savoie,  sont 
au  nombre  de  huit.  L'éditeur  a  donné  aux  articles  dont  ils  se  composent  une 
numérotation  continue.  En  voici  le  détail  :  I.  Inventaire  des  livres  du  château 
de  Chambéri  (art.  1-692).  Les  298  premiers  articles  seulement  concernent  la 
bibliothèque,  qui  étaient  placées  dans  des  coffres,  le  reste  se  compose  d'objets 
d'ameublement  et  d'armes.  II.  Inventaire  du  mobilier  de  la  chapelle  du  château 
de  Chambéri  (art.  693-894).  On  y  voit  mentionnés  quelques  livres,  notamment 
des  heures.  III.  Inventaire  de  la  chapelle  du  château  du  duc  Philibert  II  à 
Turin  (art.  895-1072).  Il  y  a  des  reliques  et  (art.  1063-72)  quelques  livres 
d'église.  IV.  Inventaire  du  trésor  trouvé  dans  la  crypte  de  la  tour  du  château 
de  Turin- (art.  1073-1221).  V.  «  Les  bagues  qui  sont  entre  les  mains  de  Ma- 
dame Blanche  '  »  (art.  1222-1271).  VI.  Inventaire  delà  garde-robe  du  château 
de  Turin  (art.  1272-1346).  VII.  Inventaire  du  mobilier  du  château  de  Turin 
(art.  1347-1368).  VIII.  Inventaire  des  meubles  du  château  de  Pont-d'Ain  2  (art. 
1369-1630).  Les  mots  ou  formes  difficiles  sont  expliqués  soit  dans  le  texte, 
entre  parenthèses,  par  la  forme  correspondante  en  français  moderne,  soit  en 
note,  soit  enfin  dans  un  copieux  glossaire  qui  occupe  les  pp.  213-23  de  la  pu- 
blication. L'éditeur  a  surtout  fait  usage  de  Du  Cange,  de  Viollet-Le-Duc,  des 
Recherches  sur  la  soie  de  M.  Fr.  Michel,  du  Glossaire  des  émaux  du  marquis  de 
Laborde,  des  Mémoriaux  du  roi  René,  publiés  par  M.  Lecoy  ;  il  ne  paraît  pas 
avoir  connu  les  Comptes  de  l'argenterie  de  Douët  d'Arcq  dont  il  aurait  pu  tirer 
bon  parti.  Quel  que  soit  le  soin  avec  lequel  l'édition  de  ces  fort  curieux  inven- 
taires ait  été  conduite,  il  reste  encore  bien  des  obscurités  causées  soit  par  l'in- 
correction des  textes,  soit  par  des  fautes  de  copie.  Ce  qui  m'a  le  plus  intéressé 
est  l'inventaire  des  livres  où  figurent,  comme  l'a  remarqué  l'éditeur  en  plu- 
sieurs de  ses  notes,  un  bon  nombre  de  manuscrits  actuellement  conservés  à 
Turin.  Voici  quelques  remarques  sur  cette  partie  de  la  publication  de  M.  Vayra. 
Nos  13  et  51,  l'ouvrage  en  vers  commençant  par  «  Le  Père  et  le  Filz  »  est 
certainement  le  testament  de  Jean  de  Meun.  N°  34,  l'.4rr  d'amours  commençant 
par  «  A  vous...  »  doit  être  identique  à  l'ouvrage  contenu  dans  le  manuscrit  Bibl. 
nat.  ir.  611.  N°  39,  l'incipit  /  extra  de  costiti  est  bien  corrompu;  il  faut  peut- 
être  restituer  Lex  tertia...  N°  50,  le  gros  livre  commençant  par  «  Quant  Dieu 
eust  fait  le  ciel...  »  ne  peut  être  que  la  compilation  connue  sous  le  nom  de  livre 
d'Orose,  qui  n'a  pas  du  tout  pour  auteur  un  Italien,  comme  le  dit  en  note  l'édi- 
teur ;  voy.  Bibl.  nat.,  fr.  39,  64,  246,  etc.  N"  70  «  ung  livre  en  papier...  Rot 
a  sin  roc,  et  auprès  escript  Le  blanc  trayen.  »  C'est  un  traité  du  jeu  d'échecs; 
je  lirais  afin,  ouaufin,  au  lieu  d'asin.  N-  1  19  «  Entre  Normendie  et  Bretaigne  » 
est  le  début  du  Chevalier  au  barisel  (Barbazan-Méon,  I,  208)  par  lequel  préci- 


1.  Blanche  de  Moniferrat,  veuve  de  Charles  1er,  duc  de  Savoie,  mort  en  148g. 

2.  Chef-lieu  de  canton  de  l'arrondissement  de  Bourg. 


474  PÉRIODIQUES 

sèment  commence  le  plus  connu  de  nos  recueils  de  fableaux,  Bibl.  nat.  fr.  837. 
Faut-il  conclure  à  l'identité?  Je  n'oserais  l'affirmer;  toutefois  il  y  a  une  pré- 
somption favorable,  c'est  que  le  manuscrit  837  paraît  avoir  été  vu  par  Fauchet, 
et  tel  est  aussi  le  cas  d'un  autre  manuscrit  du  même  inventaire,  comme  on  le 
verra  un  peu  plus  loin.  N°  158,  «Tabula  epistoiarum  et  evangelliorum  domini 
caluini  »,  lis.  dominicalium .  N°  227,  «  Ung  livre  moyen  en  papier  escript  à  la 
main,  par  vers,  viel  expagniol,  commençant:  Cel  que  volet  roman: at.  »  C'est  la 
vie  de  S.  Honorât  de  R.  Feraut.  N°  234,  le  moyen  livre...  en  françois,  par 
vers,  commençant  :  Roman  de  Sapience,  est  l'œuvre  bien  connue  d'Herman  de 
Valenciennes.  Je  ne  pense  pas  que  ce  «  moyen  livre  »  puisse  être  identifié  avec 
l'énorme  manuscrit  L.  II.  14  de  la  Bibl.  nat.  de  Turin,  qui  commence  par  ce 
même  ouvrage.  N°  258,1e  «  gros  livre  en  papier,  traictant  des  fais  d'Alixandre... 
commençant  A  treshault  et  trespiussant...  »,  n'est  pas  ce  que  suppose  l'éditeur; 
c'est  indubitablement  le  Quinte-Curce  de  Vasque  de  Lucène  ;  voy.  Bibl.  nat., 
fr.  47.  N°  277,  «  ung  aultre  livre  en  papier,  en  françois,  en  risme,  escript  a  la 
main,  intitulé  Gallien  le  Restorez.  commençant:  Seigneurs...  »  Ce  serait  un  se- 
cond exemplaire,  maintenant  perdu  ou  ignoré,  du  poème  que  nous  a  conservé 
un  manuscrit  de  la  collection  Thomas  Phillipps,  et  sur  lequel  voy.  G.  Paris,  Ro- 
mania,  XII,  5.  N°  286,  «Ung  gros  livre  en  parchemin,  escript  a  la  main  en 
françoys,  viel  langaige,  le  calandrier  tout  devant,  intitulé  le  romain  du  roy 
Alexandre,  historié  et  illuminé  d'or  et  azur,  commençant  Si  vero  de  rite  his- 
torié. »  Il  n'est  pas  difficile  de  restituer  le  début  de  l'Alexandre  de  Lambert  le 
Tort  et  Alexandre  de  Paris:  Ki  vers  de  riee  historié.  Je  ne  connais  qu'un  ma- 
nuscrit de  ce  roman  où  le  texte  soit  précédé  d'un  calendrier,  c'est  le  manuscrit 
Bibl.  nat.,  fr.  786,  qui  s'est  trouvé  au  xvi"  siècle  entre  les  mains  de  Fauchet  '. 
Ce  manuscrit  répondrait  assez  bien  à  la  description  de  l'inventaire.  N°  290  «  Le 
gouvernement  du  roy,  lequel  fist  couste  au  roy  Alexandre,  commençant  :  A 
tresexcellent  son  seigneur...»  Je  pense  que  couste  doit  être  lu  Aristotc.  C'est  la 
version  du  Secretum  secretorum  dont  nous  avons  plusieurs  manuscrits,  par  ex. 
Bibl.  nat.  fr.  571,  fol.  123.  N°  298,  «  Ung  aultre  livre  en  papier,  escript  a  la 
main,  traitant  d'aucuns  exemples,  commençant:  En  l'an  M.  iijc  Ix.  »  »  C'est  le 
livre  du  chevalier  de  La  Tour  Landri,  dont  il  existe  à  la  Bibl.  nat.  de  Turin 
un  manuscrit  exécuté  en  1472  dans  la  vallée  d'Aoste  (L.  V.  13,  catal.  de  Pa- 
sini,  II,  459).  —  P.  299-375,  F.  E.  di  Saint  Pierre,  Documenti  inediti  sulla 
casa  di  Savoya.  Ces  documents  sont  :  I.  Un  fragment  d'une  chronique  latine  in- 
connue, tiré  d'un  manuscrit  du  xivc  siècle  ;  ce  morceau,  qui  a  tout  l'air  d'être 
abrégé  d'nne  chanson  de  geste  ou  au  moins  d'un  chronique  en  langue  vulgaire, 
se  rapporte  à  l'histoire  des  premiers  comtes  de  Savoie  jusqu'au  milieu  du 
xiie  siècle.  II.  Etrennes  données  par  ordre  du  duc  de  Savoie  Louis  Ier,  le  pre- 
mier jour  de  l'an  1445.  Parmi  les  objets  offerts  à  titre  d'étrennes,  figurent,  outre 
les  anneaux,  chaînes,  aiguières  et  autres  objets  précieux,  une  grande  quantité 
de  bonnets  (neuf  douzaines^,  des  bourses,  des  «  forces  »  de  Toulouse  dorées 


1.  Voy.  Romania,  XI,  264. 


PÉRIODIQUES  47^ 

(n°  31).  III.  Prières,  en  forme  de  lettres  à  la  Vierge,  composées  en  1471  et 
1472,  par  Yolande  de  France,  fille  de  Charles  VII,  femme  d'Amédée  IX,  comte 
de  Savoie.  IV.  Etat  des  dépenses  faites  «  tant  en  morisques,  momeries,  entre- 
mès,  viandes,  couverts  »,  pour  un  banquet  donné  à  Chambéri  le  1 5  dé- 
cembre 1476,  par  la  duchesse  de  Savoie,  alors  régente;  beaucoup  de  mentions 
très  intéressantes.  V.  Inventaire  des  livres  et  objets  précieux  existant  à  Monca- 
'ieri.  1479.  Cet  inventaire,  exécuté  après  la  mort  de  la  duchesse  Yolande,  est 
intéressant,  parce  qu'il  contient  une  partie  des  livres  qui  figurent  en  1498  sur 
l'inventaire  des  livres  du  château  de  Chambéri  publié  par  M.  Vayra.  Malheu- 
reusement il  est  si  sommaire  que  bien  des  identifications  restent  douteuses. 
Voici  cependant  une  concordance  approximative  des  deux  inventaires  : 

'479       '49^ 

Agnel  rosty 81  =  112 

Barlaam  et  Josaphat  (mystère) 85  =  65 

Bible  française '3,5'  —  20,  66? 

Boccace  en  français 17  :=:  2  3  ? 

—  Decameron 43  —  2 1 

—  Filocolo 75  zr  92 

Boèce,  de  consolation 88  ==  57 

Dante,  Comédie 47  rz  43  ou  243 

Destruction  de  Jérusalem,  par  personnages 3  5  zz  6 

Dupin  (Jehan)  Mandevie 40  zz  26 

Guillaume  de  Tignonville,  Dits  moraux  des  philosophes.  70  zz  2? 

Jean  de  Meun,  Rose 78  zz  8 

—  Testament 57—   '3 

Jeu  d'échecs 20  zz  7  ? 

Senèque,  épitres 29  zz  12? 

Trois  Maries  (les) 1 8  =:  3 

Valère  Maxime,  traduit  en  français 28  zz   118 

Vie  des  Pères  ' 89  zz  19 

La  Savoie  et  le  Piémont  sont,  à  la  fin  du  xve  siècle,  la  région  où  se  trouvent 
en  contact  la  littérature  française  et  la  littérature  toscane.  La  première  a  en- 
core décidément  la  suprématie.  La  Toscane  n'étant  représentée  que  par  la 
Divine  Comédie,  le  Decameron  et  le  Filocolo. 

L'intéressante  publication  de  M.  de  Saint-Pierre  se  termine  par  une  relation 
vénitienne  sur  les  funérailles  de  Louise  de  Savoie  (1531)2. 

P.  M. 


1.  L'inventaire  publié  par  M.   Vayra  donne  i'incipit  Ayde  Dieu.  C'est  donc  un  ma- 
nuscrit de  l'ouvrage  étudié  ci-dessus,  pp.  233  et  suiv.,  par  M.  Schwann. 

2.  La  publication  de  M.   de  Saint-Pierre  et  celle  de  M.  Vayra  ont  été  tirées  à  part 
(Turin,  Bocca  frères). 


476  PÉRIODIQUES 

IX.—  Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée.  Sixième  série,  t.V,  1884,  janvier. 
—  P.  18-35,  ^a  Villemarqué,  V Histoire  légendaire  des  Bretons.  M.  de  La  Ville- 
marqué  produit  une  lettre  de  M.  de  La  Borderie  à  propos  de  sa  publication  ré- 
cemment discutée  ici  (XII,  367),  dans  laquelle  il  cite  un  passage  de  la  Vie  de 
saint  Gouëznou,  passage  qu'il  n'avait  pas  communiqué  dans  son  mémoire,  et  qui 
pénible  bien  prouver,  contrairement  à  mon  opinion,  que  cette  Vie  est  celle  dont 
parle  Albert  le  Grand,  et  qui  a  été  composée  en  1019.  Il  résulterait  de  cette 
démonstration  que  (sans  parler  de  Conan  Mériadec!  Corineus  et  les  victoires 
d'Arthur  en  Gaule  n'ont  pas  été  introduits  pour  la  première  fois  dans  la  litté- 
rature historique  par  Gaufrei  de  Monmouth  et  figuraient,  dès  le  commencement 
du  xie  siècle,  dans  un  ouvrage  quelconque  auquel  le  biographe  de  saint  Gouëznou 
renvoie  sous  la  vague  désignation  à'historia  Britannica.  Ce  serait  là  un  résultat, 
comme  je  le  disais  en  le  contestant,  d'une  nouveauté  et  d'une  importance  réelles 
pour  l'histoire  littéraire  ;  mais  il  a  encore  besoin  d'être  mieux  établi.  M.  Loth 
a  fait  remarquer  que  la  forme  Goeznovcus  ne  pouvait  guère  être  aussi  ancienne 
que  1019  (voy.  Rom.,  XII,  629),  et  dès  lors  on  peut  se  demander  si  la  Vita 
Goeznovei,  écrite  par  Guillaume  en  1019,  n'a  pas  été  interpolée,  ou  encore  si  la 
date  de  1019  n'est  pas  une  faute,  et  si  l'Eudon,  évêque  de  Léon,  à  qui  la  Vita 
est  dédiée,  ne  vivait  pas  plus  tard,  etc.  Tout  en  reconnaissant  l'intérêt  du  texte 
que  fait  connaître  M.  de  La  V.,  je  crois  donc  devoir  réserver  encore  ma  con- 
clusion, en  appelant  sur  ce  point  l'attention  des  critiques  et  tout  particuliè- 
rement de  MM.  de  La  Borderie  et  Loth.  —  M.  de  La  V.  montre  ensuite  que 
le  mot  Britannia[a  été  pris,  au  moins  par  un  auteur  du  ixe  siècle,  dans  le  sens 
de  «  la  partie  restée  celtique  de  l'Angleterre  »,  opposée  à  Saxonia  ;  mais  cet 
usage  est  inconnu  de  Gaufrei  de  Monmouth,  et  je  crois  que  mon  interprétation 
du  fameux  passage  ex  Britannia  advexit  est  encore  la  plus  vraisemblable. 

G.  P. 

X.  —  Lyon-Revue,  30 avril  1884. —  P.  195-212.  E.  Philipon,L//î  Lyonnais  à 
Paris  au  xiv°  siècle.  Ce  Lyonnais  est  un  certain  Jean  de  Durche  qui  fut,  en  1384, 
chargé  par  le  consulat  de  Lyon  d'aller  à  Paris  suivre  certaines  affaires  litigieuses 
qui  étaient  pendantes  devant  le  Parlement.  La  pièce  que  publie  M.  Philipon  est 
le  compte  des  dépenses  faites  par  ce  mandataire.  C'est  un  document  bien  inté- 
ressant à  divers  égards.  L'économiste,  l'historien  de  nos  institutions  judiciaires. 
le  philologue  trouverait  également  profit  à  le  consulter.  Les  honoraires 
alloués  à  Jean  de  Durche  par  la  ville  s'élèvent  à  un  franc  pour  les  trois  jours  : 
ses  frais  de  voyage  sont  taxés  à  trois  francs  pour  chaque  trajet.  Naturellement 
son  traitement  d'un  tiers  de  franc  par  jour  ne  se  cumule  pas  avec  les  frais  de 
voyage.  Il  dut  mettre  dix  jours  au  plus  à  franchir  les  500  kil.  qui  séparent  Lyon 
de  Paris  ',  car,  parti  le  9  avril  1384,  veille  de  Pâques,  il  était  déjà  en  affaire  à 
Paris  le  20  avril.  Nous  avons  le  compte  exact  de  ce  qu'il  a  dépensé  en  gratifi- 


i.  On  pouvait  en  ce  temps  venir  de  Lyon  à  Paris  en  huit  jours.  Voy.  Lot,  Des  frais  de 
justice  au  xiv   siècle,  dans  la  Bibl.  de  l'École  des  Chartes.  XXXIII,  229. 


PÉRIODIQUES  477 

cations  de  toutes  sortes,  pour  hâter  l'expédition  des  arrêts  ou  obtenir  un  peu 
de  diligence  des  gens  d'affaires.  En  fait  d'épices,  nous  le  voyons  se  mettre  sur- 
tout en  frais  de  confitures  dont  le  prix  est  énorme,  car  nous  le  voyons  payer 
quatre  francs  six  livres  de  confitures  «  chiés  Doucet  qui  demoret  ou  cuyn  de  la 
rua  de  la  Calandra.  »  Actuellement  six  livres  de  confitures,  achetées  au  même 
endroit,  coûteraient  tout  au  plus  la  même  somme;  le  sucre,  et  surtout  la  gly- 
cose,  sont  à  si  bon  marché  !  Les  personnages  que  voit  Jean  de  Durche,  à  qui  il 
donne  des  promptes  ou  à  qui  il  offre  à  boire,  sont  souvent  des  hommes  connus 
d'ailleurs,  ainsi  Jean  Canart1,  Hugues  Bonsoles 2,  Guillaume  de  Sens  qui 
mourut  premier  président  au  Parlement  >,  Pierre  l'Orfèvre,  qui  était  l'avocat 
attitré  de  la  ville  4,  Jean  Jouvence,  greffier  du  Parlement  S,  etc.  L'état  de  dé- 
penses fourni  par  Jean  de  Durche  est  écrit  dans  une  langue  mixte  :  c'est  au  fond 
le  dialecte  lyonnais,  mais  altéré  par  l'introduction  de  beaucoup  de  formes  fran- 
çaises. M.  Ph.  a  complété  son  intéressante  publication  par  un  bon  dépouil- 
lement des  faits  concernant  la  phonétique  qu'offre  le  texte  édité.  M.  Philippon 
a  fait  du  dialecte  lyonnais  une  étude  spéciale,  et  nous  a  adressé  plusieurs  docu- 
ments écrits  en  ce  dialecte  et  accompagnés  d'un  mémoire  linguistique.  Ce  travail 
paraîtra  dans  notre  prochain  numéro. 

P.  M. 

XL  —  Lo  Studente  Magliese,  rivista  scolastica,  marzo-aprile,  1884.  — 
P.  69-72,  Orlando  de  Domo,  Voci del  dialctto  magliese;  notes  sur  quelques  mots 
assez,  intéressants  du  parler  de  Maglie  (entre  Lecce  et  Otrante). 

XII.  —   SlTZUNGSBERICHTE    DER    KŒNIGL.    PREUSSISCHEN    AKADEMIE    DER 

Wissenschaften,  t.  XXVII  ( 1 884),  p.  605-620  (séance  du  8  mai).  —  Tobler, 
Le  Manuscrit  de  Berlin  de  Huon  d'Auvergne  ;  ce  manuscrit  a  sur  les  deux  autres, 
dont  il  diffère  d'ailleurs  beaucoup,  l'avantage  d'être  daté:  il  a  été  écrit  en  1 3 40- 
1341  par  un  certain  Nicolas  Trombcour,  en  sorte  qu'il  est  plus  ancien  que  le 
manuscrit  de  Padoue  et  antérieur  d'un  siècle  au  manuscrit  de  Turin.  C;  ma- 
nuscrit, qui  provient  de  la  collection  Hamilton,  a  appartenu  auxGonzague; 
c'est  le  n°  21  du  catalogue  que  nous  avons  publié  (IX,  508).  M.  Tobler  en 
donne  d'assez  longs  spécimens. 

XIII.  —  Revista  scientifica,  i°  anno,  1882.  —  Nos  ;i  et  12,  p.  512 
et  561,  Coelho,  As  supersliçôes  portuguezas,  travail  plein  d'intérêt  et  de  bonne 
critique,  comme  tout  ce  que  fait  l'auteur. 


1.  Voy.  Tuetey,  dans  les  Mélanges  historiques  (Doc.  inéd.j,  20  série,  III,  383. 

2.  lbid.,  259. 

h  lbid.,  3J5-  47  5- 

4.  Lût,  1.  1.,  p.   580. 

5.  Tuetey,  p.  604. 


478  PÉRIODIQUES 

XIV. —  Revue  Critique,  janvier-juin  '.  Art.  28.  Caspari,  Martin  vonBracara's 
Schrift  De Correctione  rusticorum  Ç¥.).  —  $2.  Behaghel,  Hcinrichs  von  Veldeke. 
Enéide  (Bossert).  —  57.  Tamizey  deLarroque,  Voyage  à  Jérusalem  de  Philippe  de 
Montaut  (Picot:  le  critique  imprime  des  extraits  d'une  intéressante  plaquette  rela- 
tive à  Malchus;  cf.  ci-dessous,  p.  49 1  ).  —  93 .  Gay,  Glossaire  archéologique  du  moyen 
âge  et  de  la  Renaissance,  1-2  (De  Curzon  :  ouvrage  qui  rendra  de  grands  ser- 
vices). —  112.  Haller,  Altspanische  SprichwSrter,  II  (Morel-  Fatio). 

XV.  —  Literarisches  Centralblatt,  janvier-juin.  —  N°  5,  Grùnwald,  Zur 
romanischen  Dialektologie,  II.  —  7,  Neubaur,  Die  Sage  vem  ewigen  Juden  (je 
saisis  l'occasion  de  m'associer  aux  éloges  donnés  à  ce  travail  excellent).  —  10, 
Diez,  Die  Poésie  der  Troubadours,  hgg.  von  Bartsch  ;  Wedgwood,  Contested 
etymologies  in  the  Dictionary  of  Skeat  (utile).  —  14,  Marx,  Hùlfsbùchlein  fiir  die 
Aussprache  der  lateinischen  Vocale  in  positionsla.ngen  Silben.  —  Murray,  .4  new 
English  Dictionary,  I  (œuvre  hors  ligne).  —  15,  Kinzel,  Zwei  Recensionen  der 
Vita  Alexandri  (voy.  ci-dessus,  p.  435).  —  16,  Rolland,  Recueil  de  chants  popu- 
laires, I  (très  digne  d'éloge);  Haller,  Altspanische  Sprichwôrter,  II.  —  17, 
Kcerting,  Die  An j ange  der  Renaissanceliteratur  in  Italien,  I.  —  Stengel,  Ausgaben 
und  Abhandlungen,  VIII-IX. 

XVI.  —  Deutsche  Literaturzeitung,  janvier-juin.  —  N"  13,  Gartner. 
Rhâtoromanische  Grammatik  ;  Stengel,  Erinnerungsworte  an  Diez.  —  16,  Koerting, 
Encyklopaedie  der  romanischen  Philologie,  I  (Fcerster  :  très  favorable).  —  19, 
Appel,  De  génère  neutro  intereunte;  Murray,  A  new  English  Dictionary,  I  (Zupitza  : 
ouvrage  qui  laisse  bien  loin  en  arrière  tout  ce  qui  a  été  fait  jusqu'à  présent); 
Meyer,  Der  Aberglaube  der  Mittelalbers  (peu  profond). 


1.  Notons  dans  le  n°  1,  une  «  correspondance»  sur  la  possibilité,  en  français, 
du  changement  de  t  initial  en  d  ;  dans  le  n°  2,  une  «  variété  »  sur  les  noms  des  rois 
mages  ;  dans  les  n"5  6  et  14  des  «  variétés  »  sur  le  nom  Chanzy ;  dans  la  n°  J,  le 
compte  rendu  des  thèses  de  M.  Loth,  dans  le  n"  20  de  celles  de  M.  Thomas;  dans  le 
n"  25,  une  note  sur  l'acquisition  par  l'Italie  d'une  partie  des  manuscrits  Ashburnham; 
dans  le  rr  26,  une  jolie  petite  chanson  du  xvi  siècle  publiée  par  M.  Tamizey  de 
Laroque. 


CHRONIQUE. 


Nous  apprenons  au  dernier  moment,  avec  un  profond  regret,  la  mort  de 
notre  éminent  ami  et  collaborateur  D.  Manuel  Milâ  y  Fontanals.  Nous  n'avons 
aucun  détail  à  ajouter  à  cette  information.  Nous  consacrerons  dans  notre  pro- 
chain numéro  une  courte  notice  à  la  vie  et  aux  travaux  du  savant  professeur 
de  Barcelone. 

—  Le  1 1  janvier  de  cette  année  est  mort  à  Florence,  à  l'âge  de  66  ans,  l'abbé 
G.  B.  Giuliani,  titulaire,  depuis  1860,  delà  chaire  créée  à  l'Institut  des  études 
supérieures  de  Florence  pour  l'exposition  de  la  Divine  Comédie.  On  peut  dire 
que  Giulani  a  consacré  sa  vie  entière  à  l'étude  de  Dante.  Il  n'a  publié  que 
quelques  parties  de  son  immense  commentaire  sur  la  Divine  Comédie,  mais  il  a 
donné  des  éditions  richement  annotées  de  la  Vita  nuova,  du  Canzoniere,  du  Con- 
vivio  et  des  œuvres  latines.  On  sait  que  son  principe  était  que  les  écrits  de 
Dante  devaient  être  expliqués  par  le  rapprochement  des  passages  analogues  du 
même  auteur  ;  c'est  ce  qu'il  a  exprimé  parla  formule  Dante  spiegato  con  Dante 
qu'on  trouve  imprimée  en  tête  de  la  plupart  de  ses  éditions.  Il  y  a  quelques  ré- 
serves à  faire  tant  sur  la  nouveauté  que  sur  la  valeur  absolue  de  ce  système 
d'interprétation.  En  principe,  le  procédé  qui  consistée  rapprocher  d'un  passage 
difficile  tous  les  passages  du  même  écrivain  où  la  même  idée  est  exprimée,  ne 
peut  qu'être  approuvé.  Mais  on  peut  dire  que  ce  procédé  a  été  employé,  dans 
une  mesure  variable,  par  tous  les  commentateurs  de  Dante.  D'autre  part,  se 
cantonner  exclusivement  dans  les  œuvres  du  poète,  comme  si  un  poète,  si  grand 
qu'il  soit,  pouvait  être  isolé  du  monde  où  il  a  vécu  et  des  écrivains  qui  l'ont 
précédé,  c'est  se  priver  de  bien  des  lumières.  Trop  souvent,  par  l'application 
exclusive  de  son  système,  Giuliani  aboutit  à  entasser  les  uns  sur  les  autres  les 
passages  obscurs,  plutôt  qu'à  les  éclaircir.  On  a  pu  aussi  lui  reprocher,  non 
sans  quelque  raison,  un  goût  exagéré  pour  la  rhétorique.  C'était  le  défaut  du 
temps  où  i!  avait  commencé  ses  études.  Enfin  on  a  pu  constater  que  ses  textes 
n'étaient  pas  établis  avec  une  appréciation  suffisamment  exacte  des  manuscrits. 
Quoi  qu'il  en  soit,  on  ne  peut  nier  que  Giuliani  ait  été  une  figure  originale  et 
qu'il  a:.t,  par  ses  écrits  et  par  son  enseignement,  contribué  pour  une  large  part  au 
développement  des  études  dantesques  en  Italie  et  à  l'étranger. 

—  Dans  sa  séance  du  23  mai,  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  a 
décerné  le  prix  fondé  par  le  marquis  de  La  Grange  pour  l'édition  d'un  ancien 


480  CHRONIQUE 

texte  poétique  français  au  Recueil  des  motets  français  des  xnc  et  xme  siècles. 
publié  par  M.  Raynaud  'cf.  ci-dessous,  p.  485). 

—  M.  Gilliéron,  répétiteur  à  i'Ecole  des  hautes  études,  a  reçu  du  Ministère 
de  l'Instruction  publique  une  mission  à  l'effet  de  poursuivre  ses  études  sur  les 
patois  de  langue  d'oïl.  Il  compte  explorer  cette  année  une  partie  de  la  Nor- 
mandie méridionale. 

—  Nous  extrayons  du  Rapport  de  la  section  des  sciences  historiques  et  philo- 
logiques de  l'Ecole  des  hautes  Etudes  pour  1882-83  le  passage  relatif  à  la  con- 
férences des  langues  romanes  (G.  Paris  et  J.  Gilliéron )  qui  nous  semble  pouvoir 
intéresser  nos  lecteurs. 

Conférences  de  M.  Paris. 

M.  Paris  a  fait  deux  conférences  par  semaine,  les  lundis,  à  2  heures,  et  les 
dimanches,  à  10  heures.  Cette  dernière  conférence  a  eu  lieu  chez  lui  (rue  de 
Varenne,  n°  11). 

L'objet  de  la  première  conférence  était  la  critique,  faite  par  les  élèves,  des 
travaux  les  plus  récents  dans  le  domaine  des  langues  et  des  littératures  romanes. 
Sauf  MM.  Orsier  et  Matskassy,  qui  ont  quitté  la  conférence  à  Pâques,  tous  ceux 
qui  y  prenaient  part  ont  remis  eux-mêmes  un  travail,  plusieurs  deux,  et  tous  ces 
travaux,  exécutés  avec  intelligence  et  conscience,  ont  été  discutés  parles  mem- 
bres de  la  conférence  et  le  Directeur.  Voici  les  ouvrages  dont  il  a  été  ainsi  rendu 
compte,  avec  les  noms  de  ceux  qui  les  ont  examinés  :  quelques  travaux  ne  sont 
pas  des  comptes  rendus. 

M.  Langlois  :  Etude  critique  sur  deux  fragments  de  chansons  de  geste  [As- 
premont  et  Otinel)  découverts  à  Mende. 

M.  van  Hamel  :  Engelmann,  Etude  sur  l'histoire  des  voyelles  nasales  en 
français. 

M.  Huet:  Raynaud,  Motets  français  publiés  d'après  le  manuscrit  de  Mont- 
pellier, t.  I. 

M.  Rey  :  1°  Rossmann,  La  diphtongue  oi  en  français;  2°  Vising,  Le  dialecte 
anglo-normand. 

M.  Hauskxecht  :  Crescini,  le  Filocopo  de  Boccace  comparé  à  Flore  et  Blan- 
che flor. 

M.  BlANU  :  Reimann,  La  déclinaison  en  langue  d'oc. 

M.  Fath  :  Mirisch,  Histoire  du  suffixe  -olus. 

M.  Taverxey  :  i°  Thurneysen,  Le  verbe  être  en  français;  —  20  Bijvanck. 
François  Villon. 

M.  Todd  :  i°  Etude  sur  le  roman  inédit  de  Guillaume  de  Dole  ;  —  2"  Etude 
sur  le  roman  inédit  de  la  Panthère. 

M.  Graxd  :  Nissen,  Les  pronoms  conjoints  en  ancien  français. 

La  seconde  conférence  a  été  consacrée  à  l'examen  critique  des  diverses  ver- 
sions de  Fierabras.  Outre  la  lecture  des  textes  en  français  et  en  provençal,  les 
élèves  ont  fait  et  remis  plusieurs  travaux,  dont  voici  l'énumération. 

M.  Langlois:  Le  traducteur  provençal  et  son  modèle;  comment  il  a  com- 
pris sa  tâche. 

M.  Bougekot  :  Les  rimes  de  Fierabras. 


CHRONIQUE  481 

M.  van  Hamel  :  Rapport  linguistique  des  versions  provençale  et  française. 

M.  Huirr  :  La  destruction  de  Rome  et  son  rapport  avec  le  Ficrabras. 

M.  Rey  :  L'épisode  propre  au  provençal  est-il  original? 

M.  Hausknecht  :  Les  versions  anglaises  de  Furabras. 

M.  Bianu  :  La  version  italienne  de  Ficrabras. 

Plusieurs  des  membres  de  la  conférence  sont  occupés  de  travaux  personnels. 
M.  van  Hamel  imprime  pour  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  les  œuvres  du  Reclus  de 
Molli ru  ;  M.  Langlois  va  publier  la  chanson  du  Coroncment  Loois  ;  M.  Haus- 
knecht prépare  une  édition  du  Flore  et  Blanchcflor  anglais;  M.  Todd  s'occupe 
de  mettre  au  jour  le  roman  de  la  Panthère,  du  xme  siècle. 

Conférences  de  M.  Gil Héron. 

M.  Gilliéron,  pendant  les  deux  derniers  mois  du  premier  semestre,  n'a  fait 
qu'une  conférence  par  semaine,  consacrée  à  la  lecture  du  fragment  de  la  Vie  de 
saint  Thomas  publié  par  M.  Meyer  (Recueil  d'anciens  textes). 

Dans  le  second  semestre,  il  en  a  fait  deux,  le  vendredi,  à  deux  heures,  et  le 
lundi,  à  trois  heures  et  quart. 

Celle  du  vendredi  a  été  consacrée  à  la  lecture  et  à  l'étude  de  la  langue  des 
chartes  du  Ponthieu  publiées  par  M.  Raynaud.  On  a  dressé  le  tableau  des  ca- 
ractères phonétiques  et  morphologiques  qui  distinguent  dans  la  seconde  moitié 
du  xme  siècle  la  langue  du  Ponthieu  de  celle  de  l'Ile-de-France.  On  aurait  dû 
en  laisser  obscur  ou  incomplet  plus  d'un  point,  si  l'on  n'avait  eu  recours  à  une 
autre  source  d'informations,  dont  l'étude  formait  l'objet  de  la  seconde  confé- 
rence. 

La  conférence  du  lundi  a  été  consacrée  à  l'étude  des  variations  dialectales 
telles  que  les  présente  actuellement  le  Ponthieu.  Se  basant  uniquement  sur  des 
matériaux  recueillis  sur  place  dans  plus  de  20  villages  de  cette  contrée  par  le 
maître  de  conférences,  et  mis  à  la  disposition  de  tous  les  élèves  et  auditeurs,  ou 
a  commencé  par  établir  les  lois  phonétiques  du  langage  de  Cayeux-sur-Mer, 
puis  on  a  recherché,  sans  toutefois  sortir  des  limites  du  Ponthieu,  l'extension 
géographique  des  caractères  inconnus  au  français. 

Cette  étude  a  permis,  d'une  part,  d'élucider  plus  d'un  point  obscur  du  tableau 
dressé  dans  la  première  conférence,  de  faire  la  part  exacte  des  diverses  influences 
étrangères  auxquelles  étaient  sujets  les  scribes  des  chartes  du  xiiic  siècle, 
d'autre  part,  de  reconnaître  les  diverses  transformations  qui  se  sont  opérées  sur 
le  sol  du  Ponthieu  depuis  le  XIVe  siècle  jusqu'à  nos  jours,  et  qui  ont  donné  à 
son  langage  une  très  grande  variété.  L'étude  de  ces  dernières  a  fourni  l'occa- 
sion d'exposer  des  vues  générales  sur  la  répartition  des  faits  phonétiques  dans 
le  domaine  gallo-roman  et  sur  la  nature  de  l'influence  du  français  et  de  certains 
centres  linguistiques  sur  les  patois.  On  a  tout  particulièrement  insisté  sur  les 
façons  de  procéder  dans  le  relevé  des  variations  dialectales  d'une  contrée. 

—  M.  Hugo  de  Feilitzen,  dont  nous  annonçons  plus  bas  une  intéressante  pu- 
blication, a  été  nommé  docent  à  l'Université  d'Upsala,  où  la  philologie  romane 
est  déjà  représentée  par  MM.  Geijer  et  Wahlund. 

—  M.  van  Hamel,  qui  aura  bientôt  achevé  l'importante  édition  des  poèmes 

Romania,  XIII.  3 1 


482  CHRONIQUE 

du  Reclus  de  Molliens  à  laquelle  il  travaille  depuis  longtemps,  est  nommé  à  la 
chaire] de  langue  et  littérature  française  qui  vient  d'être  créée  à  l'Université  de 
Groningue;  il  est  entendu  que  l'enseignement  de  cette  chaire  portera  en  bonne 
partie  sur  l'ancien  français  et  comprendra  aussi  au  moins  les  éléments  de  la  phi- 
lologie romane  dans  son  ensemble. 

—  M.  Lemcke,  professeur  de  philologie  romane  à  Giessen,  a'pris  sa  retraite; 
il  a  été  remplacé  par  M.  Birch-Hirschfeld. 

—  MM.  Sudre  et  Breul  ont  mis  sous  presse  (Paris,  Vieweg)  une  traduction 
de  l'écrit  de  M.  Ad.  Tobler  sur  le  vers  français,  qui  paraîtra  avec  une  préface 
de  G.  Paris. 

—  M.  Settegast  a  fait  insérer  dans  le  Literaturblatt  fiïr$gcrm.  und  rom.  Phi- 
lologie (p.  42)  une  note  pour  dire  qu'il  n'a  pas,  comme  l'a  rapporté  la  Ro- 
mania,  donné  sa  démission  de  professeur  à  Zurich,  «  mais  qu'il  a  refusé  une  nou- 
velle nomination  pour  six  ans,  et  a  repris  sa  première  situation  de  Privat-docent 
à  Leipzig.  » 

—  M.  W.  Meyer  s'est  «  habilité  »  à  l'Université  de  Zurich  pour  la  gram- 
maire comparée  et  la  philologie  romane. 

—  M.  Sanchez  Moguel,  professeur  à  Madrid,  a  joint  à  son  cours  de  littéra- 
ture espagnole  un  «  séminaire  »  où  il  traite  de  la  grammaire  espagnole  et  fait 
expliquer  d'anciens  textes  :  c'est  la  première  fois  que  cela  se  t'ait  en  Espagne. 

—  Nous  avons  déjà  parlé  (Rom.,  XII,  601)  de  la  fête  du  9  juin  1883,  dans 
laquelle  les  «  Associations  pour  la  philologie  moderne  des  universités  alle- 
mandes »  ont  inauguré  la  plaque  posée  à  Giessen  sur  la  maison  natale  de  Diez. 
heCartell-Verband  de  ces  associations  nous  adresse  son  rapport  semestriel,  dans 
lequel  nous  signalons,  avec  plusieurs  lettres  et  télégrammes  envoyés  d'Alle- 
magne, d'Autriche,  de  France,  d'Italie,  de  Belgique,  de  Suisse,  d'Angleterre  et 
de  Russie  à  l'occasion  de  cette  fête,  une  gravure  représentant  la  maison  qui  en 
a  été  l'objet. 

—  Nous  avons  le  plaisir  d'annoncer  qu'après  un  trop  long  séjour  au  pays  des 
morts,  Mélasine  vient  de  reparaître.  Les  directeurs  de  cet  excellent  recueil  en 
ont  fort  à  propos  élargi  le  plan,  et  les  trois  premiers  numéros  (avril-juin)  con- 
tiennent les  matériaux  les  plus  riches  et  les  travaux  les  plus  instructifs  pour  le 
folk-lore.  Nous  espérons  avec  MM.  Rolland  et  Gaidoz  que,  grâce  en  bonne 
pirtie  à  leur  initiative,  il  s'est  formé  maintenant  un  public  pour  ces  études,  et 
que  leur  œuvre  si  intéressante  ne  périclitera  plus  '. 

—  A  l'occasion  du  mariage  Depret-Bixio  (19  avril  1884)  a  été  imprimé  à  un 
petit  nombre  d'exemplaires,  non  mis  dans  le  commerce,  suivant  un  usage  italien 
bien  connu  de  nos  lecteurs,  l'opuscule  suivant,  fort  élégamment  imprimé  chez 


1.  On  s'abonne  6,  rue  des  Fossés-Saint-Bernard;  vente  au  numéro  chez  E.    Leche- 
vallier,  39,  quai  des  Grands-Augustins. 


CHRONIQUE  48? 

Chamerot  :  «  Le  Lai  de  l'Oiselet,  poème  français  du  xmc  siècle,  publié  d'après 
les  cinq  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  et  accompagné  d'une  introduction 
par  Gaston  Paris  (in-12,  100  p.)  »  Les  mss.  ont  été  collationnés  et  comparés 
par  M.  H.  Deloncle. 

—  La  Société  des  Anciens  Textes  français  a  accepté  la  proposition  que  lui 
a  faite  M.  Antoine  Thomas  de  publier  l' Entrée  de  Spagne ;  la  copie  de  ce  vaste 
poème,  prise  autrefois  par  M.  Mussafia,  a  été  libéralement  abandonnée  par  lui  à 
M.  Thomas,  qui  vient  de  faire  un  séjour  à  Venise  pour  la  collationner  sur  le 
manuscrit. 

—  La  Société  a  également  accepté  la  proposition  de  publication,  par  M.  Mau- 
rice Roy,  des  œuvres  poétiques  de  Christine  de  Pisan. 

—  Parmi  les  thèses  soutenues  à  l'Ecole  des  Chartes  au  mois  de  janvier,  nous 
mentionnerons  celle  de  M.  E.  Roussel  sur  la  foire  du  Lendit.  M.  Roussel  a  fait 
de  bonnes  remarques  sur  les  documents  les  plus  anciens  qui  établissent  l'exis- 
tence de  cette  foire,  il  a  parlé  du  rôle  que  les  reliques  qu'on  y  exhibait  jouent 
dans  plusieurs  chansons  de  geste,  et  il  a  soumis  à  une  révision  soigneuse  le  Dit 
du  Lendit  plus  d'une  fois  publié.  Il  faut  souhaiter  que  ce  travail  ne  soit  pas 
perdu  pour  la  science,  comme  paraît  devoir  l'être  l'ouvrage  étendu  que  feu  Léon 
Roulland  avait,  pendant  de  longues  années,  préparé  sur  le  même  sujet. 

—  M.  Wolfram  Zingerle,  à  Innsbruck,  prépare  de  nouvelles  éditions  de  l'Atre 
péril leus  et  de  Meraugis  de  Portlesgaez. 

—  M.  W.  Meyer,  connu  par  son  remarquable  travail  sur  le  neutre  en  roman 
(voy.  ci-dessous,  p.  486),  prépare  une  édition  de  la  chanson  d'Aspremont  d'après 
tous  les  manuscrits. 

—  M.  Vogels,  à  Crefeld,  prépare  une  édition  des  rédactions  française  et  an- 
glaise de  Mandeville. 

—  Livres  adressés  à  la  Romania  : 

Der  Troubadour  Barlolomeo  Zorzi.  Herausgegeben  von  Emil  Levv.  Halle,  Nie- 
meyer,  in-8°,  84  pages.  —  Bonne  édition  des  18  chansons  de  ce  troubadour 
vénitien,  avec  une  introduction  et  des  remarques.  Dans  la  pièce  XVIII, 
v.  26,  il  est  dit  de  Conradin,  sur  la  mort  duquel  ce  planh  est  composé  :  E 
Lamorat  valc  per  armas  ses  tenza;  M.  L.  se  demande  qui  est  ce  personnage: 
Lamorat  de  Galles  est,  après  Tristan  lui-même,  le  principal  héros  du  roman 
de  Tristan  en  prose,  et  le  vers  de  B.  Zorzi,  non  cité  par  M.  Birch-Hirs- 
chfeld,  prouve  que  ce  roman  était  connu  en  Italie  avant  1268. 

Coutumier  d'Anjou,  publié...  par  Ad.  Tardif.  Paris,  Picard,  in-8%  160  p.  — 
Nous  signalons  ce  texte,  important  pour  les  juristes,  comme  méritant  aussi 
à  divers  points  de  vue  l'attention  des  philologues. 

Documents  historiques  bas-latins,  provençaux  et  français,  concernant  principa- 
lement la  Marche  et  le  Limousin,  publiés  par  Alfred  Leroux,  Emile  Moli- 
nier  et  Antoine  Thomas.  Tome  I.  Limoges,  Ducourtieux,  iv- 3  S9  p.  —  • 
Nous  reviendrons  sur  cette  publication,  qui  comprend  des  textes  intéressant 
la  philologie  aussi  bien  que  l'histoire,  quand  elle  sera  terminée. 


484  CHRONIQUE 

Fonetica  del  dialetto  modem)  délia  città  di  Milano.  Saggio  linguistico  di  Carlo 
Salviom.  Roma,  Loescher,  in- 12,  306  p.  —  Ouvrage  qui  nous  paraît 
excellent  comme  observation  et  comme  méthode  ;  dans  une  intéressante 
préface  l'auteur  apprécie  les  travaux  de  ses  devanciers,  parle  de  son  œuvre 
avec  modestie,  et  expose  brièvement  sur  l'histoire  du  dialecte  milanais  des 
vues  fort  judicieuses. 

Die  erste  nichtchristliche  Parabcl  des  Barlaam  und  Josaphat  ;  ihre  Herkunft  und 
Verbreitung...  von  Eugen  Brauxholtz  (dissertation  de  Berlin),  in-8°, 
33  p.  —  On  n'a  ici  que  la  première  partie  d'un  travail  qui  paraît  mériter 
des  éloges  (il  s'agit  de  la  célèbre  parabole  des  coffrets);  nous  y  reviendrons 
quand  il  sera  complet. 

Parai lelen  zur  Entfuhrungsgeschichte  im  Miles  gloriosus,  von  Eduard  Zauncke. 
Bonn,  Georg,  in-8%  26  p.  (extrait  du  Rheinisches  Muséum  fur  Philologie). 

—  On  a  remarqué  il  y  a  longtemps  que  la  donnée  de  la  première  partie 
du  Miles  gloriosus  se  retrouve  dans  divers  contes  orientaux  et  occidentaux  ; 
M.  Z.  les  rapproche  et  les  compare,  sans  avoir  la  prétention  d'être  com- 
plet, mais  avec  une  véritable  érudition.  Il  conclut  que  la  comédie  grecque 
'AXaî^ov,  suivie  par  Plaute,  reposait  sur  une  nouvelle  grecque  analogue  à 
ces  contes,  mais  qu'elle  l'abandonnait  bientôt  pour  adopter  un  autre  dénoue- 
ment. Ajoutons  que,  si  on  considère  que  le  lieu  de  la  scène  est  Éphèse,  on 
sera  porté  à  reconnaître  ici  un  conte  milésien,  et  peut-être  à  lui  attribuer 
une  origine  orientale.  —  L'auteur  se  demande  si  le  royaume  de  Monbcrgier, 
qui  est  la  patrie  du  héros  de.  notre  conte  (înelusa)  dans  plusieurs  versions 
du  roman  des  Sept  Sages,  ne  désignerait  pas  l'Arcadie  (pays  des  bergers)  : 
c'est  à  coup  sûr  une  idée  bizarre. 

De  Joannis  de  Monsterolio  vita  et  opcribus,  sive  de  romanarum  iitterarum  studio 
apud  Gallos  instaurato  CaroloVI  régnante,  thesim  proponebat  Facultati  Iitte- 
rarum Parisiensi  Antonius  Thomas.  Paris,  Thorin,  1883,  in-8°,  vïij-114  p. 

—  Jean  de  Montreuil,  qui  joua  de  son  temps  (1354-1418)  un  rôle  politique, 
est  surtout  intéressant  comme  humaniste.  Il  occupe  un  des  premiers  rangs 
dans  ce  mouvement  de  renaissance,  qui,  parti  d'Italie,  se  répandit  en  France 
au  XIVe  siècle  plus  qu'on  ne  l'a  cru  généralement,  et  avorta  au  XVe  par 
suite  de  l'état  déplorable  du  pays.  M.  Thomas  a  mis  en  lumière  les  travaux 
et  les  aspirations  de  Jean  de  Montreuil  et  de  ses  amis.  Son  étude,  faite  avec 
grand  soin  d'après  des  manuscrits  de  Paris,  de  Florence  et  de  Rome, 
apporte  à  l'histoire  de  l'humanisme  une  contribution  importante  et  qu'on  ne 
devra  pas  négliger. 

Encyklopaedie  und  Méthodologie  der  Romanischen  Philologie  mit  besondercr 
Beriicksichtigung  des  Franzœsischen,  von  Gustav  Kœrting.  Erster  The;l. 
Erstes  Buch  :  Erœrterung  der  Vorbegriffe.  Zweites  Buch  :  Einleitung  in 
das  Studium  der  Romanischen  Philologie.  Heilbronn,  Henninger,  in-8% 
xvj-244  P-  —  Nous  espérons  revenir  en  détail  sur  ce  livre  important,  qui 
mérite  en  tout  cas  d'être  recommandé  aux  étudiants  en  philologie  romane; 
nous  espérons  que  l'auteur  en  fera  prochainement  paraître  les  deux  parties 
suivantes,  qui  seront  consacrées  l'une  à  l'encyclopédie  de  la  philologie 
romane  dans  son  ensemble,  l'autre  à  l'encyclopédie  de  chacune  des  branches 


CHRONIQUE  485 

de  la  philologie  romane.  On  sait  ce  qu'on  entend  en  Allemagne  par  l'ency- 
clopédie d'une  science;  c'est  l'ensemble  de  ses  principes,  de  ses  méthodes, 
de  ses  résultats.  Un  travail  comme  celui  de  M.  Kœrting  manquait  encore 
à  nos  études  ;  il  fallait  pour  l'entreprendre  et  le  mener  à  bonne  fin  beau- 
coup de  courage  et  de  persévérance. 

Die  Licdcr  des  Castellans  von  Coucy,  nach  saemmtlichen  Handschriften  kritisch 
bearbeitet  von  Fritz  F.vm.  Heidelberg,  Hœrning,  94  p.  (dissertation  de 
docteur).  —  Cette  édition  paraît  excellente;  l'auteur  l'a  fait  précéder  d'une 
introduction,  dans  laquelle  il  faut  surtout  relever  le  passage  où  il  combat 
l'identification,  proposée  ici,  du  châtelain  de  Couci  auteur  des  chansons 
avec  Renaut  de  Magni.  Je  dois  dire  que  l'examen  fait  par  moi  l'année  der- 
nière du  roman  de  Guillaume  de  Dole,  joint  à  quelques  autres  considérations, 
m'avait  déjà  amené  à  modifier  sur  ce  point  l'opinion  que  je  croyais  bien 
établie  il  y  a  quelques  années,  et  que  je  suis  très  disposé  maintenant,  comme 
M.  Fath,  à  reconnaître  plutôt  Fauteur  des  chansons  dans  Gui  de  Couci, 
châtelain  de  Couci  (f  1203).  M.  F.  explique  d'une  manière  ingénieuse  et 
vraisemblable,  ou  au  moins  possible,  comment  le  nom  de  Renaut  est  donné 
au  chansonnier  à  la  fois  dans  un  manuscrit  de  chansons  et  dans  le  poème  de 
Jakemon  Sakesep.  —  G.  P. 

Renseignements  archéologiques  sur  la  transformation  du  c  guttural  du  latin  en  une 
sifflante,  par  M.  Deloche.  Paris,  in-4,  64  p.  (extrait  des  Mémoires  de 
l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  t.  XXX,  2'  partie).  —  M.  De- 
loche  montre  qu'une  marque  inscrite  sur  un  vase,  ofikina  Laurenti,  appartient 
à  la  fin  du  VIe  siècle,  et  atteste  ainsi  que  le  c  devant  un  i  (ou  e),  à  cette 
époque,  se  prononçait  encore  k  en  Gaule  ;  d'autre  part  la  légende  du  droit 
d'un  triens  de  l'empereur  Maurice  Tibère,  sorti  de  l'atelier  du  même  Lau- 
rentius,  porte  Mauriscius,  ce  qui,  comme  le  montre  le  savant  académicien, 
indique  que  devant  ;  suivi  immédiatement  d'une  autre  voyelle  le  c  s'était 
assibilé.  Ces  résultats  concordent  avec  ceux  qu'on  a  obtenus  par  d'autres 
moyens,  et  ils  ont  l'avantage  d'être  assurés  par  des  textes  d'une  date  et 
d'une  authenticité  incontestables. 

La  geste  de  Liège,  par  Jehan  des  Preis,  dit  d'Outremeuse.  Glossaire  philologique, 
par  Aug.  Scheler.  Bruxelles,  Hayes,  1882,  in-4,  3 1 8  p.  — En  formant  ce 
glossaire,  qui  comprend  plus  de  3000  mots  inconnus,  difficiles  ou  inté- 
ressants, M.  Scheler  a  rendu  un  nouveau  et  éminent  service  à  la  lexicographie 
française.  Beaucoup  d'articles  contiennent  de  véritables  petites  dissertations 
où  l'auteur  montre  son  érudition  et  son  ingéniosité  bien  connues.  Il  serait  à 
souhaiter  que  M.  Scheler  fît  le  même  travail  pour  le  grand  ouvrage  en  prose 
de  Jehan  des  Preis  publié,  en  même  temps  que  les  53000  vers  de  la  Geste  de 
Liège,  par  l'Académie  royale  de  Belgique. 

Recueil  de  motets  français  des  xne  et  xme  siècles,  publiés  d'après  les  manuscrits, 
avec  introduction,  notes,  variantes  et  glossaire,  par  Gaston  Rayxaud,  suivi 
d'une  étude  sur  la  musique  au  siècle  de  saint  Louis,  par  Henry  Layoix  fils. 
Tome  second  :  Chansonniers  divers,  étude  musicale.  Paris,  Vieweg,  in- 12, 
xvm-480  pages  (plus  seize  pages  de  musique).  —  Nous  avons  annoncé  (t.  XI, 
p.  461)  le  premier  volume  de  cet  intéressant   recueil,  Le  second  comprend 


486  CHRONIQUE 

d'abord  un  errata  pour  le  premier  volume,  résultant  d'une  collation  faite  par 
A.  Boucherie  du  manuscrit  de  Montpellier,  puis  (p.  1-138)  des  motets  ex- 
traits de  divers  autres  manuscrits,  puis  des  notes  et  variantes,  un  glossaire, 
un  index  des  noms,  et  enfin  (p.  187-480)  l'ouvrage  de  M.  Lavoix  sur  la  mu- 
sique au  xiii°  siècle.  Cette  publication  appellerait  bien  des  remarques  :  bor- 
nons-nous ici  à  dire  que  le  texte  de  ces  petites  pièces  nous  a  paru  généra- 
lement bien  établi  en  ce  qui  concerne  les  leçons,   bien  distribué  en  ce  qui 
concerne  les  rythmes,  et  cette  tâche  était  ici  plus  délicate  qu'en  bien  d'autres 
cas.  Nous  n'avons  trouvé,  à  une  lecture  rapide,  que  peu  d'erreurs  à  re- 
lever (nous  ne  parlons  pas  de  la  distribution  rythmique  ni  de  la  ponctuation): 
Ainsi  p.  1,  V,  2,  mi  doit  être  imprimé  m'i;  lisez  de  même  m'i  pour  mi  2,  V, 
5,  3,  V,  7,  1  i ,  et  un  très  grand  nombre  d'autres  fois  (c'est  là  une  faute  que 
commettent  beaucoup  d'éditeurs  d'ancien  français);    15,  XLIV,  8,  et  ail- 
leurs 0/?,  lisez  ou;    17,  XLIX,  3    k'il,  lisez  ki;    23,  LXIII,  21,  cornent  qui 
lot,  lisez  cornent  qu'il  mit  ;  24,  LXVI11,  3  Se  n'ai,  lisez  S'en  ai;  2$,  LXIX, 
1,  2,  4,  7  Voi  t'en  lai,  lisez  Voit  en  lai;  33,  XC,  $  N'em,  lisez  Ne  m'  ;  78, 
LIX,  7  l'ont,  lisez  i  ont;  14  entamer  n'a  pas   besoin  d'être  corrigé;  93,  V, 
7  qui,  lisez  qu'i;  1  14,  XX,  1  a  parler,  lisez  aparler  ;  129,  XV11I,  4  tendes, 
lisez  bendès,  etc.  Le  glossaire  est  assez  riche  ;  il  n'est  pas  exempt  d'erreurs, 
par  exemple  :  adcmetre,  au  passage  cité,  signifie  «  lancer  »  et  non  «abaisser, 
avilir  »  ;  consirrer  «  se  résigner  »,  et  non  «  désirer  »  ;  orter  «  exhorter  » 
est  le  produit  d'une   singulière  distraction  :  ort  au  passage  cité  est  le  mot 
bien  connu  qui  signifie  «  sale  »  ;  l'hypothèse  proposée  pour  innel  est  dénuée 
de  toute  vraisemblance,  etc.  Malgré  ces  critiques,  la  publication  de  M.  Ray- 
naud  mérite  la  reconnaissance  du  public  savant,  et  l'ouvrage  de  M.  Lavoix, 
sur  lequel  nous  ne  sommes  pas  compétents,  offre  en  tous  cas  un  réel  intérêt 
aux  lecteurs. 
Pio  Rajna.  Le  Origini  dell'  cpopea  francese.  Firenze,  Sansoni,  1884.  —  Inutile 
de  dire  que  nous  parlerons  en  détail  de  ce  beau  livre,  déjà  célèbre,  et  dédié 
à  l'un  des  directeurs  de  la  Romania. 
Die  Schicksale  des  lateinischen  Neitrums  im  Romanischen,  von  Wilhelm  Meyer. 
Halle,  Niemeyer,  1883,  in-8,  176  p.  —  Ce  travail  est  un  des  plus  remar- 
quables qui  aient  paru  depuis  quelque  temps  dans  le  domaine  de  la  gram- 
maire romane.  L'auteur  est  un  linguiste  formé  à  bonne  école,  habitué  à  la 
comparaison,  et  qui  joint  à  une  très  vaste  lecture  un  jugement  très  personnel 
et  souvent  très  pénétrant.   C'est  un  chapitre  de  la  grammaire  des  langues 
romanes  qui  se  trouve  refait  à  neuf  d'après  les  résultats  et  les  méthodes  de 
la  science  la  plus  moderne. 
Mélanges  Graux.  Recueil  de  travaux  d'érudition  classique  dédié  à  la  mémoire  de 
Charles  Graux,  né  à  Vervins  le  23  novembre  1852,  mort  à  Paris  le  13  jan- 
vier 1882.  Paris,  Thorin,  1884,  in-8,  Lvi-823  p.  —  Nous  devons  signaler 
dans  ce  recueil  l'excellente  étude  de  M.  Bergaigne  (p.  $33-543)  sur  "   'a 
place  de  l'adjectif épithète  en  vieux  français  et  en  latin.  » 
ZiuGeschichtedcs  lateinischen  evor  e  and  i  in  Romanischen, vonDe  AdolfHoRNiNG. 
Halle,  Niemeyer,  1883,  in-8,  140  p.  — Ce  travail  d'une  grande  importance 
et  d'une  valeur  exceptionnelle,  sur  lequel  nous   voudrions   pouvoir  revenir 


CHRONIQUE  487 

en  détail,  est  donné  par  l'auteur  comme  un  complément  au  livre  de  M.  Jo- 
ret.  Il  est  uniquement  consacré  au   c  devant  e,  i  (et  f-|-i-|-voy.)  précède 
d'une  voyelle.  On  y  retrouve  les  qualités  de  fond  et  de  forme  que  nous  avons 
eu  plusieurs  fois  l'occasion  de  signaler  dans  les  écrits  de  M.  Horning. 
Mélanges  de  phonétique  normande,  par  Charles  Joret,  professeur  à  la  Faculté  des 
Lettres  d'Aix.    Paris,   Vieweg,  in-8,  i.vi-64   p.    —  Le   titre    choisi    par 
M.  Joret  pour  ce  recueil  de  notes   étymologiques  et  dialectologiques  n'en 
donne  pas  une  idée  tout  à  fait  exacte;  car  beaucoup  d'entre  elles  n'ont  pas 
trait   proprement   à  la   phonétique.  Plusieurs  ont  paru  dans  la  Romania, 
d'autres  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique;  il  eût  été  bon  d'in- 
diquer le   lieu  de  la  publication  première.    L'introduction,    presque  aussi 
longue  que  le  recueil,  est  nouvelle  et  se  lira  avec  un  grand  intérêt  ;  elle  con- 
tient surtout  des  additions  et  rectifications  aux  travaux  antérieurs  de  l'auteur. 
M.  Joret  approfondit  de  plus  en  plus  le  sujet  sur  lequel  il  travaille  depuis 
de  longues  années  et  sur  lequel  il  prépare  encore  plus  d'une  étude  avec  une 
ardeur  toujours  nouvelle. 
Li  dis  dou  vrai  aniel.  Die  Parabel  von  dem  sechten  Ringe,franzcesische  Dichtung 
des  dreizehsten  Jahrhunderts,  aus  einer  Pariser  Handschrift  zum  ersten  Maie 
herausgegeben  von  Adolf  Tobler.  Zweite  Auflage.  Leipzig,  Hirzel,  1884,  in. 
8,  xxxiv-37  p.  —  On  connaît  toute  l'importance  de  cette  petite  publication 
parue  pour  la  première  fois  en  1 871,  et  dont  l'introduction  ouvrit  la  série, 
devenue  depuis  si  riche,  des  recherches  phonologiques  et  dialectologiques 
sur  l'ancien  français.  En  réimprimant  le  texte  et  le  commentaire,  M.  Tobler 
y  a  fait  plusieurs  additions  et  corrections  où  il  a  tenu  compte  des  travaux 
publiés  depuis  le  sien,  mais  sans  changer  le  caractère  de  son  opuscule  et 
sans  dépasser  les  limites  qu'il  s'était  assignées  en  le  composant. 
Li  ver  del  /aî«,en  fornfransk  predikan.  Akademisk  Alhandling  af  Hugo  von  Fei- 
litzen. Upsala,  Berling,  1883,  in-8,  cxxxm-72-32  p.  —  Nous  avons  ici  une 
édition  soigneusement  faite,  d'après  les  deux  manuscrits  connus,  l'un  d'Ox- 
ford, l'autre  de  Paris,  d'un  curieux  poème  du  xne  siècle,  auquel  l'éditeur 
reconnaît  avec  vraisemblance  les  caractères  d'un  sermon  en  vers;  ce  poème 
est  curieux  par  le  ton  vraiment  populaire  qui  y  règne,  par  l'incohérence  avec 
laquelle  il  est  composé,  par  sa  peinture  toute  matérielle  des  peines  de  l'en- 
fer, par  ses  rapports  avec  la  Vision  de  saint  Paul,  les  Quinze  signes  et  le 
Débat  de  l'âme  et  du  corps,  par  sa  singulière  versification.  M.  de  Feilitzen  y 
a  joint  une  longue  introduction  et  des  notes   copieuses  qui  prouvent  qu'il 
s'est  mis  avec  beaucoup  de  zèle  au  courant  des  derniers  travaux  de  philo- 
logie française,  et  qui  ne  seront  pas  instructives  seulement  pour  ses  compa- 
triotes.  En  appendice  il  a   imprimé  d'après  deux  mss.  d'Oxford  la  Vie  de 
sainte  Juliane,  qui  ne  manque  pas  non  plus  d'intérêt.  —  M.  de  Feilitzen  a 
imprimé  en  même  temps  le  texte  des  Vers  del  juïse  avec  un  commentaire  suc- 
cinct en  français.  Il  annonce  la  prochaine  publication  d'un  index,  qui  sera  le 
bien  venu,  pour  sa  publication  suédoise. 
Ortografia  de  la  lengua  catalana,  por  la  Real  Academia  de  buenas  letras.  Bar- 
celona,  Jepus,  in-8,  32  p.  —  L'Académie  de  Barcelone  n'a  pas  prétendu 
établir  pour  le  catalan  une  orthographe  rigoureusement  scientifique,   elle  a 


488  CHRONIQUE 

fait  à  l'usage,  des  concessions  qui  amènent  parfois  des  inconséquences  ;  mais 
l'orthographe  qu'elle  recommande  est  sensée,  simple  et  pratique,  et  il  est  à 
souhaiter  qu'on  l'adopte  généralement. 

Usi  abruzzesi,  descritti  da  Antonio  de  Nino.  Volume  primo,  1879,  ix-207  p. 
Usi  e  Costumi  abruzzesi.  Vol.  secondo,  1881,  ix-2$o  p.  Usi  e  Costumiabruz- 
zesi.  Fiabe.  Vol.  terzo,  1883,  x-379  p.  Firenze,  Barbera,  in-12.  —  Char- 
mant recueil,  qui  n'a  pas  toujours  le  ton  scientifique,  mais  que  tout  folklo- 
ristc  lira  avec  autant  de  profit  que  d'agrément;  les  contes  qui  remplissent  le 
troisième  volume  sont  particulièrement  intéressants  (ils  sont  donnés,  sauf 
certaines  formules,  en  toscan,  et  non  en  dialecte  local). 

Orthographia  g^//;'c<i,aeltesterTraktat  ùber  franzcesische  Aussprache  und  Ortho- 
graphie, nach  den  Handschriflen  zum  ersten  Maie  herausgegeben  von 
J.  Stuerzikger.  Heilbronn,  Henninger,  1884,  in- 1 8,  xvm-52  p.  —  Cet 
excellent  petit  volume  nous  offre  la  reproduction  des  quatre  mss.  qui  con- 
tiennent un  précieux  traité  anglo-normand  sur  l'orthographe  et  la  pro- 
nonciation du  français,  jusqu'ici  imparfaitement  connu.  L'éditeur  y  a  joint 
une  introduction  extrêmement  intéressante,  où  il  passe  en  revue  les  ouvrages 
divers  consacrés  au  moyen  âge  en  Angleterre  à  l'enseignement  du  français, 
puis  tire  du  texte  publié  par  lui  toutes  les  conclusions  auxquelles  il  prête. 
On  peut  regretter  qu'il  n'ait  pas  connu  un  cinquième  ms.  qui  se  trouve  à 
Dublin.  L'Orthographia  gallica  est  le  t.  VIII  de  VAltfranzôsische  Bibllothek 
publiée  par  M.  Fcerster;  nous  avons  fait  connaître  [Rom.,  XI,  609)  les 
cinq  premiers  volumes;  les  t.  VI  et  VII,  dont  le  premier  seul  a  paru  jusqu'à 
présent,  contiennent  deux  textes  du  Roman  de  Roncevaux. 

Carmina  medii  acvi.  Firenze,  libr.  Dante,  1883,  in-8,  86  p.  —  Ce  petit  recueil, 
publié  par  M.  Novati,  comprend  deux  séries  :  Carmina  séria  (Satirica  :  1. 
Contra  foeminas,  2.  De  natura  rustieorum,  3.  De  nummo  ;  —  Moralia  :  1. 
Epigrammata,  2.  Varia),  Carmina  jocosa  (Potatoria,  Varia).  Les  pièces  pu- 
bliées sont  généralement  intéressantes,  et  l'éditeur  a  mis  du  soin  dans  son 
travail  ;  mais  il  est  visible  qu'il  n'a  pas  de  la  langue  et  surtout  de  la  versifi- 
cation des  pièces  qu'il  publie  une  pratique  suffisante;  dès  la  première  pièce, 
au  v.  12,  il  faut  novcrit  pour  noviî;  au  v.  16  le  ms.  porte  (?)  levions  frondes 
alingua,  M.  N.  lit  levior  est  frondis,  maligna,  contre  la  grammaire  et  le 
mètre;  il  faut  évidemment  levior  tes  Jronde  saligna.  Dans  la  pièce  II,  v.  33, 
cnminibas,  1.  crinibus  ;  au  v.  37  Annon  est  pour  Amnon  et  non  pour  Anni- 
bal,  etc.  Notons,  p.  79,  une  nouvelle  édition  du  Testamentum  asini  publié 
ici  (XII,  26)  avec  l'addition,  des  deux  strophes  qui  avaient  été  laissées  de 
côté.  P.  74  note,  il  y  a  une  bizarre  explication  du  vers  Crucem  do  papa- 
libus.  M.  N.  n'a  donc  jamais  regardé  un  âne?  Le  commentaire  littéraire  de 
M.  Novati  est  intéressant;  mais  comme  éditeur  il  a  encore  beaucoup  à 
gagner. 

Italienische  Anthologie...  fur  Deutsche  hohere  Lehranstalten  und  fur  den  Selbst- 
unterricht,  von  Friedr.  Uhlmann.  Mùnchen,  Oldenbourg,  in-8,  xiv-386 
p.  —  Ouvrage  d'enseignement  sans  aucune  valeur  scientifique. 

Die  Poésie  dcr  Troubadours.  Nach  gedruckten  und  handschriltlichen  Werken  der- 
selben  dargestellt  von  Friedrich  Diez.   Zweite  vermehrte  Auflage  von  Karl 


CHRONIQUE  489 

Bartsch.  Leipzig,  Barth,  in-8,  xxm-314  p.  —  Après  les  Vies  des  Trou- 
badours, voici  la  Poésie  des  Troubadours  qui  reparaît,  également  par  'es  soins 
de  M.  Bartsch.  La  tâche  de  l'éditeur  a  été  plus  considérable  pour  cet  ou- 
vrage que  pour  l'autre.  Si  la  partie  centrale  et  fondamentale  du  livre  de 
Diez,  celle  où  il  apprécie  et  juge,  a  gardé  toute  sa  valeur,  beaucoup  de 
parties  accessoires  ont  été  complètement  renouvelées  depuis  près  de 
soixante  ans  que  son  beau  livre  a  paru.  M.  Bartsch,  par  des  additions  faites 
soit  dans  le  texte,  soit  dans  les  notes,  a  mis  pour  les  faits  l'œuvre  du  maître 
au  courant  de  la  science.  On  peut  voir  notamment  dans  le  chapitre  sur  la 
poésie  épique  combien  ce  chapitre,  encore  cependant  mal  connu,  de  la  lit- 
térature provençale  s'est  enrichi  depuis  un  demi-siècle. 

Etymologische  Figurai  im  Romanischen,  nebst  einem  Anhange  :  Wiederholungen 
betreffend  Steigerung  und  Erweiterung  eines  Begriffs.  Von  Dr.  Friedrich 
Leiffholdt.  Erlangen,  Deichert,  in-8,  viu-96  p.  —  Recherche  dans  les 
langues  romanes,  surtout  en  français,  des  cas  où  un  verbe  a  pour  régime 
direct  un  substantif  qui  a  le  même  thème  (chanter  un  chant,  etc.),  des  cas 
voisins  où  le  substantif  est  rattaché  au  verbe  par  une  préposition  (mourir 
de  mort),  et  enfin  de  quelques  emplois  de  la  repétition  du  même  mot  ou  du 
même  thème  pour  donner  à  l'idée  plus  de  force  ou  d'étendue. 

Savinian.  Grammaire  provençale  (sous-dialecte  rhodanien).  Précis  historique  de 
la  langue  d'oc.  Parties  du  discours  pour  les  sous-dialectes  marseillais,  cé- 
venol et  montpelliérain.  Nouvelle  méthode  d'analyse  avec  application  aux 
huit  principales  langues  enseignées  dans  les  écoles.  Paris,  Thorin,  1882, 
in- 18,  xl- 197  p.  —  Sans  valeur  scientifique. 

Bibliographischer  Anzeiger  fiir  romanische  Sprachen  und  Literaturcn,  herausge- 
geben  von  Dr  Emil  Ebering.  I.  Band,  1883.  Zweites  Halbjahr.  I.  Heft. 
Leipzig,  Twietmeyer,  in-8,  84  p.  —  Cette  bibliographie  des  publications 
nouvelles  concernant  les  langues  et  littérature  romanes  est  riche  et  bien  or- 
donnée ;  elle  est  peut-être  seulement  faite  sur  un  plan  trop  vaste,  notamment 
en  ce  qui  concerne  l'histoire  ;  mais  elle  pourra  rendre  des  services  (bien 
qu'on  puisse  y  relever  de  nombreuses  méprises)  si,  comme  on  l'annonce,  elle 
paraît  très  rapidement  et  très  régulièrement.  Nous  n'avons  reçu  ni  le  second 
cahier,  qui  devait  paraître  en  décembre  1883,  ni  le  troisième,  qui  devait 
paraître  en  janvier    1884  ;    nous  ne  savons  s'ils  ont  été  réellement  publiés. 

Das  altfranzôsische  Zahhvort,  von  Dr  Karl  Knœsel.  Erlangen,  Deichert,  in-8, 
69  p.  —  Dissertation  utile,  soigneusement  compilée  malgré  quelques  mé- 
prises, et  sur  un  sujet  intéressant  ;  l'auteur  la  dédie  A  son  maître,  M.  Voll- 
mœller. 

A.  Coelho.  Contos  nacionaes  para  creanças,  87  p.  Jogos  e  rimas  injanlis^^  p. 
Porto,  Magalhâes,  in- 18.  —  Ces  deux  petits  volumes  inaugurent  une  Biblio- 
theca  d'educaçâo  nacional  publiée  par  M.  Coelho;  le  second  surtout  est  inté- 
ressant en  dehors  du  jeune  public  auquel  il  s'adresse,  parce  qu'il  contient 
plus  d'un  renseignement  nouveau  pour  le  folk-Ion.  Dans  un  troisième  vo- 
lume, qui  paraîtra  prochainement,  intitulé  Os  elementos  iradicionaes  da  edu- 
caçâo,  le  savant  philologue  donnera  un  commentaire  aux  deux  premiers. 

Giuseppe  Guerzoni.  Ugo  Angelo  Canello,  commemorazione  funèbre  letta  nell' 


490  CHRONIQUE 

Aula  magna  délia  R.  Università  di  Padova  il  3  febbraio  1884.  Padova, 
Brucker,  in-8,  47  p.  —  Cette  notice  sur  Canello,  figure  d'une  réelle  origi- 
nalité, est  fort  intéressante,  bien  que  M.  Guerzoni  n'ait  pas  la  compétence 
spéciale  qu'il  faudrait  pour  apprécier  définitivement  les  travaux  philologiques 
du  regretté  professeur  de  Padoue.  L'auteur  a  tracé  à  cette  occasion  un  ta- 
bleau brillant,  mais  un  peu  superficiel,  du  développement  des  études  ro- 
manes en  Europe  et  de  la  part  qu'y  a  prise  l'Italie  ;  ici  encore  un  certain 
manque  de  proportion  et  de  précision  décèle  le  «  laïque  »,  d'ailleurs  intel- 
ligent et  fort  bien  intentionné,  notamment  pour  la  France.  Ce  discours, 
prononcé  devant  les  étudiants  de  l'Université  de  Padoue,  ne  peut  que  les 
exciter  à  suivre  l'exemple  du  maître  austère  et  infatigable  qu'ils  ont  perdu. 
M.  Gu.  nous  apprend  que  Canello  laisse  divers  travaux  inédits,  entre  autres 
une  histoire  de  la  langue  italienne,  malheureusement  incomplète,  mais  dont 
quelques  chapitres,  entre  autres  celui  qui  concerne  les  influences  fran- 
çaises, sont  à  peu  près  achevés  et  pourraient  être  mis  au  jour. 

Prolegomcna  zu  Maître  Elies  altjranzôsischer  Bearbeitung  der  Ars  amatoria  desOvid. 
Von  Heinrich  Kuhne.  Marburg  (Dissertation  de  docteur),  in-8,  34  p.  — 
Le  poème  de  maître  Elie  est  encore  inédit  ;  le  prochain  volume  de  l'Histoire 
littéraire  de  la  France  en  donnera  une  notice.  M.  K.  l'analyse  avec  soin, 
essaie  de  prouver  que  Jacques  d'Amiens,  autre  traducteur  de  Y  Art  d'aimr, 
l'a  connu,  ce  qui  n'est  pas  très  sûr,  et  propose  d'y  reconnaître  l'ouvrage  de 
Chrétien  de  Troyes,  qu'on  regarde  comme  perdu  (cf.  Rom.,  XII,  462)  ;  le 
nom  d'Elie  aurait,  dans  ce  manuscrit  unique,  été  substitué  à  celui  de  Chré- 
tien par  un  copiste.  Rien  n'est  moins  admissible.  J'ai  lu  l'ouvrage  d'Elie,  et 
je  n'y  reconnais  nullement  le  style  ni  même,  en  certains  traits,  la  langue  de 
Chrétien  ;  Elie  habitait  d'ailleurs  Paris,  ce  que  ne  paraît  pas  avoir  jamais 
fait  l'auteur  du  Chevalier  au  lion.  Le  seul  rapprochement  curieux  consiste 
dans  la  mention  de  Noradin  [Loradin  dans  le  manuscrit  ;  cf.  Rom.,  XII,  462, 
n.  6)  ;  mais  cette  mention  n'est  pas  propre  à  Chrétien  :  on  la  retrouve  par 
exemple  dans  Renart  (Méon,  v.  1 1267),  où,  il  est  vrai,  M.  Martin  (I,  1521) 
lit  Coradins  (le  manuscrit  A  porte  Loradins).  —  G.  P. 

Die  Robin-Hood  Balhdtn.  Ein  Beitrag  zum  Studium  der  englischen  Volksdich- 
tung... Von  Richard  Fricke  (diss.  de  Strasbourg),  in-8,  104  q. — Travail  mé- 
thodique et  instructif.  L'auteur  vieillit  trop  sans  doute  son  sujet  en  pensant 
qu'il  y  a  eu  des  ballades  sur  Robin  Hood  au  xuc  siècle  ;  rien  n'engage  à  le 
croire  plus  ancien  que  le  règne  de  Henri  III. 

Der  Bedeutungswandel  im  Franzôsisclun,  von  Dr.  Heimbert  Lehmann.  Erlangen, 
Deichert,  in-8,  1 30  p.— L'intention  de  ce  travail  est  louable,  et  on  y  trouve 
réunis  un  grand  nombre  de  faits  plus  ou  moins  intéressants  qui,  il  est  vrai, 
proviennent  bien  rarement  des  observations  personnelles  del'auteur  ;  maison 
ne  voit  pas  les  raisons  du  choix  qu'il  fait  entre  tous  les  laits  semblables;  les 
«  lois  »  du  développement  du  sens,  si  elles  sont  trouvables,  ne  peuvent  être 
trouvées  que  par  l'examen  méthodique  de  tous  les  mots  ;  autrement,  avec 
une  apparence  ambitieuse,  on  n'arrive  qu'à  faire  un  recueil  d'anecdotes  de 
«<  sémantique  »,  comme  dit  un  savant  français  qui  s'occupe  avec  prédilection 
de  cette  branche  de  la  linguistique. 


CHRONIQUE  491 

Fiabe  e  Canzoni  popolan  del  contado  di  Maglic  in  terra  d'Otranto,  raccolte  e  an- 
notate  da  Pietro  Pellizari.  Fascicolo  primo.  Maglie,  petit  in-8,  vni-143  p. 
—  Ce  petit  livre,  qui  n'a  pas  un  caractère  scientifique,  est  très  amusant  ;  il 
contient  des  contes  (en  patois  accompagné  de  traduction),  des  chansons  et 
des  devinettes.   Parmi   les  contes,   signalons  une  version   du  Petit-Poucet 

I  s'entend  le  conte  de  Perrault  et  non  le  Diiumling),  intitulé  lu  Purgineddhu 
(le  petit  poussin'.  Ce  «  premier  fascicule  »  est  daté  de  1881  ;  nous  ne  sa- 
vons si  l'auteur  a  continué  son  agréable  recueil  :  nous  le  souhaitons. 

Voyagea  Jérusalem  de  Philippe  de  Voisins,  seigneur  de  Montaut,  publié  pour  la  So- 
ciété historique  de  Gascogne  par  Ph.  Tamizey  de  Larroque  Paris,  Cham- 
pion, 1883,  in-8,  60  p.  —  Le  récit  de  ce  pèlerinage  fait  en  1490  ne  manque 
pas  d'intérêt;  l'éditeur  l'a  publié  avec  beaucoup  desoin  et  l'a  accompagné  de 
notes  surtout  géographiques.  En  allant  de  Barlette  à  Bénévent,  nos  pèlerins 
«  tirent  a  la  ville  de  Montelerne,  ou  les  gens  parlent  gascon  audict  lieu,  et 
autres  al'environ,  lesqueiz  se  tiennent  sepparés  de  l'autre  nation  du  pais.  » 

II  faut  bien  probablement,  comme  on  l'a  conjecturé,  lire  Monteleone;  mais 
quefairede  ce  singulier  renseignement  linguistique?  M.  de  Mas-Latrie  \Bibl. 
de  i'Ec.  des  Chartes,  1884,  p.  104)  a  fort  ingénieusement  proposé  de  lire 
grifon  au  lieu  de  gascon  ;  mais  y  a-t-il  jamais  eu  des  colonies  grecques  dans 
cette  région?  Nous  n'en  connaissons  que  sensiblement  plus  au  sud.  M.  Mo- 
naci,  dont  l'attention  a  été  éveillée  sur  ce  point  curieux,  a  promis  de  faire 
des  recherches.  —  P.  20,  le  voyageur,  racontant  la  cérémonie  des  épousailles 
du  doge  de  Venise  avec  la  mer,  auxquelles  il  assista,  dit  que  «  ledit  duc 
getta  ung  (lisez  une)  verge  d'or  [dans  la  mer]  pour  la  tenir  pour  espouse.  » 
M.  T.  de  L.  remarque  que  dans  ce  tableau  on  substitue  d'ordinaire  un  an- 
neau d'or  à  la  verge  d'or;  mais  verge  au  xv3  siècle  signifie  «  anneau  »,  et 
c'est  bien  un  anneau  qui  convient  à  des  épousailles.  —  En  appendice,  on 
trouve  un  intéressant  document  sur  l'existence  légendaire,  à  Jérusalem,  d'un 
juif  «  éternel  »,  sinon  «  errant  »,  Maie,  celui  qui  souffleta  Jésus  (cf.  ci- 
dessus,  p.  477,  au  dépouillé  de  la  Revue  critique). 

Biblioteca  de  las  tradiciones  populares  espaîiolas.  Tomo  1.  Junio-Agosto  1883. 
Sevilla,  Alvarez,  in-i8,  xin-304  p.  —  Nous  ne  savons  si  ce  recueil,  dirigé 
par  l'infatigable  D.  \.  Machado  y  Alvarez,  a  eu  plus  d'un  volume.  Celui-ci 
contient  des  superstitions,  des  coutumes  et  des  contes,  matériaux  intéressants 
pour  le  folk-lore,  accompagnés  de  notes  souvent  précieuses. 

La  Bible  française  au  moyen  âge,  étude  sur  les  plus  anciennes  versions  de  la 
Bible  écrites  en  prose  de  langue  d'oïl,  par  Samuel  Berger.  Mémoire  cou- 
ronné par  l'Institut.  Paris,  Champion,  1884,  in-8,  xvi-450  p.  — Nous 
avons  annoncé  (XI,  455)  le  prix  donné  à  cet  excellent  et  curieux  ouvrage 
Nous  devons  savoir  beaucoup  de  gré  à  l'auteur  de  l'avoir  imprimé  aussi 
rapidement;  nous  en  reparlerons  bientôt. 

Les  traductions  de  la  Bible  en  vers  français  au  moyen  âge,  par  Jean  Bonnard. 
Ouvrage  honoré  d'une  récompense  par  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres.  Paris,  Champion,  18S4,  in-8,  11-244  p.  —  Ce  travail  est  le  com- 
plément de  celui  de  M.  Berger;  nous  reviendrons  en  même  temps  sur  l'un 
et  sur  l'autre. 


492  CHRONIQUE 

Almanach  des  traditions  populaires.  Troisième  année.  1884.  Paris,  Maisonneuve, 
in  24,  120  p.  —  Comme  les  précédents,  cet  almanach  contient  beaucoup  de 
choses  curieuses  pour  les  folklonstcs  ;  citons  notamment  l'intéressant  recueil 
des  «  comme  dit  ».  que  nous  souhaitons  de  voir  continué  dans  les  almanachs 
futurs. 

Das  Bach  des  Uguçon  dû  Laodhe,  von  Adolf  Tobler  Berlin,  libr.  de  l'Aca- 
démie, in-4,96  p.  (extrait  desMémoircs  de  l'Académie  de  Berlin,  1884).  —  Le 
«  livre  »  d'Uguçon  de  Lodi,  sorte  de  traité,  fortdecousu.de  morale  pieuse, 
se  trouve  dans  le  même  ms.  d'où  M.  Tobler  a  tiré  la  traduction  vénitienne 
de  Caton  (Rom.,  XII,  431);  il  est  surtout  intéressant  pour  la  langue,  et  l'édi- 
teur a  fait  précéder  le  texte  d'une  introduction  grammaticale  qui  ne  laisse 
rien  à  souhaiter. 

Studj  sulla  letleratura  italiana  de  primi  secoli,  per  Alessandro  d'AxcoxA,  prof. 
nella  R.  Università  di  Pisa.  Ancona.  Morelli,  1884,  in- 1 2,  460  p. —  Quatre 
«  études  »,  dont  les  deux  plus  importantes  sont  la  première  sur  Jacopone 
da  Todi  le  «  jongleur  de  Dieu  »,  et  la  dernière,  //  Contrasta  di  Cielo  dal 
Camo,  dont  nous  avons  parlé  quand  elle  a  paru,  mais  qui  est  ici  augmentée 
d'un  appendice  résumant  l'ardente  et  longue  discussion  à  laquelle  elle  avait 
donné  lieu  ;  ces  deux  dissertations  sont  des  chefs-d'œuvre  en  leur  genre.  Les 
deux  autres,  sur  Convenevole  da  Prato  le  maître  de  Pétrarque,  et  sur  le 
«  Secentismo  nella  poesia  cortese  del  secolo  xiv  »,  sont  aussi  fort  inté- 
ressantes. 

Les  Lettres  à  la  cour  des  papes.  Extraits  des  archives  du  Vatican  pour  servir  à  l'histoire 
littéraire  du  moyen  âge,  1  290-1423,  par  Antoine  Thomas  (extrait  des  Mé- 
langes publiés  par  l'Ecole  française  de  Rome),  1884,  gr.  in-8,92  p.  —  Les 
notices  concernant  les  auteurs  français  et  provençaux  ont  déjà  paru  dans  la 
Romania;  les  autres  concernent  Taddeo  d'Alderotto.  Giovanni  d'Andréa, 
Pierre  d'Auvergne,  Guidoda  Baiso,  Roberto  de'  Bardi,  Guglielmo  da  Brescia, 
Gui  de  Chaulhac,  Landolfo  Colonna,  Pierre  de  Condé,  Jean  Courtecuisse, 
Niccolô  Domenici,  Pierre  de  Ferrières,  John  Grauntson,  Bernard  Gui,  Jean 
de  Jandun,  Jean  de  Montreuil,  Dino  di  Mugello,  William  d'Ockham,  Mar- 
sile  de  Padoue,  François  Pétrarque,  Ambrogio  Traversari,  Nicolas  Trivet, 
Roger  des  Ternes.  Plusieurs  de  ces  notices  apportent  à  l'histoire  littéraire 
des  suppléments  ou  des  rectifications  d'un  véritable  intérêt. 
Chrestomathie  de  l'ancien  français  (ixe-xve  siècles),  à  l'usage  des  classes,  précédé 
d'un  tableau  sommaire  delà  littérature  française  au  moyen  âge  et  suivi  d'un 
glossaire  étymologique  détaillé,  par  L.Constans,  professeur  à  la  Faculté  des 
lettres  d'Aix.  Paris,  Vieweg,  1 884,  in-8,  xlviii-  370  p.—  La  Romania  reviendra 
sans  doute  avec  détail  sur  ce  volume,  dont  on  peut  dire  en  tous  cas  qu'il  ré- 
pond à  un  besoin  généralement  senti.  Mais  je  suis  obligé  de  dire  quelques 
mots  du  «  tableau  sommaire  de  la  littérature.  »  M.  Constans  s'est  beaucoup 
servi  de  notes  prises  par  lui  à  un  cours  que  j'ai  fait  sur  ce  sujet  à  l'Ecole 
des  hautes  études,  en  1 880-8 1  ;  il  était  assurément  dans  son  droit,  d'autant 
plus  qu'il  indique  :>  plusieurs  reprises  la  source  où  il  a  puisé.  Mais  je  ne 
voudrais  pas  qu'on  regardât  sa  rédaction,  d'ailleurs  extrêmement  abrégée, 
comme  représentant  mon  cours;  l'esquisse  de  M.  C.  en   donnerait  sur  plus 


CHRONIQUE  493 

d'un  point  une  idée  inexacte,  comme  on  le  verra  prochainement  quand  je 
l'imprimerai.  Il  est  parfois  arrivé  à  M.  C.  d'entendre  de  travers  les  noms 
que  je  prononçais  ou  de  mal  lire  ses  notes  avant  de  rédiger  son  travail  ;  c'est 
ainsi  que  Luce  de  Gast  devient  Luce  de  Casse  (p.  xxv),  que  M.  Talbert  se 
trouve  (p.  xxxvii  germanisé  en  Thalbcrg,  que  l'on  voit  apparaître,  comme  un 
personnage  connu  (p.  xxv),  Guillaume  de  Dourdan,  ou  que  le  Brct  d'Hélie 
de  Borron  est  appelé  ip.  xxvi)  le  Brut.  On  sent  là  et  à  d'autres  traits  en- 
core la  rapidité  avec  laquelle  a  été  exécuté  le  travail  de  M.  Constans.  — 
G.  P. 

Kcltoromanischcs,  von  Rudolf  Thurneysen,  Privatdozenten  an  der  Universitact 
Jena.  Die KeltischenEtymologieen  im  Etymologisch.cn  WSrterbuchder  romanischen 
Sprachen  von  F.  Diez.  Halle,  Niemeyer,  in-8,  128  p.  —  Voilà  un  travail  dont 
tous  les  romanisants  apprécieront  l'utilité  et  qui  vaudra  à  l'auteur  leur  sin- 
cère reconnaissance.  Nous  y  reviendrons  peut-être  pour  discuter  plusieurs 
des  hypothèses  de  M.  Th.  (entre  autres  la  nouvelle  explication,  par  le  cel- 
tique, û'andare  et  aller),  et  nous  dirons  dès  maintenant  que  nous  trouvons 
l'auteur  encore  un  peu  trop  latitudinaire  en  fait  d'étymoiogies celtiques;  mais 
enfin  il  porte  pour  la  première  fois  la  lumière  et  la  méthode  dans  un  sujet  où 
jusqu'ici,  en  dehors  de  quelques  points  isolés,  il  n'y  avait  que  la  plus  obscure 
confusion.  Tous  les  mots  celtiques  qui,  à  un  titre  quelconque,  sont  allégués 
dans  le  Dictionnaire  étymologique  de  Diez  sont  ici  soumis  à  un  contrôle  ri- 
goureux, fondé  sur  une  connaissance  exacte  de  la  phonétique  celtique  et  ro- 
mane, et  sur  une  connaissance  du  lexique  celtique  aussi  complète  que  nos 
moyens  actuels  d'information  permettent  de  l'avoir. 

Der  Saturnische  Vers  aïs  rythmisch  erwiesen,  von  Otto  Keller.  Leipzig,  Freytag, 
in-8,  84  p.  —  Bien  qu'il  s'agisse  ici  de  philologie  latine,  nous  avons  voulu 
signaler  cet  ouvrage  à  nos  lecteurs,  parce  que  les  origines  de  la  versification 
rythmique  romane  sont  évidemment  mêlées  à  l'étude  de  la  versification  ryth- 
mique latine.  Depuis  le  livre  de  M.  Havet.  on  pouvait  croire  le  saturnien 
définitivement  rejeté  loin  de  tout  rapprochement  avec  les  vers  rythmiques. 
M.  Keller,  connu  par  d'excellents  travaux  de  philologie  classique,  combat 
la  thèse  de  M.  Havet  (comme  l'a  fait  aussi  en  France  M.  l'abbé  Misset),  et 
veut  retrouver  dans  le  saturnien  un  principe  rythmique.  Nous  n'avons  pas 
à  nous  prononcer  ici  sur  le  fond  de  la  question,  d'autant  plus  que  M.  Havet 
répondra  sans  doute  à  son  contradicteur;  nous  signalerons  seulement  quel- 
ques intéressants  exemples  de  vers  de  l'époque  classique,  ceux-là  incontes- 
tablement rythmiques,  allégués  par  M.  Keller. 

Ueber  die  Beobachtung  des  Wortaccentes  in  der  altlateinischen  Poésie.  Von  Wilhelm 
Meyer,  aus  Speyer.  Mùnchen,  Franz,  Jn-4,  120  p.  —  Ce  travail  a  été  en- 
trepris pour  répondre  à  la  question  de  savoir  si  le  principe  de  la  versification 
moderne,  la  coïncidence  du  temps  fort  avec  l'accent  tonique,  a  son  ori- 
gine, comme  on  l'a  souvent  dit,  dans  la  versification  latine  classique,  bien 
qu'elle  suivît  en  général  un  principe  tout  différent.  M.  Meyer  étudie  à  ce 
point  de  vue  les  diverses  formes  de  vers  employées  par  les  Latins,  et  conclut 
ainsi,  comme  l'a  fait  M.  Louis  Havet  dans  son  livre  sur  le  saturnien,  et 
avec  plus  de  rigueur  encore  :  «   On  ne  trouve  avant  saint  Augustin  ni  un 


494  CHRONIQUE 

poème  latin  construit  uniquement  d'après  l'accent  tonique,  ni  un  poème  dans 
la  construction  duquel,  à  côté  de  la  quantité,  on  ait  égard,  dans  une  me- 
sure quelconque,  à  l'accent  tonique.  L'origine  de  la  versification  rythmique 
reste  donc  toujours  une  énigme.  On  essaiera  dans  un  autre  mémoire  d'en 
donner  la  solution.  »  On  comprend  avec  quel  intérêt  nous  attendons  la  pu- 
blication de  ce  mémoire,  étant  donnés  les  excellents  travaux  que  l'auteur  a 
déjà  accomplis  dans  ce  domaine  (voy.  notamment  Rom.,  XI,  634). 

Les  Fabulistes  latins  depuis  le  siècle  d'Auguste  jusqu'à  la  fin  du  moyen  âge,  par 
Léopold  Hervieux.  Phèdre  et  ses  anciens  imitateurs  directs  et  indirects.  Paris, 
Didot,  in-8,  2  vol.,  vm-730  et  8^1  p.  — Ce  livre  important,  quoique  assez 
singulièrement  composé,  contient  dans  la  première  partie  des  recherches 
qui,  si  elles  n'ont  pas  toujours  été  dirigées  par  la  méthode  la  plus  scienti- 
fique, sont  fort  étendues  et  conduites  avec  un  remarquable  bon  sens;  dans  la 
seconde  partie,  l'impression  textuelle  des  manuscrits  de  Phèdre,  de  ceux  de 
Romulus  et  autres  rédactions  analogues,  de  l'Anonyme  de  Névelet,  etc. 
C'est  une  collection  de  matériaux  incomparables,  qu'on  aurait  pu  réduire 
sans  inconvénient,  mais  qui  rendra  les  plus  grands  services.  Un  index  des 
fables  par  sujets  alphabétiquement  disposés  eût  beaucoup  facilité  l'usage  du 
livre. 

La  France  merveilleuse  et  légendaire,  par  H.  Gaidoz  et  Paul  Sébillot.  I.  Le 
Blason  populaire  de  la  France,  par  H.  Gaidoz  et  Paul  Sébillot.  xv-382  p. 
II.  Contes  des  provinces  de  France,  par  Paul  Sébillot,  xrx-332  p.  Paris, 
Cerf,  in—  1 8 .  —  Ces  deux  volumes  ne  sont  pas  de  simples  compilations;  ils 
offrent  des  morceaux  inédits  ou  peu  connus  et  méritent  toute  l'attention  des 
folkloristes. 

Kreolische  Studien,  von  Hugo  Schuchard.  IV.  Uebcr  das  Malaiospanische  dtr 
Philippinen,  42  p.  V.  Ueber  das  Milaneso-englische,  13  p.  VI.  Ueber  das 
Indo-portugiesische  von  Mangalorc,  25  p.  Wien,  Gerold,  in-8. 

Studien  zur  rumànischen  Philologie,  von  H.  Tiktin.  Erster  Theil.  Leipzig, 
Breitkopf,  in-8,  III- 120  p.  — Ces  études,  qui  paraissent  très  approfondies, 
concernent  :  i°  les  diphtongues  ca  et  ta,  étudiées  dans  leurs  origines  et  dans 
leur  développement  en  roumain  commun,  roumain  du  nord  et  moldave 
(p.  1-96)  ;  2°  l'influence  de  s  et  /  sur  les  voyelles  voisines  (p.  97-1 1  j). 

Die  beiden  Sagcnkreise  von  Flore  und  Blanscluflur,  eine  litterarhistorische  Studie, 
von  Hans  Herzog  (diss.  de  Zurich,  extrait  de  la  Gcrmania).  Wien,  Gerold, 
in-8,  92  p.  —  Nous  aurons  bientôt  l'occasion  de  revenir  sur  cette  disser- 
tation fort  intéressante. 

Das  altprovenzalischc  Boelhiuslicd ,  unter  Beifiigung  cher  Ucbersetzung,  eines 
Glossars,  erklàrender  Anmerkungen,  sonne  grammatischer  und  metrischer  Unter- 
suchungen,  hgg.  von  Dr  Franz  Hundgen.  Oppeln,  E.  Franck,  1884.  In-8, 
224  pages.  —  Le  besoin  de  cette  nouvelle  édition,  qui  vient  après  tant 
d'autres,  ne  se  faisait  pas  sentir.  Le  texte  et  les  notes  ne  sont  rien  de  plus 
qu'une  compilation  faite  avec  peu  de  discernement  des  travaux  antérieurs. 
Le  glossaire  contient  beaucoup  d'erreurs,  souvent  fort  graves  (acupar  ex- 
pliqué par  adculpare,  min  rapproché  de  [xûp'.o:,  etc.)  ;  le  dépouillement 
grammatical,  qui  est  démesurément  long  (pp.  74-197),  présente  peu  d'intérêt, 


CHRONIQUE  495 

l'auteur  n'ayant  pas  su  distinguer  ce  qui  est  propre  au  texte  édité  de  ce  qui 
se  rencontre  partout  ailleurs,  et  ne  s'étant  pas  le  moins  du  monde  préoccupé 
de  tirer  des  faits  rassemblés   des  conclusions  qu'ils   comportent  quant  à  la 
date  et  au  lieu  d'origine  du  poème  ou  du  moins  de  la  copie.  M.  H.  est  in- 
capable de  voir  par  lui-même  les  difficultés  qui  ne  lui  ont  pas  été  signalées 
par  ses  devanciers.  Ainsi  il  explique  sans  broncher  vil  (v.  205)  paroculi, 
comme  si  l'accent  placé  sur  \'e  dans  le  ms.  ne  rendait  pas  cette  interprétation 
fort  douteuse.  Il  ne  sait  même  pas  distinguer  une  bonne  explication  d'une 
mauvaise  :  au  v.  243  par  ex.,  il  rejette  la  leçon  per  cosedent  «  à  l'avenant,  à 
proportion  »  proposée  par  M.  Tobler  (Zcitschr.    f.    rom .  Phil.,  II,  504-5) 
leçon  qui  est  l'évidence  même,  et  conserve  le  non  sens  traditionnel  per  go 
sedenz  qu'il   traduit  par  «    obwohl  sitzend.    »  En  somme,  dans  ce   travail 
d'un  débutant  qui  a  trop  présumé  de  ses  forces,  il  n'y  a  ni  gain  pour  le 
présent  ni  espérance  pour  l'avenir. 
Etudes  de  grammaire  portugaise  (Roma  'ni,  t.  X  et  XI,  art.  de  M.  J.   Cornu), 
par  A.  R.  Goxçalves  Vianna.  Louvain,  Peeters,  in-8,   \  <,  p.  (extrait  du 
Musion).  —  Notes  sur  les  articles  de  M.  Cornu,  dont  l'auteur  signale  la 
haute  valeur. 
Ysengrimus.  Herausgegeben  und  erklaert  von  Ernst  Voigt.  Halle,  libr.  de  l'Or- 
phelinat, in-8,  cxLvi-470  p.  —  Comme  texte  et  comme  éclaircissements  de 
tout  genre  (introduction,  variantes,   notes,  index),  cette  édition,  non  seu- 
lement ne  laisse  rien  à  désirer,  mais  doit  être  signalée  comme  une  des  publi- 
cations les  plus   importantes  et  les  plus  méritoires  de  ces  derniers  temps. 
M.  Voigt,  déjà  connu  par  ses  travaux  sur  d'autres   poèmes  latins  appar- 
tenant au  cycle  de  Renart,  fait  preuve  dans  celui-ci  d'une  érudition  vraiment 
admirable  et  d'un  jugement  en  général  excellent.  L' Ysengrimus,  vu  sa  date 
ancienne  (avant  1 1  $ 0 1  et  sa  réelle  valeur   littéraire,  est  un  des  monuments 
capitaux  du  cycle  ;  M.  V.  lui  assigne  sa  place  et  son  rang  et  présente  à  ce 
propos  sur  l'évolution  de  ce  cycle,  tout  savant  et  clérical  à  l'origine,  et  rapi- 
dement répandu  dans  le  peuple  par  les  jongleurs  français,  des  considérations 
brèves  mais  intéressantes,  et  auxquelles  on  peut  souscrire  sauf  quelques  ré- 
serves, notamment  sur  l'origine,  croyons-nous,  plus  vraiment  populaire  de 
certains  éléments  (cf.  Rom.,  XI,  17). 
Dante  Alighieri.  La  Vita  nuova,  illustrata  con  note  e  preceduta  da  uno  studio  su 
Béatrice  per  A.  d'Ancona.    2a  ediz.  notevolmente  accresciuta,  ad  uso  délie 
scuole  secondarie  classiche  e  teeniche.  Pisa,  Libreria  Galileo,  gia  Nistri,  1884, 
in-8,  lxxxviij-257  p.  —  Les  éditions  de  la  Vita  nuova  publiées  en  1872  par 
M.  d'Ancona,  en   1876  par  C.  Witte,  sont  certainement  les  deux  publi- 
cations qui  ont  le  plus  contribué  à  l'amélioration  du  texte  et  à  l'interprétation 
de  cette  œuvre  si   importante  de  Dante.  L'édition  de  Witte,   dont  l'im- 
pression, au  moins  quant  au  texte,  était  achevée  dès  1873,  n'a  pu  profiter 
du  travail  considérable  de  M.  d'Ancona.  L'édition  de  1872  imprimée  in-4  et 
à  petit  nombre  était  épuisée  depuis  plusieurs  années.  M.  d'A.  la  reproduit 
actuellement  accrue  de  nombreuses  notes  et  diminuée  des  variantes  des  mss. 
qui  n'ont  pas  paru  à  leur  place  dans  un  livre  destiné  aux  classes.  Il  va  sans 
dire  que  notre  savant  collaborateur  a  tenu  compte  de  tous  les  travaux  dont 


496  CHRONIQUE 

la  Vita  nuova  a  été  l'objet  depuis  1872  et  notamment  de  l'édition  de  Witte. 
Son  commentaire,  dans  lequel  sont  comme  enchâssés  les  chapitres  de  la  Vita 
imprimés  en  plus  gros  caractère,  est  devenu  fort  volumineux.  Peut-être,  à 
sa  place,  l'aurions-nous  allégé  en  quelques  parties.  11  y  a,  pour  les  élèves 
auxquels  il  est  destiné,  une  certaine  surabondance  Tel  qu'il  est,  c'est  un 
trésor  de  renseignements,  indispensable  à  quiconque  voudra  faire  une  étude 
approfondie  de  cet  étrange  ouvrage,  sur  le  caractère  et  la  signification  du- 
quel la  discussion  ne  paraît  pas  près  d'être  close.  Le  morceau  capital  reste 
toujours  l'étude  préliminaire  dans  laquelle  l'auteur  analyse  le  personnage  de 
Béatrix,  tant  dans  la  Vita  que  dans  la  Divine  Comédie,  avec  beaucoup  de 
sens  et  de  finesse.  C'est,  à  notre  avis,  l'Interprétation  la  plus  vraisemblable 
qui  ait  été  donnée  jusqu'à  ce  jour  de  ce  rôle  énigmatique. 
Causeries  sur  les  origines  et  sur  le  moyen  âge  littéraire  de  la  France,  par  L.  Gar- 
reaud.  Paris,  Vieweg,  1884,  2  vol.  in-12,  296  et  388  pages.  —  Nous  ne 
reprocherons  pas  à  ce  livre,  composé  sans  prétentions  érudits,  de  n'ajouter 
à  nos  connaissances  sur  le  moyen  âge  français  ni  un  fait  ni  une  idée,  mais 
nous  avons  le  droit  de  constater  que  l'auteur  n'a  consulté  que  des  ouvrages 
plus  ou  moins  arriérés,  ceux  d'Ampère,  de  Nisard,  de  Michelet,  deGéruzez, 
ou  qui  n'ont  jamais  eu,  même  dans  leur  nouveauté,  la  moindre  valeur,  tels 
que  ceux  de  M.  Loiseau.  Les  Causeries  de  M.  Garreaud  sont  donc,  en 
somme,  une  compilation  des  opinions  qui  avaient  cours  il  y  a  une  vingtaine 
d'années,  bien  qu'on  y  rencontre  aussi  certaines  erreurs  que  nous  ne  nous 
souvenons  pas  avoir  vues  ailleurs,  comme  par  ex.  cette  assertion  que  le 
voyage  d'Alexandre  au  paradis  terrestre  se  trouverait  dans  le  poème  d'Au- 
bri  de  Besançon  (II,  306).  On  se  rendra  suffisamment  compte  du  carac- 
tère de  ces  Causeries  sur  nos  origines  littéraires,  par  ce  seul  fait  qu'avant 
d'en  arriver  à  la  conquête  des  Gaules  par  César,  l'auteur  trouve  le  moyen 
d'écrire  dix  chapitres  où  les  druides,  les  druidesses,  les  bardes,  jouent 
un  rôle  prépondérant.  Citons  enfin  les  titres  de  quelques  paragraphes: 
ch.  II,  §  6  :  «  L'originalité  de  la  littérature  et  de  la  langue  française  est  de 
»  n'en  pas  avoir  ».  Ch.  VII,  $  6  :  «  Influence  du  celtique  sur  la  syntaxe  et 
»  l'esprit  de  la  grammaire  française  ».  Ch.  X,g  3  :  «  Influence  de  la  civili- 
»  sation  massaliote  sur  les  coutumes,  la  langue  et  la  littérature  de  la  France 
»  moderne.  »  Ch.  XIV,  g  1  :  «  La  mission  des  saints.  Saint  Martin,  patron 
»  des  Gaules.  Origine  des  trois  couleurs  du  drapeau  français  ».  Ch.  IV,  §  3  : 
«  La  Divine  Comédie  de  Dante  se  rattache  aux  pérégrinations  infernales  des 
»  Celtes  ».  Ch.  VII,  '£  7  :  «  C'est  grâce  aux  éléments  celtiques  contenus 
»  dans  la  langue  d'oïl  que  cette  dernière  est  devenue  langue  nationale,  de 
»  préférence  à  la  langue  d'oc  dérivée  directement  du  latin.  »  Nous  croyons 
que  maintenant  nos  lecteurs  savent  à  quoi  s'en  tenir  sur  cet  ouvrage  qui  est 
«  destiné  dès  le  principe  aux  familles  et  aux  instituts  d'Allemagne  »  (p.  ij). 

Errata.  —  Dans  notre  précédent  numéro,  p.  12,  1.  9  :  Fauriel,  lis.  Fau~ 
chet.  —  Ibid.,  I.  15  :  «  qu'on  ne  pouvait  hésiter  »,  suppr.  ne.  —  P.  24,  note 
du  v.  210,  j'ai  eu  tort  de  considérer  aride  comme  fautif.  C'est  un  cri  de  guerre 
des  Sarrazins  connu  déjà  par  la  Chanson  d'Antioche  de  P.  Paris,  II,  1 12  ;  cf. 
Diez,  Etym.  Wart..  11  b,  Alarido. 


NOTICE   ET  EXTRAITS  DU  MS.  8??6 


BIBLIOTHEQUE    DE    SIR   THOMAS    PHILLIPPS 


A    CHELTENHAM. 


Le  manuscrit  d'où  sont  tirés  les  éléments  du  présent  mémoire  n'est 
pas  inconnu.  Certaines  parties  en  ont  été  signalées,  ou  même  imprimées 
en  entier.  Toutefois,  la  portion  la  plus  considérable,  celle  qui  contient 
les  poésies  de  Bozon  et  de  Gautier  de  Biblesworth,  sans  compter  les 
pièces  anonymes,  n'a  pas  été  étudiée  jusqu'à  ce  jour,  et  elle  fournit, 
comme  la  présente  notice  le  montrera,  des  éléments  nouveaux,  et  non 
sans  intérêt,  à  l'histoire  de  la  poésie  anglo-normande.  Une  circonstance 
particulière  m'a  déterminé  à  ne  pas  surseoir  plus  longtemps  à  la  pu- 
blication d'un  travail  dont  les  matériaux  sont  depuis  plusieurs  années 
entre  mes  mains  :  c'est  que  j'édite  en  ce  moment,  pour  la  Société  des 
anciens  textes  français,  avec  le  concours  de  Miss  L.  Toulmin  Smith,  un 
recueil  de  contes  moralises  de  Bozon,  que  j'ai  trouvé,  il  a  quelques 
années,  dans  la  bibliothèque  de  Gray's  lnn,  à  Londres,  et  dont  le  ms. 
Phillipps  offre  un  second  exemplaire.  Ces  contes  sont  en  prose,  mais  on  y 
retrouve  çà  et  là  des  passages  qui,  avec  de  très  faibles  modifications,  se 
laissent  remettre  en  vers,  soit  que  l'ouvrage  ait  été  originairement  ver- 
sifié, soit  plutôt  que  l'au'eur,  exercé  à  la  forme  poétique,  ait  jugé  à 
propos  d'abandonner  de  temps  en  temps  la  prose  pour  les  vers.  Quoi 
qu'il  en  soit,  il  y  a  intérêt  à  comparer  les  contes  en  prose  de  Bozon 
avec  ses  poésies,  et  c'est  principalement  afin  de  rendre  cette  comparaison 
possible  que  la  notice  qui  suit  a  été  rédigée. 

La  plus  ancienne  mention  que  je  connaisse  du  ms.  Phillipps  se  ren- 
contre dans  le  t.  II  des  Catalogi  libroium  manuscriptorum  Anglis  et  Hi- 
bernU  de  Bernard  ^Oxoniae,   1697),  où  se  trouve,  sous  les  n03  9151  à 


Romanïa,  XIII. 


32 


498  P.    MEYER 

9161  pp.  558-91,  une  série  de  onze  mss.  catalogués  sous  la  rubrique 
Librorum  maniiscriptoriun  V.  Cl.  Henrici  Farmeri  armigeri,  de  Tusmor 
in  comitatu  Oxoniensi,  caîalogus.  Le  neuvième  de  ces  ms.  est  celui  que 
possèdent  maintenant  les  héritiers  de  sir  Th.  Phillipps !.  J'ignore  ce  que 
sont  devenus  les  dix  autres,  du  reste  moins  importants2.  En  1778,  War- 
ton  mentionne  le  traité  de  vénerie  qui  occupe  les  ff.  15  à  36  de  notre 
ms.  comme  se  trouvant  ou  comme  s'étant  trouvé  récemment  parmi  les 
ms.  de  M.  Farmer  de  Tusmore  ?.  La  manière  dont  il  s'exprime  donne  à 
croire  qu'il  connaissait  l'ouvrage  directement,  et  non  pas  seulement  par 
l'indication  du  catalogue  de  Bernard.  Cependant  il  ne  dit  rien  qu'il  n'ait 
pu  trouver  dans  Bernard. 

De  la  bibliothèque  Farmer  notre  ms.  passa  dans  celle  de  Richard 
Heber.  Il  porte  dans  le  catalogue  de  vente  de  la  Bibliotheca  Heberiana 
le  n°  14704.  H  fut  acquis  avec  un  grand  nombre  des  meilleurs  mss.  de 


1 .  La  description  donnée  dans  les  Catalogi  est  assez  précise  pour  ne  laisser 
aucun  doute  sur  l'identité  du  volume.  En  voici  les  premières  lignes  : 

«  Tractatus  de  informatione  Juvenum,  in  sermone  gallico,  cum  expositione 
vocum  in  lingua  anglica.  Incipit  :  Levest  {lisez  ço  est)  le  Tretyz  ke  Monsieur 
Gautier  de  Biblesworth  fist  a  Madame  Deonyse  de  Mountehensy  [lisez  Mount- 
chensy)  ke  nous  {lisez  vous)  aprendra  le  franceys  de  pluseur  choses  de  ce  mound 
per  [lisez  pur)  fy!  de  gentylshomme  eniourmer  de  langage.  Le  castel  de  l'Amour, 
in  rhythmis  gallicis.Le  Art  de  vénerie  lequel  Mastre  Guyllame  Twici  venour  le 
Roy  d'Angleterre  fist  en  son  temps  per  {lisez  pur)  aprendre  autres. ..  •> 

D'ailleurs  le  ms.  Philipps  porte  encore  à  l'intérieur  de  sa  reliure  le  nom  et 
les  armes  d'un  membre  de  la  famille  Farmer,  William  Fermor,  avec  la  date  de 
1816. 

2.  Il  en  est  un,  cependant,  qu'il  doit  être  possible  de  retrouver;  c'est  le  troi- 
sième ms.  de  la  liste  imprimée  dans  le  catalogue  de  Bernard,  qui  contient  un 
Sidrac  et  la  Lumière  as  lais.  Ce  ms.  a  tait  partie  de  la  bibliothèque  de  Richard 
Heber  (nu  1469),  ce  que  j'ignorais  lorsque  je  l'ai  mentionné,  Romania.  VIII, 
326.  A  la  vente  Heber,  il  fut  acheté  pour  23  livres  st.  par  Techener. 

3 .  «  The  most  curious  one  (=  treatise  on  hunting) .  I  know  is,  or  was 
lately,  among  the  manuscripts  ofMr.  Farmer  of  Tusmore  in  Oxfordshire.  It  is 
entitled  «  le  Art  de  Vénerie  lequel  maistre  Guillame  Twici  venour  le  roy  d'An- 
»  gleterre  fist  en  son  temps  per  aprandre  autres  ».  This  master  William 
Twici  was  grand  huntsman  to  Edward  the  second.  »  History  of  English  poctry, 
ire  éd. ,  II,  220,  note  m.  ;  éd.  1824,  III,  5  5  ;  éd.  1840,  II,  405  (je  ne  me  sers 
pas  de  l'édition  de  M.  C.  Hazlitt,  1871,  qui  modifie  le  texte  de  Warton  d'une 
manière  inintelligente).  Ailleurs  encore,  Warton  (éd.  1840,  II,  384)  mentionne 
le  même  ms.  à  propos  des  hymnes  et  antiennes  mises  en  anglais  par  William 
Herebert,  qui  occupent  la  fin  du  ms.  Mais  là  encore  il  paraît  bien  citer  d'après 
le  catalogue  de  Bernard. 

4.  R.  Heber  l'avait  acheté,  comme  le  n"  1469  mentionné  un  peu  plus 
haut,  de  W.  Fermour,  de  Tusmore.  M.  Madan,  sous-bibliothécaire  de  la 
Bodléienne,  m'a  signalé  dans  le  Gentleman' s  Magazine,  t.  XCVII  (1827),  p.  580, 
une  généalogie  de  la  famille  Farmer  ou  Fermor,  de  Tusmore,  dans  laquelle  figu- 
rent Henry  Fermor,  qui  fit  son  testament  en  1702,  évidemment  celui  que 
mentionnent  les  Catalogi;  puis  son  arrière-petit-fils,  William  Fermour,  né  en 
1737  et  mort  en  1806;  enfin  William  Fermour,  fils  de  celui-ci.  Ce  dernier, 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  499 

cette  célèbre  collection  par  sir  Thomas  Phillipps,  qui  lui  assigna  le 
3    n°  85,66  sous  lequel  il  est  actuellement  conservé  à  Cheltenham. 

Le  ms.  Phillipps  se  compose  de  morceaux  où  on  peut  distinguer 
diverses  écritures,  mais  qui  étaient  déjà  réunis  en  un  volume  à  la  fin 
du  xiv'  siècle,  époque  où  fut  rédigée  une  table  sommaire  qu'on  peut 
lire  au  verso  du  premier  feuillet  '.  Il  est  formé  de  treize  cahiers  dont  les 
feuillets  ont  0,230  de  hauteur  sur  0,170  de  largeur.  Le  tout  parait  avoir 
été  écrit  dans  la  première  moitié  du  xive  siècle. 

Cahier  /,  ff.  1  à  1 3  ;  table  initiale;  traité  de  Gautier  de  Biblesworth. 

Cahier  II,  ff.  14  a  25  ;  fin  de  G.  de  Biblesnorth,  château  de  Loyale 
Amour,  traité  de  vénerie,  recettes  culinaires,  traité  de  fauconnerie. 

Cahier  III,  ff.  26  à  37  ;  fin  du  traité  de  fauconnerie  ;  le  feuillet  37  est 
resté  en  blanc. 


comme  on  le  voit  par  une  généalogie  manuscrite  récemment  acquise  par  laBod- 
léienne,  mourut  en  1828.  C'est  de  lui  que  Heber  avait  acheté  les  deux  ma- 
nuscrits classés  sous  les  n"s  1469  et  1470  dans  son  catalogue. 

1 .  Voici  cette  table,  dont  je  numérote  les  articles  : 

In  hoc  volumine  continentur  subscripta  per  ordinem. 

1.  Tractatus  informacionis  juvenum,  in  gallico,  diversarum  rerum,  cum  expo- 
sicione  earumdem  in  anglico. 

2.  Item,  Castrum  amoris,  in  gallico. 

3.  Item  ars  venacionis,  in  gallico. 

4.  Item,  doctrina  faciendi  diversa  cibaria,  in  anglico. 

y  Item,  tractatus  de  avibus  generosis,  quomodo  cognosci,  nutriri  et  custo- 
diri  debeant,  in  gallico. 

6.  Item,  tractatus  diversi  fratris  Nich.  Boson,  de  ordine  minorum,  de  pas- 
siene  et  de  amore,  in  gallico. 

7.  Item,oraciones  diverse  ad  beatam  Virginem,  ejusdem,  et  disposicio  Claustri 
religionis,  in  gallico. 

8-9.  Item,  tractatus  qui  dicitur  «  Currus  Boson  »  et  similitudo  mulierum  ad 
picam,  et  alia  in  gallico. 

10.  Item,  disputacio  inter  corpus  et  aniinam  et  multa  alia  notabilia  in  gal- 
lico consequenter. 

1  1.  Item,  descripeio  milicie  per  Hugonem  de  Tabarie,  cum  aliis  notabilibus 
in  gallico.  Hendyng. 

12.  Item,  multa  rithmice  composita  in  anglico. 

13.  Item,  proverbia  gallica  secundum  ordinem  alphabeti. 

14.  Item,  tractatus  quidam  de  gallico  cum  exposicione  orationis  dominice  et 
salutacionibus  Virginis  gloriose,  in  gallico. 

1  y  Item,  exempla  bona  et  narraciones  utiles  pro  sermonibus,  in  gallico. 

16.  Item,  Valerius  ad  Rufum  de  uxore  non  ducenda. 

17.  Item,  quidam  sermones  cum  supplecione  cronicarum. 

~  18.  Item,  tractatus  de  veneno  cum  multis  aliis  in  anglico  et  arte  faciendi 
collationes,  ex  collacione  fratris  Willelmi  Herebert  auctoritate  ministri  generalis. 
On  observera  que  l'article  12  mentionne,  entre  le  poème  de  Hue  de  Tabarie 
et  les  proverbes,  des  poésies  anglaises  qui  manquent  au  ms.  Ces  poésies  de- 
vaient occuper  la  fin  du  cahier  VIII,  qui  a  été  coupée.  C'est  probablement  au 
même  art.  12  qu'il  taut  rapporter  le  nom  Hendyng,  placé  à  la  suite  de  l'art.  1  1. 
Hendyng  est  un  personnage  imaginaire  à  qui  en  Angleterre  on  attribuait  les 
proverbes  comme  en  France  on  les  attribuait  au  vilain. 


JOO  P.    MEYER 

Cahier  IV, iï.  38  à  49;  poésies  diverses,  les  unes  de  Bozon,  les  au- 
tres anonymes,  qui  se  poursuivent  dans  les  cahiers  suivants. 

Cahier  V,  ff.  50  a  61. 

Cahier  VI,  ff.  62  à  73. 

Cahier  VU,  ff.  74  à  8$. 

C^/ji'er  V7//,  ff.  86  à  92.  Se  composait  originairement,  comme  les 
autres,  de  six  feuilles  doubles.  Les  deux  derniers  feuillets  ont  été  coupés. 

Cahier  IX,  ff.  96  à  106.  Originairement  de  six  feuilles,  niais  le  dernier 
feuillet  a  été  coupé. 

Cahier  X,  ff.  107  a  119.  Originairement  de  sept  feuilles;  le  dernier 
feuillet  a  été  coupé. 

Cahier  XI,  ff.  120  à  129.  Avec  ce  cahier  commencent  les  contes  mo- 
ralises de  Bozon  qui  se  poursuivent  jusqu'au  fol.  153. 

Cahier  XII,  ff.  130  à  1 39. 

Cahier  XIII,  ff.  140  à  1 51  ;  le  feuillet,  143  est  coupé. 

Cahier  XIV,  ff.  152  à  154.  Originairement  de  deux  feuilles.  Le  der- 
nier feuillet  a  été  coupé. 

Viennent  ensuite  cinquante-sept  feuillets,  contenant  des  pièces  latines 
et  anglaises  dont  je  me  bornerai  à  dire  quelques  mots  à  la  fin  de  la  pré- 
sente notice. 

Plusieurs  mains  ont  contribué  à  la  composition  de  ce  ms.  Il  n'est  pas 
très  facile  de  distinguer  ces  diverses  écritures,  qui  toutes  paraissent  ap- 
partenir au  même  temps,  le  milieu  du  xive  siècle  environ.  Sauf  erreur 
de  ma  part,  six  ou  sept  écrivains  ont  travaillé  à  la  partie  du  ms.  qui 
fournit  la  matière  du  présent  mémoire  :  A,  ff.  2-37  ;  S,  ff.  38-87  v°; 
C,  ff.  87  vo-95  v°,  pourrait  être  identique  à  A  ;  D,  ff.  96-104,  avec 
des  additions  dues  à  C  ;  E,  ff.  107-18  et  I39~53>  écriture  qui  à  pre- 
mière vue  paraît  plus  ancienne  que  les  précédentes,  mais  c'est  sûrement 
une  illusion  puisqu'elle  continue  (du  fol.  139  au  fol.  1 53)  les  contes  de 
Bozon  commencés  par  une  autre  main  ;  F,  f.  118,  pièce  48  ;  G,  ff.  120 
à  139  v°. 

Du  fol.  75  v°  au  fol.  87  r°  les  vers  sont  écrits  à  lignes  pleines,  comme 
de  la  prose. 

Voyons  maintenant  ce  que  renferme  le  ms. 

jLt  —  Traité  de  Gautier  de  Biblesworth  pour  apprendre  le  fran- 
çais. Il  existe,  à  ma  connaissance,  treize  autres  ms.  de  ce  curieux  opus- 
cule, à  savoir  : 

Cambridge,  Bibliothèque  de  l'Université,  Gg.  1.  1.,  fol.  279  c. 

—  Corpus  Christi    Coll.    450,  fol.  241.    Manquent  les  4$ 

derniers  vers  environ. 

—  Trin.  Coll.  O.  2.  ai,  fol.  120. 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  $01 

Cheltfnham,  Bibl.  Phillipps,  8188  (Bibl.  Heberiana,  n'771  . 
Londres,    Musée  britannique,  Cotton,  Vespasien,  A,  VI,  fol.  60  v". 

Old  roy.  1 3.  A.  IV.  Ne  contient  que  le  début  du  traité. 

Harl.  490.  Fragment  de  31  ff.,  dont  plusieurs  coupés  au 
point  de  n'avoir  conservé  que  quelques  lettres. 

—  740,  fol.  4 

—  Arundel  220,  fol.  297. 

—  Sloane  $  1 3,  fol.  1 39  />. 

—  —  809,  écrit  sur  un  rouleau  de  parchemin. 

Oxford,  Bibl.   Bodleienne,   Selden  supra  74,  fol.  i.   Incomplet  du 
commencement  ;  ne  contient  plus  guère  que  le  dernier 
quart. 
Ail  Soûls  Coll.  182,  fol.  331. 

Le  traité  de  Gautier  de  Biblesworih  a  été  publié  par  Th.  Wright  [A 
volume  of  vocabularies,  142-741  d'après  le  ms.  Arundel  collationné  assez 
irrégulièrement  avec  le  ms.  Sloane  809.  Les  gloses  anglaises  du  ms.  de 
Trinity  ont  été  publiées  par  le  même  dans  les  Relïquiœ  antiqua,  II,  78. 
J'ai  donné  une  édition  critique  des  86  premiers  vers  de  l'ouvrage,  dans 
mon  Recueil  d'anciens  textes,  partie  française,  n"s  36-7,  selon  deux 
leçons  :  la  première  représentée  par  les  mss.  de  Trinity  et  de  Corpus, 
auxquels  se  rattachent  les  mss.  12.  A.  IV;  Sloane  513  et  809  ;  la  se- 
conde, d'après  les  mss.  de  l'Université  de  Cambridge  et  d'Ail  Soûls.  J'ai 
montré  que  le  texte  du  ms.  d'Arundel  était  une  combinaison  de  ces  deux 
leçons. 

Le  texte  du  ms.  Phillipps  8336  paraît  être  l'un  des  meilleurs  que  nous 
possédions.  Il  est  caractérisé  par  les  particularités  qui  suivent.  Entre 
tous  les  mss.  du  traité  de  Gautier  il  est  le  seul  qui  ait  à  la  fois  un  titre 
développé  et  un  prologue  en  forme  de  lettre  adressé  à  dame  Denise  de 
Monchensy  '.  Le  titre  se  rencontre,  sous  une  forme  plus  développée, 
dans  les  mss.  Gg.  1.  1  de  Cambridge,  Arund.  220  et  Sloane  809  du 
Musée  brit.  La  lettre  ne  se  rencontre  que  dans  Trinity  et  dans  Sloane 
$13.  Le  ms.  de  C.  C.  C.  C,  celui  du  Musée,  Old  roy.  13.  A.  IV, 
celui  d'Ail  Soûls,  et  le  ms.  Phillipps  8188  ne  contiennent  ni  titre  ni  pro- 


1.  Deux  dames,  l'aïeule  et  la  petite-fille,  ont  porté  ce  nom.  La  première, 
qui  mourut  en  1504  (Dugdale,  Baronage  of  England,l,  562),  est  surtout  con- 
nue pour  avoir  iondé  une  abbaye  de  femmes  à  Waterbeech,  entre  Cambridge 
et  Ely  (Monasticon  anglicanum,  nouv.  éd.,  VI,  1^4  A).  La  seconde  épousa, 
en  1297.  Hugue  de  Vere,  fils  cadet  de  Robert  de  Vere,  comte  d'Oxford,  et 
mourut  sans  en  ants  en  1314  (Dugdale,  I,  192,  $621.  A  cause  de  cette  dernière 
circonstance,  il  est  probable  que  le  traité  de  Gautier  de  Biblesworth  a  été 
composé  pour  la  première  de  ces  deux  dames  et  non  pour  la  seconde. 


$02  P.    MEYER 

logue.  Le  texte  du  ms.  8336  se  rattache  en  général  à  celui  du  ms.  de 
Trinity  (n°  36  de  mon  Recueil,  mais  pour  certains  vers'  il  s'accorde 
avec  les  mss.  de  Cambridge  Gg.  1.  1,  et  d'Ail  Soûls  (n°  37  de  mon 
Recueil.  Il  réunit  de  bonnes  leçons  qui,  dans  l'édition  partielle  que  con- 
tient mon  Recueil,  se  trouvent  divisées  entre  deux  familles  de  ms.  C'est 
donc  un  texte  qu'il  y  aura  lieu  de  prendre  en  grande  considération  lors- 
qu'on fera  une  édition  critique  du  traité  de  Gautier  de  Biblesworth. 

Çoe  est  le  tretyz  ke  monn  syre  Gautier  de  Biblesworth  fut  a  ma  dame  Deonyse  de 
Mountchensy,  ke  vous  aprendra  le  frauneeys  de  plusour  chosts  de  ce  mound  pur 
fyz  de  gentyls  home  enfourmer  de  langage,  dount  tut  dys  troverez  le  frauneeys 
&  puis  le  englcys  par  desus . 

Chère  soer,  pur  ceo  ke  vous  me  pryastes  ke  jeo  meyse  en  ecryst  (sic)  pur  vos 
enfaunz  acune  apryse  de  frauneeys  en  brèves  paroles,  jeo  l'ay  fet  soulum  ceo 
ke  jeo  ay  aprys  e  soulum  ceo  ke  les  paroles  me  venent  en  memore,  ke  les  en- 
faunz pusent  saver  les  propretez  de  choses  ke  veent,  e  kaunt  deyvent  dyre  moun 
e  ma,  soun  e  sa,  le  e  la,  may  e  jeo. 

Femme  ke  aproche  soun  tens 
De  enfaunter  moustre  sens 

of  a  myde  wyf 
Kaunt  se  porveyt  de  une  ventrere 
4  Ke  soyt  avisée  conseylere. 

the  chyld  ybore 

(Fol.  2  b.\  Kaunt  ly  enfes  serra  nez 

swethe  hym 
Cel  enfaunt  dounk  mayllolez. 

hys  cradel 
En  soun  berz  l'enfaunt  couchez  ; 
of   a  lullere  vel  norice 
8  De  une  bercere  vous  purvoez. 

creopen 
L'enfaunt  comence  chatouner 
Ainz  qu'il  sache  a  pez  aler  ; 

draveleth 
Et  kaunt  yl  baave  de  nature, 

of  dravelynge 
12  Pur  sauver  ses  dras  de  baveure, 

Vous  direz  a  sa  bercere 

a  draveling  chut 
Ke  e!e  le  face  une  bauviere. 


1 .  Comparez  notamment  les  vers  9,  10,   11,  14,  17,  20,  21,  25,  28 . 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILL1PPS  <>0  3 

Sy  toust  eu  m  l'enfes  comence  aler 
fen  byvulen 

16  De  tay  '  se  veut  empaluer  ; 

bylemynge  hurtynge 

ik  pur  mahain  &  pur  blesceùre. 

vol  h  wtn 
Garce  ou  garzoun  le  deyt  sure, 

slumblc  valU 

Ke  il  ne  ceeste  ne  ne  chece  ; 
20  Ensi  covient  bone  pece. 

K  quant  il  encourt  a  tel  âge 
Ke  prendre  se  puet  a  langage, 
Primes  en  fraunezoys  le  devez  dire 
nemnen 
24  Cornent  son  cors  deyt  descrire, 

Pur  l'ordre  avoyr  de  moun  c  ma, 
Toun  &  ta  &  soun  &  sa, 

ilered 
Si  que  en  parole  soit  meuz  apryz 
iscorned 
28  E  de  nul'autre  escharnys. 

(Fol.   2  c)  Ore  de  la  primerc  propreté,  pur  qanqe  apent  a  la  teste. 

Il  i  a  ma  teste  ou  mon  chef, 
ihe  sheede 

Et  la  grève  de  moun  chef.  . . 
Fin  (fol.  4  i)  : 

Et  quant  la  table  fu  oustée, 

Blaunche  poudre  ove  la  grosse  dragée 

&  d'autre  nobleie  a  fuisoun. 

Ensi  vus  finyst  le  sarmoun, 

Car  de  fraunzoys  i  a  assez 

De  mult  de  manere  diversetez, 

Dont  vus  finyst,  seygnours,  en  taunt. 

Au  fyz  Dieu  vus  trestouz  comaunk,  etc. 

Explicit  ut  supra  dictum  est,  ete. 

2.  —  Le  Chastel  de  kal  amour.  Sous  ce  titre,  il  n'y  a  pas  autre  chose 
que  des  demandes  amoureuses,  ouvrage  de  passe-temps  dont  on  a  bien 
des  mss.2.   Le  texte  du  ms.  Phillipps  a  déjà  été  cité  par  M.    Kervyn 


1.  En  marge,  avec  renvoi  :  de  bowe  glosé  par  of  fen. 

2  J'en  ai  indiqué  cinq  mss.  (Musée  Britann.,  Bibl.  nat.,  Montpellier,  bibl. 
du  marquis  de  Bath,  Bibl.  de  Westminster  abbey)  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
des  anciens  textes,  1875,  26  et  30. 


$04  p-    MEYER 

de  Lettenhove,  dans  les  notes  du  premier  volume  de  son  Froissart  (I, 
554-6'.  M.  Kervyn,  procédant  en  cette  circonstance  avec  sa  légèreté 
habituelle,  s'est  figuré  que  le  Chastel  d'amour  était  l'œuvre  de  Gautier 
de  Biblesworth,  et  a  exprimé  cette  bizarre  opinion  comme  un  fait  dé- 
montré. Continuant  à  prendre  ses  fantaisies  pour  des  réalités,  il  a  dit 
sans  la  moindre  hésitation  dans  son  Etude  sur  la  vie  de  Froissart  ' ,  que 
cette  série  de  questions  et  de  réponses  avait  été  présentée  par  Gautier  de 
Biblesworth  à  Denise  de  Mounthermer.  Or,  cette  dame  de  Mounthermer, 
sur  laquelle  M.  Kervyn  n'est  pas  en  peine  de  nous  fournir  des  rensei- 
gnements, doit  son  existence  à  une  faute  de  lecture  ;  le  ms.  porte  de 
Mountchensy  ;  en  outre,  c'est  le  traité  pour  apprendre  le  français  qui  est 
dédié  à   la  dame  de  Mountchensy  et  non  le  Chastel  d'amour. 

Voici  les  premières  demandes  ;  je  les  imprime  en  conservant  la  dis- 
position de  l'original  : 


(Fol.  15)  Veyez  cy  le  Chastel  de  leal  amour. 

<   queslio.   Du  chastel  d'amours  vous  demeauns 
Dunt  est  li  primer  fundement? 


\i.  D'amer  leal  ment. 


7a   queslio.  Après  la  garde  me  nomez 

Par  quels  le  chastel  est  gardez. 


2a  questio.   Or  me  nomez  le  mestre  moeurs  ) 

Qe  plus  li  fet  fort  &  seùrs  ?  ) 

3a  questio.    Dites  moi  qy  sunt  kernels, 
Les  siates  &  les  quariaus? 

4a  questio.    Només  moi  ly  porter  &  ly  gaite  ) 

Qe  l'entrer  deferme  &  gayte.  ) 

5a  queslio.   Qjest  la  clef,  saver  m'estoet,  ) 

Qe  la  porte  defermer  poet?  ) 

6a  questio.  Nomez  la  sale  &  le  manoir  ) 

La  ou  poet  primes  joye  avoir.  ) 


Celer  sagement. 


Regard  atreiaunt. 


D'amy  danger. 


Continuelment  prier. 


Doucement  dalier. 


8a   questio.  Dites,  sire,  q'est  la  dart  d'amour  vileyn 
Qe  corne  pys  me  fet  joe  le  plus  eym. 


\  Par  contenyr  nettement, 
f  Par  honorer  tote  gent, 
{  Par  vestir  corteisement, 
Par  tenyr  simplement. 

Faus  semblaunt. 


1 .  Voyez  Œuvres  de  Froissart,  I,  94-5 . 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  505 

Fin    fol.  15  v°)  : 

2  ia  qucstio.  Quele  chose  est  qeles  amauns  plus  alleve \ 

,x  qe  prymes  les  (et  jnye  avoyr,  f  _.  , 

t  Kichesse 
E  mêmes  celé  chose  plus  les  grève,     \ 

E  les  fet  mettre  en  nounchaloyr?         / 
Explicit. 

3.  —  L'Art  de  vénerie  par  Guillaume  Tyvici  ou  Twety.  —  Ce 
traité  en  prose  qui  occupe  les  ff.  15  v°  à  36  du  ms.,  a  de  bonne 
heure  attiré  l'attention.  Il  en  existe  une  version  anglaise,  faite  au 
xve  siècle,  qui  a  été  publiée  dans  les  Reliquiœ  antiqus  de  Wright  et 
Halliwell,  I,  149-54.  Dans  cette  version  le  nom  de  notre  auteur  est 
écrit  William  Twety  et  se  trouve  associé  à  celui  d'un  certain  John 
Gyfford  qui  aurait  été,  ainsi  que  Twety,  de  la  maison  d'Edouard  II  '. 
De  l'original  français  on  ne  connaît  pas  d'autre  ms.  que  celui-ci.  C'est 
un  opuscule  vraiment  intéressant,  écrit  en  un  siyle  familier,  sous  la 
forme  d'un  dialogue  entre  un  chevalier  et  son  chasseur.  Sir  Thomas 
Phillipps  l'a  fait  imprimer  en  1840,  dans  sa  petite  imprimerie  de  Middle 
Hill,  à  un  nombre  très  limité  d'exemplaires2.  Il  mériterait  d'être  réim- 
primé et  commenté  par  un  homme  versé  dans  l'histoire  de  la  vénerie. 
En  voici  le  début  que  l'on  comparera  avec  le  texte  anglais  rapporté 
ci-dessous  en  note. 

Ici  comcncc  le  Art  de  vencrie  lequel  mestre  Guy  II  a  me  Tivici  venour  le  roi 
d'Englcterre  fist  en  son  temps  pur  aprendre  autres. 

Touz  ceus  que  voelent  de  venerye  aprendre,  joe  les  aprendray,  ausi  cum  joe 
ay  apris  devant  ces  houres.  Ore  voloums  comencer  au  lefre.  —  E  pur  quey, 


1 .  Voici  le  début  de  cette  version  (Rel  ant.,  I,  1 50)  : 

IncipitTively.  Ty\k  aile  tho  thatwylof  venery  1ère,  y  shall  hem  teche  as  y  hâve 
lernyd  of  maystris  that  is  disputyd  and  endyd,  that  is  for  to  say,  maystere  Johan 
Gyfford  and  William  Twety  that  werewyth  kyng  Edward  the  secunde. 

0  the  hare.  Now  wille  we  begynne  atte  hare,  and  why  she  is  most  merveylous 
best  of  the  world,  and  wherfore  that  she  bereth  grece  and  grotheyth  and 
roungeth,  and  so  doth  non  other  best  in  thys  lond.  and  at  one  tyme  he  [is]  maie, 
and  other  tyme  female,  and  theriore  may  al!  men  blou  at  hyr  as  at  othir  bestis, 
that  is  to  say  at  herte,  at  boor.  and  at  wolf.  If  it  be  alway  maie,  a  man  may 
blow  hir  for  to  lede,  but  it  fis]  to  wete  that  ail  the  fayre  wordis  ol  venery  rey- 
seth  of  hire  whe  ye  hym  shul  seke. 

2.  Le  Art  de  Vénerie  |  parGuyllameTwici.  |  Ex  MSS.  Phillipps,  Ar"  8536  | 
Printed   at  Middle  Hill  Puss,  January    1840,  Sumptibus  D.  Henrici  Dryden, 
Bart.  —  7  pages  in-4,  pap.  bleuâtre  à  la  cuve;  31  lignes  par  page.  Le  Musée 
britannique  possède  un  exemplaire  et  la  Bodléienne  deux  de  cette  curiosité  bi- 
bliographique. 


$06  P.    MEYER 

sire,  volez  vous.comencer  au  lefre  plus  tost  qe  a  nul'  autre  beste?  —  Joe  vous 
dirray  :  pur  coe  qe  ele  est  la  plus  merveilouse  beste  ke  est  en  ceste  terre.  11 
porte  gresce,  et  crote  e  rounge,  e  ceo  ne  fet  nule  beste  en  ceste  tere  for  qe  ly, 
e  a  la  fiez  est  il  madle  e  a  la  fiez  est  il  femele.  E  par  celé  encheson  hom  ne 
{fol.  16)  poet  nient  corneer  menée  de  ly  ausy  cum  l'en  fet  autres  bestes,  cum 
de  cerf  e  de  sengler  e  de  lou.  E  si  il  fust  tut  dis  madle,  cum  il  est  a  la  fiez 
madle  e  a  la  fiez  femele,  hom  poeit  corneer  menée  de  ly,  ausy  cum  des  autres 
bestes  cum  de  cerf  e  de  sengler  e  de  lou... 

4.  —  Recettes  culinaires  en  anglais  ;  les  rubriques  sont  souvent  en 
français.  Inc.  (fol.  19)  :  «  Blanc  désiré.  Milk  of  alemandes,  flour  ofrys, 
braun  of  chapoun  gyngere,  itried  sucre  ...  ».  L'explicit  fol.  24  v°)  est 
ainsi  conçu  :  Explicit  doctrina  faciendï  diversa  cibaria.  C'est  la  traduction 
de  recettes  françaises  qu'on  trouvera  dans  le  ms.  Old  Rov.  12.  C.  XII, 
ff.  11-3. 

5.  —  Traité  de  fauconnerie,  en  prose  : 

(Fol.  24  v°).  Cest  liveres  qui  ensegne  comment  on  doit  gentiex  oiseaus  garder 
Se  norrir  &  afaitier,  &  a  coi  on  puct  conoistre  s'il  est  gentils  &  natures.  Apres 
orrès  la  medicine  de  lor  diverses  maladies,  &  comment  on  les  puet  garir,8z  coi  (sic, 
lis.  corn)  on  puet  conoistre  quant  li  oiseaus  est  malades,  &  quel  mal  il  a.  La  pre- 
mière rubrike  est  comment  on  doit  V  oisel  prendre  en  son  ni. 

[S]e  vos  savés  en  aucun  lieu  aair  d'ostur  ou  d'esprevier  ou  d'aucun  autre 
gentil  oisel,  &  il  soient  en  lieu  sospechenous,  vos  devés  garder  en  quel  jour  li 
pijon  serront  esclos,  et  iil)  aies  al  noefme  jor  par  matin... 

Ce  traité  se  termine  au  fol.  36  v°  à  un  chapitre  intitulé  :  Comment  on 
doit  garir  oisel  qui  a  les  taignes,  e  par  coi  on  conoist  tel  mal. 

6.  —  Poème  sur  la  Passion  par  Nicole  Bozon.  —  Se  trouve  sans 
nom  d'auteur  dans  le  ms.  Cott.  Jul.  A.  V  Musée  Britann-que"  qui  con- 
tient aussi  la  Chronique  de  Pierre  de  Langtoft.  Par  suite,  l'abbé  de  La 
Rue  n'a  pas  manqué  de  l'attribuer  à  ce  chroniqueur1.  Th.  Wright,  tout 
en  considérant  l'attribution  comme  fort  douteuse,  a  imprimé  la  pièce  à 
la  suite  de  la  chronique  de  Pierre  de  Langtoft2.  Le  ms.  Cottonien,  dont 
je  donne  les  variantes  en  note,  offre  à  peu  près  les  mêmes  fautes  contre 
la  mesure  que  le  ms.  Phillipps. 


1.  Essais  historiques  sur  les  Bardes,  etc.,  III,  236. 

2.  The  chromcle  of  Peter  de  Langtoft,  edited  by  Th.  Wright,  II,  426  (col- 
lection du  Maître  des  Rôles).  Elle  avait  déjà  été  éditée  d'après  le  même  ms.  par 
Jubinal,  Nouveau  Recueil,  II,  309. 


LE    MS.    8536    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  $07 

(Fol.  38).  Cest  tretys  de  la  passion  fist  frère  Nicole  Boioun,  del  ordre  des 
fracs  menours. 
Un  rcy  esteit  j?dis  ke  aveit  une  amye 
Laquele  plus  ama  ke  ne  fit  sa  vie: 
Ce  parut  bien  en  tet  kaunt  par  gelusye 
La  mort  enprit  pur  ly  an  sesoun  establye. 

Sa  amye  ot  enclos  en  un  chastel  fort 
Hou  ele  out  asset  de  solaz  8;  cunfort; 
Ja  vynt  un  tiraunt1,  e  par  un  acord 
Ove  ly  l'amena,  si  fit  au  rei  graunt  tort. 

Ly  reis  ke  fust  gelous  de  sa  cher  amye 
Sout  ke  par  deceite-  out  fet  la  folye; 
De  ly  se  vout  venger  ke  fit  la  gylerye, 
E  celé  remener  ke  est  5  de  ly  fuie. 

Par  poer  de  soun  host  hust  hu  sa  volunté, 
Saunz  venyr  en  bataille  a  chival  ou  a  pé, 
Mes  pur  aquere4  le  quer  de  celé  alopé, 
Par  sey  vout  dereygnyr  sun  dreit  en  li  clamé 

Derniers  vers  (fol.  40  v°)  : 

Je  pry  Deu  ke  Boioun  veynne  ben  atyré 
En  route  ceste  dame  dount  ay  cy  parlé, 
Ke  Jhesu  nostre  rey,  chivaler  alosee, 
Conquist  en  bataille,  ceo  est  humeine  lignée  S. 

Amen. 

7.  —  La  plainte  d'Amour.  —  Ce  poème  extrêmement  remarquable 
fait  suite  immédiatement  au  précédent  et  n'est  accompagné  d'aucune 
rubrique,  d'aucun  nom  d'auteur.  Cependant,  comme  il  offre  la  pure  ex- 
pression des  idées  franciscaines  sur  l'amour  de  Jésus,  je  serais  porté  à 
l'attribuer  à  Bozon,  si  par  la  pensée  et  par  le  style  il  ne  s'élevait  nota- 
blement au-dessus  des  productions  authentiques  de  cet  auteur.  Je 
connais  trois  autres  mss.  de  la  Plainte  d'amour  : 

Cambridge.    Bibl.  de  l'Université,  Gg.  1.   1 ,  fol.  113. 
—  Trinity  Coll.,  0.  1.  17,  fol.  266. 

Londres,  Musée  brit.,  Harl.  27 3,  fol.  191. 

En  outre  il  existait  une  copie  de  cet  ouvrage  dans  un  ms.  aujourd'hui 
perdu  de  Peterborough.  L'article  de  l'ancien  inventaire  qui  concerne  ce 
ms.  a  été  cité  dans  la  Romania,  VIII,  326. 


6.  —  1.  Coït,  traitour.  —  2.  Cott,  descort.  —  3.  Corr.  ert  ;  Cott.  estoit. 
—  4.  Cott.  attrere.  —  $.  Ce  quatrain  manque  dans  le  Cott. 


508  P.    MEYER 

Le  titre  «  plainte  d'amour  »  est  fourni  par  le  ms.  Harleien.  D'ailleurs 
il  se  déduit  de  l'un  des  derniers  couplets,  où  Amour  dit  :  «  Ore  vous 
ai  jo  fet  ma  plainte  ».  Le  texte  de  l'Université  de  Cambridge  a  pour 
rubrique  :  Romaunce  de  amour. 

Voici  le  début  du  texte  du  ms.  Phillipps  : 

Amur,  amour,  ou  est  vous  ?  )  „ 

_  ,    ,  Kar  îeo  ne  os. 

Certes,  syre,  en  poy  ■  de  luys,        ) 

E  pur  que  ne  osez  estre  vu,  j  _,       .       . 

„        ,  ,  De2  bon  los. 

Vous  ke  estes  sy  boen  conu  ) 

Jeo  parlasse  ove  3  vous  a  leisyr,       )  ,_.  . 

r  ,  .  Pnvement4. 

by  vous  vensist  a  pleisyr,  ) 


Pur  saver  [mon  s]  la  vérité 
Pur  que  estes  si  reboti 


De  la  gent  <>. 


8.  —  Traité  de  «  naturesse  »  par  Bozûn.—  je  ne  connais  pas  d'autre 
copie  de  ce  court  poème  qui  est  écrit  à  lignes  pleines  comme  de  la 
prose. 

(Fol.  49  v°).  Ceo  tretis  de  naturesse  fist  frère  Nich.  Boioun,  frère  menour 

Va,  escrit,  en  moun  message  E  lur  muet  mortele  guère 

Dire  as  amis  ke  en  damage  Pur  une  turbeye  de  tere. 

Ne  cheent  par  denaturesse,  N'i  a  neveu,  frère  ne  seor, 

Ke  de  touz  maus  est  mestresse.  4         Ke  l'un  n'ad  l'autre  contrequer.     12 

Deus  abate  sa  banere,  Poy  fet  le  fiz  pur  le  père, 

Kar  mult  est  felonesse  e  fere.  La  fille  mult  meyns  pur  la  mère  ; 

Denaturesse  maumet  le  gens  S:  père  ou  mère  rens  en  unt 

Et  nomement  les  preparens  [sic),  8  Fiz  &  fille  en  parterunt...  16 

9.  —  L'Ave  Maria  paraphrasé  par  Bozon.  —  Pièce  médiocre  dont  les 
couplets  ont  successivement  pour  rime  les  mots  dont  se  compose  YAve 
Maria. 

(Fol.  50).  Cest  tretys  fist  frère  Nichol  Bosoun  del  ordre  frère  meneurs. 

Reigne  des  aungles,  recevez  cest  ave, 
A  ky  seint  Gabriel  jadis  dist  ave  ; 
Pur  la  joie  ke  ustes  de  cel  duz  ave 
4  Ne  seez  pas  eschue  de  prendre  cest  ave. 


7,  —  |  (Jniv.  Certes  en  mult  poi.  —  2  Trin.  Et  de.  —  3  Trin.  od,  Univ 
Harl.  a.  —  4  Harl.  Priveement,  Trin.  Tut  p.  —  $  [mon]  est  restitué  d'aprïs 
les   trois  mss.  —  6  Tri».  De  tute  g. 


10. 
eeffc 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  509 

Marie  se  maria        &  ben  se  marie, 
Kaunt  si  haut  se  maria        ke  au  rey  se  marie 
Ount  li  reys  pardona,         pur  la  amour  Marie, 
A  nostre  mère  ke  peccha        dolente  e  marie. 

Dame  bone  et  sage,        tu  as  trové  grâce  ; 

Deu  a  ton  lignage        promis  ad  sa  grâce, 

Ke  lung  tens  en  servage         ne  hurent  point  de  grâce, 

Mes  ore  par  mariage        espeir  aver  grâce 

-  Prière  à  la  Vierge,  par  Bozon.  Quinze  dizains  rimant  aabbc 


(Fol.  50  v").  Le  tretysfrere  Nich.  Boioun  del  ordre  de  frères  menours. 


(Fol.  ji). 


Ave  Virge  Marie, 
Esteille  ke  dreit  gwie 
La  nef  ke  par  tempeste 
Ne  seit  quel]  part  s'areste. 
Mes  es  en  freesche  ree 
E  chaumbre  encortinee, 
Au  rei  ke  tut  dis  hère 
Ke  forja  la  lumere 

Columbe  ke  returnas 
A  la  nef  &  portas 
A  ceus  ke  furent  enclos, 
Sygne  de  lur  repos, 
Tu  es  de  Jonas  le  hère, 
Judith  ke  ben  se  peere, 
Hester  la  très  amé 
Ke  sauve  la  genz  jugé 


(  En 


mer  tant  perillouse. 


Ke  tant  est  delitouse. 

(/•  s»; 

Braunche  en  sa  verdour. 
De  péril  &  de  tristour. 


11.  —  Saluts  à  la  Vierge.  —  Cette  pièce  est  anonyme  ici  et  dans  les 
trois  mss.  où  je  l'ai  rencontrée  : 

Cambridge,  Corp.  Ch.  Coll.  405,  p.  311. 

LoNDRts,  Bibl.  de  Lambeth,  522,  ff.  1 59  et  21 1. 

Oxford,  Bodleienne,  Digby  86,  186. 

Elle  est  précédée,  dans  le  ms.  Digby,  de  cette  rubrique  :  «  Ci  co- 
mencent  les  aves  Noustre  Dame  «  ;  voy.  la  description  de  ce  ms.  par 
M.  Stengel,  p.  80.  Je  ne  crois  pas  qu'elle  soit  de  Bozon. 

Ave  seynte  Marie,  mère  al  creatur,  (/.   \i  V) 
Reygne  des  aungles  pleine  de  dulçur; 
Ave  esteile  de  mer,  de  grant  resplendisur, 
Escheile  de  parays,  saluz  de  pécheur. 


po  P.    MEYER 

Ave  seinte  Marie,  la  verge  al  rey  Gesse, 

De  vous  espainst  la  flur  ke  pleyn  est  de  bounté, 

De  force,  de  entendement  &  de  humilité, 

De  consail  6c  de  science  &  de  pité, 

E  de  pour  de  Deu  par  ky  deble  est  maté  ; 

Gloriouse  reyne,  de  mey  aez  pité. 

Ave  la  tur  al  rey  David,  ave  seinte  Marie, 
De  vous  vint  celé  p  ère  par  ky  morut  Golye  ; 
Aez  merci  de  may  ke  es  la  Deu  amye 
E  li  parente  Adam  de  mort  revint  en  vye. 

Ave  seinte  Marie,  temple  Salomon, 
Deu  vous  transmist  le  angle  ki  Gabriel  od  noun, 
En  vous  descendi  doucement  par  grant  dileccioun 
Pur  sauver  sun  people  del  enemi  ielun... 

Cette  pièce  se  termine  ainsi  (fol.  55  v°)  : 

Gloriouse  reyne,  eiez  de  moi  merci, 

Pur  l'amour  Jhesu  Crist  doucement  vous  pri 

Au  jour  de  juïse  eyez  de  moi  merci, 

Ke  ne  me  pusse  nure  le  mortel  enemi, 

Mes  par  le  aide  de  vous  seye  garanti  ; 

Amen  dient  tuz  iceus  ke  avaunt  noma  ici1. 

Ave  seinte  Marie,  jeo  vous  requer  pardun, 

Devaunt  la  seinte  ymage  ke  est  fet  en  tun  nun,  (fol.   $6) 

Homme  su  e  beble  -  chose,  ne  despitez  ma  oreisun, 

Kar  jeo  entenk  en  vous  tote  ma  garisun 

Par  le  aide  del  rei  ke  suffri  passiun, 

Pur  les  chetifs  de  secle  resurst  Lazarun  ; 

Cel  rei  depri  jeo,  par  sa  resurrectiun 

E  par  la  seinte  vie  &  par  la  anunciaciun 

Ke  il  prist  en  la  virgine  ke  touz  nous  deprium, 

Ke  il  défende  ma  aime  del  diable  felun. 

So'.her,  Emanuel,  Jhcsus,  Principium, 

Pater,  alpha  et  oj,  a{tha)nalhos,    Verbum, 

Jhesu,  ne  lessez  ma  aime  aver  destrucciun. 

E  ta  mère  me  défende  de  enfernal  prisun.  Amen. 

12.  —  La  Plcurc-chante.  —  Poème  moral  déjà  publié  deux  fois  et 
dont  on  connaît  jusqu'à  présent  quatorze  manuscrits5,  entre  lesquels 


1.  Sic,  lis.  nomai  ci. 

2.  Corr.  feble. 

3.  Voy.  Romania,  VI,    26,    et  Bulletin  de  la  Soc.  des  anc.  textes,  1883.  p. 
101 . 


LE    MS.    8}  36    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  51  I 

trois'  sont  d'origine  anglaise.  Il  commence  ici  sans  rubrique,  sans  que 
rien  le  sépare  de  la  pièce  précédente,  sinon  un  espace  blanc  d'une  ligne. 

De  celuy  haut  seignour  ke  fu  en  la  croiz  mis, 
Ke  les  portes  de  enfern  brusa  pur  ses  amis 
Seient  cil  beneït  &  en  bone  fin  pris 
Ke  un  poi  entendrunt  de  bens  ke  jeo  ai  apris 

Mult  vaut  meuz  plure  chante  ke  ne  fet  chaunte  e  plure  : 
Cil  ke  s'enveise  e  chaunte  &  en  pecché  demoere 
Plorra  en  enfern  ou  n'iert  ke  ly  socure 
Entre  les  Sathanas  ke  sunt  si  neirs  cum  moure. 

E  de  la  plure  chante  savez  quei  signefie? 
Ke  plure  ses  pecchés  &  enver  L)eu  se  humelie; 
Le  aime  ad  le  guerdon  kant  la  char  est  porie, 
La  suz  ove  les  angles  s'en  va  tote  florie  ; 
Lors  ne  se  peot  tenir  ke  ele  ne  chaunte  &  rie. 

Quey  valent  les  richesses,  les  avers  e  les  trésors? 
Tut  devendra  a  neint  li  argent  e  li  ors. 
E  la  caroine  porit  si  tost  cum  le  aime  est  hors, 
E  si  perdrum  les  aimes  pur  les  deliz  del  cors... 

Fin   fol.  57  v°i  : 

Ore  prium  nous  Jhesu  Crist  ke  fist  le  Armement 
E  ke  fit  cel  e  tere  e  la  mer  ensement 
Quei  le  corps  deserve2  eit  verroi  finement 
Ke  l'aime  ne  seit  dampné  al  jour  de  jugement. 

13.  —  Les  neuf  joies  Notre-Dame.  —  Cette  pièce  se  trouve  ici  sous  le 
nom  de  Bozon,  mais  elle  ne  peut  être  de  lui,  ni  même  d'un  poète  né  en 
Angleterre.  Elle  se  rencontre  encore  dans  les  mss.  suivants  : 

Cambridge,  Bibl.  de  l'Université,  Dd.  ri.  78,  fol.  4$. 

Paris,  Arsenal,  3142   anc.  Belles-lettres  fr.  175,  fol.  296 

—  Bibl.  nat.,  fr.  837,  f.  179. 

—  —         fr.  163$,  f.  43. 

—  —         lat.  16537,  fol.  32. 

—  Bibl.  Sainte-Geneviève,  Y  in-fol.)  10,  fol.  1175. 


1.  Le  ms.  Phillipps,  les  mss.  Bibl.  nat.  25408,  et  Lambeth  522. 

2.  Corrompu.  Lire  :  Li  cors  deserve  a  l'ame  si  vrai  definement. 

3.  Voy.  Jubinal,  Mystères  inédits  du  xve  siècle,  II,  v. 


$12  P.    MEYER 

Elle  a  été  publiée  par  Jubinal  dans  son  édition  de  Rutebeuf  (i10  édit., 
II,  9;  2?  édit.,  II,  i$2Ï  d'après  le  ms.  163$,  où  elle  a  pour  titre  «  Li 
Dizdes  proprieteiz  Nostre  Dame  »'.  Jubinal  l'attribue  sans  hésiter  à  Ru- 
tebeuf, sans  doute  parce  que  dans  le  ms.  163$  elle  se  trouve  mêlée  à 
d'autres  pièces  qui  sont  incontestablement  de  cet  auteur,  mais  en  fait 
elle  est  partout  anonyme,  bien  que  l'Histoire  littéraire  XX,  774)  dise 
qu'elle  est  «  attribuée  expressément  à  Rutebeuf  dans  trois  des  manuscrits 
qui  nous  l'ont  conservée.  »  D'autre  part,  un  témoignage  qui  ne  me  pa- 
raît pas  sans  valeur,  celui  de  l'auteur  inconnu  des  Règles  de  la  seconde 
rectorique,  attribue  la  même  pièce  à  Guillaume  de  Saint-Amour2.  Ce  té- 
moignage n'est  à  la  vérité  que  du  xvc  siècle,  mais  il  émane  d'un  homme 
qui  paraît  avoir  été  curieux  des  choses  littéraires. 

Cest  trctys  fist  jrcre  Nich.  Boioum,  frère  mcnour. 
Reïgne  de  pité  Marie        en  ky  deïté  pure  &  clere 
A  mortalité  se  marie,         tu  es  virgine,  fille  e  mère, 
Virgine  enfauntaunt  frut  de  vie,         fille  tun  fiz,  mère  tun  père. 
Mus  as  nuns  en  prophecies,         si  n'i  ad  nul  ke  n'eit  mistere. 

Tu  es  seor,  espuse  &  amie        al  rei  ke  tut  dis  fut  &  ère; 
Tu  es  verge  flutie,         dur  remédie  de  mort  amere, 
Tu  es  Hester  ke  se  humilie,         tu  es  Judith  ke  ben  se  père; 
Aman  en  pert  la  seignourie         e  Holofern  le  compère. 

Tu  es  cel  e  tere  &  unde         par  divers  signifiaunce,  (  ol.    58) 

Cel  ke  doune  lumere  al  mund,         tere  ke  done  sustenaunce. 


14.  —  Suit,  sans  rubrique,  un  débat  entre  une  fille  et  sa  mère:  La 
fille  est  recherchée  par  deux  amants;  l'un  est  beau  comme  fleur  de  mai, 
l'autre  est  riche.  Lequel  doit-elle  choisir  ?  «  Qui  est  riche  est  partout 
seigneur  »,  répond  la  mère.  Cette  pièce,  dont  je  ne  connais  pas  d'autre 
copie,  se  compose  de  deux  dizains  octosyllabiques,  rimant  a  a  a  a  b  b  b 
a  b  a.  Je  l'imprime  selon  la  disposition  du  ms.  : 

E-ele  mère,  ke  frai?         De  deus  amanz  su  mis  en  plai  :  [fol.   59) 

Li  uns  est  beaus  cum  flur  de  may,         h  autre  est  riches,  ben  le  sai  ; 

Or  quei  ke  me  seit  a  fere,         pité  del  douce  meyre, 

Mes  les  dounz  me  funt  retrere?,         dunt  jeo  largement  en  ay. 

Kaunt  li  uns  va,  l'autre  repeire,         si  unt  mis  mon  quer  en  esmay. 


1.  Jubinal  indique  le  ms.  de  la  Bibl.  nat.  761  $  (maintenant  fr.  1  593)  comme 
contenant  cette  pièce,  mais  c'est  une  erreur. 

2.  Voy.  Hisl.  littèr.,  XX,  774;  Catal.  Didot,  vente  de  1881,  p.  34. 

3.  Ms.  retretere. 


LE    MS.    8^6    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  $1$ 

—  Fille  fêtes  cum  jco  fiz        kant  jeo  esteie  jeovenette  jadis  : 
Volunters  a  douns  me  pris  :         jeu  sanz  pru  n'est  ben  asis. 

En  consail  deit  hom  ben  veir  dire        ke  riches  est  par  tut  e  sire. 

Mult  let  est  fol  ke  put  élire        a  ascient  se  prent  al  pis', 

Fol  vassal  ke  n'a  ke  frire,        tart  est  par  li  honur  conquis,  (fol.  59V0) 

—  Mère,  kant  li  bels  me  prent.         il  mei  beise  a  moun  talent 
Douce  &:  suef,  e  ceo  sovent  ;         avis  me  est  ke  beif  piement  ; 
Vilein  gaine  (est)  tost  décline,       ja  n'avéra  bon  chef  ravync. 
Meuz  vaut  joie  orphanine        ke  richesce  e  marrement. 

Ky  mel  lèche  d'espine        cher  l'achate  et  poi  en  prent  -. 

—  Fille,  estes  issi  entreseit        cum  est  celuy  ke  poie  veit 
E  poi  seit  de  tel  endreit.         quei  vaut  bealté  5  si  el  n'i  eit. 

Li  secle  est  ore  de  tel  manere        les  riches  avaunt,  les  poveres  arere  ; 
Poi  en  gard  hom  en  la  chère         si  le  riche  atorn  n'i  seit. 
Marchaunt  a  voide  almonere        fet  a  feire  poi  de  espleit. 

—  Tel  quide  mounter  en  haut        ke  al  descendre  fet  fol  saut  : 
Si  nostre  aver  nous  faut        ke  frum  nous  de  nostre  ernald  ? 
Aver  est  en  aventure  :         mut  est  fous  ke  trop  l'aseure. 

Mes  honur  &  bunté  dure,         cornent  ke  del  aver  ait  : 
Ke  seit  entendre  mesure        cil  est  riche  ke  moût  valt. 

15.  —  La  prière  à  la  Vierge  qni  suit  ne  m'est  connue,  comme  la 
pièce  précédente,  que  par  le  ms.  Phillipps  : 

Douce  dame,  pie  mère        de  ky  nasqui  vostre  père, 

Tut  le  munde  [dist]  ça  en  arere        cumme  vus  estes  a  Deu  chère, 

Mes  nel  dirreit  nul  pecchere        cum  vus  estes  bel  &  clere. 

Douce  dame,  vostre  nun         ke  peccheùrs  unt  en  lur  baundun... 

16.  —  Traité  ascétique  en  prose  française  : 

(Fol.  62.)  A  chescun  homme  ou  femme  ke  est  en  religiun,  saluz  en  Jhesu 
Crist.  Tut  eez  vous  guerpi  le  siècle  &  portez  le  habit  de  religiun,  poi  vaut 
vostre  afere,  si  vous  ne  eyez  vertuz  ke  acordent  a  vostre  estât;  kar  le  habit  ne 
fet  pas  homme  de  religiun,  mes  fet  bone  vie  et  bone  vertuz.  E  un  homme  ke 
porte  seculer  habit,  s'il  est  ben  orduné  vers  Deu  e  vers  sun  prome  &:  vers  sei 
mêmes,  e  seil  de  bones  murs  &  vertuz  il  avéra  plus  mérite  ke  cely  ke  est  de- 
sordiné  en  religiun  e  de  dure  manere.   (v°)  Pur  ceo  covent  ke  si  homme  de 


1.  De  même,  dans  une  pièce  anonyme  du  ms.  Lambeth  522,  fol.  79  :  Mult  est 
fous  ki  poet  eslire  |  E  a  scient  au  pis  se  prent.  C'est  le  proverbe  bien  connu  :  Qui 
le  bien  voit  et  le  mal  prent  |  Il  se  feloie  a  escient;  voy.  Le  Roux  de  Lincy,  Livre 
des  Prov.,  II,  394. 

2.  Cf.  Le  Roux  de  Lincy,  I,  79. 

3.  Ms.  nealté. 

Romania,  XIII.  33 


514  P.    MEYER 

religiun  se  mustre  deors,  ke  teil  ou  meillur  seit  dedens,  e  si  cum  il  veit  deors 
entour  luy  deordenement  de  vesture  &  de  meisuns  e  de  autre  choses,  il  se  deit 
afforcer  estudier  comenl  il  puisse  tut  aver  dedens  en  sa  aime  espirialment  par 
bone  vertuz. 

Primes  veet  ke  vous  eez  un  encloistre  ke  seit  fet  de  bone  vertuz,  kar  si  cum 
vous  veez  ke  i'encioistre  est  fet  de  fust  e  de  père,  ausi  l'encloistre  al  aime  deit 
estre  feit  de  bone  vertuz.  Cest  encloistre  devez  fere  en  la  place  de  vostre  quer... 

L'auteur  passe  en  revue  toutes  les  parties  du  couvent,  l'oratoire,  le 
dortoir,  le  réfectoire,  l'infirmerie,  et  termine  ainsi  (fol.  65  v")  : 

La  enfermerie  de  vostre  aime  deit  estre  compassioun  e  pité  de  autri  meseise  e 
nomement  de  pecché,  e  kaunt  vous  veez  vostre  prome  encombré  de  pecché  ou 
de  graunt  maladie,  ou  de  autre  meseise,  si  vous  peise  e  pité  en  avez,  vous  en 
avérez  mérite.  E  si  vous  poez,  vous  estes  tenuz  de  ly  aider  e  pur  luy  prier  et 
1   y  conforter.  Amen. 

17.  —  Le  Char  d'Orgueil,  exhortation  à  la  confession,  par  Bozon.  — 
Ce  curieux  poème  étant  dépourvu  de  titre  dans  tous  les  manuscrits,  je 
lui  en  assigne  un  qui  indique  à  la  fois  le  caractère  allégorique  de  l'œuvre 
et  le  but  que  l'auteur  s'est  proposé.  Bozon,  s'il  faut  accorder  pleine 
confiance  à  la  rubrique  du  manuscrit  Phillipps,  suppose  qu'Orgueil,  reine 
de  péchés  et  fille  de  Lucifer,  s'est  fait  faire  un  char  dont  toutes  les  parties, 
les  roues,  les  billettes,  les  essieux,  les  limons,  etc..  sont  autant  de  vices. 
Ce  char  est  traîné  par  quatre  chevaux,  Impatience,  Denaturesce,  Dé- 
loyauté, Envie,  qui  sont,  de  même  que  le  char,  minutieusement  décrits, 
chaque  partie  de  leur  corps  étant  expliquée  allégoriquement.  C'est,  sous 
une  forme  très  cherchée,  une  sorte  de  Manuel  du  pécheur.  De  ce  singu- 
lier et  difficile  ouvrage  je  connais  quatre  manuscrits  ou  fragments,  c'est 
à  savoir,  outre  le  ms.  Phillipps: 

Cambridge,  Bibl.  de  l'Université,  Gg.  6.  28,  ff.  1-8.  Comm.  du 
xiv°  s.,  incomplet  du  commencement. 

Londres,  Musée  brit.  Old  roy.  8.  E.  xvn,  fol.  108  v°,  comm.  du 
XIVe  s.,  fragment. 

Oxford,  Bibl.  Bodleienne,  Bodley  42$  (Bernard  2525,  61,  fol.  94. 

La  pièce  est  anonyme  dans  ces  trois  manuscrits;  le  texte  du  manus- 
crit de  Londres  est  un  simple  extrait  composé  de  seize  quatrains,  qui  est 
intercalé  dans  une  compilation  en  vers  octosyllabiques  de  sentences  ti- 
rées de  la  Bible  ou  d'ailleurs.  Cet  extrait  est  précédé  d'une  rubrique 
ainsi  conçue  :  «  Ici  comence  la  geste  des  dames  ».  Il  a  été  publié  par 
Th.  Wright,  Reliquiœ  antiqu£,  I,  162-5. 

L'attribution  à  Bozon,  reposant  sur  l'autorité  du  seul  manuscrit  Phil- 
lipps, n'est  pas  hors  de  doute  :  elle  est  cependant  probable.  Ce  qui  est 
sûr,  c'est  que  le  poème  a  été  composé  en  Angleterre  sous  Henri  III  au 
plus  tôt.  La  langue  porte  à  cet  égard  un  témoignage  irrécusable. 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  5  I  5 

{Fol.  66.)  Ccst  trctys  fist  frcrc  Nicii.  Boioun,  del  ordre  de  frtres  menours. 
La  reigne  de  pecché  est  estreite  de  haut  lignage, 
La  fille  est  Lucifer  ke  cheit  de  haut  estage  ; 
Si  est  apelé  Orguil,  dame  de  graunt  âge, 
Ele  se  ad  fet  un  char  de  mult  grant  custage. 

La  premere  roe  '  de  son  char  de  coruz  est  charpenté, 
L'autre  si  est  vengnunce  ki  quert  enemité, 
La  terce  si  est  baudour  de  sovenire  mesfesaunce2, 
La  quarte  si  est  honte  de  verrai  reconisance. 

La  bilette  ke  tient  corusce  si  est  surquidurie, 

La  bilette  qe  tient  vengaunce  malice  endurie, 

La  bilette  qe  tient  baudur  esperaunce  de  longe  vie, 

La  bilette  ke  tient  honte  amour  de  ceste  vie. 


Voici  la  description  du  quatrième  cheval,  Envie  : 

Treis  chevaus  avouns,  le  quarte  il  nous  faut, 

Mes  bien  serra  trové  eyns  ke  il  aut  ; 

Sun  noun  est  Envye  ke  plus  des  autres  vaut  {fol.  69  v°) 

De  trere  par  devaunt,  kar  il  est  ben  haut. 

Mult  est  maie  beste  cest  cheval  de  Envye; 

Il  n'i  ad  autretel  en  tute  ceste  vye 

Ke  taunt  se  peine  meimes  pur  abréger  sa  vye. 

Il  va  roillant  des  oilz  e  hoche  la  teste, 
Ne  treit  pas  ou  les  autres  mes  cuntre  eus  moleste, 
De  autre  mescheaunces  si  fet  il  grant  feste. 
Kant  en  le  broche,  tantost  si  ceste. 

Nu!e  rien  ne  vout  maunger  fur  ke  averun, 
Amerok  &  jazerie,  ceo  est  detraccioun  ; 
Pus  si  est  enbeveré  de  maie  suspecioun 
E  de  un  torbaz  conreé  de  purpos  feloun. 

Kant  antres  sunt  en  solaz  il  est  en  tristur. 
Mult  li  est  grant  peyne  de  autres  la  valur; 
Nule  rien  taunt  het  cum  comun  honur. 


1 .  Ms.  reo. 

2,  Bodl.  de  sovent. 


5  I  6  P.    MEYER 

Si  vous  preisissez  autre  par  devaunt  ly 

Il  get  aval  la  teste  cum  eust  l'esquinancy, 

Kar  il  ly  est  avis  ke  vous  despitez  ly 

Pur  ceo  ke  vous  preisez  autre  par  devant  vus  dy. 

Kant  envyous  vient  a  une  mangerie 
La  ou  il  trêve  nule  estrangerie, 
11  volt  cuntrefere  la  grant  seignurie, 
Pur  ceo  est  la  tere  sovent  enpoverie 

Ceo  cheval  est  trop  surfetus  e  trop  botavant, 
Kar  chescun  par  envye  se  met  taunt  avant 
Deus  jours  ou  treis  a  dispendre  tant 
Ke  tut  l'an  après  il  est  meyns  vaillant. 

Ke  '  dirrum  de  dames  kant  veinent  a  festes? 
Les  unes  des  autres  avisent  le  testes, 
Portent  les  bosces  cum  cornuefs]  bestes; 
Si  nule  est  descornue  de  ly  funt  le  gestes. 

De  braz  funt  la  joie  kant  entrent  la  chambre. 

Mustrent  les  coverches  de  sey  e  de  kambre, 

Atachent  le  botuns  de  curai  et  de  lambre,  (fol.  70) 

Ne  cessent  de  jangler  taunt  cum  sunt  en  chambre. 

La  demandent  les  browes,  se  seient  al  diner. 
Getent  les  barberes  la  bûche  pur  overer. 
Si  entrast  al  hure  un  nice  esquier 
0  un  privé  escharn  ne  porreit  failler. 

Pus  funt  eles  mander  le  bon  chapun  en  pain, 
E  de  bone  volunté  mettent  la  main  : 
Tut  le  desakent  ;  estaunchent  lur  feyn, 
E  beivent  après  un  grandesim  hanap  pleyn. 

O  eus  vistes  valiez  en  unt  assez  a  fere. 
Servir  les  tûtes,  chescunes  a  plere  : 
L'un  a  la  quisine  lur  viaunde  a  quere, 
L'autre  a  la  butelere  le  bon  vin  a  trere. 

Kant  eles  unt  diné  tut  a  grant  leisir 

Se  herdent  ensemble  de  pnvement  parler  ; 


là  commence  le  fragment  du  Musée  britannique  publié  par  Th.  Wright. 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PH1LLIPPS  )\J 

L'une  de  l'autre  encerche  le  quer 
Si  acune  priveté  puisse  alocher. 

Fur  ceo,  damoyseles,  en  tele  assemblé 

Tenez  la  bûche  de  mesure  enseelé. 

Kar  si  hors  de  curs  eiez  rien  cunté 

Vous  serrez  pur  foies  mult  tost  de  eus  jugé. 


Le  garçun  de  la  quisine  trop  est  embrovvé, 

K  si  lest  par  laschesse  la  vessele  délavé  :  (fol.  74; 

Ceo  sunt  les  pecchcùrs  ke  ja  unt  ublié 

De  laver  lur  aimes  suilles  de  pecché 

Pur  ceo,  seignur,  hastum  nous  a  confessiun 
Taunt  cum  sûmes  en  vye  e  le  temps  avun, 
Kar  par  celé  soûle  e  par  contriciun 
Lavez  serrum  sûrement  de  chescune  pollucium. 

Mes  si  nous  seum  teus  ke  taunt  attendum 

Ke  les  chevaus  seient  ferré  de  obstinaciun 

E  les  fers  atachez  par  desperaciun, 

Ja  n'esteut  penser  de  trover  pardun, 

Kar  c'est  la  fyn  de  tuz  pecchez  e  clef  de  perdiciun. 

Ore  vous  dirrai  mun  conseil  pur  bien  eschaper  : 
Pernums  cungé  de  la  dame,  si  la  lessum  passer, 
E  turnurr.  nous  a  dextre  par  un  estreit  senter  : 
C'est  de  amer  Deu  e  sur  tute  ren  duter. 

Prium  ore  le  douz  Jhesu  ke  tute  ren  put  fere 
K'il  dount  nus  sa  grâce,  tant  cum  sûmes  en  tere, 
Tele  veye  tenir,  celé  part  trere 
Ke  venir  pussum  al  païs  u  ja  n'avéra  guère. 

Ky  "  voudra  cest  escrit  sovent  regarder 

Il  en  avéra  matire  de  se  confesser. 

Tute  maners  de  pecchez  put  icy  trover 

Fors  soûle  privetez  ke  ne  sunt  pas  a  cunter  2. 


1.  Ce  dernier  couplet  est  le  premier  de  la  pièce  dans  le  ms .  Bodley.  Il  en  était 
probablement  de  même  pour  le  ms.  de  Cambridge  qui  a  perdu  son  premier  feuillet, 
mais  où  du  moins  ce  couplet  manque  à  la  fin. 

2.  Même  sentiment  chez  William  de  Waddington  : 

Des  privitez  n'i  troverez  ren, 
Car  mal  peot  fere  ou  poi  de  ben. 

{Hisf.  litt.,  XXVIII,  182). 


5  1 8  P.    MEYER 

Mes,  allas  !  trop  i  ad  ici  de  nos  enemis, 

Ount  nous  sumus  en  ceo  mund  de  tute  pa[r]z  asis. 

De  forclore  la  veye  ke  meyne  a  parais 

Ici  sant  assemblé  unze  vinz  e  dis. 

En  marge  :  Nota  numerum  peccatorum  hic  recitatorum. 

18.  —  Pièce  de  vingt  vers  dans  laquelle  le  Christ  est  supposé  s'a- 
dresser aux  pécheurs. 

Vous  ke  me  veez  en  la  croiz  morir 

E  pur  l'amour  de  vous  si  dure  mort  suffrir. 

Pur  l'amour  de  moy  en  tant  vous  afortez 

Ke  a  tuz  jours  mes  de  pecché  vous  gardez  ; 

E  kant  il  avendra  ke  vous  seez  temptez, 

Pensez  cum  jeo  estei  pur  vous  en  la  croiz  penez... 

19.  —  Chanson  qui  a  été  publiée  par  M.  Stengel  d'après  les  mss. 
Douce  1 37  et  Digby  86,  de  la  Bodléienne.  Elle  se  trouve  encore  dans 
le  ms.  de  Lambeth  522,  fol.  70.  La  leçon  du  ms.  Phillipps  confirme  la 
restitution  que  j'ai  proposée,  Romania,  IV,  380.  Ici  elle  est  écrite  à 
deux  vers  par  ligne. 

Cuard  est  ke  amer  ne  ose,  Ke  durée  ne  put  aver, 

Vileyn  ke  ne  veut  amer.  (fol.  74  v\)  Eynz  deschet  a  chef  de  pose, 

Sanz  amour  ne  se  repose  Après  n'i  ad  ke  solacer 

Quer  de  homme  ne  le  penser.  Charnel  amour  est  folie. 

Mes  folie  est  de  amer  chose  Ke  veut  amer  sagement.. . 

20.  —  La  femme  comparée  à  la  pie,  par  Bozon.  —  Cette  pièce 
en  couplets  coués  n'était  connue  jusqu'ici  que  par  le  ms.  Harl.  2253, 
fol.  112,  où  elle  est  anonyme,  et  d'après  lequel  Jubinal  l'a  publiée  dans 
son  Nouveau  recueil,  II,  326. 

(Fol.  75).  Cest  tretys  fist  frère  Nich.  Boioun  del  ordre  de  frères  menours. 

Les  femmes  a  la  pie  ;  _ 

r,    .  .  En  manere  e  en  mours. 

Portent  companie  * 


Escotez  ke  vous  die 
Quele  companie 


Tenent  en  amours  ; 


La  pie  de  custume  )  _     ..  . 

D/,  ,  ,  De  divers  colurs, 

Port  penne  e  plume  \ 


E  femme  se  délite 
En  estrange  habite 


De  divers  aturs. 


LE    MS.    8}}6    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILL1PPS 

La  pie  ad  lungc  coue  / 


5'9 


Ke  en  tai  poi  se  aproue 

E  femme  fet  la  sue 
Plus  longe  ke  nule  coue 

La  pie  est  jangleresse, 
Relement  el  sesse 

E  femme  harreit  mut 
Ke  cel  manere  ne  hut 


Pur  sa  pensantie. 
.  De  poun  ou  de  pie. 
.  De  mostrer  ou  el  est  ; 


Tel  lur  natur  est. 


21.  —  Poésie  sur  l'Annonciation  par  Bozon.  —  Pièce  en  couplets 
coués,  écrite,  comme  aussi  les  suivantes  jusqu'au  fol.  86,  à  lignes  pleines. 
Le  ms.  Phillipps  est  le  seul,  à  ma  connaissance,  qui  nous  l'ait  conservée. 
Il  se  peut  que  ce  soit  la  traduction  d'une  séquence  perdue.  Certains 
traits  rappellent  le  Missus  Gabiiel  '. 

(F'ol.  7$  v°).  Cest  trctys  fist  frère  Nich.  Boioun,  del  ordre  de  jreres  menours. 

Le  meel  de  ceel  Par  ky  pecché 

Encontre  feel  Fut  comencé 

Nus  viynt  ja,  Cum  temoynnera. 


Par  Gabriel 
Ke  vynt  de  ceel 
En  message  ça2. 

Le  message  est  teel 
Ke  Gabriel 
Nous  porta, 

Ke  le  amer  fel 
En  douce  meel 
Se  changera. 

Hore  est  changé 
In  douce  avé 
Le  noun  Eva 


Femele  ke  est  née 
Ben  plorant  dit  e 
Et  maie  dit  a 

En  mounstrance  de  vc 
Ke  le  num  Eve 
Pronuncia. 

Vc  est  a  dire 

Dolur  e  ire 

Ke  Eve  purchaza. 


22. —  Débat  du  corps  et  de  l'âme.  —  Cette  rédaction  d'un  thème  bien 
répandu  a  été  rencontrée  jusqu'ici  en  trois  mss.  :   Musée  Brit.  Cott.  Vi- 


1 .  Voy.  Romania,  IV,  371 . 

2.  Ms.  et  {ligature)  a. 


520  P.    MEYER 

tellius  C.  VIII,  Arundel  288,  et  Bodleienne,  Selden  supra  74.  Elle  a  été 
publiée  d'après  ce  dernier  ms.  par  M.  Stengel,  dans  la  Zeitschrift  f.  rom. 
Philologie,  IV,  75.  Les  variantes  du  ms.  Arundel  ont  été  publiées,  p. 
365  du  même  volume,  par  M.  Stengel,  d'après  une  copie  faite  par 
M.  Kcelbing.  Déjà  quelques  vers  en  avaient  été  cités  par  M.  Th.  Wright, 
Latin  poems  attributed  Walter  Mapes,  p.  23.  Quant  au  texte  du  ms.  Cotto- 
nien,  qui  contient  l'unique  copie  connue  des  lettres  d'Adam  de  Marisco, 
il  a  été  publié  par  feu  Brewer,  Monumenta  franciscana,  I  1 8 5 8 > ,  587. 
Le  ms.  d'Oxford  se  distingue  des  autres  en  ce  qu'il  a  seul  une  sorte  de 
préambule  composé  de  cinq  couplets. 

(Fol.  76).  La  desputcyson  cntir  le  cors  c  l'aime. 

Si  cum  jeo  ju  en  un  lit,  Tut  le  pays  vous  honoura 

La  voiz  oy  de  un  esperit  Pur  vostre  richesse  e  douta 

Ke  fu  dampnee  En  vostre  vye  ; 

Pleder  forment  0  sun  cors  Nule  sale  vous  fut  trop  grant. 

Ke  jut  au  cymiter  par  dehors  Nul  robe  trop  lusant 

Enterrée.  Par  seignurie. 

L'esperit  vers  le  cors  parla  Hore  vous  est  pur  sale  baillé  (v°i 

E  vilement  le  ledencha,  Set  peez  de  tere,  mesuré 

E  dit  :  Alas  !  Escarsement  ; 

Vous  cheitif  cors  ke  cy  gisez,  Une  heire  grosse  e  dure 

Cum  vous  estez  hore  chaungez  Vus  est  livré  pur  vesture 

De  haut  en  bas  !  Tant  soulement. . . 

S3.  —  La  plainte  Notre-Dame.  —Cette  pièce,  partout  anonyme,  a  été, 
de  même  que  le  n°  6,  attribuée  à  Pierre  de  Langtoft  et  sans  plus  de 
raison.  Elle  se  trouve  dans  les  mss.  du  Musée  Britannique,  Cotton,  Jul. 
A.  V.,  fol.  174  v°,  et  Old  Roy.  8.  E.  XVII,  fol.  107  c.  A  ce  dernier 
ms.  est  emprunté  le  titre  «  La  plainte  Notre  Dame  »  qui  fait  défaut 
dans  le  ms.  Phillipps  comme  dans  leCottonien.Elle  a  été  publiée  d'après 
le  ms.  Cottonien  par  M.  Th.  Wright  dans  le  t.  II  p.  438,  cf.  I,  xv  de 
son  édition  de  Pierre  de  Langtoft.  Les  trois  mss.  sont  indépendants.  Le 
Cottonien  offre  peu  de  variantes  ;  il  y  en  a  plus  dans  le  Royal. 

I  Reigne  corounee,  flour  de  parais,  {Fol.  77  ;°i 
De  haute  chose  enprendre  me  suy  entremis 

Kant  parouk  ou  madame  ke  suy  tant  cheitifs 
Mes  une  foie  baudour  me  ad  le  quer  souzpris. 

II  Dame,  jeo  vous  pri,  pur  vostre  grant  gentrise, 
Si  ma  parole  seit  de  folye  esprise. 


LE    MS.    8536    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPI'S  52 1 

Escuzés  ma  folie  e  grantez  (/'.  78)  seynte  église 
Ke  la  chose  ke  prie  par  vous  nous  seit  aprise. 

III  Dame,  si  vous  plest,  pur  vostre  graunt  bounté  ' 
Mustrez  nous  les  procès  cum  Jhesu  fu  penee 
Kant  la  mort  enprist  pur  humene  lignée, 

E  quele  fu  la  dolur  dount  ous  li  quer  percée 
Kant  veytes  vostre  fiz  a  la  mort  liveré. 

IV  —  Vous  enpernez,  dit  ele,  grant  liardement 
Ke  me  priez  ore  reercer  ceu  turment 

Pus  ke  suy  in  joie  e  nul  mal  ne  sent, 
Assez  le  avez  oï  par  escrit  sovent. 

V  —  Dame,  ben  ay  trové  ceo  ke  est  escrit  2, 
Ke  de  tous  les  pryvés  toun  fyz  Jesu  Cryst 
Nul  ne  vyst  la  fyn,   car  checun  se  enfuist 
Fors  soulement  vous  e  Johan  le  evangelistre. 

VI  —  Volunters,  fet  la  dame,  e  5  ben  le  pus  fere. 
Hore  me  tourne  a  joie  tout  cel  afere... 

24.  —  Le  Débat  de  la  Vierge  et  de  la  Croix.  —  Sur  le  sujet  traité 
dans  cette  pièce,  qui  paraît  incomplète  du  commencement,  je  ne  puis 
que  renvoyer  à  la  préface  de  Daurel  et  Béton,  p.  Ixxiv4.  Quanta  la 
forme,  c'est  le  douzain  octosyllabique  rimant  en  aab  aab  bba  bba,  forme, 
comme  on  sait,  fort  usitée  à  la  fin  du  xne  siècle  et  au  xmc.  Je  ne  sais  s'il 
existe  une  seconde  copie  de  ce  Débat.  Elle  est  fort  corrompue.  Je  la 
crois  d'origine  française.  On  remarquera  que  cette  pièce  et  plusieurs  de 
celles  qui  suivent  dans  le  même  ms.  sont  précédées  d'une  sorte  de  ru- 
brique composée  de  deux  vers.  Le  même  usage  s'observe  ailleurs 
encore  :  dans  le  ms.  Douce,  210  Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes, 
1880,  pp.  $<;,  60,  et  p.  75  du  même  volume,  où  on  trouvera  une 
rubrique  initiale  de  quatre  vers1  ,  dans  le  ms.  du  Mus.  brit.  8.  E.  XVII, 
fol.  64;  dans  le  Cott.  Domitien  A  XI,  fol.  99  Fr.  Michel,  Rapports, 
p.  267  ;  dans  le  Hral.  209,  fol.  5  Wright,  Reliquu  antiqux,  II,  248), 
etc.  Tous  ces  mss.  sont  d'origine  anglaise. 


1 .  Vers  ajouté  en  marge  par  renvoi,  et  qui  manque  dans  les  deux  autres  mss. 

2.  Ce  vers  et  les  trois  suivants  sont  au  bas  de  la  page,  en  renvoi. 

3 .  Ces  mots  sont  en  renvoi  en  marge  et  sont  destinés  à  remplacer  ceux-ci  qui  sont 
dans  le  texte  :  E  si  vous  dirrai  ke. 

4.  Une  poésie  en  italien  où   le  même  thème  est  traité  a  été  récemment  pu- 
bliée dans  le  Giornale  storico  delta  letteratura  haliana,  II,  286. 


522                                                           P.  MEYER 

Cornent  Nostre  Dame  e  la  croix  i/o/.  87) 

Dcsputerent  sanz  nule  voiz. 

I  II 

La  Virge  put  hore  asener  De  autry  quir  fes  large  courroye 

E  de  paroles  aresouner  E  de  autry  argent  ta  monoye, 

La  croiz  e  dire  en  teu  manere  :  Dont  plus  es  riche  ke  Alisendre. 

Dame  croiz,  tu  deys  ben  penser,  Celé  flour  dount  as  ta  joie 

Tout  seez  hore  encenser,  Crut  en  moun  pré,  si  Deu  me  voye. 

L'encenz  vynt  de  moun  aumeyre.  Pur  quey  dounkes  la  dey  tu  prendre? 

La  croiz  respont  (  ol.  79  v°)  sanz  at- 

De  autry  lumere  tu  seez  fere  Virge,  jeo  te  face  entendre,     [tendre  : 

Launterne  pur  tei  allumer.  Cornent  ke  seyt,  la  flur  est  moie; 

Tu  t'enjohis  du  vieyre  Le  meen  est  ceo  que  wuyl  aprendre 

Ke  men  est  e  comencez  en  heyre.  Kant  en  moy  voleit  descendre... 
Ma  chambre  haut  tenseer. 


25  à  31.  —  Les  morceaux  qui  suivent,  tous  pourvus  de  rubriques 
versifiées  et  terminés  par  Amen,  paraissent  être  les  diverses  parties  d'une 
sorte  d'exhortation  morale  qualifiée  de  «  Sermon  »  à  la  fin  du  dernier 
morceau,  fol  84  :  «  Priez  Dieu  pour  Bozon  qui  vous  fit  ce  sermon  », 
lit-on  à  cet  endroit,  et  il  est  bien  probable  que  le  sermon  commence  aux 
vers  qu'on  va  lire. 

(Fol.   80.)  La  parole  Deu  ke  est  prêché 
A  rai  de  solail  est  comparée. 

Ben  deit  homme  ke  aime  porte 

Ke  sanz  aprise  la  portereit  morte 

Receyvere  e  tenir  en  esperit 

La  parole  Deu  ho  grant  délit. 

Le  cors  serreit  en  bref  tens  mort 

Si  par  viaunde  ne  huzt  confort, 

E  aime  cherreit  en  grand  languor 

Si  par  aprise  ne  hut  socour 

Hore  wount  disaunt  li  juvenceus, 

Ke  coyntes  sunt,  jolifs  e  beus, 

La  ki  beauté  resemble  la  flour, 

Ke  matyn  verdoy,  au  vespre  gette  colour  : 

«    Nous  awoum  »,  funt  il,  «  trop  de  precheours  ; 

»   Nous  vodrum  meuz  ke  fussent  venours 

)'  E  nus  heidisant  au  boys  chacer, 

»  Ke  tant  nus  venissent  sovent  prêcher. 

»   Hussem  le  secle  tant  cum  dure, 

»   De  lur  sarmoun  ne  preygnoum  ja  cure. 


LE    MS.    8536    DE    LA  BIBLIOTHÈQUE    PH1LLIPPS  525 

«  Il  funt  nos  quers  a  mal  hesc  ; 

■  Ne  wuille  Deus  ke  ceo  nus  pleyse  ! 

»  Il  nous  défendent  nos  joliftez 

0  E  nous  rehercent  nos  pecchez. 

')  Li  secle  est  hore  moût  enpireez 

«   Pus  ke  precheours  nous  hunt  prêchez; 

»  Nous  trovem  hore  plus  de  pecché 

«   Ke  avaunt  lur  venue  furent  pensez   ». 

Ceo  dient  les  fous  e  lur  peisera 

Kant  la  mort  les  assaudera 

Ke  jeo  les  fray  la  moustreysoun 

Ke  pecché  ne  veent  mye  par  sarmoun, 

Mes  par  sarmoun  (/.  80  v°)  est  aparceu 

Le  péril  de  pecché  e  meuz  conu... 

26.  —  (Fol.  81.)  Peynes  e  joies  cy  lisez, 

K'en  l'autre  vie  serrunt  trovez. 

Ben  e  Mal  unt  fet  covenant 
Ke  checun  fra  feste  grant 

A  ses  amis  ; 
Mes  il  y  averunt  diversitez 
A  les  festes  ke  sunt  criez 

En  divers  pais. 

Mal  ad  somouns  touz  les  mauveis. 
Haut  e  bas  ke  tenent  leys. 

De  pecché  mortel. 
En  puz  de  enfern  mut  parfunt. 
Ky  la  venent  arivé  sunt 

A  mal  hostel. 

Kar  il  averunt  feym  e  seyf, 

Si  ne  troverent  [sic)  ke  die  :  beyf. 

Vin  ne  serveyse. 
Touz  jours  criunt  e  crierunt 
E  lur  peynes  touz  jours  durrount 

A  lounge  teyse. 

En  lu  de  payn  lur  ert  donee, 
Vil  reproche  de  lur  pecché 
Par  courouz.. . 


Fin  (fol.  82' 


Mes  lur  grâces  ne  oblyent  poynt. 
Kar  il  les  dient  mut  a  poynt 
En  chantant  : 


524  P.    MEYER 

E  lowent  ben  lur  créateur 
Ke  les  [a]  moustrez  teu  douzour 
En  semblant. 

Hore  deit  prier  li  Bosouns 

Pur  ly  e  pur  autres  compaingnouns 

Devoutement 
Ke  a  celé  joye  Deu  nous  meyne 
E  de  la  feste  pus  '  de  peyne 

Nus  defent. 

27.  (Fol.  82)  Ke  fous  funt  a  seynz  moleste 

Ke  meynent  treche  par  jour  de  feste. 

En  escripture  awoum  trovee 

Ke  treche  est  [a]  dreyt  apelee 

La  processioun  au  maufey. 

Par  jour  de  feste  assemblée 

Trestouz  suhent  la  meyn  senestre. 

E  unt  lur  clers  e  lur  prestre 

E  unt  lur  baner  e  lur  cloche 

Ke  les  dormanz  Iaundreit  broche. 

La  cloche  si  est  lur  tabour 

Ke  somount  les  fous  pur  fere  honour 

As  sathanas  e  deshonour 

Au  seynt  ke  deyt  le  sentyme  jour... 

28.  Cornent  nous  sûmes  si  contrarions 
A  nostre  Seygnur  k'est  sy  douz. 

Ky  de  touz  mauz  quert  allegaunce, 
Preygne  ensample  par  meynte  chaunce 
De  soun  pecché  aver  peysaunce 
E  fere  (/.  82  v°)  amendes  par  penaunce, 

29.  Coumparaisoun  al  haùst  de  ceste  vie. 

Ceste  vie  ressemble  al  haùst, 

Kant  povres  homme  ne  let  pur  chaud 

De  travailler  forciblement 

Pur  soustenaunce  ke  au  corps  apent. 

En  celé  sesoun  porte  fès 

Pur  estre  meuz  ehese  après, 

Moût  harreyt  un  bon  overour 

Perdre  en  haùst  un  bon  jour. 

Sun  travail  prent  a  léger 

Kant  entent  le  bon  lower. 

1.  Sic,  eorr.  l'infernel  pus  {puits)} 


LE    MS.    8^6    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    l'HILLIPPS 

En  ce!e  sesoun  ke  poy  dure 
Se  quert  viaunde  e  vesture, 
E  se  fet  a  malhese 
De  estre  après  meuz  ahese. .  . 


S'-S 


30. 


Une  courte  ditec 
De  longe  folie  11  sec. 


Escotez,  seygnours,  escotez 

Les  folyes  ke  sount  usez 

De  plusurs  ke  wount  a  mouster, 

Ke  ren  ne  fount  for  jaungeler.  4 

La  parlent  de  vanité 

Chascun  seloum  sun  degré  : 

Les  gentiz  e  les  fraunks 

Parlent  de  chens  corauns,  8 

Hou  de  faucouns  ben  volaunz. 

La  teent  seignur  sez  parlemens, 

La  prent  baillif  les  seremens, 

La  prevost  receyt  les  mercimens,    1  2 

Si  ne  fount  a  Deu  nule  révérence. 

La  pleyde  chepelayn  pur  dymerie, 

La  counte  veyllard  de  auncienerye  ; 

La  fount  ly  juvenceus  lur  mokerie  ;    1 6 

La  tenent  fous  lur  tenzerie  ;     (v°) 

La  parlent  dames  e  dammeseles 

De  riche[s]  dras  e  belels]  seles, 

De  beau  treszours,  de  corouneles;  20 

Ke  sages  est  il  lerra  teus  ocios  e  dira 
a  mouster. 


fol.  83) 

De  noveu  geit  de  vei  ceneles  (?). 

Chescun  autre  tant  avise 

Ke  poi  attendent  au  servise  ; 

E  celé  ke  vosit  volenteres  24 

Ses  prières  dyre  a  mousters 

Pur  les  autres  ne  hose  pas, 

Ke  de  ly  freyent  lur  gas. 

Mes  la  vendra  dounkes  en  place      28 

Quele  dame  ont  plus  de  grâce 

De  estre  prisée  a  ia  feste 

Pur  la  tyre  de  sa  teste  ; 

E  la  se  pleynt  la  matrone  32 

A  ses  veysynes  Gylle  e  Jone 

Ke  ele  ad  perdu  ces  pocyns 

Par  felonye  de  ses  veysyns. 

L'autre  respont  :  «  E  par  veysynes    36 

»  Ay  jeo  perdu  mes  galynes.  » 

La  terce  dit  ke  tut  sun  lyn 

Si  est  destrut  par  oselyn. 

ses  prières  de  bon  quer  taunt  cum  est 


31. 


Cununt  les  foie 
Se  affient  trop  < 


Hore  escotez  e  vous  dirrai 
Une  haut  folye  ke  trové  ay 
Si  est  au  secle  trop  usé, 
Doyr.t  meynt  homme  est  engynné, 
Ke  poynt  ne  welunt  en  lur  vye 
De  lur  bens  fere  courtesie, 
Mes  tut  se  affient  en  testamenz, 
En  heide  e  socour  de  lur  parenz 
Ke  pur  les  aimes  chaunterount  : 
Amourettes  jolifs  me  funt. 
Ceo  est  la  messe  ke  il  averount. 
Après  le  jour  ke  enterré  sunt, 


genz 

n  testamenz. 

Lors  en  tendrunt  lur  parlemenz, 

Executours  e  parenz  : 

«  Lessez  »  funt  il  «  mort  au  mort, 

»  E  vifs  de  vifs  heyent  confort.       16 

n  Cil  ke  est  mort,  Johan  liou  Rauf, 

0  Hou  yl  est  dampné  hou  il  est  sauf  : 

»  Si  yl  est  sauf,  il  n'a  mester 

»  Ke  l'em  face  pur  ly  chaunter;     20 

»  Si  yl  est  dampné  ne  vaut  ren 

«  Ke  l'em  face  pur  ly  de  ben. 

»  Mes  pensum  «funt  il  «  de  nos  enfaunz 

»  Ke  sunt  beaus  e  taysaunz,  24 


526 

»  Ke  avauncé  seyent  par  mariage; 

»  Si  froum  honour  au  lignage.  » 

Assy  est  sovent  esprové 

Ke  ceste  chose  est  vérité  :  2 

Les  bens  ke  lessent  après  Iur  jours 

Coupent  la  corde  de  lel  amours 

Entre  le  mors  e  les  vifs 

E  de  amys  funt  enemys. 

Lors  est  sage  ke  s'alye 

A  tel  amy  en  sa  vye 

Ke  après  la  mort  le  put  trover 

Devaunt  ly  a  grant  mester. 

Ky  tel  amy  vout  trover 

Par  bone  vie  le  deit  aver. 

Deu  plus  eyme  bone  vie 

Ke  nul  tresour  de  tresorie. 

Ke  est  bone  vye  vous  dirrai, 

Par  aprise  nunt  par  assay  ; 

Bone  vie  est  de  amer 

Deu  e  homme  de  buen  quer, 

Volenters  aler  a  mousters 

E  la  dyre  ses  prières, 

Hayr  pecché  e  vylenye, 

Loaunge  de  ceste  vie  (f.  84) 

En  quer  aver  e  afforcer 


P.    MEYER 


A  charité  (sic) 

De  bens  leaument  purchacer', 

Hou  poveres  partyr  en  privetez,      52 

Mal  recevere  sanz  mal  fere. 

Une  teus  homme  put  Deu  plere. 

Hore  quident  plusours  de  maie  vie 

Sentefyer  lur  ribaudie  56 

32        Par  cynkaunteyne  de  ave  Mânes, 

Hou  par  aumoynefr]  un  poy  de  mies, 
Hou  par  june  de  Nostre  Dame  : 
Force  ne  funt  de  maie  famé  ;  60 

36        Pur  un  dener  a  seynl  Andreu 

Cent  feuz  le  jour  parjurenft]  Deu, 
Trouve  un  cerge  devaunt  la  croyz 
E  maudit  son  preme  de  haute  voiz  ;  64 

40        Quater  poveres  en  sale  peit 

E  de  orde  parole  ne  tent  ja  plet  ; 

A  frères  doune  de  ses  bens, 

E  tent  ses  paysanz  vil  cum  chens;  68 

44        Pur  un  dener  a  Haut  pas 
Sa  lecherie  ne  lerra  Pas. 
Tele  chose  ne  vaut  ren 
Sans  lesser  le  mal  e  fere  le  ben.      72 

48        Pryez  Deu  pur  Bosoun 

Ke  vous  fet  ceo  sermoun.  Amen. 


32,  33.  —  Deux  petites  pièces  qui  paraissent  être  de  Bozon,  bien 
que  le  ms.  ne  fournisse  aucune  indication  expresse  à  cet  égard.  La  pre- 
mière se  retrouve  dans  le  ms.  $22  de  Lambeth,  fol.  220. 


32. 


Vous  purveez  en  ceste  vie 

De  soustenaunce  en  l'autre  vie. 


Pus  ke  homme  deit  morir 
E  de  ceo  secle  departyr 
E  aillurs  saunz  fyn  meyndra, 
Bon  sereyt  ke  chescun  trossat 
Les  bens  ke  il  put  en  soun  sak, 


Kar  jammès  ne  revendra. 
Don  pense  checun  de  espleyter 
Ke  il  ne  perde  le  grant  louher 
Ke  Deu  promis  nous  a2. 


1.  Ms.  purchacez. 

2.  Les  trois  derniers  vers  sont  un  refrain  oui  se  reproduit  à  intervalles  réguliers. 


LE    MS.    8^6    DE    LA  BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS                     527 

33.                    Ke  plusours  uni  aye  (fol.  84  v°) 
Par  un  homme  de  bone  vie. 

Un  prodom  en  compaignie  De  bone  genz  entremedlé 

A  plusours  autres  fet  aye.  A  grant  noumbre  trop  soyllee, 

Par  une  hcmme  de  bounté  Deu  preyt  vengaunce  ben  sovent 

Put  un  pays  estre  sauvé.  De  ceo  munde  par  gref  tourment, 

En  escripture  est  trové  Kar  ben  savez  ke  avérons  trové 

E  par  assay  est  prové.  Garauntizon  par  sun  vesyn  le  bon. 

Par  taunt  say  la  vérité,  

Si  hore  ne  lut  une  poynnee 


34.  —  Prière  à  la  Vierge  que  je  transcris  ligne  pour  ligne  dans  la 
pensée  que  l'auteur  Bozon  ?)  aurait  peut-être  eu  l'intention  d'écrire  en 
vers. 

Jeo  vo  salu,  reyne  de  mercy  e  de  pyté,  (fol.  85  v°) 

Vie,  douçur  e  nostre  esper,  seez  salué. 

A  vous  crioums  nous  issilez  ke  sûmes  les  enfans  Eve, 

A  vous  suspyruns  0  gémis  e  plurs  en  cete  lermuse  valce 

Ha  !  ha  !  adunkes  vous,  nostre  avowé, 

Vous  euz  mercyables  a  nous  seyent  tourné, 

E  Jhesu  le  beneit  irut  de  ta  ventre 

A  nus  après  cest  yssil  seyt  par  vous  mustré. 

0  tredebonere,  0  pleyne  de  pyté, 

0  tredouce  Marie  mère,  fleur  de  virgineté  ! 


35.  —  L'Ave  Maria,  en  couplets  coués. 

Jeo  vous  salu,  Marie,  )  .-  .  c  • 

^  ,  O  tey  est  nostre  Seignur. 

De  grâce  replenye,  ) 

De  totes  la  plus  benuré  )  ,,        , 

_      .  ,    ,        ,  !  Jhesu  le  sauveour. 

Beneit  est  le  frut  de  ta  ventre, 


36.  —  Invocation  à  la  Croix  en  dix  vers,  rimant  abababcdcd. 
Les  vers  impairs  sont  sûrement  de  huit  syllabes,  les  pairs  semblent  bien 
n'en  avoir  que  sept.  La  pièce  paraît  française  plutôt  qu'anglo-normande. 

Croiz  sentyme  honourée        Ou  se  pena  Jhesu  Cnst  (fol.  86) 

Pur  la  gent  ke  fu  mesalée        Par  le  pecché  ke  Adam  fist, 

La  char  ne  fu  pas  violée        Ou  le  père  tel  fiz  mist; 

Le  sanc  corut  par  les  cynk  plaies,        Ceo  ly  vint  de  humilité. 

Les  anguesses,  les  assayes        Ly  vyndrunt  de  humanité. 


528  P.    MEYER 

37.  —  La  prière  de  Notre  Dame,  par  Thibaut  cI'Amiens.  Pièce  dont 
je  connais,  outre  le  ms.  Phillipps,  huit  copies  : 
Dijon,  299%  dernier  feuillet  '. 
Dublin,  Tr.  Coll.  D.  4.  18,  fol.  1. 
Oxford,  Bodleienne,  Digby  86,  fol.  1 10  2. 
—  —        fragment  non  classé. 

Paris,  Bibl.  nat.,  fr.  12483,  fol.  9. 

—  —        —  1 2 581,  fol.  371 . 

—  —        nouv.  acq.  fr.,  1050,  fol.  264. 
Pavie,  Bibl.  de  l'Université,  fol.  4  5. 

De  ces  neuf  mss.,  quatre  seulement  iCheltenham,  Dublin  et  les  deux 
mss.  d'Oxford)  sont  d'origine  anglaise.  Il  y  a  là,  en  faveur  de  l'origine 
française  de  ce  petit  poème,  une  présomption  qui  est  confirmée  par  le 
st\le  et  la  langue.  Quant  à  l'auteur,  les  indications  ne  manquent  pas, 
mais  elles  sont  contradictoires.  Dans  le  ms.  12 581  se  trouve  un  explicit 
ainsi  conçu  :  «  Ci  define  la  proiere  de  Nostre  Dame  laquele  li  chan- 
celiers de  Paris  fist.  »  De  là  j'avais  conclu  jadis  que  l'auteur  était  le 
chancelier  de  l'église  de  Paris,  Philippe  de  Grève,  erreur  que  j'ai  cor- 
rigée ici  même*  lorsque  j'ai  su  que  trois  mss.,  les  mss.  de  la  Bibl.  nat. 
fr.  1*483,  nouv.  acq.  fr.  1050  (connu  sous  le  nom  de  chansonnier 
Clairembautï  et  le  ms.  de  Pavie,  contenaient  un  couplet  final  où  un  cer- 
tain Thibaut  d'Amiens  était  désigné  comme  auteur.  Il  reste  à  chercher 
qui  était  ce  Thibaut  d'Amiens.  Peut-être  était-ce  celui  qui  occupa  de 
1222  à  1229  le  siège  archiépiscopal  de  Rouen.  Le  ms.  de  Dijon  indique 
comme  auteur  Richart  de  Fournival,  mais  c'est  là  une  attribution  qui 
doit  être  rejetée  sans  hésitation.  Richart  de  Fournival,  qui  fut  chancelier 
de  l'église  d'Amiens,  combine  en  sa  personne  la  qualité  de  chancelier 
indiquée  par  le  ms.  12^81  et  l'origine  amiénoise  attribuée  par  d'autres 
mss.  à  Thibaut,  mais,  outre  qu'il  est  bien  difficile  de  ne  pas  se  rendre  au 
témoignage  si  précis  et  si  fort  des  trois  mss.  qui  ont  conservé  le  couplet 
où  Thibaut  se  nomme,  il  faut  considérer  que  Richart  de  Fournival  écri- 
vait au  milieu  du  xme  siècle,  tandis  que  le  poème  doit  être  au  plus  tard 
des  premières  années  de  ce  siècle,  le  fragment  d'Oxford  ayant  été  certai- 
nement écrit  vers  cette  époque. 


1.  Renseignement  <Jù  à  M.  G.  Paris. 

2.  Le  texte  dans  la  notice  de  M.  Stengel  sur  ce  ms.,  p.   30. 

3.  Voy.  Mussafia,  Ucber  einc  Altjr.  Haudschr.  d.  K.  universitatsbibliothek  :u 
Pana,  dans  les  comptes  rendus  de  l'Académie  de  Vienne,  LXIV. 

4.  Romanla,  I,  201 . 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  $29 

Je  ai  un  quer  mult  lent  '  Assey  ay  musé 

Ke  sovent  mesprent  :  Et  moun  temps  usé 

E  poy  s'en  amaye,  Dunt  jeo  atenk  gref  peyne  2, 

E  le  temps  s'en  veet,  Si  par  sa  hunté, 

&  jeo  n'ay  ren  fet  La  flur  de  pi  té 

Dunt  fiaunce  en  eye.  A  soun  fiz  ne  me  ameyne  î . . . 

Fin  [fol.  86  v°). 

Rendez  me  l'amour  Gardez  me  a  la  mort 

De  moun  bon  seygnour  Del  enemy  trefort 

Eynz  ke  jeo  murge  Ke  il  ne  me  pusse  nurc, 

Ke  il  chescun  errour  E  puys  a  seur  port 

Par  sa  grant  dozour  De  verray  confort 

Voille  en  moi  destrure.  Me  deygne  conduyre.       Amen. 

38.  —  Notes  en  latin  avec  gloses  françaises  sur  les  diverses  sortes  de 
faucons,  sur  l'armement  du  chevalier  tant  pour  le  tournoi  que  pour  la 
guerre.  —  Ce  court  morceau,  dont  on  trouvera  ci-après  le  texte  entier, 
semble  emprunté  à  quelque  ouvrage  analogue  au  Dictionarius  ou  au 
Commentarius  de  Jean  de  Garlande,  ou  aux  traités  de  ustensilihus 
d'Alexandre  de  Petit  Pont  ou  d'Alexandre  Neckam.  La  présence  d'une 
glose  anglaise  [goshawk,  autour!  montre  que  ce  morceau  a  dû  être  com- 
posé en  Angleterre.  On  recueillera  dans  ces  quelques  lignes  des  détails 
intéressants  et  précis  pour  l'histoire  du  costume  militaire. 

(Fol.  86  v°).  Falcones  dici  possunt  omnes  qui  ad  lure  veniunt,  scilicet  falcones 
gentyl,  gyrfaus,  laners ,•  hii  sunt  diverse  nature,  et  de  singulis  femella  dicitur 
formele  et  masculus  tcrcclet  ;  est  semper  femella  melior.  —  Abcscher  faucoun,  hoc 
est  dare  sibi  aliquid  ad  purgandum  '. — Gcntis  non  suntita  nobiles  et  volant  ad 
anates  et  raro  ad  aucas,  laners  a  ânes  et  perdrices.  — Ad  reclamorem  vel  recla- 
matorium, scilicet  ad  carnem,  veniunt  ostours,.\. 2  ancipitres,  anglice  goshauk,  et 
hic  similiter  femella  dicitur  formele  et  masculus  tercele.  —  Espervcr  a  perdrices  et 
doives  et  est  femella,  musket,  masculus,  a  doives.  — Falcones  omnes  debent  pres- 
cindi  parum  unguibus,  gall.  recoupes,  ke  il  ne  deivent  rester,  et  ideo  percuciunt 
talo.  Accipitres  et  omnes  alii  non  debent  prescindi. 


l.  //  faut  let,  mesfet,  qui  s'accordent  avec  les  vers  4  et  5 .  La  faute  du  ms. 
Phillipps  se  trouve  dans  les  deux  mss.  de  Paris,  fr.  12  581,  et  N.  acq.  io$o.  — 
2.  Corr.  paie.  —  3  C  rr.  s.  f.  ne  m'  apaie. 

1.  Sens  nouveau  :  Dans  les  exemples  connus  jusqu'à  présent  ce  mot  signifie 
donner  à  l'oiseau  quelques  becquées  de  nourriture  de  façon  à  le  mettre  en 
appétit. 

2.  Ce  signe  veut  dire  id  est. 

Rom  a  nia,  XIII.  34 


530  P.    MEYER 

Modus  armandi  milites  ad  torneamentum. 

Primo  fit  ignis  et  extenditur  tapetum,  et  spoliatur  ad  camisiam  ;  pectine 
parât  capillos,  in  pede  calciatur  {fol.  87)  de  quyr,  induit  ocreas,  gall.  muscylers, 
in  tibiis  de  ascer  ou  de  quyr  boily.  Deinde  quysouns  in  femoribus  et  genicularia, 
gall.  genulers.  Deinde  aketoun,  et  deinde  camisia  de  Chartres  et  coyfe  de  Char- 
tres ',  et  pelvim  in  qua  débet  esse  cerveylere  defendens  capud  ne  contiguetur  pelvis 
cum  capite.  Deinde  loricam  quyrêe,  cote  armée,  in  qua  fuerit  signa  miiitis,  et 
gayne  payns  ou  gayns  de  baleyne  sa  espeye,  .i.  gladius,  et  flagellum  et  galeam,  .i. 
heaume. 

Ad  bellum  :  aketoun,  plates  de  Alemayne  ou  autres  cum 2,  aketoun  ut 

supra  et  bone  gorgeres,  gladius,  haches  a  pik,  et  cultellus.  Scutum  raro  portatur 
ad  bellum  quia  impediret  plus  quam  promoveret. 

Ad  hastiludia  :  aketoun,  haubert,  gambisoun,  quod  fit  de  panno  serico  et 
consimilibus,  si  sit  preciosum,  nuelerc  ke  sunt  plates  de  ascer,  sicut  bacyn  et 
galea. 

39.  —  L'ordre  de  chevalerie  de  Hue  de  Tabarie,  poème  bien  connu, 
publié  par  Barbazan  et  par  Méon,  dont  on  a  beaucoup  de  copies?  et  dont 
le  succès  s'est  propagé  à  l'étranger  4.  Le  texte  du  mss.  Phillipps  est, 
comme  certaines  autres  copies,  dépourvu  de  son  prologue. 

Cy  comence  la  descripeion  de  chivalerie  par  Hue  de  Tabarie. 

Jadis  estoit  en  paienye  En  le  tens  de  cel  bon  roy 

Un  roy  de  moût  graunt  signourye.  Fyrent  a  genz  de  nostre  loy 

Il  fut  moût  leal  sarazin  ;  Ly  Sarasyns  moût  graunt  damage 

Il  out  noun  Sadalin.  Par  lour  orgoyl  e  par  lor  utrage.  . . 

40.  —  Poème  allégorique  en  quatrains  où  Jésus  est  représenté  sous 
les  apparences  d'un  chevalier. 

(Fol.  90  v°i —  Cornent  le  fiz  Deu  fu  arme  en  la  croyz. 

Seignours,  ore  escotez  haute  chivalerye, 
De  un  noble  chivaler  qe  pur  l'amour  s'amye 


1 .  On  faisait  à  Chartres  des  heaumes  et  des  gambaisons  ;  voy.  Guill.  de  Tu- 
dèle,  v.  520-1 . 

2.  Ici  un  mot  abrégé  que  je  ne  lis  pas  :  l'abréviation  paraît  donner  prece.. . 
bus . 

3.  Par  ex.  Bibl.  nat.,  fr.  857,  fol.  154;  1553,  fol.   410  ;    25462,  fol.   149; 
Musée   brit.,    Harl.   4333,  fol.  115  (Romania,  I,  209);  ms.  Johnson  {Romama, 

V,  3), etc. 

4.  Voy.  d'Ancona,  dans  la  Romania,  III,  186,  ou  Studi  di  critica  c  storia  let- 
teraria,  p.  343. 


LE    MS.    8}}6    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  53  I 

Tant  se  myst  avaunt  qe  il  dona  sa  vye 
Pur  reyndre  sa  espouse,  q'ele  fu  forbanye. 

C'est  la  vie  de  home  que  jadis  fu  traylic, 

Mes  son  tredouz  amy  ne  se  hasta  mye 

Pur  fcre  rescouz  qe  ele  veïst  sa  folye, 

Et  cornent  de  haut  en  bas  out  chaungé  sa  vie. 

Il  suffry  bien  Iongtenps  qe  ele  fu  grevée, 

Qe  par  taunt  puyt  veer  corne  ele  out  mcschaungé, 

Mes  qant  ele  cria  mercy,  il  en  out  pytee, 

Et  par  taunt  le  plus  q'ele  fu  engignée. 

Soûl  se  myst  as  champ  pur  reyndre  sa  amye, 
Si  ver.quist  la  batayle  et  conquist  seygnurye. 
Partye  par  poer  et  partie  par  mestrie 
Et  suffrist  dure  playes  par  douce  jolouzie... 

Fin   fol.  91    : 

11  regarda  les  armes,  si  out  graunt  dedeyng, 
Et  Jesu  ly  suffryst  de  travailer  en  vayn. 
Ben  entendist  le  houre  de  lever  sa  mayn 
Quant  jugé  fu  a  la  mort  lors  nous  tuz  fist  seyn. 

Il  lessa  ses  armes  au  fust  atachee,  (v°) 

Si  entra  la  batayle  corn  champion  prové, 

Trova  la  s'amye  dur  enprysonee 

Si  la  mena  ove  ly  et  myst  en  salveté. 

41.  —  Pièce  en  couplets  coués  sur  l'amour  de  la  Vierge. 

Nuyl  ne  deyt  mounter  en  prys  ) 

_,.,     ,        ,,  r  '  .  Qar  ce  est  trebele  enpryse; 

S  il  n  eyl  d  amer  aprys,  1  % 

E  pur  ceo  jeo  ne  l'emprys  /  _     „ 

...     ,  ,  .  Qe  Deu  pas  ne  me  enpryse, 

Mes  de  taunt  poynt  ne  m  em  prys,  )  ^  ' 

Par  quey  mon  quer  emprys  a  )  _,  .    , 

_,  ,       ,  ;   I  ute  bones  enpryses. 

D  amer  celé  q  en  prys  a  \ 


42,  43.  —  Chansons  de  Gautier  de  Biblesworth.  Les  deux  pièces 
suivantes  tirent  leur  principal  intérêt  du  nom  de  leur  auteur,  de  qui  on 
ne  connaissait  jusqu'à  présent  que  le  traité  signalé  plus  haut,  sous  le 
n°  1 ,  et  une  tenson  publiée  dans  les  Reliquia  antiquœ  de  Wright  et  Hal- 
liwell,  I,  1 34.  La  première  chanson,  qui  est  une  pièce  en  l'honneur  de 
la  Vierge,  prouve  que  le  goût  des  vers  équivoques  avait  pénétré  en 
Angleterre. 


532 


P.    MEYER 


(Fol.  92).  Cy  comencent  les  dytees 
Regardez, 
Amours  m'ount  si  enchaunté 
Qe  jeo  ay  tut  dys  deschauntee 
Tut  quant  ke  jeo  chauntoye, 

Voici  les  derniers  vers  de  cette 
Gabriel,  bone  ryme  as 
E  ta  chaunçoun  btn  rymé  as, 
Qar  qy  la  rymera 
En  paradys  rymera 

43.  —  (Fol.  93)  : 

De  bone  femme  la  bounté 
Vorroy  bien  qe  fust  counté 

Jeo  fuse  a  blâmer  pur  vérité 
Si  jeo  celasse  lour  bounté 

Pur  un  char  q'ai  charpenté 
Ou  tut  le  mounde  i  est  entré. 


moun  syre  Gauter  de  Bybeswurthe  . 

lysez,  apernez. 

Qar  touz  jours  deschauntoye, 

Pur  ceo  tienz  mon  chaunt  a  deschaunt 

Qauntjeoenchauntauntchauntchaunt. 

ridicule  composition  (fol.  93)  : 

Ou  nous  trestouz  rymerons 
Par  ave  qe  nous  cryerons. 
Ore  vous  ay,  dame,  rymee, 
Veyez  si  jeo  ay  bein  rymee. 


Si  ee  puysse1. 


Et  me  teùsse. 


Haut  et  bas 


Fin   fol.  95  v°)  : 

Ja  n'est  trovée  en  tere  ou  en  mer 
Piere  preciouse  nule  si  chère 

Ne  charbuche  qi  est  si  cler 
Ne  diamand  qe  dure  entier, 


Qe  vayle  a  femme; 
J  Ne  autre  gemme. 


44.  —  Recueil  alphabétique  de  proverbes  rangés  par  ordre  alpha- 
bétique. —  L'écriture  est  assez  fine  ;  à  la  fin  de  chaque  lettre  il  y  a  quel- 
ques additions  de  la  main  qui  a  écrit  les  ff.  87  à  95.  Ces  proverbes 
sont  accompagnés  de  passages  plus  ou  moins  analogues  tirés  de  la  Bible. 
Nous  possédons  plusieurs  recueils  ainsi  disposés,  par  exemple  ceux  que 
renferment  les  mss.  Bibl.  nat.  lat.  10360  et  18184.  D'autres,  également 
accompagnés  de  citations  bibliques,  n'offrent  aucun  ordre,  par  ex.  le  ms. 
P.  III.  3  de  la  cathédrale  de  Hereford.  Ces  divers  recueils  étaient,  selon 
toute  apparence,  destinés  aux  prédicateurs.  J'en  ai  formé  toute  une  col- 
lection que  je  proposerai  quelque  jour  à  la  Société  des  anciens  textes 
français. 

(Fol.  96)  : 
A  besoyn  voyt  l'en  qui  amis  est. —  Eccli.  xn,  8  :  Non  agnoscitur  in  bonis  amicus. 


1.  Corr.  Se  je  peùse. 


LE   MS.    8}  }6    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS 


5  5  3 


Au  colon  saùl  cerises  suntameres— Prov.  XXVn,7:  Anima  saturatacalcabitfavum. 

Ausi  bien  sunt  amorettes  souz  bureau  cum  souz  brunetes. 

Autel  segnur  tel  meyné. 

Assez  escorche  qui  pié  tient.  —  Rom.  1,  32  :  Qui  faciunt  talia  digni  sunt  morte. 

Au  matyn  hoste  e  au  vespre  loue  le  jour. 

A  ky  Diex  veaut  aider  nul  ne  ly  peut  nuire. 


45.  —  Le  roman  de  Fortune,  par  Simon  de  Freine.  —  On  connaît 
déjà  deux  mss.,  l'un  au  Musée  Britannique,  l'autre  à  la  Bodléienne,  de 
ce  poème  dont  l'auteur  se  nomme  en  acrostiche  au  début  de  son  œuvre  : 
voy.  le  Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes  français,  année  1880, 
p.  81.  Le  texte  du  ms.  Phillipps  se  rapproche  plus  de  celui  du  ms. 
d'Oxford  que  de  l'autre.  Il  a  quelques  fautes  en  propre,  par  ex.  la  mau- 
vaise leçon  du  v.  6,  Del  aver  Dé  perdre  rien,  au  lieu  de  Duel  aver  pur 
perdre  rien. 


ooolaz  doune  et  tout  ire         ('/.  107) 

— cest  romanz,  ki  l'ot  lire  ; 

Suit  porte  en  sey  grant  déport  ; 

Cn  escrit  est  de  confort.  4 

Ze  deit  hom,  ce  mustre  bien, 

Del  aver  Dé  perdre  rien. 

De  autre  part,  pur  rien  ke  seit, 

wstre  plus  joius  ne  deit.  8 

tjous  est  ki  pur  nul  avoir 

psien  voet  joier  ou  doler  : 

nn  poi  de  ure  vet  et  vient. 

<-a  hom  sage  sage  p'.et  ne  tient,     12 

Z'est  aver  fors  chose  veine, 

M  ki  lui  aver  se  peine 


Suit  le  quert  od  grant  dolur, 

m  tut  le  pert  a  chef  de  tur.  16 

•nous  est  ki  aver  désire, 

^-a  ne  serra  sanz  martire, 

ocanz  tristur  n'iert  une  hure, 

Hant  li  curent  pensers  sure.  20 

Pur  mustrer  ki  rien  ne  vaut 

Aver  terriene  ke  faut 

&  ke  mes  n'eit  hume  talent 

De  trop  amer  or  ne  argent,  24 

Vient  un  clerc  ki  fet  sa  pleinte 

De  fortune  fausse  &  feinte... 


Au  bas  de  la  page  on  lit,  d'une  écriture  un  peu  moins  ancienne  :  Si- 


mund  de  Freine  me  fist.  —  Fin  (fol. 

Pensez  de  la  joie  fine, 
De  la  joie  ke  ne  fine  : 
Ceo  est  la  joie  de  la  munt, 
Icele  joie  Deu  nus  doint  !  Amen. 


116)  : 

Icil  ke  cest  romanz  fist 
Sun  nun  en  cest  romanz  mist. 
Mis  est  en  vint  premer  vers  ; 
Ceo  puet  veer  ki  est  clers  '. 


46.  —  Lettre  du  prince  des  envieux.  —  Cette  pièce  satyrique  otire 
une  certaine  analogie  avec  la  lettre  de  l'empereur  Orgueil  publiée  par 


1 .  Ces  quatre  derniers  vers  se  trouvent  dans  le  ms.  du   Musée,  mais  non 
dans  celui  d'Oxford. 


534  p-    MEYER 

Th.  Wright  dans  les  Reliquix  antiqux,  II,  248  '.  Je  n'en  connais  pas 

d'autre  copie. 

Sacent  trestuz  ke  ove  may  sunt,  A  tort,  par  toute  &  par  rançoun  (/. 

E  ceus  ke  a  moy  a  venir  sunt,  [116  c.) 

Ke  jeo,  prince  de  coveitus,  Par  prises  &  par  fause  enchesun, 

De  orgui!  e  d'envius,  4       Par  enprent  &  par  tallage, 

As  richesces  ay  doné  &  granté,  Par  privelege  8c  par  utrage,            12 

Ke  en  chef  sunt  ove  moy  demuré  On  cume  puent  penser  autrement 

Ke  il  purrunt  tut  a  lur  devise  Deceivre  la  commune  gent. . . 

Par  force  &  fause  cointise  8 


47.  —  Paraphrase  du  Pater  : 

Oez  mei  tuz  ke  sanz  error 

Créez  en  Deu  le  creatur 

Ki  nus  forma  a  sa  semblance 

Par  sa  seinte  digne  pussance,  (fol.  1  16  d.) 

A  ki  devoms  nos  oresons  ; 

Solum  les  moz  entendoms 

De  une  oreson  ke  solom  dire 

Dirray  li  sen  e  la  matere 

48.  —  Salut  à  la  Vierge,  en  quatrains.  —  On  voit  par  l'avant-dernier 
couplet,  où  se  trouve  un  vers  anglais,  que  l'auteur  était  né  en  Angle- 
terre. Les  pièces  de  ce  genre  sont  si  nombreuses  qu'on  ne  peut  être 
assuré  de  les  avoir  notées  toutes.  Je  ne  crois  pas  cependant  avoir  ren- 
contré celle-ci  ailleurs  que  dans  le  ms.  Phillipps.  Elle  ne  doit  pas  être 
confondue  avec  une  paraphrase  de  VAve  Maria,  également  en  quatrains, 
que  renferme  le  ms.  Gg.  1.  1,  de  l'Université  de  Cambridge,  et  qui 
commence  à  peu  près  de  même  2.  L'écriture  en  est  peut-être  un  peu 
postérieure  à  celle  des  morceaux  qui  précèdent. 

Ave  seynte  Marie,  ave  gloriose,  {fol.  118  a.) 

Ave  reyne  de  ciel,  ave  preciuse, 

Ave  la  mère  Jhesu  Crist,  ave  la  Deu  espose, 

Amendez,  duce  dame,  ma  vie  doleruse. 

Ave  seinte  Marie  pleyne  de  doçur, 
Eyez  merci  de  mey,  du  tûtes  dames  flur, 


1.  Cf.  Bulletin  de  la  Soc.  des  anc.  textes,  1880,  p.  78. 

2.  Ave  très  douce  Marie,         ave  gloriouse, 
Ave  ros  espanife],  ave  preciouse. 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  $3$ 

Ke  jeo  par  ma  folie  ne  vinge  a  dolur, 
Ou  i  ad  peyne  sanz  fin  e  plur  e  tristur. 

Ave  seynte  Marie  reyne  sucurable. . . 
Fin  (fol.  1 19  b)  : 

Marie  espuse  al  creatur,  sa  fille  6c  sa  mère, 

Ki  portas  tun  saveor,  tun  fiz  e  tun  père, 

Be  myn  help  and  my  fuit  uni  thaï  ich  mey  amendi  hère 

Si  ke  m'aime  après  mes  jors  ne  seit  en  peyne  amere. 

Marie,  mère  al  tut  pussant,  humblement  vus  pri 
E  de  cors  e  de  quer  a  vus  merci  cri, 
Ke,  kant  vendray  a  ma  fin  e  parteray  d'uci  (sic), 
De  cest  povre  esgaré,  dame,  eyet  merci.  Amen. 

49.  —  Les  contes  moralises  de  Nicole  Bozon.  —  C'est  un  second  ms. 
de  l'ouvrage  de  Bozon  dont  une  édition  est  actuellement  sous  presse 
pour  la  Société  des  anciens  textes  français  '.  Ici  l'auteur  n'est  pas  men- 
tionné. Le  texte  du  ms.  Phillipps  et  celui  de  Gray's  Inn  sont  indé- 
pendants l'un  de  l'autre.  Le  premier  souffre  d'une  lacune  par  suite  de 
l'arrachement  du  feuillet  143.  En  revanche  il  contient  un  certain  nombre 
de  contes  ou  d'allégories,  non  des  plus  intéressants  toutefois,  qui  man- 
quent au  second,  et  qui  seront  publiés  en  appendice  dans  l'édition. 

(Fol.  120.)  En  ceo  petit  liveret  peust  l'en  trover  meint  bel  ensaunple  de 
diverse  matire  par  unt  l'en  peust  aprendre  d'eschure  péché  et  de  enbracer 
bounté,  et  sur  tote  ren  de  loer  Dampnedé  ky  de  bien  vivre  nus  done  oche- 
soun  par  la  nature  des  créatures  ke  sunt  sauns  reson.  Pur  ceo  dist  seint  Job 
12  :  «  Vus  ke  ne  savez  mie  le  mel  eschure  e  le  bien  élire,  demandez  des  bestis 
h  et  il  vus  aprendrount,  les  oiseus  qe  volent  et  il  vus  en  dirrount,  les  mattres 
»  de  la  tere  et  il  vus  respoundrount,  les  peschouns  de  la  mer  et  il  vus  de- 
»  mostrerount  »,  ne  mie  en  parlaunt,  mes  chescun  en  sa  nature,  diversement 
overaunt,  cornent  par  les  uns,  vus  poez  bien  fere  et  cornent  par  les  autres  de 
péril  vus  retrere. 

Li  noble  clerk  Ysidre  nus  dit  en  son  livre  2  ke  ad  une  père  q'est  apelé  ma- 
gnete... 

Fin  (fol.  153  v°)  : 

Un  prodhomme  out  en  son  hostel  un  ane  e  un  pork,  e  aperceut  ly  ane  ke  le 
pork  checun  jour  fut  ben  pu  e  renz  ne  fyt,  e  il  touz  jours  en  travayle  e  male- 
ment  servy.  Après  se  feynt  malades  e  se  cocha  sus  le  fumer.  La  vynt  la  bone 
emme  e  le  dona  bone  payn  assez.  Pensa  cyl  :  «  Cy  ad  bone  vye  »,taunt  ke  un 


1.  Voyez  ci-dessus  p.  497. 

2.  Job,  xii,  7,  8. 

3.  Etym,  xvi,  iv,  xm  ;  cf.  Gesta  Romanorum,  éd.  Œstcrley,  n°  145, 


536  P.    MEYER 

jour  aparceut  cornent  le  pork  fut  saké  vers  la  mort,  e  comensa  de  brayer  e 
cryer,  e  cornent  le  kotyl  ly  fut  mys  a  la  gorge  :  «  Veyre  veyre!  «  dyt  il,  e  saut 
sus,  «  meuz  vaut  de  travayler  e  sauver  la  pel  ke  de  estre  un  poy  ahesee  c  pus 
juher  o  kotel  ».  Pur  ceo  l'em  dyt  en  chantaunt  :  «  Meuz  vaut  plure  chaut  ke 
chaunteplure  »  '. 

50.  —  Le  haut  du  fol.  1 54  est  occupé  par  une  lettre  ou  formule  de 
lettre  où  sont  énumérées  toutes  les  qualités  d'un  épervier  idéal. 

Saluz.  De  cel  esperver  dunt  vous  me  priastes  ke  jeo  veyse  e  avisase,  jeo  ay 
fet  vostre  prière,  e  si  le  ay  trové  corteys  e  ben  afeyté,  de  bone  garde  e  ben 
meuwé  e  asez  tard  demaylolé.  Si  n'est  pas  criers  ne  glutous  ne  ravener  ;  tout 
clos  se  tent  en  perche  asis,  must  est  viste  de  ele,  ben  prent  e  ben  retent,  si  est 
de  bon  recleym  ;  corteisement  se  peyst  e  queyntement  se  proynt  e  sovent  espe- 
1  jke.  Si  n'est  pas  enrenee;  du  vol  a  la  mayn,  de  la  mayn  a  la  perche  ne  ad 
teche  de  vilenye.  Si  ad  la  couwe  enterc,  sanz  penne  blemie.  Hey  !  munne  treduz 
amye,  cum  cil  dereyn  mot  fet  moût  a  charger  !  ke  si  la  cowe  li  fust  ataiue 
par  nul  fol  abat,  sachez,  douz  amy,  moût  serreit  enpiré  vostre  eschat.  Saluz. 

Suit  un  court  extrait  du  livre  de  Sydrac  :  «  In  libro  qui  intitulatur 
»  Sydrac,  cap.  4440,  de  equodicitur  sic:  Chival  doit  avoir  en  li  quatre 
»  choses  longes  et  quatre  choses  larges  ...»  C'est  le  chap.  369  de  la 
version  italienne  publiée  par  M.  Bartoli 2. 

A  la  fin  du  volume,  à  la  suite  de  sermons  prêches  en  diverses  églises 
d'Oxford  par  frère  William  Herebert,  et  de  quelques  autres  morceaux, 
se  trouvent  des  traductions  anglaises  de  plusieurs  hymnes.  Elles  sont 
accompagnées  de  cette  note  :  Isîos  hympnos  et  antiphonas  quasi  omnes 
ci  cetera  transtulit  in  anglicum,  non  semper  de  verbo  ad  vetbum,  sed  fré- 
quenter sensum  aut  non  mulîum  declinando,  et  ctiam  manu  sua  scripsit  frater 
Wilklmus  Herebert.  Qui  usum  hujus  quaterni  habuerit,  oret  pro  anima  dicti 
fratris.  —  A  côté  de  chacun  des  hymnes,  en  marge,  on  lit  en  effet  le 
nom  «  Herebert  ».  Je  n'ai  point  à  examiner  si  cette  note  est  transcrite 
d'après  un  ms.  plus  ancien,  ou  si  réellement  ice  qui  me  paraît  assez 
probable)  nous  avons  ici  l'autographe  de  William  Herebert.  Je  ferai 
remarquer  que  le  ms.  paraît  avoir  appartenu  originairement  sinon  à  un 
religieux,  ce  qu'il  n'est  pas  légitime  de  supposer,  du  moins  à  un  couvent, 
car  on  lit  en  haut  du  fol.  107,  d'une  écriture  de  bien  peu  postérieure  à 
l'époque  présumée  du  ms.  :  «  Quant  je  pense  de  Jhesu  Crist,  la  pensée 
»  mun  quer  enducist.  Priez  pur  le  aime  frère  Jan  de  Kyngtone  pur  li 
»  duz  Jhesu  Crist.  »  Plusieurs  de  ces  hymnes  et  antiennes  ont  été  publiés 
dans  les  Reliquiœ  antique  de  Wright  et  Hallivvell,  I,  86-8,  et  II,  225-9. 


1.  Cf.  ci-dessus,  n°  12,  second  couplet. 

2 .  //  libro  di  Sidrach,  Bologna,  1 868,  p.  382  {Collezione  di  opère  rare  0  inédite). 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS 


5*7 


TABLE  DES  MATIERES. 


Annonciation,  poésie  sur  1' — ,  21. 

Ave  Maria,  voy.  Saluts  à  la  Vierge. 

Biblesworth,  Gautier  de  — . 

Bozox,  NlCHOLE  — . 

Chansons,  19,  41-43. 

Char  d'Orgueil,  le  — ,  17. 

Château  de  loyal  amour  (ou  Demandes 

amoureuses',  2. 
Contes  moralises,  49. 
Débat  de  la  Vierge  et  de  la  Croix,  24. 
Débat  du  corps  et  de  l'câme,  22. 
Débat  entre  une  fille  et  sa  mère,  14. 
Faucon,  lettre  au  sujet  d'un  —,  50. 
Fauconnerie,  traité  de  — ,  5  ;  termes 

de  —  expliqués,  38. 
Femme  comparée  à  la  pie,  20. 
Fortune,  roman  de  — ,  45. 
Gautier  de  Biblesworth,  1,42,43, 
Guillaume  Twtci,  3 . 
Jésus  sur  la  croix,  18. 
Jésus  comparé  à  un  chevalier,  40. 
Joies  Notre-Dame,  les  neuf  — ,  1 3. 
Lettre  du  prince  des  envieux,  46. 


Lettre  sur  un  faucon,  50. 
Modus  armandi  milites,  38. 
Naturesse,  traité  de  —,  8. 
Nicole  Bozox,  6-10,  17,  20-1,  25- 

3'»  49- 
Ordre  de  chevalerie,  39. 
Passion,  poème  sur  la  — ,  6. 
Pater,  paraphrase  du  — ,  47. 
Plainte  d'amour,    la  —,  7. 
Plainte  Notre-Dame,  la  — ,  23. 
Pleure-chante,  la  — ,  12. 
Prière  Notre-Dame,  la,  —  37. 
Proverbes,  44. 
Recettes  culinaires,  4. 
Salut  à  la  croix,  36. 
Saluts  à  la  Vierge,  9-11,  1$,  34-5. 

48. 
Sermons  en  vers,  25-33  • 
Sidrac,  livre  de  — ,  50. 
Simon  de  Freixe,  45. 
[Thibaut  d'Amiens],  37. 
Traité  ascétique  en  prose,  16. 
Twici,  Guillaume  — . 


TABLE  DES  POÉSIES  PAR  LE  PREMIER  VERS  '. 

Amur,  amour  ou  est  vous  [Plainte  d'amour),  7. 

Amours  m'ount  si  enchaunté  (G.  de  Biblesworth i,  42. 

Ave  seynte  Marie,  ave  gloriouse,  48. 

Ave  seynte  Marie,  mère  al  creatur,  1  1. 

Ave  virge  Marie  |  Esteille  ke  dreit  gwie,  10. 

Bêle  mère,  ke  frai,  14. 

Ben  deit  homme  ke  aime  porte  (Bozox),  25. 


1.  Dans  cette  table  Ki  est  classé  comme  s'il  était  écrit  Qui. 


5  $8  p.    MEYER 

Ben  e  Mal  unt  iet  covenant  (Bozon),  26. 

Ceste  vie  ressemble  al  haùst  (Bozon),  29. 

Croiz  sentyme  honourée,  56. 

Cuard  est  ke  amer  ne  ose,  19. 

De  bone  femme  la  bounté  (G.  de  Biblesworth),  43. 

De  celuy  haut  seignour  ke  fu  en  la  croiz  mis  (Pleure-Chante),  12. 

Douce  dame,  pie  mère,  1$. 

Du  chastel  d'amours  vous  demeauns  {Demandes  amoureuses),  2. 

En  escripture  avoum  trovee  (Bozon),  27. 

Escotez,  seygnours,  escotez  (Bozon),  30. 

Femme  ke  aproche  soun  tens  (G.  de  Biblesworth),  i  . 

Hore  escotez  e  vous  dirrai  (Bozon),  3 1 . 

Jadis  estoit  en  paienye  (Ordre  de  chevalerie),  39. 

Je  ai  un  quer  mult  lent  (Thibaut  d'Amiens),  37. 

Jeo  vous  salu,  Marie  |  De  grâce  replenyé,  35. 

Jeo  vo  salu,  reyne  de  mercy  e  de  pité,  34. 

La  reignede  pecché  est  estreite  de  haut  lignage  (Le  Char  d'Orgueil),  17. 

La  Virge  put  hore  asener  (Débat  de  la  Vierge  et  de  la  Croix),  24. 

Le  meel  de  ceel  (Bozon),  2 1 . 

Les  femmes  a  la  pie  (Bozon),  20. 

Nuyl  ne  deyt  mounter  en  prys, 

Oez  mei  tuz  ke  sanz  error  (Paraphrase  du  Pater),  47. 

Pus  ke  homme  deit  morir,  32. 

Ky  de  touz  mauz  quert  allegaunce  (Bozon),  28. 

Reigne  corounée,  flour  de  parais  (Plainte  Notre-Dame),  23. 

Reignede  pité,  Marie  (Rutebeuf?),  13. 

Reigne  des  aungles,  recevez  cest  ave  (Bozon),  9. 

Sacent  trestuz  ke  ove  may  sunt  (Lettre  du  prince  des  envieux),  46. 

Seignours,  ore  escotez  haute  chivalerye  (Bozon?),  40. 

Si  cum  jeo  ju  en  un  lit,  22. 

Solaz  doune  e  tout  ire  (Simon  de  Freine),  45. 

Un  prodom  en  compaignie,  33. 

Un  rey  esteit  jadis  ke  aveit  uneamye  (Bozon),  6. 

Va,  escrit,  en  moun  message  (Bozon),  8. 

Vous  ke  me  veez  en  la  croiz  morir,  18. 

Si  on  fait  le  départ  des  pièces  originaires  du  continent  et  de  celles  qui 
ont  été  composées  en  Angleterre,  on  ne  trouve  à  classer  dans  la  première 
catégorie  que  les  articles  2  (Demandes  amoureuses),  12  (La  Pleure- 
chante),  13  (les  neuf  joies  Notre-Dameï,  39  (l'Ordre  de  chevalerie)  et, 
moins  sûrement,  les  articles  24  et  36.  Il  se  peut  aussi  que  le  n°  16,  qui 
offre  la  traduction  en  prose  d'un  traité  ascétique  latin,  soit  pareillement 
d'origine  continentale,  mais  il  est  permis  d'en  douter.  Les  proverbes  (44) 
viennent  assurément  de  France,  mais  le  recueil  peut  en  avoir  été  formé 
en  Angleterre.  Tout  le  reste  est  certainement  l'œuvre  d'écrivains  anglais. 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  539 

Entre  ces  écrivains,  celui  qui  occupe  la  place  prépondérante,  c'est  le 
frère  mineur  Nicole  Bozon  '  jusqu'ici  inconnu.  Je  n'ai  pas  l'intention 
d'étudier  ici  ce  personnage  intéressant  qui  représente  un  type  particulier 
de  la  prédication  populaire  s'alliant  à  la  poésie.  L'édition  de  ses 
contes  offrira  une  occasion  plus  opportune  pour  cette  étude.  Je  me 
borne  à  dire  présentement  qu'il  vivait  au  commencement  du  xive  siècle 
et  qu'il  est  permis  de  lui  attribuer  d'autres  compositions  encore  que 
celles  dont  le  ms.  de  Cheltenham  nous  offre  un  recueil  déjà  considérable. 
On  connaît  depuis  longtemps  un  écrivain  du  nom  de  Bozon  Bozun 
selon  le  manuscrit  qui  se  nomme  à  la  fin  de  deux  vies  en  vers  de  sainte 
Marie-Madeleine  et  de  sainte  Agnès  dont  l'unique  copie  est  conservée 
dans  le  ms.  Cott.  Domitien  A.  XI  du  Musée  britannique  : 

Mais  jeo  prie  Marie  la  dulce 

Ke  sa  bonté  point  ne  grouce 

De  ayder  Bozun  en  son  mester 

Ki  sa  vie  vouit  translater.  (F'ol.  9$  v°). 

Jeo  pri  Angneis  de  Dieu  chérie 

K'ele  nus  seit  en  aye, 

E  k'ele  prie  pur  Bozux 

Ki  ad  descrit  sa  passiun.  (Fol.   105  v°). 

Th.  Wright  suppose  que  Bozon  est  encore  l'auteur  de  sept  autres 
Vies  de  saintes  que  renferme  le  même  ms.  Cottonien2.  Cette  opinion  est 
vraisemblable,  mais  ce  qui  l'est  moins,  c'est  cette  autre  assertion  de 
Wright  que  le  style  de  ces  poèmes  semble  remonter  à  la  fin  du  xne  siècle. 
Une  étude  attentive,  qui  a  porté  principalement  sur  les  vies  de  sainte 
Madeleine  et  de  sainte  Agnès,  me  conduit  à  croire  que  ces  poèmes  n'ont 
pu  être  écrits  avant  la  fin  du  xme  siècle.  Le  ms.   n'est  d'ailleurs  que 
du  xive.  Je  suis  entièrement  disposé  à  identifier  le  Bozun  du  ms.  Cot- 
tonien avec  le  frère   mineur  Nicole  Bozon  que  nous  font  connaître  les 
deux  mss.  de  Gray's  Inn  et  de  Cheltenham.  Ce  n'est  pas  tout.  Divers 
mssJ  nous  ont  conservé  la  traduction  en  vers  octosyllabiques  d'un  recueil 
de  sentences  extraites  de  la  Bible  et  des  auteurs  profanes.  Les  vers  sont 
à  rimes  plates  et  groupés  quatre  par  quatre.  En  face  de  chacun  de  ces 
quatrains  se  trouve  le  texte  latin  correspondant  4.   Le  titre,  fourni  par 


i.  Il  est  appelé  quelquefois  Boioun  dans  le  ms.  Phillipps  ;  j'adopte  la  forme 
Bozon  qui  est  celle  du  ïûs.  de  Gray's  Inn. 

2.  Biographia  britannica  literaria,  II,  331. 

3.  Londres,  Musée  brit.,  Old  roy.  8.  E.  XVII, Harl.  957,  Arundel  507  ;  Ox- 
ford, Bodleienne,  Bodley  425,  Selden  supra  74. 

4.  Le  latin  manque  dans  le  ms.  Bodley. 


540  P.    MEYER 

l'un  des  mss.1  est  Proverbe  de  bon  enseignement.  C'est  encore,  selon  toute 
apparence,  un  ouvrage  de  notre  frère  mineur.  En  voici  le  début  d'après 
lems.  Selden  supra  74  (fol.  38)  : 

Chier  amis,  recevetz  de  moi 

Un  beau  présent  qe  vous  envoi  : 

Noun  pas  de  or  ne  de  argent, 

Mes  de  bon  enseignement 

K'en  escripture  ai  trové 

E  de  latin  translaté 

En  commun  langage,  pur  amis 

Ke  de  clergie  n'unt  apris. 

Trestut  est  sen  e  vérité 

Ke  ici  troveretz  enromauncé  2, 

Ki  bien  l'entent  e  sovent  lit 

Preu  en  avéra  et  délit, 

Dunt  celu  soit  de  Deu  beneit 

Ke  sa  entente  bien  i  met  5. 

Li  sages  dit  en  sun  livre  \ 

Ke  comencement  de  ben  vivre        (  David  :  Initium  sapier.tiae  timor  Do- 
Sur  tute  rien  est  a  doter  (      mini  [Eccli.,  I  16]. 


Dampnedeu  e  honorer. 


j 


Li  autre  dit  qe  vostre  entente  \  Salomon  :  In  bonis  sit  cor  tuum  in 

Devetz  mètre  en  ta  juvente  (  diebus  juventutis  tue  et  a  carne  tua 

De  tous  pecchez  vous  retrere  (  amove   omnem    malitiam    [Eccle. 

E  ver  bountés  tousjours  trere.  ,  XI,  9,  10]. 

Le  poème  se  termine  ainsi  dans  le  même  ms.  (fol.  43  v°)  : 

Moult  escrire  e  poi  lire 

Ne  vault  rien  pur  veir  dire  :         f  Propheta  :    Brevis   oratio    pénétrât 

De  courte  lesson  aime  est  pue       \      celum. 

Ke  par  délit  est  conceùe. 

Pur  ceo  voil  issi  lesser 
De  plus  proverbes  translater, 
Qe  ceux  qe  lisent  cest  escrit 
En  brève  parole  aient  délit. 


1.  Old  Roy.  8.  E.  XVII. 

2.  Ici  le  ms.  Royal  ajoute  ces  deux  vers  importants  : 

Un  noum  l'ay  doné  proprement  : 
Proverbe  de  bon  enseignement. 

5.  Ce  prologue  manque  dans  le  manuscrit  Bodley. 


LE    MS.    8336    DE    LA    BIBLIOTHÈQUE    PHILLIPPS  541 

Ore  priez  tous  pur  Boux 

Ki  vous  présente  ceste  lessun         /  „  .  ,. .         .  ,  .      . 

.....         r  )  Qui  pro  alus  orat,  pro  se  laborat. 

K  il  par  vostre  oreisun  \  ^- 

Viengne  a  bone  salvacion.  / 

Explicit. 
La  fin  diffère  d'un  ms.  à  l'autre.  Le  dernier  quatrain  ne  se  trouve  pas 
ailleurs  que  dans  le  ms.  Selden,  ce  qui  ne  serait  pas  une  raison  suffisante 
pour  en  contester  l'authenticité.  Or,  dans  le  Boiin  qui  y  est  nommé,  je 
n'hésite  pas  à  reconnaître  notre  Nicole  Bozon.  On  ne  trouvera  pas  ma 
conjecture  trop  aventurée,  si  on  compare  la  formule  dont  Boùn  se  sert 
pour  réclamer  les  prières  de  ses  lecteurs  avec  ces  deux  vers  qui  ter- 
minent la  pièce  3 1  du  ms.  Phillipps  : 

Priez  Deu  pur  Bosoun 
Ke  vous  fet  ceo  sermoun. 

L'histoire  de  la  littérature  anglo-normande,  dans  laquelle  Bozon  prendra 
désormais  une  place  honorable,  offre  un  intérêt  que  les  travaux  super- 
ficiels dont  elle  a  été  l'objet  jusqu'à  présent  ne  laissent  pas  soupçonner. 
C'est  ce  que  j'espère  montrer  prochainement  dans  un  ouvrage  d'ensemble 
dont  je  réunis  les  matériaux  depuis  bien  des  années. 

Paul  Meyer. 


PHONÉTIQUE   LYONNAISE 

AU    XIVe    SIÈCLE1 


VOYELLES  TONIQUES 


A  demeure,  qu'il  soit  long  ou  bref,  libre  ou  entravé  :  blas  IV  4,  pales 
palas  I  i<;,  D  2,  mur  mare  A,  41,  C,  menavont  minabant  D  2,  levar 
levare  III  1  et  les  infinitifs  des  verbes  delà  première  conjugaison,  sauf 
ceux  où  Va  étymologique  se  trouvait  placé  dans  le  voisinage  d'une  pa- 
latale primaire  ou  secondaire  ;  —  pare  patrem  A  passim,  VI  14,  fraro 
f  rat  rem  III  1,  favro  fa  bru  m  D  2,  creares  creator  -j-  s  A,  46;  armes 
armas  IV  27  ;  chargi  carricam  B. 

Le  développement  d'une  palatale  transforme  Va  en  e  :  chief  caput  IV 
48,  chievra  capram  VII  6,  chier  carum  A,  56.  Cette  influence  se  ma- 
nifeste exceptionnellement  sur  Va  entravé,  avec  cette  différence  que  le 
ch  n'est  point  accompagné  d*un  i  :  cher  carnem  A,  66,  cheuz  calcem  C. 

Cette  influence  du  son  mouillé  s'est  fait  sentir,  comme  de  raison,  à  l'in- 
finitif des  verbes  appartenant  à  la  première  conjugaison  :  il  en  est  résulté 
toute  une  série  de  verbes  en  1er  :  bailler  bajulare  III  1,  paier  pacare 
II  2,  V  4,  changier  cambiare  IV  75,  voldier  *vocuitare2  2,  mengier 
manducare  A,  67,  espublier  expublicare  F  2,  eydier  adjutare  D  2. 
Pour  remirer  A,  44,  cf.  à  la  posttonique  ciri. 

Lorsque  le  son  palatal  ne  se  produit  pas,  Va  demeure  pur:  vacar  F  1, 
taxar  IV  85,  revocar  F  3. 

Dans  les  verbes  en  /er,  Va  originaire  reparaît  à  l'imparfait  de  l'indi- 
catif et  au  participe  passé  :  commençaveî  A,  3  5,  /^/wir/precabat  A,  66, 


i.  Dans  ce  travail,  nous  négligeons  systématiquement  les  faits  qui  sont  com- 
mnns  à  tout  le  roman  de  France,  tels  que  la  persistance  des  consonnes  initiales 
ou  secondes  consonnes  d'un  groupe. 

2.  Cf.  Romania,  IV,  261. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe    SIÈCLE  545 

balliave  III  16;  chargia  carricatam  IV  84,  apoia  'adpodiatam  D,  2, 
paia  pacatum  E,  III  4. 

Quelle  était  la  nature  de  Va  de  la  terminaison  participiale  des  verbes 
en  ier?  Dans  les  patois  actuels  du  Bugey,  cet  a  est  ouvert  et  bref,  tandis 
que  celui  des  verbes  en  a  est  fermé  et  long.  Ne  serait-ce  point  une 
distinction  du  même  ordre  que  traduirait  la  graphie  aa  employée  par 
quelques-uns  de  nos  textes  pour  représenter  Va  participial  des  verbes 
en  ar ?  arestaa  *adrestatum  III  20,  acordaa  -ati  III  $,  donna  dona- 
tum-ati  D  2,  menaa  minati  D  2,  robaa  *robatum  D  2,  vaquaa 
vacatum  D  1,  pelaas  *pilatus  D  1,  apellaa  à  côté  d'apela  D  2, 
jornaa  diurnatam  III  33,  amenaa  adminati,  Hlaa  filatam,  fouczaa 
falsatam,  ovraa  operatam,  salaa  salati  H. 

AV  =  a:  cla  clavem  A,  77. 

AT  =  a  :  cita  civitatem  IV,  clarta  claritatem  A,  43,  jorna 
diurnatam  D  1,  pras* pratus  VI,  Vil  passim,  et  tous  les  participes  passés 
des  verbes  de  la  première  conjugaison,  aussi  bien  de  ceux  en  ier  que  de 
ceux  en  ar  :  lava  lavata  m  IV  70,  dona  donatum  A  passim,  créa  creati 
A  passim  ;  bailla  bajulatum  V,  D  [,  certifia  certificatum  IV  74. 

La  persistance  de  Va  étymologique,  malgré  la  présence  d'une  mouil- 
lure, n'est  point  spéciale  aux  terminaisons  participiales  :  maytia  medie- 
tatem  IV  1,  marchia  mercatum  C,  pidia  pietatem  A,  77,  sachia 
* saccatam ,  le  contenu  d'un  sac,  IV  1 5. 

Lorsque  la  déclinaison  amène  une  s,  il  se  produit  une  divergence  dans 
le  traitement  des  terminaisons  masculines  suivant  que  Va  tonique  se 
trouve  ou  non  dans  le  voisinage  d'un  i  semi-voyelle.  Dans  le  premier  cas 
cet  a  s'assourdit  en  e,  dans  l'autre  il  persiste  :  i°  pleyes  plicatos  IV  37, 
afaltles  adfactatos  C,  espachlez  expandicatus  A,  37;  20  salas 
*salatus  IV  4^,  députas  deputatos  F,  2,  élevas  Mevatus  A,  43. 

Au  pluriel  féminin  la  permutation  en  e  est  générale  :  achetés  adcap- 
tatas  D  2,  chargies  carricatas  IV  63,  A,  75,  D  1.  De  même  dans 
les  finales  en  ates:  clartés  claritates  A,  44,  diversités  A,  71,  libertés 
F,  2.  Ajoutez  des  claves  F  1. 

AM,  AN.  Entravé  Va  latin  se  nasalise,  lorsque  la  première  consonne 
de  l'entrave  est  une  n:  lanpi  I  21,  lanci  I  16,  chant  cantus  A,  41, 
grangi  VII  28.  Libre  il  se  nasalise  devant  Vn  devenue  finale  en  roman  : 
man  II  1,  D  1,  pans  IV  5,  D  2,  A,  67,  humans,  A,  55,  soveran  F  3, 
chapelansE,  san  sanum  F,  3. 

Ne  pourrait-on  conclure  de  graphies  telles  que  :  JohannaVU  61,  lanna 
IV  39,  semanna  V  4,  D,  2,  campanna  cloche  F  2,  chastannyes  VII  9,  à 
la  nasalisation  de  l'a  tonique  placé  à  la  pénultième  en  roman  ?  Cette  nasa- 
tion  que  je  n'ai  point  rencontrée  à  la  vérité  dans  le  patois  de  Saint-Genis- 
les-Ollières  (Rhône),  est  constante  dans  les  patois  de  la  Bresse  et  du 


544  E-  philipon 

Bugey.  —  Nos  textes  connaissent  d'ailleurs  la  graphie  par  n  simple  : 
cettana  V,fontana  I  20,  lana  I  25. 

A  -j—  y  ou  gutturale)  ^=  ci_y,  ai,  ei  ou  e:  ayguy  *acquam  I  12,  IV, 
A,  41,  Eynai  Athenacum  C,  chanpaigni  campaniam  IV  36,  estaing 
stagnum  IV  28,  saint  sanctum  A  passim,  mais  aussi  sant  I  3,  III  21, 
san  E,  sein  sagimen   D,    1,  egro  acrum   IV  1,  ex  allios  I  18. 

ARIUM  =  ayro,  airo,  eiro,  ero  dans  des  mots  de  formation  savante  : 
solairo  salarium  D.  1  et  2,  III  io,  essemplayro  A  38,  vicayro  A  73, 
notario,  V  8,  commisseiro  V  8,  necessero  F  2. 

ARIUM,  ARIAM  =  eyr,  ex,  en  :  volunteyrs  voluntarius  A,  46,  pri- 
mer primariu  m  I  2  1 ,  sauner  s  salinarios  F  2,  I  3,  peleters,  taverners, 
codurers  III,  43,  chenaver  canabarium  VII  22,  paner  C.  prisoner  D,  1, 
benners  IV  22  ,  —  cudurery  III  23,  pcrreri  IV  66,  columberi  VII  2,  lumeri 
A,  40,  pereyri  petrariam  VI  9,  verrer.es  vitrarias  IV  44. 

Sous  l'influence  d'une  mouillure,  le  suffixe  arium  est  devenu  réguliè- 
rement ier :  sestier  C,  tiolier  tegularium,  clochier  'Lyon,  Arch.comm., 
CC,  1 91  ),  noyer  nucarium  VII  38,  dongiers  *dominiariusA,  j^preyeri 
precariam  A,  53,  cusinyeri  A,  s  1  • 

Dès  le  commencement  duxive  siècle,  la  terminaison  ier  tend  d'ailleurs 
à  tout  envahir  :  prymier  A  41 ,  mais  premer  A  58,  drapier,  escoffier,  ferra- 
tiers,  taverniers  et  à  côté  cuderers,  dorers,  poters  F  2  ;  codnrier,  dorier  et 
à  côté  mey seller,  taverner  (Syndicat  de  1 3641,  muniers,  groliers  et  eschalers 
III  23,  8. 

Ve  provenant  de  arium  paraît  s'être  élargi  en  a  dans  les  mots  suivants  : 
contraro  D,  1,  necessaro  D,  2,  notaro  D,  1,  varz  varius  IV  31,  saunari 
salinariam  I,  lanatari  I  4. 


E  long  se  continue  en  e  et  le  plus  souvent  en  ey,  ci  :  eglesi  F,  2, 
puer  potêre  V  1,  scr  sérum  A,  77,  cortesi  *  curte  n  siam  A,  36  ;  — ■ 
pueyr  potêre  A,  53,  treys  très  U  2,  corteis  *  curte  1  ni  se  m  A,  44,  meis 
me  (ni  se  m  V  7,  peys  et  pm'pe^nîsum  II  3,  1,  deveir  debere  II  3,  feyes 
fœtas  IV  68,  torneis  turone;nsem  III  22. 

E  devant  n  est  traité  de  même  :  arena  arenam  V  2,  plen  plénum  A, 
38;  —arcyna  IV  8,  aveyna  D  2,  peyna  II  2,  A,  -$c),p[eyna,  pleinak,  38, 
F  2,  pleins  A,  43. 

La  permutation  en  i  n'est  point  inconnue  '  :  gésir,  gisir  A.  61 ,  70,  ciri 
(Comptes  municipaux,  CC,   373,  Arch.  de  Lyon),  reysîns  racemos  IV 


i.  Voir  pour  ce  cas  l'art,  de  M.  Cornu,  Romania,  VII,  356, 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIV'    SIÈCLE  $4^ 

64.  Ecclesiam  est  devenue  eglisi  IV,  en  passant  par  iglyesi  que  l'on 
trouve  dans  Marguerite  d'Oin  ,t. 

E  bref  =  e  ou  ie:pecy  petiam  [V  37.  D,  1,  pera  petram  IV  8?,  V 
2,  A,  59,  seglô  sseculum  I\r,  A,  59,  secho  sedium  A,  66,  Nises 
Nicetius  F,  2  ;  —  cnticri  IV  75,  pieci  IV  41 ,  piera  IV  76,  siecho  A,  65, 
steg/o,  A,  76,  Af(':/V5  III  21,  espieces  species  IV  3,  G,  //cre  leg  ère 
A,  38. 

Devant  m,  n,  E  bref  devient  e  ou  «  pouvant  se  réduire  à  i  :  rcn  rem 
IV  47,  bein  bene  A,  39,  G,  /n7?  fœnum  IV  65,  eng/nz  ingenios  A 
54,  bin  A,  40,  et  bcins  D,  1 ,  au  sens  de  fortune. 

Ve  bref  mis  en  contact  avec  la  voyelle  suivante  par  la  chute  de  la 
consonne  médiale,  a  rejeté  son  accent  et  a  pris  le  son  d'/  semi-voyelle  : 
jo  ego  A,  72,  pia  pedem  D,  1  et  2,  sieu  IV  25,  siou  sébum,  D,  1  et 
2,  tiolcs  tegulas  IV  75,  miuz  melius  A,  79.  Cf.  à  la  protonique  nient 
nec  entem  A,  41,  BiatrixVU  33,  S*  Miard  sanctura  Medardum1). 
El  a  fortiori,  lorsque  le  contact  existait  déjà  en  latin  :  Diu  Deum  A, 
60.  —  La  conjonction  et  sui\ie  d'un  mot  commençant  par  une  voyelle 
devient  presque  toujours  y  dans  Marguerite  d'Oingt  :  y  espoas  A,  77,  cf. 
A  37,  49,  50,  etc.,  mais  au  contraire  :  et  dit  li  A,  54,  cf.  A,  56,  61  et 
les  cas  nombreux  où  le  scribe  a  employé  l'abréviation  &. 

E  entravé  se  conserve  pur  ;  devant  une  nasale  suivie  d'une  autre  con- 
sonne il  se  nasalise  :  besti  bestiam  I  2,  terra  I  6;  —  chalendcs  kalen- 
das  1  2. 

ECT,  ESC  =  e,  ci  :  drez  directos  V  9,  F,  2,  projet  V  3,  A,  36  ;  fres 
frescum  IV  47;  dreites  directas  A,  47,  leit  lectum  A,  62,  creytre 
crescere  A,  42.  Il  y  a  eu  transposition  de  17  dans  :  lut  lectum  A,  5  3, 
déliez  dilectus  A,  45,  supiet  suspectum  IV  47.  Cf.  promeis  promis- 
su  m  V  1  et  promyes  A,  92  . 

ERIUM,  ERIAM  =  ier,  eri  :  mestiers  IV  65,  F,  2,  merciers  F,  2;  ma- 
neri  III  3,  materi  A,  46,  merceri  IV  67,  fêtes  ferias  I  20.  Cf.  plus  haut 
arium. 

Après  une  mouillure  Ve  en  contact  avec  Vu  venant  d'/  s'est  parfois  trans- 
formé en  i:  aignius  agnellus  I  1  1.  Cf.  naviouz  naviculos  I,  10. 

Devant  les  liquides  e  a  une  tendance  marquée  à  s'élargir  en  a  :  sarges 
sericas  IV  38,  Marsal  Marcellum  CC,  373,  Miclial  Vil  37,  novalles 
novellas  CC,  373,  mais  par  contre  erbros  arbores  V  1,  eires  arrhas 
CC,  373. 


I.  Cf.  La   Mure,    Hisi.  ecclès.    du   diocèse  de    Lyon    (calendrier   diocésain), 
p.  269. 

Romania,  XIII.  3  5 


546  E.    PHILIPON 


Long,  il  se  maintient  sans  aucun  changement  :  farina  IV  4,  livra  li- 
bram  II  3,  /m  linum  I  6,  rno///î  IV  4. 

I  bref  =  ey,  ci  :  peyvros  piper  -f-  s  IV  64,  peiz  picem  I  17,  veis  vi- 
cem  A,  36,  D,  1 ,  navey  navigium  D,  1 ,  deceyvre  decipere  A,  )  1 . 

IN  =  en,  evn,  m;  :  me«z  minus  IV  15,  A,  42,  en,  em,  in  A,  51,  s«iz 
sine  A,  51,  seyns  A,  74,  seins  IV  47.  Il  peut  y  avoir  eu  déplacement  d'ac- 
cent dans  ordenz  ordines  C,  A,  41,  homens  homines  IV  22,  I!  2,  H, 
termen  terminem  F,  2  '. 

La  voyelle  latine  a  persisté  dans  :  livra  librum  A,  36,  meravilles  A, 
67,  merevilles  G,  gingibros  zinziber  -j-  s  IV  64. 

I  entravé  devient  c,  ei  :  prioressaA.  78,  vergill  1,  rf^flz  de  deintus 
IV  i ,  lengues  linguas  I  2  ;  promus  promiss  uni  V  1,  appareisset  appa- 
riscat  V  7. 

-ICULUM,  ICULAM  :  vermeylli  vermiculam  A,  37,  mais  aussi  péril 
periculum,  lentili  lenticulam  A,  74,  65. 

/  -\-  C  ou  G  -f-  dentale  =  ey,  ei  :  beneyt  benedictum,  estreyt,  dei  di- 
gitum,/rcyf  frigidum  A,  49,  75,  45,  47. 

Suivant  l'usage  général  en  roman  Vi  de  villa  a  persisté:  vila  III  1, 
D,  1.  Cil  ecce  ille  A,  44,  cil  ecce  illi  I  5,  III  42,  s'expliquent 
par  l'attraction  de  Vi  ou  de  Ve  (=  i)  posttoniqne  ;  ecce  illum  a  donné 
cel  et  ecce  illam  cela  A,  39  et  45. 

O 

0  long  prend  en  lyonnais  lesondel'o  fermé  [ou  que  nos  textes  rendent 
indifféremment  par  0,  ou,  u  :  tôt,  /ofàtotum-am  A,  41,  V  8,  IV  76,5g- 
gniori  I,  nos  nos  A,  43,  or  a  h  or  a  m  A,  61,  prcciosa  pretiosam  A,  59, 
glorios-osa  A,  43,  40,  mellior  III  20  ;  —  touz  totos  IV  46  et  toz  IV  47, 
segniours  I  2,glorious-ousa  A,  39,  47,  espous-ousa  A,  77,  50,  oura  ho- 
ram  A,  60,  precious  preciosum  A,  39,  peysour  pensatorem  II  2, 
torneour  IV  44,  conselliour  III  1  ;  —  hures  horas  V  5,  seignurs  II,  /»r 
illorum  IV  75,  D,  2,  />/«ur  pluriores  CC,  373,  segnur,  Menurs 
Minores  E,  paur  pavorem,  Ornaciu  Ornaciosum  A,  66,  73. 

C'est  à  l'attraction  de  Vi  posttonique  par  la  syllabe  accentuée  qu'est 
due  la  forme  tuit  toti  constante  dans  nos  textes. 

II  est  a  remarquer  que  dans  Marguerite  d'Oingt  la  graphie  ou  est  cons- 


1.  C:.  1  ..,   55.    De  même  Rhodanum  a  donné  Row  (Cartuhirc 

Lyon,  p.  420)  par  déplacement  d'accent  et  assimilation.  Roon  s'est 
d'ailleurs  réduit  le  plus  souvent  à  Ron  IV  17. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe   SIÈCLE  547 

tante  devant  r  finale  en  roman  et  qu'au  contraire  Yo  persiste  sous  sa 
forme  latine  toutes  les  fois  que  la  déclinaison  amène  une  s  :  doucour, 
amour,  honour  et  doucors,  amors,  dolors,  sarors  ;  je  n'ai  relevé  qu'une 
seule  exception  lor  pour  lour  que  l'on  trouve  deux  fois  (p.  46  et  58). 

0  demeure  généralement  devant  n  :  réparation,  Hugon  III  8,  9,  mes- 
sionns  III  31,  son  sonum  F,  2,  /notons,  compagnions  G,  copons,  copponos 
IV  4,  mayson  Vil  12,  révélation  A,  73.  De  même  à  la  pénultième  :  co- 
rona,  personaA,  60,  36,  V  5.  La  notation  un  n'est  point  rare  :  nranomen 
A,  57,  fasun  'factionem  E,  rcyzun  rationem  CC,  373,  aparisiun, 
mesiuns,  peisun  E. 

0  bref.  Il  se  diphtongue  d'ordinaire  en  uo,  ne:  cuors  choros,  cuor 
cor,  puot  potest  A,  <,S,  47,  46  ;  —  huelo  oleum  I  21 ,  pueblo  popu- 
lum  F  2,  Fixer  Forum  D,  2,  sucrs  soror  -j-  s  E,  cuer  corium  A,  52, 
C,  IV  42,  ruello  rotulum  C,  G,  fuer  IV  3.  De  même  hues  ovos  I,  3, 
IV  $2  où  0  long  a  été  traité  comme  bref,  fait  général  en  roman. 

OCUM  =  ua,  ue  :  fini  focum  A.  ]\,lua  locum  A,  40,  76,  D,  2,  V 
5,  mais  lues  locus-os  A,  40,  IV  36,  Beaujue  Bellumjocum  CC,  373, 
f°  32.  Cf.  Bornua  burgum  no  vu  m  I  26. 

0  bref  résiste  fréquemment  à  la   diphtonguaison  :   bos   boves  I  2, 

IV  42,  0  hoc  A,  73,  Jos  J  ovis  I  20,  moles  mol  as  IV  80,  ovra  operam 

V  5,  cor  IV  47. 

La  nasalisation  intervient  devant  n  finale  en  roman:  bon  A,  50, 
bonns  III  27,  bun  bonum  E. 

Il  y  a  eu  régression  de  l'i  semi-voyelle  dans  oylo  oleum  1  21,  C, 
voil  "  voleo  A,  56,  et  résolution  de  la  gutturale  dans  aroy  abhoc,  oy 
hoc  Apassim,  loy  locum  D,  1  et  2,  noyre  nocere  A,  $6. 

0  entravé  demeure  ;  devant  une  n  appuyée  il  se  nasalise  :  rollo  rotu- 
lum III  24  plus  haut  ruello,  po/eporcum  C,  forz  fortes  VI  passim  ; 
—  conùos  corn  pu tos  D,  1. 

OSS  =  os,  ous  :  gros  A,  65,  grossa  F,  2,  greus  CC,  373. 

OC  -j-  cons.  et  OSC  =  ue  .  hucl  oculi  A,  52,  pues  *pocsum  A,  37, 
huet  octo  Arch.  comm.  de  Lyon  CC,  373,  buec  boscum  \  II  56,  mais 
iiouz  et  heaz  oculosA,  39,  61. 

L'i  développé  par  la  gutturale  apparaît  dans  les  mots  suivants  :  boyta 
A,  55,  acoindes  adeognitos  D,  2,  coiti  coctam  IV  76  mais  coz 
coctus  IV  5,  coysi  coxa  C,  noyi  noctem  A,  5  3.  Il  y  a  eu  régression 
de  l'i  dans  ployres  *  plôvias. 

U 

U  long  demeure  en  Lyonnais  comme  dans  les  autres  dialectes  romans: 
mesura  mensuram  II  6  etc. 

Il  se  nasalise  devant  n  et  s'écrit  alors  fréquemment  on  :  chascuns 


$4&  E.    PHILIPON 

quisque  unus  ri  II  i ,  luns  lunae  dies  D,  i  ;  —  nigons  nec  unum 
II  3,  vostron  A,  49,  chascons  II  1 ,  F,  2,  ^7/con  aliquem  unum  A,  40, 
D,  2,  F,  2. 

UN  devient  an  dans  £.wn  Lugdunum  I  4,  10,  II,  F,  1 ,  III  42,  Lyan 
A,  91,  10.  Cf.  segant  secundum  IV  84. 

L'attraction  de  l'i  posttonique  se  constate  dans  :  buxro  butyrum  IV 
10,  chapuis  chapusium  D,  1,  F,  2,  pecuyni  pecuniam  V  6.  Pluis 
plus  A,  47,  semble  formé  par  analogie  de  pluysors  pluriores  A,  68. 

U  bref.  Cette  voyelle  persiste  sous  sa  forme  latine  dans  dui  duo  IV 
42,  dues  duas  D,  2,  cuvro  cuprum  IV  28,  mais  couvro  IV  29  établit  la 
prononciation  ou,  continuation  de  Vu  bref.  Cf.  siou  D,  1  et  2,  etsyu  C, 
sébum.  De  même  nu\s  nuces  IV  1 3,  fluyro f lu vium  A,  42,  mais  croys 
crux  A,  73. 

U  -(-  N  —  on  :  mon,  ton,  son  m  eu  m ,  etc.,  A  passim. 

U  entravé  passe  d'ordinaire  à  0  :  bochi  buccam  D,  2,  A,  40,  des- 
soz  de  subtus  IV  65,  F,  2.  Cet  0  était  fermé  :  jour  que  l'on  rencontre 
à  côté  de  jor  dans  Marguerite  d'Oingt  et  cours  cursus  que  fournit  la 
pièce  V  ne  permettent  aucun  doute  sur  ce  point. 

Devant  n  la  nasalisation  s'opère  et  l'on  a  les  deux  graphies  on  ou  un: 
mundo  mundum  ,  A,  39,  tomba  A,  91,  numbro  A,  58,  nombro  V  , 
segunt  secundum  IV  84,  F,  2.  segont  IV  85,  summa  V  6.  ■ — L'amin- 
cissement de  un  en  in,  fréquent  dans  les  patois  actuels,  se  remarque  déjà 
au  xive  siècle  :  inccs  uncias  '. 

U,  long  par  nature,  a  persisté  dans  :  futa  'fustam  IV  22,  D,  1,  Just 
Justum  C. 

U  -f-  CT  =  uy,oy,  oi :  fruyti  fruyia  fructa  I  3,  IV  $3,/nry/«tructas 
IV  12,  point  punctum  A,  51. 

L'L  -\-  cons  =  ou,  u  ou  :  outra  ultra  A,  41,  douz  dulcem  ou  *dul- 
cium  A  $0,  vont  vult  A,  46,  II  1  ;  utra  ultra  V  1 ,  D,  2,  outres  cultras 
IV  72. 

DIFHTONGUES  TONIQUES 

Œ  et  TE,  voir  e  long  et  e  bref. 

AU  =  o,  ou  :  or  au  rum  D,  i,so/n.îsalma  =  sa  u  ma,  A,  74,1 1 ,  somma 
IV  16,  po  paucum  D,  2,  A  67,  Pol  Paulum  II  2,  Po  A,  67,  choses  cau- 


1 .  «  Item  cilz  de  Saint  Pol  a  IV  ho  mens  pan  et  vim  et  cher  et  astos  et  de- 
niries  et  reysolcs  et  piment  et  mebles  et  a  II  una  templa  de  porc  et  II  miches  et 
i  ^  de  vin.  »  (Arch.  du  Rhône,  Arm.  Abram.,  vol.  25,  n*  4).  Cf.  pièce  VI 

cumunal  communalem  10  ticuminal  8,  cumynal  \z. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIV"    SIECLE  549 

sas  IV  7$  ;  chousa  syndicat  de  1 368',  ou  aut  et  même  lui  IV  32,  Monlor 
Montem  de  auro  C,  et  Montour  (Arra.  Abram,  vol.  25,  n°  4  . 


VOYELLES   PROTONIQUES 

I.    PROTONIQUES    INITIALES   OU    ENTRAVÉES 
II.    PROTONIQUE    LIBRE    PRÉCÉDANT    IMMÉDIATEMENT    LA    TONIQUE. 


I.  A  demeure  ;  devant  n  ou  m  suivie  d'une  autre  consonne  il  se  nasa- 
lise :  aveyna  VII  ij,  E,  grava  gravati  A,  45,  paroclii  I  2;  changier 
cambiare  IV  75.  Après  un  i  semi-voyelle  primaire  ou  secondaire,  il 
s'amincit  en  e  et  le  plus  souvent  en  /,  probablement  après  avoir  passé 
par  ie:  achetour  II  1,  chenaver  canabarium  VII  47,  cheval  D,  1,  ge- 
lina  VII  passim,  E,  gésir  jacere  A,  61  ;  — chival  C,  chimin  D,  1  et  2,  V 
2,  VII  62,  chivalyèrs  A,  91,  gisir  A,  70,  D,  1,  gitavont  jactabantA  37. 

La  persistance  de  Va  après  ch  est  plus  fréquente  qu'en  français  :  cha- 
lour  A,  52,  chapuis  D,  1,  F,  2,  chavouchour  D,  1  et  2,  ch av aller  k,  90, 
chavon,  cabonem  A,  58,  chavauz  C,  E,  achaîet  adcaptavit  C,  VI  14, 
charanî  cadere  habent  F,  2,  chanever  VII  22,  chamin  V  1. 

A  -f-  gutturale  =  ay,  ai,  ey,  e  :  maysex  macellus  I  2,  aignius 
agnellos  lu,  seyrement  sacramentum  II  6,  erour  acrorem  A,  66, 
mengier  A,  67,  mingiables  D,  1. 

Faits  anomaux  :  solairo  salarium  D,  1  et  2,  III  10  et  11,  soffrans 
IV  6  ;,  taussacion  III  1,  oveyna  VII  50,  iauxacion  H 

II.  A  libre  intertonique  persiste  ou  devient  e,  i  :  mer  avilies  'mirabilias 
A,  67,  merevilles  G,  ctiZ/umen/œdificamentum  A,  50,  clarament  V  7, 
deneries  denariatas  II  1,  comandatnent,  parlament  G,  armaura  armatu- 
ram,  Arch.  du  Rhône,  Arm.  Abram  vol.  25  n°  4,  torneour  IV  44, 
seyrement  II  6,  chanever  canabarium  VII  22, cncmis  '  inamicos  A,  57, 
parchimin  pergaminum  III  14,  A,  64. 


1.  E  protonique  persiste,  et  se  nasalise  devant  une  n  suivie  d'une  autre 
consonne:  deveir  debere  II  4,desirrar  A,  39;  — lentili  A, 65.  —  Peisour 
que  Ton  rencontre  à  côté  de  pesour  il  1  établit  la  prononciation  ouverte 
du  continuateur  de  Ve  protonique  ;  on  dit  encore  à  Lyon  :  registre,  enre- 
gistrer. La  permutation  en  i  se  constate  dans  cimitiero  A,  91,  et  cidoles 
schedulas  II!  14. 


5  $0  E.    PHILIPON 

E  -f-  gutturale  ou  z  semi-voyelle  =  ey,  ci,  i  :  seignour  A,  6$,  deleiîier 
delectare  A,  39,  ev^uz  ecce  hic  II  3,  meytiaW  1 ,  profeytablo  F,  2  ;  — 
z'^u/  ecce  hic,  A,  73,  ivjuz  IV  85,  )'g/mz  ecclesiam  A,  77,  /zygo/i  nec 
unum  D,  1,  II  3,  w'ffunz  vecturam  IV  75,  apparisseit  A,  40. 

E  en  hiatus  latin  ou  roman  passe  fréquemment  à  i:  briament  *breva- 
mente  A,  36,  Biatrix  VII  33,  A,  49,  S1  Af/ard  Medardum,  nions 
nec  unus  II  6,  /hj/o  *pedaticum  I  9,  tioleri  tegulariam  IV  77, 
mais  aussi  :  breament  A,  60,  neuns  A,  72. 

L'élargissement  en  a  devant  les  liquides  n'est  point  rare  :  Dolphin,  A, 
74,  paleters  pelletiers,  allisan  eligant  (Syndicat  de  1 568,  varay  ve- 
racum  A,  40,  sarpent  serpentem  E. 

Faits  anomaux  :  avangelo  evangelium  A,  47,  avangilos  V  7  ;  —  do- 
monslrance  A,  72,  mais  demonstrances  A.  62,  cf.  promeriment  CC,  373. 
Il  y  a  eu  assimilation  dans  :  Sabatin  Sebastianum  E,  Czabatin  H. 

II.  E  intertonique  tombe  quelle  que  soit  sa  quantité:  bergier  ver- 
vecarium  CC,  373,  devrant  debëre  habent  F,  2,  charant  cadëre 
habent  F,  2,  desirrar  desidërare  A,  39,  recevyanl  recipëre  habent 
V  8,  erragios  adretro  -\-  aticos  III  7,  derrcr  deretrarium  III  5, 
mais  pcrsegus  persecutus  A,  37. 


I.  Il  permute  en  e  ouvert  ou  persiste  sous  sa  forme  latine  :  fenis 
finitus,  meynenz  minantes,  premeri  primariam  A,  41,  74,  75, 
messiront  miserunt  D,  1,  Hereneu  Iraeneum  C,  meravilles  A,  67, 
iemour  timoremA,  51;  —  mirex  *mirellos  I  7,  visitares  visitator  -j- 
sV  j,  d'uni  dimidium  VII  20,  desirar  A,  54,  licenci  A,  67,  77,  satis- 
fare  satisfacere  V  9,  et  les  mots  de  formation  savante  tels  que  .  yma- 
gena,  miravillous  A,  42,  Hyreneu  V  3. 

IN  -f-  cons  =  in  ou  en,  ce  qui  établit,  au  moins  pour  certains  cas, 
l'identité  phonique  de  ces  deux  graphies  :  intret  intravit  A,  54,  dedinz 
de  de  intus  A,  40,  quintal  II  1  ;  —  enfermeri  A.  5 1,  dedenz  A,  40,  IV  1, 
enposez  inpausatus  (Synd.,  1 3681,  entret  intravit  A,  54,  lengues  I  2, 
enclinar  inclinare  A,  59. 

II.  I  intertonique,  long  ou  bref,  tombe  comme  toujours  en  roman  : 
saunari  salïnariam  I,  sauner  salïnarium  I  3,  clarta  clarïtatem 
A,  58,  singularmcnî  IV  85. 


1.  Libre  ou  entravé  il  est  d'ordinaire  représenté  par  0,  parfois  par  ozz 
et  souvent  par  //,  qui  étaient  bien  évidemment  trois  graphies  différentes 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe    SIÈCLE  5  5  I 

d'un  même  son  ou  ':  ovrar  operare  IV  22,  poer  *potere  A,  47,  solement 
[Syndicat  de  1368),  Johan  D,  i,  corona,  dolour,  orcrt  A,  60,  $8,  molin 

IV  4,  demorar  IV  74,  novalles  novellas  CC,  373  ;  —  soulament  A,  $9, 
F,  1,  ouvras2  ;  —  pueyr  "potere  A,  53,  hubliavet,  uvert  A,  7 1 ,  ufferendes 
D,  1, /wr  "potere  V  4,  Rumillic  IV  30,  cwir/V  cooperire  V  3;  — 
adormit  A,  57,  aportar  D  1,  tonnent  A,  39,  codurer  III,  43,  grossament 

V  1  \-cudurery  III,  23.  ai/e/rs  I  8,  n;/7/7  VI  passim,  adurmit  e/  aâurmia  A, 
77,  61 ,  uWid  A,  64. 

Devant  les  nasales  on  trouve  les  deux  notations  0  et  u:  honour  A,  49, 
comunal  VI  9,  commuer  A,  63,  donarl),  1,  donnar  G\-dunarG,  cumuniet 
A,  63,  cumunall  16,  cumynalV]  12,  E,  </u/?c/  donavit  E. 

L'o  s'est  affaibli  en  e  dans  wrour  sororem  E,  serors  VII  15,  se/ouz 
'soliculus  A,  61,  et  a  persisté  avec  le  son  de  l'o  ouvert  bien  assuré 
dans  solouz  A,  58. 

La  rencontre  de  deux  voyelles  produit  par  la  chute  du  /  a  causé  la 
forme  rionda  rotundam  A,  62. 

II.  Il  tombe  à  l'intertonique  :  torncïs  turônensis  III  22,  empiria  in- 
pejoratum  V  5. 

U 

I.  Libre,  il  reste  u  ou  devient  0  suivant  qu'il  était  long  ou  bref  en 
latin:  plusors  III  1 1,  plusours  D,  \,  procuror  D,  1,  mullier  mulierem 
VII,  43,  curiousa  A,  50;  -governour  D,  1,  governar  IV  85. 

Il  s'est  aminci  en  y  dans  cumynal  communalem  VI,  12,  comme 
souvent  en  Provençal. 

Entravé,  Vu  protonique  bref  devient  0,  u  ou  :  sojornar  A,  74,  ajornar 
D,  1,  cortesi,  ajotar,  sofrir,  gota,  A,  36,  37,  39,  47;  —  suffrit  A,  60, 
sustinir  A,  77. 

Devant  n  il  se  nasalise  et  s'écrit  indifféremment  on  ou  un  :  consent- 
blant  IV  64,  mundanes  A,  50,  volant  a  A,  $0,  II  6,  profundament,  habun- 
davet  A,  60,  68. 

UL  -f-  cons.  =  ou,  u  :  doucour  A,  42,  moût  multum  A,  56,  moutons 
multonesC;  — ducour  A.  51,  mutons  1. 


1  Cf.  P.  Meyer,  Phonétique  Provençale,  0,  dans  les  Mèm.  de  la  Soc.  de  Lin- 
guistique, I,  151. 

2.  Leide  de  l'archevêché:  «  Item  chacuns  draps  de  seya  qui  est  ouvras  qui 
trépasse  ne  vint  a  vendre  en  ceta  villa  IV  den.  »  (Arch.  du  Rhône,  Arm.  Abram, 
vol.  25,  n°  4). 

3.  Arch.  du  Rhône,  Arm.  Abram,  vol.  25,  n°  4. 


5  5  2  E-    PHILIPON 

II.  Il  tombe  à  l'intertonique  :  mengierA,  67,  travailler,  agenolier  A, 
51,  59  ;  eydier  ad jû tare  D,  2. 

DIPHTONGUES  PROTONIQUES 

AU  =  0  :  somcri  salmariam  A,  74,  oir  au  dire  A,  $0. 

AU  =  ou,  u  [ou)  :  outreyont  auctoricant  V  8,  et  otreya  A,  61 ,  c/oa- 
sures  F,  1  etF,  3;  -huy  auditum  A,  3 6.  Au  provenant  dea/ passe  de  même 
à  ou  :  outar  ait  are  A,  5  $,  ounour  alenatorem  H,  fouceta  *falsitatem 
A  3 8  mais  aussi  fauseta  II  6,  chouchies  calciatas  et  chauchia  VII  14  et  18. 

VOYELLES  NASALES  TONIQUES  OU   PROTONIQUES 

C'est  uniquement  au  point  de  vue  des  sons  qu'elles  représentent  que 
j'envisagerai  ici  les  combinaisons  lyonnaises  an,  en,  in,  on,  un. 

An  provient  de  a  -\-  n  finale  en  roman  ou  de  a  -f-  n  appuyée  ;  il  de- 
vait sonner  de  même  que  le  français  an:  man  II  1,  hncil  16. 

Le  développement  d'un  i  semi-voyelle  par  la  gutturale  a  transformé 
an  en  ain,  cin,  en,  in  :  estaing  IV  28,  saint  A  passim,  sein  sagimen  D, 
1,  mengier  A  67,  mingiables  D  1.  Main  que  présente  la  pièce  V  et  fayn 
que  l'on  rencontre  dans  Marguerite  d'Oingt  sont  d'importation  française  ; 
mais  comment  expliquer  efaynt  infante  s   VI  25  ? 

En  peut  sonner  an,  ainsi  que  l'établissent  les  rapprochements  suivants: 
sapienci  et  puyssanci  A,  40,  sergent  et  sergianz  D,  1,  chalendes  et  cha- 
landes Synd.  de  1 3681,  faysent  et  faysanz  AA,  $$,  56,  ensegueni  et  sc- 
guant  D,  2,  Henri  A,  76  et  Hanris  CC,  375,  arent,  recevrent  A,  42,  et 
bevrant,  serant  A,  41,  présent  A,  36  et  presartz  Synd.  de  1368,  re- 
membrent et  demonstranz  A,  72,  prendre  A,  37  et  ra/idre  Synd.  de  1 368'. 

Il  est  à  remarquer  que,  abstraction  faite  de  puyssanci,  .Marguerite 
d'Oingt  maintient  Ve  dans  tous  les  mots  tirés  de  formes  latines  en  enîia  : 
licenci,  patienci,  différend,  diligenci  p  69,  39,  51,  5  5 ,  6q  et perseveranci, 
dotanci,  remembranci  >p.  56,  $4,  52'.  De  même  diligenci  et  ordenanci  V 
10,  9. 

Les  participes  présents  latins  en  ens  ont  donné  en  lyonnais,  comme  en 
français,  des  formes  en  ans,  par  analogie  de  la  première  conjugaison  :  so- 
rizanz  A,  57,  valliant  IV  86. 


1.  J'ai  lu  à  la  p.  42  de  Marguerite  d'Oyngt  (Oyn)  perfaytament.  M.  Cornu 
[Zeitschr.  f.  rom.  PhiL,  II,  606)  lit  per  ayhmant.  Si  cette  dernière  lecture  est  la 
bonne,  —  ce  dont  je  doute  un  peu,  les  e  du  ms.  ne  pouvant  guère  être  con- 
fondus avec  les  a  et  encore  moins  les  i,  —  on  pourrait  conclure  de  la  ion: 
faytimant  au  son  iin  des  adverbes  en  ment.  Pour  la  persiitance  de  l'<7  proto- 
nique après  l'yod  dans  perfaytament,  cf.  profeytabla  F,  2. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIV=    SIÈCLE  $$  } 

En  peut  sonner  ein  :  dcspens  et  despeins  D,  1,2,  senti  et  seinti  sanctam 
E,  ensi  et  aynsi,  ynsi  A  79,  73,  menz  et  meins  IV  48,  53,  sa?s  et 
seins  V  5,  teindres  et  tendrement  A,  80,  79,  rf^enz  et  de<t/'nz  A,  40,  rt/zs 
et  teins  A,  36  et  39,  vendro  et  veyndro  A,  77,  mengier  A,  67  et  m/fl- 
giables  D,  1,  essemplayre  et  essimplairo  A,  38,  39,  en/rer  intravit  et 
intret  A,  54,  sintont  et  pensar  A  41.  Cf.  entancions  iSynd.  de  1368), 
enfermeri  infirmariam  A,  51,  enposez  iSynd.  de  13681,  consentant  et 
consintant  V, teins  tempus  et  prencipal  H,  simplement  A  64. 

//z  sonnait  de  même  qu'en  français  :  quintal  II  1,  imposition  IV  85. 

Onelun.  Ces  deux  graphies  étant  employées  indifféremment  l'une  pour 
l'autre,  on  est  autorisé  à  en  conclure  à  la  similitude  des  sons  qu'elles  re- 
présentent :  monz  mundus  A,  40,  et  mundo  mundum  A,  79,  segont  et 
segunt  secundum  IV  85,  84  teyson  et  re\'runrationemIV76,CC,  373. 

L'élargissement  en  an  se  remarque  déjà  dans segant  secundum  IV  85 
et  Lian  Lugdunum  I  io,  II. 

Patois  actuels.  Le  son  in  [ain]  s'est  développé  outre  mesure  et  a  envahi 
jusqu'aux  continuateurs  de  an  et  un  latin  :  ven  vendit,  ren  rendit, 
pension,  patiamen  se  prononcent  vin,  rin,  pinsion,  patiamin,  dans  le  pa- 
tois de  Saint-Genis-les-Ollières  1 canton  de  Vaugneray,  Rhône  ;  augminto 
augmenter,  gins  gentes  ,  hardzamint  hardiment,  prindre  prendre  , 
dans  Roquille  '  ;  —  chaingi  cambiare,  graingi  graneam,  etraingi 
extra nearium  i Saint-Genis-les-Ollières'1. 

Un  s'est  aminci  en  in  :  in  unum  ,  comin  communem,  lindi  lunae- 
diem  (Saint-Genis-les-Ollières  ,  et  'in  unum  dans  Roquille.  Nous  avons 
vu  plus  haut  que  l'on  disait  déjà  au  xive  siècle:  inces  uncias. 

VOYELLES  POSTTONIQUES 

L'a  posttonique  demeure  sous  sa  forme  latine  :  arma  animam  A,  52, 
ovra  'opéra  m  V  1,  farina  IV  4,  porta  port  a  m  V  3,  mesura  II  6,  villa 
D,  i,  via  vitam  A,  38,  partia  Iil  24. 

Une  palatale,  quelle  que  soit  son  origine,  réduit  Va  à  i2  :  beti  bes- 
tiam  IV  6,  D,  2,  blanchi  A,  37,  vergi  II  \,  lanci  I  16,  lentili  A,  65, 
preyeri  A,  53,  ayguy,  aigui  A,  41,  I  12,  eygui  B,  toutes  formes  qui 
remontent  à  un  type  acqua.  Eyga  qui  se  trouve  à  côté  d'eygui  dans  B 
provient  d'aqua.  Pour  le  maintien  de  Va  après  une  gutturale  persistante 
en  roman,  cf.  à  la  tonique  vacar  F,  1 . 


1.  Guilielino  Roquilli,fi/cvoH  et  so  disciplo, _  Vardegi(RivedeGiers)  et  Givors, 
1836,  p.  9,  10,  12,  43.  Là  où  iin  a  persisté,  il  se  prononce  très  ouvert  et 
presque  ain  :  pretan  pourtant,  fan  famem  (Saint-Genîs). 

2.  Il  y  a  eu  plutôt  contraction  de  ici  en  i  :  bestiam  —  bestïa  =  besti. 
L'hiatus  posttonique  a  persisté  dans  le  bugeysien  :  bèlye. 


$)4  E.    PHIL1P0N 

Lorsque  la  déclinaison  amène  unes,  Va  s'adoucit  en  e:  armes  animas 
A,  41,  ovres  opéras  V  4,  portes  portas  IV;  besties  D,  1  et  2, 
blanches  A,  37,  lances  I  16. 

L'a  posttonique  des  mots  formés  à  l'aide  du  suffixe  participial  atam  a 
été  absorbé  par  la  syllabe  accentuée  :/or/7a diurnatam  D,  \,sachia*  sac- 
catam  IV  1 5,  lava  lavatam  IV  70,  et  au  pluriel  salles  *salatas  B      . 

Tandis  qu'en  français  les  voyelles  autres  que  a  tombent  et  sont  rem- 
placées là  où  la  prononciation  exige  une  voyelle  d'appui  d'origine  pure- 
ment romane,  en  lyonnais,  au  contraire,  ce  rôle  de  voyelle  d'appui  est 
rempli  par  la  voyelle  latine  elle-même  qui  persiste  affaiblie.  Notre  plus 
ancien  texte  —  les  Visions  de  la  prieure  de  Pelotens  '  —  qui  ne  remonte 
pas  au  delà  des  premières  années  du  xive  siècle,  distingue  encore  fort 
délicatement  les  diverses  voyelles  posttoniques  et  leur  fait  subir  à  cha- 
cune un  traitement  différent.  Dire  p.  47,  frare  $7,  mare  49,  orne  41 , 
noble  45,  naytre  65,  semblable  62,  nostri  noster  jo, atris  alter  -f-  s  76, 
autri  alteri  59;  autro  alterum  46,  autros  aiteros  57,  conoisso  co- 
gnosco  36,  desirro  desidero  j6,  espacio6-j,  livro  36,  vostro  vestrum 
56.  La  pièce  I  nous  offre  vendres  veneris  et  cerclo  circulum. 

Cette  distinction  délicate  entre  les  diverses  atones  latines  s'effaça  peu 
à  peu  :  l'o  devint  la  désinence  masculine  habituelle  et  s'étendit  à  des 
mots  où  l'étymologie  ne  l'appelait  en  aucune  façon  :  fraro  VII  6, 
reyalmo  V  1,  reindros  F,  2. 

Faits  anomaux.  Marguerite  d'Oingt  nous  offre  quelques  exemples  du 
maintien  de  deux  métatoniques  :  ymagena,  epistola  qui  sont  des  mots  des 
formation  savante.  Cf.  amandoles  C  et  amandres amanàu\as\V,  64  et  les 
formes  telles  que  :  espacio  A,  5  5,  officio  III  29,  contio  corn  pu  tum  A,  61. 

LES  TROISIÈMES  PERSONNES  DU   PLURIEL  EN  LYONNAIS* 

I.  Habent,  faciunt,  vadunt.  Ces  trois  types  ont  donné  en  lyonnais,  de 
même  qu'ailleurs,  des  résultats  identiques  :  i°  ant  III  42,  A,  41,  47,  C, 


i  .  L'édition  du  «  Carcabeau  du  péage  de  Givors  de  1225  »  a  été  donnée 
d'après  une  copie  de  1375  environ.  —  Ma  copie  des  Visions,  comme  celle  de 
M.  Cornu,  porte  Pelotens;  j'ai  eu  tort  dans  mon  édition  de  remplacer  la  forme 
ancienne  par  la  forme  plus  moderne  Poleteins  (p.  35). 

2.  Voyez  l'étude  que  notre  savant  maître,  M.  P.  Meyer,  a  consacrée  aux 
troisièmes  personnes  du  pluriel  en  provençal  (Romania,  1880,  p.  192). 

3.  Œuvres  de  Marguerite  d'Oyngt,  p.  47,  font.  Ma  copie,  d'accord  avec 
celle  de  M.  Cornu,  porte  faut  :  j'avais  relevé  cette  erreur  ainsi  que  quelques 
autres  dans  une  liste  d'errata  que  l'éditeur,  par  amour-propre  typographique,  a 
refusé  de  faire  paraître. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE   AU    XIV"    SIÈCLE  $$$ 

F,  CC,  $73,  H.  2  fant  A,  41,  47  »,  F,  },  H.  5°  vont  VII  JO,  C,  H,  et 
dans  Marguerite  d'Oyngt,  p.  44,  vant  ;  —  vont  qui  se  trouve  à  la  ligne 
suivante  est  une  erreur  du  scribe,  le  texte  qu'il  copiait  portait  peut-être 
sont  qui,  en  tous  cas,  donnerait  un  sens  bien  plus  satisfaisant  que  vont. 
Futurs.  Les  Visions  nous  offrent  à  la  fois  et  souvent  côté  à  côte  des 
futurs  en  ant  et  des  futurs  en  ent,  ce  qui  m'a  amené  à  conclure  à  l'iden- 
tité phonique  de  ces  deux  notations:  1"  bevrant,  mangirant,  serant  41  ; 
20  agostorent,  vomirent,  sentirent,  osèrent  45.  Les  textes  écrits  à  Lyon 
même  ne  connaissent  que  la  forme  en  ant  :  arant  IV  75,  H,  V  i,  rece- 
vront V  8,  i tarant,  leissirant  IV  75,  arrêteront  IV  75,  charant  F,  2,  devrant 
F,  2,  entrerant  IV,  veyeterant  IV  75,  /ara/;/  F,  1  et  2,  porrant\V-/<)  F,  2, 
;.'/  IV  61,  rendront  IV  3,  sera/rt  IV  85,  V  6,  F,  2,  H,  nuiront  IV 
7),  F,   2,  vendront,  achèteront  H. 

II.  Latin  -ant.  L'a  posttonique  se  conservant  pur  dans  notre  dialecte, 
on  devrait  trouver  partout  la  reproduction  exacte  de  la  finale  latine, 
mais  ainsi  que  M.  P.  Meyer  l'a  établi  «,  l'analogie  des  formes  venant  de 
la  finale  -tint  est  venue  troubler  la  dérivation  étymologique.  »  De  là  les 
divergences  que  l'on  relève  dans  nos  textes. 

Indicatif  présent  :  depleyont  IV  75,  donnont  F,  2,  gardont  A,  73,  41, 
portont  C,  motront  IV  75,  retornont  A,  42  ;  —  delectunt  A,  46. 

Imparfait  de  l'indicatif:  aviant  A,  $8,  erant  A,  37,  estiant  A,  41,  D,  1, 
faysiant,  rendiant,  tineant  A,  42,  63,  59;  —  ctiount  estebant  H,  aveont, 
aveuni,  despleavont,  erunt,   osavont,  tineunt,  faysiunt  A,  74,  45,  58,  43, 

75,  58.  4*- 

Conditionnel  :  porriont  A,  42,  67,  mais  aussi  porn'ynr,  w/onr  A,  45,  44. 

Subjonctif  préset  :  prelgna.nl  F,  2,  seyant  IV  75,  saafl/  I  26,  A,  44,  H, 
vigniant  F,  2,  puyssant  F,  2,  deivant  F,  i,  faezant,  metant  (Synd. 
de  1 364). 

Imparfait  du  subjonctif  en  es  sa  :  eragissant,  estramesant,  ferissant, 
prissant,  panesant  A,  52,  $7,  53,  67,  57. 

III.  Latin  -ent ,  -unt .  A.  -ent  :  deyvont  \  24,  deyvont,  devaunt  H. 

Le  subjonctif  présent  de  la  première  conjugaison  a  donné  par  ana- 
logie des  finales  en  ant:  achetant  [Synd.  de  1364^,  gardant  [ld.\ 
paiant  IV  85. 

B.-unt.  Ind.  prés.  :  volont  V  8,  F,  2,  H,  beyvont  A,  41,  vendent  I  20, 
diont  dicunt  D,  1,  vinont  veniunt  H  ;  volunt  F,  1,  pount  A,  45. 

Parfait  de  l'indicatif  :  ajotaront,  descendiront  A,  73  ;  comencarunt,  es- 
tendirunt  A,  6$,  58. 


$  $6  E.    PHIL1P0N 

CONSONNES  CONTINUES 

H 

Cette  consonne  tombe  d'ordinaire  en  lyonnais  comme  ailleurs  :  otal 
hospitalem  D,  i,  ora  horam  ,  orne  hominem  A,  61,41,  oy,  ohoc  A 
passim.  Toutefois  l'A  originaire  a  persisté  dans  un  assez  grand  nombre 
de  cas:  harent  habere  habent  A,  45,  hora  A,  61,  homent  hominem 
A,  40,  D,  2. 

Elle  apparaît  même  là  où  l'étymologie  ne  l'appelait  point:  lui  aut 
IV  1,  havet  ab  hoc  IV  j,  hues  ovos  IV  52,  hun  unum  A,  $0,  heyrcs  à 
côté  de  eires  arrhas  CC,  373,  habundavet  A,  68,  hovrages CC,  373,  hol- 
mos  ulmos  VI  26.  C'est  donc  simplement  un  signe  sans  valeur  pho- 
nique. 


J  demeure  à  l'initiale  devant  0  et  u  ;  il  est  rendu  par  g  lorsque  la 
voyelle  qui  le  suit  est  un  e  ou  un  i  :  Jos  Jovis  dies  I  20,  jota  juxta 
A,  62,  V  3,  Jusi  C  ;  —  gésir  jacere  A.  61 ,  gïtavont  jactabant ,  A,  37. 

A  la  médiale  il  se  vocalise:  maiour  majorem  IV  63,  peiour  pejorem 
D,  1. 

I  ou'^Y  en  hiatus  suivant  une  consonne 

LI  se  réduit  à  /  mouillée  :  foyllcs  folias  A,  86,  pailly  paleam  II  5, 
merivillies  *mirabilias  CC,  373,  Rumillie  Romeliam  IV  }0,salliansel 
saillïanz  salientis  IV  68,  salleyt  et  sayleit  A,  41,  palli  paleam  D,  2, 
fili  filiam  A,  54,  talli  III  24.  Il  y  a  eu  attraction  ou  disparition  pure  et 
simple  de  i  :  oylo  oleum  I  21,  huclo  I  2  1 . 

RI.  L'i  est  généralement  absorbé  par  la  voyelle  accentuée  :  gloyri 
gloriam  A,  $1  et  les  suffixes  arium,  ariam  ;  la  palatale  a  disparu 
dans  glori  A,  mirors  'miratorius  A.  40  ;  elle  s'est  attachée  à  la  post- 
tonique dans  proprio  A,  73. 

VI  =  gi,  g:  aiegiez  adleviatus  A,  82,  sergianz  servientis  D,  2  ; 
Limogins  *Lemovianus  |CC,  60,  Arch.  de  Lyon),  sergens  D,  1 .  La  ré- 
gression de  la  semi-voyelle  s'est  produite  dans  :  fluyvo  fluvium  A,  42, 
ployves  pluvias  A,  75. 

SI  =  s:  eglisi  IV,  maysons  mansiones  C,  maisoncr  IV  22. 

MI;  vendeymi  v  en  demi  a  m  IV  i. 

NI.  L'i  a  mouillé  l'/i  dans:  châtaignes  IV  63,  chataignies  C,  vigni 
vineam  A.   7$,  segnour  A  36,  segniori  I,  ornions  uniones  I  18,  chas- 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIV    SIÈCLE  557 

tannyes  Vi  9,  vini  VI  24  ;  il  a  été  attiré  par  laconique  ou  s'est  conso- 
nantisé:  Oplconium  A,  90,  Yoing  CC,  Go,  Anthoyno  CC,  60,  moynos 
C;  estranjo  extranei  I  20,  estr anges  II  1 . 

DI.  Jor  diurnum  A,  55,  jornal  CC,  575,  VII  20,  gajo  wadium 
IV  74,  gageri  VII  12,  guagios  III  18,  orjo  ordeum  B  ;  —  siecho,  secho 
sedium  A  65 ,  66,  vcrcheri  viridiariam  VI  et  VII  passim]  --  d'une  dimi- 
dium  IV  64,  d'uni  VII  20. 

TI  et  CI  :  avancier,  alisier  D,  1 ,  depecier  D,  2,  lancier  A,  81 ,  porchacier 
D,  1,  V  3,  c//i?[rt]co/2  cantionem  A,  41,  faczon  factionem  IV  m, 
maczon  D,  1  et  2,  V  2,  lanci  lanceam  I  16,  passons  IV  47,  esûmanci 
aestimantiam  IV  44,  grasi  gratiam  E. 

Vi  a  persisté  dans  des  mots  de  formation  savante  :  espacio  spatium 
A,  55,  67,  epassio  B,  prejudicio  F,  1,  officio  III  29. 

La  dentale  s'est  maintenue  dans  le  groupe  sty  :  besti  et  beslies  D,  2. 

A  la  finale  en  roman  TI  ou  CI  =  s,  z  :  pris  pretium  IV  64,  servis 
servitium  I  26,  gles  glaciem  CC,  373,  glaz  A,  52. 

TE  =  ch  :  poche  *  poteat  V  3,  4,  H  ;  cf.  secho. 

CHI  :  parochi  parrochia m  I  2. 

BI  :  changier  IV  75,  logier  D,  2,  changio  III  19,  rogi  rubeam  A,  39. 

PI  :  sagi  sapiam  A,  76. 

Et  la  forme  isolée  :  proxian  propianum  CC,  373. 


L  simple  ou  redoublée,  à  l'initiale  ou  à  la  médiale.  se  maintient 
selon  l'usage  général  :  lanci  I  16,  livro  A,  36,  pales  D,  2,  vila  III  1. 

La  permutation  en  r  a  eu  lieu  :  arbaresîa  A,  75,  sendar  franc,  cendal, 
E,  pannes  palmas  A,  52,  car  quales  I  26,  Johans  de  la  Barma  III  23, 
Arbers  Albertus  III  23,  VII,  22,  Guillermons  III  23,  arbarestier  CC,  62, 
Montfarcon  et  Monjakon,  ormo  ulmum  Arch.  Comm.  de  Lyon  CC,  373, 
mais  aussi  holmos  VI,  20, arseir  ad  illum  sérum  D  2. 

A  la  finale  en  roman  /  persiste  :  na.tu.ral  IV,  22,  eternal  A  70,  otal  hos- 
pitalem  D  1  ,ruysel  rivicellum  A  7-5,  agnel  IV  9,  fermel  *fermellum 
A  42,  fil  filium  VII  4,  A,  57,  cil  ecce  illum  A,  -j^curtil  *cohor- 
tilem  VI,  VII  passim,  col  collum  I,  13. 

Devant  une  autre  consonne,  et  notamment  devant  une  s  de  flexion,  la 
vocalisation  est  de  règle  :  chevaux  caballus  IV  4],saunari  salin  aria  m 
I,  fauceîa  falsitatem  II  6,  mortauz  mortalis  A.  72,  fermeuz  *  fer- 
mellos,  mezeuz  misellus  A,  37,  ruysseuz  A,  75,  beuz  bel  lus  A,  58, 
beuta  *bellitatem  A,  41,  curtiuz  *cohortilis  VI  32,  fius  filius  E, 
mantiouz  mantiles  H,  ceuz  ecce  illos  A,  73,  ceouz  A,  64.  Toute- 


$58  E.    PHILIPON 

fois  /  résiste  assez  souvent  à  la  vocalisation:  quintalx  IV  65,  reyalmo  re- 
galimen  V,  \,  quai  qualis  IV  74,  salvour  A,  60,  alcon  A,  40. 

L'apocope  de  la  liquide  est  encore  plus  fréquente:  acuna  A,  jr, 
atant  aliud  tantum  I,  6,  corporaz  corporales  A,  62,  quaz  qualis  A, 
61,  quax  IV,  7$  atro  V,  4,  A,  54,  D,  1  et  2,  F,  2,  agnex,  agnellos  IV 
32,  maysex  macellus  I,  2,  porcez  porcellus  A,  47,  veisex  H,  ciz 
ec ce-il le-j-s  A,  41 ,  humiz  humilis  A,  50,  curtix  cohortiles  VII  14, 
fiz  filius  VII  34. 

PL  :  pleyes  plicatus  IV  tf,~plusorslU  3 1 ,  plues  plagas  A,  37.  La 
transformation  en  bl  est  intervenue  dans  l'exemple  bien  connu  :  droblos 
duplos  D,  1. 

BL  :  blanchi  A,  37,  blas  ablatus  IV  4. 

CL,  GL.  Ces  groupes  ont  persisté  à  l'initiale  et  dans  le  corps  des  mots 
lorsqu'ils  étaient  appuyés  :  cla  clavem  A,  77,  data  A,  52,  closures  IV  1, 
gles  glaciem  CC,  373;  —  mesclez  misculatus  IV  3,  enclos  IV  3, 
cerclo  I  22. 

A  la  médiale,  la  gutturale  a  développé  un  i  qui  est  venu  mouiller  17: 
agenolier  A,  59,  travallyer  A,  52,  vermeyles  A,  60,  îroliares  torcu- 
lator  — j—  S  I  2 1 ,  lentili  lenticulam  A,  65,  velli  v  i  g  i  1  i  a  m  E 

TL.  Quand  ce  groupe  n'est  pas  traité  comme  le  groupe  CL,  la  dentale 
s'assimile  à  17  :  ruello  rotulum  et  espalla  spatulam  C. 

Epistola  est  un  mot  savant  calqué  sur  le  latin  A,  6S. 

DL  :  Amandoles  C,  amandres  amandulas  IV  64. 


R 

Il  persiste  à  la  tête  et  dans  le  corps  des  mots  :  rets  radices  I  18. 

Métathèse  de  IV :  îroliares  torculator  -f-  s  I  21,  fromajos  forma- 
ticos. 

Epenthèse  de  IV:  trenpla  temporum  C,  trabla,  trableta  tabulam 
A,  67,  77,  E,  îrcmplo  templum  CC,  60,  estrableysont  établissent 
F,  3,  CC,  373,  droblos  duplos  D,  1.  Cf.  novelartnent  A,  90. 

Chute  de  IV  :  eguel  anc.  h.  ail.  urguoli  A,  38,  femel  fermellum  A, 
37,  maguiglier  CC,  62,  atillieri  CC,  373. 

Permutation  en  /:  Katelina  111  1,  E,  trenpla  temporam  C,cultil 
cohortilem  VII  13,  fia  fragrum  A,  47,  Cristoble  Christophorum 
iLeides),  vergiel  VI  8,  Volzo  Vil  47  à  côté  de  Vorzo  VII  46. 

A  la  finale  en  roman  r  persiste  d'habitude  :  temour  timorem  A,  5 1 , 
mayor  majorem  C,  primyer  A.  41 ,  chenaver  VII  22,  levar  levare  III  1 
et  tous  les  infinitifs  des  première,  deuxième  et  quatrième  conjugaisons. 

Un  certain  nombre  de  mots  présentent  toutefois  des  exemples  de  la 
chute  de  IV  finale  qui,  aux  siècles  suivants,  sera  de  règle  :  nécessita  ne- 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIV"    SIÈCLE  559 

cessiter.  révéla  revelare,  desirra  desiderare  A,  50,  41,  45,  entra 
intrare  A,  45,  regarda  A,  40, fia  fragrum,  franc,  flair  A,  47,  passa 

passare  II  6. 


Initial  ou  médial,  il  persiste  en  lyonnais:  vcis  vicem  A,  36,  D,  i, 
V  4,  vila  III  1 ,  aveyna  VII  8,  ployves  pi uvias  A,  75 . 

Il  est  tombé  dans  briament  'brevamenteA  36. 

A  la  finale  en  roman  il  tombe:  cla  clavem  A,  77,  bo  bovem  IV  42, 
ney  nivem  A,  59,  Bornna  Burgum  novum  Comptes  municipaux). 
Cf.  ha  apud  A,  52. 

Et  devant  une  s  de  flexion:  bos  bovis  I  2,  IV  42,  vis  vivus  C, 
hues  ovos  I  5,  gries  grèves  A,  60,  chaitis  captivus  A,  79,  baltis  bal- 
livus  D,  1 . 

V  =  b  :  bergier  vervecarium  CC,  373. 

V  =  g:  gaz  vadus  A,  75. 

W 

W  =  g  guttural  :  garda  A,  $4,  gajo  IV  73,  guagio  D,  1,  gaygnier 
A,  52,  regardavet  A,  38,  regart  A,  54. 

F.  PH 

Se  maintient  :  /two  fabrum  D,  2,  /ey«  IV  69,  de/or  deforas  A, 
36;  ZXir/î//  delphinum,  Saphurin  Simphorianum  CC,  37,  Darphinal 
CC,  373. 


Cette  consonne  demeure  avec  le  son  fort  à  l'initiale  et  dans  le  corps  des 
mots  quand  elle  est  appuyée  :  soi  I  1 ,  segniours  I  2 ,  singulmnenl  I V  8  5 ,  soma 
I,i,  sorors  A,  50,  pensavet  pensabat  A,  38  ;  —  ci  si  A  39,  fauceta  II,  6. 

S  forte  est  fréquemment  représentée  par  5  simple  à  la  médiale  :  desus 
VI  9,  trapasonî  C,  groses  grossas,  caysi  franc,  caisse  I  7,  caysi  coxa 
C,  mais  passar  D,  2  et  G,  grossa  F,  1 . 

S  entre  deux  voyelles  prend  le  son  d'un  z  :  rosa,  gloriosa  A,  47,  5  5  ; 
—  martiriza  A,  77,  pozar  CC,  373,  c/zozw  causas  E. 

S  persiste  habituellement  devant  f,  c,  /?  :  aepstuma  IV  8$,  suspie/  V  2, 
testa  A,  52,  resplandors  A,  63,  honesta  A,  49,  fenestra  A,  55,  mesclez 
misculatusIV  3,  despens  D,  \}espicer  G,  b«fi  I  2,  f  esta  E.  Mais  aussi: 
foi/bestiam  IV  6,  teta  A,  $9,  replandour  A,  63,  «y?/eZ  suspectum  IV 
47,  epassio  spatium  B,futa  IV  44,  Ju/  Justum  E,  Sabatin  Sebas- 
tianum  E,  ha  statum  E. 


560  E.    PHILIPON 

S  tombe  devant  n  :  arios  aslnus  B,  anna  *asinatam  IV  1  '.  Après 
les  liquides  r  et  n  Vs  se  redouble  d'ordinaire:  s'cnssiegont  D,  1  et  2,  of- 
fenssa  D,  1 .,  2 ,  dispenssa  dispensatumD,  2 ,  monsseignour  D ,  1 ,  censsa  H  ; 
arsseir  ad  illum  sérum  D,  1,  mais  arseir  D,  2,  E,  sarssi  H.  De  même 
tagssas  taxatus.  tagssacion  III  37,  17.  Il  y  a  eu  assimilation  de  la 
consonne  précédente  :  assi  ad  sic,  franc,  ainsi,  assey  ad  se  A,  36,  41, 
yss*  in  sic  (?),  franc,  ainsi  D,  2,  F,  3,  cu«i  cum  sic  A,  69,  Mossi  et 
Mosseignour  CC,  373,  nowav  non  sapio  A,  66. 

Devant  s  impure  il  y  a  prothèse  d'un  e  et  le  groupe  es  peut  se  réduire 
à  i,  y  :  espacio  A,  55,  ep::Ssio  B,  «/?«/#  C,  cspousa  A,  50,  espicer  G  ;  — 
vtez'f  stat  F,  2,  ita  statum  E,  ytar  A,  76. 

S  de  flexion  se  laisse  volontiers  remplacer  par  z  ou  par  x  :  ordcnz  or- 
dines  C,  doux  de  illos  III  1,  coz  coctus  IV  5,  diz  dictus  V  5, 
jornauz  VII  15,  geflz  gentes  D,  2, faysanz  A,  55,  maysex  macellus 
I  2,  rcîzex  *radellos  I  9,  quintalx  IV  64.  De  même  dedenz  IV  1,  me/JZ 
IV  48;  eux  casus  IV  85. 


Z  est  devenue  g  de  même  qu'en  français  dans:  gingibros  zinzi- 
ber  +  s  IV  64. 

N 

A  la  finale  ou  première  consonne  d'un  groupe,  il  nasalise  la  voyelle 
qui  précède2  :  neyres  nigras  A,  37,  minet  minavit  A,  39,  lana  I  25, 
—  lanci  I  16,  pan  IV  5. 

Un  se  redouble  fréquemment  soit  à  la  finale  en  roman,  soit  même  à  la 
médiale  :  mann  III  1,  D,  1,  pann  D,  1  H,  maezonn  D,  1,  H,  messionns 
III  31,  bonns  III  7,  27,  blanng  H,  Johanns  III  23,  navatanns  H,  peisonns 
H  ;  —  lanna  IV  39,  Johannins  111  41 ,  campanna  cloche  F  2,  basannes  D 
II,  IV  30,  chastannyes  VII  9,  semanna  V  4,  D  II. 

L'm  est  venue  prendre  la  place  de  Vn  originaire  dans  :  em  in  A,  $2, 
mais  <?rt  52,  po/'m/  franc,  point  II  3,  tos  A,  78,  n'm  vinum  .Ira. 
Abram.,  vol.  25,  n°  4). 

A  la  finale  n  tombe  lorsqu'il  est  précédé  d'une  consonne  :  for  fur- 
num  A,  81. 

NM  =  nn  :  armrt  animam  A,  43. 

AW  =  n  :  chenevo  cannabum  I  24. 

N'R  =ndr:  Vendros  Veneris  diem  E,  cindres  cineres  CC,  373. 


1.  Faut-il  lire  aunaîdr.  ovcyna  VII  >o.  14. 

2.  C'est  ce  qu'établissent  les  patois  actuels. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIV0   SIÈCLE  $6' 

NS  =  s.  La  chute  de  Vn  qui,  au  reste,  se  produisait  déjà  dans  le  latin 
vulgaire,  est  constante  :  moires  monstratas  IV  75,  motront  IV  7$,  de- 
moslret  mais demenstrances  A,  62,  remas  remansum  A,  66,  tra  trans  A, 
5 1 , trapassaz A,  90,/tfwpensare  II  i,cortes:A,  36,  epuza  sponsata  E. 

NF  :  eforcicr  A,  67,  f/fan/a  A,  71,  e/dy/i/  VI  25. 

ND,  NT.  L'n  persiste  :  acoindes  ad cognito s  D,  2,  sanda  sanitatem 
A  56,  espanchimenz  A,  59,  mais  espachies  expandicatus  A,  37.  De 
même  chacon  cantionem  A,  41. 

NV.  L'/2  disparaît  d'ordinaire:  covient  convenit  A,  83,  covignabla 
conveniabilem  V  5,  evoy  A,  83,  covenî  A,  67,  mais  aussi  convens  con- 
ventus  A,  67. 

M 

Initiale  ou  médiate,  elle  se  maintient:  matin  III  1,  pluma  C. 

A  la  finale  en  roman  ou  première  consonne  d'un  groupe  elle  nasalise 
la  voyelle  précédente  :  changier  IV  75,  ren  rem  IV  15,  trenpla  tem- 
poram,  teins  tempus  III  16.  om  hominem,  franc,  on,  F,  3,  lanpi  I 
2 1 ,  decenbro  D,  1 . 

M'L,  M'R  — mfc/,  mbr  :  senblanz  A,  55,  ensenblo  III  5,  remembravet  A, 
71,  nonbro  D,  2,  chanbra  A,  76. 

MN  =  m  :  /umm  A,  40,  damagier  A,  52. 

CONSONNES  EXPLOSIVES 

C  ou  K 

C  initial  ou  appuyé. 

CA.  La  gutturale  s'est  maintenue  dans:  campanna  F,  2,  capitanns  D,  1. 
Mais  d'ordinaire  le  c  devant  a  prend  le  son  cli,  de  même  qu'en  français  : 
chalendes  I  2,  cforgi  I  6,  B,  changio  III  39,  chenevo  IV  58,  chievra 
VII  6  ;  —  eschalers  scalarios  III  8,  sechilV  68,  marchiandises  IV  7$. 

CA  =g  spirant  dans  Bergier  ver vecarium  CC,  ^~  t, ,  mengier  A,  67, 
pregier  praedicare  A,  81,  wgessericas  IV  39,  dyemengi  dome- 
nicam  CC,  373,  pregeours  praedicatores  CC,  60,  Pregurs  E,  er- 
ragievet  exradicabat  A,  75,  ernpegiment  impedicamentum  A,  45, 
V  3,  c/uugz  IV  6i,peg>  picam  D,  2,jugimens  judicamentos  F,  2. 

La  gutturale  a  disparu,  non  sans  avoir  auparavant  transformé  en  /  Va 
posttonique  :  diomeini  dominicam  E. 

Dans  les  finales  en  aticum  la  gutturale  s'est  transformée  en  palatale: 
eajo  aetaticum  A,  ^3,  fromajos  B,  servages  IV  ji,  balliagio  D,  1, 
erragios  III  8,  fromagios  IV  10,  viajo  viaticum  E,  piajo  *pedaticum 
I,  9.  De  même  clerguns  clerici  -f-ones  E,  où  le  g  était  spirant;  on 
dit  encore  à  Lyon  :  Les  Clerjons  de  Saint-Jean. 

Roman'ui,  XIII.  36 


562  E.    PHILIPON 

Fait  anormal  :  maguiglier  matricularium  CC,  575. 

CE,  Cl  :  certana  V  $,  cent  IV  52,  cervella  A,  52,  cerclo  I  22,  porcez 
porcellus  A,  47,  perceyvre  percipere  A,  52,  chiens  II  1,  excepta 
IV  33;  ruyweuzet  ruysel  rivicellus  A,  75,  s/nceram  E,  sendar  franc, 
cendal  E. 

Mais  pugins  pullicenos  VII  14. 

Nos  textes  ne  connaissent  pas  le  c  cédille  ;  le  c  spirant  devant  a,  0,  u 
est  rendu  indifféremment  par  c,  cz  ou  s:  deczay  III  1,  czabatin  Sebas- 
tianum  H  ;  ko,  co  A,  57,  doucors  A,  41;  czo  III  3,  20,  IV  4,  Be- 
zenczon  IV  67,  maczon  D,  1  et  2,  faczon  \V  11;  so  ecce  hoc  E,  G  ;  — 
Pa/iczu  III  18. 

C  médial. 

Devant  a,  0,  u,  il  peut  s'adoucir  en  g:  segont  secundum  A,  75,  se- 
guntW  84,  nygon  necunum  D,  1,  ncguna  A,  52,  54,  ^gur  securum 
D,  1,  figues  IV  64,  persegus  persecu  tu  s  A,  37. 

Devant  £  et  /,  il  prend  le  son  spirant  :  mayscx  *macellus  I2,  rayon 
racemum  C,  faseit  faciebat  A,  ji,  Nizer  et  Nisks  Nicetius  CC, 
373,  III  2,  plaizir  E. 

La  gutturale  s'est  résolue  en  i  :  pays  pacem  A,  $4,  voys  vocem  A, 
54,  paier  pacare  II  2,  preyeri  precariam  A,  53,  o)'«aucas  IV  51, 
aduyont  adducunt  I  9,  paia  pacatum  III  4. 

Elle  est  tombée  purement  et  simplement  :  preeri  precariam  A,  59, 
nient  nec  entem  A,  75,  edifiamcnt  aeâ'ificamenlum  A,  50,  neuns  nec 
unus  A,  66,  diont  dicunt  D,  1,  signifianci  significantiam  A,  69. 

C  final  en  roman  s'adoucit  en  g  ou  tombe  :  pag  pactum  D,  2,  a- 
dong  ad  tune  D,  1,  et  dans  le  Règlement  fiscal  de  1 35 1  que  j'ai  publié 
dans  Lyon-Revue  :  bang  franc,  banc  H,  porg  porcum  H;  —  ars  arcos 
I  23,  frans  francus  IV  1,  po  paucum,  fua  focum,  lua  locum,  amis 
amicos  A,  67,  51,  78,  36,  vra  veracum  I  3,  clers  clericos  D,  1, 
flan  flaccum  A,  88,  Mans  *blancus  IV  5. 

La  résolution  en  y  est  fréquente  :  oy  hoc  A  passim,  avoy  apud 
hoc  A,  42,  /jy  illacA,  44,  veray  veracum  A,  69,  IV  84,  Eynai  Alhe- 
nacum  C. 

Un  certain  nombre  de  noms  de  lieux  qui  se  terminent  aujourd'hui  en 
y  se  terminaient  au  xive  siècle  en  eu:  Marcycu  actuellement  Marcy  VII, 
Maysimeu  actuellement  Messimy  VI,  Verchireu  aujourd'hui  Verchery  '. 

CL,  CR  =gl,  gr  :  seglo  saeculum  A,  39,47,  alagrament  *alacra- 
mente  A,  57,  laygremes  lacrymas  A,  50,  egros  acer  -{-  s  IV  1,  ig- 
lyesi  ecclesiam  A,  57.  segla  B;  mais  maclo  masclum  IV  54  et  meclet 


1.  Carte  de  l'Etat-Major,  r.°  168,  Lyon. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe   SIÈCLE  563 

misculavit  A,  52,  mesclez  misculatus  IV  3,  où  la  gutturale  sourde 
a  été  protégée  par  la  consonne  précédente.  —  La  gutturale  a  déve- 
loppé un  i,  de  même  qu'en  français  et  en  provençal,  dans:  fayre,  playre 
A  passim,  erour  (=  airour),  acrorem  A,  66. 

A  l'initiale  CL  et  CR  persistent  purs  :  clavel  A,  52,  crey  credo  A,  47. 

CQ_=  y  g  :  aygui  acqua  A,  75,  IV  68,  eygui  B. 

CS  [x)  :  tagssas,  tagssacion  III  37,  17;  — layssier  laxare  A,  65, 
boy  ta  A,  55,  coysi  coxa  C. 

CT  :  fruyti  fructa  I  3,  IV  53,  faites  factas  A,  40,  leit  lectum  A  62, 
profeytablo  F,  2,  delcitier  A,  39,  coiti  coctam  IV  75,  noyt  noctem 
A,  $3.  mais  coz  coctos  IV  5. 

QU 

L'élément  labial  a  disparu.  A  l'initiale  ou  appuyé  QU  persiste  tantôt 
sous  sa  forme  latine,  tantôt  écrit  c  :  quant  quando  A,  36,  quar  quare 
A,  46,  D,  1,  quatro  A,  59,  quarrons  IV  76,  quarrex  quadratello s  D,  2, 
unques  unquam  -f  s  A,  53,  quareyma  III  1,  quintal  IV  33,  quinta 
quem  ?,  franc,  quelle  A,  5  $  ',  quequi  A,  46,  quin  quintum  1/5,  IV  7  ;  — 
carreuz  quadratellos  A,  5  3,  cauz,  cal  qualis  qualem  I  25,  caus  qua- 
lis  A,  66,  carteron  I  21. 

Cf.  par  contre  quausa  causam  D,  2,  exequtours  F,  1. 

Je  n'ai  d'autre  exemple  à  citer  de  la  conversion  de  QU  en  sifflante  que 
chacuns  quisque  unus  A,  44,  IV  9. 

A  la  médiale  QU  s'adoucit  en  g:  enseguant  insequentemD,  i,  aygui 
acqua  A,  75,  aygi  I  1 1,  cgua  equa  A,  74. 

QU'R  :  siegre  sequere  F,  3  ;  —  coyre  coquere  IV  76. 

G 

G  initial  ou  appuyé  se  maintient  dur  devant  a,  0,  u  :  longes  longas 
D,  1,  lengues  linguas  I  2,  lenges  F,  governar  gubernare  IV  85,  gota 
gutta  A,  47. 

L'assibilation  s'est  produite  dans  joy  gaudium  A,  66,  et  proba- 
blement aussi  dans  vergi  virgam  II  1,  mais  quid  de  gelina  VII  3  gal- 
linam  rapproché  de  galina  VI  19  ?  La  graphie  lenges  linguas  que  l'on 
rencontre  ainsi  que  la  forme  lengues  dans  nos  textes,  militerait  en  faveur 
du  maintien  de  la  gutturale  dans  gelina. 


1 .  Sur  'i  etymologie  de  quinta  et  l'impossibilité  de  tirer  cette  forme  du  latin 
quanta,  voyez  :  Ascoli,  Schizzi  franco- provenzali  dans  VArchivio  Glcttologuo 
Italiano,  vol.  III,  p.  91,  note  1. 


564  E-    PHILIPON 

G  =  ch  :  chanba  *  gamba  A,  75,  parchimin  pergaminum  III  14. 

Médial,G  tombe  :  leal  legalem  IV  18,  leaux  II  6,  plaes plagas  A,  37, 
tioleri  tegulariam  IV  76,  sauna  sagunam  (CC,  61,  f°  1,  et  CC,  191, 
f°  2  v°. 

Il  s'est  vocalisé  dans:  leialment  IV  8$,  reyalmo  regalimen  V  1,  play 
plagam  A,  52. 

GE,  GI  :  régir  IV  85,  gênerai  IV  85,  gens  gentes  A,  47,  ymagena 
imaginem  ;  jiens  gentes  III  21,  genz  III  30. 

La  gutturale  s'est  résolue  en  y  :  mays  magis  A,  $  3 ,  re v  regem  F,  1. 

Ellea  disparu  dans:  seelz  *  si gi  11  u s  F,  1 ,  vintein  vigintesimum  IV  3. 

GR,  GL  persistent  à  l'initiale  :  graci  gratiam  A,  54,  glaz  glaciem 
A,  $2.  A  la  médiale  le  g  se  fond  en  palatale:  Leiri  Ligerim  D,  2, 
enteriment  [=  enteirimenti  A,  50. 

GN,  NG  :  estaing  et  estaign  IV  28,  leigni  ligna  IV  8$,  seignal  si- 
gnellum  V  4,  loing  longe  D,  2. 

A  la  finale  en  roman  g  disparaît  d'ordinaire  ou  se  durcit  en  c  :  san 
sanguinem  et^/zssanguis  A,  66,  $2;sancA,  52,  bourc  burgum  F,  1. 

T 

Précédé  d'une  voyelle  qui  disparaît  en  roman,  il  s'est  parfois  adouci 
en  d  :  sanda  sanitatem  A,  $6,  cudyet  cogitavit  A  54,  acoindes  adco- 
gnitos  D,  2,  pleidier  placitare  F,  1,  clodel  *clausitellum  D,  1, 
coduriers  F,  3,  perda  perdïta III 36,  D,  1,  G,  cuydave  cogitabat  D,  1. 
De  même  dans  cindres  cincturas  CC,  384,  où  l'appui  remonte  au 
latin. 

Médial,  sa  destinée  habituelle  est  de  tomber:  pueir  *potere  F,  1, 
seya  setam  IV  66^  minuar  *minutare  G, 

Il  s'est  adouci  en  d  dans  :  pidia  pietatem  A,  77,  pidouz  pietosus 
A,  54,  72. 

A  la  finale,  il  disparaît  quand  il  suit  un  a  tonique  roman  :  universita 
F,  1,  pra  pratum  VI  26,  blaz  *ablatus  IV  68,  jorna  diurnatam  D, 
1,  paia  pacatum  III  4,  et  tous  les  suffixes  en  -atum,  -atam,  -atem, 
mais  secret  A,  69,  revelavet,  eret  erat  A,  69,  pocket  *poteat  et  poche 

V,  3,4- 

Précédé  d'une  consonne,  il  persiste  d'ordinaire:  cort  curtem  D,  1, 

sort  sorte  m  D,  1,  cornenciment  A,  39,  bonament  F,  3,  tant  tantum  III 

24,  estendirunt,  ajotaront  A,  58,  $ 9,  part  partem  VII  44,  fort  fortem 

VII  33,  mais  aussi:  comcncimcn  D,  i,  haporteron  A,  92,  avan  abante 

E,  empegimen  V  3. 

Devant  s  ou  z  la  chute  du  t  est  de  règle:  genz  gentes  III  28,  toz 

totos  A,  56,  pars  partes  A,  53,  secrcz  A,  68,  tormenz  A,  69,  fors 

fortes  VII  $  $,  fromenz  IV  67. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe   SIÈCLE  565 

TR  =  r  :  jra.ro  fratrem  III  i,  pare  patrem  A  passim,  mare  A  pas- 
sim,  buyro  butyrum  IV  10;  et  tous  les  nominatifs  singuliers  en 
-ator  -f-  s  qui  ont  donné  des  formes  en  -ares  :  creares  A,  46,  îroliares 
I  21,  acheîares  II  1 ,  et  par  analogie  vendares  venditor-f-sJI  1,  etc. 

T  non  étymologique:  ant  annum  III  21,  A,  80  fert  ferrum  B,  chart 
carrum  B,  epassiot  spatium  B,  port  porci  IV  7,  drapi  drappum  IV 
l<),notront  nostrum  E,  rent  rem  A,  45,  $3,  93,  ament  amen  E,  homent 
hominem  A  76,  etaint  stagnum  E,  negunt  nec  unum  A,  $3,  havc* 
franc,  avec  IV  3,  engint  ingenium  A,  53,  charbont  CC,  373,  f"  34, 
enpcnart  in  penna  -f-  are  CC,  373,  fe  34,  portart  [Id.\,  fermart  fir- 
mare  CC,  373,  f'  29,  fort  foras  I  4,  art  arcum  I  23,  Este-vent  VII 
20,  draf  drapum  H  '. 

La  dentale  disparaît  lorsque  la  déclinaison  amène  une  s  ou  ses  équi- 
valents Z,  X  :  port  porcos  IV  8,  drapx  drappos  IV  6,  anz  annos  A, 
54,  homent  IV  47,  Estevenz  VII  26,  drax  H,  engint  A,  54. 

D 

Initial  ou  appuyé  il  se  maintient:  dit  dictos  I  2,  deit  débet  II  6, 
acordaa  adcordem  -f-  ati  III  25. 

Médial  il  disparaît  d'ordinaire:  reis  radiées  I  18,  dimi  dimidium 
VI  3,  B,  Jue  Judaei  A,  37,  meytia  medietatem  IV  1,  Roon  Rho- 
danum  [Cartul.  munie,  de  Lyon,  p.  420)  et  Ron  IV  17,  beneyt  bene- 
dictum  A,  49. 

Il  s'est  adouci  en  z  dans  ratex  radellos  I  9. 

D  final  tombe  ou  permute  en  la  forte  correspondante  a  ad  II  6  et 
passim; —  val  vadit  II  $,vent  vendit  II  $,  quant  quando  IV  72,  A,  36, 
segunt  secundum  IV  83,  grant  grandem  A,  66,  freit  frigidum  D,  2, 
mo/i!mundum  A,  $7,  regart  A,  54,  ont  unde  ^CC,  191,  f °  3  v)  III  1 , 
ryunt  rotundum  VI  37. 

Ce  t  secondaire  s'efface,  lui  aussi,  devant  s  :  grant  grandes  A,  $3, 
I  22,  mont  mundus  A,  43. 

DR  =  rr  :  desihr,  carrel  A  54,  53,  charrant  cadere  habent  F,  1. 
—  Pridrunt  A  59,  s'explique  par  le  primitif  prindrunt. 

DS  =ss    assey  ad  se  A,  41 ,  assi  ad  sic  IV75,  A>  3^- 


Initial  :  pans  IV  5,  peyvro  B,  pieci  IV  39,  Champaigni  Campaniam 
IV  36  ;  pion  plumbum  IV  25. 


1 .   Voir  sur  ce  phénomène  qui  s'observe  en  diverses  parties  de  la  France, 
surtout  au  midi,  Romania,  VII,  107,  et  VIII,  1 10. 


$66  E.    PHILIPON 

Médial  il  permute  en  la  labiale  sonore  v:  soveran  superanum  F,  2, 
sevelia  sepelita  F,  savour  saporem  A,  66,  peyvro  piper  B,  cuvro 
cuprum  IV  28,  ovreso peras  V  4,  povres  III  21,  mais  pueblos  populus 
F,  1,  2,  .3 

P  disparaît  dans  col  colaphum,  cors  corpus  D,  i,  chans  campos 
VII  30,,  cham  VI  4;  mais  drap  IV  40.  —  Dans  le  règlement  fiscal 
de  1 3  5 1,  la  labiale  sourde  s'est  vocalisée  :  draux  drap  os  à  côté  de  drax 
txdraî  H. 

B 

Médial  il  est  traité  comme  p  ichenevo  cannabum  I  24,  favro  fabrum 
D,  2,  III  3,  livra  libram  I  25,  II  3.  —  La  vocalisation  paraît  s'être 
produite  dans  jau.ro  fabrum  IV  80.  —  Final  il  tombe  :  pion  plumbum 
IV  2$. 

BL  :  trabla  tabulam  E. 

BT  :  dessoubz  de  s ubt us  IV  87;  mais  dessoz,  IV 6 5  et  H,  établit  que  le 
b  de  dessoubz  n'était  qu'un  souvenir  étymologique  et  qu'il  ne  s'entendait 
point  dans  la  prononciation. 


DOCUMENTS 

TEXTES    LYONNAIS   IMPRIMÉS 

J'ai  dû  me  servir,  pour  écrire  la  phonétique  lyonnaise  au  xive  siècle, 
d'un  certain  nombre  de  textes  imprimés  que  j'indique  par  une  capitale  et 
dont  voici  l'énumération  : 

A.  Œuvres  de  Marguerite  d'Oyngt  (Oyn),  prieure  de  Poleieins  (Pelotens) 
publiées  par  E.  Philipon  (Lyon,  N.  Scheuring,  1877).  M.  Guigue,  le 
savant  archiviste  du  Rhône,  dans  l'introduction  qu'il  a  bien  voulu  écrire, 
établit  le  premier  la  véritable  filiation  de  l'auteur  des  Visions.  Le  père 
de  Marguerite  était  Guichard,  seigneur  d'Oingt,  petite  ville  murée  du 
Lyonnais,  située  à  quelques  lieues  à  l'ouest  de  Polletins  '. 

B  LeCarcabeau  (sic)  du  Péage  deGirors.  de  1225,  publié  par  G.  Guigue 
(d'après  une  copie  de  «  1 375  environ.  »)  Lyon,  H.  Georg.,  s.  d. 

C.  Tarif  du  péage  de  Lyon,  1 277-1 3 15,  publié  par  M.  C.  Guigue  à  la 
suite  du  Cartulaire  municipal  de  la  ville  de  Lyon  (p.  406).  Lyon,  1876. 


1 .  Carte  de  i'Etat-Major,  n°  1  «19,  Bourg.  Polletins  est  situé  dans  la  com- 
mune de  Mionnay,  arr.  et  c.  de  Trévoux,  Ain.  Oingt  est  une  des  communes 
du  canton  du  Bois-d'Oingt,  arr.  de  Villefranche,  dép.  du  Rhône. 


PHONÉTIQUE   LYONNAISE   AU    XIVe   SIÈCLE  567 

D  i.  Li  Contios  de  aliu  abatre  Peyraut,  publié  par  M.  A.  Vachez  à  la 
suite  de  sa  Notice  sur  la  destruction  du  château  de  Peyraud  en  Vivarais, 
faite  en  1 350  à  la  requête  de  la  ville  de  Lyon.  Lyon,  1879. 

D  2.  Li  contios  por  allar  abatre  Nerveu  et  Fouris  en  Foreis  publié  par 
M.  A.  Vachez,  à  la  suite  de  sa  Notice  sur  la  destruction  du  château  de 
Nervieu  et  de  la  maison  forte  de  Font  en  Forez,  faite  en  1 3  50  à  la  requête 
de  la  ville  de  Lyon.  Lyon,  1877. 

Je  me  suis  servi,  pour  ces  deux  documents,  des  copies  que  j'en  avais 
prises  en  1 876  aux  archives  de  la  ville  de  Lyon  où  ils  se  trouvent  partie 
non  classée).  J'ai  depuis,  en  1882,  collationné  ces  copies  sur  l'original. 

E.  Le  livre  de  raison  d'un  bourgeois  de  Lyon  (1316-1342)  publié  par 
M.  G.  Guiguedans  Lyon-Revue,  n°  du  31  octobre  1882,  pp.  203-221. 

F  1.  Syndicat  ou  procès-verbal  d'élection  des  conseillers  de  la  ville 
de  Lyon  pour  l'année  1353,  19  décembre  1 352,  publié  par  M.  C.  Guigue 
à  la  suite  du  Cartulaire  d'Etienne  de  Villeneuve.  [Cartulaire  municipal  de 
la  ville  de  Lyon.  Lyon,  1876,  p.  45  5). 

F  2.  Syndicat  ou  procès-verbal  d'élection  pour  l'année  1 356.  18  dé- 
cembre 1355.  [Ibid.,  p.  462). 

F  3.  Syndicat  ou  procès-verbal  d'élection  pour  l'année  1359.  22  dé- 
cembre 1358.  [Ibid.,  p.  466). 

G.  Compte  de  Jehan  de  Durche  (1384).  J'ai  publié  cette  pièce  dans 
Lyon-Revue,  n°  du  30  avril  1883. 

H.  Le  Règlement  fiscal  de  1 35 \,  publié  par  moi  dans  Lyon-Revue,  nos 
d'octobre,  novembre  et  décembre  1883. 


TEXTES  INÉDITS 

I.    LEIDE    DE    L'ARCHEVÊCHÉ 

Au  xine  siècle,  le  droit  de  taxation  appartenait  à  l'archevêque  de  Lyon 
et  à  son  chapitre  qui  exerçaient  alors  sur  la  ville  l'universalité  des  droits 
régaliens.  Parmi  les  principales  ressources  du  fisc  à  cette  époque  se 
placent  les  taxes  levées  sur  les  marchandises  de  toutes  sortes  qui  en- 
traient dans  la  cité  '.  Les  archives  du  département  du  Rhône  conservent 


1 .  On  sait  que  les  péages  ou  douanes  intérieures  survécurent  à  la  féodalité  : 
c'est  à  leur  multiplicité  que  Boisguillebert  attribue  pour  la  plus  large  part  la 
misère  qui  étreignit  les  classes  ouvrières  pendant  les  vingt-cinq  dernières  années 
du  règne  de  Louis  XIV.  Cf.  Boisguillebert.  Le  détail  de  la  France  sus  le  règne 
présent,  édition  de  1707,  t.  I,  p.  41,  46,  54,  121  ;  Dareste  de  La  Chavanne, 
Histoire  de  l'administration  en  France,  II,  103. 


$68  E-    PH1LIP0N 

un  grand  nombre  de  tarifs  de  péage  ou  leides  :  ce  sont  le  plus  souvent 
de  longues  pancartes  en  parchemin  destinées  sans  doute  à  être  affichées 
dans  les  bureaux  de  douane  du  temps.  Celui  que  je  publie  ici,  à  en  juger 
par  les  formes  de  langage  et  par  l'écriture,  est  l'un  des  plus  anciens  qui 
nous  soit  parvenu  :  il  parait  remonter  à  la  fin  du  xin''  ou  au  commen- 
cement du  xive  siècle.  Il  a  été  classé  au  siècle  dernier  dans  l'armoire 
Abram,  vol.  24,  n°  1 ,  par  l'archiviste  Lemoine  qui  a  écrit  de  sa  main  au 
verso  la  mention  suivante  :  «  Vers  l'an  1 300.  Etat  des  marchandises  en- 
»  trant  à  Lyon  sur  lesquelles  le  chapitre  de  Lyon  conjointement  avec 
»  l'archevêque  percevoit  le  droit  de  leyde.  » 

A  côté  des  droits  de  péage,  notre  tarif  établit  des  droits  de  consom- 
mation sur  les  fruits,  les  fromages,  les  œufs,  la  volaille,  le  sel,  l'huile,  le 
chanvre  et  la  laine  ;  il  consacre  en  outre  la  perception  de  véritables  im- 
positions directes  et  personnelles,  telles  que  droits  de  patente  ou  de 
marché  et  taxe  sur  les  étrangers  Plusieurs  de  ces  impositions  se  résol- 
vaient en  redevances  en  nature. 

Czo  est  li  lelda  Mon  segnior  l'arcevesaue  e  del  chapitre  de  Lian  e  les  apertineiices  de 
la  dita  scgniori,  li  eau:  mot  de  la  Saunari. 

1.  Primeriment  deit  on  per  terra  ou  per  aygui  de  les  .1.  somes  de  sal  cel 
qui  vent  :  .j.  soma  a  l'arcevesque  et  al  chapitre. 

2.  Item  deit  li  maysex  de  la  parochi  de  Sant  Pol,  de  la  Tôt  Sanz  Unque  a  la 
Sant  Martin  les  lengues  del  bos  e  de  les  vaches  al  diz  segniours  et  mais  deis  la 
Sant  Martin  troque  à  Chalendes  V  d.  fors  per  besti. 

3.  Item  deit  chaques  revendares  de  Lian  étranges  ou  privas  qui  revent  fruyti 
ne  fromaios  ne  hues  ne  polali  III  d.  fors  ;  et  se  il  mantivont  li  vra,  deyvont  VI  d. 
fors  que  per  la  livra  que  per  la  revendiri.  Et  III  poyses  fors  li  Sauner  a  la  Sant 
Martin. 

4.  Item  deyvont  li  fort  Franceis  qui  sont  a  Lian  III  d.  fors,  et  per  la  brey  1 
autros  iij  d.  fors. 

5.  Item  tuit  cil  qui  sont  de  la  Lanatari  deyvont  chacuns  .ij.  s.  de  fors  et  .iij. 
d.  fors  per  la  livra. 

6.  Item  deit  li  chargi  del  lin,  ou  per  terra[ou  per  esgui,  chacuna  chargi  .j. 
maysi,  atant  li  una  corne  li  autra. 

7.  Item  deit  chacuna  caysi  de  mirex  ou  de  veyros,ou  per  terra  ou  per  esga, 
chacuna  caysi  de  mirex  ij  d.  fors. 

8.  Item  li  futali  ovra  ou  echapola  de  benes  ou  de  barauz  ou  de  culeres  ou  de 
autra  ovra  deit  li  chargi  ij  d.  fors. 

9.  Item  totes  les  raymes  qui  aduyont  los  razex,  acunes  sont  el  piajo. 

10.  Item  totes  les  sapines  qui  a  Lian  sont  vendues,  deit  cel  qui  vent  viij  d. 
fors  e  li  naviouz  de  .j.  fust  ij  d.  fors  e  de  ij  pièces  ij  d.  fors. 


1 .  Lisez  :  l'abrey  ? 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIV^   SIÈCLE  $69 

1 1.  Item  chacuna  chargi  d'aignius,  ou  per  terra  ou  per  aygi,  deyvont  iiij  d. 
fors,  tant  li  una  corne  li  autra. 

12.  Item  deit  chacuna  chargi  de  eschalones  ou  per  terra  ou  per  aygui  .j.  liaci 
de  chalones  ' . 

13.  Item  chacuna  chargi  de  veyros  que  on  porte  al  col  deit  ij  veyros... 

14.  Item  li  chargi  del  pcteux  deit  .j.  petel,  ou  pcr  terra  ou  pcr  aygui,  cha- 
cuna chargi. 

15.  Item  deit  li  chargi  de  les  pales  ou  del  bisons  chacuna  chargi  .j.  peci. 

16.  Item  deit  li  chargi  de  les  lances,  ou  per  terra  ou  per  aygui,  .j.  lanci  cu- 
munal. 

17.  Item  deit  li  chargi  de  la  peis  neyri,  chacuna  chargi  .j.  pogez. 

18.  Item  li  chargi  deus  ex  e  deus  ognions  e  de  les  reis,  ou  pcr  terra  ou  pcr 
aygui,  .j.  d.  fort. 

19.  Item  deist  li  chargi  del  tupins  e  del  poz  de  terra  .j.  d.  fort. 

20.  Item  deyvont  les  places  de  ceus  qui  vendont  ne  ouvront  sus  Io  pont  ou- 
tra II  bans,  outra  la  crois  entroque  a  la  fontana  de  Purchiri,  ob.  fort  chacuna 
placi,  czo  est  a  saveir  Io  jos  ;  e  li  mercer  deyvont  pusa  fort  et  aus  seyno  et  a 
les  feres  ij  d.  fors  ;  e  li  mercer  .j.  d.  fort  e  li  etranio  deyvont  ij  d.  fors. 

21.  Item  chacons  troliares  de  Lian  e  tuit  li  autri  revendiour  qui  vendont 
huelo  a  mesura,  a  Ianpi  ne  a  dimey  lanpi  ne  a  carteron,  chacon  deit  .j.  lanpi 
de  oylo  et  se  deit  levar  lo  primer  Vendres  de  Careyma. 

22.  Item  les  duelles  del  vaysex  e  li  cerclo,  ou  por  terra  ou  per  aygui,  dey- 
vont li  fais  de  la  petita  muayson  melli  fort  e  li  granz  .j.  d.  fort  e  li  C  de  les 
duelles  ij  d.  fors. 

23.  Item  li  chargi  deus  ars  de  les  arbalestes,  chacuna  chargi  deit  .j.  art. 
2<;.  Item  deyvont  cil  qui  vendont  chenevo  a  Lian  qui  ne  sont  franc,  de  18  d. 

[poysa  fort]. 

25.  Item  deyvont  li  lanater  qui  vendont  lana  a  Lian,  ou  estranjo  ou  priva,  li 
cal  ne  sont  franc  de  la  dita  lanatari,  chacuns  deit  iiij  d.  fors,  pcr  la  livra  d'ar- 
gent monea  los  iiij  d.  de  sus  diz. 

26.  Item  (est)  li  fors  de  Bornua  est  al  oubincer  de  la  Saunari  car  que  il 
seiant,  e  deit  vj  s.  de  fors  de  servis  a  la  Sant  Martin. 

II.    DROIT    DE    PESAGE    RECONNU    AUX   CITOYENS    DE    LYON 

Cette  pièce  est  tirée  d'un  registre  en  parchemin  de  dix  folios  (haut. 
17  cent.  50  mil.,  largeur  1 $  cent.),  classé  aux  archives  du  Rhône,  ar- 
moire Abram,  vol.  25,  n°  4.  Sur  l'une  des  faces  de  la  couverture,  éga- 
lement en  parchemin,  se  trouve  en  écriture  du  xive  siècle  l'inscription 
suivante  :  «  Ce  est  li  papiers  des  piages  de  nres  Seign  l'archevesque  et 
»  chapitre  de  Lion.  »  Sur  l'autre  face,  l'archiviste  Lemoine  a  écrit  : 


1 .  Lisez  :  d'echalones. 


57°  E.    PHILIPON 

«  Vers  l'an  1540.  Tarif  ou  carcabeau  1  des  marchandises  entrant  dans 
»  Lyon  qui  doivent  péage.  »  Le  registre  contient  quatre  pièces  diffé- 
rentes :  i°  Tarif  du  péage  de  l'archevêché.  Ce  tarif  a  été  publié,  d'après 
une  copie  plus  ancienne,  par  M.  M.-C.  Guigue,  archiviste  du  dépar- 
tement du  Rhône,  à  la  suite  de  son  édition  du  Cartulaire  d'Etienne  de 
Villeneuve.  20  Leide  de  l'archevêché  et  du  chapitre  de  Lyon.  C'est  une 
reproduction  presque  textuelle  de  la  Leide  publiée  sous  le  n°  1.  $°  Re- 
connaissance aux  citoyens  Lyonnais  du  droit  de  peser  leurs  marchan- 
dises à  domicile.  40  Tarif  du  péage  du  pont  du  Rhône. 

Ce  sont  les  cotumes  et  les  franchises  de  pais  de  Lian,  de  que  sont  frant  luit  li  chiens 
de  Lian  seyns  riens  donar  ne  paier  cl  seigniurs. 

1.  Item  chascuns  citiens  pot  aveir  sa  vergi  et  son  peis  chiessey  et  vendre  et 
pesar  totes  les  deneries  que  il  vent  se  plaît  à  I'achetour  ;  et  se  li  achetares  vout 
recivre  pcr  la  man  del  pesour,  li  vendares  en  deit  fere;  et  les  deneries  qui  se 
vendont  al  quintal  doz  estranges  se  deyvont  recivre  pcr  la  man  del  peisours  ;  et 
deit  chascons  vendares  estrangos  meli  pcr  quintal  et  li  achetares  ne  deit  riens  se 
ellet  citiens. 

2.  Item  chascons  citiens  pot  prendre  la  vergi  chiez  los  peissours  et  portar 
chiez  sey  se  ellat  quantita  de  deniries  a  pesar  plus  que  ne  puyssiant  portar 
2  homens  ou  treys  chies  lo  peysour  ;  et  se  li  pesares  veut  venir  pesar,  on  lo  deit 
paier  de  son  travail  et  de  sa  peyna  tant  seulement  seins  autres  emolumens. 

3.  Item  deit  estre  li  livra  de  Lion  de  14  unces  el  marc  de  Lion,  et  li  quintals 
de  Lion  deit  estre  de  cent  et  une  livre,  oy  fut  meysa  ly  livra  pour  le  trait,  et  li 
dima  quintaux  de  .1.  livres  et  dime,  et  li  quarterons  de  25  livres  et  1  quart,  et 
d'eyqui  en  avant  ne  vat  poimt  de  gites  en  nigons  peys. 

4.  Item  chascons  marchians  estranges  puet  essegar  ses  charges  de  les  deniries 
que  el  veut  portar  de  for,  ou  a  vergi  ou  a  roman,  seynz  riens  deveir  ou  pesour. 

S-  Item  de  feyn  ou  de  pailly  qui  se  vent  au  quintal  ne  deit  l'on  riens  ;  et  se 
peut  pesar  pour  cuy  que  vueille  li  vendares  ou  li  achetares  aye  roman. 

6.  Item  se  nions  citiens  vent  a  peys  ou  a  mesura  qui  ne  seitleaux,  el  deit  60  s. 
et  .j.  den.  el  segnur;  et  se  el  savoit  la  fauseta  del  peys  ou  delà  mesura  ellet  en 
la  volunta  del  segnur  ;  et  le  citiens  se  el  ne  savit  la  fauceta  el  deit  passa  p^rson 
seyrement. 

III.    LA   TAILLE   COMMUNALE   DE    1341 

Le  droit  de  lever  des  impôts  a  toujours  été  considéré  comme  le  plus 


1  •  Je  pense  avec  M.  Paul  Meyer  qu'il  faut  lire  non  pas  carcabeau,  mais  bien 
cartabeau:  l'étymologie  cartabellum  ne  laisseaucundoutesurce point.  Quand 
à  l'erreur  de  lecture  commise  jusqu'à  ce  jour,  elle  est  le  résultat  de  cette  simi- 
litude souvent  absolue  qui  existe  entre  les  c  et  les  t  dans  les  mss.  lyonnais  du 
xivc  siècle. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE   AU   XIV0   SIÈCLE  57 1 

précieux  attribut  de  la  souveraineté  ;  aussi  est-ce  le  premier  que  reven- 
diquèrent les  citoyens  Lyonnais  au  lendemain  de  leur  émancipation 
communale  (1 269*.  Il  leur  fut  naturellement  contesté  par  le  pouvoir  épis- 
copal  qui  parvint  à  le  leur  enlever  '1271),  mais  dès  1295  et  grâce  à 
l'appui  intéressé  que  leur  avait  prêté  Philippe  le  Bel,  les  Lyonnais  étaient 
rentrés  définitivement  en  possession  du  droit  de  taxation  '. 

La  pièce  suivante  est  relative  à  la  taille  que  vota  le  Consulat  pendant 
le  carême  de  l'année  1341  (N.  S.).  C'est  le  compte  présenté  par  les  frères 
Pierre  et  Jean  Chavence  qui  avaient  été  chargés  de  la  recouvrer  dans 
l'enceinte  de  la  ville.  Elle  s'élevait  pour  les  deux  rives  de  la  Saône  à  la 
somme  de  1 182  livres  1 5  sous  10  deniers  tournois  dont  629  liv.  1 5  s. 
2  d.  pour  le  quartier  de  Saint-Nizier  (rive  gauche)  et  55$  liv.  8  d.  pour 
celui  de  Saint-Jean  irive  droite). 

En  évaluant  en  moyenne  la  taille  à  cinq  sous  par  personne  impo- 
sable, ce  qui  est  assurément  plutôt  au-dessous  qu'au-dessus  de  la  vé- 
rité, on  arrive  à  un  nombre  approximatif  de  4,700  contribuables  tant 
hommes  que  femmes.  Les  non-recouvrements  s'élevèrent  pour  la  rive 
gauche  à  onze  pour  cent  et  à  vingt-cinq  pour  la  rive  droite  :  si  main- 
tenant on  s'en  tient  au  nombre  des  contribuables  réfractaires,  on  voit 
que  ceux  du  côté  de  Saint-Nizier  étaient  en  moyenne  taxés  à  cinq  sous 
et  ceux  du  côté  de  Saint-Jean  à  dix.  —  Le  compte  des  frères  Chavence 
est  conservé  aux  Archives  communales  de  Lyon  sous  la  cote  CC.  294, 
pièce  1  :  c'est  un  rouleau  papier  de  quinze  centimètres  de  largeur  sur 
quatre  mètres  de  longueur  ;  il  est  formé  de  dix  feuilles  cousues  les  unes 
aux  autres. 

1.  L'an  de  nostron  seignour  M.  CCC  XL  en  quareyma  fut  ordona  de  faire 
una  taili  en  la  vila  de  Lion,  li  quaux  fut  comisa  a  levar  parûcularment  per  viia 
a  Pero  Chavenci  et  a  Johan  son  fraro  qui  est  rendus 2  de  Sanù  Katelina  de 
Lion,  et  pues  ballier  et  mètre  en  la  mann  Johannin  Panczu  3  per  distribuir  et 
mespjrtir  lay  ont  li  conselliour  de  la  vila  ordonerant.  Li  quaux  talli  montiet 
tota  segon  la  taussacion  douz  pap^rs,  tant  deczay  lo  pont  corne  de  lay. 

.xic  iiijxx  ij.  Ib.   .xv.  s.  .x.  d.  t. 

2.  Don  les  .vic  xxix.  II.  .xv.  s.  .ij.  d.  t.  sont  per  devers  Sant  Nisies  ;  et  les 
.vr  liij.  Ib.  .viij.  d.  t.  per  devf/s  Sant  Johan. 

3 .  De  czo  li  diz  Peros  Chavenci  per  sey  et  per  son  dit  fraro  Johju  est  venus 
a  conùo  lo  primer  jor  de  marz  .M  CCC  XLII.   per  davant  Pero  de  Gez,  To- 


i.  P.  Bonnassieux,  De  la  réunion  de  Lyon  à  la  France.  Lyon,  Paris,  1875, 
p.  37  et  75. 

2.  Reclus? 

3.  Le  ms.  porte  Johannin  Panczu  que  Von  a  rayé  postérieurement  pour  écrire 
au  dessus  Pero  de  Gez. 


572  E.    PHILIPON 

mas  Girert,  Guillemet  Favro  et  Aynart  de  Vila  Nova  a  czo  comis  per  la  ma- 
neri  seguent  ;  et  est  cis  rontios  toz  a  torneys. 

4.  Premerymenr  li  talli  de  vers  la  partia  de  Sant  Nisies  monte  tant  per  celos 
quy  ant  paia  corne  per  cellos  qui  non  ant  paia,  yssi  corne  dit  dessus  et  per  lo 
paper  d'icella  talli  se  pot  veir.  .vic  xxix.  lb.  .xv.  s.  .ij.  d.  t. 

5.  Don  li  diz  Peros  a  ballia  en  deners  coutanz  entre  plusors  veis  a  Jolwnnin 
Panczu  dessus  dit,  yssi  corne  entre  lo  dit  Johdnnin  et  Pero  s'en  sont  acordaa  en- 
senblo,  enclos  lo  derrer  paiment  que  cis  diz  Peros  fit  lo  dessus  dit  premer  jor  de 
mars  .M  CCC  XLII.  que  cis  contios  fut  rendus.  vc  xvij.  lb.  .xiiij.  s.  .viij.  d.  t. 

6.  Seins  los  .xxv.  s.  .vj.  d.  t.  qui  furont  pcr  lo  changio  don  parlera  desoz. 

7.  Item  a  rendu  li  diz  P.  en  erragios  tant  bonnsqujnt  crois  de  plusors  per- 
sones  qui  non  ant  paia,  yssi  corne  dit  en  .j.  rollo  particularment  li  quaux  est 
ci  desoz  cusus  avoy  cest  contio.  .Ixxv.  lb.  .iiij.  s. 

8.  Item  a  rendu  li  diz  P.  en  guagios  de  plusors  genz  qui  non  ant  paia  li  quai 
guagio  furont  mis  en  la  mann  Aynart  de  Vila  Nova  pcr  paier  et  satifaire  la  re- 
paracion  et  adreciment  douz  eschalers  et  talapen,  don  les  dames  de  la  Déserta 
longiment  aviant  fet  coupleinti,  las  la  porta  de  la  vila  joingniant  a  lur  mur. 

.v.  lb.  .x.  s.  .vj.  d. 

9.  Item  balliet  li  diz  P.  a  Mosse  Hugon  Liatart  .vj.  jors  decenbro  CCCXLI 
sus  son  solairo.  .x.  lb. 

10.  Item  ot  mestre  Johanz  de  Maçon  el  dit  jor  qui  assi  ère  sus  son  solairo. 

.iij.  lb.  .iiij.  s. 

1 1.  Item  per  lo  solairo  de  plusors  jors  a  Loietes  lo  sergent,      .iij.  lb.  .iiij   s. 

12.  Item  per  portar  los  guagios  entre  plusors  veis  deis  ches  les  genz  tanque 
ches  lo  dit  P.  .j-  lb. 

13.  Item  per  .ij.  papers  pris  ches  Johan  de  Fluireuen  que  fut  escritta  li  dita 
talli.  .iiij.  s. 

14.  Item  per  parchimin  a  faire  cidoles  ouz  diz  guag/os.  .ij.  s. 
1$.  Item  per  mession  faiti  contra  Perron  lo  Mois  ef  Guillermet  Ratta  qui  no 

voliant  paier.  -v.  s. 

16.  Item  per  plusors  perdes  de  moneies  deis  lo  teins  que  li  diz  P.  les  retinie 
el  teins  que  el  les  balliave.  .j.  Ib. 

17.  Item  monte  li  solairos  del  dit  P.  per  recivre  la  dita  talli  segon  la  tags- 
sacion  faiti  per  los  eonselliors  de  la  quai  li  diz  P.  s'et  tenus  a  paies.        .xij.  lb. 

18.  Somma  que  li  diz  P.  a  rendu  tant  en  deners  contanz  ballies  el  dessus  dit 
Johdnnin  Panczu  corne  en  guag/os  en  erragios  en  atres  délivrances  et  plusors 
dépeins  yssi  corne  dessus  est  contenu.  .vjc  xxix.  lb.  .xv.  s.  .ij.  d.  t. 

19.  Les  quaux  montave  li  dita  talli  de  vers  Sam  Nisies  et  non  plus  et  yssi  deit 
estre  quitos.  Et  avoy  czo  balliet  el  dit  Jo.  Panczu  .xxv.  s.  .vj.  d.  t.  per  alco/i 
changio  de  monneia  que  el  avit  recet  mellior  que  el  no  l'avit  paia. 

20.  Arestaa  lo  dessus  dit  premer  jor  de  marz  XLII. 

21 .  Czo  sont  cil  qui  ne  n'a[njt  paia  de  la  tally  qui  fut  faiti  lo  marz  après 
Letare  Jérusalem  Tant  de  nostro[n]  Seigniour  M  CCC  XL  em  la  partia  de  la  villa 
de  vers  Sant  Nizies  entre  les  dues  aiguës  et  povres  jiens  de  que  l'on  ne  n'a 
trova  de  que  guagier,  don  li  grossa  somma  est  dessus.  \  / 

22.  Premeriment  Estevenz  Farsay.  .viij.  d.  torneis. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe    SIÈCLE  575 

23.  Suivent  les  noms  de  trois  cent  sept  personnes,  hommes  ou  femmes,  taxées 
au  total  à  LXXV  Ib.  III  s.  III  d.  t.  qui  n'ont  pu  payer  leurs  impositions.  J'y 
relève  les  formes  suivantes  :  Andreus  Borgeis,  Johanns  Platiers,  Simonez  li  afa- 
nares,  Arbers  Colombiers,  Rolez  porta  letres,  J.  li  tissirans,  Berners  li  mer- 
ciers, Li  Rosa  tissieri,  Johanns  Forniers,  Phelipos  li  muniers,  Johanns  de  Sant 
Saphurin,  Estevenez  li  groliers,  Johanns  dou  Tenplo,  Guillcrmez  li  Burguo- 
nions,  Andrevez  li  coduriers,  Guillermons  de  Vianna,  Johans  li  navetans,  Juhans 
de  la  Barma,  Estevenez  li  palliaczares,  Estevenez  de  Chatelliom,  Johans  li  Lo- 
reans,  Sofrers  guarnissares,  li  Michala,  Perenetta  quitanna,  Lorency  li  cudu- 
rery,  Tenins  li  coreares,  Guillcrmez  de  Brom. 

Ci  comcncc  li  contios  devers  Sant  Johan 

24.  Item  li  talli  devers  la  partia  Sant  Johan  monte  tant  percellos  qui  ant  paia 
corne  per  cellos  qui  non  ant  paia,  yssi  corne  dit  dessus  el  comeucime/<r  de  cest 
rollo  et  per  lo  paper  d'icella  talli  se  pot  veir  clarament. 

.vc  liij.  lb.       s.  .viij.  d.  t. 

25.  De  czo  li  diz  Johanz  Chavenci  a  ballia  en  d.  contanz  entre  plusors  veïs 
a  Johann'm  Panczu  dessus  dit  yssi,  corne  entre  lo  dit  Johaunin  et  Johan  s'en  sont 
acordaa  ensenblo,  enclos  lo  derrer  paymenr  que  li  diz  Johannins  en  ot  el  dessus 
dit  premer  jor  de  marz  CCCXLII  que  cis  coutiofs]  fut  rendus  ouz  dessus  diz  co- 
missairos.  .iijc  iiijxx.  lb.  .xvj.  s.  .vij.  d.  t. 

26.  Seins  los  .xx.  s.  t.  que  el  balliet  per  lo  changio  don  parlara  desoz. 

27.  Item  a  rendu  li  diz  Johanz  en  erragios  tant  bonus  quant  crois  de  plusors 
persones  qui  non  ant  paia,  yssi  corne  dit  particularmenf  en  .j.  rollo  cosu  ci  desoz 

.vij"  ij.  lb.  .xiij  s. 

28.  Item  en  guagios  de  plusors  g^iz  qui  non  ant  paia,  li  quai  guagio  furonf 
mis  en  la  mann  Aynart  de  Vila  Nova  avoyios  atros  guag/os  dessus  diz  per  paier 
et  aamplir  la  quausa  per  que  el  ot  los  atros  diz  guagioz,  monte. 

.iiij.  lb.  .xvij.  s.  .vj.  d. 

29.  Item  pcr  lo  solairo  del  sergent  en  cest  officio.  .iij.  lb. 

30.  Item  per  portar  los  guagios  deis  ches  les  genz  tanque  ches  lo  dit  Johan 
Chavenci.  .j.  lb. 

31.  Item  per  plusors  messionns  faites  contra  H.  Ripaut.  .j.  lb.  .x.  s. 

32.  Item  pcr.].  notairo  qui  fut  menas  iiij.  veis  per  saiellarlos  wis  Tomas  Bon 
Jor.  .iiij.  s. 

33.  Item  per  una  jornaa  que  l'on  ot  a  Jaquemet  Arnaut.  .vj.  d. 

34.  Item  per  .ij.  requêtes  faites  à  Johan  Reymon  et  per  .j.  notairo  a  saiellar 
.j.  sin  wis  dava  t  les  estimes.  .iiij.  s. 

35.  Item  per  .j.  notairo  qui  fut  a  seisir  plusors  lois  de  meisou  désire  Guillaume 
de  Varry.  .iiij.  s. 

36.  Item  per  perda  de  plusors  monneies  deis  lo  teins  que  elles  etiant  receptes 
tanque  el  teins  que  elles  etiant  paies  el  dit  Johannin.  .x.  s. 

37.  Item  pcr  lo  solairo  del  dit  Johan  Chavenci  per  recivre  lad/ta  talli,  li  quaux 
fut  tagssas  pcr  los  conseil/ors.  .viij.  lb. 

38.  Somma  que  li  diz  Johanz  Chavenci  a  rendu  tant  en  d.  conXanz  ballies  el 


574  E-  philipon 

dessus  dit  Johd/min  Panczu  corne  en  guag/cs,  en  erragûw  et  atros  dépeins,  yssi 
corne  dessus  est  contenu.  .vc  liij.  Ib.        s.  .vij.  d.  t. 

39.  Les  quaux  moutave  li  d/ta  talli  de  vers  Stf/it  iohan  et  non  plus.  Et  yssi 
deitestrequitos  et  avoy  czo  balliet  li  diz  Chaveuci  el  dit  Johij/min  Panczu  .xx.  s. 
t.  per  alcou  changio  de  monnnu  que  el  avit  recet  melliour  que  el  no  l'avit  paia. 

40.  Aresta  lo  dessus  dit  premer  jor  de  marz  CCCXLII. 

41.  Yssi  apareit  que  JoWmins  Panczus  a  recet  en  d.  co//tanz  de  cella  d/'ta 
talli,  tantdeczay  lo  pont  corne  de!!ay,  en  plusurs  p^/tîes  .ixc  viij  lb.  .xj.  s.  .iij.  d. 
t.  dont  el  deit  conXar. 

42.  Czo  sont  cil  qui  non  n'aut  paia  de  la  tali  qui  fut  faiti  en  la  villa  de  Lian 
en  la  partia  devers  Sant  Johan  l'an  M  CCC.  XL  en  quareima. 

43.  Vient  après  la  liste  des  contribuables  qui  n'ont  pu  payer:  ils  sont  au  nombre 
de  167,  imposés  à  la  somme  totale  de  342  livres  14  sous  tournois.  —  Parmi  les 
noms  cités  je  relève  ceux  qui  suivent:  Johaneta  de  Seinti  Fei,  Dideres  Pechares, 
Vilabois  li  peleters,  Bertholomeus  del  Monteil,  Matheus  feraters,  Li  parchi- 
miners,  Johans  Sirors  messagers,  Bfrners  li  codurers,  Li  Mercers,  Johans  de 
Poleimeu,  Johanins  li  taverners,  li  mullier  Guillemet  lo  vanour,  Thomas  Gros- 
colion,  Trivers  li  echoudares,  sire  Guillames  de  Varey  taxé  à  xxx  lb.,  Lorenci 
li  nurici  Jo.  de  Durchi,  los  enfans  qui  furuut  Jo.  Brunet,  Johans  Meysellers, 
Chapellez  li  messajers,  Perenin  chivalers. 

IV.  TARIF  DES  DROITS  A  PERCEVOIR  SUR  LES  MARCHANDISES  ENTRANT 

A  LYON 

V.  CONVENTION    PASSÉE    ENTRE    LES    DÉLÉGUÉS    DU    CONSULAT    POUR   LE 

FAIT    DES    FORTIFICATIONS    ET    BERNARD    DE   VAREY,    ARCHITECTE 

Vers  la  fin  de  l'année  1358  les  Tard-Venus  d'Aile  de  Buet  occupaient 
le  Forez  et  pouvaient  d'un  instant  à  l'autre  se  jeter  sur  Lyon  '.  Dans 
une  de  ses  chevauchées,  Jean  de  Grolée,  bailli  de  Maçon,  avait  pu  se 
convaincre  que  la  ville  n'était  pas  à  l'abri  d'un  coup  de  main  ;  ayant 
trouvé  les  remparts  dans  un  déplorable  état  de  délabrement,  il  avait 
convoqué  en  assemblée  générale  les  officiers  du  roi,  le  Consulat  et  les 
maîtres  des  métiers  et  leur  avait  persuadé  de  voter  pour  deux  ans  une 
taxe  d'octroi  dont  le  produit  serait  employé  à  remettre  en  état  l'enceinte 
fortifiée.  Tous  les  habitants  de  la  cité,  nobles  ou  marchands,  laies  ou  gens 
d'église  devaient  y  être  soumis.  Le  4  décembre  1358,  un  tarif  de  droits 
d'entrée  fut  élaboré  ;  c'est  celui  qui  est  publié  ici.  Cela  fait,  le  Consulat 
commit  des  percepteurs,  puis  délégua  à  quatre  citoyens,  deux  ecclésias- 


1.  G.  Guigue,  Les  Tard-Venus  en  Lyonnais,  Forez  et  Beaujolais  (1356-1369), 
thèse  soutenue  en  1S84  pour  obtenir  le  diplôme  d'archiviste  paléographe.  Po- 
sitions des  thèses  de  l'Ecole  d:s  Chartes,  p.  67. 


PHONÉTIQUE   LYONNAISE    AU    XIVe   SIÈCLE  575 

tiques  et  deux  laïques,  le  soin  de  surveiller  l'emploi  des  deniers.  Ces 
délégués  choisirent  à  leur  tour  comme  architecte  ou  maître  de  l'œuvre 
Bernard  de  Varey. 

Les  actes  qui  constatent  les  faits  que  je  viens  de  rappeler  se  trouvent 
aux  Archives  de  la  ville  de  Lyon  sous  la  cote  CC.  189.  Ils  remplissent 
un  registre  papier  petit  in-fol.  de  $6  folios.  Ces  actes  sont  rédigés  en 
latin,  sauf  la  convention  passée  avec  Bernard  de  Varey,  une  commission 
de  receveur  rédigée  en  français  (f°  54  r°),  et  le  tarif  qui,  écrit  en  toute 
autre  langue  que  l'idiome  local,  eût  risqué  de  n'être  compris  ni  de  ceux 
qui  s'y  trouvaient  soumis  ni  des  préposés  chargés  de  l'appliquer. 

Le  tarif  occupe  les  folios  4  v°  à  8  r°  et  la  convention  les  folios  3 1  v° 
à  33  r°. 

Li  Impositions  de  les  choses  qui  entrerant  dedenz  les  closures  de  la  Cita  de  Lion  tant 
per  terra  comme  per  aygui  de  qualque  pevsona  que  czo  seit  tant  d'eglisi  comme 
du  seglo  tant  noblos  comme  mexchianz  et  de  toz  atros  estaz  se  lèvera  a  les  portes 
per  la  manière  que  s'ensieut: 

1 .  Premeremcnt  :  vins  frans  hu  vins  egros  entrant  en  la  vila  de  qualque  per- 
sona  que  el  seit  payera  a  l'entra  per  anna  .j.  quart  gros.  Et  vins  de  meytia  non 
ren.  Et  vendeymi  les  3  annes  per  2  de  vin.  Et  li  vins  hu  vendeymi  qui  creytra 
dedenz  les  closures  de  Lion  payera  comme  czo  de  for. 

2.  Item  touz  vins  que  l'on  vendra  a  Lion  a  menu,  seit  dedenz  les  clotres  hu 
non,  se  vendra  a  les  petites  mesures  ;  et  li  vendant  rendrant  a  l'imposition  lo 
vintein. 

3.  Item  toz  vins  mesclez  havet  espieces  se  vendra  a  les  dictes  mesures  ;  et  li 
vendant  rendrait  lo  vintein  segon  le  fuer  que  vendus  sera  enclos  les  dites 
espieces. 

4.  Item  toz  blas  qui  vindra  a  molin  payera  iiij  copons  '  per  anna.Et  farina  qui 
entrera  et  non  sera  copona  el  molin  paiera  comme  dessus. 

5.  Item  touz  pans  coz  qui  entrera  tant  blans  comme  bruns  dont  li  farina  non 
ara  yta  copona  payera  lo  vintein. 

6.  Item  bos  et  vaches,  chacuna  beti  tant  grant  comme  petita  qui  non  teteit, 
payera  a  l'entra  dyme  gros. 

7.  Item  port  dou  pris  de  vij  flurin  et  deis  yqui  en  sus  et  vel  laitent  chacun 
payera  lo  quin  dou  gros. 

8.  Item  moutons,  chèvres  et  porz  de  menz  de  .j.  flurin  payera  chacuna  beti 
.ij.  den.  vien. 

9.  Item  chivros  et  agnel  paiera  chacuns  .j.  den.  vien. 

10.  Item  quintal  de  gros  fromagios  et  de  serez  et  de  buyro  paiera  li  quintal 
lo  quart  dou  gros. 

1 1 .  Item  dozeyna  de  fromagios  de  clou  et  atri  de  lour  faezon,  granz  et  petiz, 


1.   Voy.  Du  Cange,  Copponus. 


tj(,  E.    PH1LIP0N 

l'on  per  atro,  paiera  dime  quart  de  gros  ;  et  deis  Pâques  ala  San  Michiel  la 
meytia. 

12.  Item  .j.  milliers  d'arenz  et  de  rigoz  coranz  paiera  .j.  gros  ;  et  pogal  an- 
guilles et  atres  gros  peissons  salas  paiera  per  cent  peissons  .j.  gros  ;  et  troytes 
de  Geneveys  payera  lo  cent  .vj.  gros. 

13.  Item  una  ana  d'uelo  de  nuys  payera  .ij.  terz  de  gros  ;  et  ana  d'uelo  de 
chenava  payera  .j.  Un  de  gros. 

14.  Item  .j.  quintal  de  noyaux  payera  .j.  qu/'n  de  gros. 

1 5.  Item  una  sachia  de  nuis,  czo  est  assaveir  sachia  de  ana,  paiera  per  ana 
dyme  quart  de  gros  et  menz  de  sachia  ren. 

16.  Item  una  somma  de  sal  paiera  ij  terz  de  gros. 

17.  Item  .j.  milliers  de  leigni  dessus  Ron,  chacuns  milliers  paiera  .j.  gros. 

18.  Item  soches  et  ezoehons  per  ardre  payera  a  l'avenant  de  la  dita  leigni 
per  lea!  estimacion  de  II  homenz  pris  per  les  II  parties  hu  per  lo  governour  de  la 
dita  imposicion. 

19.  Item  legni  de  Maçon  et  de  cela  faezon  paiera  per  .xxx.  dozeynes  a  l'entra 
.j.  gros. 

20.  Item  ambessi  de  furnilli  de  .vc.  fes  lambessi,  payera  a  l'entra  .j.  gros. 

21.  Item  .).  cent  de  mayeri  per  fere  vignes  payera  dime  gros. 

22.  Item  tuit  navey  novo  entrant  a  Lion  et  tota  futa  per  maysoner  (sic)  et 
ovrar  ouz  veisseliers  et  ouz  benners  et  per  1ère  naveys  granz  et  petiz  et  a  servir 
a  cel  acto,  ytant  en  la  vila  plus  de  .j.  jor  natural  après  czo  que  sera  notiffia  a  son 
métro,  payera  de  .x.  flunns  vaillent  al'estimanci  de  II  homenz  preis  comme  dessus 

•j-  gros. 

23.  Item  .j.  quintal  de  sieu  paiera  lo  terz  dou  gros. 

24.  Item  .j.  quintal  de  sein  paiera  lo  quart  dou  gros. 

2$.  Item  quintal  de  fer  a  ovrar  et  quintal  de  pion  paiera  a  l'entra  lo  quart 
dou  gros. 

26.  Item  .j.  quintal  de  fer  ovra  et  d'acer  sens  ovragio  paiera  dyme  gros. 

27.  Item  quintal  de  fer  hu  d'acier  ovra  en  armes  paiera  .j.  gros  et  dime. 

28.  Item  .j.  quintal  d'estaing,  cuvro,  ouïes  et  metail  payerai*  .j.  gros.  Et  se 
li  estaign  est  ovras  en  poteri  nova  et  li  couvros  en  peroleri  nova  si  payera  comme 
bateri. 

29.  Item  tota  bateri  de  couvro  per  quintal  paiera  .j.  gros  et  dime. 

30.  Item  dozeyna  de  Corduan  de  Provenci  paiera  dime  gros  ;  et  dozeyna  de 
Corduan  de  Rumillie  .j.  terz  de  gros;  et  dozeyna  de  basa/mes  de  toz  pais 
.j.  quart  de  gros. 

3 1 .  Item  .j.  quintal  pesan  de  pelleteri  de  varz  ovra  en  pennes  fêtes  hu  non  et 
cru,  qualque  vair  que  czo  seit  popies  et  popeletes,  hermines  et  leytices,  paiera/;/ 
.xv.  gros. 

32.  Item  .j.  quintal  d'agnex  ovras  en  pennes  fêtes  ou  non  et  tota  atra  pelle- 
teri ovra,  excepta  vair,  paiera  .iij.  gros. 

33.  Item  .j.  quintal  de  tota  pelleteri  crua,  excepta  vair  et  escoyriouz,  paiera  a 
l'entra  .ij.  gros. 

34.  Item  .j.  quintal  d'ecoyriouz  crus  paiera  iiij  gros. 

35.  Item  drapt  de  Brebant  de  totes  conditions  li  pieci  paiera  iij  gros. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe    SIÈCLE  577 

36.  Item  drap  de  Flandres,  de  Normandi,  de  Piquardi,  deChampaigni  et  de 
Bergoigni  et  de  toz  atres  lues  deis  Lion  en  amont,  excepta  drapx  ploies  en  tavel 
seins  frauda,  payera  li  pecy  .j.  gros  et  dime. 

37.  Item  tuit  drap  de  Franci  pleyes  en  tavel  seins  frauda  paiera  li  pecy  dime 
gros. 

38.  Item  pieci  de  sarges  tôt  de  la/ma  paiera  .j.  gros. 

39.  Item  sarges  qui  ne  sunt  totes  de  lanna  li  pieci  paiera  .j.  terz  de  gros. 

40.  Item  tuit  drap  de  Prove/ici  de  quelque  villa  ou  colour  que  el  seit  et  del 
puey  paiera  li  pieci  iij  quars  de  gros. 

41.  Item  tuit  drapt  de  ruel,  czo  est  a  dire  de  San  Saphuro  lo  Chatel,  de 
Vienna  et  atros  semblablos,  paiera  li  pieci  a  l'entra  .j.  gros. 

42.  Item  tuit  cuer  adoba  de  bos  et  de  vaches  et  de  chevaux  paiera  li  pieci 
.j.  sisein  de  gros  ;  et  petit  vachon  adoba  paierait  li  dui  per  .j.  cuer  de  bo. 

43.  Item  cuers  pelus  de  bos  et  de  vaches  et  de  chevaux  payera  li  piecy  dime 
quart  de  gros. 

44.  Item  totafuta  detorneour,  veiros  et  verreres  paiera  a  raison  de  .ij.  d.  per 
\ibva  de  sa  valour  a  l'entra,  a  l'estimanci  de  II  homenz  preis  per  les  II  parties. 

45.  Item  .j.  bacons  salas  paiera  .j.  quart  de  gros. 

46.  Item  touz  poissons  fres  entrant  per  terra  paiera  li  charreta  a  l'entra 
.j.  gros. 

47.  Item  toz  peissons  fres  entrant  per  aigui,  seit  grant  hu  petiz,  paiera  a 
reison  de  ij  deners  per  libra  de  sa  valour  a  l'entra  a  l'estimanci  de.I.  ou  de II  ho- 
menz seins  supiet  preis  par  les  II  parties,  se  les  dictes  II  parties  entre  ellos  de 
cor  a  cor  no  poont  acordar.  Et  dessoz  la  valour  de  iij  gros,  ren. 

48.  Item  .vj.  chief  de  pollali  p[aierantj  .j.  den.  vien.,ct  de  menz  de  .vj.  chief, 
ren. 

49.  Item  .ij.  chief  de  servasina  a  .iv.  pies  etquaionsleitens  paiera»?  .j.  den. 
vien.  ;  et  dessoz,  ren. 

50.  Item  .iv.  chief  de  servasina  volant  .j.  den.  vien.  et  dessoz,  ren. 
ji.  Item  .ij.  oyes  prives  ou  servages  .j.  den.  vien.  et  dessoz,  ren. 

52.  Item  .j.  cent  de  hues  .j.  den.  v.  ;  et  dessoz  .j.  cent,  ren,  mesqne  non  y 
ait  frauda. 

53.  Item  auz,  oignons  et  fruyta  paiera  de  .iij.  gros  valliant  .j.  den.  vien,  et 
de  plus  de  .iij.  gros  a  l'avenant  et  de  meins,  ren. 

54.  Item  .j.  hutal  de  chenevo  maclo  et  fila  paiera  lo  disein  dou  gros,  et  de 
menz  de  xxv  libres,  ren. 

$$.  Item  lo  quintal  de  femella  batua  et  ferrata  paiera  lo  quart  dou  gros,  et  de 
menz  de  x  libres,  ren. 

56.  Item  chenevos  iemella,  crua  et  fila  per  quintal  paiera  dime  terz  de  gros, 
et  dessoz  .xx.  livres,  ren. 

57.  Item  messi  de  lin  paiera  .j.  den.  vien.  et  dessoz  .v.  libr.  pesant,  ren. 

58.  Item  fil  de  Cologne  et  de  chenevo  paiera  per  quintal  .ij.  terz  de  gros. 

59.  Item  fil  et  estopes  paiera  per  quintal  .j.  quart  de  gros. 

60.  Item  totes  teiles  blanches  de  lin  paierant  per  .x.  annes  dime  gros. 

61.  Item  teiles  blanches  de  chenevo  paierait  per  .xx.  annes  dime  gros. 

62.  Item  teiles  crues  de  lin  payeranr  per  .xx.  annes  dime  gros. 

Romania.  XIII.  37 


578  E.    PHILIPON 

63.  Item  Jj.  beties  chargies  a  châtaignes  paieront  dime  quart  de  gros,  et  des- 
soz  una  chargi,  ren  ;  li  quaux  chargi,  seit  petita  hu  granz,  seit  conta  per  chargi, 
mes  que  seit  sus  beti  seins  maiour  chosa. 

64.  Item  peyvros,  gingibros,  giroflos,  quannella,  succros,  confitures  et  atra 
espieceri et atres choses  de  consemblanf  pris  per  quintal  paiera  .iij.  gros;  et  sof- 
frans  paiera  li  quintalx  .xij.  gros;  et  per  quintal  de  cire  paiera  .j.  grosetdime; 
et  per  quintal  d'amandres  paiera  .j.  terz  de  gros  ;  et  per  quintal  figues,  reysins, 
ris,  cumin,  alonn  et  taux  consemblables  choses  aviron  cetuy  pris  per  quintal 
paiera  1/3  degros. 

6$.  Item  cent  quintal  de  fein  payerant  .j.  gros  et  dessoz  ij  quintalx  et  dime, 
ren. 

66.  Item  merceri  d'or  et  d'argent  et  de  seie  (et  de  seies)  et  cendaux  de 
totes  colours,  pernes,  beuro  et  tota  perreri  paiera  a  l'entra  ij  d.  per  liv.  a  l'es- 
timanci  du  seremeut,  seins  frauda  de  celluy  cui  li  chosa  sera. 

67.  Item  tota  autragrossa  merceri  paiera  per  quintal  .iij.  gros  ;  et  dozeina  de 
crunichies  de  Loreyna  paiera  1/4  de  gros;  et  dozeina  de  crunichies  de  Dijon  et 
de  Besenczon  payera  .j.  sesin  de  gros;  et  dozeina  de  crunichies  de  seya  paiera 
.j.  gros. 

68.  Item  fromenz  et  vianda  sechi  saliianz  de  la  villa  per  aygui  et  ara  ita 
vendus  en  la  dita  villa  paierait  les  vi  annes  salliant  comme  dessus  .j.  gros;  et  toz 
autres  blaz  saillianz  per  aygui  et  vendus  comme  dit  est  payera  la  meytia,et  paie- 
rait li  vendour;  et  se  el  saut  per  terra  si  paieront  li  achetour  hu  li  menour. 

69.  Item  la/ma  de  mutons  et  de  feyes  a  tota  la  sur  per  quinta[l]  Io  quin  dou 
gros. 

70.  Item  la/ma  de  mutons  et  de  feyes  lava  per  qu/ntal  .j.  terz  de  gros. 

71.  Item  borra  de  salliers  et  de  batiers  et  pelerzper  quintal  le  viij0  dou  gros. 

72.  Item  pluma  per  fere  cutres  paiera  lo  quintal  .j.  gros. 

73.  Item  vivres  et  marchandises  qui  una  veis  arant  paia  l'imposition  a  l'entra 
de  la  dita  vila  et  en  vudrant  sallir  après  quant  lour  pleira  per  alar  ellos  vendre 
en  aucuna  feyri  hu  nwchia  affin  de  retornar  en  la  dita  vila  czo  que  vendu  non 
serit,  czo  qui  s'en  tornera  en  la  dita  vila  repaiera  la  meytia  de  czo  que  paia  ara 
a  la  premieri  entra. 

74.  Item  vivres  et  marchandises  passant  per  la  dita  vila  sens  arretar  alant  de 
pais  en  pais  ne  payerant  ren,  mais  il  laisserant  gajo  a  l'entra  tanque  il  arant 
certifia  de  la  sallia  ;  li  qualx  gajos  valliet  entieri  entra  et  sera  rendus  fran- 
chiment  li  diz  gajos,  faiti  premièrement  la  dita  certification. 

75.  Item  vivres  et  marchandises  passant  per  la  dita  vila  et  y  arreterant  per 
prendre  novella  vittura  hu  per  autra  causa,  mesque  les  dictes  choses  ne  seyant 
despleyes  et  motres  per  vendre,  et  non  itarant  en  la  dicta  vila  plus  de  iij  jors 
naturaux  ne  paierant  ren,  excepta  sal  ;  et  gajo  leissirant  a  l'entra  en  comme  les 
choses  qui  veyeterant  ren  ;  li  quax  gajos  lur  sera  rendus  franchiment  quant  il 
arant  certiifia  de  lour  sallia  faiti  dedenz  iij  jors  comme  dit  est.  Mes  se  il  motront 
hou  depleyont  lour  dites  choses  dedenz  lesd.  .iij.  jors  a  causa  de  les  vendre  hu 
changier,  si  payerant  entieri  entra;  et  puis  porrant  toz  jors  demorar  se  il  vol- 
liont  en  la  dita  villa.  Et  li  dicta  sal  paiera  yteit  .iij.  jors  hu  non. 

76.  Item  tota  terra  et  piera  coiti  assi  comme  chaux,  tioles,  quarrons,  tupins 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE   AU    XIVe   SIÈCLE  579 

et  consemblables  choses  paierait  a  l'entra  a  reyson  de  .ij.  den.  per  libradelour 
valour  a  l'estimanci  de  .ij.  homenz  pi\\s  parles  .ij.  parties. 

77.  Item  una  sapina  de  piera  per  coyre  en  tioleri  paiera  1  quart  gros. 

78.  Item  una  sapina  de  piera  per  murar  paiera  le  viij0  d'un  gros. 

79.  Item  .j.  cent  de  quartiers  de  meyson  de  piera  pcrtallier  paiera  .iv.  gros. 

80.  Item  moles  de  molin  brun  et  de  fauro  et  de  barbier  la  pièce  dirne  gros. 

81.  Item  moles  de  molin  blanc  paiera  la  pièce  .j.  gros  et  dime. 

82.  Item  una  sapina  de  terra  de  tiolier  per  coire  paiera  le  viij0  dou  gros. 

83.  Item  una  sapina  d'arcyna  per  meysonar  lo  .x.°  dou  gros. 

84.  Item  una  beti  chargia  de  charbon  de  pera  paiera  .j.  den.  vien.  a  l'entra 
per  terra;  et  per  aigui  paiera  a  l'avenant,  a  l'estima/îci  cjmme  dessus;  et  se  li 
dicta  pera,Urra  ou  areina  entre  en  la  vila  a  plus  grant  navey  ou  sapina  que  sa- 
pina acostuma,  si  paiera  a  l'avenant  segu/it  sa  valour. 

85.  Item  se  aucunes  choses,  vivres  ou  marchandises  sunt  essublées  de  nomar, 
taxar  et  escrire  en  ceta  p/tsent  imposition,  si  y  serant  nommées,  mises  et  taxées 
a  l'ordena/ici  de  cellos  qui  serant  ordena  a  gov^rnar  et  régir  en  gênerai  lofet  de 
la  d/ta  imposition,  toutes  fois  que  mestiers  sera  ou  que  li  caxavindra;  mes  que 
czo  seit  totes  veis  le  plus  près  que  fere  se  porra  bonament  de  l'imposition  misa 
sus  sa  plus  semblabla  chosa  ;  quar  li  veray  enteutions  est  que  tuit  vivres  et  mar- 
chandises entra/;t  en  la  dicta  villa  per  aigui  ou  per  terra  vailliant  .iij.  gros,  lo 
flun/i  per  .xij.  gros,  et  deis  yqui  en  sus,  excepta  mausoies  de  leigni,  paiant  a 
l'imposition  chacuns  segaut  sa  valour  et  segont  l'estimanci  et  l'ordenanci  dessus 
dita  ;  et  les  dites  mansoyes  a  présent  ne  paierant  ren. 

86.  Et  que  tout  seit  gencralment  et  singularment  leva,  régi  et  governa  leial- 
ment  et  seins  frauda  al  at  et  ou  profit  de  la  dita  imposicion  et  de  les  closures  de 
la  dita  vila. 

87.  Item  et  dessoubz  iij  gros  valliant  ne  paiera  l'on  ren. 


Conventiones  domlnorum  et  B.  de  Veirey  visitatorh  operis 

1 .  Li  visitares  de  les  cloisons  de  la  vila  de  Lion  par  devers  le  reyalmo  sera 
tenus  a  faire  :  Premerement  devra  itar  continualment  susl'ovra  per  sey  prendre 
garda  se  cil  qui  arant  los  pris  faz  font  lours  diz  pris  faz  bein  et  leialment  se- 
gunt  que  faire  devrant  et  que  promeis  arant,  hu  autre  part  en  porchaezant  les 
choses  nécessaires.  Et  mes  aveir  avoy  sey  a  part  utra  les  diz  pris  faz  hun  hu 
II  maezons  hu  plus  se  mester  est  et  les  manovros  a  cen  apartignianz  per  arriar 
et  reparar  petites  choses  en  merlos  et  créneaux  et  atres  choses  que  ne  se  poont 
bonament  mettre  a  pris  fat  ne  a  tachi  hu  atres  manovres  per  boydrer  chamins, 
per  abatre  erbros  et  per  fere  plusours  atres  choses  nécessaires  ou  convigniables 
a  les  dites  cloisons  for  de  taches  ou  de  pris  fez,  segont  que  devisa  grossament 
par  les  généraux  commissaires  de  la  dita  ovra  li  sera  et  bon  li  semblera. 

2.  Item  devra  porveir  au  dit  pris  fertours  et  tacheours  la  pera  et  arena  dont 
il  ovrerant,  czo  est  assaveir  acordar  et  satifare  a  celoscui  li  dita  pera  ou  areyna 


580  E.    PHILIPON 

sera  a  esgart  de  maczon  ou  atres  bones  gens  sens  suspiet  pris  par  les  II  parties; 
et  mais  faire  voidier  et  delivrar  chimins  per  vignies  ou  per  terres,  se  métier  fet 
el  charrey  de  la  dita  ovra,  entendu  totes  veis  el  menz  de  domage  ou  préjudice 
que  faire  se  porra  bonament,Çet  en  pacifiant  et  satisfaizant  raisonablement  lo  do- 
mage que  les  dites  terres  ou  vignes  en  sutindront  a  cellos  cuy  apartindra. 

3.  Item  devra  faire  cuvrir  et  reparar  dedenz  les  tors  et  eschiffes  de  les  dites 
cloisons  et  faire  ou  deffaire  huis  ou  fenêtres  se  métiers  est  et  autres  passours  et 
eschaliers  lay  ou  bon  sera,  et  devisar  et  porchacier  a  son  puer  bonament  com- 
men  l'on  pochet  alar  bandoneriment  et  sens  empegimen,  sens  derompre  par 
dessus  toz  les  murs  et  les  dites  cloisons,  et  par  deffor  et  par  dedenz  la  vila,  deis 
la  porta  de  Saint  Hyreneu  tanque  a  la  poterla  jota  la  serva  du  chatel  de  Pieren- 
cisa  ;  et  faire  plusours  atros  attos  a  l'at  et  ou  profet  de  les  dites  cloysons  segont 
que  Ii  dita  ovra  requerera  et  motrera  de  jor  en  jour. 

4.  Item  devra  contar  et  paier  chacuna  semanna  una  veis  ou  plus  se  mestiers 
est  a  toz  los  ovriers  et  manouvres  et  atres  gens  qui  en  la  dita  ovra  la  dita  se- 
manna aront  travailla  ou  ballia  de  lours  fûtes,  ferramentes,  cheaux,  piera  ou 
atres  ovres  a  la  dita  ovra  convignables;  et  mètre  en  escriptlo  nombrodoux  jor- 
naux  dou  diz  ovrers  et  manovres,  et  la  quantita  et  lo  pris  de  les  atres  choses 
et  de  cuy  sunt  prises,  afin  que  distintament  et  singularment  l'on  poche  veir  cla- 
rament  czo  qui  sera  mis  et  dépendu  en  la  dita  ovra  la  dita  semanna,  tant 
comme  distinguir  et  esclarzir  se  porra  bonament  sens  confusion  de  parolles  ;  et 
los  diz  escripz  faire  de  sa  main  ou  d'atra  main  segnia  et  aprova  de  la  sin  ou  de 
seignal  de  notaire,  afin  que  appareisse  que  tôt  seit  fait  luy  sachant  et  consintant; 
et  ycellos  escripz  tenir  et  gardar  per  devers  sey  a  fin  de  rendre  contio  semanna 
per  semanna  ouz  généraux  commissaires  sus  lo  fait  de  les  dites  closures  ou  a 
atro  aiant  puer  sus  cen,  tantes  et  quantes  veis  comme  requis  en  sera. 

$.  Item  se  li  diz  visitares  ha  a  faire  per  sey  ou  per  alcun  de  sos  amis  alcuna 
chosa  ou  jorna  a  tenir  toisant  hu  pesant  qui  bonament  seins  la  presenci  de  sa 
persona  ne  se  peist  faire,  mesque  czo  ne  seit  pas  chascuns  jour  ne  soven,  faire 
lo  porra  seins  se  mefaire,  entendu  totes  veis  que  czo  seit  a  hures  a  que  li  dita 
ovra  non  ait  métier  ne  luy  et  que  icelles  dites  hures  il  ait  sus  la  dita  ovra  cer- 
tana  et  covignabla  persona  tenant  son  lua  et  parlant  per  luy,  en  tel  manieri  que 
celles  dites  hures  li  dita  ovra  per  deffaut  de  sa  presenci  ne  seit  de  ren  empiria 
hou  damagia. 

6.  Item  per  faire  et  acomplir  la  dita  ovra  li  dit  gênerai  commissour  serant 
tenu  de  porveir  pecuyni  baillia  per  la  main  del  recevour  de  l'imposicion  ordena 
a  levar  a  les  portes  de  la  dita  vila  per  lo  fet  de  les  dites  closures  ou  per  atra 
main  tal  comme  bon  lour  semblera,  chacuna  semanna  tal  summa  comme  lour 
pleira  et  comme  a  lour  avis  faire  se  devra;  de  la  quai  summa  li  diz  visitares 
deivet  paier  et  faire  faire  de  l'ovra  tanque  a  cella  valour  et  non  plus. 

7.  Item  li  diz  visitares  jurera  sus  los  sens  avangilos  de  faire  ben  et  leialment 
les  choses  dessus  dites  et  chacuna  d'icellcs  a  bon  et  sain  entendement  seins  al- 
cune  fraude,  et  rendre  bon  el  leial  contio  chacun  meis  hu  chacuna  semanna  se 
per  los  diz  commissaires  ou  atro  sus  czo  aiant  puer  requis  en  est  ;  li  qualx 
contios  appareisset  par  escript  distintament  et  clarament  escript  de  sa  main  ou 
d'atra  main  seignia  et  aprova  de  la  sin  ou  de  seignal  de  notairo,  comme  dessus 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe    SIÈCLE  581 

est  dit,  en  balliant  la  copi  de  mot  a  mot  a  celluy  ou  cellos  qui  lo  dit  contio  re- 
cevrait per  lo  dit  contio  visitar,  aprovar  ou  reprovar,  si  comme  par  rey son  sera. 

8.  Et  li  dit  commisseiro  volont  et  outreyont  que  tôt  czo  qui  se  trovera  es- 
cript  sus  !o  fait  de  la  dita  ovra  de  la  main  dou  dit  visitour  ou  d'atra  main  sei- 
gnia  et  aprova  de  la  sin  ou  seignia  de  notairo,  comme  dit  est,  seit  conta  et 
aprova  per  elos  et  per  celos  qui  lo  dit  contio  recevrant,  et  en  tal  manieri 
comme  se  de  chacuna  chosa  ert  lettra  grossea  et  seignia  de  notairo,  entendu 
totes  veis  et  barat  et  tota  frauda  for. 

9.  Et  se  pcr  la  negligenci  frauda  ou  barat  dudit  visitour,  qui  ja  n'avigne,  al- 
cun  deffaut  ou  domage  li  dita  ovra  avit,  li  diz  visitares  0  promet  de  rendre  et 
satisfare  a  l'ordenanci  douz  diz  commissaires  et  en  oblige  toz  ses  biens  et  re- 
noncet  a  toz  drez  et  se  suppose  a  totes  cors. 

10.  Et  per  lo  traval,  diligenci  et  perda  de  besoignes  de  luy  et  de  celuy  qui 
per  luy  sera  en  sa  absenci,  comme  dist  est,  et  del  cler  qui  li  escrira  ou  seignera 
se  point  en  ha,  li  diz  commissaires  au  dit  visitour  assignont  XVIII  deniers  gros 
de  salairo  chacuna  semana,a  contar  lo  flurin  per  XII  gros.  Et  volunt  que  sus  la 
pecuyni  que  el  recevra  per  fayre  la  dita  ovra,  comme  dessus  est  dit,  el  Ios  poche 
prendre  et  mètre  en  escript  avoy  los  atros  dépens  et  mises  faites  la  dita  se- 
manna.  Et  durant  celés  convenances  pcr  lo  cours  de  .j.  an  ou  de  menz  a  la 
volunta  douz  diz  generauz  commissaires. 

Actum  et  datum  in  camerâ  consilii  domni  archiepiscopalis  Lugdunensis,  pre- 
sentibus  dictis  dominis  commissariis,  videlicet  :  domino  Petro  de  Virix  magistro 
chori  ecclesie  S1'  Justi,  Johanne  de  Neuro  et  Aynardo  de  Villa  Nova,  nec  non 
Guillelmo  Ragatier  de  Rossillione  enBeageys  et  Stephano  de  Vareyo,testibus  ad 
premissa  vocatis  et  rogatis,  die  ultima  Januarii  millesimo  trecentesimo  quinqua- 
gesimo  8V0.  P.  de  Rochon. 


VI.    TERRIER   DE    ROCHEFORT 

C'est  Pénumération  des  cens  en  argent  ou  en  nature  dus  au  chapitre 
de  Saint-Just  dans  l'obédience  de  Rochefort.  Cette  obédience,  qui  com- 
prenait les  paroisses  de  Duerne,  Saint-Martin-en-Haut,  Thurins,  Sou- 
cieux- en-Jarrêt,  Messimy,  Rochefort  et  Rontalon,  était  renfermée  au 
xme  siècle  dans  les  archiprêtrés  de  Jarret  et  de  Courzieu  '.  Les  paroisses 
y  comprises,  sauf  Rochefort  aujourd'hui  annexé  à  Saint-Martin,  ont 
formé  en  1791  les  communes  du  même  nom  dans  l'arrondissement  de 
Lyon.  Le  terrier  de  Rochefort,  conservé  aux  archives  du  Rhône,  fonds 
Saint-Just,  partie  non  classée,  remplit  un  petit  registre  parchemin  de 
dix  folios,  hauteur  1$$  miilim.,  largeur  135  mill.  ;  d'une  écriture  assez 


1.  La  Mure,  Hist.  ccclês.  du  diocèse  de  Lyon.  Lyon,  1671,  p.  230  et  suiv. 


582  E.    PHIL1P0N 

grossière,  il  paraît  remonter  au  début  du  xive  siècle.  Ce  qui  en  est  publié 
ici  commence  vers  le  milieu  du  P  6  r°  pour  finir  au  f°  10  v°. 

En  la  pjrrochi  de  Soceu. 

1.  A  Verchireu  '  GuiUclmos  Raymonz  per  son  curtil  et  pcr  lo  pra  de  Garon 
justa  lo  molen  de  Balom  et  per  les  vines  de  Clomylon  .iiij.  d.  forz,  poesameyns. 
Item  tint  .j.  peci  de  terra,  [a]  tachi  justa  lo  pra  de  Balom. 

2.  Item  Johanz  Jaquemos  pcr  son  curtil  et  pcr  la  vercheiri  davant  sa  mayson 
et  pcr  la  vcrcheiri  de  la  font  et  pcr  lo  clapon  justa  la  terra  de  Enay  et  pcr  la 
vcrcheiri  justa  les  vines  de  Clomilon  qui  est  apella  Boissons  Ryonz  et  pcr  lo 
petit  pra  et  pcr  la  vcrcheyri  justa  lo  pra  Girin  Raimont  .iij.  d.  poesa  minus.  Et 
tint  .j.  peci  [a]  tachi  justa  la  terra  de  Ennay.  Item  altra  el  Chauarneys.  Item 
altra  justa  lo  pra  del  vergiel  Richart  et  altra  qui  est  apella  li  cams  de  Valelles. 

3.  Item  les  files  a  la  Peliarda  pcr  lor  curt.l  et  per  la  vcrcheiri  de  las  et  perla 
vcrcheiri  de  la  font  et  pcr  lo  petit  pra  et  pcr  lo  pra  de  vergiel  Richart  .ij.  d. 
forz;  et  tint  la  terra  tachibla  justa  lo  petit  pra.  Item  altra  el  Chauarneys  et  altra 
en  les  Valelles. 

4.  Item  Johanz  Roberz  pcr  son  curtil  et  pcr  lo  pra  del  Molen  et  pcr  lo  cham 
desus  et  per  la  flagi  de  la  font  a  l'echacyer  et  pcr  lo  pra  de  Clomilon  et  perla 
vini  et  per  lo  pra  justa  lo  Martyn  Blayn  et  per  la  vcrcheyri  justa  la  vini  Poncet 
Chanayreu  [fol.  7),  pcr  la  vcrcheyri  de  très  lo  curtil  Boer  .iiij.  d.  forz  et  la  terci 
partia  de  .j.  vyanneis,  et  pcr  lo  clapon  de  pra  cumynal  et  pcr  la  vini  qui  se  tint 
a  la  vini  Johan  Blayn  et  pcr  lo  molen  .iiij.  d.  forz  et  la  terci  pjrtia  de  .j.  ob. 
Item  tint  la  peci  tachi  de  le  bysaut.  Item  altra  justa  la  flachi  del  Chauarneys. 
Item  altra  de  très  la  mayson  Joan  Blayn. 

5.  Item  li  efaynt  P.  de  l'Olmo  .j.  d.  pcr  la  vini  justa  la  vini  Johan  Jacerant. 
Johanz  Jaceranz  .iij.  poeses  perla  vini  justa  la  vini  P  de  l'Olmo. 

6.  Item  Jacquemos  Corvas  ob.  fort  perla  vini  justa  les  vines  GirynRaymont. 

7.  Item  ly  molens  Loryen  .iiij.  d.,  poesa  minus. 

8.  Item  Johanz  de  la  Rochi  pcr  lo  curtil  de  Vc/chireu  et  pcr  la  vini  de  Clo- 
mylon et  pcr  lo  pra  justa  lo  pra  Martin  Chalamel  et  per  les  vines  (v°)  justa  la 
vini  Gyrin  Raimont  et  pcr  la  peci  justa  pra  cuminal  .iij.  d.  forz.  ittm  tint 
.j.  peci  tachibla  en  vergiel  Rychart.  Item  altra  justa  !a  Sayni. 

9.  Item  Girins  Raymonz  pcr  la  terra  desus  pra  comunal  et  per  pra  comunal 
et  la  vini  justa  lo  flachat  .iiij.  d.  forz.  Item  tint  .j.  pechi  tachi  justa  I:  vines  de 
Clomilon.  Item  altra  a  la  pereyri. 

10.  Item  Peros  Raymonz  per  son  curtil  et  pcr  lo  pra  justa  lo  molen  et  pcr... 
et  per  lo  pra  desuz  et  pcr  lo  pra  justa  la  terra  Martyn  Blayn  et  pcr  lo  pra  de 
Clomilon  et  pcr  pra  cumunal  et  per  la  vcrcheyri  justa  la  vini  Poncet  Chauayreu 
et  per  la  vini  de  Clomilon  justa  la  vini  Raynier  .iij.  ob.  et  .].  poesa.  Item  tint 
Bi.  peci  tachibla  justa  la  vini  de  Clomilon.  Item  altra  el  Chauarneys.  Item  altra 
justa  la  terra  Johan  Blayn. 


Aujourd'hui  Verchery,  annexe  de  Soucieu. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe    SIÈCLE  58$ 

1 1.  {Fol.  S).  Item  Martyns  Chalameuz  per  son  curtyl  et  per  la  terra  de  Boy- 
son  Ryont  et  per  la  vini  de  Clomylon  et  per  lo  pra  de  Clomylon  justa  lo  pra  Johan 
Chapel  et  per  pra  comunal  et  per  lo  pra  del  vwgyel  Rychart  et  per  les  v  r- 
cheyres  qui  si  tino/!t  et  per  la  vini  desuz  Verchireu  justa  la  vini  Galupyn  et  per 
la  vercheyri  justa  la  terra  Gyrin  et  per  la  tara  justa  lo  pra  Gyrin  .iiij.  d.  et 
poesa  forz. 

12.  Item  Peros  Roberz  per  la  vercheyri  de  pra  cumynal  et  per  lo  curtyl  del 
Roberz  .ij.  d.  forz  et  la  tc'/ci  partia  de  ob. 

15.  Item  ly  Morella,  Buyaz,  Andreus  Vellays,  chacuns  de  ces  la  seysena  part 
de  .iiij.  d.  forz  per  les  vines  de  Clomylon. 

Item  en  la  paxrochi  de  Maysimeu  ' . 

14.  Ly  enfaynt  Johan  de  Bulom  per  1er  curtyl  et  per  la  vyni  qui  est  entre  les 
vines  Johan  Chapel  .v.  d.  forz  et  d;V/:i  galina  (v°)  et  .j.  d.  viaral.  Item  poesa  del 
pra  Borrel.  Item  ob.  per  la  terra  que  lor  pare  achatet  de  Johan  Guy  qui  est 
justa  la  terra  Poncet  Bonvyn. 

1 $.  Item  Johanz  Chapeuz  per  son  curtyl  et  per  la  vini  justa  la  vini  Johan  He- 
rayl  .v.  d.  forz  et  dimi  galina  et  .j.  d.  viaral.  Item  per  pra  Borrel  .j.  poesa. 
Item  per  lo  for  ob.  Item  per  lo  molyn  .viij.  d.  Item  tint  .j.  peci  tachiblaa  Fon- 
tanel. 

16.  Raymonda  ly  moler  Johan  Chapel  per  lo  pra  de  Clomylon  justa  lo  pra  al 
Roberz  .iij.  poeses. 

17.  Item  Martyns  Anblarz  et  St.  Anblarz  per  lor  curtil  et  per  lo  pra  justa  la 
mayson  et  per  l'ort  derere  .iiij.  d.  forz  et  .j.  galina. 

18.  Item  St.  Anblarz  per  la  vini  justa  la  vini  St.  Eroyl  .ij.  d.  forz. 

19.  Item  Guiïïelmos  Burdyns  perla  vinyqui  est  el  clo  de  Furyan  .iiij.  d.  forz 
et  âinn  galina. 

{Fol.  9r°).  20.  Item  Johanz  Guys  per  la  terra  justa  los  holmos  de  Balom  et 
per  la  terra  justa  la  terra  de  Balom  et  per  la  vini  justa  la  vini  P.  Bona  pays  et 
per  la  terra  justa  pra  Borrel  et  per  la  terra  justa  pra  al  Bona  pays  .ij.  d.  forz. 

21.  Item  ly  curtiuz  al  Bona  pays  .iiij.  d.  et  .j.  galina. 

22.  Item  St.  Bona  pays  per  lo  pra  de  Sauzil  .iiij.  d.  fort,  poesa  minus. 

23.  Item  Hugo  Bona  pays  p.r  la  terra  del  coyn  justa  la  grant  vi  .iiij.  d.  et 
ob.  forz. 

24.  Item  Peros  Martyns  per  la  vini  el  clo  de  Balom  justa  la  vini  Poncet  Bon 
vin  .vj.  d.  forz. 

25.  Item  ly  efaynt  P.  Pupon  et  Mychalet  Pupon  per  la  mayson  et  per  la  ver- 
cheyri  justa  lo  poys  al  Forneuz  .iiij.  d.  forz. 

26.  Item  Thomas  Pachons  per  lo  curtil  Macuyon  et  per  la  vercheiri  de  très 
la  mayson  et  per  los  chambons  de  la  Chaudana  et  p:r  Fort  justa  la  terra  Andreu 
Charon  (v°)  et  per  lo  pra  et  per  la  peci  justa  lo  curtil  de  Guylermen  .ix.  d.  forz 


1 .  Aujourd'hui  Messimy,  commune  du  canton  de  Vaugneray,  arrondissement 
de  Lyon. 


584  E-    PH1L1P0N 

et  .j.  ob.  Item  tint  .j.  peci  tachibla  vers  Guylermen.  Item  altra  el  Vinuenz. 
Item  altra  en  la  Chaudana.  Item  .ij.  peces  desus  Guilerment.  Item  altra  desus 
P'orches  Aymon.  Item  altra  justa  los  holmos  de  Chasannes.  Item  altra  el 
Bruchet. 

27.  Item  Ponci  et  Johanna  Pachones  .ij.  d.  pcr  la  lor  part  de  les  choses 
Thomas  Pachon. 

28.  Item  Thomas  et  ses  serors  .j.  galina  pcr  les  choses  dites. 

29.  Item  St.  Herauz  pcr  lo  molyn  et  pcr  Io  pra  de  las  .viij.  d.  et  poesa. 

30.  Item  Huguos  Gyrauz  per  la  terra  del  coyn  .ij.  d.  et  pcr  la  vini  justa  la 
vyni  Johan  Guy  .j.  d. 

31.  Item  Peros  Chapus  pcr  la  vini  justa  la  vini  Gyrin  (fol.  10)  Doyreu 
.xiij.  d.  forz  et  .ij.  d.  vyarauzforz. 

32.  Item  ly  curtiuz  Johan  Herayl  per  la  vini  justa  la  grant  vi  et  pcr  la  viny 
justa  la  viny  al  Jalarz  .ix.  d.  et  ob.  forz. 

Item  en  la  parrochy  de  Roclufort. 

33.  Johanz  et  P.  Blayns  pcr  lo  pra  desus  lo  buec  de  Serra  .ix.  d.  forz. 

34.  Item  Peros  del  Buec  per  lo  pra  desuz  lo  buec  de  Serra  .iij.  d.  forz. 

35.  Item  ly  Raphaël  per  lo  pra  desuz  lo  buec  de  Serra  .iij.  d.  forz  viarauz. 

36.  Item  Poncez  Bons  vins  .iiij.  d.  forz  et  àinn  galina  pcr  son  curtyl. 

Item  in  parrochia  de  Ranthalun. 

37.  Acharia  et  Johansde  Mont  Ryunt  .j.  bicher  de  froment  et  .ij.  d.  forz  et  .j.  ga- 
lina et  .iv.  d.  forz  viarauz  pcr  lor  curtyl  (v°)  et  pcr  la  maison  Zachariae  et  per 
ortum  et  per  pratum  inferius  et  per  petiam  de  les  Flaches  '. 

VII.    FRAGMENTS    D'UN   TERRIER   LYONNAIS 

Ces  fragments  m'ont  été  obligeamment  communiqués  par  M.  Guigue, 
le  savant  archiviste  du  Rhône  ;  ils  se  trouvent  sur  un  rouleau  en  par- 
chemin et  font  partie  des  pièces  non  encore  inventoriées.  C'est  l'énu- 
mération  des  cens  dus  dans  les  paroisses  de  Sainte-Consorce  et  de  Marcy 
à  un  bénéficier  non  désigné,  mais  qui  était  suivant  toutes  probabilités  le 
chapitre  de  Saint-Just.  Ce  chapitre  était,  comme  on  sait,  possessionné  à 
Sainte-Consorce  et  nomma  à  la  cure  de  cette  paroisse  jusqu'en  1791 2. 

Ce  est  li  servis  de  Sainti  Consorci  5. 

1.  Premièrement  Symeons  de  Pollionay  .iij.  sols  fors  en  may  e  .iij.  sols  a  la 
Sant  Martin  p.rla  columberi. 


1.  Le  reste  est  en  latin. 

2.  La  Mure,  loc.  c;f.,  p.  239;  almanach  astronomique  et  historique  de  Lyon 
pour  1790. 

3.  Sainte-Consorce,  canton  de  Vaugare,ny  arr.  Lyon. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE   AU    XIVe   SIÈCLE  $8$ 

2.  Item  Johannins  dcl  Molein  .iij.  sols  fors  en  May  et  .iij.  sols  fors  a  la  Sant 
Martins  et  dimi  gelina  per  la  columberi. 

3.  Item  Estevenins  Jomars  .xij.  deners  fors  per  la  terra  et  per  lo  pra  de 
Rentenno  et  dimi  gelina  a  la  Sant  Martin  per  la  columberi. 

4.  Item  Estevena  qui  fut  moller  al  fil  Blein  de  Sainti  Consorci  et  Peros  sos 
fiz  .iij.  deners  fors  per  la  vercheri  del  chimin  de... 

5.  Item  Margarita  moller  Peron  al  fol  de  Charbonieres  '  .iiij.  deners  fors  per  lo 
pra  de  la  riveri  de  Sainti  Consorci  a  la  Sant  Martin. 

6.  Item  Martins  Pascalas  e  si  fraro  .iij.  deners  fors  per  lo  bosc  de  la  chievra 
et  .\.  dener  fort  per...  de  Tronchieiz  e  .v.  deners  fors  per  lo  pra  dou  Ratier  en 
May  e  .viij.  deners  fors  per  lo  pra  del  Tronchieiz. 

7.  Item  Andrevez  Mascons  .x.  deners  fors  per  lo  pra  del  Troncheyz. 

8.  Item  Johanz  Reis  .j.  comblo  chauchia  d'aveyna  e  dimi  ras  per  lo  pra  desos 
Massonno  e  .vj.  deners  fors  e  .j.  comblo  e  dimi  chauchia  d'aveyna  per  lo  pra  e 
per  la  vercheri  desoz  Massonno  e  .xv.  deners  fors  e  .j.  ras  e  dimi  d'aveyna  per 
lo  champ  de  la  Fargi  e  .xv.  deners  fors  e  .j.  ras  e  dimi  d'aveyna  per  lo  champ 
de  la  Fargi  qui  fut  Andreu  de  Massonno  e  .j.  comblo  peylo  d'aveyna  per  la 
terra  de  Teyssoneres  qui  fut  Thomas  de  Massonno. 

9.  Item  per  lo  Troncheyz  .vij.  sols  .xj.  deners  fors  en  May  et  .vij.  sols  .x.  de- 
ners fors  e  una  gelina  et  .i    bichet  de  chastannyes  per  lo  teniment  del  Troncheiz. 

10.  Item  Andreus  de  Macenno  dimi  comblo  chauchia  d'aveyna  per  son  curtil 
e  una  gelina  et  .iij.  deners  fors  e  dimi  jornal. 

1  1.  Item  Lorenz  de  Macenno  dimi  comblo  chauchia  d'aveyna  e  .iij.  deners 
fors  e  dimi  jornal  per  son  curtil. 

12.  Item  Estevenz  Cholez  .j.  ras  e  una  copa  d'aveyna  per  lo  pra  davant  la 
mayson,  e  una  copa  de  froment  e  .xj.  deners  fors  et  obola  per  son  curtil  e  per 
sa  maison,  e  obola  fort  per  la  gageri,  e  .ij.  deners  e  obola  per  czo  qu'il  tint  de 
Magniart  de  la  riveri  ;  e  deit  la  sua  partia  de  .ij.  gelines  et  de  .iiij.  pugins  per 
lo  curtil  de  la  riveri. 

13.  Item  Jaquemez  de  la  riveri  .ij.  ras  e  .ij.  copes  d'aveyna  e  la  sua  partia 
de  .j.  bichet  de  froment  comunalment  per  lo  curtil  de  la  riveri  e  .vij.  deners  e 
obola  fort  e  la  sua  part  de  .i.  sestier  de  vin  e  la  sua  part  de  .iiij.  pugins  e  de 
.ij.  gelines  et  la  sua  part  de  .ij.  jornauz  per  lo  cultil  de  la  riveri. 

14.  Item  Johannez  de  la  riveri  .j.  ras  e  una  copa  d'aveyna  per  .ij.  comblos 
chouchies  e  per  .ij.  ras  que  il  deivont  comunalment  entro  lour  per  lour  curtil  e 
.v.  deners  fors  e  la  sua  part  de  .j.  bichet  de  froment  e  la  sua  part  de  .j.  sestier 
de  vin,  tant  corne  il  vant  en  host  e  la  sua  part  de  .ij.  gelines  e  de  .iiij.  pugins, 
de  .ij.  jornauz  communalmen  sus  lofs]  curtix  de  la  riveri. 

15.  Item  Thibauz  de  la  riveri  .ij.  ras  et  .j.  tierz  d'aveyna  per  son  cultil  per 
sey  et  per  ses  serors  e  la  sua  part  de  .j.  bichet  de  froment  er  la  sua  part  de 
.j.  sestiers  de  vin  tant  corne  il  vant  en  host  et  la  sua  part  de  .ij.  jornauz  e  la 
Sua  part  de  .ij.  gelines  et  de  .iiij.  pugins  e  .x.  deners  fors  per  sey  et  per  ses 
serours. 


1.  Charbonnières,  canton  de  Vaugneray,  arr.  Lyon. 


$86  E.    PHILIPON 

16.  Item  Estevenz  Bochus  .xij.  deners  fors  et  .iij.  oboles  fors  per  son  cultil  e 
.ij.  comblos  peylos  d'aveyna  eunagelina. 

17.  Item  Johannez  Bochus  .ij.  ras  d'aveyna  per  son  curtil  e  .iij.  deners  fors 
e  .xiiij.  deners  fors  e  dimi  gelina  e  dimi  jornal  per  lo  pra  qui  fut  Duerna. 

18  Item  Guicherdez  de  la  Vergi  et  Marieta  Fauressa  et  li  enfant  a  la  Rosan 
.vj.  deners  fors  .xviij.  deners  fors  et  .iij.  gelines  per  lo  curtil  e  pcr  los  pras  de 
Trentinyen. 

19.  Item  deit  per  la  meison  .iiij.  deners  e  una  gelina  e  per  la  vercheri  qui  fu 
Bertolmeu  Acar. 

20.  Item  Guicherdez  de  la  Vergi  .x.  deners  fors  et  .j.  comblo  e  dimi  peylo 
d'aveina  e  dimi  gelina  e  dimi  jornal  pcr  lo  pra  e  pcr  la  vercheri  qui  fut  Estevent 
Duerna  de  Trentignyen. 

21.  Item  Johanna  Rosa  e  Estevenins  sos  fiz  .xij.  deners  fors  et  una  gelina  per 
la  vercheri  de  la  font  e  per  sa  mayson. 

22.  Item  Peronez  Arbers  .xxj.  deners  fors  et  .ij.  comblos  chauchies  d'aveyna 
e  una  gelina  et  .j.  comblo  chauchia  pcr  lo  curtil  Hugonan  e  .xxj.  deners  fors  en 

may  e  .j.  comblo  peylo  et  una  gelina  per  e  .ij.  jornauz  e  una  gelina  per 

son  curtil  e  pcr  son  teniment,  czo  est  a  saveyr  la  terra  dou  chanever  juxta 
fontem... 

23.  Item  li  Reys  Coluns  .xviij.  deners  fors  e  una  gelina  pcr  son  curtil  e 
.viiij.  deners  fors  per  lo  pra  de  Ratier  et  .vj.  deners  fors  per  la  terra  Hugonan 
e  .iij.  deners  fors  pcr  lo  pra  de  Saunies  et  .xij.  deners  pcr  lo  pra  qui  fut  Peron 
Bochu  e  una  gelina  pcr  lo  pra  de  Saunies. 

24.  Item  .xij.  deners  et  .ij.  ras  avene  e  una  gelina  pcr  la  vercheri... 

25.  Item  Matheus  de  Quincyeu  .vj.  deners  fors  per  la  vercheri  de  laTioleri. 

26.  Item  Estevenz  des  Chans  .iij.  poyscs  fors  pcr  sa  mayson  e  pcr  la  vercheri 
desus  la  rochi  e  .iij.  poges  fors,  e  mais  .iij.  poyscs  fors  per  la  chôma  de  Ver- 
noyes. 

27.  Item  Lorenci  li  moller  Johan  Blein  de  Valancieu  .j.  dener  fort  per  lo 
chambon  de  Granval. 

28.  Item  Estevenez  Reis  .j.  dener  fort  pcr  lo  flachez  qui  fut  Johan  Porcher  e 
.j.  dener  poysa  fort  pcr  la  grangi  qui  fut  Johan  del  Chans. 

29.  Item...  deneyr  .iij.  poyses  pcr  la  chôma  de  Vernoys. 

C'est  li  servis  de  Marcyeu  '  premercmant 

30.  Johannez  des  Chans  .j.  jornal  pcr  son  curtil  e  .iij.  deners  fors  pcr  la 
vercheri  de  Masseno,  e  .v.  deners  fors  pcr  lo  curtil  qui  fu  de  la  riveri  qui  fut 
Andrevet  fil  Blanchin,  e  lo  tierz  de  .j.  sestier  de  vin  tant  corne  il  vant  en  host. 

31.  Item  Antoyni  sa  moller  .iij.  deners  fors  e  una  gelina  per  lo  curtil  e  per 
sa  mayson. 

32.  Item  Martins  dels  Chans  .j.  d.  per  la  vercheri  qui  fut  Acharian  del  Chans, 
e  si  frare  per  lo  curtil  vna  gelina. 


1 .  Marcy-l'Etoile,  canton  de  Vaugneray,  arr.  Lyon. 


PHONÉTIQUE    LYONNAISE    AU    XIVe   SIÈCLE  587 

33.  Item  Biatrix  filli  BlanJinan  .j.  cl.  et  obola  fort  per  la  vercheri  qui  se  tint 
Andrevet  Purcher,  e  per  son  curtil  e  per  la  vercheri  de  la  gager  i  ob.  fort,  e  per 
la  terra  de  la  gageri  poysa  fort. 

34.  Item  Estevenz  fiz  Acharian  des  Chans  una  obola  fort  per  la  vercheri  del 
curtil  Acharian. 

35.  Item  JohanzBonars  .iij.  fors  et  una  gelina  et  dimi  jornal  per  son  curtil  e 
una  poysa  per  la  terra  de  Grant  val. 

36.  Item  Andrevez  Purchers  .iij.  ob.  per  son  curtil  et  .vj.  d.  per  lo  pra  Ront 
et  .iij.  d.  per  la  vercheri  de  les  aines;  deit  .j.  ras  e  lo  tiers  de  .j.  ras  d'aveyna 
per  la  sua  part  del  pra  de  Massonno  e  .iv.  deners  fors  per  cd  mesmo  pra,  e 
.j.  ras  d'aveyna  per  son  cultil  e  la  sua  part  de  .ij.  gelines. 

37.  Item  Peronins  Purchers  .j.  comblo  chauchia  d'aveyna  perla  vercheri  qui 
fut  Michal  e  .iv.  d.  per  la  vercheri  de  les  aines  (Biatris  los  paie)  et  .iv.  d.  fors 
per  la  vercheri  de  la  gageri  e  ob.  fort  per  son  curtil,  e  ob.  fort  per  la  terra  de 
Chassanola. 

38.  Item  Jaqueta  filli  Blandinan  .ij.  d.  e  p.  fors  per  son  curtil,  e  .j.  ras 
d'aveyna  per  la  vercheri  del  noyer. 

39.  Item  Peros  del  Chans  .xij.  d.  fors  per  la  vercheri  de  les  vignies  qui  fut 
Acharian  del  Chans  (Martins...  payet  per  Peros  del  Chans). 

40.  Item  Margarita  Eudma  .j.  comblo  chauchia  d'aveyna  per  son  cultil  e 
.viij.  d.  fors  e  dimi  gelina  per  sa  mayson  e  dimi  jornal. 

41.  Item  Andrevez  Eudins  .j.  ras  d'aveyna  per  la  sua  part  de  .ij.  comblos  e 
.iij.  d.  e  p.  fort  per  son  curtil. 

42.  Item  Jaquez  Eudins  .j.  ras  d'aveyna  per  son  curtil  e  .iij.  d.  e  p.  e  la  sua 
part  de  .j.  jornal. 

43 .  Item  Alays  mullier  al  fil  Peronet  Margaret  .xij.  d.  fors  per  la  terra  de  les 
vignies. 

44.  Item  Peros  Matelions  .iij.  ras  d'aveyna  per  son  curtil  e  per  lo  pra  de 
Massenno  e  lo  tierz  de  .j.  ras  e  la  sua  part  de  .ij.  [gelines  per  lo  pra  de  Mas- 
senno  e  .vj.  deners  e  ob.  fors  per  son  curtil  e  .ij.  d.  fors  per  lo  pra  de  Mas- 
senno e  la  sua  part  de  .j.  jornal  e  .j.  d.  per  la  vercheri  des  arbres. 

45.  Item  Johannez  Gondras  .j.  ras  d'aveyna  per  la  sua  part  de  .j.  comblo  e 
.v.  d.  e  p.  fors  per  son  curtil  e  la  sua  part  de  .j.  jornal  e  la  sua  part  de  una 
gelina. 

46.  Item  Estevenz  Gondras  .iij.  d.  per  la  terra  del  Vorzo  e  .ij.  d.  e  p.  fors  e 
la  sua  part  de  .j.  jornal  e  la  sua  part  de  una  gelina  e  .j.  ras  de  aveyna. 

47.  Item  Guillermez  Gondras  .iij.  d.  fors  per  la  terra  del  Volzo  e  .iij.  ob. 
fors  per  lo  cultil  aus  Eudins  e  .iij.  d.  per  lo  chenaver  si  mare. 

48.  Item  Estevenez  li  Rogi  .vj.  d.  fors  e  ob.  fors  perla  vercheri  de  les  vignes. 

49.  Item  Johannez  de  les  Moles  .ij.  ras  d'aveyna  per  lo  champ  Belin  e  .j.  ras 
per  les  apreyz  qui  tu  Andreuet  de  les  Moles  e  .iij.  ras  per  les  apreyz,  e  una  ge- 
lina e  dimi  jornal. 

50.  Item  Peros  Poyeis  .iij.  comblos  chauchies  d'oveyna  (sic)  e  .xiij.  d.  e  ob. 
forse  dimi  jornal  per  son  curtil  e  una  gelina  e  .j.  jornal  e  dimi  gelina. 

5 1.  Item  Peros  Coccus  .j.  d.  fort  per  sa  mayson  e  .xviij.  d.  fors  per  lo  curti 
Rubout  e  una  gelina. 


(88 


E.    PHILIPON 


52.  Item  Johanna  Gonteri  .ij.  d.  e  ob.  fors  e  dimi  gelina  pcr  la  vercheri  de 
la  Ronzi. 

53.  Item  Estevenins  Gontiers  .ij.  d.  e  ob.  fors  e  dimi  gelina  [per  la  ver] 
chéri  de  la  Ronzi. 

54.  Item  li  Rosa  de  Loschat  .iij.  d.  e  ob.  fors  pcr  lo  buec...  Molli. 

55.  Item  Johanneta  sa  filli  .iij.  d.  fors  pcr  lo  buec  de  les  Aines. 

56.  Item  Martins  li  Engleys  .iij.  d.  fors  pcr  lo  buec  de  les  Aines. 

$7.  Item  Guillermo  Bonifaci  .iij.  d.  fors  pcr  son  curtil  e  .iij.  d.  fors  per  lo 

:  la  Molli  e  .iij.  d.  fors  p.'r  la  terra  de  la  Ronzi. 
$S.  Item  li  Maria  .j.  comblo  chauchia  d'aveina  pcr  son  curtil. 

59.  Item  Guillermez  Garners  .j.  ras  e  dimi  d'aveyna  p.'r  rayson  del  comblo 
chauchia  p-rlo  cultil  qui  fut  Guiilerman  de  Boschat  e  .j.  comblo  chauchia  pcr 
son  curtil  e  .iij.  d.  fors  e  .j.  jornal  e  .ij.  d.  fors  p:r  la  gageri  e  la  sua  part 
d'una  gelina. 

60.  Item  Juliana  filli  Guiilerman  del  Bochat  dimi  ras  d'aveyna  pcr  lo  curtil 
si  mare. 

61.  Item  Johanna  Coccu  moller  Gontier  .ij.  d.  e  p.  fors  e  dimi  gelina  pcr  la 
vercheri  de  las  l'eglisi  e  dimi  ras  d'aveyna. 

62.  Item  Johanz  Tibauz  .j.  ns  e  dimi  d'aveyna  p:r  la  terra  del  clos  e  .xiv.  d. 
fors  p^rson  curtil  e  pcr  la  terra  del  clos  e  dimi  gelina  pcr  lo  pra  del  chimin. 

65.  Item  Thib3uz  sos  frares  .ij.  d.  e  ob.  fort  p;r  son  curtil  e  .j.  ras  d'aveyna 
p.T  la  terra  del  clos. 

64.  Item  li  Rossa  muller  Jaquet  .iij.  d.  e  la  sua  part  de  .j.  jornal  pcr  lo  cur- 
til e  la  sua  part  de  .j.  gelina  e  .j.  comblo  chauchia  d'à. 

65.  Item  Estevenet  sos  fils  .j.  d.  pcr  sa  terra  de  Chiasinola. 

66.  Item  Guillermos  Coccus  .j.  comblo  chauchia  e  dimi  ras  peylo  d'aveyna  e 
.ij.  d.  e  p.  fors  e  dimi  gelina  pcr  son  curtil  e  p.T  sa  mayson. 


GLOSSAIRE 


a  IV  69.  avec. 

alonn  IV  64,  noisettes 

ambessi  IV  20,  rases. 

anna  IV  4,  charge  :.'..-.  âne. 

arena  V  2.  areyna  IV  83,  sable. 

ars  I  23,  arcs. 

at.  al  at  et  ou  profet  V   ;.  IV  86, 

pour  le  compte  et  au  profit. 
attos  V  3.  d 
avoy  III  19, 
aygui  I  12,  aigui  IV  68,  47,  esgui  I 

6.  esga  I  7,  eau. 
bacons  IV  46,  jti 
barat  V  9.  tromperie,  frau  . 


barauz  I  8,  tonneaux. 

bateri  IV  :  5  .:';  cuisine. 

batiers  IV  71 .  fal      r/rfs 

benes  I  8,  sorte  Je  seau  en  bois,  ben- 

ners  IV  2,  fabricants  de  bennes. 
beuro  IV  66,  castor. 
bichet  Vil  13,  mesure  . 
bison  lis,  bêche  eu  pioche. 
buyro  IV  :    . 

carteron  I  2 1 ,  mesure  de  liquides. 
cen  V  1 ,  cela. 

cendal  IV      ,  ccndal,  ctojjt  de  soie. 
chambon  VI   26,  champ  où  l'on  met 
:  ics  bestiaux 


PHONÉTIQUE    LYONN 

chauchia  VII  8,  mesure  de  solides. 

chenevo  I  24,  chanvre. 

cidoles  III  14,  cédules. 

clapon  VI  2,  clapier. 

closures  IV  1,  clotres  IV  2,  clôtures, 

enceinte  fortifiée. 
Cologne  IV  s8,  quenouille. 
copa  VII  12,  copon  IV  4,  mesure  de 

grains  ;  —  copona,  mesurée  IV  5. 
cordouan  IV  3,  cuir. 
crois  III  7,  mauvais.  Cf.  D  1. 
crunich^es  IV  6  ^ ,  sorte  de  vêtement.  Cf. 

Ducange.  v°  crusna. 
cuer  adoba  IV  4:,  cuir  préparé,  tanné. 
cumin  IV  64,    raines  de  cumin. 
curtil  VI  1 ,  VII  passim,  cultil  VII  13, 

jardin. 
cutres  IV  72,  coussins,  oreillers. 
deneries  II  1,  4,  denrées. 
duelles  I  22,  douves  de  tonneau. 
efaynt  VI  2^,  enfants. 
entroque  I  20,  jusqu'à. 
erbros  V  1 ,  arbres. 
erragios  III  7,  arriérés,  paiements  en 

retard. 
eschalones  I  12,  échalottes. 
eschiffes  V  3,  guérites  pour  les  senti- 
nelles. 
escoyriouz  IV  33,  écureuils. 
espieces  IV  3,  épices. 
essegar  II  4,  essayer. 
essublées  IV  8$,  oubliées. 
estimanci  IV  84,  estimation,  arbitrage. 
ex  I  18,  aulx. 
fais  I  22,   fes    IV  20,   fais,  fagots, 

charges. 
fauro  IV  80,  forgeron. 
feyes  IV  69,  brebis. 
flachi  VI  4,  flagi  VI  4,  flache. 
font  VI  2,  source. 
fruyti  I  3,  fruyta  IV  y,,  fruits. 
fuer  IV  3,  quantiié. 
furnilli  IV  20,  fournée. 
futa  IV  22,  pièce  de  bois. 
futali  I  8,  futailles,  marchandises  de 

tonnelier. 


AISE    AU    XIVe    SIÈCLE  $8<) 

galina  VI  1 7,gelina  VII  passim, poule. 

gingibros  IV  64,  gingembre. 

gros  IV  passim,  espèce  de  monnaie. 

holmos  VI  20,  ormes. 

huelo,  oylo  I  21,  huile. 

hutal  IV  54,  pp'.  le  contenu  d'une  hotte, 

mesure  de  solides.  Cf.  v.  fr.  hostiel 

et  Du  Cange  vv.  hotus  et  hotellus. 
itar  V  1 ,  être,  se  tenir,  rester. 
leida  I,  tarif  de  . 
leigni  IV  85,  bois. 
leytices  IV    31,  v.  fr.  leiiee,  fourrure 

ou  p. 
maclo  IV  ^4,  mâle. 
mansoye  IV  85,  cha: 
mayeri  IV  2 1 ,   barrières  en  bois.   Cf. 

Du  Cange  vD  majeria. 
maysex  I  2,  boucherie. 
merlos  V  1,  créneaux. 
mession  III  15,  dépenses,  frais. 
metail  IV  28,  ustensiles  de  cuisine  en 

métal. 
mirex  I  7,  miroirs. 
muayson  I  22,  mesure. 
navey  IV  84,  naviouz  I  10,  bateau. 
nuys  IV  1 3 ,  noix. 
ort  VI  26,  jardin. 
ouïes  IV  28,  marmites. 
pales  I  1 5,  pelles. 
peis  I  7,  poix. 

pennes  IV  31,  habits,  vêtements. 
pereyri  VI  9,  carrière. 
pernes  IV  66,  perles. 
peroleri  IV  28,  chaudronnerie. 
peteuz,   petel   I    14,    matras,  dard   à 

grosse  tête.  Du  Cange  vv.  petilio,  pe- 

tilium,  pétilla.  Cf.  P.  Gras,  Dict.  du 

Pat.  Forez.  :  peté,  pilon. 
peylo  VII  8,  mesure  de  grai:s. 
poesa  VI   i,  poysa,  poges,  pusa  I  3, 

17,  20,  poge,  petite  monnaie. 
pogal  IV  12,  pouce:  pogal  anguilles, 

anguilles    de     la     grosseur     d'un 

pouce  (?) . 
popelettes  IV  3 1 ,  popelines. 
puey  IV  40,  poids. 


590 

pugins  VII  14,  poussins. 

quarrons  IV  7$,  carreaux,  briques. 

razex  I  9,  radeaux. 

reis  I  18,  racines,  carottes. 

rigoz  IV  12,  csplce  de  poisson  (?) 

roman  II  5,  romaine,  sorte  de  balance. 

ruel  IV  41,  rouleau. 

sachia  IV  1 5,  cor  tenu  d'un  sac. 

sapina  IV  78,  I  10,  grand  bateau  en 

sapin  dont  on  se  sert  encore  aujour- 

d  hui  sur  la  Saône  pour  transporter 

du  sable  ou  des  pierres. 
segunt  IV  84,  segont,  segant  IV  85, 

selon. 
seignal  V  4,  sceau. 
sein  IV  24,  graisse. 
serez  IV  io,  fromage.  Du  Cange  v° 

seracium. 
serva  V  3,  réservoir,  pilce  d'eau. 
servasina  IV  49,  gibier. 
seyno  I  20,  marché  (?) 
sieu  IV  23,  suif. 
soches,  ezoehons  IV  18,  bâches,  bois 

à  brûler. 


E.    PHIL1P0N 


soffrans  IV  64,  safjran. 

solairo  III  11,  salaire. 

soma  I  1 ,  charge  d'une  bête  de  somme. 

sur  IV  69,  sueur,  —  lanna  a  tota  la 
sur,  laine  non  lavée. 

supiet  IV  47,  suspiet  V  2,  soupçon. 

tavel  IV  36,  rouleau  de  bois  autour  du- 
quel on  pliait  certaines  espèces  de 
draps. 

très  (de)  VI  4,  au  delà. 

troliares  I  21,  fabricant  d'huile. 

troque  I  2,  jusque. 

tupins  I  19,  pots  de  terre. 

varz  IV  31,  vair  IV  31,  vair. 

veis  IV  73,  fois. 

veisseliers  IV  22,  tonneliers. 

vel  Iaitent  IV  7,  veau  qui  tête  encore. 

vercheri  VI  2,  verger. 

vergiel  VI  3,  verger. 

vi  VI  23,  route. 

visitares  V  1 ,  architecte,  directeur  des 
travaux. 

voidier  V  2,  vider,  débarrasser. 

yqui  IV  85,  ici. 


MÉLANGES 


LES  DEUX  FRERES, 
CELUI   QUI    RIT    ET  CELUI   QUI   PLEURE. 

J'ai  publié  dans  le  t.  VI  de  la  Romania,  p.  29  et  suiv.,  d'après  un  ms. 
de  Londres,  un  conte  édifiant  qui  a  pour  rubrique  dou  pechié  d'orgueil 
laissier.  Il  s'agit  de  deux  chevaliers  qui  étaient  frères,  mais  dont  la  ma- 
nière de  vivre  était  bien  différente.  L'aîné  ne  songeait  qu'à  la  pénitence 
et  aux  bonnes  œuvres,  le  cadet  passait  son  temps  aux  tournois  et  aux 
fêtes.  Celui-ci,  ayant  fait  proclamer  une  cour,  y  invita  son  frère  aîné, 
qui  s'y  rendit,  mais  sans  prendre  part  à  la  joie  universelle.  Tandis  que 
les  autres  se  livraient  aux  plaisirs  mondains,  lui  pensait  aux  joies  supé- 
rieures du  paradis.  Le  cadet,  ne  pouvant  parvenir  à  dérider  son  aîné, 
s'irrita  et  finit  par  le  défier.  La  querelle  fut  vidée  par  un  combat  singu- 
lier où  l'aîné  eut  l'avantage.  Le  vainqueur  emmena  son  prisonnier,  le 
fit  déshabiller  et  ordonna  à  deux  chevaliers  de  lui  appuyer  leurs  épées 
contre  le  corps,  au  point  que  le  sang  commençait  à  couler.  «  Ris  donc 
maintenant!  »  lui  dit-il.  Mais,  comme  on  pense,  le  frère  cadet  n'en  avait 
guère  envie.  —  «  Moi  non  plus  »,  reprend  l'aîné,  «  je  n'ai  point  envie 
de  rire  lorsque  je  songe  aux  peines  de  l'enfer  ».  Puis  il  pardonna  à  son 
jeune  frère.  Désormais  ils  vécurent  en  bonne  intelligence,  et  le  cadet,  à 
l'exemple  de  son  aîné,  consacra  sa  vie  à  la  pénitence.  De  longues  années 
après  ces  événements  le  frère  aîné,  se  sentant  mourir,  recommanda  à  sa 
femme  de  lui  faire  ouvrir  le  cœur  quand  il  serait  mort.  Elle  le  fit,  et  on 
y  trouva  l'image  d'un  crucifix. 

J'ai  dû  avouer  que  je  ne  connaissais  aucune  autre  rédaction  de  ce 
pieux  récit.  Je  crois  en  avoir  trouvé,  non  pas  la  source  directe,  mais  au 
moins  une  forme  parallèle  dans  un  exemple  qui  a  été  assez  répandu  dans 
la  littérature  édifiante  et  que  je  vais  extraire  d'un  sermon  de  Jacques  de 
Vitri  : 

Unde  legimus  de  quodam  rege  sapiente  qui  semper,  quando  curiam  tenebat, 


592  MÉLANGES 

aliis  gaudentibus  ipse  semper  tristis  apparebat.  Unde  et  milites  ejus  mur- 
murabant.  sed  ei  dicere  non  audebant.  Tandem  quidam  frater  ejus,  ex  fiducia 
magna  quam  habebat  ad  regem,  quesivit  ab  eo  quare  in  magnis  sollempnitatibus 
in  quibus  cum  aliis  gaudere  debuisset,  tristis  et  nescio  qualia  cogitans  incede- 
bat,  multosque  ex  tali  gestu  scandalizabat.  Cui  rex  ait  :  «  Que  facio  tu  modo 
nescis  ;  scies  autem  postea  ».  Recedente  illo  ad  hospicium  suum,  servos 
suos  cum  bucinis  misit  rex  post  eum.  Erat  autem  consuetudo  in  regno  quod 
quando  homo  adjudicatus  esset  morti,  ante  hostium  domus  ejus  cum  tubis  mi- 
nistri  clangebant.  Buccinantibus  igitur  servis  régis,  frater  ejus  vehementer 
expavit,  et  se  mortem  non  posse  evadere  pro  certo  credidit.  Statim  autem,  sicut 
rex  jusserat,  ligatus  ad  régis  palacium  est  ductus.  Tune  jussit  expoliari  eum  et 
tria  spicula  acuta  applicari  ventri  ejus  et  lateribus,  et  ecce,  sicut  rex  ordina- 
verat,  mimi  et  joculatores  astiterunt,  et  alii  cantantes  et  choreas  ducentes'. 
Frater  autem  régis  inter  letantes  contristabatur  et  lugebat.  Cui  rex  aït  : 
«  Quare  cum  istis  gaudentibus  non  gaudes  ?  »  At  ï I le  r  «  Domine,  quomodo 
gauderem,  cum  mortis  sententiam  statim  expectem?  »  Tune  rex  precepiteum  solvi 
et  vestiri,  et  aït:  «  Nunc  ad  ea  que  quesisti  respondebo  tibi  :  si  tu  timuisti 
et  contristatus  es  quando  buccinatores  meos  audivisti,  et  ego,  cum  audio  bucci- 
natores  summi  régis  et  tubam  divine  predicationis  et  sonum  tube  terri bil is  ju- 
dicii  recolo,  merito  magis  expavesco  ;  presertim  cum  tria  spicula  acutissima 
quibus  continue  pungor  circa  me  sentiam,  quorum  unus  est  timor  peccatorum 
meorum,  alius  metus  mortis  incerte  que  omni  die  imminet  michi,  tertius  timor 
géhenne  et  pêne  interminabilis.  Nam  ista  pena  quam  tu  modo  formidabas  cito 
terminatur,  illa  autem  nunquam  finitur.  Unde  non  mireris  si,  aliis  inaniter  gau- 
dentibus, ego  appareo  [tristis,  semper  formidans  inflexibilem  justitiam  districti 
judicis  qui  pro  uno  peccato  superbie  angelum  de  paradyso  ejecit2  ». 

Le  même  récit  se  retrouve  sous  une  forme  abrégée  dans  les  Latin  sto- 
ries  de  Th.  Wright  3,  et  sous  une  forme  assez  développée  dans  les  Gesta 
Romanorum*  Ce  sont  trois  rédactions  indépendantes,  mais  remontant  vi- 
siblement à  un  original  commun.  Je  ne  m'arrête  pas  à  les  comparer  et  à 
en  faire  ressortir  les  différences,  qui  portent  sur  des  points  accessoires  : 
je  veux  i°  montrer  en  quoi  cet  exemple  se  rapproche  du  poème  dévot 
analysé  plus  haut  ;  2°  indiquer  la  source  première  de  l'exemple  latin. 

L'histoire  latine  et  le  poème  français  offrent  le  développement  de  la 
même  idée.  De  part  et  d'autre  nous  voyons  un  personnage  considérable, 
roi  ou  haut  baron,  qui,  absorbé  dans  la  pensée  des  peines  éternelles,  n'a 
pour  les  joies  du  monde  que  de  l'éloignement.  A  côté  de  lui  figure  un 


1 .  M  s.  dicentes. 

2.  Bibl.  nat.  lat.  17509,  fol.  38  b  c,  «ermon  «  ad  theologos  et  predicatores». 

3.  N°   103,  d'après  un  ms.  appartenant  à  un  particulier.  Th.  Wright  ne 
donne  aucun  renseignement  sur  le  contenu  de  ce  ms. 

4.  Edit.  Œsterley,  ch.  143. 


LES    DEUX    FRÈRI S  joî 

autre  personnage,  son  frère,  qui  ne  songe  qu'au  plaisir,  mais  à  qui  le 
premier  réussit,  par  une  sorte  de  parabole  en  action,  à  faire  partager 
son  mépris  pour  les  séductions  de  la  vie.  La  ressemblance  des  deux 
récits  se  poursuit  jusque  dans  une  circonstance  capitale  :  le  moyen  un 
peu  violent  par  lequel  le  pieux  héros  du  conte  démontre  la  vérité  de  son 
sentiment.  A  coté  de  ces  analogies  fondamentales,  les  différences  pa- 
raissent peu  graves  :  le  récit  latin  peut  être  considéré  comme  étant  de 
tous  les  temps,  sauf  l'expression  de  «  curiam  tenere  »,  au  début,  qui 
sent  bien  son  moyen  âge.  Le  récit  français,  au  contraire,  est  par  toutes 
ses  circonstances  bien  plus  pleinement  adapté  aux  conditions  de  la  féo- 
dalité. Ainsi  le  poète  s'est  débarrassé  du  trompette  funèbre,  qui,  nous 
allons  le  voir,  appartient  à  la  forme  la  plus  ancienne  du  récit.  Un  détail, 
assez  important,  que  le  latin  n'offre  pas,  c'est  le  crucifix  trouvé  à  l'au- 
topsie dans  le  cœur  du  personnage  présenté  comme  modèle.  Le  poète 
français  ne  peut  avoir  inventé  cette  circonstance.  Il  doit  l'avoir  trouvée 
dans  un  texte  latin  un  peu  différent  de  ceux  que  nous  offrent  Jacques 
de  Vitri,  les  Latin  stories  et  les  Gesta  Romanorum. 

Maintenant  d'où  est  pris  l'exemple  que  nous  offrent  Jacques  de  Vitri 
et  consorts  ?  Sans  aucun  doute  de  l'ancienne  version  latine  '  de  Barlaam 
et  Josaphat.  Voici  la  parabole  telle  que  nous  l'offre  cet  ouvrage  : 

Nam  quidam  rex  fuit  magnus  et  gloriosus.  Et  factum  est,  procedente  illo  in 
curru  deaurato  cum  regali  obsequio,  obviasse  illi  duos  viros  attritis  et  sordidis 
indutos  vestibus,  attenuatis  macie  et  pallidas  faciès  habentes.  Rex  autem  ilico 
cognovit  eos  maceratione  corporis  et  exercitii  sudoribus  carnem  consumptam 
habentes.  Ut  ergo  vidit  illos,  desiliens  confestim  de  curru  et  in  terram  procidens, 
adoravit,  et  surgens  amplexatus  est  eos  et  affectuose  osculatus.  Magnâtes  vero 
illius  ac  proceres  de  hoc  valde  indignati  sunt,  arbitrantes  eum  fecisse  indigna 
regali  gloria  ;  non  tamen  ausi  in  facie  illum  reprehendere,  germano  fratri  ejus 
suggesserunt  ut  ei  loqueretur,  ne  excellentie  diadematis  tantam  inferret  contu- 
meliam.  Qui  cum  fratri  ista  diceret,  et  régis  inutilem,  ut  sibi  videbatur,  humilia- 
tionem  reprehenderet,  ei  rex  responsum  dédit,  quod  tamen  ille  non  intellexit. 
Consuetudo  autem  erat  illi  régi  quando  sententiam  mortis  contra  aliquem  dicta- 
bat,  preconem  ante  januam  illius  cum  tuba  huic  officio  deputata  mittere,  cujus 
voce  cognoscebant  omnes  mortis  reum  illum  existere.  Vespere  igitur  veniente, 
misit  rex  buccinam  mortis  tubicinare  ante  januam  domus  fratris  sui.  Ut  ergo 
audivit  ille  tubam  mortis,  de  sua  salute  desperavit,  et  tota  nocte  sua  disposuit, 
summo  vero  diiuculo  nigris  ac  lugubribus  indutus  vestibus  cum  uxore  et  filiis 
pergit  ad  fores  palacii,  flens  et  lugens.  Quem  rex  ad  se  ingredi  fecit,  et  videns 
eum  ita  lugentem  aït  illi  :  «  0  stulte  et  insipiens,  si  tu  sic  timuisti  preconem 
germani  'ratris  tui  adversus  quem  te  ipsum  nichil  deliquisse  cognoscis.  quomodo 


i.  Elle  est  au  plus  tard  du  xir3  siècle,  et  très  probablement  plus  ancienne. 
Romania.  XIII.  58 


594  MÉLANGES 

michi  in  reprehensionem  intulisti  quia  in  humilitate  salutavi  et  osculatus  sum 
precones  Dei  mei  sonorabilius  tuba  morteir.  michi  significantes  et  terribilem 
Domini  occursum,  cui  multa  et  magna  me  ipsum  peccasse  conscius  sum.  Ecce 
denique  tuam  arguens  insipiensiam  isto  usus  sum  modo.  Nunc  vero  et  illorum 
qui  te  ad  meam  submiserunt  reprehensionem  stulticiam  arguere  conabor1 

Il  y  a  des  différences  sensibles  entre  la  rédaction  du  Barlaam  et  celle 
de  Jacques  de  Vitri.  Dans  la  première,  l'exemple  est  encadré  entre  une 
sorte  d'introduction  sur  le  respect  dû  aux  pauvres,  qualifiés  voir  la  fin 
du  morceau  cité)  de  hérauts  de  Dieu,  precones  Dei,  et  une  nouvelle  para- 
bole2 dont  je  n'ai  pas  transcrit  le  texte.  Le  motif  pour  lequel  des  repré- 
sentations sont  adressées  au  roi  est  tout  autre  que  chez  Jacques  de  Vitri. 
En  outre,  dans  Barlaam,  le  roi  croit  avoir  imposé  à  son  frère  une 
terreur  suffisante  en  envoyant  le  trompette  funèbre  corner  à  sa  porte  : 
chez  Jacques  de  Vitri  et  consorts,  il  y  a  de  plus  toute  une  mise  en  scène 
qui  veut  être  très  dramatique,  trois  gardes  dirigeant  la  pointe  de  leurs 
épieux  vers  le  prisonnier,  circonstance  qui  fournit  ensuite  matière  à  une 
allégorie?.  La  forme  adoptée  par  Jacques  de  Vitri  se  rencontrant  encore, 
avec  des  variantes,  en  d'autres  textes  qui  ne  sont  point  sortis  les  uns  des 
autres,  il  faut  supposer  qu'entre  cette  forme  et  celle  que  nous  offre 
Barlaam  il  y  a  eu  un  intermédiaire. 

Nous  sommes  loin  de  tenir  tous  les  anneaux  de  la  chaîne  qui  relie  le 
petit  poème  analysé  ci-dessus  à  Barlaam  ;  toutefois,  grâce  à  l'exemple 
commun  à  Jacques  de  Vitri,  aux  Gesta  Romanorum  et  aux  Latin  Stories, 
nous  pouvons  établir  entre  le  poème  et  Barlaam  un  rapport  qui,  sans 
cet  intermédiaire,  semblerait  bien  douteux.  L'idée  dominante  du  poème, 
à  savoir  la  tristesse  causée  par  la  pensée  des  peines  éternelles,  fait 


i.  Bibl.  nat.  lat.  2153,  f.  lxiv  d,  i.xv  a.  —  Ce  récit  a  été,  sous  cette 
forme  même,  ou  plus  ou  moins  abrégé,  bien  des  fois  cité.  Il  a  été  emprunté 
notamment  par  Vincent;  voy.  Kcehler  dans  le  lahrb.  f.  roman,  u.  cngl.  Lileratur, 

XIV,  7-9-  .  ,    . 

2.  La  parabole  bien  connue  des  deux  ecrins. 

3.  Ce  trait  fait  penser  à  un  autre  exemple  qui  rappelle  en  même  temps 
l'épée  de  Damoclès,  et  que  je  vais  rapporter  d'après  Jacques  de  Vitri  : 
«  Timeat  igitur  prelatus  semper  de  talento  sibi  commisso  et  proprium  pericu- 
lum  attendat,  exemplo  cujusdam  régis  divitis  et  potentis  valde,  quem,  cum 
quidam  miraretur  et  felicem  diceret,  rex  sapiens  illum  sedere  fecit  in  loco  valde 
eminenti  super  cathedram  que  minabatur  ruinam,  magnumque  ignem  subtus 
cathedram  accendi  fecit,  et  gladium  cum  filo  tenui  super  caput  sedentis  sus- 
pendi.  Cumque  fecisset  apponi  copiosa  et  delicata  cibaria,  dixit  ei  ut  come- 
deret.  At  ille  :  «  Quomodo  comedere  possem,  cum  in  summo  periculo  sim 
«  constitutus  et  semper  timeam  ruinam  ?  »  Cui  rex  aït  :  «  Et  ego  in  majori 
»  periculo  sum  constitutus,  in  cathedra  ruinosa  residens,  timens  gladium  divine 
»  sentenlie  et  ignem  géhenne.  Quare  ergo  tu  dixisti  me  felicem  ?  »  (Ms.  latin 
17509,  fol.  1 1  c). 


LE   CONTE    DES    PETITS   COUTEAUX  $95 

défaut  dans  Barlaam,  mais  J.  deVitri  nous  la  fournit.  Même  observation 
pour  la  scène  des  épieux  dirigés  vers  le  prisonnier.  Par  contre,  rien  dans 
le  poème  ne  rappelle  plus  le  buccinator  qui  a  dans  Barlaam  un  rôle  si 
important.  Mais  ce  personnage  figure  encore  dans  J.  de  Vitri,  et  nous 
voyons  bien  que  le  trouvère  s'en  est  débarassé  comme  d'un  détail  peu 
intéressant  et  même  peu  vraisemblable  aux  yeux  de  ses  contemporains. 
L'exemple  de  J.  de  Vitri  établit  parfaitement  la  transition  entre  Barlaam 
et  le  poème 

P.   M. 


LE  CONTE   DES  PETITS  COUTEAUX 

Il  y  a  dans  les  Facétieuses  nuits  de  Straparole1  un  conte  plus  moral 
dans  le  fond  que  dans  la  forme,  dont  l'idée  est  que  les  biens  mal  acquis 
ne  profitent  pas.  On  y  voit  figurer  une  femme  appelée  Modeste,  «  lequel 
nom  n'estoit  gueres  convenable  a  sa  personne  »,  qui  avait  pour  mari  un 
commerçant  de  Pistoie.  Cette  femme  attirait  chez  elle  tous  les  jeunes 
gens  de  la  ville,  et,  en  retour  des  faveurs  qu'elle  leur  accordait,  elle  se 
contentait  d'une  paire  de  souliers.  Aux  gentilshommes  elle  demandait 
des  souliers  de  velours,  aux  artisans  des  souliers  de  drap  fin,  aux  sim- 
ples ouvriers  des  souliers  de  cuir.  Elle  entassait  toutes  ces  variétés  de 
chaussures  dans  un  des  magasins  de  son  mari,  qui  du  reste  n'y  voyait 
qu'avantage  et  ne  se  préoccupait  pas  outre  mesure  de  l'origine  de  ces 
marchandises.  Mais  la  dame  devint  vieille,  et  les  amoureux  disparurent 
peu  à  peu.  Elle  attira  alors  chez  elle  des  gens  de  la  plus  basse  condition, 
à  qui,  en  récompense  de  leur  service,  elle  se  mit  à  distribuer  les  paires 
de  souliers  dont  elle  était  abondamment  pourvue.  Au  bout  de  peu  de 
temps,  le  magasin  fut  vide,  et  la  pauvre  vieille,  ne  pouvant  plus  satis- 
faire ses  goûts,  puisqu'elle  n'avait  plus  rien  à  donner,  mourut  de  cha- 
grin. 

On  a  publié,  d'après  un  manuscrit  du  xve  siècle  conservé  à  Florence2, 
une  historiette  anonyme  qui  présente  une  évidente  analogie  avec  le 
conte  de  Straparole.  Le  récit  anonyme  est  plus  court  toutefois,  et  la 
femme  débauchée  se  fait  donner  non  pas  des  souliers,  mais  des  petits 


1.  Cinquième  nuit,  fable  V.  Je  cite  d'après  la  traduction  de  Louveau  et  La- 
rivey,  réimprimée  dans  la  Bibliothèque  tlzcviricnnc. 

2.  Laurentienne,  Plut.  XC  super.  n°  89. 


596  MÉLANGES 

couteaux.  On  n'avait  donc  point  encore  la  répugnance  que  nous  avons 
maintenant  à  donner  ou  à  recevoir  en  cadeaux  des  objets  d'acier  pouvant 
servir  à  couper  ou  à  piquer,  tels  que  couteaux,  ciseaux  ou  aiguilles. 

Voici  ce  texte,  qui  a  été  édité  pour  la  première  fois  par  M.  le  comm. 
Zambrini  dans  le  Catalogo  délia  Scelta  di  curiosità  letterarie  inédite  o  rare, 
pubblicata  a  spese  del  libraio-editore  G.  Romagnoli,  dall  anno  1 86 1  al  gennaio 
1867,  in  Bologna.  (Bologna,  1867.) 

Origine  del  Proverbio  :  «  Tu  farai  corne  colei  che  renderai  i  coltellini  ». 

Fu  una  femmina  molto  beila,  ma  era  molto  folle  e  peccatrice.  Per  la  bellezza 
sua  l'era  molto  donato  ;  e  una  volta  avvenne  che  uno  che  Pamava  molto  per 
carnale  amore,  le  donè  uno  tropo  bello  coltellino,  adornato  di  piètre  preziose  e 
di  perle;  e  quella  fenne  il  suo  piacere,  e  tanto  le  piacque  il  coltellino  che  chi- 
unche  la  voleva  avère,  ledonava  uno  coltellino  il  più  bello  che  poteva  avère,  per 
aver  la.  E  tanti  le  ne  furono  donati  che  ella  n'empiè  una  sua  casa.  E  quando 
eila  venne  nel  mezzo  tempo,  non  s'amende,  avendo  in  sua  govinezza  sodisfatto 
a  natura.  Avenne  che  piggiorô  délia  belleza,  e'  donatori  de  coltellini  menova- 
rono,  e  andavano  aile  più  giovani;  e  ella  che  era  ancora  nella  mala  volontà  di 
peccare  e  credevasi  esser  bella  corne  di  prima,  si  poco  si  conosceva,  e  perô  si 
cruciava  che  non  vi  venivano  i  donatori  corne  solevano.  Ora  avvenne  che  ella 
mandô  per  uno  di  coloro  che  più  le  piaceva,  e  per  paura  che  non  vi  venisse,  si 
gli  mand6  uno  bello  coltellino,  e  que'  vi  venne  per  lo  dono,  e  mai  più  non  ri- 
torno;e  quella  se  ne  crucciô,  e  mandô  un  altro  coltellino  a  un  altro,e  que'  fece 
corne  il  primo.  E  corn'  ella  più  peggiorava  di  sua  bellezza,  più  mal  volentieri  vi 
venivano  i  giovani  uomini,  e  per  tanti  mandô  che  tutti  i  coltellini  si  renderono. 
E  venendo  in  vecchiezza  donô  del  vivo  capitale,  volendo  pure  mantenere  il  suo 
peccato;  e  pero  il  proverbio  dice  :  Ta  farai  corn:  colei  che  renderai  i  coltellini. 

M.  Papanti,  qui  a  enregistré  cette  nouvelle  sous  la  rubrique  Origine 
del  proverbio1,  a  bien  vu  qu'elle  ressemblait  à  celle  de  Straparole, 
mais  il  n'exprime  aucune  opinion  sur  son  origine.  M.  Zambrini2  pense 
qu'il  y  faut  voir  un  exemple  moral  tiré  de  quelque  traité  ascétique.  Cette 
supposition  se  rapproche  assez  de  la  vérité.  En  effet,  l'histoire  de  la 
dame  aux  petits  couteaux  est  tirée  du  traité,  sinon  ascétique,  au  moins 
moral,  de  Philippe  de  Navarre  sur  les  quatre  âges  de  l'homme.  Voici  le 
texte  français,  d'après  le  meilleur  des  quatre  manuscrits  que  j'ai  signalés 
jadis  de  cet  intéressant  opuscule  3  : 


1.  Catalogo  dei  novdlicri  it.diani  in  prosa  raccolti  e  posseduti  da  Giovanni  Pa- 
panti, Livorno,  1871,  II,  4$. 

2.  Le  Opère  volgari  a  stampa  dei  secoli  xm  e  xiv,  ediz.  quarta,  1878;  sous 

NOVELLETTA  INEDITA   (Cul.   708  9). 

3.  Voy.  Romania,  I,  420.  Le  récit  qui  suit  a  été  rapporté  par  Beugnot  dans 
sa  notice  sur  Philippe  de  Navarre,  Bibl.  de  l'Ec.  des  th.  II,  28. 


LE   CONTE    DES    PETITS   COUTEAUX 


(Bibt.  mit.Jr.  12581,  /o/.  401  b). 


597 


Et  celés  qui  ont  fait  folies  de  lor  cors  en  jovant,  s'eles  ne  s'amandent  lors  en 
moian  aage,  jamais  ne  s'amanderont,  et  seront  parfaitement  honiesvers  Dieu  et 
vers  le  siècle;  et  bien  lor  porra  avenir  ce  qu'avint  jadis  d'une  famé  qui  fu  moût 
bêle,  et  si  estoit  foie  et  pecherresse,  et  porsa  grant  biauté  l'an  Pamoit.  Une  foiz, 
avint  que  uns  hons  qui  la  covoitoit  a  3voir  fist  faire  .j.  bel  quenivet  dont  Ii  man- 
ches et  la  gaine  estoient  aorné  trop  richement  d'or  et  de  pierres  précieuses. 
Ainsis  li  presanta,  et  ele  fist  son  gré.  Moût  ama  le  quenivet  et  l'estuia  et  le 
mist  en  une  huche.  Moût  le  regardoit  sovant.  Et  an  tele  mélancolie  en  antra  et 
fu  en  tele  covoitise  d'autres  avoir  qu'ele  demandoit  a  chascun  de  çax  qui  la  vo- 
taient avoir  .j.  quenivet.  Et  chascuns  li  donoit  le  plus  bel  et  le  meillor  qu'il  pooit 
avoir,  car  tuit  voloient  faire  son  gré  por  ii  avoir.  Tant  en  i  ot  que  la  huche  fu 
toute  plaigne.  Et  quant  ele  vint  ou  moien  aage,  de  riens  ne  s'amanda  ne  aquita 
vers  Dieu  ne  ver  nature.  Ele  ampira  de  sa  biauté  si  conme  les  plusors  font.  Li 
doneor  des  quanivez  s'en  retraistrent  et  alierent  as  plus  jones.  Celé  qui  estoit 
en  maie  volante  de  pechier  se  paroit  et  cuidoit  estre  bêle  par  desquenoissance  ; 
si  se  correça  quant  nus  n'i  venoit.  Atant  avint  qu'ele  '  anvoia  querre  .).  de  çax 
qui  plus  li  plaisoit;  et  por  doute  (c)  de  faillir,  li  anvoia  en  presant  .j.  de  ses 
quanivez.  Cil  vint  por  le  loier  une  foiz,  et  puis  n'i  revint.  Et  celé  s'an  correça,  et 
anvoia  .j.  autre  quanivet  a  .j.  autre  home.  Cil  fist  autel  corn  le  premier;  et  si 
conme  ele  ampiroit  de  sa  biauté  por  l'aage  ou  ele  estoit,  et  les  jones  gens  i  ve- 
noient  plus  a  enviz,  toute  voie,  tant  en  manda  et  tant  en  vint  que  ele  randi  toz 
ses  quenivez  et  dona  ains  qu'elle  fu  vielle.  Et  quant  ele  conmença  a  anviellir, 
si  covint  qu'ele  donast  le  plus  bel  et  le  meillor  et  quant  que  ele  avoit  de  chatel, 
por  son  pechié  maintenir.  Cest  reproche  et  cest  exemple  dure  et  durra  a  la 
honte  de  telz  qui  ne  s'amandent  ou  moien  aage,  ne  ne  laissent  le  pechier.  Et 
quant  on  voit  aucune  qui  ne  s'amande  en  ce!  aage,  si  dit  on  qu'ele  rant  les 
quenivez. 

Il  est  de  toute  évidence  que  l'italien  est  la  traduction,  à  peine  abrégée 
par  places,  du  français.  Faut-il  en  conclure  que  le  traité  de  Philippe  de 
Navarre  a  été  traduit  en  italien  ?  Je  ne  le  pense  pas,  mais  il  y  a  d'ailleurs 
des  motifs  de  croire  que  ce  gracieux  ouvrage  a  dû  être  connu  en  Italie. 
Il  resterait  à  trouver  d'où  le  savant  jurisconsulte,  historien  et  poète 
(car  il  fut  tout  cela  et  plus  encore)  a  tiré  son  exemple.  Sur  ce  point, 
mes  recherches  sont  restées  infructueuses. 

P.  M. 


Ms.  Et  quant  de;  je  corrige  d'après  le  texte  de  Beugnot. 


COMPTES-RENDUS 


Le  Origini  dell1  epopsa  francese,  indagate  da  Pio  Rajna.   Firenze,  San- 
soni,  1884,  in-8',  xvi-550  pages. 

L'objet  du  livre  de  M.  Rajna  est  la  démonstration  de  l'origine  germanique 
de  l'épopée  française.  On  peut  dire  qu'il  a  atteint  son  but.  Bien  qu'on  puisse 
différer  de  sentiment  avec  l'auteur  sur  quelques  points  de  détail  et  même 
sur  quelques  traits  assez  importants  concernant  l'explication  du  fait  plutôt  que  le 
fait  lui-même,  le  fait  est  acquis  :  l'épopée  française  est  à  l'origine  l'épopée 
franque;  elle  naît  avec  l'arrivée  des  Francs  en  Gaule  et  reçoit  d'eux  une  impul- 
sion qui  la  fait  vivre  pendant  près  de  mille  ans.  Ce  n'est  là  à  vrai  dire  qu'un 
des  incidents,  qu'une  des  manifestations  du  grand  phénomène  de  la  germanisa- 
tion partielle  de  la  société  gallo-romaine  (je  laisse  ici  de  côté  le  reste  dé 
l'empire  romain);  cette  germanisation  a  atteint  son  maximum  vers  la  fin  du 
vme  siècle,  et  bientôt  après  a  commencé  une  réaction  de  laquelle  on  a  pu  dire 
que  son  histoire  est  l'histoire  même  du  moyen  âge.  Institutions,  lois,  mœurs, 
costume,  tout  depuis  lors  perd  de  plus  en  plus  le  caractère  germanique  intro- 
duit par  la  conquête;  la  langue  elle-même,  qui,  tout  en  restant  romaine,  avait 
emprunté  à  l'allemand  une  masse  de  mots,  en  perd  un  assez  grand  nombre,  bien 
qu'elle  en  conserve  encore  beaucoup  qui  attestent  mieux  que  tous  les  faits  exté- 
rieurs la  profondeur  à  laquelle  avait  pénétré  l'influence  des  étrangers  devenus 
les  maîtres.  On  peut  regarder  la  Renaissance  et  la  Révolution  comme  les  deux 
dernières  phases  de  cette  réaction,  naturellement  inconsciente,  qui  a  expulsé  de 
plus  en  plus  de  notre  vie  nationale,  dans  le  fond  comme  dans  la  forme,  l'élément 
germanique.  Comment  définir  ce  qui  a  poussé  dans  ce  sens,  ce  qui  a  toujours 
résisté  et  qui  maintenant  prévaut  et  domine?  Faut-il  croire  que  c'est  le  vieux 
fond  celtique  qui  a  reparu?  On  l'a  soutenu  '.  Est-ce  l'esprit  romain,  si  puissam- 


1.  On  en  a  fait  à  la  France  un  reproche  ou  un  éloge.  On  sait  les  tendresses  d'Henri 
Martin  et  autres  celtophiles  pour  «  le  génie  de  !a  Gaule».  D'autre  part,  ce  n'est  pas  pour 
nous  louer  qu'un  critique  allemand  a  dit  :  «  Grattez  le  Franç.iis,  vous  trouverez  l'Irlan- 
dais ».  C'est  là  une  vue  assez  répandue  en  Allemagne,  et  M.  de  Bismarck,  dans  une  con- 
versation avec  Bluntschli  récemment  publiée,  l'exprimait  à  sa  manière,  jugeant  d'ailleurs 
fort  justement  la  germanisation  passagère  de  la  Gaule. 


rajna,  Le  Origini  deW  cpopca  francese  599 

meut  infusé  dans  les  veines  gauloises?  On  l'a  pensé1.  Ou  ne  se  trouve-t-on 
pas  plutôt  en  présence  d'un  nouveau  peuple,  ayant  gardé  quelque  chose  de  sa 
triple  origine  2,  celtique,  romaine  et  germanique,  mais  étant  arrivé  à  se  former 
une  individualité  qui  ne  ressemble  à  celle  d'aucun  autre?  Ce  sont  là  des 
questions  qui  touchent  assurément  la  Romania  et  qu'elle  a  déjà  abordées,  mais 
qui  l'éloignent  trop  de  celles  qu'elle  discute  le  plus  habituellement  pour  être 
traitées  ici  en  détail;  elles  devaient  être  indiquées,  parce  qu'elles  donnent  au 
sujet  du  livre  de  M.  Rajna  un  fond  qui  en  augmente  la  grandeur  et  en  montre 
l'intérêt  varié. 

On  peut  trouver  surprenant,  au  premier  abord,  qu'un  tel  sujet  ait  attiré  les 
patientes  recherches  et  les  longues  réflexions  d'un  Italien  plutôt  que  d'un  Fran- 
çais ou  d'un  Allemand.  Les  Français,  à  vrai  dire,  ne  l'ont  pas  négligé:  c'est  à 
notre  pays  qu'appartiennent  surtout  les  prédécesseurs  que  M.  Rajna  rencontre 
sur  son  chemin,  tantôt  pour  les  accompagner,  tantôt  pour  les  combattre.  Les 
Allemands  au  contraire,  chose  assez  étrange,  ont  fait  très  peu  dans  ce  domaine, 
bien  qu'ils  aient,  comme  on  sait,  étudié  et  publié  beaucoup  de  nos  chansons  de 
geste.  Ils  ont  bien  vu  qu'il  y  avait  dans  notre  poésie  épique  quelque  chose  de 
germanique  3,  mais  ils  se  sont  contentés  de  remarques  assez  vagues  et  générales, 
et  n'ont  pas  cherché  à  établir  entre  notre  épopée  et  la  leur  des  rapprochements 
dont  M.  Rajna  a  trouvé  quelques-uns  à  fleur  de  terre  et  qui  certainement,  comme 
il  le  dit,  s'offriraient  en  grand  nombre  à  qui  ferait  des  fouilles  plus  profondes. 
Quant  à  l'habile  et  savant  professeur  de  Florence,  c'est  par  la  marche  naturelle  et 
le  développement  logique  de  ses  études  qu'il  est  arrivé  à  leur  donner  cette  suite. 
M.  Rajna  a  débuté,  tout  jeune  encore,  par  une  heureuse  trouvaille;  il  a  mis  la 
main  sur  un  poème  du  xiv<=  siècle  dont  le  Morgante  du  Pulci  n'est  en  partie 
qu'un  rifacimento.  Ce  début  le  poussait  à  étudier  l'histoire  de  l'épopée  française  en 
Italie  :  il  se  mit  à  l'œuvre  avec  le  courage  et  le  talent  qui  l'ont  rendu  justement 
célèbre,  et  nous  donna  ses  excellentes  études  sur  la  Rotla  di  Roncisvalle,  Mainct, 
Bcrtc  et  Milon,  Rinaldo  di  Montalbano,  Uggeri  il  Danese,  les  Reali  di  Francia. 
Cette  série  d'études  devait  avoir  deux  aboutissements  :  le  livre  sur  les  Sources 
de  l'Arioste  et  le  livre  sur  les  Origines  de  l'épopée  française.  Après  avoir  suivi  la 
tige  épique  française  jusqu'à  son  plus  brillant  épanouissement,  qu'elle  n'a  donné 
qu'après  bien  des  transplantations  et  des  greffes,  il  a  creusé  jusqu'aux  racines 
les  plus  profondes  et  est  arrivé  à  rechercher  le  sol  même  dans  lequel  elles  s'en- 
foncent. Pour  écrire  ces  deux  livres  il  a  fallu  les  qualités  les  plus  diverses,  et  on 
aurait  peine  à  croire  qu'ils  ont  le  même  auteur  si  on  ne  retrouvait,  en  les  lisant, 
la  même  méthode  à  la  fois  ingénieuse  et  sensée,  hardie  et  circonspecte,  la  même 


1 .  Ici  aussi  c'est  pour  les  uns  un  titre  d'orgueil,  ponr  les  autres  un  motif  d'aversion. 
Montalembsrt  et  son  école  n'ont  que  de  la  haine  pour  ce  qu'ils  regardent  comme  la  ré- 
surrection de  l'esprit  romain,  où  d'autres  voient  le  principe  de  la  grandeur  de  la  France. 

2.  Il  faut  prendre  naturellement  ce  mot  dans  un  sens  très  large,  en  tant  que  compor- 
tant l'hérédité  intellectuelle,  morale,  etc.,  autant  ou  plus  que  physiologique. 

3.  «  Je  sens  dans  ces  épopées  le  souffle  des  forêts  germaniques  »,  a  dit  Grimm.  Simrock 
a  vu  le  germanisme  de  plusieurs  de  nos  poèmes,  mais  il  ne  l'a  pas  toujours  bien  compris 
(cf.  Revue  critique,  1868,  I,  p.  384).  Voyez  encore  ce  que  dit  M.  Bartsch,  Revue  critique, 
1866,  II,  p.  407. 


600  COMPTES-RENDUS 

dialectique  serrée,  le  même  soin  constant  apporté  aux  plus  petits  détails,  le 
même  art  de  rendre  vivant  le  sujet  en  apparence  le  plus  aride,  la  même  exposi- 
tion intéressante  et  claire,  le  même  style  élégant,  expressif  et  personnel.  On  peut 
dire  seulement  que  sur  tous  ces  points  le  dernier  ouvrage  de  M.  Rajna  est  en- 
core en  progrès  sur  les  précédents;  on  y  trouve  moins  marqué  le  souci  de 
donner  de  l'agrémenta  ce  qui  n'en  est  pas  susceptible;  on  n'a  plus,  ou  presque 
plus,  à  se  plaindre  d'une  certaine  prolixité,  d'une  certaine  mollesse  qui  ont  été 
signalées  dans  la  forme  de  l'auteur.  On  peut  encore  trouver  qu'il  est  parfois 
trop  subtil  dans  ses  explications,  trop  fécond  en  objections  qu'il  se  fait  à  lui- 
même,  trop  long  dans  la  réfutation  qu'il  en  donne;  mais  c'est  là  un  tort  léger, 
qui  n'est  pas  sans  avoir  ses  avantages,  et  pour  lequel  on  est  d'autant  moins 
porté  à  se  montrer  sévère  que  l'aimable  auteur  le  reconnaît  lui  même  de  la 
meilleure  grâce  du  monde,  en  parlant  de  sa  «  smania,  che  confessa  eccessiva,  di 
voler  capir  tutto,  determinar  tutto.  »  Au  moins  avec  lui  on  peut  être  tran- 
quille: quand  il  a  moissonné,  i!  n'y  a  rien  à  craindre  pour  ceux  qui  engrangent 
et  rien  à  espérer  pour  les  glaneurs. 

M.  Rajna  m'a  fait  l'honneur  de  me  dédier  son  beau  livre;  il  s'est  rappelé,  et 
il  a  voulu  perpétuer  ce  souvenir,  que  c'est  mon  Histoire  poétique  de  Charlemagne 
qui  lui  a  jadis  fait  faire  connaissance  avee  l'épopée  française  et  lui  a  donné  le 
goût  de  s'en  occuper.  Les  livres  qui  ouvrent  à  un  jeune  esprit  un  champ  d'études 
encore  inconnu  et  lui  révèlent  en  même  temps  sa  vocation  conservent  plus  tard 
un  grand  charme,  qui  risque  de  produire  quelque  illusion  sur  leur  véritable 
valeur.  Je  crois  bien  que  c'est  un  peu  le  cas  ici,  mais  ce  n'est  pas  à  moi  d'in- 
sister. Cette  dédicace,  dont  je  suis  très  reconnaissant,  n'empêche  pas  M.  Rajna 
d'être  en  dissidence  marquée  avec  moi,  ou  plutôt  avec  VHistoire  poétique,  car, 
comme  il  le  dit  dans  sa  préface  et  comme  je  l'ai  moi-même  imprimé,  depuis 
186$,  à  plusieurs  reprises,  je  suis  arrivé  dès  longtemps,  sur  les  origines  de  not.ie 
épopée,  à  des  idées  très  voisines  des  siennes.  En  1867,  dans  le  premier  cours 
que  j'ai  fait  au  Collège  de  France,  j'ai  étudié  de  près  l'épopée  mérovingienne, 
que,  par  la  nature  même  de  mon  sujet,  je  n'avais  abordée  que  passagèrement 
dans  mon  Charlemagne,  et  il  m'a  été  impossible  de  ne  pas  voir  :  i°  que  cette 
épopée  était  dans  un  rapport  intime,  indissoluble,  avec  l'épopée  carolingienne, 
qu'entre  l'une  et  l'autre  il  n'y  avait  pas  de  solution  de  continuité  '  ;  20  que  cette 
épopée  était  nécessairement  germanique,  au  moins  en  grande  partie,  dans  ses 
origines.  D'autres  études,  faites  en  même  temps,  et  toujours  poursuivies  depuis, 
sur  l'ensemble  de  l'épopée  française  m'amenaient  à  la  rapprocher  de  l'épopée 
allemande,  soit  dans  sa  matière2,  soit  dans  son  inspiration  s,  et  ma  conviction 


1.  A  vrai  dire,  j'avais  déjà  reconnu  ce  fait  évident  dans  VHistoire  poétique,  et  M.  R. 
s'étonne  à  bon  droit  qu'ayant  vu  et  exprimé  assez  clairement  cette  vérité,  je  n'en  aie  pas 
alors  tiré  les  conséquences  qu'elle  appelle;  il  serait  trop  long  d'expliquer  les  causes  de 
cette  contradiction;  une  au  moins  sera  indiquée  plus  loin. 

2.  On  me  permettra  encore  de  rappeler  que  dès  1S62,  dans  un  article  sur  Huon  de 
Bordeaux,  j'avais  montré  que  certains  récits  ou  personnages  épiques  se  trouvent  à  la  fois, 
sans  qu'il  y  ait  imitation,  dans  l'épopée  française  et  dans  l'épopée  allemande. 

3.  C'est  sous  cette  impression  que,  dès  1868,  j'écrivais  que  l'épopée  française,  prise  en 
gros,  et  au  moins  sous  un  de  ses  aspects  les  plus  importants,  peut  être  définie  :  l'esprit 
germanique  dans  une  forme  romane. 


rajna.  Le  Origini  deW  epopea  francese  601 

à  cet  égard  a  toujours  été  en  se  fortifiant  et  en  se  précisant.  Si  M.  Rajna  n'avait 
pas  écrit  son  livre,  j'en  aurais  probablement  écrit  un  sur  le  même  sujet  :  il  sera 
le  seul  à  regretter,  comme  il  le  fait  aimablement,  qu'il  n'en  ait  pas  été  ainsi.  Il 
me  convie  en  revanche  à  examiner  son  ouvrage,  me  proposant  pour  modèle  les 
Recherches  auxquelles  mon  ancien  livre  et  le  premier  volume  de  M.  Gautier  ont 
donné  lieu  de  la  part  de  Paul  Meyer.  Je  défère  à  son  vœu,  mais  sans  prétendre 
rien  donner  de  comparable  à  l'écrit  de  Meyer,  si  substantiel  et  si  nourri  de  laits. 
Je  n'ai  pas  grand'chose  à  ajouter  matériellement  au  livre  de  M.  Rajna;  je  me 
bornerai  à  en  faire  connaître  le  plan,  à  signaler  les  éléments  nouveaux  qu'il 
apporte  à  la  science,  à  en  indiquer  et  çà  et  là  à  en  discuter  les  vues  princi- 
pales. J'aurai  bien  souvent  sans  doute,  si  je  continue  à  travailler  dans  le  même 
domaine,  a  y  revenir  et  à  m'y  référer,  et  sur  plus  d'un  point  qu'il  touche  j'ai 
en  vue  depuis  longtemps  des  travaux  spéciaux.  On  n'aura  ici  qu'un  aperçu  gé- 
néral, qui  suffira  déjà  à  remplir  un  article  d'une  dimension  plus  qu'ordinaire. 

Etant  donnée  la  thèse  que  M.  Rajna  a  voulu  établir,  il  y  avait  à  examiner 
dans  l'épopée  française  son  apparition  la  plus  ancienne,  les  conditions  dans  les- 
quelles elle  est  apparue  et  s'est  développée,  les  faits  qu'elle  contient,  l'esprit 
qui  l'anime,  sa  langue,  son  style  et  sa  forme  poétique,  puis  à  la  rapprocher  de 
l'épopée  allemande  et  à  voir  si  une  parenté  originaire  se  laisse  retrouver,  malgré 
la  différence  profonde  qu'elles  présentent  à  l'époque  où  nous  les  connaissons 
toutes  deux.  Je  ne  dirai  pas  que  l'auteur  ait  rempli  toutes  les  parties  de  ce  pro- 
gramme, et  il  fait,  en  plus  d'un  endroit,  appel  aux  recherches  futures  qui  vien- 
dront développer  ses  indications.  Mais,  sauf  peut-être  un  point  sur  lequel  je  re- 
viendrai, il  n'a  rien  omis  d'essentiel;  seulement  il  n'a  pas  disposé  les  faits  et  les 
raisonnements  exactement  dans  l'ordre  qui  vient  d'être  donné;  cela  importe 
peut-être  plus  qu'il  ne  semble  au  premier  abord,  en  ce  que  l'ordre  qu'il  a  suivi 
a  pu  amener  certains  manques  de  proportion,  mais  cela  n'empêche  pas  qu'on 
ne  retrouve  dans  son  livre  l'étude  de  tous  les  points,  ou  peu  s'en  faut,  dont  il 
vient  d'être  question.  Et  quand  on  songe  à  ce  qu'un  pareil  programme  exige  de 
science  variée  et  d'aptitude  aux  emplois  les  plus  divers  de  la  critique,  on  ne 
peut  qu'admirer  la  manière  dont  il  a  rempli  sa  tâche.  L'épopée  mérovingienne 
n'existe  pour  nous  que  par  l'analyse  de  textes  qui  se  donnent  pour  historiques; 
il  fallait  donc,  pour  l'aborder,  être  familier  avec  l'histoire  des  temps  mérovin- 
giens et  les  questions  compliquées  que  soulèvent  les  sources  de  cette  histoire; 
il  fallait  posséder  de  l'épopée  allemande,  si  riche,  si  éparse  et  si  abondamment 
commentée,  une  connaissance  assurément  fort  rare  en  dehors  de  l'Allemagne; 
il  fallait,  pour  rétablir  le  milieu  dans  lequel  a  fleuri  l'épopée  mérovingienne, 
connaître  et  apprécier  justement  l'état  social  et  politique  de  la  France  de  Clovis 
à  Charlemagne,  état  qui  a  donné  lieu  à  tant  de  discussions  et  d'hypothèses;  il 
fallait  être  en  outre  linguiste  et  métricien;  il  fallait  par-dessus  tout  avoir  le  sens 
sympathique  des  façons  de  sentir  et  de  penser  d'âmes  profondément  différentes 
des  nôtres  et  l'intelligence  des  conditions  intimes  de  la  poésie  spontanée  des 
anciens  temps.  Toutes  ces  qualités  et  toutes  ces  connaissances,  l'auteur  des  Ori- 
gini deW  epopea  francese  les  possède  et  les  met  en  œuvre;  son  livre,  outre 
l'instruction  qu'il  apporte,  procure  constamment  le  plaisir  que  donne  la  vue 
d'un  ouvrier  adroit  et  intelligent,  qui,  choisissant  avec  sûreté  et  maniant  avec 


602  COMPTES-RENDUS 

aisance  les  outils  appropriés  à  sa  main  et  à  sa  besogne,  commence,  poursuit 
et  achève  sous  nos  yeux  un  travail  bien  conçu  et  bien  limité. 

L'Introduction  (p.  3-23)  est  consacrée  à  «  l'épopée  et  ses  origines.  »  Sans 
nier  qu'il  existe  dans  beaucoup  d'épopées  des  éléments  mythiques,  l'auteur 
pense  qu'on  en  a  presque  toujours  exagéré  l'importance  et  analyse  très  bien  les 
éléments  constitutifs  de  l'épopée  historique,  qui  a  son  point  de  départ  dans  des 
faits  réels,  célèbre  des  héros  nationaux  et  sert  d'expression  à  certains  senti- 
ments collectifs.  Je  ne  ferai  qu'une  remarque  sur  ce  chapitre,  qui  pourrait  na- 
turellement donner  lieu  à  de  longues  discussions.  L'auteur  dit  (p.  1 1)  que  l'épo- 
pée «  prende  le  prime  mosse  dai  fatti,  in  quant 0  sopravvivono  nelle  memorie  dci 
popoli  »,  et  cette  idée  se  retrouve  ailleurs  dans  son  livre,  sans  jamais  y  être 
serrée  de  près.  Je  la  crois  fausse,  et  je  pense  que  tout  ce  qui  dans  l'épopée  est 
historique  provient  nécessairement  de  chants  absolument  ou  presque  absolu- 
ment contemporains  des  événements  qui  en  sont  le  sujet  (à  moins  qu'il  n'y  ait 
emprunt  fait  par  les  poètes  à  des  sources  historiques  proprement  dites).  A  mon 
sens  il  n'y  a  pas  de  tradition  historique  orale;  les  faits  les  plus  importants  s'ou- 
blient en  une  ou  deux  générations  s'ils  ne  sont  pas  conservés  par  des  récits  poé- 
tiques1.  Cette  manière  de  voir,  que  j'ai  déjà  eu  plus  d'une  fois  l'occasion  d'exprimer 
et  que  l'étude  critique  de  ce  qu'on  regarde  en  général  comme  des  traditions 
confirme  toujours,  a  pour  l'appréciation  de  l'épopée  en  général  et  de  la  nôtre  en 
particulier  des  conséquences  importantes;  j'en  reparlerai  plus  loin  à  propos  d'un 
point  sur  lequel  je  me  trouve  en  dissidence  avec  M.  Rajna.  Je  lui  reproche  ici 
de  n'avoir  pas  essayé  de  déterminer  plus  nettement  le  rapport  des  faits  avec 
l'épopée.  Il  montre  fort  bien,  en  revanche,  comment  celle-ci  va  toujours  s'éloi- 
gnant  des  faits  qui  lui  ont  servi  de  point  de  départ,  si  bien  qu'au  bout  d'un 
certain  temps  d'évolution  il  arrive  qu'ils  sent  presque  complètement  transfor- 
més ou  n'ont  laissé  dans  l'épopée  que  quelques  traces,  appréciables  seulement 
pour  la  critique,  et  qui  sont  souvent  en  contradiction  avec  l'ensemble  et  finis- 
sent par  disparaître  elles-mêmes.  —  Les  remarques  de  l'auteur  sur  la  poésie 
lyrique  et  épique  sont  fort  bonnes;  cependant  encore  ici  je  signale  un  certain 
manque  de  précision;  nous  retrouverons  plus  tard  cette  question,  ainsi  que  ceile 
qui  vient  d'être  touchée. 

Chap.  I.  L'épopée  germanique  dans  les  temps  les  plus  reculés.  —  Après  ces 
vues  générales,  l'auteur  passe  directement  à  l'épopée  germanique  primitive  ;  il 
réunit,  apprécie  et  discute  les  témoignages  des  anciens.  Il  y  a  là  beaucoup  d'ob- 
servations justes  et  neuves,  comme  la  démonstration  du  caractère  surtout  histo- 
rique (généalogique)  de  cette  épopée,  dont  l'auteur  constate  l'existence  chez  les 
Germains  en  général,  chez  les  Goths,  les  Vandales,  les  Langobards,  les  Bava- 
rois, les  Saxons,  les  Anglo-Saxons,  les  Bourgondions  et  les  Francs.  Il  faut  espé- 
rer qu'après  la  démonstration  de  M.  Rajna  (p.  36)  nous  verrons  enfin  disparaître 
de  l'histoire  de  l'épopée  germanique  le  citharoedus  envoyé  par  Théodoric  à  Clo- 
vis,  et  qui  était  simplement  un  musicien  romain  ou  grec.  —  M.  Rajna  a  raison 


1.  M.   R.  lui-même,  p.  02,  présente  sur  la  tradition  orale  des  réflexions  assez  sem- 
blables. 


rajna,  Le  Origini  deW  epopea  francese  60 } 

de  parler  avec  détail  du  poème  anglo-saxon  du  Vidsidh  et  des  scôp  anglo- 
saxons  ;  il  est  cependant  bien  remarquable  qu'on  ne  trouve  un  mot  correspon- 
dant à  celui-là  dans  aucun  autre  idiome  germanique  (laissant  la  Scandinavie  de 
côté),  ni  aucun  témoignage  sur  l'existence  chez  les  Germains  de  poètes  de  pro- 
fession. Au  contraire,  bien  des  indices  semblent  prouver  que  très  tard  (et  même 
chez  les  Anglo-Saxons,  voy.  le  passage  si  connu  de  Hom)  le  talent  de  composer 
et  d'exécuter  des  chants  épiques  était  commun  à  la  plupart  des  hommes,  comme 
celui  de  faire  la  guerre  et  de  dire  le  droit.  La  question  est  intéressante,  en  ce 
qu'elle  implique  celle  de  savoir  si  les  joculatores  gallo-romains  ont  eu  des  con- 
frères allemands,  ce  qui  aurait  beaucoup  facilité  le  passage  de  l'épopée  d'une 
langue  à  l'autre  (c'est  ce  qui  est  arrivé  pour  les  poèmes  bretons,  passant  des 
bardes  gallois  aux  conteurs  français),  ou  s'ils  ont,  pour  ainsi  dire,  soutiré  et  par 
là-même  déterminé  davantage  dans  ses  formes  et  sensiblement  modifié  une  épopée 
qui,  dans  son  milieu  originaire,  n'avait  pas  de  représentants  officiels  et  était  par 
conséquent  assez  flottante. 

Chap.  II.  La  Légende  de  Childéric  (p.  47-68).  — Nous  allons  maintenant  nous 
restreindre  à  l'épopée  franque  :  dès  leur  apparition  en  Gaule,  les  Francs  nous 
présentent  des  récits  épiques  '.  II  y  en  asurChlodion  et  Mérovée,  mais  on  n'en 
connaît  que  de  faibles  traces.  Au  contraire,  il  est  clair  que  l'histoire  de  Chil- 
déric.  telle  que  la  rapportent,  avec  d'importantes  variantes,  Grégoire  de  Tours, 
Frédégaire  et  les  GestaFrancorum,  est  fondée  sur  un  poème  épique,  et  un  poème 
épique  qui  a  des  analogues  évidents  tant  dans  l'épopée  française  que  dans 
l'épopée  allemande.  M.  Rajna  met  ce  fait  en  lumière  ici  et  ailleurs;  je  signalerai 
seulement  un  trait  qui  me  semble  assez  important  et  qu'il  n'a  pas  relevé  :  Chil- 
déric  est  chassé  de  son  pays,  où  il  revient  plus  tard  triomphant,  à  cause  de  son 
libertinage,  qui  soulève  les  Francs  contre  lui  ;  ce  même  libertinage,  cette  même 
indignation  de  pères  et  de  maris  outragés  est  la  cause,  dans  notre  épopée, 
de  l'exil  d'autres  héros  :  je  citerai  surtout  Lohier  dans  Lohier  et  Mallart,  dont  les 
aventures  ressemblent  le  plus  à  celles  de  Childéric,  puis  Hugues  Capet  et  Bau- 
douin de  Seboure.  —  Dans  le  récit  de  Frédégaire  se  trouve  un  épisode  qui  n'est 
pas  ailleurs,  celui  du  séjour  de  Childéric  à  Constantinople  ;  M.  R.  conjecture, 
avec  grande  vraisemblance,  qu'il  a  été  ajouté  sous  l'influence  des  aventures  de 
Gondovald.  ce  fils  de  C'otaire  qui,  réfugié  à  Constantinople,  en  revint  pour  se 
faire  roi  des  Francs  et  mourut  en  ^842.  Ainsi  la  chanson  de  Childéric,  s'il  est 
permis  de  l'appeler  ainsi,  vivait  et  se  développait  encore  à  la  tin  du  vie  ou  au 
commencement  du  VIIe  siècle  ;  le  rôle  que  joue  Constantinople  pourrait  porter 
à  croire  qu'elle  avait  passé  par  une  élaboration  latine  ou  romane;  cependant  il 
ne  faut  pas  oublier  que  divers  poèmes  allemands,  qui  ne  sont  pas  sans  analogie 
avec  le  nôtre,  ont  aussi  leur  scène  à  Constantinople,  et  M.  R.  se  demande  si 
on  n'a  pas  là  la  preuve  que  ce  trait  n'est  pas,  dans  ces  poèmes,  aussi  moderne 


1.  Peut-être  M.  R.  aurait-il  pu  insister  davantage  sur  l'épopée  qu'ils  possédaient  avant 
leur  entrée  en  Gaule. 

2.  L'empereur  qui  protège  Childéric  dans  Frédégaire  est  appelé  Maurice  ;  or  il  n'y  a 
pas  eu  d'empereur  de  ce  nom  avant  celui  qui  régna  de  582  à  602  et  fut  précisément  le 
patron  de  Gondovald. 


604  COMPTES-RENDUS 

qu'on  l'admet  généralement.  —  Tout  ce  chapitre  est  un  modèle  d'exposition  et 
de  critique  et  ne  peut  manquer  de  porter  la  conviction  [dans  les  esprits  les 
plus  prévenus. 

Ch.  III  (p.  69-94).  Clovis.  —  Que  l'histoire  de  Clovis  soit  en  partie  composée 
de  récits  épiques,  c'est  ce  qui  est  aujourd'hui  reconnu  de  tous.  M.  R.  analyse 
avec  un  sens  délicat  de  l'évolution  épique  les  trois  versions  du  Mariage  de  Clovis 
que  nous  ont  conservées  Grégoire,  Frédégaire  et  les  Gesta  regum  Francorum, 
et  montre  que  nous  avons  là  un  des  spécimens  de  ce  qu'il  appelle  Y  épopée  nup- 
tiale, type  très  répandu  chez  les  Germains  et  qui  se  retrouve  d'ailleurs  chez  tous 
les  peuples  qui  ont  une  épopée  '.  Le  trait  même,  singulier  en  apparence,  qui 
distingue  celle-ci  (que  le  héros  ne  va  pas  lui-même  chercher  sa  femme,  mais  la 
fait  enlever  par  un  subtil  messager)  se  retrouve  dans  d'autres  poèmes.  M.  R. 
semble  donc  ne  voir  dans  le  Mariage  de  Clovis  qu'une  sorte  de  nouvelle  épreuve 
jetée  dans  un  moule  ancien  ;  c'est  peut-être  aller  un  peu  loin,  et  il  est  probable 
qu'il  y  a  dans  ce  récit  un  fond  historique  sérieux,  mais  il  est  difficile  de  le  dé- 
terminer. —  Quoi  qu'il  en  soit,  le  Mariage,  au  moins  dans  deux  versions,  est 
intimement  rattachée  au  Baptême,  et  il  me  semble  que  ce  lait  soulève  des  ques- 
tions que  l'auteur  n'aurait  pas  dû  négliger.  Le  baptême  de  Clovis,  préparé  par 
la  bataille  où  il  invoque  le  Dieu  de  Clotilde,  accompagné  de  l'apparition  d'un 
ange  (ou  du  saint-esprit)  et  du  don  céleste  :  de  la  sainte  ampoule,  voilà  encore 
un  récit  certainement  poétique;  mais  dirons-nous  que  c'est  une  épopée  franque? 
Assurément  non  ;  c'est  un  récit  poétique  qui  n'a  pu  se  développer  et  prendre 
une  forme  que  chez  les  Gallo-Romains.  Darfs  le  cours  que  j'ai  fait  il  y  a  dix-sept 
ans  et  dont  j'ai  parlé  tout  à  l'heure,  j'attachais  une  importance  extrême  à  ce 
poème  chrétien  et  roman  sur  Clovis  ;  j'y  voyais  la  première  chanson  de  geste, 
née  chez  les  Romani  sous  l'influence  germanique,  grâce  à  l'intervention  du 
christianisme.  Dans  les  versions  diverses  du  Mariage,  comme  M.  R.  l'a  bien 
reconnu,  on  peut  signaler  aussi  un  élément  chrétien  et  roman.  J'aurais  voulu 
qu'il  insistât  davantage  sur  ce  fait,  qui  me  semble  encore  capital  pour  l'histoire 
de  l'épopée,  comme  pour  celle  du  sentiment  national  :  la  conversion  de  Clovis 
au  catholicisme  est  le  point  de  départ  de  l'histoire  de  FVance  comme  de  l'his- 
toire de  la  poésie  française  ;  en  rassemblant  les  Romani  catholiques  du  Nord, 
ennemis  des  ariens  de  Bourgogne  et  de  Gothie,  autour  du  chef  des  Francs,  elle 
a  créé  une  nation  nouvelle,  qui  dès  lors  a  eu  des  intérêts  et  des  sentiments 
communs  ;  et  dans  l'exaltation  née  de  ce  grand  événement,  qui  dut  profon- 
dément ébranler  les  âmes,  les  Romani,  devenus  membres  du  regnum  Francorum 
dont  le  chef  avait  été  béni  par  Rémi,  essayèrent  peut-être  pour  la  première  fois 
d'imiter  les  Francs  qui  célébraient  la  gloire  de  leur  roi,  et  osèrent  employer  à 
des  chants  épiques  leur  lingua  rustica  et  les  rythmes  de  leurs  chansons  fami- 


1.  La  forme  la  plus  ordinaire  est  la  Brautfahrt,  c'est-à-dire  que  le  héros  va  lui-même 
en  lointaine  expédition  pour  chercher  sa  femme.  D'autres  fois  il  la  ramène  d'une  expé- 
dition qui  n'avait  pas  été  entreprise  pour  elle.  Comment  ne  pas  rappeler  à  ce  propos 
combien  la  légende  des  Argonautes  ressemble  à  des  poèmes  allemands  et  français  ? 
Médée,  qui  s'éprend  de  Jason  et  lui  sacrifie  son  père  et  son  pays,  est  une  vraie  prin- 
cesse sarrazine  de  chanson  de  geste.  Il  y  a  là  un  «  moule  épique  »  d'une  haute  anti- 
quité. 


rajna,  Le  Origini  deW  epopea  francese  605 

lières  '.  Je  dis  «  peut-être  »,  parce  que  la  conversion  de  Clovis  a  pu  aussi  n'être 
chantée  que  dans  une  œuvre  toute  littéraire,  dans  un  poème  en  hexamètres  clas- 
siques, poème  dont  l'existence  est  en  tout  cas  rendue  probable  par  les  fragments  de 
vers  et  les  vers  presque  entiers  qui  semblent  s'en  être  conservés  dans  le  récit  de 
Grégoire  de  Tours2.  C'est  une  question  à  reprendre  encore  et  à  étudier  de  près. 
—  Les  petits  morceaux  détachés  qui  sont  consacrés  dans  Grégoire  de  Tours  au 
récit  des  dernières  années  de  Clovis  sont  regardés  par  M.  Rajna,  non  comme  une 
traduction  de  chant  populaires  (ce  qui  est  en  effet  insoutenable),  mais  comme 
une  «  émanation.  »  J'avoue  que  cela  même  me  paraît  fort  douteux,  je  dirai  plus, 
fort  improbable.  Il  ne  faut  pas  oublier  que  l'épopée  à  l'origine  n'est  que  le  reflet 
exact  des  mœurs  du  peuple  qui  la  produit,  et  si  dans  l'histoire  de  ce  peuple 
nous  rencontrons  des  traits  qui  se  retrouvent  dans  son  épopée,  il  ne  faut  nul- 
lement en  conclure  que  ces  traits  ne  sont  pas  historiques.  Le  fond  des  récits  de 
Grégoire  est  admis  par  M.  R.  commehistorique  ;  dans  la  forme,  je  ne  vois  rien 
d'épique.  Si  les  Francs  avaient  chanté  les  victoires  de  leur  chef  sur  Sigebert, 
Chararic  etRagnachaire,  ils  ne  les  auraient  pas  représentées  comme  dues  à  la  ruse 
et  à  la  trahison  ;  quant  à  l'hypothèse  de.  chants  hostiles  à  Clovis  dont  nous  au- 
rions ici  le  reflet,  elle  est  extrêmement  peu  vraisemblable.  Si  le  ton  de  la  nar- 
ration de  Grégoire  est  ici  différent  de  ce  que  nous  le  voyons  être  ailleurs,  c'est 
qu'il  a  évidemment  une  source  d'un  autre  caractère  :  on  peut  sans  hésiter  faire 
remonter  ces  récits  aux  souvenirs  de  quelque  compagnon  de  Clovis,  transmis  plus 
ou  moins  directement  à  l'évêque  de  Tours,  familier  de  la  cour  mérovingienne  î. 
L'individu  peut  raconter  comme  de  beaux  traits,  dont  on  rit  en  en  profitant, 
les  perfidies  qui  ont  fait  triompher  le  héros  dont  il  a  gardé  la  mémoire  enthou- 
siaste ;  l'épopée,  quoi  qu'on  en  dise,  n'admet  que  dans  des  conditions  particu- 
lières, et  avec  bien  des  restrictions,  cette  glorification  de  l'immoralité  dont  les 
récits  en  question  nous  offriraient  un  exemple  unique. 

Ch.  IV.  Thierri  et  Thiodcbcrt  (p.  95-1 10).  — Ce  chapitre  et  le  suivant  sont 
parmi  les  plus  remarquables  et  les  plus  importants  du  livre.  La  guerre  de 
Thierri,  fils  de  Clovis,  en  Thuringe,  est  racontée  par  Grégoire  de  Tours,  puis, 
longtemps  après,  et  d'une  façon  tout  indépendante,  par  Witikind  et  le  Chronicon 
Quedlinburgense.  Qu'il  y  ait  là-dessous  un  vieux  poème  franc,  c'est  ce  que  M.  R. 
met  au-dessus  de  toute  contestation,  tant  par  l'analyse  des  récits  eux-mêmes 
que  par  l'indication  des  traces  que  les  faits  et  les  personnages  de  ces  récits  ont 
laissées  jusque  dans  l'épopée  allemande,  si  remaniée  pourtant  dans  la  forme  où 
nous  l'avons  (il  y  a  longtemps  qu'on  a  reconnu  que  le  Hugdietricli  de  cette 
épopée  est  le  Hugo  Theodorkus  des  chroniques).  —  Non  moins  assurée  est  l'exis- 


1.  M.  Rajna  présente  d'ailleurs  plus  loin  (p.  276  ss.)  des  remarques  sur  ce  sujet,  mais 
un  peu  différentes. 

2.  Tel  est  pa;  exemple  le  passage  célèbre  :  Mitis  depone  colla  Sicamber,  où  colla  est 
une  expression  inconnue  à  la  prose,  et  tout  ce  récit  dans  Grégoire  est  d'un  style  différent 
de  son  style  habituel.  Cf.  Monod,  Grégoire  de  Tours,  p.  99-100  (où  ore  facundo  est 
donné  par  distraction  comme  une  fin  d'hexamètre). 

5.  Il  n'y  a  pas  là  de  contradiction  avec  ce  qui  a  été  dit  plus  haut  sur  le  caractère  de 
la  tradition  orale.  Il  ne  s'agit  que  de  souvenirs  individuels,  que  je  croirais,  vu  la  note 
chrétienne  qui  s'y  mêle,  transmis  à  Grégoire  par  un  intermédiaire  ecclésiastique. 


606  COMPTES-RENDUS 

tence  d'un  poème  franc  sur  la  défaite  du  danois  Chochilaic,  qui  avait  débarqué 
en  Frise,  par  Théodebert,  défaite  rapportée  par  Grégoire  de  Tours,  par  les 
Gesta  Francorum,  par  le  livre  de  Monslris  '  et,  d'autre  part,  mentionnée  dans  le 
Beovulf  angle.  M.  R.,  par  un  ingénieux  et  opportun  rapprochement,  fait  ob- 
server que  ce  poème  si  répandu  devait  avoir  sa  place  dans  le  répertoire  de 
Bernlef,  cet  aveugle  que  saint  Liudger,  vers  la  fin  du  viiic  siècle,  guérit  et  con- 
vertit en  Frise,  et  qui  était  très  aimé  «  eo  quod...  antiquorum  actus  regumque 
certamina  bene  noverat  psallendo  promere.  » 

Ch.  V  (p.  i  i  1-130).  La  guerre  saxonne  de  Clotaire  et  de  Dagobert-.  —  Ici  non 
seulement  nous  trouvons  dans  les  Gesta  regum  francorum  un  récit  d'un  caractère 
évidemment  épique,  non  seulement  l'épopée  française  postérieure  a  conservé  des 
traits  qui  apparaissent  dansce  récit  (en  les  rapportant  à  Charlemagne),  mais  nous 
avons  un  témoignage  formel,  un  texte  infiniment  précieux,  qu'on  a  bien  souvent 
allégué,  et  dont  M.  Rajna  a  cependant  eu  le  premier  l'idée  de  vérifier  la  date  et 
la  provenance:  il  s'agit  du  fameux  passage  de  la  vie  de  saint  Faron  où  l'hagio- 
graphe  raconte  l'insolente  ambassade  des  Saxons  à  Clotaire,  l'emprisonnement 
des  ambassadeurs,  sauvés  par  Faron,  évêque  de  Meaux  ;,  la  victoire  de  Clotaire, 
qui  ne  laisse  pas  vivre  un  Saxon  plus  haut  que  so.i  épée,  et  ajoute  :  «  Ex  qua 
Victoria  carmen  publicum  juxta  rusticitatem  per  omnium  paene  volitabat  ora  ita 
canentium,  feminaeque  choros  inde  plaudendo  componebant  : 

De  Chlothario  est  canere  rege  Francorum, 

Qui  ivit  pugnare  in  gentem  Saxonum  : 

Quam  graviter  provenisset  missis  Saxonum, 

Si  non  fuisset  (inclytus)  Faro  de  gente  Burgundionum  ! 

et  in  fine  hujus  carminis4  : 

Quando  veniunt  rnissi  Saxonum  in  terrain  Francorum  \ 
lnstinctu  Dei  transeunt  per  urbem  Meldorum, 
Ne  interficiantur  a  rege  Francorum. 

Hoc  enim  rustico  carminé  placuit  ostendere  quantum  ab  omnibus  celeberrimus 


1 .  Cet  opuscule  singulier,  qui  date  encore  des  temps  mérovingiens,  a  été,  après  Berger 
de  Xivrey,  édité  par  Haupt,  ce  que  M.  R.  n'a  pas  connu  (progr.  de  Berlin  de  1S63  et 
t.  Il  des  Opuscules).  On  y  mentionne,  comme  un  géant,  «  rex  Huiglaucus  [Hygelâc  dans 
Beovulf),  qui  impe'ravit  Getis  (les  Geaten  de  Beovulf),  et  a  Francis  occisus  est;  quem 
equus  a  duodecimo  aetatis  anno  portare  non  potuit.  »  Ce  trait  se  retrouve  dans  l'épopée 
Scandinave  :  c'est  à  la  même  circonstance  que  Hrolf  dut  son  nom  de  Gangahrolf  (pedes 
Rodulfus). 

2.  M.  R.  ne  parle  pas  de  la  célébrité  qui  est  restée  attachée  au  nom  de  Brunehaut,  a 
laquelle  sont  attribuées,  dans  diverses  parties  delà  France,  les  anciennes  voies  romaines. 
Il  y  aurait  encore,  après  tout  ce  qu'on  en  a  déjà  écrit,  des  recherches  curieuses  à  faire 
sur  ce  point.  .    , 

3.  M.  R.  n'est  pas  bien  sûr  que  le  Faron  du  poème  soit  le  Faron  comte,  puis  eveque 
de  Meaux;  mais  alors  comment  explique-t-il  le  «  per  urbem  Meldorum  »  >.  _ 

4.  Cette  remarque  est  bien  singulière,  comme  i'a  déjà  dit  M.  Gautier.  Puisque  le  chant 
a  pour  sujet  la  victoire  de  Clotaire  (ex  qua  Victoria),  l'ambassade  des  Saxons,  qui  ouvre 
la  guêtre,  devait  se  trouver  au  début  et  non  à  la  fin  du  chant.  H  faudrait  revoir  tout  ce 
texte. 

$.  Le  ms.  donne  ensuite  «  Faro  ubi  erat  princeps  »,  qu'on  a  regardé  a  bon  droit 
comme  une  interpolation  ;  mais  je  la  placerais  plutôt  après  le  vers  suivant  :  Faron  était 
alors  sans  doute  comte  de  la  ville  dont  il  fut  plus  tard  évêque. 


rajna,  Le  Origini  deW  epopea  francesc  607 

habebatur.  »  Or  Hildegaire,  l'auteur  probable  de  cette  vie  de  saint  Faron,  qui 
vivait  au  ix^  siècle,  déclare,  ce  que  personne  n'avait  remarqué  jusqu'ici,  qu'il 
donne  ce  récit  «  ut  in  descriptionibus  beati  Chilleni,  viri  Scotticae  gcntis,  exa- 
ratum  videatur  (videtur  ?)  habere  (haberi?).  »  Ce  que  veutdire  cette  étrange  ex- 
pression, on  le  comprend  en  lisant  quelques  chapitres  plus  loin  la  propos  d'autre 
chose)  :  «  ut  in  vita  beati  Chilleni  jamdicti  inveuimus.  «Chilien  (ou  Chilian),  Ir- 
landais, apôtre  de  l'Artois  où  il  fut  envoyé  par  saint  Faron  ' ,  vivait  donc  à  la  fin 
du  vu0  siècle  2  ;  c'est  dans  sa  vie,  écrite  sans  doute  par  un  disciple,  et  bien 
malheureusement  perdue,  que  Hildegaire  a  pris  ce  passage  destiné  à  devenir  si 
célèbre.  Comme  le  fait  remarquer  M.  R.,  les  expressions  volitnb.it,  componebant, 
excluent  déjà  l'idée  que  Hildegaire,  évèque  de  Meaux,  entre  855  et  876,  ait  re- 
cueilli ce  chant  de  la  bouche  du  peuple  ;  il  n'a  fait  que  reproduire  un  témoi- 
gnage beaucoup  plus  ancien  :  c'est  une  importante  constatation.  J'aurai  plus 
tard  à  reparler  de  ce  chant.  —  Ce  qui  est  singulier,  c'est  que  cette  guerre  de 
Clotaire  en  Saxe,  objet  du  poème  mentionné  dans  la  Vita  Chilleni  et  résumé 
dans  les  Gesla  5,  est  d'ailleurs  complètement  passée  sous  silence  par  les  histo- 
riens. M.  R.  part  de  ce  fait  pour  émettre  l'hypothèse  qu'il  s'agit  en  réalité  d'une 
guerre  de  Clotaire  F"1',  bien  historique  celle-là,  mais  dans  le  récit  de  laquelle, 
chez  Grégoire  de  Tours,  il  croit  cependant  discerner  quelques  traits  épiques.  On 
aurait  plus  tard  substitué  Clotaire  II  à  Clotaire  F'1'  (comme  Charlemagne  à 
Charles-Martel1,  et  on  aurait  donné  un  rôle  à  Dagobert,  le  célèbre  fils  de  Clo- 
taire. Mais  comment  s'expliquerait  alors  le  chant  où  il  est  parlé  de  F'aronr'  S'y 
agissait-il  d'un  autre  Faron,  comte  à  Meaux  du  temps  de  Clotaire  Ier,  et  le 
biographe  de  saint  Chilian  l'a-t  il  exprès  confondu  avec  le  patron  de  son  héros? 
Cela  me  paraît  bien  douteux,  car  ce  chant  a  pour  moi  tous  les  caractères  d'un 
poème  absolument  contemporain  de  l'événement  qu'il  célèbre,  et  qui  n'a  pas  dû, 
dans  cette  forme,  être  encore  vivant  un  siècle  et  demi  après. 

Ch.  VI  (p.  1 3 1-168).  Floovent.  —  Que  cette  chanson  de  geste  soit  un  dérivé  d'un 
ancien  poème  mérovingien,  personne  n'en  doute  aujourd'hui  4,  et  tout  le  monde, 
ou  à  peu  près  S,  accepte  l'identification  de  Floovent  kChlodovinc.  Les  Gcsta  Da- 
goberti  racontant  que  Dagobert  se  brouilla  avec  son  père,  le  roi  Clotaire,  parce 
qu'il  avait  coupé  la  barbe  d'un  duc  appelé  Sadregisile,  et  Floovent  que  son  héros 
se  brouilla  avec  son  père,  le  roi  Clovis;  parce  qu'il  avait  coupé  la  barbe  du  duc 
Sénéchal  (ou  Salart),  son  gouverneur,  on  n'a  pas  hésité,  jusqu'à  présent,  à  re- 
garder Floovent  comme  identique  à  Dagobert.  J'ai  supposé  ô  que  Chlodovinc  était 


1.  C'est  pour  cela  que  sa  biographie  contenait  ce  passage  relatif  à  Faron. 

2.  Il  y  a  plusieurs  saints  Chilian,  et  il  est  malaisé  de  les  distinguer;  voyez  ce  qu'en 
dit  M.  R.  à  la  p.  121 . 

3.  Que  ce  soit  bien  le  même  poème,  avec  la  même  guerre  pour  sujet,  c'est  ce  que  M.  R. 
met  hors  de  doute.  Voyez  d'ailleurs  Gautier,  t.  11,  p.  48,  n.  2. 

4.  Sur  le  rapport  de  Flovent  à  Floovent,  j'ai  autrefois  contredit  M.  R.  (Rom.,  VI,  610)  ; 
il  n'a  pas  changé  d'avis,  moi  non  plus,  mais  cela  n'importe  pas  ici. 

5.  Sauf  M.  Wesselofsky,  qui  veut  voir  dans  Floovent  et  autres  noms  pareils  les  repré- 
sentants de  Flavius,  etc.  (Archiv  fur  slavische  Philologie,  VI,  $73).  L'objection  tirée  par 
M.  Wesselofsky  de  la  divergence  de  formes  entre  «  Cloevis  »  et  «  Floevent  »  a  été 
prévue  et  fort  bien  réfutée  par  M.  Rajna  ;  voy.  ci-dessous,  p.  608,  n.  1. 

6.  Voy.  Rom.,  VI,  612. 


608  COMPTES-RENDUS 

dans  un  poème  allemand  perdu  une  épithète  accolée etsouvent  substituée  au  nom 
de  Dagobert,  et  qu'elle  l'avait  remplacé  quand  ce  poème  passa  en  français  ;  mais 
Dagobert  n'étant  pas  fils  de  Clovis,  j'ai  admis  que  les  Mérovingiens  en  général 
recevaient,  aussi  bien  que  ce  nom,  celui  de  Chlodovingiens.  M.  Rajna  objecte 
qu'il  n'y  en  a  aucun  exemple,  et  qu'il  est  d'ailleurs  invraisemblable  qu'un  nom 
aussi  célèbre  que  celui  de  Dagobert  ait  disparu  devant  une  épithète.  Il  cherche  donc 
pour  en  faire  le  héros  de  la  chanson  un  prince  qui  soit  vraiment  le  fils  de  Clovis, 
d'autant  plus  que  dans  la  chanson  même  Floovent  est  le  fils  de  «  Cloevis  » 
ou  «  Cloevier  »  ',  et  que  diverses  considérations  l'induisent  à  regarder  le  poème 
d'où  est  issu  Floovent  comme  fort  ancien;  il  propose  soit  Thierri,  soit  Clotaire, 
mais  plus  volontiers  le  premier.  Quant  à  l'épisode  de  la  barbe  coupée,  il  aurait 
été  emprunté  à  la  légende  de  Dagobert  et  substitué  dans  la  chanson  à  la  cause 
primitive  de  l'exil  de  Ploovent,  ou  au  contraire  l'auteur  des  Gesta  Dagobcrti 
aurait  attribué  à  son  héros  une  aventure  qui  ne  lui  appartenait  réellement  pas. 
Je  n'entre  pas  ici  dans  la  discussion  de  ces  idées,  qui  méritent  d'être  pesées  à 
loisir  ;  je  reconnais  la  valeur  des  objections  de  M.  Rajna,  et  je  remarque  seu- 
lement que  s'il  fallait  choisir,  pour  en  faire  le  héros  de  Floovent,  un  des  fils  de 
Clovis,  c'est  Clotaire  que  je  préférerais,  d'une  part  à  cause  de  ses  rapports,  re- 
levés par  M.  R.,  avec  les  Saxons,  d'autre  part  parce  qu'il  ne  me  semble  pas 
impossible  que  l'histoire  de  Lohier  (=  Clotaire)  dans  le  poème  de  Lohier  et 
Mallart*  soit  une  des  variantes  de  Floovent.  On  comprend  aussi  que  si  le 
héros  était  habituellement  (ce  que  l'allitération  devait  favoriser)  appelé  Chh' 
tachari  Chlodovinc,  en  fr.  Flodier  Flodovenc  3,  le  premier  de  ces  deux  noms 
commençant  de  même  soit  tombé.  On  objectera  que  la  jeunesse  de  Clotaire 
n'offre  aucun  trait  de  ressemblance  avec  celle  de  Floovent  ;  mais  nous  n'avons 
pas  affaire  ici  à  un  poème  historique  :  notre  chanson  est  le  type  d'un  poème 
d'Enfances,  c'est-à-dire  un  récit  des  premiers  exploits  attribués  à  un  héros  de- 
venu célèbre,  exploits  inventés,  mais  d'après  des  formules  déjà  courantes;  il  n'y 
a  donc  pas  lieu  de  chercher  dans  l'histoire  vraie  même  le  germe  de  semblables 
récits. 

Ch.  VII  (p.  169- 178).  Gisbert.  —  J'ai  montré  jadis  (Rom.,  II,  3$  5)  que  le  récit 
relatif,  dans  les  Reali  di  Francia,  à  «  Gisberto  dal  fiero  visaggio  »  devait  pro- 
venir d'une  chanson  de  geste  perdue,  à  laquelle  il  est  fait  allusion  dans  un  pas- 
sage de  Gaidon  4.  Gisbert  déclare  la  guerre  à  Dieu,  qui  naturellement  abat  son 


1.  M.  R.  écarte  très  habilement  la  difficulté  que  pourrait  faire  naître  la  forme  diffé- 
rente de  l'initiale  dans  ces  deux  noms.  Il  montre  aussi  que  constamment  et  dans  les  plus 
anciens  témoignages  qui  le  concernent,  Floovent  est  présenté  comme  le  fils  du  premier 
roi  chrétien  de  France. 

2.  Voy.  Hist.  litt.  de  la  France,  t.  XXVIII.  p.  247. 

5.  Il  faut  remarquer  que  le  changement  de  Chl-  en  Fl-  n'est  pas  un  trait  phonétique 

commun  à  toute  la  langue  d'oïl  :  on  a  en  français  Louis,  Lohier,   et    non  pas  Flouis, 

Flohitr.  Il  serait  intéressant  de  circonscrire  le  domaine  géographique  de  ce  changement. 

4.  Depuis  lors  j'ai  trouvé  une  autre  mention  de  Gisbert.  cette  fois  qualifié  expressément 

de  roi,  ce  qui  a  son  importance  : 

Onques  li  rois  Gierbier-,  c'on  tint  por  desreé, 
Ne  guerroia  tant  Deu  ne  sa  crestienté 
Com  jo  ferai  mais  bien  en  tresiot  mon  aé. 

Chcv.  au  Cignc,  éd.  Hippeau,  v.  5695. 


rajna,  Le  Origini  dcll'  epopca  franccse  609 

orgueil,  et  lui  pardonne  quand  il  a  fait  pénitence.  C'est  à  ce  roi,  qu'il  regarde 
comme  un  des  rois  qui  ont  précédé  Charlemagne  ;d'accord  avec  les  Rcali),  que 
M.  R.  consacre  un  chapitre  '  ;  il  reconnaît  d'ailleurs  lui-même  qu'il  s'agit  ici 
d'hypothèses  assez  mal  étayées.  Il  soupçonne  que  Girbert  ou  Gisbert  serait  Cha- 
ribert,  et  il  essaie  de  rendre  cette  identification  vraisemblable,  sans  trop  y 
réussir.  La  forme  primitive  du  nom  de  notre  personnage  est  Gisbert  (Gisobercht, 
non  pas  Gisilbcrcht  =  Gislebert  ,  ce  qui  a  bien  peu  de  rapport  avec  Herbert, 
dérivé  normal  de  Charibercht,  et  les  ressemblances  entre  le  roi  mérovingien  et 
Girbert  sont  bien  vagues.  Il  me  semble  qu'ici  M.  R.  s'est  trop  laissé  entraîner 
au  désir  de  voir  de  l'histoire  partout.  Je  crois  que  la  chanson  de  Gisbert  n'est 
qu'une  adaptation  épique  de  la  légende  de  l' Empereur  orgueilleux*  (rappelée  par 
M.  Rajna  lui-même),  et  que  le  nom  de  Gisbert  et  sa  qualité  probable  de  roi  de 
France  n'ont  rien  à  faire  avec  l'histoire. 

Ch.  VIII  (p.  179-198).  Sibille. —  Rien  de  plus  ingénieux  que  ce  chapitre,  où 
M.  R.  cherche  dans  l'histoire  réelle  de  Gondeberge,  femme  du  roi  langobard 
Arioald,  histoire  qui  fut  de  bonne  heure  le  sujet  de  chants,  d'abord  langobards, 
puis  francs,  le  fondement  de  la  chanson  de  Sibille  (femme  de  Charlemagne). 
Quoi  qu'on  pense  de  son  hypothèse,  dont  la  discussion  serait  trop  longue  ici, 
ii  faudra  tenir  compte  des  arguments  qu'il  invoque  pour  établir  que  les  aven- 
tures de  Gondeberge  ont  une  réalité  historique,  et  ne  sont  pas,  comme  l'a  cru 
Sv.  Grundtvig,  la  simple  variante  langobarde  de  ce  conte  répandu  dans  le  monde 
entier  de  l'épouse  innocente  et  persécutée. 

Ch.  IX  (p.  199-238).  Charlemagne  et  Charles-Martel.  —  La  substitution  du 
second  Charles  fils  de  Pépin  au  premier  Charles  fils  de  Pépin  dans  l'épopée  a 
été  indiquée  dans  ['Histoire  poétique  de  Charlemagne.  Dans  cet  excellent  chapitre, 
M.  R.  ne  la  met  pas  seulement  hors  de  doute:  il  l'étudié  dans  le  détail  avec 
une  science  et  une  critique  qui  ne  laissent  rien  à  désirer.  Je  ne  crois  pas.  — 
voilà  ma  seule  réserve,  —  que  le  Braimantde  Mainet  ait  rien  à  faire  avecAbder- 
rahman  (au  reste  M.  R.  n'en  est  pas  lui-même  bien  convaincu),  ni  que  le 
Mainet,  dans  sa  forme  originaire,  provienne  d'un  poème  sur  Charles-Martel.  Je 
dis  «  dans  sa  forme  originaire  »,  parce  que  nous  avons  à  mon  sens  dans  Mainet 
deux  poèmes  distincts  :  l'un,  Heldri  et  Rainfrei,  qui  remonte  certainement  aux 
luttes  de  Charles-Martel  contre  Chilpéric  et  Raganfred,  l'autre,  le  Mainet  pro- 
prement dit,  qui  n'est  qu'une  variante  du  thème  que  nous  avons  déjà  rencontré 
dans  la  légende  de  Childéric,  de  Floovent,  etc.  5.  S'il  y  a  quelque  élément  his- 
torique dans  ce  récit  de  la  fuite  du  jeune  Charles  chez  l'amiral  de  Tolède,  ce  ne 
serait  pas,  je  crois,  à  l'époque  de  Charles-Martel,  mais  bien  plus  tard  qu'il 
faudrait  !e  chercher.  Il  est  difficile  en  effet  de  ne  pas  rapprocher  de  ce  récit 
l'histoire  du  roi  de  Castille  Aifonse,  qui,  chassé  de  ses  États  par  son  frère, 
trouva  en  réalité  un  refuge  à  Tolède  chez  le  roi  Alimaimon,   épousa  sa  fille  et 


1.  Au  début  de  ce  chapitre,  il  traite  rapidement  de  Dagobert,  d'Octavien  et  Florent, 
héros  de  chansons  peu  anciennes  dans  leur  forme.  M.  R.  songe  à  voir  dans  Florent  un 
Chlotaeharinc  (Fledarenc,  Floerenc),  parallèle  à  Floovent  Çhlodovinc. 

2.  C'est  aussi  l'opinion  de  M.  Wesselofsky  (loc.  cit.). 

5.  M.  R.,  dans  le  chapitre  X,  se  prononee  d'ailleurs  à  peu  près  dans  le  même  sens. 

Romania,  XIII.  39 


6 10  COMPTES-RENDUS 

rentra  peu  après  en  possession  de  son  royaume  '.  Mais  ces  circonstances,  dont 
la  coïncidence  ne  me  semble  guère  pouvoir  être  fortuite,  n'ont  fait  que  fournir 
la  localisation  du  récit.  —  M.  R.  montre  la  substitution  de  Charlemagne 
à  Charles  Martel  dans  les  guerres  de  Provence,  dans  l'histoire  des  fils 
d'Aimon  2,  etc.  Il  parle  ensuite  du  Charles  Martel  de  Girart  de  Roussillon  qui, 
d'après  lui,  ne  serait  pas  uniquement  Charles  le  Chauve,  et  du  Charles  Martel  de 
Huon  d'Auvergne  ;  il  conclut  qu'il  y  a  là  un  véritable  cycle  de  Charles  Martel, 
dont  celui  de  Charlemagne  a  recueilli  sans  doute  plus  de  fragments  que  nous 
ne  pouvons  en  reconnaître.  —  Dans  un  Appendice  (p.  239-244),  l'auteur  étudie 
très  savamment  l'origine  du  surnom  de  Magne,  et  montre  qu'il  n'a  jamais  été 
bien  compris  par  le  peuple.  Il  a  d'autant  plus  raison  que  la  forme  elle-même  du 
nom  décèle  son  origine  savante:  magnus  n'a  point  passé  en  français,  où  il 
aurait  donné  mainz  (cf.  parmainz  de  permagnusi;  Charles  Mairies  a  été  fait  sur 
Carolus  Magnus,  et  si  quelques  poètes,  comme  celui  du  Rollant,  savent  ce  que 
magnes  veut  dire  et  l'emploient  même  en  le  détachant  du  nom  propre  (nostre 
emperere  magnes,  Charles  li  magnes,  reis  magnes),  cela  prouve  seulement,  comme 
le  dit  M.  R.,  qu'ils  avaient  une  instruction  au-dessus  de  l'ordinaire  3 . 

Ch.  X  (p.  245-273).  Formules  communes  à  l'épopée  carolingienne  et  d  l'épopée 
mérovingienne.  Jusqu'à  présent  nous  avons  surtout  recherché  dans  les  textes  his- 
toriques la  preuve  que  l'épopée,  apportée  par  les  Francs  de  Germanie,  n'avait 
nullement  cessé  chez  eux  depuis  leur  établissement  en  Gaule,  et  avait  accom- 
pagné l'histoire  pendant  toute  la  durée  de  la  race  mérovingienne.  Quelques 
rapprochements  nous  avaient  déjà  permis  de  faire  remonter  à  cette  période  la 
source  de  chansons  de  geste  fran  çaises,  telles  que  Floovent,  où  s'est  conservé, 
à  l'insu  même  du  poète,  le  nom  tout  mérovingien  du  héros,  et  Mainet,  où  les 
luttes  de  Charles  Martel  contre  les  derniers  Mérovingiens  ont  au  contraire  été 
attribuées  à  Charlemagne.  Le  chapitre  X  va  nous  faire  toucher  de  plus  près  en- 
core les  rapports  des  deux  épopées,  en  pénétrant  dans  leur  construction  intime  4. 
L'auteur  prend  un  certain  nombre  de  thèmes  essentiellement  épiques,  et  montre 
qu'ils  se  trouvent  également  dans  des  récits  soi-disant  historiques  relatifs  aux 
Mérovingiens  et  dans  l'épopée  carolingienne.  Tels  sont  :  les  murs  qui  s'écrou- 
lent d'eux-mêmes,  —  la  biche  qui  indique  un  chemin,  —  les  ennemis  mesurés  à 
l'épée,  —  les  ambassades  insolentes,  —  les  combats  singuliers  en  présence  des 
armées,  —  puis,  spécialement  pour  les  guerres  saxonnes,  certains  traits  qui  se 
retrouvent  dans  les  poèmes  sur  Clotaire  et  ceux  qui  célèbrent  Charlemagne  (je 
crois  qu'on  pourrait  encore  en  trouver  d'autres).  La  plupart  de  ces  rappro- 
chements ont  déjà  été  faits,  mais  M.  R.,  outre  qu'il  en  a  augmenté  le  nombre, 


1 .  N'ayant  pas,  au  moment  où  j'écris,  les  livres  nécessaires  sous  la  main,  je  ne  fais  ce 
rapprochement  que  de  souvenir. 

2.  On  sait  que  l'identité  de  Yon,  roi  de  Gascogne,  dans  Renaut,  avec  Eudon. 
duc  d'Aquitaine  au  vin-  siècle,  et  par  suite  du  Charles  de  ce  poème  avec  Charles  Martel, 
a  été  brillamment  démontrée  par  M.  Longnon. 

3.  M.  R.  aurait  pu  citer  le  Pèlerinage  de  Charlemagne,  où  est  indiquée  une  prétendue 
origine  du  surnom  de  magne. 

4.  Avant  d'entamer  cette  étude,  M.  R.  parle  encore  des  deux  Pépin  comme  person- 
nages épiques  ;  il  aurait  pu,  je  crois,  s'étendre  un  peu  plus  sur  ce  point. 


rajna,  Le  Origini  dell'  epopea  francese  6ii 

les  a  exposés  avec  sa  précision  et  sa  circonspection  habituelles,  et  leur  a  donné 
ainsi  une  valeur  beaucoup  plus  décisive.  Je  trouve  au  contraire  imaginaire  la 
ressemblance  signalée  par  l'auteur  |il  n'est  pas  le  premier)  entre  le  début  du 
chant  relatif  à  la  guerre  saxonne  de  Clotaire  et  celui  de  plusieurs  chansons  de 
geste.  Rien  de  plus  différent  à  mon  sens  que  ces  deux  formules  que  M.  R.  dé- 
clare identiques,  d'une  part  : 

De  Chlothario  est  canere  rege  Francorum, 
Qui  ivit  pugnare  in  gentem  Saxonum, 
et  d'autre  part  : 

Seignor,  plaît  vos  oir  gloriose  chançon  ? 
C'est  de  l'ost  Charlemaine,  le  nobiie  baron, 
Qui  conquist  mainte  ville  et  mainte  région. 

Ici  c'est  un  jongleur  qui  s'adresse  à  son  auditoire  et  lui  indique  le  sujet  qu'il  va 
chanter  ;  là  rien  de  pareil  :  ce  chant,  encore  à  moitié  lyrique  (je  reviendrai  sur 
ce  point)  et  destiné  à  être  répété  en  dansant,  ne  pouvait  ressembler  aux  poèmes 
tout  narratifs  de  l'âge  postérieur,  et  cela  est  si  vrai  qu'il  est  impossible  de  tra- 
duire dans  le  français  des  chansons  de  geste  le  est  canere  du  premier  vers  ',  en- 
couragement que  se  donne  le  poète  ou  le  chanteur  au  début  d'un  chant  d'un  ca- 
ractère lyrique,  et  l'opposé  le  plus  complet  qui  se  puisse  concevoir  du  petit 
programme  adressé  par  l'exécutant  d'une  chanson  de  geste  à  ses  auditeurs 2.  Au 
reste,  c'est  ici  une  question  de  forme,  qui  a  son  importance  assurément,  mais 
qui  n'enlève  rien  de  leur  force  aux  rapprochements  de  fond  donnés  jusque-là. 

Ch.  XI  (p.  275-284).  La  langue  de  l'épopée  éi  F  époque  mérovingienne.  —  Les 
Francs  chantaient  naturellement  leurs  héros  dans  leur  propre  langue  ;  mais 
d'une  part  les  Romani  n'ont-ils  pas  de  bonne  heure,  à  leur  imitation,  composé 
des  chants  épiques  dans  leur  idiome,  le  latin  vulgaire  qui  devait  plus  tard  s'ap- 
peler le  français  3?  d'autre  part,  les  P'rancs  s'étant  de  bonne  heure  romanisés, 
au  moins  en  Neustrie,  n'ont-ils  pas  transporté  et  imité  dans  leur  nouvelle  langue 
les  chants  auxquels  ils  étaient  habitués  ?  C'est  probable,  mais  il  est  difficile  de 
l'établir  par  des  preuves  directes.  Un  mot  estropié  par  les  scribes  dans  le  récit 
de  la  guerre  saxonne  de  Clotaire  des  GestaA  ne  prouve  rien,  car  on  ne  sait 
s'il  était  roman  ou  franc.  Reste  le  fameux  carmen  rusticum  de  Hildegaire  ; 
M.  Rajna  ne  doute  pas  que  l'original  n'en  fût  roman  :  c'est  en  effet  bien  vrai- 
semblable, et  par  le  mouvement  général  et  par  le  fait  que  ce  chant  était  popu- 
laire dans  un  pays  foncièrement  roman.  Cependant,  ce  n  est  pas  absolument  sûr, 
et  le  meilleur  appui  de  l'existence  d'une  poésie  épique  romane  sur  les  Méro- 


1.  M.  R.,  à  qui  bien  peu  de  choses  échappent,  a  vu  la  difficulté  ;  il  s'en  tire  en  di- 
sant que  canere  équivaut  au  substantif  chançon,  mais  c'est  douteux  pou:  plus  d'une  raison. 
Ce  qui  me  rappelle  le  plus  le  début  du  Clotaire,  c'est  la  fin  de  la  première  strophe  du 
S.  Léger  :  Et  ore  est  temps  et  si  est  biens  Que  nos  cantums  de  saint  Legier. 

2.  Le  second  vers  ne  se  mettrait  pas  facilement  non  plus  dans  le  style  d'une  chanson 
de  geste. 

3.  Voyez  ce  qui  a  été  dit  plus  haut. 

4.  Sous  ces  altérations,  je  serais  porté  à  reconnaître  le  mot  balcent,  anciennement 
balcenc. 


6  I  2  COMPTES-RENDUS 

vingiens  est  toujours  la  visible  continuation  d'une  poésie  épique  antérieure  dans 
l'épopée  française  dont  Charlemagne  est  le  centre. 

Ch.  XII  (p.  285-299).  L'épopée  carolingienne  continuatrice  de  la  mérovingienne. 
—  C'est  cette  continuation  que  M.  Rajna  serre  maintenant  de  plus  près,  en  mon- 
trant qu'il  n'est  possible  ni  de  séparer  le  Charlemagne  épique  du  Charles 
Martel  épique,  ni  d'arrêter  à  celui-ci  l'origine  du  mouvement  auquel  il  a  une  si 
grande  part.  Accorder  en  effet  que  dans  l'épopée  carolingienne  il  y  a  des  poèmes 
qui  concernent  réellement  Charles  Martel,  c'est  accorder  par  cela  même  toute 
l'épopée  mérovingienne  et  sa  survivance  partielle  dans  la  suivante.  M.  R. 
écarte  judicieusement  les  hypothèses  qui  expliqueraient  la  transmission  soit 
par  la  voie  littéraire,  soit  par  la  simple  tradition  orale1.  Il  démêle  ensuite 
dans  l'épopée  carolingienne,  tout  altérée  qu'elle  soit  dans  la  forme  où  elle 
nous  est  connue,  des  traits  qui  remontent  à  un  passé  bien  plus  lointain  que 
l'avènement  des  Carolingiens.  Le  plus  curieux  est  la  «  croix  royale  »  que, 
d'après  des  textes  français  et  italiens  dont  l'accord  prouve  l'antiquité  de  la  lé- 
gende, tous  les  «  royaux  de  France  »  portent  naturellement  imprimée  sur 
l'épaule.  M.  R.  établit  que  ce  signe  remonte  aux  Mérovingiens,  et  il  le  prouve 
en  montrant  que  l'épopée  allemande  l'attribue  à  Wolfdietrich,  fils  de  Hug- 
dietrich  (le  Hugo  Thecdoricus  de  l'épopée  franque).  Si  ce  signe  remonte  si  haut, 
ce  n'était  sûrement  pas  à  l'origine  une  croix,  et  M.  R.  rappelle  la  légende  bi- 
zarre recueillie  par  Théophane  (f  817',  d'après  laquelle  les  Mérovingiens  «  étaient 
appelés  xpun&zca,  ce  qui  en  grec  veut  dire  zpiyppay^ixai^  parce  que  le  long  de 
l'épine  dorsale  (xorcà  r?(;  pâ/r,;)  il  leur  poussait  des  soies  comme  à  un  porc.  » 
Théophane  accueille  volontiers  les  bruits  défavorables  aux  prédécesseurs  des  Ca- 
rolingiens, et  M.  R.  voit  dans  ces  soies  de  porc  une  transfiguration  caricaturale 
de  quelque  autre  marque  plus  noble  :  on  pourrait  objecter  que  des  soies  de  san- 
glier n'auraient  sans  doute  pas  semblé  déshonorantes  à  une  époque  barbare,  et, 
pour  appuyer  l'opinion  de  Grimm,  qui  voit  là  une  trace  de  la  légende  d'après  la- 
quelle la  femme  de  Mérovée  avait  conçu  d'un  monstre  marin,  on  pourrait  rap- 
procher diverses  fables  généalogiques  semblables,  notamment  celle  qui  concerne 
les  enfants  de  Mélusine.  Mais  si  dans  la  description  de  Théophane  il  faut  voir  un 
travestissement,  il  me  semble  plus  naturel  d'y  chercher  celui  du  nom  de  regcs 
criniti  que  portent  les  Mérovingiens  dans  plusieurs  textes;  qui  sait  même  si xp'.a- 
-i-y.:  n'est  pas  une  faute  pour  xptvfoxt?  Le  double  sens  du  mot  crinis  a  pu  d'ail- 
leurs prêter  à  la  confusion. 

Ch.  XIII  (p.  301-367).  Les  Origines  primitives.  —  Étant  donné  que  l'épopée 
française  n'est  pas  née  subitement  à  une  époque  historique,  —  celle  de  Charle- 
magne comme  on  l'a  cru  longtemps,  —  et  qu'il  s'agit  là,  comme  dans  toute  vie 
organique,  non  de  génération  spontanée,  mais  de  transmission  héréditaire,  la 
nation  française,  d'autre  part,  ayant  des  éléments  celtiques,  latins  et  germa- 
niques, l'épopée  française,  en  théorie,  peut  être  celtique,  latine  ou  germanique 
d'origine.  M.  R.  écarte  sans  peine  les  hypothèses  celtique  et  latine;  il  discute 
longuement  une  troisième  et  plus  plausible  opinion,  d'après  laquelle  l'épopée 


1.   l  eut-être  laissc-t-il  trop  de  place  à  cette  dernière;  voy.  plus  haut. 


rajna,  Le  Origini  dcll'  epopea  francese  613 

française  serait  romane,  c'est-à-dire  se  serait  produite  non  en  latin,  mais  dans  le 
roman  rustique  destiné  à  devenir  le  français.  Que  celte  opinion  soit  vraie  à  un 
certain  moment,  c'est  incontestable  ;  il  s'agit  de  savoir  si  l'épopée  romane  s'est 
produite  de  bonne  heure,  et  si  l'épopée  germanique,  importée  en  Gaule  par  les 
Francs,  a  continué  longtemps  à  y  vivre  dans  sa  forme  première.  J'ai  indiqué 
plus  haut  (p.  604)  qu'il  ne  me  semblerait  pas  impossible  que  des  poèmes  romans, 
d'un  caractère  au  moins  à  moitié  épique,  se  fussent  produits  dès  le  règne  de 
Clovis  et  sous  l'influence  de  la  conversion  du  roi  des  Francs,  devenu  le  patron 
de  l'église  gallo-romaine  et  par  là  des  Romani  catholiques  (c'est  ce  qu'il  y  a  de 
vrai  au  fond  du  petit  roman  historique  de  Procope  dont  M.  R.  démontre  l'ab- 
surdité!. M.  R.  regarde,  nous  l'avons  vu,  le  poème  de  la  Guerre  de  Saxe  (fin  du 
vu0  siècle)  comme  roman;  il  pense  même  (p.  81,  277)  que  le  récit  de  Frcdé- 
gaire  (écrit  vers  660)  des  Noces  de  Clovis  s'appuie  sur  une  chronique  plus  an- 
cienne, laquelle  nous  reporte  à  un  poème  peut-être  roman,  qui  serait  donc  du 
vie  siècle  '.  Nous  voilà  bien  près  de  l'époque  de  Clovis  lui-même,  et  l'auteur  me 
paraît  l'avoir  un  peu  oublié  en  insistant  comme  il  le  fait  sur  la  distinction  tran- 
chée, aux  temps  mérovingiens,  des  Francs  et  des  Romani  pour  exclure  l'ori- 
gine romane  de  l'épopée.  Tout  ce  qu'il  dit  sur  la  condition  sociale  des  deux  races 
aux  vr--vnie  siècles  a  mon  approbation  complète,  aussi  bien  que  les  remarques 
sur  le  caractère  essentiellement  guerrier,  donc  aristocratique,  donc  franc  et  non 
romain  (du  moins  à  l'origine)  de  l'épopée  ;  je  lui  accorde  parfaitement  que  les 
Francs  ont  continué  un  certain  temps  en  Gaule  à  parler  leur  langue,  à  chanter 
leurs  vieux  chants  et  à  en  composer  de  nouveaux  ;  mais  je  ne  crois  pas  impos- 
sible, comme  je  l'ai  déjà  indiqué  plus  haut,  que  les  Romani  aient  commencé  de 
très  bonne  heure  à  imiter  les  Francs  et  à  composer  dans  leur  langue  des  chants 
populaires,  d'un  caractère  naturellement  assez  différent  de  ceux  des  Francs,  mais 
cependant  nés  sous  leur  influence.  Que  l'épopée  française  ait  une  origine  ger- 
manique, cela  n'empêche  pas  qu'elle  n'ait  une  origine  romane;  elle  a,  si  on  me 
permet  la  comparaison,  un  père  et  une  mère  :  le  germe  est  allemand,  le  déve- 
loppement est  roman,  et  en  somme  il  faut  bien  reconnaître  dans  l'épopée  fran- 
çaise, une  fois  qu'elle  est  adulte,  des  traits  qui  n'appartiennent  à  aucune  forme 
de  l'épopée  allemande.  Je  crois  qu'au  fond  M.  Rajna  est  d'accord  avec  moi  ; 
mais  son  désir  de  combattre  les  exagérations  de  ceux  qui  peuplent  le  royaume 
des  Francs  d'une  seule  nation,  composée  d'égaux,  sans  distinction  de  race,  l'a 
emporté  peut-être  un  peu  loin.  De  même,  il  établit  qu'en  Austrasie  l'usage  de 
la  langue  franque  se  maintint  très  tard,  ce  dont  personne  ne  doute  ;  mais  il  se 
prononce  beaucoup  moins  nettement  sur  ce  qui  se  p3ssa  en  Neustrie2.  Je  lui 
accorde  que  les  successeurs  de  Clovis,  au  moins  jusqu'à  la  fin  du  va!  siècle, 
avaient  «  il  linguaggio  franco  per  !o  meno  altrettanto  familiare  quanta  il  volgare 
délia  Gallia  »;  mais  l'aristocratie  franque  de  Neustrie,  éparse  dans  ses  possessions 
territoriales  et  bientôt  profondément  mêlée  d'éléments  romans,  dut  de  bien  meil- 


1.  Ailleurs  (p.  4  s  8)  il  attribue  des  chants  aux  Francs  romanisés  dans  la  seconde  moitié 
du  vie  siècle. 

2.  Voyez  cependant  encore  p.  4(8. 


6 14  COMPTES-RENDUS 

leure  heure  abandonner  sa  langue  originaire.  Elle  n'en  conservait  pas  moins  sans 
doute  ses  goûts  et  ses  habitudes  épiques,  et  quand  il  se  produisait  un  fait  de 
nature  à  susciter  le  chant,  le  chant  naissait  en  roman,  comme  il  serait  né  na- 
guère en  allemand.  En  ce  sens,  on  peut  dire  que  l'épopée  a  une  origine  romane, 
puisque  certains  poèmes  remontent  directement  à  des  chants  romans  nés  spon- 
tanément de  l'impression  des  faits  et  n'ont  aucune  source  allemande.  C'est  le  cas 
certainement  pour  les  poèmes  dont  les  faits  appartiennent  au  ixe  siècle  (le  Roi 
Louis,  Raoul  de  Cambrai,  etc.)  ;  ce  peut  être  le  cas  déjà  pour  des  poèmes  qui 
célèbrent  des  faits  du  vP  siècle.  Toutefois,  si  j'ai  raison  de  croire  que  des  chants 
sur  certains  événements  frappants  ont  pu  naître,  dès  la  fin  du  Ve  siècle,  chez  les 
Romani  eux-mêmes,  l'origine  romane  de  l'épopée  est  ici  plus  réelle.  Et  ce  qui 
me  parait  rendre  admissible  l'existence  de  ces  chants,  c'est  l'élément  chrétien  qui 
devait  y  prédominer,  élément  que  M.  R.  me  semble  laisser  trop  dans  l'ombre. 
Il  est  bien  probable  qu'il  existait  dans  la  population  gallo-romaine  des  chants 
religieux,  composés  dans  la  langue  et  le  rythme  populaires  ;  ce  sont  ces  chants 
qui  auront  servi  de  modèle  à  ceux  qu'inspira  sans  doute  la  conversion  deClovis. 
Qu'on  se  figure  la  place  que  la  religion  tenait  alors  dans  les  âmes,  la  terreur 
des  Romani  catholiques  du  nord  qui  se  voyaient  au  sud  entourés  d'ariens  et 
qui  venaient  d'être  conquis  par  un  roi  païen  :  quel  soulagement,  quelle  joie, 
quelle  reconnaissance  quand  ce  païen  se  fit  catholique,  protégea  l'Eglise  et 
bientôt  détruisit  l'arianisme!  Si  des  chants  romans  sortirent  de  l'émotion  qui  se 
produisit  alors,  il  est  clair,  malgré  toutes  les  preuves  de  la  distinction  longtemps 
maintenue  entre  Francs  et  Romani,  qu'ils  furent  remplis  de  sympathie  pour 
Clovis  et  ne  séparèrent  pas,  dans  le  sentiment  de  la  communauté  religieuse  et 
déjà  nationale,  les  vainqueurs  et  les  vaincus  de  la  veille  :  ces  chants  durent  être 
le  germe  de  cette  branche  importante  de  notre  épopée  dont  la  Chanson  de  Rol- 
lanl  est  le  type,  et  où  la  nation  française,  groupée  autour  de  son  chef,  est  con- 
sidérée comme  particulièrement  aimée  de  Dieu  et  consacrée  à  défendre  la  chré- 
tienté contre  les  infidèles.  Ce  n'est  pas  là  une  conception  germanique:  à  quelque 
époque  qu'on  la  lasse  remonter,  elle  estioncièrementf  rançaise  et  romane.  L'épopée 
germanique  est  toujours  restée  individualiste,  ou  n'a  pas  dépassé  l'unité  de  la 
tribu.  Une  épopée  vraiment  nationale,  telle  que  nous  l'offre  le  Rollant,  une 
épopée  où  le  sentiment  individuel  est  abaissé  devant  le  sentiment  de  la  disci- 
pline et  de  la  solidarité,  une  épopée  où  les  héros  sont  les  champions  de  Dieu  et 
de  douce  France,  ne  pouvait  pas  se  former  d'éléments  purement  germaniques.  Je 
le  répète  :  le  père  est  venu  d'outre-Rhin,  mais  la  mère  est  gallo-romaine,  et  si 
l'enfant  ne  renie  pas  son  père,  il  porte  aussi  dans  sa  physionomie  et  dans  sa 
constitution  la  plus  intime  la  ressemblance  de  sa  mère.  —  En  appendice  à  ce 
chapitre  (p.  368-374)  est  une  bonne  digression  sur  le  sens  et  les  applications  di- 
verses des  mots  France  et  Français. 

Chap.  XIV  (p.  375-396).  Une  objection  vainc  et  quelques  confirmations.  — L'ob- 
jection vaine  à  l'origine  germanique  de  notre  épopée  est  celle  qu'on  a  tirée  de 
)î  difficulté  de  se  représenter  le  passage  de  poèmes  épiques  d'une  langue  à 
l'autre.  On  a  vu  que  pour  ma  part  je  ne  considère  plus  cette  difficulté  comme 
réelle;  il  faut  dire  qu'elle  était  en  effet  très  grave  quand  on  ne  croyait  guère 
l'épopée  plus  ancienne  que  le  yiip  ou  le  ixc  siècle,   tandis  qu'elle  s'évanouit  si 


rajna,  Le  Origini  deW  epopea  francesc  61$ 

on  se  reporte  à  une  époque  où  les  rapports  des  Germains  et  des  Romains  étaient 
très  différents.  —  M.  R.  rattache  à  cette  discussion  certaines  remarques  impor- 
tantes :  c'est  surtout  dans  la  région  du  nord-ouest  de  la  France  que  l'épopée  a 
fleuri,  c'est-à-dire  dans  la  partie  du  pays  la  plus  imprégnée  de  germanisme.  Ses 
héros  et  ses  sujets  sont  même  souvent  pris  en  pleine  terre  allemande,  comme 
Naime  de  Bavière,  Renaut,  indissolublement  lié  à  Trémoigne  (Dortmundi,  la 
geste  de  Mayence,  Beuve  de  Hanstone  '.  Dans  nos  chansons 2  Franc  et  Francus 
s'emploient  l'un  pour  l'autre;  mais  plus  on  remonte  haut,  plus  on  voit  prédo- 
miner l'expression  de  Franc,  plus  aussi  la  France  épique  se  rapproche  de  l'Aus- 
trasie,  ce  qui  nous  fait  prendre  sur  le  fait  le  passage  insensible  de  l'épopée 
d'une  nationalité  et  d'une  patrie  à  l'autre.  Les  institutions,  les  mœurs,  les  sen- 
timents des  chansons  de  geste,  surtout  des  plus  anciennes,  sont  germaniques  : 
l'auteur  cite  la  conception  de  l'autorité  royale,  les  assemblées  tenues  en  plein 
air,  les  rites  observés  dans  l'envoi  des  ambassades,  la  procédure  juridique,  les 
serments,  les  dons  d'hospitalité,  la  fraternité  d'armes,  les  «  douze  pairs  »,  les 
liens  de  famille  et  la  «  faide  »,  le  dévouement  au  seigneur,  et  sur  tous  ces  points 
présente  les  remarques  les  plus  intéressantes  et  les  mieux  fondées. 

Chap.  XV  |p.  397-456).  Epopée  française  et  épopée  germanique.  — Jusqu'ici 
on  n'a  parlé  que  très  rapidement,  et  en  passant,  de  l'épopée  allemande  qui  existe 
en  dehors  de  l'épopée  française.  Elle  forme  au  contraire  le  sujet  principal  de 
ce  long  chapitre,  aussi  neuf  qu'important.  Au  premier  abord  rien  de  plus  diffé- 
rent qu'une  chanson  de  geste  et  un  Heldenlied  :  forme,  esprit,  style,  sujets, 
tout  semble  appartenir  à  deux  mondes  parfaitement  étrangers.  J'aurais  voulu 
que  M.  Rajna  mît  cette  différence  plus  en  relief  et  en  recherchât  les  caractères 
et  les  causes;  avec  sa  pénétration  et  sa  finesse,  il  aurait  certainement  fait  sur 
ce  point,  qu'il  laisse  à  traiter  à  d'autres,  des  observations  d'une  grande  valeur. 
Il  s'est  attaché,  —  et  c'était  d'ailleurs  ce  qui  faisait  le  véritable  objet  de  son 
travail,  —  à  signaler  les  ressemblances,  et  il  en  a  découvert  et  prouvé  de  réel- 
lement surprenantes.  Je  ne  puis  les  énumérer  ici.  Je  me  borne  à  regretter  que 
l'auteur  ait  laissé  délibérément  de  côté  presque  tout  ce  qui  est  Scandinave;  il 
aurait  trouvé  dans  les  sagas,  comme  dans  Saxo  Grammaticus,  une  mine  fé- 
conde de  rapprochements  précieux.  Je  n'en  indiquerai  qu'un.  M.  R.  cite  avec 
raison,  comme  se  trouvant  dans  les  deux  épopées,  le  lieu  commun  d'une  guerre 
décidée  par  un  combat  singulier  entre  deux  champions.  Dans  les  sagas  Scan- 
dinaves ces  combats  présentent  un  trait  propre:  ils  ont  ordinairement  lieu 
dans  une  île  5  et  portent  en  ce  cas  le  nom  spécifique  de  holmgang;  or  nous  re- 


1.  Hanstone  est  certainement  à  l'origine  «  en  Avautere  »;  mais  que  ce  soit  Hammers- 
tein  sur  le  Rhin,  comme  M.  R.  est  disposé  à  le  croire,  c'est  ce  que  je  ne  suis  guère  porté 
à  admettre;  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  d'exposer  d'autres  conjectures. 

2.  En  passant,  M.  R.  dit  qu'il  n'admet  pas  mon  opinion  sur  la  Marche  de  Bretagne 
comme  berceau  de  la  Chanson  de  Rollant  primitive,  et  promet  de  revenir  sur  ce  point  à 
une  autre  occasion. 

3.  Ici  comme  dans  beaucoup  d'autres  traits  épiques  nous  n'avons  d'ailleurs  que  le  re- 
flet d'usages  réels  :  les  combattants  se  rendent  seuls  dans  une  petite  île  (généralement 
d'un  fleuve)  pour  éviter  toute  trahison.  On  en  usait  de  même  pour  les  conférences  entre 
chefs,  ce  qui  ne  réussissait  pas  toujours,  comme  le  montre  le  meurtre  de  Guillaume 
Longue-Epée  par  Arnoul  de  Flandres. 


6  1  6  COMPTES-RENDUS 

trouvons  le  holmgang  dans  plus  d'une  chanson  de  geste  française  :  c'en  est  un 
par  exemple  que  le  combat  si  célèbre  de  Rollant  et  Olivier  ■  ;  un  autre  est 
fort  bien  décrit  dans  les  Enfances  Ogicr.  Après  avoir  examiné  des  thèmes,  des 
formules,  des  caractères  typiques  qui  se  retrouvent  dans  les  deux  épopées, 
l'auteur  cite  des  personnages  mêmes  et  des  faits  qui  leur  sont  communs,  comme 
Auberon  =  Alberich  2,  le  forgeron  Galand  =  Valand,  etc.  3.  Signalons  dans 
ce  chapitre  extrêmement  riche  ce  qui  concerne  les  nains,  les  sorciers-voleurs, 
les  géants,  les  noms  donnés  aux  épées  et  aux  chevaux 4,  les  animaux  féroces 
ravisseurs  d'enfants,  les  songes  prophétiques  où  figurent  des  animaux,  etc. 
En  terminant,  l'auteur  invite  les  travailleurs  à  exploiter  après  lui  le  champ  qui, 
dès  un  premier  labour,  s'est  trouvé  si  fécond;  il  faut  espérer  qu'on  entendra 
cet  appel. 

Chap.  XVI  (p.  457-467).  Filiation  et  contacts.  —Revenant  sur  la  façon  dont 
s'est  opérée  la  romanisation  de  l'épopée  allemande,  M.  R.  penche  à  l'attribuer 
tout  entière  aux  Francs  romanisés;  j'ai  dit  plus  haut  que  je  ne  croyais  pas  de- 
voir exclure  les  Romani,  et  cela  dès  une  époque  très  ancienne.  A  vrai  dire,  la 
première  partie  de  ce  chapitre  aurait  pu,  il  me  semble,  être  placée  avec  avan- 
tage dans  le  chapitre  XIII;  l'auteur  sépare  des  considérations  de  nature  bien 
semblable.  —  Dans  la  seconde  partie  il  étudie  les  contacts  qu'ont  eus  pendant 
longtemps  les  deux  épopées  vivant  côte  à  côte  dans  l'empire  franc,  et  montre 
combien  il  est  probable  que  Charlemagne,  comme  son  père  et  son  grand-père, 
ait  encore  été  l'objet  de  chants  épiques  dans  les  deux  langues.  «  Après  Charle- 
magne, l'unité  de  l'empire  carolingien  commença  bientôt  à  se  démembrer  maté- 
riellement et  moralement;  après  Charles  le  Gros  elle  fut  rompue  pour  toujours. 
Les  épopées  aussi,  en  conséquence,  durent  s'isoler.  Cela  ne  veut  pas  dire  que 
certains  contacts  n'aient  pas  continué  dans  les  territoires  de  frontière,  dans  les 
Flandres,  dans  la  Lorraine.  Mais  ce  furent  désormais  des  contacts  entre  étran- 
gers et  qui  ne  regardent  plus  directement  l'objet  de  ces  recherches.   » 

Chap.  XVII  (p.  469-485).  Les  Cantilenes.  —  Jusqu'à  présent  j'ai  toujours  été 
d'accord,  sauf  quelques  légères  nuances,  avec  M.  Rajna;  je  me  sépare  un  peu 
de  lui  dans  ce  chapitre.  Assurément  il  a  raison  de  combattre  les  exagérations 
auxquelles  a  donné  lieu  la  théorie  des  «  cantilenes  »,  mot  qui,  précisément 
parce  qu'il  est  mal  défini  et  qu'il  a  une  apparence  scientifique,  a  entraîné  ceux 
qui  s'en  sont  servi  à  des  théories  assez  fantastiques  S.  Il  fait  également,  avec 
sa  circonspection  habituelle,  des  concessions  importantes  aux  partisans  de  chants 


1.  Le  holmgang  se  retrouve  dans  l'épopée  bretonne  :  Arthur  et  Frollon,  Tristran  et 
le  Morholt  combattent  dans  une  île;  il  y  a  sans  doute  ici  influence  germanique. 

2.  Voyez  Rom.;  VIII,  301 . 

3.  Je  ne  crois  pas  qu'Oger  «  le  Danois  »  ait  rien  de  danois.  S'il  est  appelé  dux  Da~ 
niae,  cela  équivaut  à  duc  de  Danemarche  ou  Dancmarchis,  comme  disent  nos  chansons. 
Oger  gouvernait  la  marche  danoise,  comme  Rollant  la  marche  bretonne.  Si  on  i'a  fait  fils 
du  Godefrid,  roi  des  Danois  et  ennemi  de  Charlemagne,  c'est  par  une  confusion  posté- 
rieure. 

4.  Il  faut  noter  que  ce  dernier  trait  ne  doit  pas  être  de  toute  antiquité  :  les  Germains 
combattaient  primitivement  à  pied. 

j.  Je  l'ai,  pour  mon  compte,  bien  rarement  employé;  il  m'a  toujours  déplu  comme 
ayant  l'air  de  dire  quelque  chose  et  ne  disant  rien  de  clair. 


rajna,  Le  Orifiini  dcW  epopea  francese  617 

lyrico-épiques;  mais  à  mon  avis  ces  concessions  ne  vont  pas  assez  loin,  et  il 
refuse  avec  ténacité  à  la  théorie  lyrico-épique  ce  qu'elle  a  le  droit  de  réclamer. 
D'après  lui,  les  plus  anciens  chants  épiques,  ceux  qui,  en  s'amplifiant,  sont  de- 
venus nos  chansons  de  geste,  étaient  déjà  de  vraies  chansons  de  geste,  et  ne  dif- 
féraient de  celles  que  nous  avons  que  par  la  dimension.  Cela  est  vrai  sans  doute 
pour  une  partie  de  nos  poèmes,  ceux  qui  ne  sont  que  des  adaptations  à  un  nou- 
veau héros  de  thèmes  fournis  par  l'épopée  antérieure  et  n'ont  d'historique  que 
des  noms  et  quelques  circonstances.  Mais  je  ne  puis  admettre  qu'il  en  soit  de 
môme  pour  les  poèmes  qui  s'appuient  sur  des  faits  réels.  Ces  poèmes  sortent  de 
chants  qui  avaient  été  composés  non  seulement  sous  l'impression  immédiate  des 
faits,  mais  par  ceux  et  pour  ceux  qui  y  avaient  pris  part.  Qui  ne  voit  dès  lors 
que  l'élément  narratif  ne  pouvait  y  occuper  qu'une  place  restreinte,  puisque  les 
faits  étaient  connus  de  ceux  à  qui  on  s'adressait?  Qui  ne  voit  au  contraire  que 
l'élément  lyrique,  l'orgueil  de  la  victoire,  la  douleur  de  la  défaite,  les  louanges 
des  héros,  le  regret  des  morts,  l'espoir  de  la  revanche,  ou  d'un  succès  plus 
complet  encore,  devaient  y  être  prédominants?  Or  nos  chansons  de  geste  n'ont 
nullement  ce  caractère  :  ce  sont  des  récits  minutieux,  détaillés,  desquels  l'élément 
lyrique  (bien  plus  marqué  dans  l'épopée  allemande)  est  presque  tout  à  fait  ab- 
sent. Ces  chansons  ne  peuvent  s'appuyer  que  sur  les  chants  lyrico-épiques  an- 
térieurs, dont  elles  ont  développé  l'élément  épique  et  supprimé  l'élément  ly- 
rique (en  effet,  les  acteurs  et  les  témoins  des  faits  étant  morts  depuis  longtemps, 
il  n'y  avait  plus  place  pour  les  sentiments  lyriques  des  premiers  chants);  mais 
ce  sont  deux  classes  distinctes,  et  il  m'est  aussi  impossible  de  concevoir  une 
chanson  de  geste  semblable  au  Rollant,  sauf  la  longueur,  naissant  dans  l'armée 
de  Charles  au  lendemain  du  désastre  de  Roncevaux  que  de  me  représenter  les 
chants  nés  réellement  à  ce  moment  comme  s'étant  conservés  tels  quels  pendant 
plus  d'une  ou  deux  générations.  M.  Rajna  veut  que  ces  idées  soient  une  malen- 
contreuse application  des  théories  de  Wolf,  et  qu'elles  ne  s'expliquent  que  par 
la  fausse  opinion  que  l'épopée  française  est  une  production  autonome  et  spon- 
tanée, qui  a  ses  origines  en  elle-même.  C'est  une  erreur  :  ces  idées  sont  le  fruit 
d'une  simple  tentative  de  se  représenter  les  faits  comme  ils  ont  dû  se  produire. 
De  ce  que  l'épopée  française  a  des  origines  germaniques,  il  ne  s'ensuit  pas 
que  les  chants  épiques  ne  soient  pas  nés  chez  nous  dans  les  conditions  où 
ils  sont  nés  partout  ailleurs.  Pour  prendre  une  de  ces  comparaisons  qu'affectionne 
M.  Rajna,  de  ce  qu'un  papillon  est  engendré  par  un  autre  papillon,  il  ne  s'en- 
suit pas  qu'il  ne  soit  pas  d'abord  chenille,  puis  chrysalide.  Pour  M.  Rajna,  les 
chansons  de  geste  sont  nées  adultes;  pour  moi  elles  sont  nées  sous  une  forme 
sensiblement  différente  de  celles  qu'elles  devaient  revêtir,  et  il  n'est  contraire  à 
aucune  loi  naturelle,  comme  il  semble  le  dire,  d'admettre  des  «  métamorphoses  » 
dans  l'évolution  des  êtres  organisés.  Voilà  ce  que  nous  dit  la  théorie,  appuyée, 
e  le  répète,  sur  les  simples  inductions  du  bon  sens  '  ;  voyons  si  elle  ne  trouve 


1 .  A  la  théorie  des  chants  lyrico-épiques  on  ne  peut  en  opposer  qu'une  autre,  celle  de 
la  tradition  orale  ;  c'est  celle  qu'a  soutenue  P;  Meyer,  mais  on  a  déjà  vu  que  je  la  regarde 
comme  insoutenable. 


6 1  8  COMPTES-RENDUS 

pas  quelque  fait  pour  l'appuyer.  Je  n'ai  jamais  allégué  '  le  Ludwigslied  ni  la  Vita 
Willehm,  et  tout  ce  qu'en  dit  M.  R.  est  fort  judicieux.  Mais  je  n'abandonne 
pas  de  même  le  chant,  déjà  si  souvent  invoqué,  de  la  vie  de  saint  Faron.  Quoi 
qu'en  dise  M.  Rajna,  il  m'est  impossible  de  ne  pas  reconnaître  aux  vers  cités  par 
l'hagiographe  un  caractère  lyrico-épique  : 

Quam  graviter  provenisset  missis  Saxonum, 
Nisi  fuisset  Faro,  de  gente  Burgundionum  -  ! 
Ce  chant  était  «  chanté  par  tous  »,  et  les  femmes  «  en  formaient  des  rondes 
en  frappant  dans  leurs  mains  ».  C'est  en  vain,  à  mon  avis,  que  M.  R.  conteste 
le  sens  précis  de  ce  passage.  Il  constate,  il  est  vrai,  que  ce  chanta  été  composé 
après  la  guerre  finie,  et  qu'il  devait  avoir  de  grands  rapports  avec  le  poème 
résumé  dans  les  Gcsta  regum  Francorum,  puisqu'il  disait  également  que  le  roi 
Clotaire  avait  fait  tuer  tous  les  Saxons  qui  dépassaient  la  hauteur  de  son  épée. 
C'est  là  en  effet  un  trait  qui  a  fort  bien  pu  se  trouver  dans  un  chant  à  moitié 
lyrique,  et  que  l'auteur  du  poème  épique  postérieur  a  dû  naturellement  recueil- 
lir; mais  il  ne  saurait  prouver  que  la  guerre  de  Saxe  y  fût  racontée  comme  dans 
ce  poème.  Les  «  romances  »  que  cite  M.  R.  lui-même  peuvent  parfaitement  nous 
donner  une  idée  de  ce  qu'étaient  ces  chants  lyrico-épiques;  elles  étaient  certai- 
nement à  l'origine  destinées  à  accompagner  des  danses  en  rond,  danses  qui  très 
souvent  au  moyen  âge  (comme  en  Russie  aujourd'hui)  étaient  uniquement  com- 
posées de  femmes;  les  romances  que  nous  avons  appartiennent  à  une  époque 
postérieure  à  celle  de  la  production  des  chants  d'où  est  sortie  l'épopée  histo- 
rique, aussi  ont-elles  un  autre  contenu,  et  même  un  ton  certainement  moins  ly- 
rique; mais  elles  doivent  avoir  quelque  ressemblance  avec  les  germes  d'où  se 
sont  développées  les  chansons  de  geste,  qui,  sauf  la  particularité  des  strophes 
régulières  et  des  refrains,  ont  la  même  forme  qu'elles.  Je  crois  aussi  que  la  com- 
paraison des  chants  lyrico-épiques  français  avec  les  romances  frontcrïzos  5,  les 
ballades  du  border,  les  chants  serbes,  est  justifiée,  et  que  ce  n'est  pas  lui  enlever 
sa  raison  d'être  que  de  dire  que  ces  chants  n'ont  pas  abouti  à  des  poèmes  épi- 
ques, tandis  que  là  où  on  a  des  poèmes  épiques  on  n'a  pas  de  ces  chants;  c'est 
bien  naturel  :  l'épopée,  quand  elle  se  développe,  remplace  ce  qui  l'avait  pré- 
parée; on  ne  peut  pas  avoir  le  même  individu  à  la  fois  à  l'état  de  chrysalide  et 
à  l'état  de  papillon.  Je  pense  donc  que  l'épopée  française  des  xie-xiv°  siècles, 
si  nous  l'examinons  dans  son  ensemble,  comprend  des  poèmes  de  deux  genres 
principaux  :  les  uns  sont  des  imitations  de  poèmes  antérieurs,  dont  les  plus  an- 
ciens sont  germaniques;  les  autres  sont  le  développement,  de  plus  en  plus  nar- 
ratif, de  moins  en  moins  conforme  à  l'histoire  réelle,  de  plus  en  plus  accom- 
modé à  la  convention  épique  et  à  l'analogie  des  poèmes  antérieurs,  de  chants 


i.  Au  reste,  je  n'ai  guère  traité  ce  sujet  ex  professo;  je  l'ai  plutôt  évité  dans  mon 
Charlemagne,  sauf  dans  ^Introduction,  où  j'ai  donné  de  l'épopée  cette  définition  que  je 
maintiens  :  «  une  narration  poétique  fondée  sur  une  poésie  héroïque  antérieure  ». 

2.  Notez  ces  présents,  ces  indications  rapides  :  quando  veniunt,  transeunt,  ne  interfi- 
ciantur.  On  rappelle  ainsi  des  faits  connus,  on  ne  raconte  pas  des  faits  inconnus  à  l'au- 
ditoire. 

3.  Il  ne  s'agit  que  de  cette  classe  spéciale  de  romances,  qui  ne  comprend  nullement, 
comme  le  dit  M.  R.,  des  démembrements  d'anciennes  chansons  de  geste. 


rajna,  Le  Origini  deW  epipca  francese  619 

originairement  courts,  nés  de  l'impression  immédiate  des  faits,  d'un  ton  beau- 
coup plus  lyrique,  et,  pour  les  faits  qu'ils  contiennent,  presque  absolument  his- 
toriques; ces  poèmes  n'en  ont  pas  moins  d'ailleurs  un  caractère  germanique,  et 
par  l'usage  même  auquel  ils  doivent  l'existence,  et  par  l'esprit  qui  les  anime, 
et  par  le  milieu  où  ils  se  sont  formés  et  développés.  Il  me  semble  que  tout  le 
monde  peut  se  mettre  d'accord  sur  ces  bases. 

Chap.  XVIII  (p.  487-528).  La  rythmique  de  l'épopée.  —  Ma  dissidence  avec 
mon  savant  ami  devient,  pour  un:  partie  de  ce  chapitre,  une  opposition  absolue, 
mais  pour  une  partie  seulement  :  j'y  trouve  d'ailleurs  des  choses  excellentes,  des 
remarques  judicieuses  et  des  rapprochements  nouveaux.  L'auteur  commence  par 
parler  de  la  forme  des  laisses  (il  les  appelle  «  séries  »)  réunies  par  une  même 
assonance  ou  rime,  qui  caractérise,  comme  on  sait,  toutes  les  chansons  de  geste. 
Ces  laisses  se  présentent  à  nous,  dans  la  poésie  du  moyen  âge,  sous  deux  for- 
mes :  ou  le  nombre  des  vers  est  limité  (trois,  quatre,  cinq,  dix,  vingt),  ou  il  ne 
l'est  pas.  Il  ne  Test  dans  aucune  chanson  de  geste  proprement  dite,  il  l'est  : 
1°  dans  les  romances  lyrico-épiques  dont  il  a  été  parlé  ci-dessus,  et  qui  sont  en 
outre  munies  d'un  refrain  ;  20  (arrêté  généralement  à  cinq  vers,  plus  tard  à  quatre) 
dans  toute  une  classe  de  poèmes  généralement  de  sujet  religieux.  Nous  avons  de 
la  Vie  de  saint  Alexis  une  première  rédaction  en  laisses  de  cinq  vers,  du  xic  siècle, 
et  un  remaniement  du  xir3  siècle  où  les  vers  sont  en  nombre  irrégulier  dans 
chaque  laisse.  D'autre  part  le  poème  méridional  de  Boèce,  qui  remonte  au  moins 
au  commencement  du  xie  siècle,  nous  présente  des  laisses  au  nombre  irrégulier  de 
vers,  et  M.  R.  pense  avec  toute  raison  que  ce  poème,  malgré  son  contenu  mo- 
ral, a  imité  la  forme  des  chansons  de  geste,  qu'il  nous  fait  ainsi  connaître  à  une 
époque  antérieure  à  leurs  plus  anciens  spécimens  conservés.  Il  en  conclut  que 
la  laisse  irrégulière  remonte  à  l'origine  même  de  l'épopée,  et  il  est  si  sûr  d'avoir 
raison  qu'il  déclare  l'autre  opinion,  —  d'après  laquelle  la  laisse  irrégulière  se- 
rait issue  d'une  laisse  d'un  nombre  régulier  de  vers,  —  «  inadmissible  »,  et 
qu'il  espère  persuader  «  sans  difficulté  »  ceux  qui  l'ont  soutenue,  c'est-à-dire 
M.  Léon  Gautier  et  moi.  Je  ne  sais  si  M.  Gautier  est  persuadé,  mais  quant  à 
moi  je  ne  le  suis  pas.  Que  dès  le  xc  siècle  les  chansons  de  geste  eussent  adopté 
la  forme  des  laisses  irrégulières,  je  n'en  doute  pas,  mais  cela  ne  prouve  pas  na- 
turellement (M.  R.  le  reconnaît)  qu'il  en  fut  ainsi  depuis  l'origine.  L'Alexis  en 
laisses  de  cinq  vers  est,  dit-il,  une  œuvre  cléricale,  l'Alexis  en  laisses  irrégu- 
lières une  œuvre  populaire  :  le  poème  a  pris,  en  passant  entre  les  mains  des 
jongleurs,  la  forme  des  chansons  de  geste,  mais  cela  n'indique  nullement  que  les 
laisses  des  chansons  de  geste  aient  eu  à  l'origine  la  forme  des  laisses  de  la  poésie 
cléricale.  En  tout  cas,  nous  avons  là  un  exemple  de  l'amplification  des  laisses, 
un  exemple  qui  montre  qu'une  laisse  régulière  peut  passer  à  l'irrégularité, 
ce  que  M.  Rajna  regarde  comme  une  vraie  impossibilité.  Cette  impossibilité,  il 
l'appuie  sur  des  raisons  musicales  qui  me  paraissentavoir  pour  point  de  départ  un 
malentendu  résultant  de  l'emploi  du  mot  «  strophes  »  pour  les  laisses  à  nombre 
régulier  de  vers.  «  La  strophe,  dit-il,  est  une  période  rythmique,  ou  un  assemblage 
de  périodes  rythmiques,  à  laquelle  correspond  une  mélodie  complexe;  sans  cela 
elle  n'a  pas  de  sens.  »  Une  suite  de  trois,  quatre,  cinq,  six,  dix,  vingt  vers  sur 
les  mêmes  assonances  ou  rimes  ne  constitue  pas  une  strophe  au  sens  grec  du  mot; 


620  COMPTES-RENDUS 

ce  que  dit  l'auteur  est  parfaitement  vrai  pour  les  strophes  de  chansons  pure- 
ment lyriques,  mais  ne  s'applique  pas  aux  laisses  régulières  de  la  poésie  lyrico- 
épique.  A  cette  prétendue  unité  artistique  de  la  strophe',  l'auteur  oppose 
l'absolu  manque  d'unité  de  la  laisse  irrégulière,  où  chaque  vers  existait  pour 
lui-même  et  se  chantait  sur  les  mêmes  notes,  et  conclut  qu'on  n'a  pu  passer 
d'une  forme  à  l'autre.  Nous  n'avons,  à  ma  connaissance,  qu'un  renseignement 
indirect,  mais  cependant  assez  probant,  sur  la  façon  dont  se  chantaient  les  laisses 
épiques;  il  nous  est  fourni  par  le  manuscrit  d'Aucassin,  où  les  laisses  monorimes, 
qui  alternent  avec  des  morceaux  en  prose,  sont  accompagnées  de  musique.  On 
y  voit  que  le  premier  vers  de  chaque  laisse  a  une  mélodie  propre  (la  même  dans 
toutes  les  laisses),  et  le  second  une  autre;  les  suivants  ne  sont  pas  notés  et  se 
chantaient  sans  doute  tous  sur  l'air  du  second.  Rien  ne  nous  empêche  de  croire 
qu'il  en  était  de  même  dans  les  laisses  régulières,  que  le  premier  vers  avait  sa 
mélodie,  et  les  suivants  la  leur.  Quant  à  la  composition  stichique  que  M.  R. 
signale  dans  les  laisses  irrégulières,  elle  n'est  pas  moins  réelle  dans  les  laisses 
régulières,  où  chaque  vers  existe  isolément  du  moment  qu'il  dépasse  la  mesure 
de  huit  syllabes.  En  opposant  les  laisses  régulières  aux  laisses  irrégulières,  M.  R. 
parle  toujours  comme,  s'il  opposait  la  poésie  cléricale  à  la  poésie  populaire  : 
oublie  complètement  ici  les  «  romances  »,  qui  fournissent  à  l'hypothèse  qu' 
repousse  son  principal  appuis  Au  fond,  c'est  le  débat  sur  les  chants  lyrico-ép 
ques  qui  se  rouvre  ici;  j'ai  déjà  dit  que  je  considérerais  volontiers  les  «  ro- 
mances »  comme  nous  représentant  le  style  et  le  ton  des  chants  lyrico-épiques, 
mais  appliqués  à  des  sujets  un  peu  différents;  j'en  dirai  autant  de  !a  forme.  Ce 
qui  favorise  cette  opinion,  c'est  le  refrain  dont  elles  sont  munies,  refrain  que 
M.  R.  lui-même  est  porté  à  attribuer  à  la  plus  ancienne  épopée,  et  qui,  je  l'avoue, 
me  paraît  incompatible  avec  des  laisses  irrégulières  chantées  sur  la  même  mé- 
lodie d'un  bout  à  l'autre:  le  refrain,  pour  que  l'auditoire  l'entonne  ou  même  en 
jouisse,  doit  avoir  sa  place  fixe  et  être  attendu  d'avance.  Cela  ne  veut  pas  dire  que 
je  considère  comme  certain  que  les  laisses  irrégulières  qui  existaient  certainement 
au  xc  siècle  proviennent  de  laisses  régulières,  comme  les  chansons  de  geste  pro- 
viennent (en  partie)  de  chants  lyrico-épiques;  mais  je  regarde  cette  hypothèse 
comme  très  admissible,  même  après  la  réfutation  de  M.  Rajna.  —  De  la  laisse 
il  passe  au  vers  et  se  demande  d'abord  quel  est  proprement  le  «  vers  épique  » 
français.  Il  écarte  l'octosyllabe  par  des  raisons  très  ingénieuses,  mais  un  peu 
subtiles  >,  puis  l'alexandrin,  où  il  reconnaît  avec  beaucoup  de  vraisemblance  une 
transformation  symétrique  du  décasyllabe  ion  a  fait  égaux  les  deux  membres  qui 
étaient  inégaux»,  et  s'arrête  donc  à  ce  dernier.  A  vrai  dire,  je  ne  saisis  | 


i .  M.  R.  va  d'ailleurs  bien  loin  en  disant  que  l'épopée  française,  dans  l'hypothèse  qu'il 
combat,  serait  partie  d'un  système  «  qui  représenterait  un  haut  degré  de  culture  artis- 
tique pour  en  venir  au  plus  simple  et  primitif  qu'on  puisse  imaginer  ».  Est-ce  que  la 
poésie  populaire  de  tous  les  pays  n'emploie  pas  U  strophe  ? 

2.  Ailleurs  (p.  526)  il  les  apprécie  très  justement,  mais  sans  revenir  sur  la  question 
traitée  ici. 

5.  Une  idée  singulière  est  de  voir  dans  la  dichotomie  des  octosyllabes  de  Gormond  une 
violence  faite  à  l'octosyllabe  ordinaire  pour  en  faire  un  vers  épique,  comme  si  cette 
dichotomie  ne  se  retrouvait  pas  dans  le  S.  Léger  et  la  Passion. 


rajna,  Le  Origini  deW  epopea  francese  621 

la  portée  de  cette  recherche.  Pourquoi  faut-il  absolument  que  la  France  ait  un 
«  vers  épique  »?  Elle  a  une  forme  épique,  c'est  la  laisse  monorime;  mais  celte 
forme  est  sujette  à  des  variations,  précisément  en  ce  qui  concerne  le  nombre 
des  syllabes  du  vers  :  nous  avons  des  laisses  épiques  composées  de  vers  de  six ', 
sept  -,  huit  5,  dix,  douze  syllabes,  et  qui  sait  si  l'une  des  mesures  les  moins  usi- 
tées n'est  pas  la  plus  ancienne?  «  Les  Peaux-Rouges,  dit  fort  justement  M.  R., 
sont  peu  nombreux;  ils  disparaîtront  un  jour  ou  l'autre,  et  ils  nous  représentent 
néanmoins  les  plus  anciens  et  les  plus  légitimes  habitants  de  l'Amérique.  »  Si 
en  disant  que  le  décasyllabe  est  le  vers  épique  on  veut  dire  que  c'est  le  vers  le 
plus  usité  surtout  à  l'époque  ancienne  -1,  on  ne  fait  que  constater  un  fait  connu. 
Mais  peu  importe  :  l'érection  du  décasyllabe  au  rang  de  «  vers  épique  »  est 
cause  que  M.  Rajna  lui  a  consacré  une  étude  détaillée  fort  intéressante,  et  ce 
résultat  nous  fait  volontiers  accepter  le  point  de  départ.  Il  apprécie  excellemment 
les  qualités  qui  ont  valu  à  ce  vers  la  victoire  dans  sa  lutte  contre  les  autres: 
«  Un  grand  mérite  du  décasyllabe  comme  instrument  de  poésie  épique  consistait 
précisément  dans  cette  disparité  de  ses  deux  membres,  —  disparité  heureuse- 
ment et  harmoniquement  proportionnée,  —  qui  un  jour,  les  esprits  s'étant 
amollis,  sera  la  raison  principale  de  son  remplacement  par  le  dodécasyllabe. 
Notre  vers  se  montre  là  incontestablement  supérieur,  non  seulement  à  ce  der- 
nier, mais  aux  paires  de  vers  octosyllabiques,  et  il  bat  de  même  plusieurs  de 
ses  émules  étrangers,  à  commencer  par  le  çloka  indien.  La  louange  que  je  lui 
donne  ici  est  confirmée  par  l'hexamètre  grec,  qui,  s'il  est  peut-être  à  l'origine  issu 
de  l'union  de  deux  tripodies,  déjà  dans  l'épopée  homérique,  et  Dieu  sait  depuis 
combien  de  temps,  se  décompose  en  membres  inégaux.  Le  seul  reproche  qu'on 
pourrait  avoir  envie  d'adresser  au  décasyllabe  comme  vers  épique  serait  celui 
d'une  certaine  brièveté;  mais  cette  critique  perd  beaucoup  de  sa  valeur,  étant 
données  les  conditions  des  parlers  vulgaires  de  la  Gaule,  qui,  moyennant  la  chute 
de  tant  d'atones  posttoniques,  se  trouvent,  en  regard  des  parlers  de  type  italien 
ou  ibérique,  gagner  un  nombre  de  syllabes  nullement  à  mépriser.  »  La  disparité 
des  membres  du  décasyllabe  se  présente,  on  le  sait,  en  ancien  français  sous  deux 
formes  :  ou  c'est  le  premier  membre  qui  a  quatre  syllabes  et  le  second  six,  ou 
c'est  le  premier  membre  qui  a  six  syllabes  et  le  second  quatre.  Ce  dernier  est  bien 
moins  usité;  mais  lequel  est  le  plus  ancien  des  deux?  M.  R.,  sans  vouloir  appro- 
fondir la  question,  laisse  voir  qu'il  incline  pour  l'hypothèse  inverse  de  celle  qui  a 
généralement  été  adoptée,  et  d'après  laquelle  le  décasyllabe  qu'on  peut  appeler 


;.  Bartsch,  Rom.  ci  pastourelles,  I,  19. 
1.  Aucassin  et  Nicolette. 

3.  Ce  rythme  est  plus  fréquent  que  ne  le  dit  M.  Rajna,  qui_  regarde  V Alexandre  d'Al- 
béric  comme  «  !e  seul  monument  de  quelque  genre  que  ce  soit  qui  ait  en  commun  avec 
Gormont  les  laisses  octosyllabiques  ».  Il  faut  y  joindre,  outre  plusieurs  romances  où  les 
laisses  ont  un  nombre  régulier  de  vers  (Bartsch,  I,  6,  10,  15),  la  Vie  de  sainte  Foi,  en 
provençal,  dont  nous  ne  connaissons  malheureusement  que  le  début  (Fauchet,  Œuvres, 
II,  594  v),  et  l'épitre  farce  de  saint  Etienne  commençant  par  :  Entendez  tuit  a  cest 
sermon. 

4.  Il  est  cependant  remarquable  que  les  trois  plus  anciennes  chansons  venues  jusqu'à 
nous,  le  Gormont,  le  Rollant  et  le  Pèlerinage,  nous  présentent  les  trois  vers  de  huit,  dix 
et  douze  syllabes. 


622  COMPTES-RENDUS 

6/4  est  une  variation,  une  émanation  du  décasyllabe  4/6.  Pour  moi,  je  ne  vois 
nullement  qu'il  soit  nécessaire  de  tirer  l'un  de  ces  deux  vers  de  l'autre  :  étant 
donné  un  vers  de  dix  syllabes,  il  fallait  qu'il  se  divisât  en  deux  membres,  et  ces 
membres  ne  pouvaient  être  égaux,  le  rythme  étant  iambique  '  ;  on  a  donc 
eu  naturellement  des  vers  de  6/4  et  de  4/6,  mais  il  y  a  pour  l'oreille  et  le 
sentiment  une  telle  différence  entre  l'effet  produit  par  les  deux  coupes  que  j'ai 
beaucoup  de  peine  à  croire  qu'on  ait  passé  de  l'une  à  l'autre.  —  Maintenant, 
quelle  est  l'origine  du  décasyllabe?  M.  Rajna  commence  par  écarter  par  d'ex- 
cellentes raisons  et  déclarer  «  absurde  »,  en  quoi  je  suis  de  son  avis,  toute  dé- 
rivation d'un  vers  latin  métrique;  il  établit  avec  toute  raison  que  la  rythmique 
populaire  romane  remonte  nécessairement  à  la  rythmique  populaire  latine2, 
comme  le  roman  au  latin  vulgaire  3,  après  quoi,  —  c'est  une  chose  étrange,  et 
qui  m'a  tellement  surpris  qu'en  lisant  ces  pages  j'avais  peine  à  en  croire  mes 
yeux,  —  il  déclare  que  le  décasyllabe  est  un  vers...  gaulois!  Venant  d'un  autre, 
une  pareille  conclusion  après  ces  prémisses  ne  mériterait  pas,  je  dois  le  dire, 
d'être  discutée;  mais  nous  avons  affaire  à  quelqu'un  qui  nous  a  montré  tant  de 
jugement,  de  science  et  de  sagacité  qu'ii  faut  examiner  les  raisons  qui  ont  pu 
l'amener  à  une  aussi  brusque  et  aussi  étrange  déviation  de  la  route  où  jusqu'à 
présent  nous  avions  plaisir  à  marcher  avec  lui.  Il  pose  d'abord  ce  principe:  «  De 
même  que  l'origine  latine  des  langues  romanes  n'implique  nullement  que  tous  les 
mots  en  soient  de  provenance  romaine,  l'origine  romane  des  données  fondamen- 
tales de  la  versification  nouvelle  n'implique  pas  que  tous  les  éléments,  tous  les 
vers  en  soient  de  provenance  romaine 4.  »  Assurément,  une  versification  peut  faire 
des  emprunts  à  une  autre  qui  a  le  même  principe,  ou  peut  modifier  ses  principes 
d'après  ceux  d'une  autre  versification;  toutefois  c'est  un  cas  exceptionnel  qui 
est  à  peu  près  toujours,  si  je  ne  me  trompe,  œuvre  de  lettrés,  et  qu'on  ne  peut 
admettre  sans  preuves.  —  «  C'est  un  fait  assez  digne  d'attention  que  la  rareté 
avec  laquelle  se  présentent  dans  la  poésie  latine  du  moyen  âge,  surtout  jusqu'au 
xi°  siècle,  les  vers  qui  par  l'accentuation  et  la  mesure  répondent  le  mieux  au 
décasyllabe  français...  Si  le  type  primitif  de  ce  vers  avait  été  dans  la  poésie  po- 
pulaire  romaine,    les  formes  correspondantes  devraient  aussi,    par  réflexion, 


1.  Le  vers  de  dix  syllabes,  coupé  en  deux  hémistiches  de  cinq,  qu'on  rencontre  dans  la 
poésie  lyrique  du  moyen  âge  et  qu'on  a  repris  de  nos  jours,  est  une  fantaisie  qui  a  son 
charme,  mais  qui  détruit  le  rythme  propre  de  ce  vers. 

2.  M.  R.  n'oublie  pas  de  citer  le  passage  capital  de  Marius  Victorinus,  au  ive  siècle, 
qui  doit  servir  d'épigraphe  à  toute  discussion  sur  l'origine  de  la  versification  romane. 
«  Quid  est  consimile  métro  r  Rythmus.  Rythmus  quid  est?  Verborum  modulata  compo- 
sitio,  non  metrica  ratione  sed  numerosa  scansione  ad  judicium  aurium  examinata,  utputa 
veluti  sunt  cantica  poetarum  vulgarium.  » 

3.  Cf.  Rom.,  IX,  186. 

4.  On  voit  que  M.  Rajna,  après  avoir  été  fort  sévère  pour  certaines  hypothèses  de 
M.  Bartsch,  raisonne  ici  absolument  comme  lui  (voy.  Rom.,  IX,  190):  il  déclare  d'ail- 
leurs qu'il  ne  fait  pas  cause  commune  avec  lui;  mais,  ajoute-t-il,  «  pour  ce  qu'il  y  a 
d'analogue  dans  nos  deux  thèses,  j'ai  dû  prendre  en  considération  les  objections  qui  lui 
ont  été  opposées  (par  G.  Paris  et  d'Arbois  de  Jubainville),  et  elles  ne  m'ont  nullement 
ébranlé  dans  mes  convictions.  »  Cela  me  fait  craindre  de  ne  pas  mieux  réussir  cette  fois; 
mais  d'autres,  qui  auraient  accepté  les  vues  de  MM.  Bartsch  et  Rajna,  seront  peut-être 
plus  accessibles  à  la  persuasion. 


rajna,  Le  Origini  delV  epopea  francese  623 

abonder  dans  la  tradition  hybride  scolastico-populaire.  »  C'est,  je  crois,  mécon- 
naître complètement  le  rapport  réel  de  la  versification  populaire  latine  et  de  la 
versification  française  (je  ne  dis  pas  romane).  Entre  les  deux  il  y  a  eu,  si  je  ne 
me  trompe,  une  véritable  révolution,  causée  par  la  substitution,  dans  la  langue, 
de  l'oxytonisme  prédominant  au  paroxytonisme  presque  absolu  de  la  période  du 
latin  vulgaire.  M.  R.  apprécie  d'ailleurs  avec  son  tact  habituel  la  poésie  latine 
rythmique  du  plus  ancien  moyen  âge;   mais   il   ne  faut  pas  oublier  que  cette 
poésie  dans  sa  versification,  basée  en  bonne  partie  sur  le  paroxytonisme,  et  dans 
sa  prosodie,  qui  tient  compte  des  syllabes  grammaticales ,  est  elle-même  une  poésie 
traditionnelle  et  morte  presque  autant  que  la  poésie  métrique.  C'est  Là  un  point 
qu'à  une  autre  occasion  j'essaierai  d'exposer  en  détail.  —  Le  décasyllabe  a  l'air 
d'un  vers  roman   commun,  puisqu'on  le   retrouve  en  France,  en  Italie  et  en 
Espagne;  mais  M.  R.  montre,  à  ce  qu'il  me  paraît,  avec  beaucoup  d'habileté  et 
de  succès,  que  dans  ces  deux  derniers  pays  il  est  d'importation  étrangère;   en 
Provence  même  il  le  croit  venu  du  nord,  et  il  conclut  que  c'est  un  vers  certai- 
nement gallo-roman,  probablement  français.  Je  ne  le  conteste  pas.  —  L'auteur 
continue  :  le  décasyllabe  peut  en  France  être  né  avec  l'épopée  elle-même,  dont 
il  est  l'organe  habituel,  ou  avoir  préexisté  et  avoir  été  adopté  par  elle.  Si  nous 
acceptons  la  première  hypothèse,  on  peut  être  porté  à  croire,   l'épopée  étant 
d'origine  germanique,  que  le  décasyllabe   l'est  également.    La  tentation  était 
grande  pour  l'auteur;  il  se  plaît  à  laisser  voir  ce  qu'une  pareille  opinion,  qui 
cadrerait  si  bien  avec  tout  son  livre,  aurait  de  séduisant  et  même  d'acceptable, 
et  il  la  rejette  courageusement  par  de   fort   bonnes  raisons  qu'il   est  inutile  de 
reproduire.  Diez  regardait  le  décasyllabe  comme  créé  par  l'épopée  française  : 
«  La  poésie  épique  des  Français,  dit-il,  qui  a  produit  désœuvrés  si  belles  et  si 
originales,  a  par  là-même  le  droit  de  demander  qu'on  la  reconnaisse  capable  de 
s'être  trouvé  à  elle-même  sa  forme.  »  Et  le  maître  mettait,   avec  une  parfaite 
justesse,  le  décasyllabe  en  rapport  avec  «  la  tendance  vers  le  mouvement  iam- 
bique  qui  se  manifeste  dans  la  versification  française  et  provençale.  »  M.  Rajna 
va  plus  loin  :  il  indique,  ce  que  n'avait  pas  fait  Diez,  la  raison  de  cette  «  ten- 
dance »  (qui  est  à  vrai  dire  plus  qu'une  tendance,  qui  est  presque  une  règle),  et 
il  la  trouve  très  justement  dans  le  système  d'accentuation  du  gallo-roman.  Mais 
ici  se  produit  le  salto  mortelle:  «  Ce  système  d'accentuation,  comme  il   faudra 
bien  que  tout  le  monde  le  reconnaisse  tôt  ou  tard,  est  un  produit  des  habitudes 
glottiques  inhérentes  aux  anciennes  langues   indigènes,  autrement  dit  c'est  un 
legs  de  la  Gaule  celtique  à  la  Gaule  romane.  »  Je  ne  sais  si  M.  R.  est  bon  pro- 
phète; mais  le  jour  où  tout  le  monde   (tout  le  monde  philolologique,  bien  en- 
tendu) reconnaîtra  la  vérité  qu'il  proclame,  j'aurai  cessé  d'en  faire  partie.  Il 
n'y  a  pas  dans  cette  chimère,  à  mon  avis,   la  moindre  vraisemblance.   J'es- 
père publier  quelque  jour  un  travail  entrepris  depuis  longtemps  sur  l'histoire 
de  la  chute  des  atones  latines  en  gallo-roman  :  on  verra  que  la  chute  de  l'atone 
ultième  est  sensiblement  postérieure  à  celle  de  l'atone  pénultième  qui  remonte  au 
latin    vulgaire    le   plus   ancien,   et  qu'elle  ne  s'est  sans    doute  opérée  qu'au 
Viiic  siècle.  Comment  parler  d'influence  gauloise  à   une   pareille  époque?   Et 
d'autre  part,  tout  ce  que  nous  savons  de  l'accentuation  gauloise  est  directement 
opposé  à  l'idée  de  l'oxytonisme,  et  nous  prouve  au  contraire  que  le  gaulois  re- 


624  COMPTES-RENDUS 

portait  l'accent  sur  l'antépénultième,  même  quand  la  pénultième  était  longue 
(Mimatej  vèrtrdgus)  ou  suivie  de  deux  consonnes  (Vapincum,  Trkassts).  Dès  lors 
sur  quoi  repose  l'assertion  de  M.  R.,  qu'il  présente  avec  une  parfaite  tranquil- 
lité, et  qui  lui  sert  de  point  de  départ  pour  des  raisonnements  subséquents?  Sur 
une  théorie  générale,  je  suppose,  sur  la  vraisemblance  extérieure,  critérium  dont 
personne  plus  que  lui,  en  général,  ne  se  méfie  et  n'invite  les  autres  (parfois 
avec  trop  de  scrupules)  à  se  méfier.  Mais  on  vient  de  voir  que  cette  vraisem- 
blance même  n'existe  nullement  ici.  Quant  à  la  versification  celtique  primitive, 
n'en  déplaise  à  l'auteur,  nous  n'en  savons  absolument  rien,  et  dire  qu'  «  elle 
reposait,  comme  la  romane,  sur  le  nombre  des  syllabes  et  sur  l'accent  »,  c'est 
aifirmer  une  chose  qui  n'est  nullement  établie  par  le  «  commun  accord  des  po- 
pulations celtiques  dont  nous  pouvons  recueillir  le  témoignage  ».  En  fait,  rien 
n'est  moins  probable,  de  même  qu'il  n'est  pas  du  tout  «  probabilissimo  »,  comme 
dit  M.  R.  avec  la  même  sécurité,  que  la  poésie  celtique  ait  eu  «  ab  antiquo  la 
rime  et  l'assonance  tonique  ».  Mais  ce  dernier  point  nous  éloigne  du  décasyl- 
labe et  nous  ramène  aux  questions  générales  :  d'après  M.  R.  la  versification 
romane  doit  le  rythme  et  le  syllabisme  à  la  versification  latine  vulgaire,  mais 
la  rime  et  l'assonance  à  la  versification  celtique;  elle  doit  ses  vers  de  cinq,  six, 
sept,  huit  syllabes  à  la  versification  latine  vulgaire,  mais  elle  doit  son  vers  de 
dix  syllabes  à  la  versification  celtique!  —  Ce  qui  le  confirme,  c'est  que  «  le  dé- 
casyllabe s'est  montré  rebelle  à  toute  autre  dérivation  ».  Parce  qu'on  s'obstine 
à  l'étudier  isolément  et  à  lui  chercher  une  racine  spéciale,  tandis  qu'il  est  une 
des  mille  feuilles  qui  ont  poussé  tout  naturellement  sur  la  tige  de  la  versification 
rythmique,  laquelle  est  sans  conteste  d'origine  latine.  —  M.  R.  remarque  ensuite, 
après  M.  Nigra  (Rom.,  III,  440  ss.),  qu'il  y  a  un  certain  fond  de  poésie  popu- 
laire narrative  commun  aux  pays  qui  ont  un  substratum  celtique,  et  qu'on  peut 
croire  d'origine  celtique,  et  il  regarde  les  a  romances  »  du  moyen  âge  comme 
pouvant  représenter  la  forme  ancienne  de  ces  chants  et  en  même  temps  comme 
ayant  fourni  à  l'épopée  le  vers  dont  elle  s'est  servi.  Laissons  de  côté  l'hypothèse 
de  M.  Nigra,  qui  peut  être  vraie  sans  que  la  question  qui  nous  occupe  en  soit 
affectée.  En  ce  qui  concerne  les  romances,  on  a  vu  plus  haut  que  je  suis  à  peu 
près  de  l'avis  de  M.  Rajna,  et  que  je  crois  même  que  l'épopée  a  dû  avoir 
d'abord  la  forme  (laisses  régulières,  refrain)  des  romances,  ce  qu'il  ne  veut 
admettre  à  aucun  prix,  je  ne  vois  pas  bien  pourquoi.  —  Les  romances,  comme 
l'épopée,  nous  offrent  les  deux  formes  épiques  du  décasyllabe;  l'épopée  a  donc 
pu  leur  emprunter  l'une  et  l'autre.  —  Et  ici  s'arrête  la  démonstration.  Le  lec- 
teur curieux  est  confondu  de  voir  en  tournant  la  page  $27  que  le  chapitre  est 
fini  :  il  s'attendait  à  voir  apparaître  des  spécimens  du  décasyllabe  celtique,  mais 
point.  Le  décasyllabe  celtique  a  dû  exister,  puisque  la  versification  celtique  était 
fondée  sur  la  numération  des  syllabes  et  l'accent;  on  ne  trouve  rien  de  pareil 
dans  aucune  poésie  celtique,  mais  cela  importe  peu.  —  L'auteur  se  borne  à 
ajouter  qu'il  aurait  encore  quelques  problèmes  à  soulever  :  «  Mais,  dit-il,  il  me 
semble  que  ce  sont  là  présentement  des  curiosités  excessives.  Quand  même  on 
arriverait  à  des  déductions  précises,  tout  l'édifice  s'écroulerait  si  la  base  venait 
à  manquer.  Donc,  avant  de  la  charger  davantage,  il  faut  au  moins  attendre  que 
les  juges  compétents  aient  dit  si  cette  base  promet  de  se  tenir  debout.  »  Pour 


rajna,  Le  Origini  dell'  cpopca  francese  625 

ce  qui  est  de  moi,  on  voit  que  je  ne  crois  pas  qu'elle  se  soit  tenue  même  un  ins- 
tant. Je  résume  mon  opinion.  La  versification  romane  est  le  développement  na- 
turel de  la  versification  latine  populaire,  à  laquelle  elle  doit  le  syllabisme,  la  di- 
chotomie, la  coïncidence  à  certaines  places  du  temps  fort  avec  l'accent  tonique, 
et  plus  tard  l'assonance.  La  versification  française  est  une  spécification  de  la  ver- 
sification romane  qui  a  pour  caractère  essentiel  de  substituer  le  mouvement 
iambique  (au  sens  rythmique  bien  entendu)  au  mouvement  trochaïque.  Ce  chan- 
gement a  dû  s'opérer  en  même  temps  que  la  langue  perdait  toutes  les  ultièmes 
atones,  sauf  l'a,  ayant  déjà  (à  quelques  restrictions  près)  perdu  la  pénultième  atone, 
c'est-à-dire  vers  le  vin0  siècle.  Tous  les  vers  français,  à  mon  avis,  remontent  à 
cette  période,  et  ceux  qui  existaient  auparavant  devaient  être  assez  différents  '.Les 
vers  de  quatre,  six,  huit,  dix,  douze  syllabes  ne  sont  que  des  variations  d'un  même 
type,  qui  à  l'origine  avait  peut-être  un  accent  sur  chaque  S)llabe  paire,  qui 
ensuite  n'a  plus  assigné  de  place  fixe  à  l'accent  qu'à  la  dernière  syllabe  dans 
tous  les  vers,  à  la  quatrième  dans  l'octosyllabe  (ce  qui  est  plus  tard  tombé  en 
désuétude),  à  la  quatrième  ou  à  la  sixième  (avec  en  outre  une  pause  marquée) 
dans  le  décasyllabe,  à  la  sixième  dans  le  dodécasyllabe.  Quel  était  le  vers  de 
l'épopée  avant  la  constitution  définitive  de  ce  système  de  versification?  Nous  ne 
le  savons  pas;  mais  une  fois  qu'il  fut  établi,  elle  employa,  comme  on  l'a  vu, 
les  vers  de  huit2,  dix  et  douze  syllabes  (sans  nier  que  ce  dernier  puisse  être  plus 
récent  que  les  autres)  3,  et  elle  donna  la  préférence  à  celui  de  dix,  par  les  rai- 
sons qu'a  fort  bien  vues  et  alléguées  M.  Rajna. 

Chap.  XIX  (p.  529-542).  Extension  originaire  et  propagation  de  l'épopée. 
Conclusion.  —  M.  Rajna  montre  ici  (il  a  déjà  touché  ce  point  plus  haut)  que  le 
domaine  originaire  de  l'épopée  est  la  France  propre  et  la  Bourgogne,  et  pré- 
sente sur  ce  qui  concerne  l'épopée  de  ce  dernier  pays,  à  laquelle  il  rattache  la 
question  tant  discutée  de  l'épopée  provençale,  des  vues  fort  intéressantes.  De  son 
double  berceau,  l'épopée  se  propage  tout  alentour,  jusqu'à  l'étranger,  grâce  aux 
jongleurs,  dont  l'activité  ne  saurait  être  trop  accentuée,  mais  pour  une  période 
postérieure  à  celle  qu'étudie  l'auteur.  Il  termine  par  quelques  pages  de  résumé: 
«  En  substance,  dit-il  en  terminant,  qu'ai-je  fait?  Tout  s'est  réduit  à  montrer 
que  l'épopée  française  est  bien  plus  ancienne  qu'on  n'avait  l'habitude  de  se 
l'imaginer.  Plus  ancienne  dans  le  pays  où  on  la  rencontre:  c'est  la  phase  méro- 
vingienne. Plus  ancienne  en  elle-même  :  elle  n'est  qu'une  émanation  et  une  mé- 
tamorphose d'une  épopée  précédente,  plutôt  qu'u  ne  production  nouvelle.  Dès  lors 
toutes  les  origines  de  cette  épopée  cessent  de  nous  apparaître  comme  des  ori- 
gines au  sens  absolu  du  mot  ;  les  vraies  origines  sont  bien  au  delà.  Nous  assis- 
tons seulement  à  une  continuation  et  transmission  d'existence,  au  développement 
progressif  de  formes  qui  naissent  d'autres  formes  semblables  selon  des  pro- 


1 .  Les  rythmes  grossiers  des  lettres  de  Frodebert  et  lmportunus,  qui  sont  de  la  fin  du 
viie  siècle,  sont  assez  difficiles  à  caractériser;  ils  semblent  hésiter  entre  les  mouvements 
trochaïque  et  iambique;  les  plus  nettement  marqués  ont  six  syllabes,  ce  qui  ferait  pencher 
pour  le  mouvement  iambique. 

2.  Les  vers  de  cinq,  sept,  onze  syllabes  sont  exceptionnels. 
i.  Le  vers  de  six  n'est  que  dans  un  poème  lyrico-épique. 

Romania,  XIII.  4° 


626  COMPTES-RENDUS 

cédés  et  en.  vertu  de  lois  qui,  par  la  multiplication  et  le  croisement  des  actions, 
donnent  lieu  à  des  effets  complexes,  mais  qui  en  elles-mêmes  sont  la  simplicité 
même.  Je  ne  sais  si  tous  se  contenteront  de  vérités  aussi  terre  à  terre;  ce  que 
je  sais,  c'est  que  le  spectacle  qui  nous  apparaît  ainsi  dans  la  vie  de  l'épopée 
n'est  autre  que  celui  que  la  science  reconnaît  plus  clairement  chaque  jour  dans 
toutes  les  manifestations  de  la  nature.  » 

On  pourrait  disserter  sur  ces  paroles  finales,  qui  montrent  la  haute  portée 
scientifique  de  l'esprit  de  l'auteur;  mais  j'ai  déjà  assez  disserté.  Bien  des  con- 
clusions auraient  pu  être  données  à  son  livre  ;  ce  qui  est  plus  important,  c'est 
qu'il  contient  bien  des  suggestions.  Comme  toutes  les  œuvres  vraiment  supé- 
rieures, il  sera  assurément  fécond  :  il  ouvre  à  chaque  page  la  voie  à  des  re- 
cherches auxquelles  l'auteur  encourage  et  que  son  exemple  apprendra  à  bien 
diriger  et  à  rendre  fructueuses.  La  science  lui  doit  une  reconnaissance  qu'elle 
aura  bien  souvent  l'occasion  de  lui  exprimer;  la  France  lui  en  doit  une  toute 
particulière. 

C'est  encore  une  fois  notre  vieille  épopée,  aujourd'hui  si  ignorée  ou  si  mé- 
connue chez  nous,  qui  attire  l'intérêt  sympathique,  '.'étude  et  l'admiration  des 
étrangers.  M.  Rajna  craint  qu'il  nous  soit  un  peu  pénible  d'accepter  la 
grande  part  qu'il  attribue  à  l'influence  allemande  dans  la  formation  de  cette 
épopée,  et  il  essaie  amicalement  de  panser  cette  blessure  supposée  ;  après  avoir 
constaté  la  vitalité  plus  grande  de  l'épopée  en  France  qu'en  Allemagne,  il 
ajoute  (p.  539):  «  Cette  vitalité  plus  grande,  il  faut  certainement  l'attribuer 
non  pas  à  une  cause  unique,  mais  à  un  ensemble  de  raisons,  dont  l'analyse  ne 
serait  pas  utile  ici.  Elle  doit  à  coup  sûr  compenser  largement  pour  la  France 
cette  atteinte  à  son  amour-propre  qu'elle  peut  éprouver  en  se  reconnaissant  dé- 
bitrice de  l'épopée  à  une  autre  nation.  Si  la  France  n'a  pas  produit  l'épopée, 
elle  l'a  cultivée  avec  un  long  amour,  non  pas  seulement  dans  l'obscurité,  comme 
il  arrive  d'ordinaire,  mais  en  partie  aussi  à  la  lumière  du  jour,  fournissant  ainsi 
à  la  science  une  occasion  presque  unique  d'étudier  exactement  des  phénomènes 
qui  le  plus  souvent  se  dérobent  à  l'observation.  »  J'avoue  pour  ma  part  que  je 
ne  vois  dans  l'influence  allemande  qui  se  manifeste  à  l'origine  de  l'épopée  fran- 
çaise aucune  raison  pour  la  France  d'être  moins  fière  de  l'avoir  produite.  La 
nation  française  n'est  pas  exclusivement  gallo-romaine  (pourquoi  alors  ne  serait- 
elle  pas  exclusivement  celtique?).  Les  Germains  qui  se  sont  établis  en  Gaule  se 
sont  intimement  mêlés  à  l'ancienne  population,  et  la  nation  française  est  le  ré- 
sultat de  ce  mélange.  «  L'esprit  germanique  dans  une  forme  romane  »,  c'est 
précisément  ce  qu'exprime  si  admirablement  le  mot  «  français  »  lui-même,  avec 
son  thème  allemand  et  son  suffixe  latin.  De  ces  éléments  mélangés  s'est  formée 
une  individualité  nationale  qui  est  parfaitement  distincte  de  ses  composants,  qui 
n'est  ni  celtique,  ni  latine,  ni  germanique,  qui  est  française  et  qui  de  bonne 
heure  nous  présente  des  traits  qu'on  ne  retrouve  chez  aucune  autre.  La  part  que 
l'on  doit  faire  à  la  population  indigène  dans  la  formation  et  le  développement  de 
l'épopée  est  plus  grande  peut-être  que  ne  le  veut  M.  Rajna  ;  j'ai  indiqué  plus 
haut  mon  opinion  sur  ce  point.  J'ai  indiqué  aussi,  et  j'y  reviens  en  terminant, 
que,  germanique  par  son  premier  point  de  départ,  l'épopée  française,  du  mo- 
ment qu'elle  s'est  exprimée  en  roman,  a  pris  un  caractère  différent  de  l'épopée 


rajna,  Le  Origini  deW  epopca  francese  627 

germanique  et  est  allée  s'en  éloignant  de  plus  en  plus.  Lisez  l'un  après  l'autre  Rol- 
tant  et  les  Nibclungen,  le  Charroi  de  Nîmes  et  la  RabenschIacht,Huon  de  Bordeaux 
même  ctOrtnit  :  vous  vous  trouverez  en  présence  de  produits  si  différents,  que 
jamais  l'idée  ne  nous  viendrait,  au  premier  abord,  qu'ils  ont  quelque  chose  de 
commun.  L'épopée  allemande  est  restée  bien  plus  liée  à  son  passé  lointain,  elle  ne 
s'est  paspliée  aux  conditions  du  monde  nouveau  créé  par  la  pénétration  intime  des 
deux  mondes  romain  et  germain  ;  aussi  est-elle  demeurée  sans  influence  en  dehors 
de  son  pays  d'origine,  sans  importance,  malgré  ses  hautes  qualités,  dans  l'histoire 
du  développement  littéraire  de  l'Europe.  Au  contraire  l'épopée  française,  s'accom- 
modant  à  l'esprit  des  temps  successifs,  est  arrivée  à  produire,  aux  xie  et  xn"  siè- 
cles, cequ'attendaient  toutes  les  âmes,  ce  qui  répondait  aux  besoins  et  aux  aspi- 
rations du  monde  sorti  du  chaos  barbare  ;  aussi  a-t-elle  été  adoptée,  traduite, 
imitée  dans  l'Europe  entière,  depuis  l'Islande  jusqu'à  la  Sicile,  et  l'Allemagne 
même  a-t-elle  emprunté  avec  admiration  ce  qu'elle  n'avait  pas  pu  produire  et  ce 
qu'elle  ne  savait  pas  avoir  indirectement  suscit:-.  Notre  épopée  est  allemande 
d'origine,  elle  est  latine  de  langue  ;  mais  ces  mots  nont,  pour  l'époque  où  elle 
est  vraiment  florissante,  qu'un  sens  scientifique  :  elle  est  profondément,  inti- 
mement française  ;  elle  est  la  première  voix  que  l'âme  française,  prenant  cons- 
cience d'elle-même,  ait  fait  entendre  dans  le  monde,  et,  comme  il  est  arrivé 
souvent  depuis,  cette  voix  a  éveillé  des  échos  tout  alentour.  Ainsi  quand  l'o/i- 
fant,  dans  la  Chanson  de  Rolland,  fait  «  brudir  »  ses  notes  puissantes,  des 
montagnes  et  des  vallées  lui  répondent  mille  cors  qui  les  répètent. 

G.  P. 


PÉRIODIQUES. 


I.  —  Revue  des  Langues  Romanes,  3e  série,  XI,  avril  1884.  —  P.  1 57. 
Chabaneau,  Sainte  Mark-Madeleine  dans  la  littérature  provençale  (suite).  III.  Vita 
béate  Marie  Magdalene.  C'est  une  vie  en  alexandrins  rimant  deux  à  deux,  écrite 
au  xive  siècle.  Le  ms.  que  reproduit  M.  Ch.  est  une  copie  faite  en  1375  par 
Bertran  Boysset,  le  chroniqueur  d'Arles  à  qui  la  Nerto  de  Mistral  vient  de 
donner  un  regain  de  célébrité.  Après  le  v.  29  M.  Ch.  signale,  avec  raison,  par 
des  points  une  lacune.  Voici  le  vers  manquant:  Eucaria  l'apela  lo  libre  qu'es 
aysi.  Selon  un  usage  que  j'ai  déjà  eu  plus  d'une  fois  le  regret  de  constater, 
M.  Ch.  publie  ce  poème  sans  un  mot  d'introduction,  sans  notes,  sans  même  en 
indiquer  la  provenance.  Sans  doute  la  publication  sera  complétée  plus  tard, 
mais  au  moment  où  j'écris  j'ai  sous  les  yeux  les  numéros  de  mai,  juin,  juillet  et 
août,  et  la  préface  et  le  commentaire,  sans  lesquels  le  texte  ne  peut  être  lu  avec 
fruit,  n'ont  pas  encore  paru.  D'ailleurs,  la  place  d'une  préface  est  avant  et  non 
après  le  document  édité.  —  P.  189.  Durand  (de  Gros),  Notes  de  philologie 
rouergate.  M.  D.  veut  que  dans  Flamenca,  v.  7219,  Roscngas  soit  une  forme 
fautive  à  corriger  en  Rosergas,  mais  il  donne  lui-même  en  note  (p.  190)  des 
exemples  d'où  il  résulte  que  la  forme  avec  n  est  parfaitement  légitime.  —  Bi- 
bliographie. P.  19$.  Der  Troubadour  Bertolome  Zorzi,  hgg.  von  E.  Levy  (C.  C, 
Compte  rendu  justement  favorable).  —  P.  200.  P.  Reimann,  Die  dcclination  d. 
Substantive  u.  Adjectiva  in  d.  Langue  d'Oc  (E.  Levy,  suite  et  fin).  —  P.  206. 
Périodiques.  Zeitschrift  /.  rom.  Philologie,  VI,  4;  VII,  1  (C.  Constans). 

Mai  1884.  —  P.  209.  Chabaneau,  Poésies  inédites  des  troubadours  du  Péri- 
gord.  Suite  d'une  publication  dont  les  deux  premières  parties  ont  paru  en 
août  1881  et  avril  1882.  Les  pièces,  au  nombre  de  treize,  que  publie  M.  Ch., 
sont,  comme  toujours,  dépourvues  d'introductions  et  de  commentaires.  Il  est 
singulier  que  la  Revue  des  'langues  romanes,  qui  a  coutume  de  joindre  une  tra- 
duction aux  poésies  provençales  des  auteurs  modernes,  ne  croie  pas  utile  de 
rien  faire  pour  faciliter  la  lecture  des  poésies  anciennes.  Faut-il  supposer  que 
les  treize  pièces  actuellement  publiées  sont  pleinement  intelligibles  pour  la  grande 
majorité  des  lecteurs  ?  Je  suis  obligé  de  confesser  pour  ma  part  qu'il  s'y  trouve 
d'assez  nombreux  passages  que  je  n'entends  pas.  Pour  plusieurs  de  ces  pièces 
M.  Ch.  n'a  pas  eu  à  sa  disposition  tous  les  éléments  de  l'édition  ;  il  le  constate 
lui-même,  par  ex.  p.  211,  note  3.  Il  aurait  peut-être  mieux  valu  en  ce  cas 
surseoir  à  la  publication.  D'autre  part  les  collations  dont  il  a  fait  usage  ne 


PÉRIODIQUES  620 

sont  pas  suffisamment  exactes;  je  l'ai  vérifié  pour  le  ms.  22543.  Signalons 
pp.  234-5  une  note  intéressante  où  M.  Ch.  appuie  d'un  nouvel  argument  l'opi- 
nion selon  laquelle  le  célèbre  sirventés  Bem  plai  lo  guis  tans  de  pascor  serait 
bien  de  Bertran  de  Born.  Je  ne  sais  si  M.  Ch.,  qui  d'ailleurs  me  paraît  avoir 
raison,  connaît  l'objection  que  M.  Bartsch  (Literaturblatt  /'.  germ.  u.  rom. 
Phil.,  I,  146)  a  produite  contre  le  système  de  M.  Clédat  qui  s'est  prononcé, 
comme  on  sait,  en  faveur  de  l'attribution  à  B.  de  Born  (Romania,  VJII,  268). 

—  P.  238-53.  Fesquet,  Monographie  du  sous-dialecte  languedocien  du  canton 
de  la  Salle-Saint-Picrre  {Gard).  Travail  rédigé  selon  une  méthode  tout  à  fait 
défectueuse  et  qui  ne  peut  être  considéré  que  comme  un  recueil  de  matériaux. 

—  Variétés.  P.  257-9.  E.  Rigal,  Les  participes  «  osé,  avisé,  entendu  r>  dans  les 
locutions  «  un  homme  avisé,  un  homme  entendu  ». 

Juin  1884.  P-  261-73.  Vincent,"  Le  garçou  que  vai  demanda' 'no  fillo  en  mari- 
dage  »,  conte  en  patois  marchois  de  la  partie  méridionale  du  canton  de  Guéret. 
Jedoute  fort  que  dans  la  locuïionbus  furechéis,  le  second  mot  ait  aucun  rapportavec 
furiosus  ;  on  dit  en  français  «  des  yeux  furets  »  pour  des  yeux  vifs  et  curieux. 

XII.  Juillet  1884.  P.  5.  Jean  Brunet,  Etude  de  mœurs  provençales  par  les  pro- 
verbes et  les  dictons.  En  provençal  ;  sorte  de  tableau  de  la  vie  des  champs  tout 
émaillé  de  dictons  populaires  et  de  proverbes.  —  P.  49.  A.  Michel,  Une  qua- 
trième forme  provençale  du  verbe  «  tuer  ». 

Août  1884.  —  P.  53-76.  Fesquet,  Monographie  du  sous-dialecte  languedocien 
du  canton  de  la  Salle-Saint-Pierre  (suite  et  fin).  —  P.  .82-4.  A.  Roque-Ferrier, 
L'origine  des  vilains  et  celle  des  «  gavots  ».  M.  R.-F.  rapproche  le  récit  de  Ma- 
tazone  (Romania,  XII,  21,  vv.  83  et  suiv.)  d'un  conte  publié  dans  YArmana 
provençau  de  1872,  p.  48.  Il  y  a  en  effet  quelque  rapport  ;  c'est  une  coïn- 
cidence. P.  M. 

II.  —  Zeitschrift  fur  Romanische  Philologie,  VIII,  1.  —  P.  1. 
C.  Michaelis  de  Vasconcellos,  Neues  zum  Bûche  der  Kamonianischen  Elegien 
(fin).  —  P.  24.  L.  Constans,  L'Evangile  aux  femmes.  M.  C.  renonce  à  l'opi- 
nion qu'il  avait  émise  en  1876  sur  l'attribution  de  l'Evangile  as  famés  à  Marie 
de  Compiègne  et  sur  l'identité  de  cette  Marie  de  Compiègne  avec  Marie,  auteur 
des  fables  et  des  lais.  Sur  ce  point  il  se  déclare  convaincu  par  la  démonstration 
de  M.  Mail  (voy.  Romania,  VI,  627).  Il  adopte  aussi  dans  une  assez  grande 
mesure  les  idées  de  M.  Mail  sur  la  classification  des  mss.  de  ce  petit  poème  qui 
se  présente  en  des  états  très  différents  selon  les  mss.  M.  Mail  ne  reconnaissait 
le  caractère  de  l'authenticité  qu'aux  six  quatrains  qui  sont  communs  à  tous  les 
mss.  M.  Constans,  un  peu  moins  exclusif,  considère  comme  authentiques  douze 
quatrains,  qu'il  imprime  avec  variantes.  Il  a  donné  le  même  texte  simulta- 
nément dans  sa  Chrestomathie,  mais  sans  les  variantes.  Voilà  donc,  depuis  Ju- 
binal  qui  a  publié  le  premier  l'Evangile  as  famés,  quatre  éditions  du  même  texte. 
C'est  beaucoup,  surtout  si  on  considère  que  le  résultat  est  loin  d'être  définitif, 
les  bases  sur  lesquels  M.  C.  fonde  sa  nouvelle  édition  étant  fort  chancelantes. 
Ce  que  M.  C.  dit  des  mss.  manque  parfois  d'exactitude.  Ainsi  le  ms.  fr.  155; 
aurait  été  écrit  entre  1258  et  1296:  dans  sa  publication  de  18761p.  28)  M.  C. 
datait  ce  même  ms.  de   1295   ou  1296,  en  se  fondant,  bien  à  tort,  sur  une 


630  PÉRIODIQUES 

opinion  que  j'aurais  émise.  J'ai  dit  que  ce  ms.  avait  été  exécuté  vers  1285  ', 
et  en  effet  la  date  inscrite  au  fol.  325  v°  porte  «  M.CC.  et  .iiij«.  et  quatre,  el 
moys  de  février.  »  Le  ms.  fr.  25545  ne  me  paraît  pas  remonter  à  la  première 
moitié  du  xnic  siècle,  je  le  crois  plutôt  de  la  seconde  ;  et  de  plus,  M.  C.  aurait 
pu  remarquer  que  Y  Evangile  as  famés  y  a  été  inséré,  le  ms.  déjà  terminé,  d'une 
écriture  un  peu  postérieure  à  celle  du  reste.  —  P.  37.  B.  Wiese,  Vicr  ncue 
Dante  Handschriften.  Ces  quatre  nouveaux  mss.  viennent  de  la  collection  Ha- 
milton,  maintenant  à  Berlin.  L'un  d'eux  aurait  été,  d'après  une  note  finale, 
écrit  à  Pise  en  1347  par  un  jeune  homme  qui  serait  mort  de  la  peste  l'année 
suivante.  —  P.  50.  Decurtins,  Balzar  Alig's  Passional,  texte  latin  imprimé 
d'après  une  édition  de  1672.  On  ne  peut  s'empêcher  de  regretter  que  le  labo- 
rieux éditeur  de  tant  de  textes  ladins  n'ait  pas  eu  la  pensée  de  réunir  tous 
ces  textes  en  un  volume,  au  lieu  de  les  disperser  entre  trois  ou  quatre  revues. 
—  P.  63.  W.  Dreser,  Nachtrage  tu  Michaclis'  vollstandigem  Warterbuche  der 
italienischen  u.  deutschen  Sprache.  Ces  suppléments,  en  général  tirés  de  publi- 
cations modernes,  n'offrent  pas  un  bien  vif  intérêt.  11  y  aura  une  suite.  — 
P.  82.  Fr.  d'Ovidio,  /  riflessi  romanzi  di  viginti,  triginta,  quadraginta, 
quinquaginta,  sexaginta,  sep  t('u)aginta,  oct(u  )aginta ,  nona- 
ginta  *novaginta.  Montre  que  pour  expliquer  les  formes  romanes  de  ces  noms 
de  nombre,  il  n'est  nullement  nécessaire  de  supposer  les  types  latins  accentués 
sur  l'antépénultième.  Travail  conduit  avec  beaucoup  de  méthode,  et  qui  donne 
des  résultats  généraux  d'une  réelle  importance.  —  P.  108.  O.  Schultz,  Das  Vcr- 
hœltnis  der  provenzalischen  Pastourelle  zur  Altfranzasischen.  Montre  que  si  à 
l'origine  la  pastourelle  existe  au  midi  indépendamment  de  toute  influence 
française,  cette  influence  n'a  pas  tardé  à  se  manifester.  Cette  opinion  n'est  pas 
contestable,  mais  elle  est  peu  nouvelle. 

Mélanges.  P.  112.  G.  Grceber,  Der  Verfasser  des  Donal  proensal.  Voici  un 
nouveau  travail  sur  le  Donat  provençal.  Il  ne  s'agit  plus,  comme  dans  l'essai  pré- 
cédemment signalé  de  M.  d'Ovidio  (voy.  Romania,  XIII,  468)  de  prouver  que 
cet  ouvrage  a  été  fait  en  Italie  :  c'est  à  l'auteur  lui-même  qu'en  veut  M.  Grceber. 
Au  commencement  de  la  copie  que  nous  a  conservé  le  ms.  D  465  inf.  de 
l'Ambroisienne  (fol.  309^,  on  lit  :  Incipit  liber  quem  composait  Ugo  Faiditus  pre- 
cibus  Jacobi  de  Mora  et  Domini  Conradi  de  Stcrlcto.  A  la  fin  du  traité,  dans  un 
autre  ms.,  on  lit:  Cujus  Ugo  nominor  qui  librum  composai  precdnis  Jacobi  de 
Mora  et  domini  Zhuch'u  de  Sterllcto...  Le  cujus  qui  commence  cet  explicit  est 
fort  embarrassant,  car,  grammaticalement,  il  se  construit  mal  avec  ce  qui  pré- 
cède ;  on  l'a  expliqué  et  corrigé  de  diverses  manières;  on  a  notamment  proposé 
de  le  remplacer  par  Faiditus  *,  ce  qui  paraît  trop  hardi  et  d'ailleurs  présente  une 
construction  peu  usuelle.  L'idée  de  M.  G.  est  qu'il  faut  corriger  Cirais.  Voilà 
qui  est  bien,  mais  que  faire  du  Faiditus  du  ms.  de  Milan  ?  M.  G.  le  corrige  sans 
hésiter  en  Santcircus.  De  sorte  que  nous  aurons  d'une  part  Hugo  Santcircus,  et 
d'autre  part  Circus  Ugo,  que  l'on  ramène  sans  peir.e  à  Santcircus  Ugo,  les  deux 


1.  Barlaam  und  Josaphat  (Société  littéraire  de  Stuttgart,  volume  LXXV),  p.  329. 

2.  Voyez  l'édition  de  M.  Stengel,  p.  130. 


PÉRIODIQUES  631 

leçons  aboutissant  finalement  à  Hugues  de  Saint-Cirq,  troubadour  du  Quercy 
fort  connu,  mais  à  qui  on  n'avait  pas  pensé  jusqu'ici  à  attribuer  un  ouvrage  qui 
porte  le  titre  de  Donat  provençal.  La  série  d'altérations  graphiques  par  lesquelles 
M.  G.  suppose  que  la  'orme  Santcircus  a  passé  pour  aboutir  d'un  côté  à  Fai~ 
ditus  et  de  l'autre  à  cuius,  est  agréablement  déduite,  et   on  pourrait  voir  dans 
toute   la  dissertation  une  spirituelle  satire  de  certains  procédés  critiques,  s'il 
n'était  évident  que  M.  G.  a  prétendu  écrire  sérieusement.  C'est  dommage.  11  y 
a  cependant  quelque  chose  a  prendre  dans  ce  travail  bizarre,  c'est  un  témoi- 
gnage sur  le  «  Jacobus  de  Mora  »  pour  qui  le  Donat  a  été  composé.  Ce  per- 
sonnage figurerait  comme  témoin,  en  1243,  dans  un   acte  de  la  Marche    Tré- 
visane.   L'identification  est  possible  sans  être  hors  de  doute1.  —  P.    117. 
E.  Joseph,  Dures  Phrygius  als  Cécile  fiir  die  Briseida-Episodeim  Roman  de  Troie 
de  Benoit   de  Sainte-More.  Rapproche  le  texte   de  Darès  de  celui  de  Benoît; 
promet  de  nouvelles  recherches  sur  l'épisode  lui-même.  —  P.  119.  G.  Hentschke, 
lou  me  fay  m'enftrmitas  (Alexandre  de  la  Laurentienne,  v.    5).  M.  W.   Fcerster 
explique  ce  passage  difficile  par  locum  mihi  facit  «  me  fait  lieu,  me  donne  du 
loisir.  »  G.  Paris  a  fait  remarquer  (Romania,  XI,  620)  que  cette  explication 
était  peu  sûre,  et  qu'on  trouverait  difficilement  des  exemples  de  faire  lou  en  ce 
sens.  M.  H.,  qui  n'a  pas  le  don  de  l'exactitude,   j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  le 
constater  quoiqu'il  ait  encore  peu  écrit,  commence  par  m'attribuer  l'opinion 
exprimée  par  G.  Paris,  que  du  reste  je  partage,  et  il  croit  la  réfuter  en  pro- 
duisant un  passage  du  lai  du  Chevrefeuil  où   on  lit  :  Car  ceu  k'ont  chaiciet  mi 
uel  |  Lou  méfait  mettre  sus  fuel.  «  Mettre  sous  feuille  »  (si  la  leçon  est  correcte) 
est  une  locution   métaphorique  dont  le  sens   ne  m'apparaît  pas  clairement  ; 
peut-être  est-ce  «  mettre  de  côté,  serrer  »  ;  mais  ce  qui  est  sûr,  c'est  que  lou 
méfait  ne  signifie  aucunement  «  me  fait  lieu  »,  comme  le  suppose  M.  H.  qui 
donne  de  tout  le  passage  une  traduction  entièrement  erronée,  mais  «  le  méfait  », 
lou  est  la  forme  lorraine  de  l'article  du  pronom  neutre.   Il  n'est  pas   permis 
d'ignorer  que   le  chansonnier  de  Berne,  qui  est  le  texte  A  de  l'édition,  est 
lorrain;    dans  le  ms.    12615    (fol.  66)    il  y  a  le  me  font  *  mètre  sos  suell.  — 
P.    !2o.   R.   Kcehler    «  Oci  oci   »    als  Nachtigallensang,  série    de   citations, 
pouvant  servir  de  supplément  à  un   mémoire  de  L.    Uhland.    —    P.    122, 
G.  Hentschke,  Prov.  âul,  âvol-avoleza  ;  fait  venir  avol  de  habilis.  Le  sens  n'y 
convient  guère.  —  P.  122.  Le  même,  Die  Lothringische  Perfekt-Endung  «  -ont  ». 
—  Comptes  rendus.  P.  125.  A.  Graf,  Romanella  memoria  ...  vol.  II ,  Liebrecht; 
le  critique  ne  s'occupe  pas  assez  delà  manière  dont  le  livre  est  fait.  —  P.  131. 
G.  Pitre,  Giuochi  faneiulleschi  Siciliani  (F.  Liebrecht).  —  P.  136.  Il  Propugna- 
tore,  XVI,  janvier  a  juin  (A.  Gaspary).  —  P.  141,   Revista  pentru  Siorie,  Ar- 
chéologie si  Filologie,  I  (W.  Meyer  ;  cf.  Rom.,  XII,  627).  —  P.  143.  Columna 
lui  Trajanu  N.  S.  III  (W.  Meyer).  —   P.    148.  Zeitschrift  f.  neufranzasische 
Spracheu.   Litteratur,  III  (W.  Meyer  et  G.  Grœber).  —P.  150.  Franzcesische 
Studien,  I-III  (W.  Meyer,  W.  Mangold,   G.   Grœber).   —  P.    155,  Romania, 


1 .  On  a  en  effet  proposé  une  autre  identification  ;  voy.  l'édition  de  M.  Stengel,  p.  iji- 

2.  fait  en  variante  dans  la  Chrestomathie  est  visiblement  une  erreur  typographique, 
puisque  c'est  la  leçon  même  du  texte. 


6$2  PÉRIODIQUUES 

ncs  42-3,  avril-juillet  1882  (G.  Grœber  et  G.  Baist).  M.  Grœber  veut  bien 
m'apprendre  que  le  ms.  d'Alexandre  du  baron  de  Lassberg  {Romama,  XI,  332) 
est  conservé  actuellement  à  Donaueschingen.  Mais  c'est  ce  que  j'ai  dit  moi- 
même  il  y  a  dix-huit  mois  (Romania,  XII,  139).  P.  M. 

III.  —  Congrès  scientifique  de  Dax.  Première  session,  mai  1882  (Dax, 
Médan,  libraire,  1883,  in-8°).  —  P.  93-103.  Ed.  Louis,  Notes  d'un  vieux  Béar- 
nais sur  le  patois  de  son  pays.  Observations  détachées  qui  ne  sont  pas  assuré- 
ment d'un  philologue,  mais  où  on  peut  trouver,  entre  beaucoup  de  faits  déjà 
bien  connus,  quelques  détails  intéressants,  par  exemple  en  ce  qui  concerne 
certaines  particularités  de  l'ossalois,  de  l'aspois,  de  l'oloronais.  Il  est  regrettable 
que  l'auteur  n'ait  pas  eu  l'idée  de  rattacher  ses  remarques  à  la  grammaire  de 
M.  Lespy,  dont  elles  auraient  formé  une  sorte  de  supplément.  S'il  avait  eu  sous 
les  yeux  cet  ouvrage,  mal  ordonné,  mais  riche  en  faits,  il  aurait  moins  insisté 
sur  certains  points,  amplement  étudiés  par  M.  Lespy,  et  se  serait  attaché  de 
préférence  à  des  particularités  locales  sur  lesquelles  nous  ne  sommes  pas  encore 
renseignés. 

IV.  —  Revue  critique,  juillet-septembre.  —  Art.  130.  Gaidoz  et  Sébillot, 
Le  Blason  populaire  de  la  France  (G.  P.  ;  nous  y  relèverons  les  remarques  sur 
gavache,  tarte  bourbonnaise,  Martin  de  Cambrai  et  Jean  de  Nivelle,  prussien  et 
travailler  pour  le  roi  de  Prusse^.  —  142.  Archiv  fur  latcinische  Lexiko graphie,  I-II 
(Lejay).  —  142.  Ghillebert  de  Lannoy.  Œuvres,  p.  p.  Potvin  (Delboulle).  — 
1 50.  Fœrster,  Altfranzôsische  Bibliothek,  II,  VI,  VIII  (A.  Darmesteter).  —  1  $2. 
Ysengrimus,  p.  p.  Vo'gt(G.  P.).  —  160.  Catalogues  de  collections  de  manuscrits 
du  British  Muséum  (P.  M.  ;  signalons  le  Catalogue  0}  Romances  (t.  I).  par  M.  Ward  j 
et  les  remarques  auxquelles  il  donne  ici  lieu  '. 

V.  —  Ljterarisches  Cextralblatt,  juillet-septembre.  —  N°  28,  Hor- 
ning,  Zur  Geschichte  des  lateinischen  c  vor  e  und  i  im  Romanischen  (Suchier  :  re- 
marques importantes).  —  29.  Cliges,  hgg.  von  Fœrster  (Mussafia).  —  31, 
Tiktin,  Studien  zur  rumanischen  Philologie,  I  ;  Thomas,  Francesco  da  Barberino 
(Suchier).  —  35,  Ysengrimus,  hgg.  von  Voigt. 

VI.  —  Deutsche  Literaturzeitung,  juillet-septembre.  —  N°  27,  Scheffler, 
Die  franzôsische  Volksdichtung  und  Sage  (Storck).  —  29,  Hervieux,  Phèdre  et  ses 
anciens  imitateurs  (Voigt);  Etienne,  La  Vie  de  saint  Thomas  (Moif).  —  30,  Cliges, 
hgg.von  Fœrster  (Tobler).  — 33,  Etienne,  De  deminutivis  (Morf).—  34,  Armitage, 
Sermons  provençaux  ;  Fath,  Die  Lieder  des  Castillans  von  Ccuci  (Stengel).  —  35, 
Meyer,  Ueber  die  Beobachtung  des  Worlacccnts  in  der  Altlateinischen  Poésie  (Léo)  ; 
Graf,  Roma  nella  memoria  e  nellc  immaginazioni  del  medio  evo,  II  (Schrœder).  — 
39,  Fœrster,  Altfranz.  Lesebuch,  I  (Weber)  ;  Constans,  Chrcstonuilhie  de  l'an- 
cien français  (Weber)  ;  Coen,  Di  una  leggenda  relativa  a  Costantino  magno 
(Schrœder). 

P.  M. 


1.  Notons  dans  le  11°  30  le  compte-rendu  de  la  soutenance  de  la  thèse  de  M.  Gcelzer 
sur  la  latinité  de  saint  Jérôme. 


CHRONIQUE. 


La  mort  de  M.  Manuel  Milâ  y  Fontanals,  annoncée  déjà  dans  notre  dernier 
numéro,  est  une  perte  des  plus  sensibles  pour  nos  études.  Le  savant  professeur 
de  Barcelone,  qui  joignait  à  une  instruction  classique  suffisante  des  connais- 
sances variées  et  approfondies  dans  le  domaine  de  la  linguistique  et  des  littéra- 
tures romanes,  était  à  proprement  parler  le  seul  romaniste  d'Espagne,  le  seul 
du  moins  qui  se  tînt  régulièrement  au  courant  du  progrès  de  la  philologie  néo- 
latine au  delà  des  Pyrénées,  le  seul  qui  fût  entré  en  relations  avec  la  plupart  des 
romanistes  de  France,  d'Italie  et  d'Allemagne,  et  qui  collaborât  à  l'œuvre  com- 
mune dans  nos  revues  spéciales  :  sa  place  restera  vide  longtemps.  Né  à  Villa- 
franca  del  Panades,  petite  ville  de  la  province  de  Barcelone,  le  4  mai  1818, 
Milâ  fit  d'abord  des  études  de  droit  à  Cervera,  puis  à  Barcelone,  où  il  reçut 
en  1841  le  grade  de  licencié  ;  mais  les  tendances  de  son  esprit  le  portaient  vers 
les  lettres.  Après  avoir  pendant  quelque  temps  inséré  dans  les  revues  locales  des 
articles  de  critique  et  des  poésies  en  castillan  et  en  catalan,  il  publia  en  1843  un 
vrai  livre,  une  Arte  poêtica,  qui  indique  une  connaissance  précise  et  étendue  de 
la  matière.  La  réforme  des  études  supérieures  opérée  en  1845  lui  ouvrit  enfin  la 
carrière  qu'il  devait  si  bien  remplir.  Nommé  professeur  de  littérature  générale  et 
espagnole,  cette  même  année,  à  l'Université  de  Barcelone,  Milâ  conserva  cette 
fonction  jusqu'à  sa  mort  ;  il  a  été  ainsi  l'éducateur  littéraire  de  plus  d'une  géné- 
ration de  Catalans,  et  l'un  de  ses  amis  et  collègues,  M.  Cayetano  Vidal  y  Va- 
lenciano,  dans  une  notice  qu'il  a  publiée  sur  Milâ  en  1879  ',  n'estime  pas  à 
moins  de  trois  mille  le  nombre  des  élèves  qui  ont  suivi  ses  cours  et  reçu  sa  doc- 
trine. Dès  son  entrée  à  l'Université,  l'activité  de  Milâ  se  partagea  entre  son  en- 
seignement, auquel  il  consacra  toujours  beaucoup  de  temps  —  le  résumé  de  son 
cours,  son  livre  de  texte,  comme  on  dit  là-bas,  a  une  valeur  originale  —  et  des 
travaux  d'érudition,  qui  attirèrent  bientôt  sur  lui  l'attention  des  savants  étran- 
gers. II  débuta  en  1853  par  un  Romancerillo  catalan,  accompagné  d'«  obser- 
vations sur  la  poésie  populaire  »,  où  pour  la  première  fois  furent  étudiés  les 
rapports  des  chants  qui  vivent  encore  aujourd'hui  dans  le  peuple  de  Catalogne 
avec  ceux  de  l'ancienne  poésie  épique  espagnole.  Milâ  émit  à  cette  occasion  des 
théories  qn'il  reprit  et  développa  plus  tard  dans  sa  savante  étude  sur  la  poésie 


1.  La  Academia  du  7  et  du  15  février  1879,  et  en  traduction  catalane  dans  La  Uns- 
traciô  catalana,  du  30  septembre  et  du  1  j  octobre  1882. 


6}4  CHRONIQUE 

héroïque  de  Castille.  Le  Romancerillo,  véritable  révélation,  trouva  partout  bon 
accueil,  et  l'un  des  savants  d'alors  les  mieux  qualifiés  pour  en  apprécier  le  mé- 
rite, Ferdinand  Wolt,  ne  dédaigna  point  d'en  présenter  à  l'Académie  de  Vienne 
un  long  compte  rendu  analytique  et  critique,  où  les  chants  catalans  publiés  par 
Milâ  sont  rapprochés  des  romances  portugaises  réunies  vers  la  même  époque 
par  Almeida  Garrett.  Après  cette  incursion  dans  un  domaine  jusque-là  peu  cul- 
tivé et  dont  il  fut  un  des  premiers  défricheurs,  Milâ  s'occupa  des  origines  litté- 
raires de  sa  province,  la  Catalogne,  et  tenta  de  retracer  l'histoire  de  l'influence 
provençale  sur  les  trois  littératures  péninsulaires  (catalane,  castillane  et  portu- 
gaise) :  le  résultat  de  ces  nouvelles  investigations  fut  le  livre  publié  en  1861  et 
intitulé  De  los  trovadorcs  en  Espana,  qui,  malgré  les  progrès  considérables  des 
études  provençales  depuis  vingt  ans,  conserve  encore  aujourd'hui  une  partie  de 
sa  valeur  et  n'est  jamais  consulté  sans  profit.  Milâ  continua  et  compléta  cette 
étude  par  un  important  travail  sur  les  poètes  catalans  du  xive  et  du  xve siècle, 
publié  partiellement,  en  traduction  allemande,  dans  le  tome  V  du  Jahrbuch  fur 
romanische  und  englische  Literatur  (1864),  puis  inséré,  l'année  d'après,  en  catalan 
et  fort  remanié,  dans  le  recueil  des  Jochs  floral  s  de  Barcelone.  Le  second 
grand  ouvrage  de  Milâ,  de  dimension  égale  à  celui  des  Trovadorcs,  mais  plus 
nourri  que  ce  dernier,  est  le  traité  De  la  poesia  heroïco-popular  castellana,  qui 
parut  en  1873.  Ce  livre,  trésor  de  renseignements  consciencieusement  réunis  et 
d'observations  pénétrantes  sur  les  origines  et  le  développement  de  tous  les 
cycles  de  l'ancienne  poésie  épique  de  Castille,  s'est  substitué  avec  avantage 
à  tout  ce  qui  avait  été  précédemment  écrit  en  Espagne  sur  la  matière. 

Il  semble  qu'après  la  publication  de  cette  œuvre  considérable,  fruit  de  plu- 
sieurs années  d'efforts  persévérants,  d'autant  pius  méritoires  que  le  mauvais  ou- 
tillage des  bibliothèques  de  son  pays  le  laissait  fort  souvent  dans  l'embarras,  il 
semble  que  Milâ  eût  pu  se  reposer.  Tout  au  contraire,  il  fut  pris  d'une  nou- 
velle ardeur.  Indépendamment  d'articles  courts,  mais  toujours  pleins  de  faits  et 
bien  digérés,  qu'il  donna  et  à  la  Revue  des  langues  romanes  et  à  la  Romania, 
dont  nous  ne  citerons  que  l'étude  sur  la  poésie  populaire  de  Galice  ',  le  pro- 
fesseur barcelonais  entreprit  de  réimprimer,  en  le  complétant,  son  Romancerillo  et 
d'écrire  l'histoire  du  théâtre  catalan,  sur  lequel  il  avait,  avec  le  concours  d'un 
de  ses  meilleurs  élèves,  D.  Andrcs  Balaguer,  réuni  de  nombreux  matériaux.  Il 
ne  lui  a  pas  été  donné  malheureusement  de  couronner  sa  carrière  d'érudit  par 
ces  nouvelles  publications  :  seule,  la  première  partie  du  Romancerillo  a  pu  voir 
le  jour.  La  seconde  partie,  qui  renferme  le  commentaire  des  chansons,  ainsi  que 
l'étude  sur  le  théâtre,  doivent  être  fort  avancées,  prêtes  même  pour  l'impression, 
et  il  est  à  présumer  que  l'Académie  des  Belles-Lettres  de  Barcelone,  dont  Milâ 
était  président  honoraire,  ses  collègues  de  l'Université,  ses  amis,  sauront  sauve- 
garder ce  précieux  héritage  et  en  feront  profiter  le  monde  savant.  La  perte  des 
papiers  de  Milâ  serait   un  vrai  malheur  qu'il  convient  d'éviter  à  tout  prix. 

Les  qualités  maîtresses  de  Milâ  y  Fontanals,  comme  professeur  et  comme 
érudit,  étaient  la  solidité  du  jugement,  la  conscience  dans  les  recherches,  la 


1.  Romania,  VI,  47. 


CHRONIQUE  635 

terme  volonté  de  ne  rien  dire  dont  il  ne  fût  assuré,  la  sobriété  de  la  forme.  Il 
n'était  pas  né  orateur  et  ne  le  devint  pas.  «  Son  débit  en  chaire,  dit  un  de  ses 
anciens  auditeurs,  laissait  quelque  peu  à  désirer.  Les  élèves  qui  ne  prêtaient 
pas  assez  d'attention  ou  ne  se  présentaient  pas  à  son  cours  convenablement  pré- 
parés ne  tiraient  pas  grand  parti  de  ses  explications  ;  les  pauses  étaient  très 
courtes,  presque  nulles,  la  prononciation  monotone  lassait  l'attention  des  élèves 
et  la  rapidité  avec  laquelle  le  professeur  exposait  ses  idées  les  rendait  presque 
inintelligibles  au  plus  grand  nombre  '.  »  En  somme,  Milâ  ne  faisait  pas  de  con- 
cession aux  élèves  inattentifs  ou  paresseux,  ou  à  ceux  que  les  études  secondaires 
n'avaient  pas  suffisamment  développés  ;  il  tenait  à  maintenir  l'enseignement  uni- 
versitaire à  une  certaine  hauteur,  et  il  y  réussissait  ;  par  là  il  a  dû  renoncer  à 
exercer  une  grande  influence  sur  la  masse  des  élèves,  mais  en  revanche  il  a 
réussi  à  former  quelques  natures  d'élite  et  à  laisser  dans  leur  esprit  l'empreinte 
de  ses  idées  et  de  sa  méthode  :  D.  Marcelino  Menéndez  Pelayo  n'a  pas  oublié 
ce  qu'il  doit  à  Milâ,  et  la  preuve  en  est  qu'il  vient  de  dédier  à  ce  maître  son 
Histoire  des  idées  esthétiques  en  Espagne.  On  ne  saurait  prétendre  non  plus  que 
Milâ  fût  écrivain.  En  plusieurs  circonstances  sans  doute,  en  prose  et  en  vers,  il 
a  montré  qu'il  était  parfaitement  maître  de  la  langue  officielle  de  son  pays,  le 
castillan,  et  savait  lui  faire  rendre  des  nuances  délicates  de  sentiment  et  des  idées 
complexes,  mais  son  style  manque  de  fluidité,  d'agrément  et  de  couleur.  Ses 
livres  sont  trop  touffus,  parfois  arides  ;  quoiqu'il  dise  toujours  très  exactement  et 
très  correctement  tout  ce  qu'il  veut  dire,  Milâ  n'arrive  que  rarement  adonnera 
sa  phrase  un  tour  facile  et  vivant  ;  il  n'avait  pas  assez  l'art  de  la  composition. 
Mais  combien  ces  défauts  de  forme  pèsent  peu  en  comparaison  des  qualités  de 
fond  que  Milâ  possédait  à  un  degré  éminent  !  Et  doit-on  se  plaindre  de  trouver 
chez  un  auteur  espagnol,  solide  et  sérieux,  quelque  sécheresse  et  une  certaine 
maladresse  dans  la  façon  de  s'exprimer  et  de  composer,  alors  que  les  neuf 
dixièmes  pèchent,  hélas  l'trop  souvent  par  une  abondance  et  une  facilité  déplo- 
rables qui  les  rendent  vagues  et  superficiels?  L'homme  chez  Milâ  ne  valait  pas 
moins  que  le  savant.  A  une  grande  fermeté  de  caractère,  une  véritable  inflexi- 
bilité en  matière  de  croyances  religieuses,  il  alliait  une  ouverture  d'esprit,  une 
curiosité  critique  qui  charmaient  aussitôt.  Tous  ceux  qui  ont  eu  l'occasion  de 
le  voir  à  Barcelone  et  de  causer  avec  lui  des  études  qu'il  aimait  ont  été  gagnés 
par  sa  franchise,  son  amour  de  la  vérité,  sa  modestie  aussi,  car  lui  qui  savait 
tant  ne  pensait  qu'à  s'instruire  encore  et  à  questionner  les  autres.  La  Romania, 
dont  il  a  été  le  collaborateur  zélé,  s'associe  aux  regrets  unanimes  que  sa  mort 
a  causés  en  Catalogne  et  partout  où  il  était  connu  et  apprécié  ;  elle  conservera 
son  souvenir. 

D.  Manuel  Milâ  y  Fontanals  est  décédé  dans  sa  ville  natale,  Villafranca  del 
Panades,  le  16  juillet  1884.  —  A.  M  -F. 

—  M.  le  professeur  L.  Lemcke,  qui  s'était  récemment  retiré  de  la  chaire  qu'il 
occupait  à  l'Université  de  Giessen  (voy.  ci-dessus,  p.  482),  est  décédé  le  2  1  sep- 
tembre dernier.  Il  était  né  à   Brandebourg  le  25   décembre   1816.  Entré  assez 


1.  El  Diluvio  de  Barcelone,  du  23  juillet  1884. 


6$6  CHRONIQUE 

tard  dans  l'enseignement  supérieur,  il  professa  successivement  les  littératures 
romanes  et  anglaise  à  Marbourg  (1863-7)  et  à  Giessen  (1867-84).  Il  est  surtout 
connu  dans  le  domaine  des  études  romanes  par  la  part  qu'il  a  prise  à  la  ré- 
daction du  Jahrbuch  fur  [romanische  u.  cnglische  Lilcratur,  qui  fut  longtemps  le 
seul  organe  véritablement  scientifique  des  études  en  vue  desquelles  il  avait  été 
fondé.  A  partir  de  1865  (tome  VI)  il  remplaça  comme  directeur  du  Jahrbuch, 
M.  Ad.  Ebert,  qui  avait  fondé  cette  revue  en  1859  avec  la  collaboration  de 
F.  Wolf.  On  sait  que  le  Jahrbuch  cessa  de  paraître  après  avoir  achevé  son 
quinzième  volume,  en  1876.  Pendant  plusieurs  années  les  directeurs  de  la 
Romania  ont  collaboré  assez  activement  au  Jahrbuch  et  se  sont  trouvés  en 
rapports  suivis  avec  M.  Lemcke  :  ils  n'ont  jamais  eu  qu'à  se  louer  de  sa  cour- 
toisie et  de  sa  bienveillance.  M.  Lemcke  n'était  pas  un  philologue  à  la  manière 
actuelle.  Il  n'a  point  fait  de  découvertes  phonétiques,  mais  il  écrivait  diverses 
langues,  et  notamment  le  français  d'une  façon  remarquablement  correcte,  et 
sa  connaissance  des  littératures  modernes  était  très  étendue  et  très  sûre.  Sa 
Chrestomathie  espagnole  (Handbuch  dcr  spanischtn  Littcratur  (Leipzig,  1855-6) 
est  un  livre  bien  fait  qui  a  rendu  de  bons  services  et  en  rendra  encore. 

—  Au  dernier  moment  nous  apprenons  la  mort  (18  octobre)  de  M.  K.  Hille- 
brand,  ancien  professeur  à  la  faculté  des  lettres  de  Douai,  qui  depuis  1870 
s'était  retiré  à  Florence.  M.  Hillebrand,  sans  parler  de  ses  travaux,  pour  la 
plupart  en  allemand,  sur  la  littérature  et  l'histoire  des  temps  modernes,  s'était 
occupé  avec  succès  de  l'ancienne  littérature  italienne.  Nous  citerons  sa  thèse 
de  doctorat  sur  la  chronique  de  Dino  Compagni  (1862),  ouvrage  étendu  et  de 
grande  valeur,  et  ses  Etudes  historiques  et  littéraires  (1868)  dont  la  première 
partie,  seule  parue,  est  tout  entière  consacrée  à  l'Italie. 

—  Nous  avons  reçu  de  M.  Nigra  une  note  rectificative  à  l'article  publié  ci- 
dessus,  p.  415.  Le  défaut  d'espace  nous  oblige  delà  remettre  au  prochain 
numéro. 

—  Livres  adressés  à  la  Romania  : 

Lydgate's  Story  of  Thcbes.  Eine  Quellenuntersuchung  von  Emil  Kœppel. 
Munich,  Oldenbourg,  1884,  8°,  78  fr.  (dissertation  de  Munich.  —  Dans 
ce  travail  fait  avec  soin,  l'auteur  rend  très  vraisemblable  que  Lydgate  a 
écrit  son  Histoire  de  Thcbes  en  1421  et  1422,  et  établit  qu'il  a  utilisé  comme 
source  principale  non  pas  directement  le  Roman  de  Thcbes,  mais  la  rédaction 
en  prose  du  xivc  s.  qui  se  trouve  jointe  au  Livre  d'Orose  (cf.  Rom.  X,  276). 

Ucbcr  dit  Entstchung  und  die  Dichter  dcr  «  Chanson  de  la  croisade  contre  les 
Albigeois  »,  inaugural-dissertation...  von  L.  Kraak.  Marburg,  in-8°, 
40  p.  —  Dissertation  où  on  s'efforce  de  prouver,  entre  autres  choses,  que 
le  Guillem  deTudèle  de  la  première  partie  du  poème  doit  être  identifié  avec 
Guillem  Anelier  de  Toulouse,  l'auteur  du  poème  de  la  guerre  de  Navarre, 
composé,  comme  on  sait,  vers  1280.  Une  thèse  aussi  extravagante  n'est 
point  à  discuter,  mais  que  penser  de  l'université  qui  l'accepte? 


TABLE    DES    MATIÈRES 


Pages. 

P.  Meyer.  La  chanson  de  Doon  de  Nanteuil,  fragments  inédits  i 

Recueil  d'exemples  en  ancien  italien,  p.  p.  J.  Ulrich 27 

Deux  légendes  surselvanes  :  Vie  de  sainte  Geneviève,  Vie  de  saint  Ulrich,  publiées 

par  G.  Decurtins 60 

H.  Morf.  Etude  sur  la  date,  le  caractère  et  l'origine  de  la  chanson  du  Pèlerinage 

de  Charlemagne , i8j 

E.  Schwan.  La  Vie  des  anciens  Pères 233 

P.  Meyer.  Nouvelles  catalanes  inédites 264 

J.  Cornu.  Mélanges  espagnols 285 

G.  Pitre.  Le  tradizioni  cavalleresche  popolari  in  Sicilia 315 

P.  Meyer.  Notices  et  extraits  du  ms.  8336  de  la  bibliothèque  de  sir  Thomas  Phil- 

lipps,  à  Cheltenham 497 

E.  Philipon.  Phonétique  lyonnaise  au  xiv"  siècle 542 

MÉLANGES. 

Bravo  (J .  Cornu) no 

L'infinitif  paroler  (A.  Delboulle) 115 

Le  patois  normand  (C.  Joret  et  J.  Gilliéron) 116 

Un  poème  retrouvé  de  Chrétien  de  Troyes  (G.  P.) 399 

La  Vie  de  sainte  Catherine,  de  sœur  Clémence  de  Barking  (G.  P.) 400 

Kachevel  (J.  Cornu) 403 

Une  traduction  d'André  le  Chapelain  au  xur  siècle  (G.  P.) 403 

Saquebute,  angl.  sackbut,  esp.  sacabuche  (A.  Delboulle) 404 

Boquette,  bouquette  (Ch.  Joret) 405 

Bucaille  (Ch.  Joret) 407 

Bôquet,  boquette,  bvquetiei  (Ch.  Joret) 407 

Le  Mystère  de  la  Passion  à  Martel  (Lot)  en  1 526  et  1536  (a.  Thomas) 411 

Un  documento  in  dialetto  piemontese  del  1410  (C.  Nigra) 415 

N  prosthétique  (Ch.  Joret) 422 

Nous  =  on  (Ch.  Joret) 424 

Tout  vient  à  point  qui  sait  attendre  (A.  Delboulle) 42  5 

Quelques  traits  phonétiques  du  patois  haguais  (J .  Fleury) 426 

Les  trois  moines  et  les  trois  bossus,  contes  de  Vais  (Ardèche)  (E.  Rolland) 428 

Chansons  populaires  recueillies  à  Courseulles-sur-Mer  (Ch.  Benoist) 429 

Les  deux  frères,  celui  qui  rit  et  celui  qui  pleure  (P.  M.) 591 

Le  conte  des  petits  couteaux  (P.  M.) , 595 


6}8  TABLE    DES    MATIÈRES 


COMPTES  RENDUS. 

Blanc,  voy.  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Lérins. 

Caro  (J.),  Dias  géniales  o  ludicros  (A.  Morel-Fatio). . , 454 

Cartulaire  de  l'abbaye  de  Lérins,  p.  p.  H.  Moris  et  E.  Blanc  (P.  M.) 133 

Cliges  hgg.  von  W.  Fœrster  (G.  P.) 441 

Fazy,  voy.  Richard. 

Fleury  (J.),  Littérature  orale  delà  Basse-Normandie  (St.  Prato) 154 

Fœrster,  voy.  Cliges. 

Karls  des  Grossen  Reise  nach  Jérusalem  und  Ccnstaniinopel,  hgg.  von  Koschwitz 

(G.    P.) 126 

Kinzel  (K.),  Zwei  recensionen  der  Vita  Alexandri  (P.  M.) ■ 435 

Koschwitz,  voy.  Karls  des  Grossen  Reise. 

Loth  (J.),  L'émigration  bretonne  en  Armorique  (G.  P.) 436 

Marin  (Rodricuez),  Cantos  espaîioles,  II-V  (M.  Milà  y  Fontanals) 140 

Ortoli  (J.-3.-F.),  Les  contes  populaires  de  l'île  de  Corse  (St.  Prato) 168 

Rajna  (P.),  Le  origini  delP  epopea  francese  (G.  P.) 598 

Richard  (M.),  Le  Mystère  de  saint  André,  p.  p.  J.  Fazy  (P.  M.)  134 

Thomas  (A.),  Francesco  da  Barberino  et  la  littérature  provençale  en  Italie  (P.  M.).  447 

Vaudin,  Girart  de  Roussillon,  histoire  et  légende  (P.  M.) 463 

LIVRES  ANNONCÉS  SOMMAIREMENT. 

Alichieri  (Dante).  La  Vita  nuova,  illustrata  per  A.  d'ancona 495 

Almanach  des  traditions  populaires,  3°  année 492 

Ancona  (A.  d'),  Studj  sulla  litteratura  italiana  de'  primi  secoli 492 

—  voy.  Alichieri. 
Bartsch  (K.),  voy.  Diez. 

Bercer,  La  Bible  française  au  moyen  âge 491 

Biblioteca  de  las  tradiciones  populares  espanolas,  1 49 1 

Boethiuslied  (Das  altprovenzalische),  hgg.  von  Fr.  Hundgen 494 

Bonnard,  Les  Traductions  de  la  Bible  en  vers  français  au  moyen  âge 491 

Braunholtz,  Die  erste  nichtchristliche  Parabel  d.  Barlaam  und  Josaphat 484 

Carmina  medii  aevi  (publ.  par  Novati) 488 

Constans  (L.),  Chrestomathie  de  l'ancien  français 492 

Coelho  (A.),  Contos  nacionaes  ;  Jogos  e  rimas  infantis 489 

Coucy,  Die  lieder  des  Castellans  von  —  kritisch  bearbeitet  von  Fr.  Fath 485 

Coutumier  d'Artois,  p.  p.  Ad.  Tardif 491 

Darmesteter  (a.),  Leçon  d'ouverture 1 84 

Deloche  (M.),  Renseignements  archéologiques  sur  la  transformation  du  c  guttural-  485 

Diez  (Fr.),  Die  Poésie  der  Troubadours,  zweite  aufl.  von  K.  BArtsch 488 

Dis  don  vrai  aniel  (//),  hgg.  v.  Ad.  Tobler 487 

Documents  historiques  bas-latins,  provençaux  et  français,  p.  p.  A.  Leroux,  E.  Mo- 

linier  et  A.  Thomas 483 

Ebering  (e.),  Bibliographischer  Anzeiger  f.  roman.  Spr.  u.  Liter 489 

Facsimili  di  antichi  manoscritti,  publ.  da  E.  Monaci 183 

Fath,  voy.  Coucy. 
Feilitzen,  voy.  Ver  del  juïse. 

Fiabe  e  Canzoni  popolari  del  contado  di  Maglie  raccolte  da  P.  Pellizari 491 

Fricke  (R.),  Die  Robin-Hood  Balladen 490 

Gaidoz  (H.)  et  Sebillot  (P.),  La  France  merveilleuse  et  légendaire 494 


TABLE    DfS    MATIÈRES  639 

Garreaud  (L.),  Causeries  sur  les  origines  et  sur  le  moyen  âge  littéraire  de  la  France.  496 
Guillaume,  voy.  Mystère  (le). 

Hervieux  (L.),  Les  fabulistes  latins 494 

Herzog  (H.),  Die  beiden  Sagenkreise  von  Flore  u.  Blanscheflor 494 

Horninc  (Ad.),  Zur  Geschichte  de  lat.  c  vor  eu.  / 486 

Hundcen,  voy.  Boethiuslied. 

Joret  (Ch.),  Mélanges  de  phonétique  normande 477 

Keller  (0.),  Der  Saturnische  Vers  als  rythmisch  erwiesen 495 

Knœsel  (K.),  Das  altfranzœsische  Zahhvort 489 

Kœppel,  Lydgate's  Story  of  Thcbcs 636 

Kœrting  (G.),  Encyclopédie  u.  Méthodologie  d.  Romanischen  t'hilologie 484 

Kraak  (L.),  Ueber  die  Entsteliung...  d.  Chanson  de  la  croisade  contre  les  Albigeois.  636 

Kuhne  (H.),  Prolegomena  zu  Maître  Klies  altfr.  Bearbeitung  d.  Ars  amatoria...  490 

Lehmann  (H.),  Der  Bedeutungswandel  im  Franzcesischen 490 

Leiffholdt  (Fr.),  Etymologische  Figuren  im  Romanischen 489 

Leroux  (a.),  voy.  Documents. 
Levy  (E.),  voy.  Zorzi. 

Mélanges  Graux 486 

Meyer  (W.)j  Die  Schicksale  d.  lateinischen  Neutrums  im  Romanischen 486 

aus  Speyer,  Ueber  die  Beobachtung  des  Wortaccentes  in  d.  altlat.  Poésie.  493 

Monaci  (E.),  voyez  Fac-similé. 

Mystère  (le)  de  saint  Eustache,  p.  p.  Guillaume 183 

Nino  (A.  de),  Usi  Abruzzesi 488 

Novati,  voy.  Carmina. 

Orthographia  gallica...  hgg.  von  J.  Stuerzinger.. 488 

Ortografia  de  la  lengua  catalana 4S7 

OUTREMEUSE,  VOy.  SCHELER. 

Pellizari,  voy.  Fiabe  e  Canzoni  popolari. 
Raynaud  (G.),  voy.  Recueil. 

Recueil  de  motets  français  p.  p.  G.  Raynaud 48$ 

Recueil  des  fac-similés  à  l'usage  de  l'Ecole  des  Chartes 182 

Salyioni  (C),  Fonetica  del  dialetto  moderno  di  Milano 484 

Savinian,  Grammaire  provençale 489 

Scheler  (A.),  Glossaire  de  la  Geste  de  Liège  de  J.  de  Preis  dit  d'Outremeuse..  485 
Schœtensack  (H.-A.),  Beitrag  zu  einer  wissenschaftlichen  Grundlage  f.  etym.  Un- 

tersuchungen ; '8} 

Schuchardt  (H.),  Kreolische  Studien, 494 

Sebillot,  voy.  Gaidoz. 

Tamizey  de  Larroque,  voy.  Voisins. 

Tardif,  voy.  Coutumier  d'Artois. 

Thomas  (a.),  De  Johannis  de  Monsterolio  vita  et  operibus 484 

—  Les  Lettres  à   la  cour  des  Papes 492 

—  voy.  Documents. 

Thurneysen  (R.),  Keltoromanisches 493 

Tiktin  (H.),  Studien  zur  rumasnischen  Philologie 494 

Tobler  (A.),  Das  Buch  d.  Uguçon  da  Laodhe 49* 

—  voy.  Dis  dou  vrai  aniel. 

Uhlmann  (Fr.),  Italienische  Anthologie 488 

Verdeljuise  (Li),  utg.   af  Hugo  von  Feilitzen 487 

Vianna  (R.  Gonçalves),  Etudes  de  grammaire  portugaise 495 

Voigt,  voy.  Ysengrimus. 


64O  TABLE    DES   MATIÈRES 

Voisins  (Ph.  de),  seigneur  de  Montaut,   Voyage  à  Jérusalem  p.    p.   Tamizey  de 

Larroql'e t 49 1 

Ysengrimus,  hgg.  von  E.  Voict , 495 

Zarncke  (E.),  Parallelen  zur  Entfûhrungs-Geschichte  im  Miles  gloriosus, ,  484 

PÉRIODIQUES. 

Archiv  f.  lateinische  Lexicographie,  I 471 

Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes  français,  1883,  n°  2 179 

—  —  —     n°  3 467 

Congrès  scientifique  de  Dàx,  1882 632 

Deutsche  Literaturzeitung,  1 883 ,  octobre-décembre 1 80 

—  1884.  janvier-juin 478 

Ciornale  storico  délia  letteratura  italiana,  n"5  2-6 467 

Literarisches  Centralblatt,  1883,  octobre-décembre 180 

—  1 8S4,  janvier-juin 478 

—  —    juillet-septembre 632 

Literaturblatt  fur  Germanische  u.  Romanische  Philologie,  1883,  octobre-décembre; 

1884,  janvier- juin 465 

Lyon-Revue,  1 834,   30  avril 476 

Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  XLII  (1882) 179 

Miscellanea  di  storia  patria  XXII  (1884) 473 

Nordisk  Tidskrift  for  Filologi,  Nouv.  Série,  VI 472 

Revista  scientifica,  I  (1882),  n0'  11  et  12. . .  • 477 

Revue  critique,  1883,  octobre -décembre 180 

—  1 884,  janvier-juin 478 

—  —    juillet-septembre 632 

Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée,  6e  série,  V  (1884),  janvier 476 

Revue  de  la  Société  des  Etudes  historiques,  1883,  septembre-octobre 180 

Revue  des  langues  romanes,  1883,  septembre-novembre 177 

—  1883-1884,  décembre-mars 464 

—  1 884,  avril-août  628 

Sitzungsberichte  d.   Kcenigl.  preussischen  Akademie  d.  Wissenschaften,  XXVII, 

1884 477 

Studente  (Lo)  Magliese,  1 884,  mars-avril 477 

Zeitschrift  f.  romanische  Philologie,  VII,  2,  3 178 

—  —  4 4<55 

—  VIII,  1 629 

CHRONIQUE. 

Janvier 181 

Avril-juillet 479 

Octobre 633 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Imprimerie  Durand,  à  Chartres. 


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eiNUIftG  5^     r.  MAY  1  8  1966 


PC  Romania. 

2 

R6 
1. 13 


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